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Mohamed Lahmar

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Dans son interview, le 18 septembre à la chaîne wataniya, le président de la République, Béji Caïd Essebsi, s’est montré comme agacé que le gouvernement tarde à faire connaître son «Plan de relance économique et sociale à l’horizon 2020 », pourtant ficelé et totalement prêt. La cause semble avoir été entendue et la Kasbah s’y emploie depuis hier en commençant par ce qui est jugé unanimement urgentissime, nommément le déficit budgétaire, lequel moyennement épongé, pourrait délester le gouvernement d’un faix si énorme et pesant qu’il déteint sur l’ensemble de l’architecture de fonctionnement de l’Etat et du développement du pays.

Défini comme la situation où les recettes de l’État sont inférieures à ses dépenses, il devrait s’élever à la fin de l’exercice en cours à 6% du produit intérieur brut, alors que la norme universellement convenue est de 3%. Le gouvernement entend le ramener à 4,9% en 2018 dans la foulée des réformes, surtout fiscales, dont il a commencé l’élaboration et bientôt la mise en œuvre, pour redresser ses finances et alimenter ses ressources. Cela signifie que le gouvernement doit trouver assez de liquidités sous forme de nouveaux emprunts auprès des institutions domestiques et les bailleurs de fonds étrangers. Et ce sont ces derniers qui posent problème en ce sens qu’ils serviront à couvrir les emprunts antérieurs arrivés à échéance, et ce faisant, générer ce qu’on appelle un effet boule de neige. La Tunisie se retrouve encore une fois dans cette logique, surtout vis-à-vis du Fonds monétaire international, dont chaque tranche du crédit de 2,9 milliards de dollars donne des tourments au gouvernement, alors leur déboursement a valeur d’une bouffée d’oxygène pour les finances publiques autant que pour la position commerciale extérieure du pays en termes de réserves en devises singulièrement.

Les vertus cachées du déficit budgétaire

Pourtant, et cela on omet souvent de le souligner, le déficit budgétaire, diligemment géré comme le ferait un bon père de famille, a tout pour procurer des avantages et des dividendes énormes. Le premier d’entre eux est de stimuler la croissance et l’emploi dans une économie en proie à de graves difficultés et même à celle en récession, ce qui n’est présentement pas le cas de la Tunisie dont le taux de croissance n’a pas stagné ni reculé durant au moins deux trimestres, depuis un temps. Mais le plus funeste grief dont elle est « coupable », est que ce sont toujours les dépassements des dépenses prévues qui l’habillent en rouge. Et ses gouvernements successifs n’ont jamais réussi à ralentir la progression de ces dépenses, même si la solution idoine tient à leur réduction nette.

Sur ce registre, ces gouvernements en font des tonnes. Passons sur ceux de la Troïka et leurs largesses en matière de recrutements aussi prolifiques qu’incongrus, et bornons-nous aux écarts budgétaires de celui de Youssef Chahed où le déficit budgétaire n’est pas appelé à sortir des clous avant trois années pleines et entières, si jamais le Plan de relance économique et sociale allait à son terme à l’abri du moindre aléa ou accès d’agitation sociale.

Une succession de cahots et d’écarts

Le premier cahot majeur qui pulvérise, plusieurs fois plutôt qu’une, les prévisions du gouvernement dûment consignées et actées dans sa loi des finances, est cette dichotomie entre ce qu’il pense pouvoir faire et ce qu’il essuie en bout de course et plus fréquemment en chemin. Pour 2017, par exemple, il a prévu que les dépenses allouées au secteur public notamment au paiement des salaires de la fonction public augmenteront de 4,1% pour toute l’année. Peine perdue, puisque à fin juillet, elles se sont envolées à 11,4%, un écart d’environ 7% dont on ne sait pas encore comment le gouvernement va s’y prendre pour le combler. S’y ajoutent les recettes non fiscales prévisionnelles qui n’ont pas été recouvrées, du moins les deux-tiers d’entre elles : 789 MDT sur un total de 2195. Idem pour les recettes provenant de la vente des biens confisqués. Là encore, c’est la portion congrue. Prévues pour générer 200 MD, le gouvernement n’y a vu que du feu : aucun liard, zéro millime, autant que pour les dons extérieurs.

Le tableau se noircit encore avec les revenus des participations des sociétés publiques qui n’ont pas dépassé, durant les sept premiers mois de l’année, les 19 MD, alors qu’on tablait sur des recettes à hauteur de 220 MD pour 2017. Pis encore, la LF 2017 ciblait la réalisation de revenus provenant de la commercialisation de carburants de l’ordre de 500 MD, à fin décembre. En juillet, on n’en a collecté que 200 MD. Mais le plus funeste, ce sont les prévisions erronées relatives au remboursement des intérêts de la dette. La Tunisie a remboursé 1502 MD jusqu’à fin juillet, alors que les estimations dans la LF tablaient sur un total d’intérêts à payer pour 2017, de 2215 MD. Ceci est dû notamment au phénomène de la dépréciation du dinar par rapport aux devises étrangères, notamment l’euro et le dollar, surtout que l’emprunt étranger constitue la principale composante des sources de financement. En fait, depuis le début de l’année jusqu’au 19 septembre courant, le dinar a chuté de 18% par rapport à l’euro, et de 10% par rapport au dollar.

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La Tunisie a été classée 9ème destination la plus attractive pour l’investissement en Afrique par la 7ème édition « Où investir en Afrique » de la banque sud-africaine Rand Merchant Bank(RMB). Elle s’y trouve parce qu’elle «  a fait de grands progrès pour faire avancer sa transition politique et se doter d’un meilleur climat des affaires par des réformes structurelles, une plus grande sécurité et la stabilité sociale », explique RMB.

L’une des conclusions majeures de cette édition est que le continent africain pourrait se trouver au bord de la catastrophe s’il continuait à dépendre de ses fondamentaux économiques actuels et n’engageait pas la diversification de son économie. « Où investir en Afrique 2018 » met en évidence les pays qui ont compris la nécessité de s’adapter au ralentissement prolongé des prix des produits de base et à la croissance atone et ceux qui ne l’ont pas fait.

L’Egypte sur un nuage

L’Egypte se propulse en force en tête du classement détrônant l’Afrique du Sud qui tenait le haut du pavé depuis la création de ce classement voici 7 ans. Elle y a réussi grâce à son meilleur score en termes d’activité économique mais aussi en raison des taux de croissance atone en Afrique du Sud, qui se sont nettement détériorés au cours des sept dernières années. L’Afrique du Sud est également en proie à des inquiétudes grandissantes concernant sa solidité institutionnelle et sa gouvernance, mais se prévaut de sa monnaie et de ses forts matchés d’actions et de capitaux qui sont encore un cran au dessus du reste, alors que beaucoup d’autres pays africains sont confrontés à des contraintes de liquidité.

Le Maroc conserve la troisième place pour la troisième année consécutive ayant bénéficié d’un environnement économique grandement amélioré depuis le « printemps arabe » qui a débuté en 2010. Créant la surprise, l’Ethiopie, pays aux prises avec l’instabilité socio- politique, chasse le Ghana de la quatrième place principalement en raison de sa croissance économique rapide, après avoir supplanté le Kenya comme la plus grande économie en Afrique orientale. La dégringolade du Ghana à la cinquième position est principalement attribuable à la détérioration de la perception de la corruption et à une liberté économique plus faible.

Le Kenya demeure ancré dans le Top 10 où il est crédité de la 6ème place. Pou autant qu’il soit déclassé par l’Ethiopie, les investisseurs sont toujours attirés par sa structure économique diversifiée, ses politiques favorables au marché et la croissance rapide des dépenses de consommation. Une série de réformes favorables aux entreprises visant à éradiquer la corruption et une croissance économique soutenue ont permis à la Tanzanie, autre pays de l’Afrique de l’Est, de gagner deux places dans le classement pour figurer à la 7ème position. Le Rwanda refait son entrée dans le Top 10 après avoir passé deux ans à la périphérie, conforté dans son statut de l’une des économies réformatrices dans le monde, avec des taux de croissance réelle élevés et sa quête continue de diversification de son économie.

