AccueilChiffreTunisie : Les chiffres de l’inflation sont-ils crédibles ?

Tunisie : Les chiffres de l’inflation sont-ils crédibles ?

Le taux de l’inflation (estimé à 5,3%), publié par l’institut national de la statistique a suscité une vive polémique dans les milieux de l’Organisation de défense du consommateur (ODC).

Récemment, Mohamed Zarrouk, membre du bureau national de l’ODC, a fait observer que le taux annoncé n’est ni réel ni logique. Il a affirmé que l’ODC estime que ce taux est bien plus élevé, oscillant entre 10 et 15% en raison de la hausse vertigineuse des produits libres et des loyers.

Sur cette question, Salah Riahi, expert en économie, rappelle que l’inflation est la perte du pouvoir d’achat de la monnaie matérialisée par une augmentation générale et durable des prix de nature plus systémique. Certains économistes relèvent que l’inflation est la hausse du niveau général des prix (et non la hausse des prix de quelques produits). D’après eux, le phénomène auto-entretenu de hausse des prix est une hausse qui en entraîne d’autres (et non un phénomène isolé et/ou accidentel)

Dans une déclaration à Africanmanager, il note qu’une hausse des prix fondée sur des mécanismes macro-économiques met en jeu l’interdépendance entre tous mécanismes et parties de l’économie (production, répartition, formation des prix, distribution…)

« Assimiler donc l’inflation à la seule hausse de prix des biens de consommation, en excluant la hausse des prix affectant les valeurs patrimoniales (actifs, financiers, immobilier, …), peut être considéré comme un abus de langage, conséquence d’un mode de mesure restrictif de l’inflation », explique t-il.

Selon lui, mesurer l’inflation consiste le plus souvent à observer un « panier » pondéré de biens représentatifs de l’ensemble des biens consommés par les ménages. En effet, ce sont les prix de consommation finale des ménages qui sont pris en compte dans la mesure d’inflation. Les prix intermédiaires (prix de transferts à l’intérieur d’une chaîne de production, prix de vente du producteur au détaillant, etc.) sont exclus du spectre de prix pris en compte pour l’inflation. « Les biens qui sont répartis parmi les différents postes de consommation des ménages, les pondérations de ce panier sont définies par la part de la consommation représentée par chacun de ces biens ou services ».

L’indice des prix à la consommation mesure les variations enregistrées par le panier observé, traduisant ainsi la variation du coût de la vie pour les consommateurs, et de la valeur de la monnaie dans ses aspects les plus concrets pour les ménages.

Le taux d’inflation est la variation en pourcentage de cet indice sur une période donnée : si le prix moyen du « panier » passe de 100 à 102, l’inflation est de (102-100)/100 = 2/100 = 2 %.

En Tunisie, deux institutions sont habilitées à publier les chiffres liés à l’inflation. La première est la banque centrale de Tunisie qui a pour mission principale la préservation de la stabilité des prix. Selon les indicateurs monétaires et financiers publiés, la moyenne du mois d’octobre 2012 se situe à 5,5% contre 3.4%, l’année dernière. La seconde est l’institut national de la statistique. Pour rappel le taux d’inflation a atteint en juillet 1982 un taux de 16,7%. Le taux le plus faible était en juin 1971 soit (-1,4%).

Salah Riahi relève que la problématique essentielle est de savoir si la liste des produits et services pris en considération dans l’indice utilisé est représentative de l’ensemble des biens consommés par les ménages. La liste actuelle a été révisée en 2010 et comprend environ 3155 éléments.

La perception d’une partie de la population est que les chiffres publiés ne reflètent pas la « réalité ». Bien que cette perception ne puisse, en aucun cas remplacer les méthodes scientifiques, Il est primordial de réviser la liste des produits et rendre plus transparente la manière de collecter les prix des produits et services utilisés pour le calcul de l’indice. Nous invitons la banque centrale et l’institut national de la statistique de rendre publics les détails du calcul du taux de l’inflation.

Que faut-il faire pour limiter l’inflation ?

En plus d’un affinement de la méthode de mesure du taux d’inflation et la nécessité de rendre transparent le détail des calculs, l’économiste souligne qu’il existe plusieurs instruments disponibles pour réguler l’inflation. D’après l’économiste Salah Riahi, il s’agit essentiellement de la hausse des taux d’intérêt directeurs tout en jouant sur la baisse de la demande, d’une part, et l’augmentation de l’offre dans les secteurs là ou les prix augmentent rapidement, d’autre part.

A cela s’ajoutent une politique de change et le contrôle des prix des salaires, s’il est bien accepté par la société.

« Toutes ces mesures pratiquées par les pouvoirs publics ne peuvent pas stopper une forte pression inflationniste sans un rôle positif du consommateur », ajoute Salah Riahi.

Selon lui, une partie de la population a oublié que l’économie tunisienne est engagée dans la libéralisation depuis les années soixante-dix et que les mécanismes du marché de l’offre et de la demande jouent un rôle déterminant dans la fixation des prix, et par conséquent, le taux de l’inflation. Et d’ajouter : « le marché tunisien est tellement réduit en termes de taille qu’il est possible de manipuler les prix de plusieurs produits et services facilement dans un environnement caractérisé par l’impunité, les luttes politiques et une démission manifeste des organes de contrôle ».

Wiem Thebti

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