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Mohamed Lahmar

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Sur le gril de l’émission « Le Rendez-vous » sur Hannibal tv, le Directeur général de la Douane tunisienne, Adel Ben Hassine, s’est exprimé , dimanche soir, sur la corruption qui ronge  son administration, en reconnaissant l’existence de cas qui font, a-t-il dit, l’objet d’enquêtes.

Ila cependant affirmé que la lutte contre la corruption  à la Douane est pilotée par la présidence du gouvernement, son administration n’est qu’un organe d’exécution qui collabore, par ailleurs, avec plusieurs parties intervenantes, notamment l’Instance Nationale de Lutte Contre la Corruption (INLUCC).

Il a souligné que la corruption qui sévit encore mais dans une bien moindre mesure, est le résultat d’une massive accumulation de pratiques qui datent du régime déchu , ce qui requiert un travail titanesque, affirmant que des mesures dont les plus importantes ont été arrêtées en  conseil ministériel à la Kasbah, ont été prises dont l’exécution n’est pas de l’unique ressort de la Douane.

Interrogé sur le maintien en activité de nombre d’officiers à l’encontre desquels des mesures de suspension et de mutation ont été prises, il a indiqué que les investigations diligentées à leur sujet sont en cours, tout en reconnaissant qu’ils continuent de travailler sur les dossiers qui leur sont confiés. C’est le cas  entre autres du directeur des enquêtes douanières qui, lui a-t-on fait remarquer, en fait à sa tête sans en référer à la hiérarchie, c’est-à-dire le directeur général de la Douane lui-même. Adel Ben Hassine a mollement démenti, indiquant toutefois qu’il reçoit dans son bureau le directeur en question, et pas plus tard qu’il ya deux jours, a-t-il précisé.

Ila fait savoir que tous les dossiers où des soupçons de corruption pèsent sur des douaniers sont déférés au pôle judiciaire financier à charge pour ce dernier de les instruire et d’en décider de la suite.

 

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Le verdict est tombé. Frénétiquement attendu, le tout dernier rapport de l’agence de notation Fitch n’a pas, en fait, de quoi tourmenter encore le gouvernement tunisien dès lors qu’il ne dégrade pas les notes du pays et maintient à stable sa perspective. Il n’en demeure pas moins qu’il ne retire pas le pays de la catégorie « non investment grade » hautement spéculatif, en confirmant ses notes de défaut émetteur à long terme en devises étrangères à “B+”. Ceci doit vouloir signifier qu’il y a un doute important sur le remboursement des emprunts que la Tunisie aura à contracter sur le marché financier international avec le risque assez grand qui s’y attache de ne pas faire face à ses obligations pour cause d’incidents de paiement.

Cela veut dire aussi que pour lever des fonds sur ledit marché, elle devra payer beaucoup plus pour le loyer de l’argent, car il existe un lien ombilical entre le risque de crédit et le taux d’intérêt d’emprunt. Plus le risque de non-remboursement est élevé, plus le taux d’intérêt d’emprunt est élevé, et réciproquement. L’emprunteur, ce qui n’est pas le cas de la Tunisie, bénéficiera d’un faible taux d’intérêt en cas de faible risque de non remboursement, et donc de note de crédit élevée. Au contraire, le taux d’intérêt sera plus élevé en cas de moins bonne note.

Une conjonction de risques

La Tunisie, qui projette à son corps défendant de sortir de nouveau sur le marché international, se trouve tout naturellement désavantagée par la notation de Fitch, alors qu’elle attache une importance capitale à cette sortie pour combler le trou de plusieurs milliards de dinars qui affaisse sa loi de finances 2018 saturée de d’impôts et d’autres prélèvements extrêmement impopulaires. A ceci s’ajoutent les mauvaises grâces que le pays s’est attirées auprès du Fonds monétaire international, visiblement très peu enclin à lui faciliter la tâche en distillant au compte-gouttes et avec une révoltante parcimonie les tranches de son prêt accordé sous le mécanisme élargi de crédit au motif que la Tunisie ne conduit pas à bonne fin et de la manière convenue les réformes exigées.

D’autant que comme l’affirme Fitch, la Tunisie dépend fortement de la communauté internationale pour financer son déficit courant, tout en s’attendant à ce que ce soutien se poursuive. Mais, là où le bât blesse le plus, « des retards potentiels dans les décaissements, par exemple en raison de l’incapacité à achever des réformes dans le cadre du programme du FMI, ou d’un affaiblissement du soutien international, à l’avenir, risquent de réduire l’accès au financement extérieur ». On en a déjà une première indication avec l’intention attribuée à l’Administration américaine de ne pas donner sa garantie au prêt de 500 millions de dollars que la Tunisie projette de rechercher auprès des bailleurs de fonds internationaux.

C’est là le risque majeur que l’agence de notation Fitch a tenu à fortement souligner dans son dernier rapport qui comporte toutefois et au crédit du gouvernement tunisien quelques observations qui peuvent être prises pour des satisfécits, tels que « l’amélioration de la sécurité et de la situation économique depuis 2016, ce qui devrait contribuer à réduire les déficits jumeaux dans les années à venir ». Mais il y a aussi l’accélération d e la croissance du PIB à 2,2%, en 2017, contre 1% en 2016, et encore la reprise du tourisme dont les recettes ont augmenté de 19%, en glissement annuel et celle des investissements directs étrangers (+13%). Un composé de tendances qui a vocation à favoriser un regain de confiance en la Tunisie, ce qui permettrait un rétablissement progressif de l’économie.

L’inhibition politique

Un tableau, sans être idyllique, marque un début de percée vers un léger mieux économique. Mais c’est compter sans la situation politique et dans une moindre mesure sécuritaire de la Tunisie où l’instabilité demeure un handicap absolument inhibitif. Avec des gouvernements qui succèdent à la vitesse grand V sans apporter les avancées nécessaires, des acteurs politiques qui battent la breloque à tout bout de champ et des institutions, pourtant indispensables, qui peinent à voir le jour, ou si c’est le cas, mal fonctionnent, la Tunisie se dispense cruellement de se doter de quoi soutenir sa croissance, si maigre soit-elle, et de s’engager enfin sur la trajectoire qui la délivre du marasme économique dans lequel elle se débat depuis un lustre, c’est-à-dire depuis 2011. Penser autrement la politique et la faire dans l’intérêt suprême et bien compris du pays, est rigoureusement l’unique passerelle qui conduise vers davantage d’emplois, d’investissements, d’équité sociale, en un mot de développement.

Nos politiques en seraient-ils capables ? Voilà toute la question lancinante qu’ils auront à lui trouver l’épilogue nécessaire en reléguant à jamais leurs funestes et inutiles tiraillements et en s’animant de l’ardente obligation qui est celle de servir la Nation comme ils ont mandat de le faire.

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Un chapelet d’événements est en train de secouer l’échiquier politique. Sans être aboutés par un lien évident, ni ordonnés suivant un canevas convenu, Ils ne seraient pas indemnes du doute qu’ils convergent vers un même dessein, celui de rebattre les cartes avec probablement à la clé une reconfiguration politique où des têtes pourraient tomber et d’autres émerger.

Quoiqu’ils s’en défendent, les deux partis qui font la pluie et le beau temps, nommément Nidaâ tounès et son alter ego le mouvement Ennadha, apparaissent comme les architectes tout désignés de ce chamboulement dans l’intérêt bien compris de l’un autant que de l’autre dans le cadre de cette coalition contrainte qu’ils ont érigée en mode de gouvernement moyennant des « ajustements » dont un chef de gouvernement, surtout s’il lui arrive de penser qu’il peut faire cavalier seul, paye la facture, rubis sur l’ongle.

L’histoire, disait Thucydide, est un perpétuel recommencement. Habib Essid a ouvert le bal. Son successeur, Youssef Chahed, n’en serait pas immun, alors que la machine à spéculer sur son départ est en marche, prenant un tour beaucoup moins sibyllin, voire sans ambages, comme a pris sur lui de le faire le directeur du centre de Nidaa Tounes pour les études, Khaled Chawket. Constatant « une crise de leadership politique et une crise de gouvernement pour des raisons multiples », il appelle à « hâter la formation d’un gouvernement sur la base des résultats des dernières élections, un gouvernement auquel les Tunisiens peuvent demander des comptes ». Il ne faut pas s’y tromper, et c’est d’une clarté cristalline : Chahed doit faire place nette.

Davantage qu’un pavé dans la mare !

Un pavé dans la mare ? Incontestablement, mais Chawket, là, dit-il tout haut ce que les autres pensent tout bas ? Entendons par les « autres » le directeur exécutif de Nidaâ, Hafedh Caïd Essebsi, qui ne porte pas dans son cœur le chef du gouvernement en place, pourtant issu du sérail du parti, et qui lui réserve de vives philippiques, feutrées ou franches, qui prennent racine dans la fulgurante ascension du locataire de la Kasbah.