A la 9ème position se trouve donc la Tunisie pour les raisons susmentionnées, suivie par la Côte d’Ivoire qui a glissé de deux places pour se retrouver dixième. Bien que son score en matière d’environnement des affaires soit encore relativement faible, son gouvernement a fait des progrès importants pour attirer les investissements dans le pays, ce qui s’est traduit par une forte augmentation des investissements étrangers directs au fil des années pour en faire l’une des économies dont la croissance est la plus rapide en Afrique.

Le Nigéria, géant aux pieds d’argile

Pour la première fois, le Nigeria ne figure pas dans le Top 10, son attraction des investissements à court terme ayant été érodée par la récession. L’Ouganda se maintient régulièrement aux abords du Top 10 alors que l’activité du marché est susceptible de rester faible suite à une tumultueuse 2016 gâchée par les incertitudes liées aux élections, une sécheresse déprimante et les taux élevés de prêts commerciaux. Bien que le Botswana, l’île Maurice et la Namibie soient largement classés comme des économies appartenant à la catégorie «  investment grade », ils ne figurent pas dans le Top 10, dans une large mesure à cause de la taille relativement faible de leurs marchés, la taille du marché étant un déterminant clé de la méthodologie du rapport de RMB.

« Au cours des trois dernières années, certains gouvernements africains ont dû mettre en œuvre des compressions budgétaires profondes et douloureuses, annoncer plusieurs dévaluations monétaires et adopter des positions de politique monétaire draconienne, suite à la baisse significative des recettes traditionnelles » , explique Celeste Fauconnier l’analyste RMB Afrique et coauteur du rapport «  Où investir en Afrique 2018 ».

« Certains pays ont été plus adroits et plus efficaces que d’autres dans la gestion des déficits », note, pour sa part, Nema Ramkhelawan Bhana, également spécialiste de l’Afrique RMB et auteur du rapport. « Mais de grands dilemmes politiques ont éclaté, ce qui a obligé les gouvernements à adapter les solutions économiquement prudentes à ce qui est politiquement acceptable. »

De son côté, Neville Mandimika, autre analyste RMB Afrique, a estimé que « les trois dernières années ont tiré la sonnette d’alarme, amplifiant ce qui est maintenant un besoin urgent pour les économies africaines de réorienter leurs activités des sources de revenus traditionnelles vers d’autres alternatives viables ».

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Le  président de la République, Béji Caid Essebsi, a affirmé que les concours du Fonds monétaire international sont cruciaux pour la Tunisie.

« Sans le FMI, la Tunisie courra à sa perte », a-t-il dit dans une interview mardi soir à la chaîne Wataniya 1, soulignant les graves défis que le pays est en train d’affronter, ajoutant néanmoins que c’est le gouvernement qui a  demandé l’aide de l’institution de Bretton Woods.

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Le président de la République, Béji Caid Essebsi, s’est prononcé mardi soir en faveur d’un régime présidentiel se prêtant à un mécanisme de contrôle.

Constatant que le régime actuellement en vigueur est « hybride », il a estimé qu’il ne faut pas que le système politique en Tunisie vire vers le présidentialisme, dans une interview à a chaîne tv Wataniya.

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Le président de la République, Béji Caid Essebsi, a déclaré lundi soir que le mouvement Ennahdha est en train d’accomplir graduellement des progrès en direction de l’Etat civil.

S’exprimant lors d’une interview à la chaîne Wataniya 1, il a indiqué que le parti dirigé par Rached Ghannouchi  glisse vers le Centre, réalisant des avancées importantes, a-t-il précisé.

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Sans être à la limite déplorable, l’état des start-up en Tunisie n’est pas non plus enviable. Ceux qui s’embarquent dans cette aventure ont nécessairement le gène du risque, un allié majeur qui ne les dispense cependant pas d’avoir maille à partir avec des parcours hérissés d’obstacles, le plus souvent insurmontables. Et on oublie (pouvoirs publics et investisseurs) qu’au moment même où l’innovation devient un enjeu économique et politique essentiel, les créateurs de start-up ont vocation à remplir un office clef pour stimuler la compétitivité et la croissance. Témoin, ce paradigme que la Banque mondiale a érigé en modèle de référence où « l’opportunité offerte aux entreprises innovantes de lancer et de développer leurs idées génère la croissance économique et la création d’emplois, en repérant et déployant des solutions efficaces face à des problèmes de développement critiques ».

Le site « Fair Observer » basé aux Etats-Unis, reprenant un podcast de « Kerning Cultures » sur l’écosystème des start-up tunisiennes, relève que celles-ci, tout en se signalant par un essor inédit, font face à divers obstacles tout au long de leur croissance et leur développement. L’infrastructure des affaires dans le pays ne s’est pas encore hissée au niveau de ces « jeunes pousses » en expansion comme elles en ont l’air à première vue bien que la Tunisie ne soit pas un endroit idéal pour démarrer une entreprise.

Les inefficacités gouvernementales et institutionnelles de la Tunisie doivent encore cesser de l’être dans la foulée du Printemps arabe comme le constatait dernièrement l’agence de notation Moody’s qui a dégradé la note d’émetteur à long terme du pays de Ba3 à B1, quatre crans en-dessous de la catégorie d’investissement (Investment grade). Les institutions financières faibles du pays ne sont pas propices à la réussite des start-up.

« Nous avons des jeunes du 21e siècle, qui sont gouvernés par des gens du 20e siècle comme moi, en utilisant les lois du 19e siècle, et le mécanisme de prestation du 15ème siècle basé sur la papier », explique Noomane Fehri, directeur général de la BIAT Labs, et ex ministre des technologies de l’information et de la communication.

« Les obstacles semblent si énormes que je me demande pourquoi les entrepreneurs s’y embarqueraient et pourquoi ils ne s’occuperaient pas simplement à un travail normal, » renchérit Yahia Houri, directeur général de Flat 6 Labs , un fonds de capital de risque.

Le frein du dinar

Dès le moment de leur création en passant par les opérations au jour le jour, les start-up en Tunisie sont en butte à une grande variété de défis, allant des simples charges administratives à des obstacles plus complexes et inhibiteurs. Remplir les documents appropriés est long et ardu, l’obtention d’un prêt peut être très difficile, et le processus de réponse relatif à l’approbation du financement est lent et inefficace. Cependant, le plus grand obstacle auquel font face les start-up tient à la monnaie tunisienne, le dinar.

La Tunisie fonctionne avec une monnaie verrouillée, ce qui signifie que le dinar ne peut être échangé et  dépensé qu’à l’intérieur du pays, donc sa sortie est illégale. Par conséquent, les start-up ont du mal à monnayer leurs produits en ligne et financer les opérations telles que l’achat de logiciels, la rémunération de collaborateurs à l’étranger, et la publication et la vente des applications sur iTunes et Google Play ne sont pas faisables sans la gymnastique compliquée du contournement.

« Vous ne pouvez pas faire beaucoup de choses … Je ne fais que buter sur des obstacles », se plaint  Walid Soltane Madani, fondateur et PDG de Digital Mania , une société de jeux vidéo qui dispose d’ un portefeuille de plus de 90 jeux. « Soit vous abandonnez soit vous allez chercher une autre façon de faire. Nous avons donc simplement décidé : nous allons agir autrement ».

