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Mohamed Lahmar

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Les Tunisiens viennent de porter au pinacle de leur Etat un citoyen qu’on aurait pris à s’y méprendre pour un « monsieur-tout-le-monde » , issu de la classe moyenne, qui sirote son breuvage matinal au café du coin, sans le moindre chichi, frais émoulu de la vie active comme professeur de Droit constitutionnel, se destinant à de paisibles jours de jeune retraité comblé et sans problèmes.

Un parcours presque sans aspérité comme on en voit sous toutes les latitudes mais un destin hors pair qui auréole le vainqueur du second tour de l’élection présidentielle anticipée tunisienne, Kais Saied, auquel personne ne pouvait prêter, voici quelques mois, des ambitions présidentielles ni de velléités politiques tout court. C’est comme si, à l’instar de Monsieur Jourdain pour la prose, Monsieur Saied faisait de la politique sans le savoir.

Et pour cause, il a progressivement déjoué tous les pronostics pour, enfin, remporter le scrutin à une très écrasante majorité. Un raz de marée dont on a jamais connu   de précédent en Tunisie, sauf dans les consultations électorales d’avant la révolution qui, pour les raisons que personne n’ignorait, se soldaient par des scores brejnéviens, autour de 99%. Il n’en demeurait pas moins que pour le second tour de l’élection présidentielle, avec une participation de 57,8%, plus d’un électeur sur deux s’était déplacé, pour accorder à Saied 72,71% des suffrages, alors que son concurrent, Nabil karoui, n’en récoltait que 27, 29%.

Saied pontifie ex cathedra

Pourtant, Il n’y avait rien dans sa gibecière qui pût le propulser à pareille destinée. Il n’avait ni parti politique, ni logistique dédiée, encore moins un programme électoral présidentiel. Des idées, il en avait sans doute, mais il les gardait sous le boisseau, ne s’en épanchant qu’en n’y étant obligé, dans des interviews aussi rares que triées sur le volet, ce qui lui a valu bien des inimitiés, où il pontifiait ex cathedra, se forgeant, sans vraiment le vouloir, une marque de fabrique à laquelle il n’a jamais entendu déroger.

Serait-ce encore le cas alors le nouveau président de la République, qui se veut le chantre de la démocratie directe, et du pouvoir émanant de la base, sera bien en peine de se faire comprendre dans des contrées et territoires où ses talents oratoires ne feraient pas de sens ni trouver acquéreur. Dans le fond aussi, sa « boîte à outils » telle qu’elle se dessine serait de peu d’effet pour redresser des situations locales, par endroits, désespérantes, et d’autres, à l’échelle nationale, démesurément compliquées pour se prêter aux approches proposées.

C’est que l’élément central du dispositif que Kais Saied projette de mettre en place porte sur la refonte radicale de la démocratie telle qu’elle est entendue en Tunisie, en substituant aux structures traditionnelles des partis une “démocratie des individus”. Plutôt que le système actuel de députés élus au suffrage direct, Saied s’est fait le champion d’un modèle démocratique à trois niveaux. Selon ses propositions, les membres du corps législatif du pays seraient nommés par les conseils régionaux, eux-mêmes nommés par les petits conseils municipaux du pays, dont les membres seraient élus en fonction de leur caractère, plutôt que de leur appartenance politique ou idéologique.

Le courage qu’il faut !

Peu de gens doutent de la sincérité du nouveau président à cet égard. Toutefois, pour opérer les changements constitutionnels nécessaires à la mise en œuvre de son système, il aura besoin d’une majorité des deux tiers au Parlement récemment élu, où aucun parti ne s’est assuré une majorité définitive et où un gouvernement doit encore être formé.

C’est à se demander si Kais Saied est le meilleur profil pour le poste de président de la République. La question a été soulevée par le principal chercheur au Royal United Services Institute et au Carnegie Endowment for International Peace, Hisham Hellyer qui estime que la plupart des questions politiques sur lesquels les électeurs voudraient normalement en apprendre davantage sont encore inconnues. Mais Saied a certainement déjà gagné la confiance de différentes factions, dont Ennahdha, et le groupe centriste qui s’est montré engagé dans le processus politique en Tunisie, ainsi que de nombreux groupes de gauche. Mais c’est la performance qu’il va livrer dans les mois à venir qui déterminera s’il a le courage qu’il faut. De plus, il devra travailler avec un parlement et un chef du gouvernement qui ne représentent aucun parti à part entière. « Les défis à relever pour y parvenir, compte tenu notamment des problèmes économiques et de sécurité auxquels le pays est confronté, sont colossaux », constate le chercheur britannique.