Nidaâ balaie d’un revers de main cette inimitié et parle de divergences de vue entre les deux hommes, limitée au projet de la loi de finances. Son porte-parole, Mongi Harbaoui est monté au créneau pour le clamer. Mais son démenti ne dit pas tout. A y regarder de près, on retiendra cette phrase chargée de sens et qui en dit long sur la gravité et la profondeur du contentieux. « Nous soutenons le gouvernement d’union nationale et nous soutenons, a-t-il dit, Youssef Chahed tant que ce dernier agit dans un cadre de concertation et tient compte des priorités du Document de Carthage ». Ceux qui sont versés dans les leçons d’alphabet en matière politique comprendront que l’on a pas affaire à un grief comme il s’en formule communément, mais d’un véritable casus belli d’autant plus délétère qu’il ira aux plus lointaines extrêmes. Et il est dès lors inconcevable que Youssef Chahed, porté aux nues à la faveur de sa campagne contre la corruption, pour autant qu’elle enregistre de successives décélérations, soit susceptible d’une quelconque concession ou d’un hypothétique retour à l’orthodoxie du parti.

Chahed, vent debout !

Voué aux gémonies comme il l’est présentement, le chef du gouvernement apparaît comme quelqu’un qui se retrouve vent debout en face de successives adversités politiques dont la dernière en date et très probablement la plus nocive est l’émergence de cette Troïka composée de trois figures politiques qui ont ceci en commun d’avoir, chacune à son échelle et à sa manière, demandé sa tête, et exigé sa démission. Slim Riahi, le premier, s’était voici quelques mois, fendu de semblable adjuration, suivi dans la foulée par le chef du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, qui, en quelque sorte, intimait l’ordre à Youssef Chahed de ne pas se présenter aux prochaines élections présidentielles, et de démissionner si tel est son projet. Enfin et surtout, Hafedh Caïd Essebsi, qui a engagé contre le chef du gouvernement sorti tout droit de l’écurie du parti, une véritable guerre larvée à coup d’insinuations, puis de déclarations plus nettes, et enfin d’acerbes critiques, par ses soins ou par procuration.

Il ne serait pas difficile de comprendre celles dont s’est signalé Khaled Chawket autrement qu’à l’aune de cette offensive. Mais il y a ajouté visiblement une touche personnelle empruntée à son parcours d’islamiste devant l’Eternel, avant de rouler sa bosse dans d’autres mouvements pour débarquer à Nidaâ Tounès, un parti attrape-tout mordant sur le fonds de commerce de politiques venant de maints horizons, aux convictions disparates et parfois antinomiques.

Ainsi décrié et sa tête mise à prix, Youssef Chahed parviendra-t-il à tenir la dragée haute à ses contempteurs ? Apparemment délesté par le président de la République, Béji Caïd Essebsi, de son plus remarquable champ de combat auquel il doit sa montée en grade, à savoir la lutte contre la corruption, il ne semble pas à court d’idées, en lançant en grandes pompes son autre bataille, celle contre la hausse des prix. Trônant depuis des mois sur la cote d’amour des Tunisiens qui lui témoignent de la confiance davantage qu’aux autres politiques, il peut entasser dans son carquois assez de flèches pour se défendre et résister. Pour la suite, il ne faudra pas négliger ce que lui cuisinent les deux actuels patriarches de la politique en Tunisie et ce dont ils pourraient être capables car ce qui est établi par coutume et par l’exercice, sans être trop bon, peut quelquefois convenir et servir.

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Iyad Dahmani, ministre chargé des relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, a déclaré que le siège de la présidence du gouvernement n’est pas fonctionnel. “On n’a pas de bureaux à la Kasbah (…). Certains conseillers travaillent à la zone urbaine nord ou encore à cité El Khadhra pour manque de bureaux“, a-t-il dit.

Lors de son audition, ce mercredi 15 novembre 2017, par la commission de l’organisation de l’administration et des affaires des forces armées à l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), il a affirmé que cette situation est liée aux difficultés du pays. “On est conscient de la situation, mais la priorité aujourd’hui n’est autre que le redressement de nos finances publiques“, a assuré le ministre, invitant les députés à effectuer une visite à la Kasbah et voir de près les conditions rudes dans lesquelles travaillent les agents et fonctionnaires de la présidence du gouvernement, selon ses dires.

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La grève des transporteurs du carburant et des marchandises par voie terrestre prévue les 16, 17 et 18 novembre 2017 a été annulée, annonce le ministère des affaires sociales dans un communiqué publié, mardi.

Cette décision a été prise, selon la même source, suite à la signature de l’annexe numéro 9 de la convention collective sectorielle de transport des marchandises par voie terrestre lors de la réunion du comité central de réconciliation au siège du ministère sous la présidence du directeur général de l’Inspection du Travail et de la Réconciliation, Foued Ben Abdallah et en présence de représentants de l’union générale tunisienne du travail (UGTT) et de l’union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA).

L’organisation ouvrière avait décidé le report de cette grève à trois reprises pour préserver l’intérêt national et éviter toute perturbation de l’activité socio-économique, rappelle-t-on.

L’accord relatif à la majoration des salaires des travailleurs du secteur au titre de 2016 est fixé à 6,3% (entre 20 et 35 dinars).

Rappelons que la grève du transport du carburant et des marchandises prévue, initialement les 12, 13 et 14 octobre 2017 a été reportée pour les 26, 27 et 28 octobre 2017 puis pour les 2, 3 et 4 novembre 2017 et enfin pour les 16, 17 et 18 novembre 2017 pour privilégier les négociations.

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L’unanimité se fait saisissante concernant les tribulations économiques et financières du gouvernement tunisien alors qu’il peine déjà à boucler sa loi de finances et à rembourser ses dettes en 2018. A domicile comme ailleurs, il ne pense trouver son salut qu’en taxant plus ses contribuables et en s’endettant copieusement auprès de bailleurs de fonds internationaux dont les institutionnels comme le Fonds monétaire international lui tiennent, cependant et régulièrement, la dragée haute.

Comme on peut le voir, l’étau n’est pas près de se desserrer à moins que les autorités tunisiennes se placent dans l’état où elles seront en mesure de déférer aux injonctions qui leur son faites et de s’engager dans les multiples réformes qui leur sont indiquées quitte à exacerber encore davantage les tensions sociales déjà vives et auxquelles elles désespèrent de trouver même un début d’issue. Avec une inflation qui gravit allégrement les paliers, une croissance si atone qu’elle n’autorise que quelques décimales, un endettement qui s’envole à la vitesse grand V, un déficit commercial à l’avenant et un Dinar qui poursuit sa descente aux enfers, le  décor est tout à fait planté pour rendre les choses encore plus difficiles pour ne pas dire ingérables.

Un état des lieux qui est vu d’un mauvais œil non seulement par les Tunisiens, mais aussi et surtout par des centres internationaux et même africains, à l’instar de « Proshare », le hub d’analyse financière dont les productions font autorité dans le continent. Il vient d’estimer qu’ « une instabilité sociale croissante nuira à la capacité du gouvernement d’adopter des mesures d’assainissement budgétaire ambitieuses, ce qui empêchera une maîtrise rapide du déficit budgétaire dans les années à venir ». Il est d’avis que la cadence de cet assainissement sera « modeste » au cours des prochaines années au motif que les progrès indispensables seront limités par l’impact social des mesures de réduction de coût. Au point, dit-il, que le gouvernement continuera de naviguer entre les pressions des donateurs et bailleurs de fonds internationaux, le FMI en tête, pour asseoir les finances publiques sur des bases plus durables, alors que les effets socio-économiques des actuelles coupes de dépenses sont extrêmement sensibles. Et cela ne se traduira que par une réduction progressive du déficit budgétaire à l’avenir qui passe de 6,1% du PIB en 2016 à 5,4% cette année et à 4,9% en 2018.

Tensions avec les bailleurs de fonds

S’y ajoutent les tensions croissantes avec les bailleurs de fonds internationaux dues à l’absence de progrès sur la réforme fiscale, regardée comme un risque important pour le gouvernement, surtout après le retard délibéré mis par le FMI pour décaisser la deuxième tranche du mécanisme élargi de crédit de 2.9 milliards de dollars en décembre 2016. L’institution de Bretton Woods a finalement terminé la première révision de l’accord en avril 2017, ce qui a conduit au déboursement de la fameuse 2ème tranche, d’un montant de 314 millions de dollars.

Tout en plaidant pour la conduite d’efforts indispensables pour empêcher que l’accord soit bloqué, Proshare estime que ce dernier est crucial pour assurer les besoins de financement de la Tunisie, soutenir la confiance des investisseurs et donner une impulsion plus forte au programme de réformes du gouvernement. Néanmoins, l’assainissement budgétaire prendra du temps. Malgré les pressions exercées par le FMI pour élargir l’assiette fiscale et raboter les dépenses actuelles, il sera handicapé par un surcroît d’instabilité sociale. Au demeurant, le gouvernement a été contraint de renoncer à un certain nombre de réformes fiscales initialement prévues dans le projet de budget 2017, telles que l’introduction de nouvelles taxes sur les professions libérales, l’augmentation du taux de la taxe sur la valeur ajoutée et le gel des salaires du secteur public.

