Les boulangers sont unanimes. Le citoyen tunisien consomme du pain compensé de leurs poches et non des caisses de l’Etat. » Aujourd’hui, 19 octobre 2022, la Tunisie est sans pain. Et selon toute vraisemblance, une issue ne serait pas en vue avant longtemps, car la chambre syndicale nationale des boulangers a pris ses quartiers au siège de l’UTICA afin de se faire rembourser, et compte y camper jusqu’à obtenir gain de cause.
Ce matin, le président de la chambre et porte-parole de tous les boulangers, s’est entretenu avec la ministre du Commerce, Fadhila Rebhi, mais n’a guère reçu de réponse favorable.
C’est que l’Etat l’Etat n’a pas les ressources nécessaires pour payer les arriérés qu’il doit aux boulangers auxquels il est enjoint d’assumer leurs responsabilités s’ils ne lèvent pas leur mouvement.
Sauf que ces boulangers en question affirment qu’ils ne veulent guère porter préjudice, ni aux Tunisiens, ni à l’Etat.
« Nous ne voulons pas fermer boutique, mais nous n’avons plus le choix… » Depuis septembre 2022, ce sont les boulangers qui compensent la farine.
Nasreddine Ben Hadj Salem, propriétaire d’une boulangerie à Mahdia, se dit dans la même situation que les 3500 boulangers du pays.
Il a indiqué à African Manager que les charges deviennent de plus en plus lourdes et insupportables. « Les huissiers-notaires se bousculent au portillon en nous sommant de payer nos factures à temps ». Et de poursuivre : « Il y en a ceux qui ont hypothéqué leurs maisons, ou vendu les bijoux de leurs familles payer leurs crédits ».
Les prix des pièces de rechange sont passés du simple au triple, la main d’œuvre s’est renchérie, et le matériel de fabrication à l’avenant.
Le système de compensation, à l’époque de Ben Ali, était, selon les dires des professionnels, juste et équilibré.
Un des représentants s’est confié en précisant qu’à l’époque, la baguette était au même prix qu’aujourd’hui, à 190 millimes , alors que le travailleur simple percevait 600d/mois, contrairement à son salaire d’aujourd’hui qui s’élève à 1300d , que le prix de la levure boulangère a triplé, s’élevant aujourd’hui à 36 dinars, que la facture d’électricité est passée de 1500 dinars à 2800 dinars, et la CNSS de 3000 dinars à 7000 dinars.
Il a ajouté que les autorités, pour ne pas augmenter le prix de la baguette, ont promis d’appliquer le système de compensation pour équilibrer la balance, mais n’ont pas tenu parole. Les boulangers financent toutes les charges de leurs poches, et ne perçoivent aucun retour.
La ministre campe sur ses positions
Yahia Moussa, membre de la chambre syndicale nationale, a précisé que tous les professionnels concernés espéraient une réponse de la ministre du Commerce, en vain. « Fadhila Rebhi a, de toute évidence, compliqué la situation. Elle ne veut pas que le pays s’apaise, ni compte assumer ses responsabilités». Le responsable précise que les boulangers ne veulent que discuter de leurs demandes, sans avoir recours à la grève. Il a ajouté qu’aucune loi n’est appliquée, et pire, que le secteur est gravement touché. Nous parlons aujourd’hui d’un produit essentiel, consommé par tout Tunisien.
« Nous ne céderons pas », a affirmé le président de la chambre syndicale des boulangers, Mohamed Bouanen, rappelant que , d’une façon générale, les boulangeries fabriquent le pain à 260 millimes, pour le vendre au prix de 190 millimes.
L’Etat est habitué à combler le déficit, sauf pour ces 14 derniers mois.
Il clame qu’il ne peut plus répondre aux besoins des boulangers. Ces derniers ne comptent pas baisser les bras. De toute façon, ils n’ont plus aucune ressource pour acheter les matières premières.
« A partir d’aujourd’hui, et jusqu’au 21 octobre, la grève est déclarée dans les 24 gouvernorats ». Et elle le sera indéfiniment s’ils n’obtiennent pas les 250 millions de dinars dus aux boulangers. »