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C’est demain mercredi que seront proclamés officiellement les résultats définitifs des élections présidentielles du 6 octobre dont les candidats du mouvement Ennahdha sont donnés vainqueurs à la première place par les sondages de sorties des urnes, suivis par ceux du parti Qalb Tounès.

Un scrutin serré, comme en conviennent unanimement les observateurs locaux et étrangers, et va se traduire par un parlement très fragmenté, aucun parti ou liste ne recueillant plus de 20 % des voix. Le Washington Post, sans doute intrigué par la « remontada » d’Ennahdha, s’est posé la question de savoir comment le parti islamiste a réussi à remonter la pente en dernière minute et ravir le haut de panier au parti de Nabil Karoui.

Tout en faisant remarquer que le mouvement Ennahdha a engrangé environ cinq points de pourcentage de plus que son candidat Abdelfattah Mourou aux élections présidentielles il y a trois semaines, le Washington Post (WP), dans une analyse signé par le chercheur de Brooking Institution Sharan Grewal met en avant deux facteurs pour expliquer La hausse rapide et soudaine de la part de vote d’Ennahdha, à savoir le soutien d’un candidat indépendant et une réévaluation de la campagne.

Il rappelle qu’au cours des deux dernières semaines, le parti a tenté de faire appel aux partisans de Kais Saied, le vainqueur du premier tour des élections présidentielles. Saied, professeur de droit constitutionnel, n’a pas de parti politique et n’a appuyé aucun parti ni aucune liste. Ennahdha a non seulement soutenu Saied pour les élections du second tour, mais a également essayé de convaincre les électeurs de Saied qu’Ennahda était leur meilleur espoir de former un gouvernement favorable à une présidence Saied, explique le WP.

Après la décevante troisième place de Mourou aux élections présidentielles, le mouvement Ennahdha s’est lancé dans une réévaluation de sa stratégie de campagne. Pour la campagne électorale des Législatives, il a remis au goût du jour ses fondamentaux : la religion et la révolution. Le chef d’Ennahda, Rached Ghannouchi, lui-même candidat pour la première fois, a proposé qu’une taxe religieuse, la zakat, soit prélevée par l’Etat pour aider à réduire la pauvreté, ce qui a incité une éminente féministe à rappeler que la Tunisie est un Etat civil et non religieux.

Le cri de ralliement de Habib Ellouze

Pendant ce temps, le fougueux agitateur d’Ennahdha, Habib Ellouze, qui avait été mis à l’écart depuis cinq ans, est sorti du bois pour plaider que la “volonté divine exige de voter pour Ennahdha”, un cri de ralliement que l’on trouve qu’il pourrait être particulièrement efficace, note le Washington Post, qui rappelle que les dirigeants d’Ennahda ont souligné à plusieurs reprises qu’ils allaient défendre la révolution et lutter contre la corruption, malgré leur soutien antérieur à la loi sur la réconciliation. Après six années de compromis sur ces questions, le parti islamiste a réintroduit la religion et la révolution dans sa rhétorique de campagne, avec un succès apparent.

Et le WP d’esquisser la perspective postélectorale d’Ennahdha en soutenant qu’ « il ne pourra certainement pas former un gouvernement sans le parti de Nabil Karoui lui, surtout après que plusieurs petits partis ont déjà refusé de s’allier au parti islamiste. Cependant, durant la campagne, Ennahdha et Qalb Tounes ont exclu de former une coalition l’un avec l’autre, et les deux ont continué à le faire après les élections.

Le Parlement est-il trop fragmenté pour gouverner ?

Même si Ennahda et Qalb Tounes arrivent à faire cause commune, ils auront besoin de l’appui des petits partis pour s’assurer la majorité. Toutefois, quatre partis ont déjà exclu une alliance avec l’un ou l’autre, fait remarquer le WP. Il s‘agit de la Coalition Dignité, une nouvelle alliance de partis socialement conservateurs et prorévolutionnaires qui s’est déclarée disposée à s’allier à Ennahdha, mais pas à Qalb Tounes, du Parti Destourien Libre , un parti anti-arabe nostalgique d’un Etat fort, qui a annoncé qu’il ne s’allierait pas à Ennahdha, du Courant démocratique progressiste et prorévolutionnaire et du Mouvement populaire panarabe de gauche qui ont tous deux déclaré qu’ils se joindraient à l’opposition.