Cap sur les prêts concessionnels

C’est ce dernier point qui fait le plus problème, en ce sens que la fonction publique engloutit plus de 50% des dépenses publiques totales et près de 15% du PIB. Ceci alors que la croissance est insuffisante pour élever significativement le niveau de vie et réduire le taux de chômage qui frappe 15,3% de la population active, ce qui revient à estimer que les risques de troubles sociaux limiteront la capacité du gouvernement à réduire les dépenses courantes, en particulier les salaires et les subventions du secteur public.

Pour remédier un tant soit peu à la situation financière qui est la sienne, la Tunisie a eu recours aux prêts concessionnels, c’est-à-dire ceux dont le taux d’intérêt est le moins élevé possible, mais aussi au marché financier international dont le service de la dette est astronomique pour les finances tunisiennes. C’est pour cette raison que Proshare insiste pour que la Tunisie s’échine à faire la part belle aux prêts concessionnels, sachant que cette facilité signifie l’octroi de prêts qui comportent un élément de don par rapport à un prêt contracté aux conditions du marché (taux d’intérêt, délai de paiement de la première échéance et durée du remboursement). Mais, le FMI qui considère un prêt comme concessionnel lorsque la valeur de l’élément don est supérieure ou égale à 0,35, n’est pas susceptible de continuer sur sa lancée comme il l’a notoirement démontré lors de l’épisode de la 2ème tranche.

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Généralement erratique, la hausse des prix est en train de prendre une tournure brutale et massive, n’épargnant personne, surtout les couches vulnérables de la population. Et ce sont les produits et denrées alimentaires de première nécessite qui en pâtissent, singulièrement les légumes les fruits qui composent l’essentiel du panier de la ménagère et dont la mercuriale bat des records inouïs et absolument inaccessibles pour les petites et moyennes bourses. Et parce qu’ils relèvent du régime de la liberté des prix, ils offrent l’opportunité toute désignée pour la spéculation et autres pratiques de la même eau.

Jusqu’à plus ample informé, cette flambée des prix ne date pas d’aujourd’hui, et cela fait déjà des semaines que l’on en parle dans les médias et même dans l’hémicycle de l’Assemblée des représentants du peuple. Le gouvernement qui pensait sans doute qu’il n’y avait pas encore le feu au lac, s’est placé visiblement dans l’expectative d’un retour du balancier, même si un léger répit, de courte durée, du reste, a pu être observé. Mais au bout, du compte, en procrastinant de la sorte, les autorités ont laissé les compteurs s’affoler, pour se saisir enfin, ce mercredi, à bras-le-corps du problème. Le chef du gouvernement est monté au créneau en convoquant pour une réunion qui a tout pour apparaître comme urgente, les responsables des grandes surfaces, invités à s’associer à la lutte contre la vie chère par une réduction de leur marge bénéficiaire concernant les fruits et légumes tout autant qu’une gamme d’une vingtaine de denrées et de produits de consommation courante. Le gouvernement n’entend pas en rester là, puisqu’il a annoncé que des mesures visant à maîtriser le renchérissement des prix de certains produits de consommation, seront bientôt mises en application afin de préserver le pouvoir d’achat des catégories vulnérables et du consommateur tunisien en général.

Ajuster les curseurs

On ignore pour l’instant de quoi il devrait s’agir précisément, mais il est logique de penser que les curseurs vont être ajustés pour se fixer sur le contrôle économique et des prix sans qu’il soit très probablement question d’exclure les fruits et légumes et autres produits de consommation courante du régime de la liberté des prix. Dans semblable configuration, il pourrait être dans l’ordre des choses qu’une surveillance accrue des circuits de distribution et de transport de ces victuailles soit sévèrement appliquée, même si, en fait, les effectifs mobilisables ne suffisent pas à la tâche.

Il n’en demeure pas moins discutable que les mesures convenues avec les grandes surfaces puissent générer des effets qui déteignent sur tout le territoire du pays, ces dernières n’étant implantées que dans les grandes agglomérations urbaines à l’exclusion des délégations, des localités et des régions de l’intérieur. Surtout, elles ne s’adressent pas au consommateur lambda dont la bourse ne lui permet en aucun cas d’y faire ses emplettes. Sous cet angle, il est difficile de comprendre que la réduction de la marge bénéficiaire de ces espaces commerciaux apporte une contribution significative à la bataille contre la cherté de la vie. D’autant moins que, comme le note l’Organisation de défense du consommateur, 80% des produits destinés aux ménages sont vendus à des prix libres et non homologués, ce qui serait d’un effet dérisoire en l’absence d’une liste des produits et des prix dûment dressée par le ministère du Commerce.

La chasse aux spéculateurs !

C’est donc plutôt vers les circuits de distribution que les efforts à déployer devront être dirigés, c’est-à-dire là où se cuisine la spéculation et où se dérègle le plus le marché. Les autorités s’y sont essayées par le passé, plusieurs fois plutôt qu’une, sans totalement arriver à des résultats à tous points probants. On peut espérer que le gouvernement, en lançant cette bataille contre la flambée des prix, aura, cette fois, les moyens de son ambition, en réprimant de la façon la plus exemplaire et la plus draconienne qui soit les pratiques dont les commerçants, grands et petits, réguliers ou informels, ont le secret et en même temps la maîtrise.

Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a annoncé mercredi, que des campagnes exceptionnelles et intensifiées de contrôle sont envisagées à partir du 9 novembre 2017, dans toutes les régions de la République pour contrôler les circuits de distribution, dans un objectif de maîtrise de prix et de lutte contre le monopole. L’annonce semble revêtue du sceau d’une grande détermination. Le reste suivra-t-il ?

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Le 7 novembre 1987, ce ne fut pas pour les Tunisiens un jour comme les autres. Ils se sont réveillés sur un nouveau président qui en a délogé un autre et un régime qui en fera pire qu’icelui tout en lui empruntant ses institutions, son fonds de commerce et une partie de ses attributs. Un anniversaire dont on ne trouve que de rares et furtives évocations dans la presse de ce mardi et même sur les réseaux sociaux. Il est vrai que la grande masse du peuple, les jeunes, n’en a qu’une lointaine souvenance, parfait synonyme d’indifférence.

Pourtant, en ce jour-là, à l’aube, le premier ministre d’alors, Zine el-Abidine Ben Ali, a mis en exécution ce qui sera baptisé par la suite un « coup d’Etat médical » destituant le président de la République en place, Habib Bourguiba, pour sénilité. Une proclamation lue par le désormais homme fort du pays sur les ondes de la Radio nationale, promettait monts et merveilles au peuple tunisien, pas totalement surpris au regard des multiples accès de confusion politiques et d’autres ordres dont le locataire de Carthage se signalait à une opinion publique, tantôt médusée, tantôt indolente. Démocratie responsable, souveraineté du peuple, ni présidence à vie, ni succession automatique, une vie politique évoluée fondée sur le pluralisme, bannissement de toute iniquité et injustice…bref le catéchisme parfait d’un président qui en renverse un autre.

Tourner casaque !

Il n’a fallu que quelques mois pour que toutes ces professions soient balayées pour rejoindre le vide-grenier des grandes bonnes résolutions. Place désormais à un exercice du pouvoir, d’abord cosmétiquement républicain, puis au fil des jours franchement solitaire. La politique est ainsi réduite à des sentences arbitraires où le pouvoir se fait absolu et illimité avec son corollaire d’opposition muselée, de conspirateurs fictifs jetés en prison, de presse bâillonnée et aux ordres, de libertés individuelles étouffées, de corruption tolérée voire institutionnalisée pour les clans affidés au maître de céans. Dans cette configuration, s’incrustent cependant quelques performances économiques, de significatives réalisations d’infrastructures, dans les régions du littoral beaucoup plus qu’ailleurs, et surtout une sécurité régentée d’une main de fer qui rejaillit peu ou prou sur la tranquillité de la population.

23 ans durant, tel fut le lot du peuple tunisien, période au crépuscule de laquelle l’exercice du pouvoir est devenu une source d’insupportables tourments pour les Tunisiens, non seulement en termes de libertés et de droits mais singulièrement de chômage qui frappait de plein fouet les jeunes, surtout les diplômés d’entre eux où qu’ils puissent se trouver, plus dramatiquement encore ceux des régions de l’intérieur. Il n’y avait pas alors loin du Capitole à la roche Tarpéienne. Le décor était suffisamment planté pour un soulèvement, et il eut lieu vite, très vite avec la Révolution du 14 janvier 2011, donnant le coup d’envoi quelques semaines plus tard au « Printemps arabe ».