« La loi sur les start-up »

A l’effet de démanteler les barrières qui grèvent les entreprises, les Tunisiens se sont tournés vers la législation en vigueur. Soixante-dix d’entre eux, un composé d’entrepreneurs et de représentants d’institutions financières, sont actuellement en train d’élaborer et finaliser ce qu’ils appellent la « Loi sur les start-up ». Un texte qui prévoit 22 mesures portant sur une nouvelle batterie de lois et de politiques pour encourager et soutenir la mise en place d’un écosystème des start-up en Tunisie. Les nombreuses réformes comprennent la simplification du processus d’enregistrement et la fermeture d’une entreprise, des incitations fiscales, la rationalisation des processus d’importation, l’octroi d’incitations financières en faveur de ceux qui           quittent leurs emplois pour lancer une entreprise, et la facilitation pour les start-up d’utiliser leurs dinars tunisiens à l’étranger.

« En un mot, le gouvernement doit permettre aux start-up de faire tout ce qu’elles jugent nécessaire pour leur performance … de ne pas entacher leurs progrès et de les laisser faire ce qu’ils regardent comme approprié », recommande Fehri.

Mais en attendant que la loi sur les start-up prenne corps, les entrepreneurs tunisiens continuent de prospérer grâce à l’élan qui est le leur et leur tissu communautaire en tant que société. Le cœur battant des communautés entrepreneuriales du pays est Cogite , un espace de co-working avec 166 membres et 23 start- up composé de jeunes entrepreneurs. Cogite est devenu un espace où de nombreuses histoires d’entreprise tunisiens commencent.

Ces communautés entrepreneuriales regroupent des jeunes, motivés et passionnés venant de tous les horizons de la société qui veulent exercer une influence en Tunisie. Un grand nombre de ces entrepreneurs voient dans le succès du dispositif des start-up une chance d’être dans le droit fil des objectifs de la révolution en apportant la prospérité nationale et de meilleures opportunités pour les Tunisiens, conclut « Fair Observer ».

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La protection sociale telle qu’elle s’ordonne à l’heure actuelle à travers ses caisses, régimes et mécanismes, ne fait qu’accélérer sa course vers l’abîme, pouvant hypothéquer l’avenir des ses millions de prestataires. L’état des lieux est à ce point gravissime qu’il dicte que tout le système soit repensé moins par des mesures douloureuses, pour autant qu’elles puissent l’être quelque part, que par une approche concertée qui implique forcément des coups de rabots, mais aussi, là encore, un consensus sur l’impératif de pérennité des caisses sociales.

C’est là l’un des chantiers majeurs auxquels e gouvernement remanié a pris l’engagement de s’atteler en toute priorité. En sollicitant la confiance du parlement, Youssef Chahed, utilisant manifestement un euphémisme, a parlé d’une « situation difficile » des caisses sociales. En fait, elle est beaucoup plus que cela. Le « trou » qu’elles traînaient a cessé de l’être pour devenir littéralement un « gouffre » qu’il sera impossible de combler avec les maigres moyens actuellement à disposition. On comprendra vite que ces caisses sont tenues de dépenser beaucoup plus qu’il n’y entre, lestant l’Etat d’une charge financière estimée à 500 millions de dinars pour la seule année 2017, et très probablement davantage, l’exercice suivant et au-delà. N’eût-été cet apport, les caisses sociales auraient été dans l’impossibilité de dispenser ses prestations aux retraités et aux patients.

Un remède de cheval

Placés ainsi dos au mur, les pouvoirs publics s’échinent, de concert avec les organisations des employés et des employeurs, à trouver une thérapie qui permette au système de protection sociale de survivre. C’est une inéluctabilité dont tout le monde est conscient mais hésite à s’y engager. C’est particulièrement le cas de l’UGTT, dont le secrétaire général a affirmé que son organisation s’oppose à plusieurs décisions “unilatérales” annoncées par le gouvernement, dont l’augmentation des cotisations sociales, proposant en lieu et place des « solutions alternatives » actuellement en discussion au niveau de sa commission administrative. Quant à l’autre organisation, celle des patrons, l’UTICA, elle réserve sa réponse concernant l’institution d’une contribution financière au profit des caisses sociales, estimant que celle-ci ne pourra être discutée qu’après avoir pris connaissance de toute la panoplie des réformes proposées par le gouvernement pour réduire le déficit continu de ces caisses.

Pourtant, le chef du gouvernement assure que les différentes parties chargées du dossier des caisses sociales ont « convenu de l’impératif de lancer un ensemble de réforme selon trois axes, à savoir l’augmentation de l’âge de départ à la retraite, la majoration de la cotisation de retraite, et l’augmentation du taux de contribution sociale ». En attendant l’issue des discussions qui se poursuivent au sein de la sous-commission de protection sociale où sont représentées les deux organisations, le gouvernement semble vouloir aller de l’avant dans son approche de sauvetage des caisses           sociales en incluant dans le projet de la loi des fiances pour 2018 une partie des mesures y afférentes.

La LF 2018 ouvre le bal

Un document officiel émanant du gouvernement identifie les causes du déficit des trois caisses, à savoir la CNSS, la CNRPS et la CNAM comme étant d’essence structurelle, généralement peu liées aux régimes de retraite, et d’autres en rapport avec l’assujettissement de certaines catégories à des règles spéciales de retraite. Mais le fait est que le trou de la CNRPS et de la CNSS n’a de cesse de se creuser depuis 2005, date à laquelle le déficit atteignait quelque 30 millions de dinars pour amorcer sa descente aux abysses avec 789 MDT en 2015, et devoir grimper à 911 MDT en 2016 et à 1251 MDT en 2017.

Parmi les mesures urgentes pour y remédier, prévues dans la loi des finances 2018, il importe de citer notamment la prise en charge de l’Etat des arriérés dus à la caisse de retraite par les entreprises et les établissements publics en proie à des difficultés et la recherche de formules de recouvrement des dettes dues à la CNAM. S’y ajoute l’allocation d’une enveloppe financière au titre du budget de l’Etat pour couvrir les besoins de paiement des pensions à leur bénéficiaires en attendant ce à quoi vont aboutir les réformes structurelles. Enfin, des ressources financières additionnelles vont être mobilisées en complément des cotisations dont sont redevables l’employeur et l’assuré social, et ce à l’effet d’alimenter les régimes de retraite à l’instar de la fiscalité sociale, autrement dit un mécanisme similaire à la CSG française (Contribution sociale généralisée).

Au demeurant, il est envisagé de créer un Conseil supérieur de financement de la protection sociale qui aura vocation à veiller à concrétiser la diversification des sources, notamment l’identification des besoins de tout le dispositif de la protection sociale et la mise en place des mesures de nature à assurer annuellement les équilibres financiers des régimes de sécurité sociale.

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L’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a voté lundi peu avant minuit la confiance au gouvernement remanié de Youssef Chahed, à la clôture d’un marathon qui avait commencé à 9  heures 30.

Ce sont Ridha Chalghoum , ministre des Finances et Abdelkrim Zbidi, ministre de la Défense , qui ont obtenu le plus grand nombre de voix, crédités l’un et l’autre de 153 suffrages. Le ministre de l’Education, Hatem Ben Salem, obtient, lui, 147 voix, Slim Chaker 148, Omar Béhi 150, alors que les deux ministres d’Ennahdha, Zied Laadhari et Imed Hammami en ont obtenu respectivement 140 et 148.

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Le remaniement ministériel destiné au départ à pourvoir à la vacance de trois départements s’est transformé en une restructuration du gouvernement eu égard à l’importance des dossiers surtout économiques auxquels fait face la Tunisie,  a déclaré le chef du gouvernement, Youssef Chahed à la clôture lundi soir des interventions des députés suite à son allocution à la séance plénière extraordinaire consacrée à l’ARP au vote de confiance au gouvernement remanié.

Il a affirmé  qu’il a été le seul  à avoir opéré ce remaniement loin des pressions des politiques, comme propagé par certains, ajoutant que les ministres importent moins que les programmes et les réformes, tout en en soulignant que ces derniers ont fait l’objet de consultations avec les partis politiques et les organisations nationales.

