AccueilActualitésYassine Brahim : Les difficultés sont dues à l'alliance contre-nature Nidaa/Ennahdha

Yassine Brahim : Les difficultés sont dues à l’alliance contre-nature Nidaa/Ennahdha

Yassine Brahim, ex-ministre tunisien du Développement et de l’Investissement et leader d’Afek Tounes, s’est confié à Jeune Afrique sur des tas de sujets de premier plan, internationaux mais surtout nationaux. C’est un Brahim particulièrement en verve, dans ses habits d’homme libre, débarrassé du corset de la coalition gouvernementale, qui s’est exprimé. L’entretien a été publié ce lundi 19 décembre…

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A propos des élections municipales et locales, reportées sans cesse, il a déclaré ceci :

« La dégradation de l’environnement et du cadre de vie constitue l’une des grandes souffrances du citoyen tunisien, exaspéré par la crise des déchets, qui est elle-même liée à la crise des municipalités. Il faut renforcer le pouvoir local. Il faut des responsables élus.

Nous avons déjà trop attendu, presque six ans se sont écoulés depuis la révolution ! Il faut fixer une date butoir et s’y tenir, c’est une question de volonté politique. Les différends sur la taille du corps électoral et le vote des militaires pourront être aplanis. Certains partis, englués dans leurs difficultés internes, estiment qu’ils ne sont pas prêts, mais si nous dépassons l’échéance de mars 2018, il deviendra difficile d’organiser les municipales avant les prochaines législatives, prévues en 2019 (…).

Nous plaidons pour la tenue rapide d’élections municipales, car nous partons d’un socle existant, alors que le pouvoir régional, lui, n’existe pas encore. Le gouverneur, représentant de l’État dans les régions, dispose de 436 prérogatives. Lesquelles va-t-il conserver ou abandonner ? Selon quels mécanismes ? Tout reste à faire sur le plan institutionnel, et il convient de s’y atteler sérieusement, sereinement, sans précipitation, car nous allons engager l’avenir pour les décennies à venir ».

Concernant la dégradation très avancée de l’image des partis politiques, Brahim a rétorqué :

« Beaucoup de promesses faites par les partis de la troïka étaient populistes ou démagogiques, et elles ont engendré une immense déception. Le thème de la « rupture » a perdu en crédibilité. Tant mieux, de notre point de vue, car nous sommes un parti pragmatique. L’exemple grec est très intéressant.

Le pays a cédé aux sirènes populistes, a fait mine de claquer la porte, mais il ne pouvait se passer de l’aide extérieure, il ne pouvait se permettre de tourner le dos aux organismes internationaux. Finalement, est-ce que les Grecs n’ont pas été trompés par ceux qui leur promettaient la lune ? C’est un cas à méditer pour la Tunisie, qui est tributaire, elle aussi, de l’aide extérieure, et qui doit se remettre au travail, car ses fondamentaux se sont dégradés. Je suis optimiste.

J’observe que, même si on peut déplorer des campagnes démagogiques, à l’instar de la campagne « winou’l petrol » (« où est passé l’argent du pétrole »), il y a aussi beaucoup d’initiatives citoyennes fantastiques, et qui portent leurs fruits, par exemple « winou’l trottoir » (« rendez-nous notre trottoir », qui dénonce l’occupation anarchique de l’espace public). Ces mouvements participent d’un réveil citoyen, d’une réappropriation de la chose publique par la base. La vraie rupture se situe là, elle est aux antipodes du populisme ».

Enfin sur les difficultés du gouvernement actuel à mener sa barque, le dirigeant d’Afek Tounes a répondu ceci :

« La Tunisie est « difficilement gouvernée, car la carte politique actuelle, caractérisée par cette «alliance» entre Nidaa et Ennahdha est contre-nature. Ennahdha se montre assez accommodante avec l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), sans doute en prévision du congrès syndical de 2017. Et sans doute aussi parce que les cadres islamistes ne désespèrent pas d’infiltrer la centrale. Nidaa est empêtré dans un imbroglio invraisemblable et n’est pas en position de contrer l’UGTT.

La faiblesse du gouvernement et celle de la classe politique profitent à l’UGTT. Nous disons que la Tunisie ne doit pas devenir une dictature syndicale. Pour nous, l’UGTT est une force amie dans le combat idéologique face à Ennahdha. Mais les positions qu’elle défend sur le plan économique sont anachroniques, irréalistes et même nocives. L’UGTT voit l’État employeur comme une manne financière.

Nous appelons à un dialogue social responsable et sans concessions. Il ne doit pas se cantonner à la question de la limitation de la masse salariale dans la fonction publique, mais doit aussi englober les retraites, la caisse de compensation, les dépenses de l’État et le devenir des entreprises publiques. Le vrai sursaut sera à ce prix ».

Voilà, Brahim a mis ses habits de combat et lève un coin du voile sur ses angles d’attaque aux prochaines échéances électorales. Par exemple cette affaire d’alliance contre-nature entre Nidaa et Ennahdha, qu’il a pourtant agréée quand il était dans le gouvernement, sera un de ses chevaux de bataille, manifestement….

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