AccueilLa UNETunis-Résultats du bac : passer « de la médiocrité à l’excellence »

Tunis-Résultats du bac : passer « de la médiocrité à l’excellence »

Laissons le temps d’un instant ce qui défraie l’actualité en ce moment (la sécurité du pays) et revenons à une autre actualité, qui avant qu’elle ne s’efface de nos mémoires, mérite également qu’on s’y attarde un tant soit peu, l’éducation nationale, avec notamment les résultats définitifs du baccalauréat national, toutes sessions confondues, qui ont été proclamés à la fin de la semaine dernière. 36% de réussite. Rassurons-nous, on n’a pas affaire au pire résultat qui soit de la planète des terriens, mais il y a de quoi donner du tournis aux précurseurs qui ont voulu faire de l’éducation l’épine dorsale sur laquelle devait se bâtir le modèle tunisien. Cela mérite d’autant plus qu’on s’y attarde, car c’est de ce vivier que pourront sortir de jeunes aguerris qui seront immunisés contre toute forme d’obscurantisme.

36% donc comme résultat, comme l’aurait demandé l’un de mes respectueux professeurs de regretté mémoire, excellent pédagogue de son état, mais où sont passés les 64% restants ? That’s the question. Pour lui, l’enfant va à l’école pour réussir. S’il échoue, alors c’est que l’enseignant, celui là qui est censé le former a péché quelque part.

Les jeunes : première victimes collatérales des grèves à répétition

Arrêt de cours par-ci, grèves en périodes d’évaluations par là, grèves dans les sociétés de transport public, et la liste est loin d’être exhaustive, tout y est pour bouleverser les esprits de ces élèves en cours de constitution, et qui ne demandent qu’à être formés, encadrés dans un environnement propice et adapté à leurs jeunes êtres en plein développement et prompts à être éveillés et formatés par des enseignants dévoués et surtout engagés à encourager nos progénitures à fouiner au fond d’eux pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Que nenni, pas une seule fois, ni deux fois, mais plus, des débrayages organisés ça et là, mettant les enfants dans une psychose du qui vive, les éloignant de facto de toute concentration et quiétude indispensables pour un meilleur rendement. L’une des conséquences gravissimes a été la proclamation de la réussite de tous les élèves du primaire par le ministère de tutelle qui s’est retrouvé dos au mur, face à une énième grève. Les revendications pourraient être nobles, mais de grâce, prière de ne pas prendre en otage les élèves au sentier des jérémiades. Rassurons-nous, en dépit de leurs petitesses, ils voient et sont sensibles à tout ce qui se passe autour d’eux

« De la médiocrité à l’excellence »

Outre cet aspect, il sied de s’attarder sur ce pourcentage de réussite, 36,09%, que l’on qualifie de pire résultat depuis les deux dernières décennies, en ayant un regard sur ce qui sert de repère à plus d’un, les résultats du baccalauréat 2014, 49,07% de réussite. Sur une échelle d’appréciation, l’on pourrait noter « insuffisant » ou plutôt « médiocre ». L’année d’avant, en 2013, nous étions à 52,34%, et 49,74% en 2012. Ces pourcentages de réussite si on s’y éternise pourraient être fatals pour nos jeunes, car toute banalisation nous conduirait tout droit vers la médiocrité. Si on considère cette dernière comme étant du centre, sans être central. En d’autres termes, on gravite autour du centre sans que par centre il faille entendre l’élément central. On se contente de ces résultats, on s’y plaît, on s’y habitue, et en les ayant obtenus à renfort de sessions de contrôles. On s’y plaît, « j’ai eu 10 faible » pour dire un peu plus de la moyenne, ou « 9 fort » pour éviter de dire qu’on a été racheté. Le système devient ainsi grégaire, conformiste, et s’enlise. Il se retrouve incapable de se renouveler, de s’adapter aux nouvelles situations et surtout de sortir de son milieu.

On aura beau se féliciter de la réduction notoire des cas de fraude aux examens pour cette session 2015, mais dans le sillage de la réforme du système éducatif à venir, l’analyse de ces résultats mériterait une attention toute particulière. Les enfants vont à l’école pour réussir, non pas en distribuant des notes, ou encore en proclamant de façon solennelle la réussite pour tout le monde, mais en développant des mécanismes, d’évaluation par exemple, ou d’approche pédagogique, qui contribueraient à ne pas se contenter de la médiocrité, mais à viser l’excellence scolaire dans les résultats. De l’excellence auréolée par des aptitudes quantifiables. Plus que jamais, en matière d’éducation, il est important de noter que derrière tout « cancre », se cache un génie qui somnole. Ceci est également valable pour le système universitaire, car il ne s’agira pas d’avoir des 80%, 90%, ou encore des mentions très bien creuses, mais plutôt de pourcentages et appréciations gages d’un savoir-faire, mais aussi et surtout d’un savoir-être qui a tendance à disparaître chez nos jeunes. « Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide », dixit Albert Einstein.

Raoul Fone, consultant et enseignant

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