Dans ses réponses aux députés, le chef du gouvernement a fait état d’indices de redressement du dinar tunisien au cours de la prochaine période. Il a indiqué, en outre, que la feuille de route élaborée par le gouvernement comprend un plan d’investissement supplémentaire mobilisant des allocations de fonds dont il est espéré qu’elles porteront le taux de croissance à 3,5%.

Ces réformes  sont à même de porter le taux de croissance à des niveaux supérieurs à l’horizon 2020, a-t-il dit  affirmant que le programme du gouvernement nécessite une stabilité politique. Un programme qui a un coût et implique des sacrifices qui doivent être partagés.

Evoquant la guerre contre la corruption, il a affirmé qu’elle se poursuit et que le gouvernement est quotidiennement à la recherche de dossiers de la corruption. Sous cet angle, le gouvernement est demandeur, a dit Youssef Chahed.

Le chef du gouvernement a souligné que tous les ministres sont concernés par la lutte contre la corruption, ajoutant qu’il n’ya pas lieu, ce faisant, de créer un ministère chargé de la lutte anti-corruption, et notant qui si chaque ministère présente un dossier relatif à la corruption par mois, ce sera une réalisation importante.

La volonté politique existe pour aller de l’avant dans la lutte contre la corruption comme dans la guerre contre le terrorisme, a assuré Youssef Chahed qui a lancé un appel à la conjugaison des efforts de tous et la mobilisation en commun de toutes les énergies.

 

 

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Pour la deuxième fois de son mandat, Youssef Chahed se trouve tenu de solliciter la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple pour un gouvernement largement remanié, baptisé gouvernement de guerre «  contre le terrorisme, la corruption, le chômage et les disparités régionales et pour le développement », a-t-il précisé. Un baptême du feu pour les nouvelles recrues, mais aussi à bien des égards pour ceux qui rempilent dans leurs anciens postes ou ailleurs, au regard des enjeux, à y regarder de près, tout à fait nouveaux assignés à cet attelage visiblement conçu pour aller jusqu’aux prochaines élections générales comme le laisse penser la « stratégie économique du gouvernement pour les trois prochaines années ». Doit-on en conclure que Youssef Chahed ne forme pas le projet de se présenter aux prochaines élections présidentielles ? Sans aller jusqu’à penser qu’il a « obtempéré à l’injonction » du chef du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, on comprendra que Youssef Chahed a la tête ailleurs qu’à Carthage. Et il a tout l’air de s’investir, en mobilisant toutes ses énergies, dans le chantier du redressement économique, à  partir de la Kasbah.

Pour ce faire, il a annoncé une stratégie économique triennale se déclinant dans des axes qui ont pour noms la réduction du déficit budgétaire à 3% et de la masse salariale à 12,5%, le maintien de l’endettement à un taux inférieur à 70%, et une croissance à 5% à la fin de 2020, mais aussi la réduction du taux de chômage de trois points, par rapport à 2016, à l’échéance 2020. Une feuille de route détaillée y afférente est en voie d’élaboration de concert, et ce depuis le 5 septembre courant, avec les parties signataires du Document de Carthage afin de l’enrichir, avant sa mise en application.

Un modèle de développement inédit

Il s’agit d’une « tentative de changer le modèle de développement, le modèle actuel ayant montré ses limites ». Un modèle basé sur l’investissement public dans les secteurs stratégiques, qui ne devraient pas sortir du giron de l’Etat, mais également sur le partenariat public privé. C’est encore un modèle à la faveur duquel sera libéré le potentiel non exploité de l’économie nationale (terres domaniales non exploitées….), afin de l’intégrer dans le circuit économique. Chahed croit dur comme fer que « ce modèle a toutes les chances pour réussir » au motif que la Tunisie demeure une destination compétitive, grâce à sa main d’œuvre qualifiée et son positionnement stratégique.

Forcément, pareil chantier est indissociable d’une série de réformes, dont le chef du gouvernement a livré un premier jet, notamment la révision de la réglementation de change, les autorisations administratrices et le soutien des PME. Y figurent aussi en bonne place celles portant sur le développement et la gouvernance des entreprises publiques car, explique Yousef Chahed, «  il est inconcevable que plusieurs d’entre elles ne peuvent survivre que par la subvention de l’Etat et ne peuvent accéder aux crédits sans sa garantie ». D’après lui, les fonds alloués à ces entreprises qui sont structurellement déficitaires, auraient pu être investis dans des projets de développement économique et social ou dans la réduction du déficit de la balance commerciale, étant évidemment entendu que ce programme de restructuration des entreprises publiques œuvrera à la préservation de la paix sociale.

Le Sahara, levier de développement

Dans l’articulation à laquelle s’attellera le gouvernement, la part belle sera également faite aux régions sahariennes qui représentent environ le tiers de la superficie de la Tunisie. Il s’agit de transformer ces zones en « un levier de développement au travers de la création d’emplois et de projets d’énergie renouvelable, notamment, d’énergie solaire ». L’objectif est aussi de raccorder ces étendues sahariennes aux réseaux routiers et de les doter d’une infrastructure propice à la création d’une dynamique économique qui contribue à la lutte contre la contrebande et le terrorisme, précise le chef du gouvernement qui évoque la promotion d’une agriculture saharienne et écologique à l’instar des expériences mondiales réussies (USA, Australie, Chine). Il est même envisagé d’y créer un centre mondial de recherches appliquées dans le secteur des technologies du Sahara et des énergies alternatives. La mise en œuvre de ce projet permettra de soutenir la sécurité nationale sur le plan stratégique, a ajouté le chef du gouvernement, estimant que la Tunisie pourrait réaliser un progrès à travers les réformes structurelles et un programme d’intégration économique et un nouveau modèle de développement qui ne pourrait réussir, d’après lui, qu’à travers la consécration de la valeur-travail.

Au vu des réactions des députés à l’allocution de Youssef Chahed, généralement favorables, à l’exception incontournable des interventions de l’opposition, il est acquis que le gouvernement s’ouvre un boulevard pour obtenir la confiance du parlement à l’issue d’un marathon de pas moins de 7 heures sans aucune interruption ni suspension de séance, comme l’a signifié le vice-président de l’ARP, Abdelfattah Mourou. Qu’importe, les orateurs n’ont de cesse de se relayer pour apporter, parfois avec des réserves, leur soutien au gouvernement ainsi remanié. C’est ostensiblement le cas des élus de Nidaâ et du mouvement Ennahdha dont les groupes parlementaires font bloc pour donner le quitus à ce nouvel attelage gouvernemental.

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Divers messages et significations sont nécessairement attachés à un remaniement ministériel partout dans le monde et quelle qu’en soit l’ampleur. Celui opéré par Youssef Chahed et dont il plaide lundi l’opportunité et les enjeux devant l’Assemblée des représentants du peuple pour obtenir son vote de confiance, ne s’en prive pas. Dans le même temps, il a suscité et suscite encore des réactions le plus souvent antinomiques. Si généralement, à domicile, on se laisse aller à un accommodement jumelé à de la prudence, mais aussi à des envolées quasi dithyrambiques, l’opposition, elle, se signale par des ruades où l’on décèle un avant-goût de ses interventions lors de la Plénière extraordinaire du parlement.

