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Tunisie : «NON, ce n’est pas notre priorité », dit Hammadi Jbali aux patrons !

Sans doute, le patronat espérait-il peser sur l’avis du gouvernement, en invitant l’économiste internationalement connu, Hernando De Soto, pour présenter une étude faite par son «Institut Liberté et Démocratie » (ILD) sur le marché parallèle en Tunisie qui constitue un des principaux chevaux de bataille de l’UTICA. Sans doute aussi, l’organisation patronale tunisienne, espérait-elle décider le gouvernement à agir au plus vite dans ce dossier, en lui présentant l’énormité des chiffres de ce commerce rampant sur le secteur organisé.

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Le secteur informel tunisien, ce que l’économiste mondial appelle les «actifs extralégaux », représente 524.000 entreprises sur un total de 616.000. Cela équivaut à dire que le secteur informel représente en Tunisie, 85 % du tissu d’entreprises. Selon l’étude de l’ILD, les actifs de ces 524 mille entreprises extralégales, équivalent à un montant de … 34 milliards DT. Pour faire une comparaison, sachez que les 5.188 projets publics que le ministre tunisien du développement tente de finir, ne représentent qu’un coût d’un peu plus de seulement 7 milliards DT !

Hernando De Soto, va plus loin dans son étude et estime que «les biens immobiliers extralégaux (logements et immeubles commerciaux), équivalent à un montant de 146 milliards DT. Le total des actifs, commerciaux et immobiliers, extralégaux ou plus communément l’économie parallèle, atteint 180 milliards DT». Pour la comparaison, cela représente 11 fois la capitalisation boursière de la BVMT en 2010. C’est aussi 4 fois le volume des IDE depuis 1976 !

Pendant plus d’une demi-heure et alors que le chef du Gouvernement tunisien [qui a ouvert samedi la journée d’étude consacrée au marché et à l’économie parallèle] regardait sa montre et donnait d’évidents signes de distraction, Hernando De Soto va s’égosiller à expliquer la différence entre développement et sous-développement par la différence entre le formel et l’informel et à présenter le but de son étude. Sa démarche, était presque philosophique mais empreinte de beaucoup de sens social. Son but était de ramener l’économie informelle dans le formel et en faire tirer profit par toute l’économie tunisienne. Vainement.

Manifestement fermé dans une logique électoraliste, ou alors conscient que «la plus belle des femmes ne peut donner que ce qu’elle a » et qu’il ne voudrait pas prendre le risque de faire les promesses qu’il est incapable de tenir, Hammadi Jbali opposa un refus catégorique à la démarche de l’UTICA&ILD, refusant ostentatoirement de s’occuper de cet énorme problème, hautement économique, mais aussi social. C’est peut-être même là que réside le blocage de Hammadi Jbali.

Dans un discours improvisé, après que le patron du non moins connu Bloomberg Pearle Earlstine, ait enfin réussi à le titiller assez pour le faire sortir des sentiers battus de ses discours stéréotypés, le chef du Gouvernement tunisien commence d’abord par politiser la question du marché parallèle. «Ils étaient exclus et luttaient contre le secteur formel qui représentait la corruption», a-t-il dit de ce que tout le monde considère comme des hors la loi, des contrebandiers et des personnes qui sont allées jusqu’à brandir les armes contre les forces de l’ordre qui tentaient de les arrêter. Selon l’analyse, non économique, du chef du Gouvernement tunisien, «ce phénomène s’est répandu dans les régions déshéritées, les régions de la misère et de l’injustice sociale et il est liée à la redistribution des richesses et de la justice sociale ». Une thèse qu’on n’a jamais entendue auparavant, même chez le socio-économiste Hernando De Soto. De là à entendre un jour le ministre de l’intérieur, annoncer officiellement l’arrêt de toute poursuite contre les contrebandiers et ceux qui noient le marché de marchandises frauduleusement importées, il n’y avait qu’un pas qui semblait facilement franchissable lorsque les journalistes entendent, ébahis, le chef du Gouvernement affirmer que «ce que nous feront en priorité, c’est de donner de l’espoir à ces victimes de l’ancien système économique et politique ». Pour Jbali, qui justifiait ainsi son incapacité ou le manque de volonté gouvernementale d’en finir avec le commerce parallèle, la résolution de cette question, de l’économe parallèle, de la contrebande et du marché noir, ne pourra se faire qu’après l’installation en Tunisie de la démocratie. «Notre société a besoin d’un système politique démocratique et juste. Nous pourrons alors nous organiser et nous orienter vers la solution de cette question » !!!!

La priorité du gouvernement Jbali n’est donc pas pour la résolution des problèmes économiques. Jbali n’en démordra pas lorsque, alors qu’il était debout et sur le départ, un homme d’affaire qu’il connait bien puisqu’il a été l’organisateur de son voyage en Arabie Saoudite, l’interpelle. «Monsieur le chef du Gouvernement, nous vous demandons de nous donner maintenant une solution. Nous vous demandons de nous assurer que vous veillerez à régler cette question qui mine toute l’économie du pays et nous emmène à la ruine », disait l’homme d’affaire soutenu par les applaudissements. Hammadi Jbali qui le regardait, cette fois sans son sourire habituel, s’en va le laissant parler tout seul. Le signe ne trompe pas !

Deux petites information pour conclure, l’une vérifiée et l’autre moins. La première est que l’un des membres d’Ennahdha qui avait été délégué en tant que tel dans un programme radio quelques mois après la révolution, est un membre éminent de l’importation des moteurs sous l’appellation de ferraille. La seconde, est le témoignage d’un des plus grands opérateurs du marché parallèle qui raconte avoir été contacté par ce qu’il dit être aussi un membre influent du parti islamiste, pour lui refiler son carnet d’adresse dans le métier. Ennahdha tenterait-elle de reprendre le marché juteux du commerce parallèle ?

Khaled Boumiza.

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