AccueilLa UNETunisie : Le bilan, «biaisé et tronqué», d’une année de gouvernement Jbali.

Tunisie : Le bilan, «biaisé et tronqué», d’une année de gouvernement Jbali.

Le chef du Gouvernement tunisien, Hammadi Jbali, vient de signer le bilan des premiers 365 jours d’un gouvernement dont le caractère transitoire s’allonge et inquiète par des échecs et ses dérapages, tant politiques, qu’économique et sociaux. Un discours éminemment politique prononcé devant l’ANC (Assemblée Nationale Constituante) dans une conjoncture politique empreinte d’attentisme et de scepticisme. Un discours prononcé à la veille d’une journée, celle du 23 octobre, dont les risques de débordements coléreux étaient visibles dans les rues tunisoises regorgeant de forces de l’ordre. Et on serait même tenté de croire que Hammadi Jbali faisait ce bilan, bien malgré lui. Un petit discours enfin, d’un peu plus de 2 pages (corps 16 quand même), plein de promesses et où la chose économique ne prenait pas plus de 6 lignes. Il n’en appelle pas moins, après cela, quelques remarques essentielles.

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– Jbali, Marzouki et Ghannouchi ou Jbali tout seul ?

Il y a d’abord lieu de constater que ces premiers 365 jours, qui nous rappellent étrangement les 365 points d’un programme électoral d’Ennahdha qui s’est évaporé, n’est pas à mettre au seul «actif» de Hammadi Jbali. Il est, en effet, devenu évident, tout au long de cette première année de règne d’Ennahdha, que Jbali ne gouvernait pas seul et que parfois il ne gouvernait pas du tout. Espionné, empêché d’être le seul maître à bord, Jbali semble avoir subi le gouvernement que l’avoir dirigé. On se rappellera toujours cette réaction dépitée, du chef du Gouvernement devant les directeurs de journaux, lors d’un dîner dans un hôtel de la banlieue, disant à propos de certains ministres de son gouvernement que «ce sont là des contraintes». Jbali a aussi souvent menacé de démission, signe qu’il ne se sentait pas bien dans sa peau de chef du Gouvernement. On n’en dira pas plus, mais cela indique au moins que Jbali ne peut pas être tenu, seul, responsable du bilan de son gouvernement. Avec Jbali, dans ce bilan, il y a tout ce qu’ont dit et fait Moncef Marzouki et son CPR de parti avec ses liens dangereux avec la Ligue de protection des objectifs de la révolution, Rached Ghannouchi, ses propres projets politiques et ses liens, politiquement incestueux, avec les salafistes.

– Un bilan économique, officiel, en 6 lignes !

«Nous avons étendu la protection sociale, fixé un budget sans précédent pour les régions, augmenté les salaires, maintenu le budget de la compensation, décidé d’importantes sommes pour contribuer avec le secteur privé pour alléger le fardeau du chômage, tout cela dans le cadre du respect des équilibre globaux de l’Etat et le respect de l’indépendance de la banque centrale, sans que cela n’interdise l’interaction dans la détermination des politiques, surtout depuis le bon choix du nouveau gouverneur de la BCT. Et si nous enregistrons, avec forte prudence et le témoignage des institutions internationales spécialisées, un début de reprise économique dans divers secteurs et nous approchons le taux de 3,5 % de croissance. Ce chiffre ne doit cependant pas voiler l’existence d’aspects négatifs dans d’autres secteurs». Ainsi parlait Hammadi Jbali du bilan économique d’une année de gouvernance.

– Un bilan tronqué et amoindri.

A cela, il faut pourtant opposer les énormes sommes d’argent dépensées, pour des chômeurs et autres non chômeurs, qui n’ont même pas essayé de trouver de l’emploi qui existe, dans l’agriculture, dans le bâtiment et autres secteurs délaissés par la jeunesse soutenue financièrement par le gouvernement Jbali. Il faut aussi rappeler la hausse des prix décidée par le même gouvernement et les autres hausses, devant la maîtrise desquels aussi le même gouvernement Jbali a fait montre de son incapacité. Opposer aussi la grande détérioration du pouvoir d’achat du Tunisien et le galop continu de l’inflation le confirme, opposer aussi le ralentissement continu du rythme d’évolution des exportations et la détérioration de la balance commerciale et la balance courante et opposer enfin la baisse drastique des réserves de change. On rappellera aussi que l’extension de la couverture sociale n’a été faite que par l’alourdissement de la fonction publique par les milliers de sous-traitants intégrés et les milliers d’autres recrutés en dépassement d’âge et dont les effets sur les équilibres des caisses sociales seront bien visibles dans quelques années. Les sommes dépensées pour le secteur privé n’ont pas été données pour les encourager à produire plus et à exporter plus, mais simplement pour ne pas licencier et pour faire face, comme pour les martyrs et les blessés de la Révolution, juste pour panser les plaies de cette même Révolution !

Il faut aussi rappeler au chef du Gouvernement, que les équilibres financiers globaux du pays, sont encore loin d’être équilibrés. Le propre gouverneur de la BCT que Hammadi Jbali trouve «le bon responsable à la bonne place», pourra le dire mieux que nous. Quant à la croissance de 3,5 %, elle se crée d’abord dans un schéma de développement que les gouvernants remettent tous les jours en cause, sans lui trouver d’alternative viable et immédiatement exécutable. Ce taux de 3,5 % de croissance est ensuite énormément à relativiser par rapport à ce qu’il avait été en 2010, année de référence et par rapport à 2011 où le PIB était déjà en baisse de 2,2 %.

– «Parole, parole» disait la chanson !

En face de son optimisme de circonstance, le chef du Gouvernement tunisien qui promet à ceux qui ne l’ont pas élu, sarcastiquement peut-être, des lendemains meilleurs oublie que la sécurité en Tunisie, pour le citoyen et pour l’homme d’affaires, n’est pas encore assurée. Il oublie en caressant l’UGTT et le patronat dans le sens du poil, que le contrat social qu’il avait promis reste encore une chimère insaisissable et que les grèves et les sit-ins ne faiblissent pas, que cette fameuse feuille politique reste aussi une simple chimère et que son propre parti n’a pas tenu ses engagements politiques et ment honteusement au peuple, que son leader dit la chose et son contraire et que ses propres ministres font du grand n’importe quoi pour s’éterniser dans leurs fauteuils.

Il oublie surtout de dire, pour ceux à qui il avait annoncé des milliards en projets dans leurs régions défavorisées, que ce sont eux qui sont derrière le retard dans l’exécution, il oublie de leur apprendre comment pêcher au lieu de leur distribuer gratuitement des poissons à manger. Il oublie aussi de dire à ceux qui ne l’ont pas élu, que SA Tunisie abrite deux camps jihadistes et que la police de SON Etat refuse d’affronter le danger des salafistes pour des raisons que seul son chef (Rached Ghannouchi) connaît. Il oublie de leur dire qu’il jure, cette fois sur le saint Coran pour changer et faire plus vrai, qu’il tiendra parole lorsqu’il parle d’élections libres et transparentes et de ne pas s’abjurer, cette fois au moins, lorsqu’il annonce des élections pour juin 2013 !

Sauf que, cette fois, une grande partie de l’aura de son parti Ennahdha est déjà partie, emportée par les gaffes successives de son gouvernement et de son parti, évaporée comme les 365 points de son programme électoral. Quelque chose s’est brisée. Une année après, la Tunisie se réveille avec la gueule de bois. Vous parlez d’une fête !

Khaled Boumiza

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