Dans ce maquis, les commentaires de la presse internationale font généralement la part belle au retour de certains ministres qui avaient officié sous l’ancien régime. C’est le cas du site « Maghreb confidentiel » qui estime que « le remaniement gouvernemental du 6 septembre porte la marque du président Béji Caïd Essebsi … qui a ainsi imposé le retour de deux membres du gouvernement de Zine el-Abidine Ben Ali aux postes qu’ils occupaient à l’époque : Ridha Chalghoum (finances) et Hatem Ben Salem (éducation) »

Abondant dans ce sens, le quotidien Le Monde souligne que « la présidentialisation du régime sous la houlette de BCE ouvre un canal politique permettant de recycler nombre de figures liées à l’ex-dictateur Ben Ali ». Le quotidien parisien se demande si «  pareille reconversion n’était-elle inévitable dès lors que Nidaa Tounès, le parti du président, avait déjà récupéré nombre de réseaux « RCDistes » en déshérence sous la bannière du combat des « modernistes » contre le péril islamiste au lendemain de 2011 ». « Quelques années plus tard, la réinscription de ces anciens « bénalistes » dans le champ du pouvoir revêt plus d’éclat encore, aidée par l’appel aux « compétences » en ces temps adverses où les défis sécuritaires et économiques s’aiguisent », explique le Monde. Il cite l’analyse du politologue Jérôme Heurtaux, spécialiste des transitions démocratiques, qui a étudié le reclassement des ex-bénalistes dans le processus tunisien post-2011. Sans voir dans ces ministres rappelés dans le circuit gouvernemental « des girouettes pragmatiques ou des conservateurs embusqués », il penche plutôt pour «  un ajustement à un état de la configuration politique de quelqu’un qui soutient publiquement le processus démocratique mais sans renier l’ancien régime ». Selon lui, une telle trajectoire est « possiblement réversible » mais elle est « dénuée de toute stratégie calculée de restauration autoritaire ».

Controverses

Le Point, l’autre poids lourd de la presse française, sans s’attarder sur les ressorts politiques et stratégiques de ce remaniement, relève que «  Ridha Chalgoum [ nommé ministre des Finances], poste laissé vacant depuis les ennuis judiciaires de Fadhel Abdelkéfi, démissionnaire, était conseiller auprès de BCE en charge du suivi des réformes économiques avant d’être propulsé à la Kasbah, chef de cabinet de Chahed en juin », pour rappeler ensuite qu’il a déjà occupé ce poste « lors des derniers spasmes du régime Ben Ali, de 2010 à janvier 2011 ».

Quant au nouveau ministre de l’Education, Hatem Ben Salem, c’est la revue américaine « Foreign Policy » qui en parle. Dans un article publié quelques jours avant sa nomination à la tête de ce département dont il avait eu la charge avant la Révolution, il est cité comme une personne qui «  voulait mettre son parcours et son expérience au service de la Tunisie. « Je ne voulais pas rester loin et laisser les corrompus profiter du pays. J’étais meilleur que beaucoup d’autres. Je protégeais le pays », a-t-il affirmé. Ben Salem pense que la Tunisie post-révolutionnaire a été injuste pour ceux qui ont des histoires comme la sienne. Il dénonce ce qu’il considère comme la tendance à condamner tous ceux qui ont servi le régime, indépendamment de leurs actions réelles. « Venez voir ce que je possède et ce que j’ai dans mon compte bancaire”, dit-il. “Mais les gens ne veulent pas faire cela. Ils préfèrent mettre tout le monde dans le même panier », ajoute-t-il cité par Foreign Policy.

Deux retours de ministres « controversés » dont des ténors de l’ARP vont certainement font leurs choux gras lundi lors de la séance plénière consacrée au vote de confiance. Mais il y a fort à parier que ceux de la Représentation nationale qui appuient le gouvernement et lui voteront la confiance, notamment ceux de Nidaâ Tounès, soutiendront que les deux « revenants » à quelque époque et sous quelque régime qu’ils aient officié, se veulent toujours des serviteurs de l’Etat.

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Les Tunisiens sont délivrés, ils ont enfin eu le gouvernement que tout le monde, certes, n’attendait pas, mais qui a le mérite de mettre fin à un long, très long intermède, sous le joug duquel l’essentiel de l’activité de cette branche de l’Exécutif a été sinon frappée de paralysie du moins nettement ralentie. Youssef Chahed a beau faire comme si de rien n’était et fonctionner sur le mode « business as usual » mais les pressions étaient si fortes, plus est, de toute part, qu’il ne pouvait pas ne pas y céder, se bornant, en de très rares occasions, mais avec une remarquable constance, a signifier  que le remaniement est de son ressort exclusif et qu’il ne sera opéré qu’au terme d’une évaluation minutieuse et complète des prestations de ses ministres, autrement dit pesée au trébuchet.

Et ce n’est que ce mercredi 6 septembre que la fumée blanche est sortie du palais de la Kasbah avec un gouvernement de 42 membres (28 ministres de différents rangs et 15 secrétaires d’Etat), soit presqu’autant que son prédécesseur. Un attelage toujours aussi pléthorique où l’on n’est guère dans le bas de la fourchette, qui produit la nette impression qu’il a été composé plus à satisfaire les exigences des partis, les plus prépondérants d’entre eux, qu’à répondre aux multiples et graves défis politiques, économiques et sociaux du moment, pour autant qu’il soit saupoudré de quelques figures indépendantes et technocrates.

Combien de temps tiendra le gouvernement ?

Mais la question qu’il y a rigoureusement lieu de se poser est de savoir quelle sera l’étendue de la  longévité de ce gouvernement issu d’un vaste remaniement. S’installera-t-il dans la durée et tiendra-t-il le coup plus longtemps que ses précédents dès lors que sa composition ressortit à la même logique ? Pour l’heure, on ne peut jurer que de peu de choses. Le gouvernement Chahed 2 traversera sans doute l’épreuve des élections municipales, si jamais il leur arrivait de se tenir, et bouclera le budget de l’Etat et la loi des finances 2018, si extraordinairement douloureuses et peut-être irrecevables soient les mesures que cette dernière édictera. Pour la suite, personne ne pourra se hasarder à un pronostic ni même à une conjecture tant seraient différentes la donne et la configuration politique, économique et sociale du pays dès les aurores de l’exercice prochain, dans la foulée de qui s’en dégagera.

Autre appréhension, les nouveaux ministres sont-ils assez outillés pour convenir à leur poste. Généralement, il est loisible de juger sur pièce rapidement de ce qu’ils sont capables de faire et surtout de ne pas faire. La grande interrogation sera celle de la capacité de ces ministres à affronter les enjeux politiques et d’autres ordres de leurs ministères, sachant que nombre d’entre eux sont coutumiers de l’exercice gouvernemental que ce soit sous l’ancien régime où après la Révolution, donc blanchis sous le harnais mais qui n’ont pas fait long feu. A l’évidence, la compétence ne suffit pas, et il faudra bien davantage pour engager les réformes nécessaires à l’amélioration de la situation politique et économique du pays. Il n’en demeure pas moins que la compétence devrait être la jauge minimum de tout gouvernement.

Les accents jupitériens de Chahed

Tout en semblant quelque part faire sien ce critère, Youssef Chahed a été sans doute plus rigoureux et même intraitable s’agissant du sens de la morale et de l’obligation pour ses ministres de se comporter correctement, ne laissant nulle marge pour des soupçons qui pourraient peser sur eux. Des accents jupitériens qui ont vocation à l’immuniser ainsi que son équipe contre toute velléité de doute sur la probité et l’intégrité de ceux qu’il a mis si longtemps à choisir, alors qu’il se prépare à affronter  la fosse aux lions de l’Assemblée des représentants du peuple, réputée pour ne pas s’en laisser conter en la matière.

Manifestement, la composition de ce gouvernement Chahed 2 porte l’empreinte de son document fondateur, celui de Carthage, et plus encore des desiderata de ses deux principaux signataires, Nidaâ tounès et Ennahdha. Youssef Chahed était dans la totale impossibilité de s’en affranchir au point d’en devenir l’otage. Il n’en aura pas moins réussi la prouesse de concilier entre les sommations de l’un et les injonctions de l’autre en confectionnant un gouvernement où la coloration partisane l’emporte sur l’impératif d’efficacité. Le parti de Ghannouchi a accepté de se contenter de ses trois ministres déjà en place dans le précédent cabinet sans rien changer à sa part de soupe, en attendant peut-être l’issue des prochaines élections municipales. Nidaâ, lui, n’a ni à pavoiser ni à s’attrister de voir son contingent de ministres demeurer en place en changeant ce qu’il faut changer, même si son insistant lobbying pour mériter de son statut de premier vainqueur des élections législatives demeure de l’ordre de la vue de l’esprit.