Une révolution tyrannicide

A la vérité, il loge dans tout pouvoir les conditions de sa propre limitation, et plus encore dès lors qu’il s’agit spécifiquement de tyrannie et de pouvoir absolu. Celui de Ben Ali répondait à cette logique et ne pouvait pas tôt ou tard y échapper. En accumulant les turpitudes qui étaient les siennes, en ayant partie liée avec les corrompus, en traitant par-dessus la jambe des masses de Tunisiens, ce pouvoir allait tout droit vers sa fin. La révolution a rempli sa fonction tyrannicide mais a ouvert une boîte de Pandore où l’autorité de l’Etat laisse encore des plumes, avec une frénésie d’agitation sociale, une économie continuellement à l’étiage, des gouvernements où l’improvisation le dispute au populisme le plus souvent démagogique avec une Troïka qui ne savait pas y aller mais qui y abondait, puis avec d’autres successeurs issus des élections de 2014, si ankylosés et otages d’une classe politique acquise plus à l’exercice du pouvoir qu’à l’intérêt bien compris des Tunisiens qu’ils gèrent la chose publique au jour le jour, en l’absence d’une vision claire et convenue et au travers de dispositifs dictés par l’urgence sans prise sur l’avenir.

Le désenchantement n’en est plus que vif chez nombre de Tunisiens et même des politiciens, comme en témoignage ce post de Leila Chettaoui qui se demande « si le 8 novembre 1987 est une réalité ou de l’imagination ? 7 ans après la glorieuse Révolution ? ».

Platon disait dans sa République : « Comme dit le proverbe, le peuple, en voulant éviter la fumée, est tombé dans le feu ». Beaucoup de nostalgiques de l’ancien régime s’en réclament. Les Tunisiens jouissent d’une liberté et d’une démocratie naissante et en tirent un véritable motif de fierté. Mais il se trouve parmi eux des citoyens qui estiment que Platon n’avait pas tout à fait tort. Hélas !

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Sitôt connu, le projet de la loi de finances 2018 a déchaîné une tempête de protestations dont on s’accorde à prévoir qu’elle gagnera en puissance à deux mois de son adoption mutatis mutandis par le Parlement. Le plus spectaculaire et en même temps inédit de ces accès de fronde est celui manifesté par le patronat incarné par L’UTICA dont la présidente, Wided Bouchammaoui, est allée jusqu’à brandir la menace d’un lock-out général des entreprises, et d’autres mouvements pour amener le gouvernement à revoir sa copie. La réplique de Youssef Chahed n’a pas tardé. Il a affirmé ce mardi que « nous n’agissons pas sous pas la menace » tout en soulignant que le gouvernement est ouvert aux observations et propositions relatives au projet de la loi de finances, et demeure disposé à y opérer les amendements qu’il jugera possibles.

De toute évidence, on n’est plus dans une configuration de joute verbale à fleurets mouchetés. Et si cette « explication » taillée à l’emporte-pièce est portée sur la place publique, c’est qu’il y loge des griefs suffisamment sérieux pour être évacués en messe basse, au mieux dans des instances institutionnelles comme ce fut toujours le cas dans les traditions de l’organisation patronale depuis bien des lustres. En y dérogeant à coups de déclarations si courroucées dans maints médias, l’UTICA entend probablement prendre à témoin l’opinion publique en disant, par ricochet, son fait au gouvernement, accusé d’avoir ignoré ses préconisations actées dans sa note du 25 septembre 2017. C’est aussi une marque de l’irritation qui est celle de l’organisation patronale de ne plus disposer des conclaves où ses précédents présidents avaient leur mot à dire sur les décisions économiques et financières majeures qui la concernaient, à l’instar des projets de loi de finances qu’ils avaient tout loisir de discuter et de changer en amont avec les plus hauts échelons de l’Exécutif, autant qu’au niveau de la Représentation nationale et bien plus encore à celui du défunt Conseil économique et social. Certes, le patronat a ses relais au Parlement, mais on a rarement vu l’un d’eux faire autre chose que voir midi à sa porte et prêcher pour sa paroisse.

Des alternatives à l’imposition à tout-va !

Livrée ainsi à elle-même, l’UTICA prend sur elle d’alerter sur ce que le projet de la loi de finances 2018 charrie de mauvais pour les entreprises, avec des mesures fiscales prohibitives voire confiscatoires, alors qu’il existerait d’autres moyens moins nocifs pour renflouer les caisses de l’Etat et lui procurer les recettes dont le gouvernement a besoin pour trouver quoi dépenser pour son fonctionnement, les salaires de ses fonctionnaires et le financement de ses projets de développement. En lieu et place, estime le patronat, le gouvernement serait mieux inspiré de restructurer les entreprises publiques, réformer le système de compensation et améliorer le climat des affaires, comme il le lui recommande au regard des immenses difficultés auxquelles se heurte l’entreprise tunisienne « à bout de souffle ».

Ce faisant, les chefs d’entreprises perdent confiance, ce qui se traduit immanquablement par une décrue des investissements, une chute de la production, et partant une baisse des impôts collectés au profit de la Trésorerie de l’Etat. Et pour y remédier, les pouvoirs publics sont invités, entre autres, à « oser la privatisation » qui « a sauvé la Tunisie en 1986 ». C’est en tout cas ce que soutient un patron qui rappelle que « le gouvernement avait alors privatisé 130 entreprises, ce qui a permis de drainer des ressources supplémentaires à la trésorerie, mais aussi de garantir la pérennité des sociétés et de préserver des milliers de postes d’emploi ». Un rappel qui prend à défaut les moins mauvaises relations que le gouvernement entretient désormais avec la puissante organisation syndicale, l’UGTT, qui a fait de cette orientation l’une des lignes rouges majeures qu’il importe rigoureusement de ne pas franchir.

Un cri d’orfraie !

En durcissant le ton, le patronat cherche évidemment à renvoyer le gouvernement à ses chères études et à ranger au magasin des vielles lunes une bonne partie des mesures fiscales qu’il a concoctées dans son PLF 2018. Youssef Chahed a assuré que son gouvernement est ouvert à toutes les propositions qui lui seront faites et envisagera tous les amendements qu’il jugera possibles. Pourra-t-il le faire alors que, de l’avis unanime, il est dos au mur et qu’il ne fait que parer au plus pressé pour boucler son budget et sa trop controversée loi de finances ? Très probablement non. Tout au plus, il concèderait quelques rectifications dont le patronat ne devra que peu s’accommoder sans obtenir gain de cause sur l’essentiel de ce qu’il revendique. Et il y a tout lieu de penser que la menace de Wided Bouchammaoui n’aura été qu’un cri d’orfraie poussé dans une situation de surprise et d’effroi.

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Le ministre de l’Intérieur a décidé d’opérer un mouvement partiel  dans le corps des gouverneurs aux termes duquel les mutations suivantes ont été décidées :

  • Salwa Khiari à Nabeul
  • Adel Kabthani à Sfax
  • Akram Sebri à Monastir
  • Slim Tissaoui à Béja
  • Chedly Bouallègue à Tunis
  • Anis Dhifallah à Sidi Bouzid
  • Mnawar Ouertani

De même, le ministre de l’Intérieur a décidé de nommer

  • Ali Marmouri gouverneur de Gabès
  • Mohamed Sedki Bououn gouverneur de Jendouba
  • Mokhtar Nefzi gouverneur de l’Ariana
  • Habib Chaouat gouverneur de Médenine

Il importe de noter que le gouverneur de Tunis, Omar Mansour ne figure pas dans cette liste. A-t-il payer cher son apparition aux côtés  de Imed Dghij , chef de la ligue de protection de la révolution ?

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La corruption est une force de déstabilisation en Tunisie, infectant tous les niveaux de son économie, de sa sécurité et de son système politique. Autrefois étroitement contrôlée sous l’ancien président Zine el-Abidine Ben Ali, la corruption est devenue endémique, avec des citoyens s’y livrant tous les jours et bénéficiant des pratiques de corruption. C’est ce qu’affirme une étude de la Fondation Carnegie Endowment for International Peace, réalisée par deux de ses chercheurs, Sarah Yerkes et Marwan Muasher, vice-président pour les études.

De nombreuses mesures juridiques et initiatives de la société civile sont en ordre de bataille pour lutter contre la corruption, perçue aujourd’hui comme encore plus envahissante que sous Ben Ali. Dans une précédente étude en avril 2016, les deux chercheurs avaient noté que « la transition de la Tunisie est en perte de vitesse. » Et, aujourd’hui, cela s’explique, dans une large mesure, par l’omniprésence de la corruption. Relancer la transition est tributaire de croissance économique, de stabilité politique et de confiance des Tunisiens, le tout négativement impacté par l’absence de réponse adéquate à la corruption passée et présente.

