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Tunisie : UGTT, Roi de l’interventionnisme !

Il y a quelques semaines, éclatait à Sfax le conflit autour de l’hôpital régional. Au début de ce conflit, la chaîne TV Attounisya avait diffusé un reportage où les dépassements syndicaux faisaient profusion, dont le comble aura été ce mariage organisé dans l’enceinte de l’hôpital avec troupe musicale et invitations familiales en bonne et due forme, sans que cela ne suscite une quelconque indignation. Ce conflit ira s’envenimant et verra l’arrestation de plusieurs syndicalistes, pour des raisons qui n’auront rien à voir avoir avec l’action syndicale ou l’activité professionnelle. Il ne prendra fin qu’après leur libération forcée et sans que la hache de la guerre ne soit définitivement enterrée.

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Le bureau régional de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) à Siliana avait décidé d’observer un Sit-in, le mardi 21 aout 2012, devant le siège du gouvernorat, pour revendiquer la libération de deux personnes arrêtées la nuit de samedi 18 aout. «Si nos demandes ne seront pas satisfaites, le Sud de Siliana entamera une grève générale» affirme le secrétaire général de l’UGTT à Siliana, Néjib Sebti.

Rappelons les deux individus sont des diplômés de l’université, ont été arrêtés suite au refus de certains syndicalistes de la nomination du délégué de la région.

Quelques jours auparavant, cette fois à Ben Arous (banlieue Sud de la capitale tunisienne), éclatait un autre conflit syndical dans l’usine Leoni. Pour des raisons économiques que la raison syndicale refusait de comprendre, l’entreprise essayait de relocaliser une unité industrielle dans une autre ville tunisienne. La cause aura suffi au syndicat ouvrier, pour menacer de déclencher toute une grève sectorielle dans la région de Ben Arous.

Les chiffres des grèves et de l’agitation sociale, dans la Tunisie de l’ère nahdhaouie, sont certes en baisse. Moins 20 % de grèves au cours du premier semestre 2012, baisse de 48 % des ouvriers participant à ces mouvement et baisse de 28 % des journées perdues à cause des grèves. Malgré toutes ces baisses, les 281 grèves déclenchées au cours des 6 derniers mois, étaient à 54 % illégales. Cela n’empêche pas qu’elles sont rarement sanctionnées par le non paiement des jours de grèves et lorsqu’un ou deux ministres essaient de le faire, cela provoque une levée de bouclier de la part du syndicat ouvrier devant lequel les politiques battent en retraite.

Les trois exemples de mouvements sociaux, cités plus haut, montrent pourtant au moins deux choses.

– Une UGTT qui sort facilement de ses gonds.

Durant les 20 dernières années, l’UGTT avait cessé d’être, uniquement, un partenaire socio-économique. De gré ou de force, la centrale syndicale ouvrière avait cautionné tous les choix économiques et sociaux des régimes de Bourguiba et de Ben Ali. Cela ne s’était pas, vraisemblablement, fait sans contreparties politiques, sociales et matérielles. Les privilèges, individuels ou collectifs, ne sont plus qu’un secret de polichinelle. Au fil des années, l’UGTT en avait acquis une dimension politique certaine qui, ajoutée au vivier de politisés de tous bord qu’elle a toujours abrité lors des différentes années de braise et sa vocation sociale en ont fait une véritable bête politique et une vraie machine sociale. Une fois en branle, il est difficile de l’arrêter. L’UGTT en a fait les preuves lors des évènements du pain en 1978, lors des évènements de 1984 et lors de la révolution de 2011. Un peu trop consciente de son poids, l’unique [au moins au niveau de la loi actuelle] centrale syndicale se met en branle pour tout et pour rien et sort ainsi facilement de ses gonds, ceux de son objet originel qui est la défense des intérêts professionnels des travailleurs. Réagissant ainsi, il lui arrive aussi, de défendre l’indéfendable et de se trouver parfois dépassée par ses bases qui ne comprendraient pas que la puissante UGTT ne puisse pas faire autant.

– Une UGTT, Roi de l’interventionnisme.

L’autre, plus importante conclusion des faits cités en début d’article, c’est que l’UGTT devient une force d’interventionnisme comme il en existe peu en Tunisie. Dans l’un des derniers cas de grèves, les débordements, devenus presque la règle, ont aboutit à des arrestations. La justice prenant les affaires en main, les syndicalistes se retrouvent pris dans leur propre piège, celui de ne pouvoir défendre leurs adhérents sans heurter la justice et celui de ne pas pouvoir heurter la justice, sans risque de se mettre dans l’œil du cyclone de la justice. Comme dans beaucoup de cas, l’UGTT use alors de la menace de grève, pour faire pression. Les syndicalistes finiront en effet par être relâchés. On pourra dire, bien sûr, qu’ils ne sont pas les premiers et que le laxisme de la justice avec les Salafistes, est un exemple beaucoup plus frappant. Mais on pourra dire aussi, que l’UGTT concrétise ainsi la non-indépendance de la justice, un phénomène qu’elle décrie à chacune de ses colères syndicales. Ce qui s’était passé à Sfax et à Siliana est à ce titre très indicatif.

La seconde conclusion, est aussi que l’UGTT devient une force d’interventionnisme en faveur d’ouvriers qui n’ont pas toujours raison. Le dernier exemple de Ben Arous et le mouvement social contre Leoni. Cette entreprise aurait décidé de délocaliser une ou partie de son activité dans une autre partie de la Tunisie, ce que les ouvriers refusent, alors qu’il est internationalement reconnu que l’ouvrier suit l’emploi et non le contraire. L’UGTT emploie alors, encore une fois, la menace de grève pour faire intervenir le gouvernement en faveur de ses ouvriers et faire ainsi plier la logique économique en faveur d’une logique personnelle.

Où est la démocratie dans tout cela ? Où est l’indépendance de la justice ? Où est la séparation des pouvoirs, tous des principes théoriquement chers aux syndicalistes ?

Kh.B.

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