Toutefois, on ne peut se dispenser de prévoir que les influences conjuguées de Nidaâ et d’Ennahdha sur le chef du gouvernement ne devraient pas fléchir ni même s’atténuer, car l’un et l’autre, qui tiennent sous leur coupe un Parlement qui leur obéit au doigt et à l’œil, et en tant que tel, cultive une capacité de nuisance dont l’Exécutif a fait les frais par le passé, et ne cessera pas de s’en ressentir à l’avenir. Car enfin le système politique et les pratiques dérivées n’ont pas changé d’un iota, façonnant les gouvernements suivant à sa logique. Parler dès lors d’un gouvernement réellement nouveau serait quelque part incongru. Et comme le disait l’écrivain et journaliste français du XIX ème siècle, déjà, Alphonse Karr, à chaque formation de gouvernement, « plus ça change, plus c’est la même chose » !

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La Tunisie compte plus de 250 000 épiceries de proximité ou de quartier. La plupart d’entre elles ne sont pas en état de se permettre d’utiliser les caisses enregistreuses habituelles qui coûtent entre 3.000 et 4.000 dinars tunisiens. Les voir se livrer à l’arithmétique des prix des achats sur de petites calculatrices de poche est chose courante.

Tahar Mestiri, un consultant de la Banque mondiale et professionnel de l’informatique, a trouvé la solution. Il a fondé en 2013, une société, Hadrum SA, avec un fonds d’amorçage de 610.000 Dinars tunisiens levés sur son épargne personnelle et auprès d’investisseurs privés. Son entreprise a créé Ultimium, un tableau de bord infonuagique (cloud) qui organise les données financières des épiceries et des détaillants, rapporte « wamda », le site de l’entreprenariat de la région MENA.

Après avoir évalué l’idée, l’entreprise et ses potentiels, Hadrum SA a reçu en juin 2015, du fonds qatari Intilaq, un investissement 250 000 dollars pour l’aider à développer un produit commercialisable. L’entreprise a ensuite développé l’application caisse enregistreuse d’Ultimium et l’a testée en prototype sur le marché tunisien.

L’application de la caisse enregistreuse vise à aider les détaillants à garder une trace des renseignements personnels de leurs clients, tels que le nom, le numéro de téléphone et l’adresse e-mail pour pérenniser la fidélité des clients, et les achats. Elle aide également les chefs d’entreprises à gérer leurs ventes, les stocks et l’approvisionnement, en plus de leurs clients et fournisseurs.

Le logiciel de caisse enregistreuse est actuellement vendu dans les magasins d’ordinateurs tunisiens sous la forme d’un ensemble comprenant une tablette, une imprimante et un tiroir-caisse, en plus d’un abonnement d’un an à l’application Ultimium pour deux utilisateurs (le propriétaire et le caissier par exemple) à 1.500 dinars. Si les utilisateurs disposent de tous les équipements nécessaires, ils peuvent payer 30 dinars par mois pour l’abonnement Ultimium.

« Le client peut choisir une tablette / smartphone tant qu’elle est basée sur Android. [Il] peut également acheter la tablette si [il] a déjà l’imprimante, par exemple, », précise le promoteur.

Optimisation de la caisse enregistreuse

« Le plus dur lors de l’élaboration de la solution était l’application elle-même, dès lors que nous devions la faire fonctionner à la fois en ligne et hors ligne », a-t-il souligné. L’équipe Hadrum, comprenant Mestiri et cinq employés, a réussi à améliorer l’application grâce à un système de synchronisation cloud ​​pour en faire un modèle hybride qui fonctionne lorsqu’il est connecté et déconnecté à la fois.

L’autre valeur ajoutée, selon l’équipe, était ce que les caméras de surveillance ont été incapables de filmer. « Grâce à cette solution, la fraude est presque impossible dès lors que le chef d’entreprise peut voir ce qui a été vendu physiquement et ce qui a été enregistré presque instantanément », ajoute Mestiri.

Afin d’assurer le suivi des demandes de prêt des clients, ce dernier a noué des partenariats avec des institutions de microfinance dont il n’a pas révélé les noms, qui utilisent le suivi des données du tableau de bord Ultimium et le service de gestion cloud.

« Nous leur fournissons, avec le consentement de leurs clients, un tableau de bord qui les informe de la façon dont le prêt est utilisé, ce qui est déjà chose faite, et des indicateurs financiers de chacun de leurs bénéficiaires de sorte que l’institution de microfinance soit au courant du statut de chaque client », a-t-il dit.

Hadrum a également joué un rôle dans la facilitation des paiements électroniques. Elle a signé une convention avec la Poste Tunisienne (qui offre aux utilisateurs des cartes de paiement électronique) pour permettre à ses clients d’utiliser l’e-dinar. En outre, si le client et le détaillant utilisent Mobicash, un système de paiement mobile prépayé, ils peuvent aussi effectuer des transactions directes via Ultimium.

Des tests en attendant les bénéfices

L’équipe est en train de tester le produit sur le marché tunisien, mais elle traite déjà avec trois clients qui l’utilisent au quotidien. Il s’agit d’une pâtisserie, d’une sorbeterie et d’un traiteur-livreur asiatique.

Toutes les données sont sécurisées à travers le cloud et les procédures de sécurité internes de la société qui sauvegardent, cryptent           et isolent toutes les données sensibles.

Hadrum ne fait pas encore des bénéfices, ayant besoin de vendre au moins 500 magasins pour commencer à générer des profits. Toutefois, elle met le cap sur les grandes entreprises afin de pouvoir développer l’adoption de la plate-forme à travers différents circuits de distribution.

A l’échelle internationale, elle projette de pénétrer le marché européen à l’horizon 2018. Des pays européens comme la France sont en train de modifier les lois relatives aux caisses enregistreuses pour les rendre plus sûres et transparentes contre la fraude. En France par exemple, la fraude au titre des caisses enregistreuses est évaluée à 3 milliards d’euros par an.

« L’objectif est de créer sur le long terme un réseau de caisses enregistreuses connectées puisque nous voulons que chaque petit magasin ou détaillant puisse les utiliser », a affirmé, pour sa part, le responsable des investissements à au fonds qatari Intilaq.

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Pourquoi les étudiants africains fuient-ils la Tunisie pour mettre le cap sur d’autres pays notamment le Maroc ? En 2010, ils étaient 12 000 à peupler les bancs des universités tunisiennes. Durant l’année universitaire 2016-2017, ils n’étaient plus que 4000. Une chute qui interpelle, non parce que la qualité de l’enseignement supérieur dispensé en Tunisie s’est dégradée, mais parce que les conditions des études pour les étudiants d’origine subsaharienne ne sont plus ce qu’ils étaient et dissuadent ces derniers de venir en Tunisie. Une situation jugée si inquiétante que le Tunisia Africa Business Council ( TABC) s’est saisi de la question de concert avec les ministères de l’ Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique, de la Formation professionnelle, des Affaires étrangères et l’Association des étudiants africains et stagiaires en Tunisie, et organisé tout récemment et pour la première fois une rencontre dédiée sous l’appellation de « Tunisian African Empowerment Forum ».

Ce ne fut pas un forum comme il s’en tient souvent à l’échelle africaine, une rencontre pour un débat d’idées sans lendemain, dans la mesure où une batterie de nouvelles mesures a été prise pour inverser le déclin du flux des étudiants africains qui s’est accentué au cours des trois dernières années. Le prestigieux portail universitaire « University World News » (UWN) vient de les dévoiler en précisant qu’une plateforme web a été mise en place pour susciter un plus grand intérêt et un soutien conséquent aux étudiants subsahariens.