La corruption dans tous ses états

La corruption compromet directement la croissance économique en nourrissant la frustration et la désillusion alors que les promesses de la révolution demeurent lettres mortes. Elle pompe l’argent des caisses de l’Etat et le met entre les mains d’individus corrompus, elle dissuade les investissements étrangers, un ingrédient tangible et symbolique pour la stabilité à long terme. La corruption nuit aussi de façon disproportionnée aux Tunisiens les plus pauvres, en particulier ceux de l’intérieur et du Sud où l’économie informelle prospère. Et ce sont ceux-là mêmes dont le sentiment d’injustice et de marginalisation a été le déterminent majeur de la Révolution. La corruption induit également des répercussions sur la sécurité avec la poursuite de la contrebande transfrontalière à partir et vers la Libye permettant aux armes et aux marchandises illicites d’entrer en Tunisie. Alors que les services de sécurité tunisiens ont fait d’énormes progrès en matière de formation et de capacités, le pays reste sous la menace d’attaques par des groupes extrémistes qui cherchent à saper la transition démocratique. Les frontières-passoires, des douaniers des fonctionnaires corrompus font de la Tunisie un pays moins sûr.

Surtout, la corruption, qu’elle soit réelle ou perçue, érode la confiance entre le gouvernement et le peuple. Les premières années de la transition de la Tunisie ont réussi grâce à une véritable tentative d’expliquer les décisions verticales moyennant une contribution de la base. Mais alors que le gouvernement tunisien et la société civile ont pris de nombreuses mesures pour lutter contre la corruption passée et actuelle, certaines d’entre elles ont été inefficaces.

Une bataille sur deux fronts

Pour relancer la transition et prévenir l’instabilité, le gouvernement et la société civile doivent développer une compréhension commune du problème et des mécanismes pour y remédier. Cela ne doit pas signifier la tenue d’un dialogue national sur la corruption, comme d’aucuns l’ont proposé. Au contraire, cela dicte de veiller à la mise en place d’un mécanisme réel et sérieux de participation publique pour toutes les mesures de lutte contre la corruption. Cela veut dire aussi que la bataille sur les deux fronts contre la corruption- la réconciliation avec le passé et la prévention de la corruption à l’avenir- doit être menée simultanément. Cela signifie encore la mise en œuvre des stratégies et des mécanismes législatifs existants pour lutter contre la corruption, et le renforcement du soutien financier, politique et public aux organismes de lutte contre la corruption déjà en place.

En mettre plein la vue !

Cependant, il y a de sérieux défis qui entachent la mise en œuvre d’efficaces efforts de lutte contre la corruption. Tout d’ abord, le récent remaniement ministériel a remis en selle certaines personnes avec des liens directs avec le régime de Ben Ali. Avant même que le remaniement ne soit opéré, des acteurs de la société civile avaient soutenu que le gouvernement comprenait des individus corrompus, ce qui empêche que la corruption passée soit objectivement abordée. Ce défi est illustré par la loi sur la réconciliation administrative, qui « instaure une culture de l’impunité et discrédite les tentatives de lutte contre la corruption faites plus tôt ». Il nourrit aussi la spéculation que les organismes de lutte contre la corruption sont un écran de fumée qui sert à faire croire que le gouvernement prend à bras-le corps la corruption, alors qu’en fait, il s’emploie à la blanchir, selon Carnegie.

En dépit de ces contraintes, le gouvernement tunisien peut prendre plusieurs mesures pour lutter contre la corruption qui ne nécessitent pas des efforts ou des ressources considérables, telles que la mise en œuvre et l’application des lois et la dépersonnalisation des processus existants de lutte contre la corruption. D’autres actions telles que la numérisation des structures publiques, la rationalisation de la bureaucratie et la création de stratégies de sortie durables pour l’économie informelle sont des démarches à long terme qui nécessiteront des ressources financières importantes et une aide substantielle de la communauté internationale. Tout cela requiert une réelle volonté politique, quelque chose que les Tunisiens sentent qu’elle fait défaut, surtout après le dernier remaniement ministériel. Néanmoins, le chef du gouvernement, Youssef Chahed a marqué son engagement à combattre la corruption. Et le président de la République, Béji Caïd Essebsi devrait avoir les outils dont il a besoin pour aller de l’avant dans les initiatives qu’il choisit.

L’un des moyens les plus efficaces pour prévenir la corruption tant à court qu’à à long terme est pour le gouvernement de s’y engager avec la société civile. Celle-ci a prouvé qu’elle est dévouée à ce combat. Avec un financement adéquat de la communauté internationale, la société civile peut pousser le gouvernement à respecter et mettre en œuvre le cadre juridique existant et à travailler avec le secteur privé pour développer des outils aux fins de la numérisation des structures publiques dans le cadre d’un surcroît de transparence, conclut Carnegie.

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Visiblement las de ronger son frein, le patronat vient de se fendre, par nécessité sans doute, d’un sacré coup de colère qui en dit long sur le dépit qu’il rumine à l’endroit du projet de la loi de finances 2018 déjà avant même son adoption formelle en Conseil des ministres. Sa présidente, Wided Bouchammaoui, sortie d’une réserve qui n’aurait que trop duré, a carrément brandi la menace d’un retrait de l’UTICA du Pacte de Carthage. Une initiative inusitée venant d’une organisation signataire d’un document fondateur du gouvernement d’union nationale.

On savait que les mesures fiscales dont avait accouché cette LF échafaudée dans le secret du palais de la Kasbah avaient tout pour constituer un casus belli. D’où le grief qui lui est fait par les patrons de ne pas avoir été consultés. Un reproche balayé par le conseiller économique du chef du gouvernement qui affirmait quelques heures après la sortie de Bouchammaoui que « le projet de la loi de finances 2018 a été déposé au Parlement après de larges consultations avec toutes les parties ». Certes, il ne s’agissait pas de consultations en bonne et due forme, mais on serait en peine de se convaincre que le gouvernement n’a pas eu connaissance des propositions de l’UTICA exposées dans tous leurs détails dans l’opuscule qu’elle avait publié fin septembre, ni cherché à en savoir davantage à la source même, d’une façon ou d’une autre. Il reste que ces propositions ont été apparemment ignorées par le gouvernement qui semble en avoir fait à sa tête en chargeant la barque fiscale, soulevant les foudres du patronat.

La principale revendication des chefs d’entreprise tourne autour de la stabilisation de la pression fiscale à son niveau de 2016, c’est-à-dire 20,7%. Or la LF 2018, pour autant qu’elle ait retiré la contribution exceptionnelle de 7,5%, n’en a pas moins instauré d’autres impôts et prélèvements çà et là, de sorte que l’imposition due par les entreprises va s’alourdir pour monter jusqu’à plus de 30%, dans une fourchette de 34-35%. Outre l’impôt sur le revenu et celui sur les sociétés, l’impôt sur les dividendes passe du simple au double alors qu’il était question de le maintenir à son niveau initial, pour ne citer que ceux-ci.

« Petits replâtrages »

Tout en pointant les « petits replâtrage qui ne suffisent plus… et les ressources fiscales classiques qui offrent très peu de possibilités, sauf à contrarier la croissance économique par des relèvements de taux d’imposition », l’UTICA plaide pour la recherche de nouvelles sources de financement et pour le passage d’une logique d’adaptation des ressources aux emplois à une logique d’adaptation des emplois aux ressources. Et à l’effet d’améliorer les rentrées fiscales, elle propose l’élargissement des bases d’imposition à l’ensemble des catégories socioprofessionnelles « sans exclusives ni privilèges ». Surtout, l’urgence se fait impérieuse d’accélérer une mise en œuvre « cohérente » de la réforme fiscale sur la base d’un consensus, en bannissant les dispositions « non coordonnées, voire contradictoires et contre-productives » qui entachent les différentes lois des fiances.

Coup de semonce ou coup de colère !

L la menace agitée par Wided Bouchammaoui a de quoi interpeller sérieusement le gouvernement, plus amène envers les préconisations de l’autre organisation nationale, l’UGTT qui le lui rend bien en renonçant à quelques thèses élevées au rang de dogmes, comme par exemple, le relèvement de l’âge de départ à la retraite. En réagissant à la volée à la menace du patronat de claquer la porte du Pacte de Carthage, le gouvernement donne la nette impression qu’il est disposé à transiger et à se livrer à une autre gymnastique qui ramènerait peu ou prou l’UTICA dans le giron consensuel. Au demeurant, il n’écarte pas de parvenir par le dialogue à une issue qui satisfasse tout le monde.

Mais la question qui va inévitablement se poser est de savoir comment et dans quelle mesure. La nécessité de renflouer les caisses de l’Etat et de tempérer un tant soit peu le déficit budgétaire est si tyrannique que l’on imagine mal le gouvernement négocier une reculade significative au risque de bouleverser des pans entiers de son projet loi des finances pour amener à composition l’entreprise et l’organisation dans laquelle elle se reconnaît.

