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Tunis-Ramadan :Bombance et ripaille, on n’y va pas avec le dos de la cuiller!

C’est aujourd’hui jeudi que la communauté musulmane aux quatre coins de la planète entame Ramadan. Si ce mois saint en tant que coutume et pratique est assez connu, moins souvent expliquée est sa signification et le pourquoi du comment les musulmans jeûnent chaque année pendant une trentaine de jours. Pour ceux qui ne le savent pas ou feignent de ne pas le savoir, Ramadan a pour but de libérer l’être humain des entraves de la dépendance matérielle, de la prison des habitudes, de la consommation aveugle, de la routine et du rendement. Par cela il renforce sa spiritualité et sa soumission à Dieu. Il s’agit en fait de vivifier sa spiritualité, l’initiation à une véritable libération par le jeûne de l’âme, l’invitation à appréhender la présence divine par le jeûne du cœur. La solidarité manifestée à cette occasion est aussi un moyen pour la communauté des musulmans de se souder et de pratiquer l’aumône envers les plus démunis.

A l’exercice, paradoxalement, les choses sont souvent appréhendées autrement, voire à des années-lumière des injonctions et prescriptions édictées par le Coran et par la Sunna. Ceux qui sont logés à cette enseigne ne sont pas du petit nombre, ils constituent même l’écrasante majorité des jeûneurs, en ce sens que c’est le palais au sens culinaire du terme qui est privilégié, avec des achats démesurés, une alimentation inconsidérée, un farniente érigé en mode de vie, des lieux de travail désertés, au mieux fréquentés compendieusement, et surtout avec un coût économique dévastateur.

Plus on jeûne, plus on mange, a-t-on coutume de dire. C’est une vérité observable à tout berzingue et sans aucun sens de la mesure sans que quiconque y trouve à redire même pas les autorités qui s’emploient en la circonstance à mettre les petits plats dans les grands pour que personne ne manque de quoi que ce soit quitte à aller chercher ailleurs de quoi casser le grain, et en devises toujours plus fortes alors que la monnaie nationale, de Dinar, flirte avec les abysses. Le pouvoir en place, de quelque bord qu’il se réclame, ne déroge nullement à cette règle et s’investit du mieux qu’il peut pour « assurer l’approvisionnement régulier du marché et constituer des provisions pour le mois saint ». En aurait-il le choix dès lors que la frénésie s’empare de tous sans exception ? Les ménages s’endettent et le rouge fait des ravages. Autant dire que tout le monde ne lésine pas sur les moyens pour tenir son rang en ce mois où ripailler prend les allures d’un sport national.

Il n’en faudrait pas davantage pour que les magasins d’alimentation générale et plus particulièrement les grandes surfaces soient littéralement pris d’assaut au point que l’Institut national de la statistique (INS) a décidé d’allouer un indice des prix aux produits prisés (œufs, lait, viande) qui sera calculé chaque trois jours, tout au long du mois de Ramadan. Au demeurant, La moindre facture affiche un montant de 200 dinars, pour une liste de produits de consommation répondant uniquement aux besoins des 10 premiers jours du mois, et ce, sans compter les dépenses quotidiennes destinées à l’achat des légumes, fruits et viandes.

D’après l’Institut national de la consommation (INC), le tiers des revenus des ménages tunisiens est consacré à l’achat des produits alimentaires pendant le mois de Ramadan. Cette frénésie d’achat, qui intervient dans une conjoncture économique et sociale difficile, caractérisée par un taux de chômage élevé (15% au cours du premier trimestre 2015) et une inflation galopante de plus de 5%, s’explique par une volonté du tunisien de compenser son sentiment de privation de manger et de boire pendant quelques heures, en augmentant sa consommation pour rassasier sa faim, a affirmé à TAP le sociologue Taieb Touil.

Sensibiliser ou boycotter, il faut choisir !

Comme c’est de coutume, les appels sont légion qui invitent à la maîtrise de la consommation, en tête desquels ceux lancés par l’organisation de défense du consommateur (ODC), qui demande au Tunisien de « faire preuve d’un certain niveau de conscience, en rationalisant sa consommation afin d’éviter le recours aux crédits de consommation ». C’est prêcher dans le désert même si l’ODC estime que « le boycott est un outil très efficace qui ne manquera pas de réduire les prix » A défaut, l’organisation a mis au point au point tout un programme de sensibilisation au cours de ce mois, et ce, à travers l’organisation de soirées ramadanesques visant à « diffuser une nouvelle culture de consommation qui fait appel à plus de vigilance de la part du consommateur ». La quadrature du cercle, en somme !

Mohamed Lahmar

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