Il s’agit, à titre principal, d’une stratégie articulée autour de deux axes, à savoir le partage des compétences, et en second volet, intéresser davantage d’étudiants de tous les pays du continent africain aux études universitaires en Tunisie. A cet égard, des accords de coopération ont été mis en place avec maints pays africains, notamment la Mauritanie, le Tchad, le Mali, le Burkina Faso et l’Afrique du Sud.

Selon les chiffres officiels présentés lors du forum, les étudiants étrangers représentent 2,5% de la population étudiante totale. 74% sont des étudiants africains venant de 40 pays, dont 29% de l’Afrique subsaharienne, étant noté que pas moins de 98% des étudiants étrangers dans les universités privées tunisiennes sont des Africains. Au demeurant, la Tunisie compte 13 universités publiques fréquentées par environ 260 000 étudiants dont 6000 étrangers, parallèlement à 72 établissements privés d’enseignement supérieur fréquentés par 32.000 étudiants, dont 4000 étrangers.

Accrocs de maints ordres

Le forum a identifié plusieurs facteurs qui entravent la venue des étudiants africains pour rejoindre les établissements de l’enseignement supérieur en Tunisie. Selon l’Association des étudiants et stagiaires africains en Tunisie, créée en 1993 pour défendre les intérêts de la communauté subsaharienne en Tunisie et promouvoir la culture sub-saharienne, plus de 60% des demandes d’autorisation déposées par les étudiants africains sont rejetées.

Une étude du TABC pointe le problème du racisme envers les étudiants subsahariens en Tunisie, qui ont récemment manifesté contre « la violence physique et verbale ciblant les Africains sub-sahariens ». Y répondant, le gouvernement tunisien envisage d’élaborer un projet de loi contre le racisme et la discrimination.

Le président de l’Association des étudiants et stagiaires africains en Tunisie, Mack Arthur Deongane Yopasho, cité par UWN  , a décrit le racisme contre les étudiants comme une « situation qui ruine la vie des étudiants subsahariens [qui sont] souvent contraints de déserter la Tunisie pour aller poursuivre leurs études au Maroc ». Environ 18 000 étudiants de troisième cycle originaires de l’Afrique subsaharienne poursuivent leurs études dans les universités marocaines.

Manar Sabry, experte en enseignement supérieur à l’Université américaine de Binghamton (Etat de New-York), a déclaré à UMN qu’une première étape importante dans la lutte contre le racisme est la sensibilisation aux traditions culturelles subsahariennes sur les campus tunisiens.

« Dispenser des cours dans les écoles et les universités sur le racisme et l’éducation multiculturelle aidera les Tunisiens à reconnaître leurs attitudes biaisée implicites. La mise en œuvre de programmes qui rassemblent les deux groupes d’étudiants ainsi que pour les célébrations des fêtes africaines augmentera l’appréciation des différences nationales et aidera à diffuser un message de diversité inclusive », estime-t-elle.

«  Il est essentiel que les administrateurs apportent un soutien institutionnel aux étudiants africains dans le développement de leur propres activités para-universitaires», a-t-elle encore recommandé soulignant la nécessité pour les universités de lancer des actions proactives pour attirer davantage d’étudiants africains. « Il est essentiel de cultiver une image qui fasse appel aux étudiants étrangers et supprime les contraintes financières qui empêchent les étudiants hautement qualifiés de postuler aux études en Tunisie », souligne-t-elle.

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FILE - This file image made from video posted on a militant website Saturday, July 5, 2014, purports to show the leader of the Islamic State group, Abu Bakr al-Baghdadi, delivering a sermon at a mosque in Iraq during his first public appearance. The Russian military claims it has killed the leader of the Islamic State group in an airstrike. The ministry said Friday, June 16, 2017, that Abu Bakr al-Baghdadi was killed in a Russian strike in late May along with other senior group commanders. (AP Photo/Militant video, File)/TKH401/17167282438135/IMAGE IS FROM VIDEO POSTED ON A MILITANT WEBSITE, JULY 5, 2014. AUTHENTICATED VIA ITS CONTENTS AND AP REPORTING. NOT POSSIBLE TO INDEPENDENTLY VERIFY THE MAN SHOWN AS IS LEADER, ABU BAKR AL-BAGHDADI. AP PROVIDES THIS IMAGE FOR EDITORIAL PURPOSES ONLY./1706160959

Le chef du groupe Daech, Abou Bakr al-Baghdadi, est sans doute encore en vie et se cache probablement dans la vallée de l’Euphrate, a estimé le 31 août un haut responsable militaire américain.

“Nous le cherchons tous les jours. Je ne pense pas qu’il soit mort”, a indiqué le général Stephen Townsend, commandant de la coalition contre l’EI en Irak et en Syrie, lors d’une conférence de presse jeudi.

Le général Townsend a admis n’avoir “aucune idée” sur l’endroit précis où pourrait se trouver Al-Baghdadi, mais il pense qu’il a pu s’enfuir avec d’autres djihadistes dans la vallée de l’Euphrate, une région qui s’étend de la Syrie à l’Irak, après l’offensive de la coalition et des alliés locaux sur Mossoul, Raqa et Tal Afar, les bastions de Daech.

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La Cour suprême du Kenya, saisie par l’opposition, a contre toute attente ordonné ce vendredi la tenue d’une nouvelle élection présidentielle d’ici 60 jours. Elle déclare invalide le résultat du scrutin du 8 août, à l’issue duquel le sortant Uhuru Kenyatta a été proclamé vainqueur.

L’élection présidentielle “n’a pas été conduite en accord avec la Constitution”, a déclaré le juge président David Maraga. “A la question de savoir si les illégalités et irrégularités ont affecté l’intégrité de l’élection, la Cour est d’avis que c’est le cas.”

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Le président de la République Béji Caïd Essebsi a accompli, vendredi matin, la prière de l’Aïd El-Idha à la mosquée Malek Ibn Anas à Carthage.

Le chef de l’Etat était accompagné du président de l’Assemblée des représentants du peuple Mohamed Ennaceur et du chef du gouvernement Youssef Chahed.

Une absence remarquable à cette occasion, celle du chef du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi.

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Le plus gros casse-tête qui agite actuellement le gouvernement a pour nom le projet de la loi des finances 2018. L’exercice est certes routinier, mais il prend cette fois-ci des allures qu’il ne serait pas outrancier de qualifier de gravissimes. Les rentrées fiscales sont rares et indigentes et les dépenses sont exponentielles. Les arbitrer prend rang d’exercice d’équilibrisme. Le trou de plus en plus béant des finances publiques ajoute au tragique de la question, alors que de toute part, fusent des demandes qui tiennent soit à des augmentations salariales, soit à l’emploi et au développement, soit encore à des besoins exprimés sous forme de protestations que l’Etat n’a guère les moyens de désamorcer sauf en capitulant.

Pourtant, et en croire maints experts et même des organisations dont notamment l’UGTT, l’argent existe, et l’Etat n’a qu’à aller le chercher chez ceux qui rechignent à payer leurs impôts à bon droit dus, mais aussi et surtout auprès de cette batelée d’aigrefins qui font profession de fraude et d’évasion fiscale qui opèrent à découvert et au vu et au su de tout le monde, sans parler bien sûr de cette catégorie de corporations poujadistes qui, à chaque loi des finances, font leur boucan d’enfer pour se soustraire à ce devoir hautement civique de payer ses impôts, à l’égal de tout assujetti. Additionnés, ces manques à gagner suffiraient à renflouer le budget de l’Etat, le dispenser de s’endetter à domicile et ailleurs, financer des projets créateurs d’emploi, atténuer autant que faire se peut les inégalités régionales et réfréner les récurrents accès de colère et d’agitation sociales.