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C’est indiscutablement le plus lourd tribut que les migrants tunisiens sont en train de payer à la Méditerranée. Non seulement en périssant en mer, mais aussi en voyant leurs économies et celles de leurs proches et familles partir en fumée, soit parce que leur traversée a tourné court, soit pour cause d’escroquerie, devenue un train-train d’autant plus répandu qu’il demeure le plus souvent impuni. Ceux qui arrivent à bon port ne sont pas mieux lotis. Ce sont les centres de rétention, la rue ou le crime qui scellent leur destin. Qu’importe ! Le zèle et l’ardeur qu’ils mettent à rallier le vieux continent sont si tyranniques qu’ils sont peu dissuasifs avec un taux de récidive allant croissant.

Bravant toute une variété de périls, de jeunes Tunisiens, des adolescents, des filles, voire des femmes enceintes, des familles entières s’embarquent dans l’aventure dans des esquifs, en fin de vie, plus destinés au rebut qu’à la navigation, pour tenter le coup, enhardis en cela par de fausses informations circulant sur Facebook affirmant que les autorités italiennes ont décidé de régulariser la situation des migrants. Et ce n’est pas l’unique invitation au voyage, la météo en est une avant les intempéries qui ne vont pas manquer de balayer la Mare Nostrum en pareille époque de l’année. Surtout, il y a l’explosion de l’offre émanant des passeurs, associés aux « négriers » italiens, donnant lieu à une industrie à la mécanique bien huilée, mais encore la surveillance renforcée exercée par les gardes-côtes libyens. En conséquence de quoi, le trafic a été détourné vers la Tunisie, une alternative d’autant plus lucrative qu’elle est devenue pain béni pour toutes sortes d’intervenants avec une nouvelle « route maritime » évitant l’île de Lampedusa, désormais fortement gardée, pour mettre le cap sur la Sicile où il est plus facile de passer inaperçu, comme il est constaté dans un reportage de l’agence de presse Reuters.

La Sicile supplante Lampedusa

«  Le trajet vers la Sicile n’est pas aussi drastiquement contrôlé que celui de Lampedusa », observe un capitaine des gardes-côtes tunisiennes dont le bâtiment patrouille au large de la Tunisie, cité par la même source. La Libye n’en est pas moins le plus grand tremplin de la migration vers l’Europe avec 108 000 ayant gagné l’Italie en 2017, selon l’Organisation mondiale de la migration. Mais les arrivées en provenance de la Tunisie ont signé une remarquable hausse avec 1 400, rien que pour le mois de septembre, contre 1.350 durant les 8 premiers mois de l’année en cours. De nombreux autres sont supposés avoir gagné la Sicile, échappant à la détection et l’identification.

Les responsables de la Garde côtière tunisienne affirment avoir déjoué 900 tentatives de départ en septembre, beaucoup plus que les 170 qui avaient subi le même sort en août. Environ 80 pour cent sont des Tunisiens, mais il y a aussi des Libyens, des Marocains et des ressortissant de pays de l’Afrique sub-saharienne.

Reuters cite une opération d’interception à 40 km au large des côtes. Le croiseur du capitaine tunisien a approché une embarcation pneumatique surchargée avec 14 jeunes tunisiens qui tentaient de gagner les côtes italiennes, sommés d’arrêter le moteur et de monter à bord du croiseur.

«J’ai visionné beaucoup de vidéos de jeunes qui sont arrivés en Italie. Je suis au chômage depuis cinq ans et je n’ai aucun espoir de voir les choses aller mieux en Tunisie », a dit un jeune Tunisien qui grelottait de froid après avoir passé 8 heures à bord de l’embarcation malmenée par les vagues.

Un puissant catalyseur

Les autorités italiennes ont exhorté la semaine dernière celles de Tunisie d’intensifier les patrouilles en mer, selon un porte-parole du ministère italien de l’Intérieur, qui veut aussi augmenter le nombre de Tunisiens frappés de mesures d’expulsion de 30 par semaine à au moins 80. La marine tunisienne a intensifié les contrôles, mais les séquences diffusées sur les réseaux sociaux où l’on voyait des migrants tunisiens célébrer leur arrivée en Sicile en chantant et en dansant ont fait l’effet d’un puissant catalyseur.

« Je préfère mourir en mer plutôt que rester en Tunisie sans dignité », s’est écrié un jeune Tunisien de 27 ans qui avait perdu son travail d’animateur dans un établissement hôtelier ». «  S’il vous plaît, laissez-nous continuer notre traversée. Nous ne voulons pas rester ici », criait-il aux gardes-côtes. Tous ses compagnons de voyage ont repris le même refrain, affirmant qu’ils n’hésiteront pas à rééditer leur aventure.

Des « traversées sans danger » !!!

Reuters a rencontré un groupe de jeunes Tunisiens dans le port de Monastir en présence d’un passeur, un pêcheur, qui les a débarqués quelques jours sains et saufs en Sicile, ont confirmé leurs parents. Au demeurant, les migrants et leurs passeurs avouent qu’ils ne craignent pas de se faire prendre.

Ils affirment que les traversées sont sûres et sans danger au motif, expliquent-ils, que les embarcations sont conduites par des pêcheurs chevronnés dont, plus est, on ne craint pas qu’ils abandonnent leurs passagers en pleine mer houleuse comme le font les groupes armés libyens.

« Vous êtes placé en détention pour quelques jours et c’est tout. Le voyage est sûr. Je n’embarque pas plus de 30 ou 50 personnes », jure le passeur. Un jeune de 26 ans qui avait payé  3000 dinars pour une traversée vers la Sicile a souligné que la police italienne l’a placé ainsi que d’autres dans un centre de rétention lors de son arrivée voici un mois sur l’île, ajoutant que seuls ceux soupçonnés de liens avec les groupes extrémistes sont encore maintenus en détention. Il n’a pas trouvé de travail, vit sous les ponts avec d’autres compatriotes, mais affirme qu’il ne le regrette nullement. « Ici, les opportunités sont peut-être rares, mais en Tunisie, elles sont totalement inexistantes », dit-il.

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La 9ème chambre correctionnelle du tribunal de première instance de Tunis, statuant en appel, a rendu mercredi soir son verdict dans l’affaire dite du baiser de Carthage.

Elle a condamné  le jeune franco-algérien à 4 mois de prison au lieu de 4 mois et 15 jours, peine à laquelle il avait été condamné en première instance, alors que la fille poursuivie dans la même affaire a vu sa peine de prison ramenée à  2 mois de prison au lieu de 3 mois.

 

 

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Repoussée d’une journée, la session parlementaire de l’Assemblée des représentants du peuple, l’avant-dernière de la présente législature, s’ouvre ce mardi, dans la foulée de vacances parlementaires studieuses marquées par l’adoption de projets de loi majeurs, alors que d’autres qui ne le sont pas moins ont été renvoyés à la présente session.

L’exercice n’est pas singulier nonobstant l’intensité du travail législatif qui s’empile tant à l’hémicycle qu’au niveau des commissions, mais comme souvent enrayé par cette saugrenue « commission des compromis » , un conclave de présidents de groupes parlementaires qui fait la pluie et le beau temps sous la coupole en relayant les consignes des états-majors des partis politiques, essentiellement les deux plus grands d’entre eux, Ennahdha et Nidaâ tounès. Ce serait une gageure que de vouloir faire le récit de toutes les immixtions faites au nom du sacrosaint consensus érigé en système de gouvernement en Tunisie, mais tout le monde sauf notoirement l’opposition, n’y trouve à redire tant que les lois sont votées, même à une faible majorité.

N’ayant aucune existence constitutionnelle ni légale, ladite commission s’est arrogée une latitude sans pareille dans le registre parlementaire mondial pour tenir lieu systématiquement de point de passage obligé, toutes les fois qu’il est question de faire passer un texte dont on comprendrait qu’il pose problème ou dont on craindrait qu’il prenne à défaut cette discipline de vote binaire à laquelle sont tenus les élus de Nidaâ et dans une moindre mesure ceux d’Ennahdha. C’est un parlement dans le parlement qui ordonne les choses selon le vœu des deux partis susnommés, en fait, de leurs deux patriarches, au grand dam des groupuscules de l’opposition, à charge pour leurs députés de se livrer à des joutes oratoires et à des querelles qui font plus de bruit que de mal.

Une mécanique infaillible

A ce point infaillible, cette mécanique sera sans conteste celle qui rythmera le travail parlementaire durant la session qui sera inaugurée mercredi. On en trouve déjà trace, et des plus patentes, dans la composition du bureau de l’ARP, et plus encore dans celle des bureaux des commissions législatives et spéciales où les partis autres qu’Ennahdha et Nidaâ se contenteront de quelques strapontins comme assesseurs tout au plus. Une configuration arrêtée « au terme d’un consensus entre les présidents des groupes parlementaires », précise un communiqué officiel de l’ARP.

