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Tunisie : Un gouvernement qui dépasse ses prérogatives et 2 ministres qui font l’amalgame entre Etat et Partis !

Dans moins d’un mois se posera la question de savoir où en est le gouvernement transitoire dans l’accomplissement de sa tâche essentielle qui est et qui reste la préparation des conditions de la passation du pouvoir aux bonnes autorités, celles qui seront issues des prochaines élections. 45 jours se seront ainsi passés sans qu’aucune préparation [si l’on excepte la loi sur l’amnistie] n’ai été faite et annoncée et surtout pas la nouvelle constitution alors que l’Egypte, à peine sortie de sa Révolution, annonce qu’elle y met les dernières touches.

On attendra donc le temps additionnel, de 20 autres jours, d’un «match » politique où le seul enjeu était celui des sièges d’un gouvernement qui s’incruste et qui prend tellement au sérieux son rôle de gouvernement qu’il outrepasse allègrement ses prérogatives de ministres divers, de transition et de gestion des affaires courantes. Tout cela  sans que cet état des choses ne semble choquer personne, ni un Président transitoire qu’on ne voit presque pas, ni une opposition et encore moins les constitutionnalistes tunisiens. Tout le monde semble s’accommoder du fait que le gouvernement se prend au plaisir du jeu de la gouvernance, réelle et effective, mais presqu’illégale !

Les ministres s’incrustent et n’appliquent pas la séparation Etat-Parti.

Dit de transition et de gestion des affaires courantes, même par le premier des ministres lors de sa toute dernière interview, l’actuel gouvernement tunisien  prend décision stratégique sur décision stratégique [notamment les augmentations salariales à la veille de nouvelles négociations salariales], engage financièrement le budget, recrute, renvoie, nomme et démet et travaille comme s’il allait rester après les prochaines élections.

Deux ministres dans ce gouvernement attirent particulièrement l’attention. Il s’agit d’Ahmed Néjib Chebbi et Ahmed Brahim. Le premier est ministre du Développement régional et le second est à la tête du ministère de l’Enseignement supérieur. Il va sans dire que le choix de ces portefeuilles, pour chaque ministre lors des discussions de constitution de ce gouvernement, est loin d’être fortuit. Les deux ministères ont un très fort accent social. Les deux ministères sont des rampes de lancement pour tout prétendant politicien.

Néjib Chabbi le sait fort bien qui brandit dès les premiers jours les 500 MDT à distribuer et à aider à développer les régions, une notion (celle des régions) qui trouve toute sa signification, mais aussi son importance justificatrice de son choix, dans l’essence même de la Révolution. Une notion aussi au cœur même des demandes de ceux qui ont tombé Ben Ali et recherchent actuellement un nouveau  leader. Le ministre qui se devait de gérer les urgences, en attendant les élections, écume  les plateaux TV en Tunisie comme à l’extérieur et va dans les régions déshéritées pour y rencontrer les foules. Nul ne pourrait dissocier, lors du meeting de janvier dans la couple d’El Menzah, entre sa casquette du PDP et sa casquette de ministre. Indéniablement, ce ministre pourrait être accusé de se préoccuper plus de son image que des affaires courantes à gérer. Il pourrait aisément répondre que le ministère est nouveau et n’a donc pas d’affaires courantes à gérer. On pourrait alors croire que ce nouveau ministère lui aurait été créé sur mesure.

Ahmed Brahim est tout aussi conscient du choix de son ministère, sur son devenir politique de l’après Révolution. L’enseignement supérieur, c’est la jeunesse, celle qui a fait la Révolution, celle pour qui l’après Révolution sera fait. L’enseignement supérieur, c’est l’aide à tous ceux qui se plaignent de l’orientation, des cours, de l’employabilité des diplômes et de l’emploi.

Vont-ils démissionner de leurs postes ou s’engager à ne pas postuler à la Présidence ?

Le choix de ces deux ministères par deux secrétaires généraux de partis d’opposition dont c’est la première expérience politique in (par opposition à out, en dehors du gouvernement). Brahim démet tout le staff du ministère, le remplace par des éléments de son parti et se met à tout revoir, du Bac au LMD. En avait-il le droit et les prérogatives ? Est-ce là le travail d’un ministre de transition ou d’un ministre qui applique une nouvelle politique, sa politique et celle de son parti ? Qui lui a donné prérogative d’engager des réformes qui pourraient engager à leur tour  le prochain gouvernement ?
Les deux exercent donc et ne gèrent pas. La question porte alors  sur le  pourquoi de ce choix délibéré, même s’il transgresse les prérogatives constitutionnelles ?

Il ne fait presque aucun doute que Chebbi, comme Brahim,  semblent avoir accepté ces postes pour préparer leurs candidatures aux prochaines élections présidentielles et législatives pour leurs partis respectifs.
Les deux ministres utilisent donc le gouvernement à des fins partisanes. Il nous avait pourtant semblé avoir entendu dire et les avoir entendus revendiquer une séparation entre l’Etat et le Parti. Les anciens membres du gouvernement  ont tous démissionné de leur parti. On n’a pas lu  semblable  information à propos de Chebbi et de Brahim.

La politique, dans la Tunisie de l’après Ben Ali, commencerait-elle par un retour remarqué au « deux poids deux mesures » ? Et s’ils n’auraient pas l’intention de démissionner et qu’ils se découvriraient une vocation nationaliste qui voudrait qu’ils soient là, juste pour servir le pays et le peuple, ne devraient-ils pas alors signer, dès maintenant un engagement à ne pas se présenter aux prochaines élections présidentielles ?

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