Des milliards de dinars sont ainsi dans la nature. Ils sont soit thésaurisés, soit dépensés à des fins spéculatives et autres comme le démesuré investissement dans l’immobilier, outre l’injection dans le commerce parallèle et la contrebande, minant plus de la moitié de l’économie du pays et privant les caisses de l’Etat d’immenses subsides qui auraient servi à des financements de bon aloi et profitables à la communauté. En lieu et place, le gouvernement voit filer entre les doigts de colossales ressources auxquelles il a rigoureusement droit mais qu’il est incapable de récupérer, bien que l’autorité dont il est investi le lui permette sous toutes les formes possibles.

L’art de dilapider l’argent et de ne pas le récupérer !

Passons sur les empêchements politiques et leurs dérivés qui prennent en otage l’Etat au travers de camarillas, de partis, d’officines politiques et autres, qui frappent de paralysie un gouvernement censé être d’union nationale mais qui se retrouve désespérément livré à lui-même voire stigmatisé et poussé vers la sortie. Le fait est, cependant, que le système fiscal de la Tunisie y est pour beaucoup dans ce méli-mélo dont les affres se sont accentuées depuis 2011 sous l’effet de l’impéritie des équipes qui se sont succédé au pouvoir avec les dommages dévastateurs sur lesquels il est inutile de revenir. Ceci alors que l’une des priorités à laquelle il était comminatoire de s’attaquer était la fiscalité, nerf de la guerre de tous les Etats. On s’était mis à dépenser à droite et à gauche l’argent alors disponible sans s’interdire de dilapider le matelas laissé par le régime révolu, ni chercher à créer de la richesse au moins par le biais des mécanismes légués.

Pourtant, le pays comptait alors 685 000 contribuables, dont il est vrai 410 000 (80%) soumis au régime forfaitaire et ne contribuant que de 0,2% à la valeur globale des recettes d’impôt. Pour l’Etat, dont 65% des ressources du budget, soit l’équivalent de 20 milliards de dinars, proviennent des recettes fiscales, la lutte contre l’évasion fiscale est plus qu’une nécessité absolue. D’où l’urgence de lancer des réformes et de mobiliser des ressources pour le budget de l’Etat. Il s’agit de récupérer 5 milliards de dinars qui constituent les montants d’impôts impayés. A ce jour, ces fonds, sans doute davantage sont restés là où ils étaient et sont stockés. Il s’y ajoute le fait que seuls 33% des contribuables déclarent volontairement leurs revenus annuels. Dans le meilleur des cas, ce taux atteint 50%, grâce aux interventions des services de contrôle de cette direction, sachant qu’avant la révolution, plus de la moitié des contribuables déclaraient leurs impôts (58,7% en 2010).

Une remise à plat davantage qu’une réforme

Les appels à la réforme du système fiscal sont restés sans réponse. Ceux du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale à l’avenant. Le FMI, en particulier s’est égosillé à recommander une réforme “urgente” du système fiscal, notamment, le régime forfaitaire. “Ce régime supposé assujettir les microsociétés à un faible impôt forfaitaire, semble avoir fait l’objet d’abus graves avec 98% des contribuables qui se cachent derrière”, note, pour sa part la Banque mondiale dans son célèbre rapport “la révolution inachevée”.

En fait, il ne devrait pas s’agir d’une réforme, mais plutôt d’une remise à plat de la fiscalité dans le pays, devenue quasiment obsolète et inefficace favorisant les abus et l’inobservance des règles fiscales. Un régime fiscal, du reste, d’autant plus compliqué, illisible et fourre-tout qu’il ressemblerait comme deux gouttes d’eau à un inventaire à la Prévert.

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Le remaniement ministériel, c’est sans conteste le feuilleton de l’été, un été pourri par l’interminable guérilla que les deux partis prépondérants de l’échiquier politique livrent au chef du gouvernement, Youssef Chahed, pris ainsi dans un tourbillon qui jette une inhibitrice ombre sur l’ordonnance générale de son équipe ministérielle et partant sur celle de la gestion du pays.

Vaste ou partiel, c’est entre ces deux options que louvoie la reconfiguration du gouvernement amputé de trois ministres majeurs, ceux de l’éducation, des finances, et tout dernièrement de l’investissement et de la coopération internationale. Youssef Chahed a beau dire et répéter qu’il est le seul maître à bord et que c’est à lui et à lui seul que revient la latitude de choisir ses collaborateurs et composer son attelage ministériel. Ennahdha, sous la houlette de Rached Ghannouchi, et Nidaâ sous celle de Hafedh Caïd Essebsi, sont fondamentalement d’un autre avis, et enchaînent pour ainsi dire les coups fourrés dont la perfidie le dispute à la rosserie. Se revendiquant, pourtant, l’un et l’autre du Document de Carthage, fondateur du gouvernement d’union nationale, ils rivalisent de manœuvres dilatoires, et pas uniquement, pour placer les leurs dans la future composition gouvernementale dans ce qui ressemble à une avide curée pour s’emparer de places laissées vacantes en y ajoutant bien d’autres.

Ennahdha, plutôt son chef qui la gère de main de maître, s’emploie à donner l’impression de faire un vœu simple de chasteté en s’en tenant à un remaniement ordinaire aux termes duquel il sera pourvu à la vacance des trois portefeuilles dont les ci-devant titulaires ne font plus partie du gouvernement. Quoi de plus sensé ? serait-on porté à penser. Mais c’est méconnaître le sac à malices qui va déferler sitôt tenues les élections municipales, l’occasion idoine pour sortir la grande artillerie. Pour l’heure donc, Ennahdha ne pourrait pas faire plus judicieux que de ronger son frein en se contentant du statu quo et du réaménagement ministériel que dicte par ailleurs la saine logique de la chose publique.

Ce que veut HCE !

De toute évidence, diamétralement opposée est la stratégie de Nidaâ Tounès. C‘est un gouvernement refondé de fond en comble qu’il exige avec un contingent dominant de ministres politiques. En tant que parti vainqueur des dernières élections législatives, privé du statut auquel il a droit l’habilitant à former le gouvernement de son choix, il se démène pour traduire dans les faits ce qu’il a toujours ambitionné d’entreprendre. D’autant que le temps presse et que les Municipales risquent fort de le posséder de ce statut. Hafedh Caïd Essebsi, quelque part, ne s’en cache pas, tout en concédant que la prochaine composition du gouvernement pourrait inclure des technocrates et des compétences, dont la vocation, affirme-t-il, devra se limiter à mettre en œuvre les décisions de leurs collègues politiques.

Entre ces deux thèses foncièrement antinomiques, l’actuel locataire de la Kasbah, tout auréolé des dividendes, apparemment éphémères, de sa croisade contre la corruption, se trouve littéralement désarçonné. Alignant depuis des mois les reports, il en est encore à évaluer le rendement de ses ministres avant de décider qui va partir et qui va rester, sans dévoiler la véritable philosophie et la logique dont participe le remaniement. Il est dit que ce sera chose faite après la fête de l’Aïd el-Idha. Verra-t-on enfin la fumée blanche monter du palais du gouvernement de la Kasbah ? Que décidera Youssef Chahed ? Penchera-t-il vers la potion de la synthèse ? Ces interrogations résument les tourments dans lesquels semble se débattre le chef du gouvernement dit d’union nationale.

On ne s’empêcherait cependant pas de faire grief à Youssef Chahed de ne pas être allé vite en besogne en opérant dès l’abord et instantanément les changements, sitôt les vacances constatées. En laissant traîner les choses, il a indiscutablement fourni à ses adversaires l’opportunité rêvée de lui livrer cette guérilla, avec toutes les conséquences de toutes natures que l’on peut constater           et celles que l’on peut appréhender pour la suite des événements.

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