Autant dire que la 4ème session parlementaire sera similaire à s’y méprendre à celle qui l’a précédée. Pourtant, les textes sur lesquels elle aura à délibérer sont d’une portée beaucoup plus cruciale, à commencer par la déjà polémique loi de finances avec son avalanche de mesures fiscales qui seront, prévoit-on, édulcorées puis votées, autant que le budget de l’Etat dont, pourtant, personne ne parle, alors qu’il a vocation à exprimer avant tout un choix ou des choix politiques et la conception de la société, ce qui en fait le document le plus important de la session parlementaire.

Il y a encore la loi sur la Cour constitutionnelle qui tarde à voir le jour alors que la Constitution prévoit sa mise en place dans un délai d’un an, c’est-à-dire en 2015. C’est un écueil qu’il est devenu urgentissime de congédier non seulement pour statuer sur les recours formés contre l’inconstitutionnalité des lois, mais surtout pour doter le pays d’un instrument qui garantisse que les lois sont bien faites et qu’elles répondent aux normes qui lui confèrent une autorité d’exécution sans faille et contraignante pour tous.

Plus important encore est le Code des collectivités locales, sans lequel les élections municipales demeureront aussi hypothétiques que controversées. C’est un chantier dans la plénitude du terme qui doit mobiliser la Représentation nationale pour qu’enfin soit mis en place le socle indispensable au pouvoir local et la concrétisation de la décentralisation.

Où sont les propositions de loi ?

Par-delà les textes, il existe la nécessaire reconfiguration du travail parlementaire auquel les députés n’apportent qu’une négligeable contribution. Ils ne se sont signalés au cours de l’année parlementaire passé que par 17 propositions de loi, dont une seule et unique émanant de Nidaâ Tounès           relative à la déclaration sur l’honneur. Le mouvement Ennahdha n’était pas logé à meilleure enseigne, avec lui aussi une seule proposition de loi portant sur les conflits d’intérêts. Il est vrai, cependant, que ces deux formations politiques se sont associées à des groupes parlementaires alliés au pouvoir et opposants pour déposer une vingtaine de propositions de loi. La portion congrue.

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Déjà affublée du titre de pays le plus fiscalisé en Afrique, la Tunisie n’est pas près de s’en dépêtrer en s’offrant une nouvelle loi de finances où le contribuable est inconsidérément sollicité. En taxant comme à son habitude à tout-va, le gouvernement serait à la toute rigueur dans son droit d’invoquer l’indigence de ses ressources et ses béants trous de trésorerie pour le faire, mais beaucoup moins pour remplir comme il se doit son office de redistributeur des revenus. On comprendrait tout aussi bien qu’il s’échine à mobiliser assez de recettes pour payer les salaires de ses fonctionnaires : 14751 millions de dinars contre 14300 MDT en 2017 et 13164 MDT en 2016, et pour rembourser le service de ses dettes à hauteur 7972 millions de dinars alors que cela lui en coûtait 7090 MDT en 2017 et 5198 MDT en 2016, comme le mentionne formellement la version officielle du projet de la loi de finances pour 2018. Mais, le rouleau compresseur fiscal a toujours le vent en poupe avec une imposition qui est vécue par une large majorité des Tunisiens, singulièrement les salariés, comme une punition plutôt que comme une contribution citoyenne consentie.

Il est vrai que pour l’heure, il ne s’agit que d’un projet, naturellement éligible à des amendements que le Parlement pourrait introduire dans un sens comme dans l’autre, faut-il déjà s’en convaincre, mais la rhétorique fiscale générale sera largement indemne, comme on l’avait vu lors des précédents marathons budgétaires. Et il est inscrit dans l’ordre des choses parlementaires que l’on s’offusque, que l’on dise son fait au gouvernement et  qu’on le décrie dans les grandes largeurs et sous toutes les coutures, mais vu le rapport de force sous la coupole de l’Assemblée des représentants du peuple, il y a fort à parier que « l’honneur sera sauf ».

Les même causes produisent les mêmes effets

Les même causes produisant les mêmes effets, il sera en fait difficile au gouvernement de lever le pied fiscal au motif récurrent et majeur que l’économie tunisienne, telle qu’elle s’ordonne, a du mal, beaucoup de mal à accoucher d’une architecture propice à une croissance qui puisse créer de l’emploi et inciter à l’investissement. Et avec une bonne part de Tunisiens plus prompts à grogner qu’à travailler, et des politiciens qui font pire, on ne pourra jurer de tout sauf d’un épilogue commode.

Dés lors que les choses sont appelées à rester en l’état pour ne pas dire empirer, le gouvernement n’aura d’autre choix  que de mettre le curseur sur ce qui est regardé comme  le moyen le plus sûr et le plus facile pour faire rentrer de l’argent dans ses caisses, l’impôt. C’est, d’ailleurs, une étiquette qui lui colle à la peau depuis des décennies. L’OCDE vient de nous le rappeler dans son dernier rapport intitulé « Statistiques des recettes publiques en Afrique » où la Tunisie est présentée en filigrane comme le pays qui conserve le bonnet d’âne du plus fiscalisé en Afrique, plus est depuis 1995. La pression fiscale, autrement dit le ratio impôts-PIB y est le plus élevé en Afrique : 30,3%, un taux qui exprime le total des recettes fiscales, y compris les cotisations de sécurité sociale, en pourcentage du produit intérieur brut. Seuls le Maroc et l’Afrique du Sud, certes dans une moindre mesure, lui tiennent compagnie dans cette catégorie peu enviable, alors que des pays moins réputés affichent des ratios beaucoup plus bas ; par exemple, la République démocratique du Congo, est créditée de 10,8%.

Des chiffres qui interpellent

Le rapport de l’OCDE relève un paramètre à maints égards atypique dans un pays où les caisses sociales sont au bord de la faillite. On aurait peine à croire que la Tunisie a enregistré la plus forte progression des recettes de cotisations de sécurité sociale en pourcentage du PIB, soit 3.6 points de pourcentage, au cours de la période 1995-2015, à cause notamment de l’élargissement de la couverture du régime de retraite tunisien depuis 2002. Pire, la Tunisie affiche la deuxième plus forte hausse en Afrique, équivalente à 2.3 points de pourcentage, des recettes de l’impôt sur le revenu des personnes physiques. Et ce n’est pas tout. Considérons avec les tourments qui s’y attachent les chiffres que voici : la Tunisie est le pays où la part des recettes provenant des cotisations de sécurité sociale est la plus élevée (29.5 %) et celles issues des impôts sur les biens et services plafonnent à 35.8 %. La part des recettes de TVA y est de 19.8 % et la valeur des amendes et pénalités en pourcentage du PIB y a progressé, passant de 0.15 % en 2011 à 0.97 % en 2013, avant de retomber cependant à 0.43 % en 2014. On imagine mal qu’avec une pression fiscale si forte, les prestations auxquelles les Tunisiens ont droit sont si insuffisantes, pour ne pas dire par endroits lamentables.

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En marge de sa visite en Allemagne, la ministre du Tourisme et de l’artisanat, Selma Elloumi a rencontré le Directeur général du Groupe TUI, leader mondial des sociétés  de voyage.

L’entretien a porté sur l’impulsion de la coopération et le développement des activités du groupe en Tunisie. Il a été décidé que TuiFly Allemagne reprendra ses vols sur la Tunisie après une absence de 6 ans. Six vols hebdomadaires seront programmés à partir des aéroports de Hanovre, Düsseldorf et Frankfort. De même, a été évoquée la possibilité de la reprise des croisières de la compagnie Tui Cruise .

S’agissant de la formation et de la qualité des services touristiques, il a été proposé la création d’hôtels académiques en vue de la formation du personnel touristique, et ce dans le cadre du partenariat entre le ministère du Tourisme  et TuiGroupe.

Il est à noter que le marché allemand a enregistré une   croissance de 43,9% au 1er octobre 2017 par rapport à la période correspondante de 2016.

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Les Tunisiens n’ont pas le moral. Ils sont plus de trois-quarts à être au trente-sixième dessous et à estimer que leur pays est sur le mauvais chemin. C’est là l’une des conclusions du Baromètre politique de Sigma pour le mois d’octobre 2017, publié mardi en tandem avec le quotidien Al-Maghreb.

A la vérité, cet accès de pessimisme n’est pas nouveau. Il va crescendo, même si à un taux moindre, cette-fois-ci (1,7%), mais c’est le deuxième record (75,4%) depuis la formation du gouvernement Youssef Chahed et le troisième depuis janvier 2015. Ce sont les électeurs du mouvement Ennahdha qui se signalent par la plus forte dose de pessimisme en se situant au-dessus de la moyenne nationale (76,8%). Ceux de Nidaâ Tounès le sont moins (64,7%).

