Tunisie-Colibe : En attendant la fumée blanche… de Carthage !

Tunisie-Colibe : En attendant la fumée blanche… de Carthage !

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Ostensiblement, la pause estivale n’a rien de reposant pour les Tunisiens. A leurs « classiques » où font bon ménage inflation-un tout petit peu tempérée-, chute du dinar, déficit commercial, chômage, querelles politiques intestines, vient se joindre ce funeste épisode de la Colibe qui déchaîne les passions des Tunisiens et les ramènent aux pires moments des débats sur l’identité et le statut de la religion. D’une simple initiative de réflexion sur les libertés individuelles et l’égalité, la question a tourné au fil des mois et des semaines à une véritable conflagration politique émaillée de marches, de rassemblements et de déclarations incendiaires dont on n’est pas près de voir la conclusion.

Certes, le président de la République va s’exprimer demain 13 août, jour de célébration de la fête de la Femme, mais rien n’indique qu’il va trancher le nœud gordien sauf qu’il annoncera que le rapport de la commission qu’il a mandatée sera soumis au Parlement, sous la forme d’un projet de loi, à charge pour les députés de lui imprimer le sort dont ils conviendraient. Techniquement, ce sera la solution idéale, mais politiquement, ce sera bien autre chose, avec une majorité parlementaire de facto qu’il sera difficile voire impossible d’amener à composition. En clair, le mouvement Ennahdha, qui s’est retranché dans un quasi mutisme depuis la mise en place de la Colibe, a fini par distiller des bribes de son opposition, disons ses réserves, que son chef, Rached Ghannouchi, a signifiées, ces derniers jours, au président de la République, en en gardant, autre part, sous le boisseau, toute la genèse.

Ennahdha parle mais ne dit rien

On en a su, néanmoins un peu plus au travers du 2ème vice-président d’Ennahdha, Ali Laarayedh, qui a affirmé que « le chemin est long et parsemé d’épreuves pour la libération de la femme, la restitution de ses droits politiques et économiques et sa libération de toutes les formes de marginalisation et de dédain », pour assurer aussitôt que son parti « ouvrera pour assurer aux femmes tunisiennes tous les privilèges au même titre que les hommes ». Des généralités désarmantes dont on est en peine de déchiffrer les codes, mais qui renseignent sur l’embarras dans lequel s’embourbe le mouvement qui dit avoir cessé d’être islamiste.

Ce qui est presque certain, c’est que Béji Caïd Essebsi a placé son alter égo Rached Ghannnouchi devant un dilemme cornélien. Si ce dernier se rangeait de son côté et acceptait les conclusions de la Colibe, il irait droit vers de vifs désaccords et même des affrontements avec les bases de son parti. S’il les refusait, il serait discrédité aux yeux de l’étranger, singulièrement les Occidentaux, et administrerait la preuve que le mouvement Ennahdha n’a pas rompu avec ses fondamentaux de parti religieux ni migré, comme il l’affirme, vers une formation politique civile.

De la résolution de ce dilemme dépendra de toute évidence la configuration des perspectives électorales de 2019, échéances des scrutins législatif et présidentiel, pour lesquels Ennahdha travaille déjà d’arrache-pied en s’employant à changer son image auprès de l’opinion publique domestique autant que vis-à vis de l’étranger, en se dépensant en assurances et techniques de public-relations.

Un silence embarrassé

Curieusement, maints autres partis politiques, de gauche comme d’ailleurs, ont observé un silence presqu’égal, se gardant de s’exprimer nettement et officiellement sur les réformes proposées. Il n’en demeure pas moins que certains d’entre eux commencé à avoir les langues déliées, à l’instar du Front populaire et l’UPL, le premier y ayant apporté un soutien tardif et le second appelant à un « débat intellectuel et civilisationnel » et proposant « l’explication et la simplification du contenu du rapport pour que l’opinion publique en soit informée tout en évitant toute manipulation ».

Reste le parti Nidaâ Tounès qui doit sa création à l’auteur de l’initiative sur les libertés individuelles et l’égalité. Après s’être muré, lui aussi, dans un silence à toute le moins énigmatique, il vient, de se fendre, ce dimanche même, d’un communiqué où il plaide en faveur de « l’approfondissement du dialogue sociétal entre les différents acteurs de la sphère politique et civile », précisant que « ce dialogue devra se dérouler dans le respect des principes de l’Etat civil et de la citoyenneté responsable et à l’abri des surenchères et de toute instrumentalisation ».

C’est au lendemain de ce bric-à-brac de vagues déclarations et d’insipides professions de foi que le président de la République devra le « fin fond » de sa pensée dans un discours aux Tunisiens. Croisons les doigts !

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