Le responsable de la Chambre nationale des syndicats des entreprises d’approvisionnement, Fathi Ben Jazia, s’est vivement élevé contre la récente mesure du ministère du Commerce décrétant que l’importation devra désormais se faire directement depuis les usines de production.
Selon lui, la chambre a été prise au dépourvu, et il est déraisonnable d’engager semblable démarche et, surtout, commencer à la mettre en œuvre en moins de 24 heures.
Ben Jazia a confié à African Manager que la chambre syndicale serait disposée à rationaliser l’offre pour réduire le déséquilibre de la balance commerciale, appelant dans le même contexte l’Etat à être à l’écoute des propositions de la profession avant de prendre des décisions car cela pourrait occasionner des préjudices pour les entreprises en raison de leurs engagements financiers envers les banques.
Un premier communiqué, signé par le ministère de la Santé, introduit un régime de contrôle en premier lieu sur les importations des produits de consommation bien déterminés, en imposant l’importation de ces derniers directement auprès du producteur du pays d’export.
La liste des produits concernés par cette procédure peut être révisée par le ministère du Commerce, ajoute le communiqué, entrée en vigueur le 17 octobre 2022.
Un deuxième communiqué impose l’obligation d’importation directement des usines productrices, pour des produits bien déterminés, soumis au contrôle technique conformément au cahier des charges.
Le président de la Chambre a souligné que les produits de luxe ne représenteraient que 2%, contrairement à ceux de l’énergie avec 82%, suivis des denrées de base avec 16%.
Le déficit commercial en chiffres
Le responsable a assuré que la profession est prête à mettre en œuvre la politique de l’Etat dans ce domaine, eu égard notamment à la situation économique et financière difficile que traverse le pays, et la Chambre appelle à davantage de concertations avec les acteurs opérant dans l’importation.
Car, la procédure d’approvisionnement, désormais obligatoire et ce, directement à partir de l’usine, fait partie d’une batterie de nouvelles décisions que le gouvernement a annoncées au début du mois, après que la balance commerciale de la Tunisie au cours des huit premiers mois de 2022 a enregistré un déficit de 16,8 milliards de dinars, tandis que le taux de couverture a régressé de 5,3 points.
En outre, la balance commerciale connaît un déficit continu depuis des années, et un montant record de 19,4 milliards de dinars a été enregistré au cours de l’année 2019.
Le rythme de développement de l’offre a été supérieur à celui des exportations, la Tunisie ayant importé des biens d’une valeur de 53,8 milliards de dinars au cours des 8 premiers mois de cette année, tandis que le volume des exportations s’est élevé à 36,9 milliards de dinars, avec une croissance estimée à 24,4%, selon les données consultées par African Manager.
A noter que les ministères du Commerce, de l’Industrie et de la Santé ont annoncé le 16 octobre, dans une note commune, l’adoption d’un système de contrôle sur les opérations d’importation de produits de consommation, avec l’obligation d’importer ces produits directement de l’usine qui les manufacture dans le pays d’exportation.
Les trois ministères ont justifié cette décision par le fait qu’elle s’inscrit dans le cadre de la garantie de la qualité des produits et de la sécurité des consommateurs.
Cette décision est entrée en vigueur à compter du lundi 17 octobre 2022, à l’exception des opérations d’approvisionnement, pour lesquelles des lettres de crédit ont été ouvertes avant l’entrée en vigueur de la procédure.
Des mesures pour protéger l’industrie nationale
En réponse aux appels de certains à arrêter l’approvisionnement en produits non essentiels, le responsable affirme qu’il n’est pas possible de prendre une décision d’interdiction totale de l’approvisionnement, même pour des produits considérés comme « de luxe » compte tenu de la situation du pays. Toutefois, les accords de l’OMC prévoient la possibilité pour les États membres d’adopter des mesures de sauvegarde, techniques et organisationnelles, pour protéger leurs industries nationales.
Au cours de la prochaine période, un certain nombre de nouvelles décisions seront prises visant à renforcer les procédures dans le but de rationaliser et de réduire le schéma des importations, à condition que le projet de loi de finances de 2023 inclue certaines mesures d’importation telles que l’élargissement de la liste des produits soumis à l’acompte de taxe AIR, avec possibilité d’augmenter le montant de cet acompte.