Cette déclinaison sociopolitique de la sinistrose est la moins visible dans le Grand Tunis (69,1%), mais remarquablement atrabilaire signant des records dans le Sud- est du pays (Gabès, Médenine, Tataouine) avec 86,5%. Dans cette configuration, les femmes sont un peu plus pessimistes que les hommes avec respectivement 78,6% et 72,2%. Toutefois, c’est parmi les jeunes que le pessimisme fait des ravages avec un taux de 86,7% notamment pour cause de chômage endémique.

BCE réduit l’écart

Le chef du gouvernement, Youssef Chahed émerge toujours du lot, même si sa cote de popularité en a reçu un petit coup en octobre, passant de 81,7% en août dernier à 76,9% actuellement. On y voit l’indice patent que l’impatience des Tunisiens ne cesse d’augmenter de voir la campagne anti-corruption ponctuée par la première vague d’arrestations opérées parmi les barons de la contrebande et des réseaux suspects marquer le pas au risque de dégrader encore au fil des mois le capital confiance dont est crédité Youssef Chahed si la campagne ne reprenait pas sa vigueur initiale.

En revanche, le président de la République, Béji Caïd Essebsi, signe une remarquable remontée dans les sondages. Il gagne 8 points, ce qui le place un peu au-dessus de la moitié des opinions favorables des Tunisiens (50, 4%) et réduit l’écart entre les deux têtes de l’Exécutif de 26 points contre 37 points, le mois dernier. Explication : les Tunisiens ont réagi favorablement aux initiatives émanant de Carthage cet été, en attribuant à BCE un plus grand rôle dans le leadership politique sans pour autant lui témoigner une forte dose de confiance. En effet, seuls 17,5% des sondés en sont totalement satisfaits contre 32,4% qui le sont moins, ce qui donne à penser que le taux de satisfaction est tout relatif et fragile malgré sa remontée en octobre.

Chahed talonnée par Samia Abbou

Le chef du gouvernement, Youssef Chahed trône toujours en tête de l’indicateur de confiance chez le personnel politique avec un taux de 42%, discontinûment talonné par Samia Abbou qui perd cependant deux points (40%), mais bien loin du trio crédité de plus de 30%, à savoir Safi Saïd (34%), Néji Jalloul (34% également) et Abdelfattah Mourou (33%). Plus loin encore, on retrouve le quatuor crédité de plus de 20%, nommément Habib Essid (26%), autant que Mohamed Abbou, Béji Caïd Essebsi (23%) et Mehdi Jomaâ (20%). Moncef Marzouki ferme la marche au sein du Top10, avec 18%.

Ce qu’il importe de retenir de cette pyramide, c’est que le Tunisien, qui n’a pas généralement une haute opinion des politiques, est plus disposé à l’endroit de ceux qui ont exercé le pouvoir au sommet de l’Etat, un conservatisme dont ils bénéficient davantage que les figures de l’opposition qui trouvent ainsi des difficultés à rentrer dans les grâces des citoyens.

On notera un léger bouleversement en queue de peloton. Hafedh Caïd Essebsi laisse la place de cancre à Noureddine Bhiri, président du groupe parlementaire d’Ennahdha, gagnant un point alors que ce dernier en perd plusieurs. Il est à noter que dans la catégorie des moins de 10%, font bon ménage Yacine Brahim, Mohsen Marzouk, Samir Bettaieb et Rached Ghannouchi, avec 9%. Viennent ensuite Slim Riahi (8%), Hachemi Hamdi et Mehdi Ben Gharbia (7%), Borhane Bessaies, Iyed Dahmani, Zied Laadhari et Hafedh Caid Essebsi (6%) et enfin, bon dernier, Noureddine Bhiri.

S’agissant enfin de l’avenir politique des personnalités publiques, peu de changements sont à signaler, avec Youssef Chahed en tête , invariablement tarabusté par Samia Abbou, et à des encablures de Safi Said, Néji Jalloul et Abdelfattah Mourou.

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Sauf événement imprévu, les élections municipales se tiendront le 25 mars 2018. C’est l’Instance supérieure indépendante pour les élections qui l’a annoncé, apparemment après en avoir discuté avec des représentants des partis politiques, du gouvernement et de la société civile.

Cette fois serait-elle la bonne ? On ne peut que l’espérer au regard des antécédents de la même veine qui meublent le registre de l’ISIE laquelle avait fixé au 17 décembre de l’année cours le déroulement du scrutin municipal, une échéance vite tombée à l’eau pour des raisons inhérentes à l’Instance, privée d’un président qui a préféré partir au moment où il ne fallait pas le faire, mais plus encore pour des raisons parlementaires, l’Assemblée des représentants du peuple ne voulant pas ou n’étant pas en état d’élire un président pour l’ISIE et           pourvoir à la vacance des postes y constatée.

Mais rien ne peut être tenu pour définitif, et d’aucuns n’excluent pas que les électeurs puissent encore ronger leur frein pour cause d’impréparation ou de bisbilles partisanes et politiques, ce qui arrangerait opportunément les affaires des formations politiques qui ne se sentent pas encore en mesure de croiser le fer avec les partis politiques majeurs sur leur terrain de chasse. Mais il n’est pas non plus de bon aloi, voire désastreux que l’architecture municipale et communale demeure en l’état.

Un ténu espoir

Un ténu espoir commence toutefois à poindre à l’horizon sous la coupole du Bardo où l’on travaillerait à un compromis frappé comme souvent du coin du consensus avec la tenue, le 17 octobre courant, d’une séance plénière dans la foulée de l’ouverture des candidatures pour la présidence de l’ISIE dont le patron devra recueillir 108 voix. Ce sera sans aucun doute la dernière chance que s’offriraient les uns et les autres, nommément l’ARP, précisément les présidents des groupes parlementaires, et l’ISIE elle-même, pour tourner définitivement la page de l’élection du président de l’Instance et paver la voie vers l’adoption du Code des collectivités locales, nécessairement avant la fin de l’année en cours. L’urgence se fait donc impérieuse de ne plus courir le risque de repousser pour la cinquième fois le scrutin municipal, ce qui dans ce cas, devrait compromettre dans une large mesure l’organisation des élections tant présidentielles que législatives devant se tenir en 2019.

Jacobinisme excessif

Le fait est que la gabegie municipale est si délétère que non seulement elle porte un sérieux coup à la transition démocratique en son entier, mais aussi et surtout abîme abondamment le vécu du citoyen le privant des prestations de base auxquelles il a droit. Avec son lot d’insalubrité exponentielle, l’incivisme institutionnalisé des usagers, et le flagrant manque de ressources tant financières que logistiques et matérielles dont souffrent les communes dirigées par des délégations spéciales, l’exercice municipal a transformé la Tunisie en un dépotoir aux dimensions nationales doublé d’une zone de non-droit.

Mais il y a pire. Le pouvoir central, dans la capitale, contrôle 96% les dépenses publiques tandis que les structures du pouvoir local n’en détiennent que quatre pour cent, alors que la moyenne mondiale se situe dans une fourchette de 15- 35 pour cent. Un jacobinisme si effrontément vertical qu’il tient d’une main de fer tout ce qui se décide et se fait dans les régions. Au demeurant, les gouverneurs, les conseils locaux et les maires sont sous la houlette du pouvoir central faisant des structures du pouvoir local un terreau pour la corruption et un terrain de prédilection sans égal pour les partis politiques.

Et alors que la démocratie est progressivement construite au niveau national en répartissant horizontalement le pouvoir entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire, on n’en décèle peu de trace à l’échelle locale. Au point que la Tunisie demeure l’un des pays les plus centralisés au monde, en termes de répartition des pouvoirs entre le gouvernement central et local.

Un mode de scrutin incongru

Mais il y a une sérieuse problématique qui va indiscutablement se poser au cas où le scrutin municipal arriverait à avoir lieu. Elle loge dans le mode de scrutin à un tour où la liste qui a obtenu le plus grand nombre de suffrages exprimés obtiendra la majorité des sièges quel que soit son score, le restant des sièges à pourvoir étant distribué selon la proportionnelle au plus fort reste. Nombreux sont ceux qui estiment que ce mode de scrutin ne pourra que se décliner dans le partage par les deux principaux partis de l’échiquier politique, à savoir Ennahdha et Nidaa Tounes des sièges des conseils municipaux et régionaux. Il s’agirait en fait d’un partage géographique du pays, à savoir les conseils municipaux et les régionaux du Nord revenant à Nidaa Tounes et ceux du Sud tombant dans l’escarcelle d’Ennahdha. Résultat des courses, c’est le parti de Rached Ghannouchi qui raflera la mise du fait des dissensions et des scissions qui agitent Nidaa Tounes.

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Le ministre de la Santé publique Slim Chaker est décédé ce dimanche suite à une crise cardiaque, selon une source médicale.

Slim Chaker a eu un malaise lors de sa participation à un marathon à Nabeul organisé par l’association Nourane de prévention du cancer.

Il a été admis à l’hôpital de Grombalia, avant d’être transféré à l’hôpital militaire de Tunis.

Slim Chaker est né le 24 août 1961 à Sfax.

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