Si ces partis ne sont pas disposés à s’unir, il y a une réelle possibilité qu’Ennahdha ne soit pas en mesure de former un gouvernement, ce qui pourrait provoquer de nouvelles élections l’année prochaine. Une possibilité d’éviter un tel scénario a été proposée par le Courant démocratique : un gouvernement de salut national composé de personnalités indépendantes. Le dirigeant d’Ennahdha, Mohamed Ben Salem a fait remarquer que, bien qu’ils préfèrent qu’Ennahdh a assume le poste de chef du gouvernement, ils doivent trouver une personnalité capable de réunir les 109 voix requises.

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Ce scrutin du 6 octobre a eu ceci de singulier qu’il a dessillé les yeux des Tunisiens sur l’affligeante réalité politique qui est la leur depuis de longues années, et dont ils pouvaient rarement capter l’étendue. Un choc frontal et brutal dont ils auraient bien pu faire l’économie s’ils avaient fait le bon choix des personnes et des programmes, sans se laisser bercer par de mielleuses promesses, vite rangées au magasin des vieilles lunes.

Pourtant la quête du changement était palpable, voire criante. Mais elle a été mal portée, en tout cas confisquée indûment et sournoisement par des tiers autant que par des élites politiques qui, bien qu’étant sur le déclin, ont su se faire une deuxième virginité en surfant de nouveau sur les ressorts de la révolution et en promettant comme jamais des lendemains qui chantent, allant même jusqu’à solliciter le soutien des Tunisiens pour les douloureuses réformes qu’elles se proposent de lancer afin de remettre le pays sur les rails.

Deux partis dans un mouchoir

Prosaïquement dit, les temps durs le seront encore plus, et pas uniquement sur les plans, économique et social. Il vient s’y ajouter des soubresauts politiques avec des élections législatives qui ont placé coude-à-coude deux partis qui, génétiquement et idéologiquement, sont très peu disposés à avoir des atomes crochus. Et ils ne s’en cachent guère pour l’avoir dit et répété sur toutes les fréquences tout au long de la brève campagne électorale et sitôt les résultats du scrutin connus. Ennahdha et Qalb Tounès qui revendiquent encore la victoire de la consultation électorale, vont donner bien des tourments à leurs électeurs et plus encore aux millions de personnes qui ne les ont pas choisis, ni eux ni d’autres, comme en témoigne l’écrasant taux d’abstention enregistré.

Une belligérance qui va, à coup sûr, déteindre sur le processus de concrétisation du choix des votants et d’abord la formation du gouvernement. Au regard de la configuration de l’Assemblée des représentants du peuple, telle qu’elle se dessine, ce sera une tâche ardue, voire impossible. Ennahdha, qui est normalement le parti auquel incombera la tâche de former le prochain gouvernement, n’a pas la majorité requise pour le faire, et aura immanquablement besoin des suffrages de l’escouade d’autres formations politiques et particules pour pouvoir s’atteler à cette besogne et s’en acquitter. Et cela a un coût dans la mesure où il faudra s’assurer du soutien de pas moins de six ou sept partis politiques, si divers, intransigeants et néophytes qu’ils placeront très haut la barre de leurs conditions et exigences.

Des mois de tractations

« Cela pourrait demander des semaines, voire des mois, de négociations », prévoit le chercheur au think tank américain Brookings Institution, Sharan Grewal, expliquant qu’ « aucun parti n’a plus de 20 pour cent des sièges au prochain parlement et qu’il en faudra au moins quatre pour former un gouvernement ».

Sarah Yerkes, analyste à Carnegie’s Middle East Program, a déclaré, pour sa part, qu’elle « ne s’attendait pas à ce qu’Ennahdha et Qalb Tounes aillent travailler ensemble », ajoutant que « si on demande à Ennahdha de former un gouvernement, il le fera probablement avec une variété de petits partis et d’indépendants ». «  La performance relativement faible des deux principaux partis par rapport aux précédentes élections législatives de 2014 a mis en évidence combien la scène politique est aujourd’hui encore divisée ». Il y a cinq ans, Nidaa Tounes venait en tête avec près de 38 % des voix, suivie par Ennahdha avec près de 28 %.

Autant comprendre que les Tunisiens devront attendre longtemps avant de s’offrir un gouvernement, dont les tractations auront été très laborieuses et le parcours semé d’embûches. Ceci au cas où faute d’accord, le président de la République alors en place convoquerait les Tunisiens pour des élections législatives anticipées.

Une perspective qui fait froid dans le dos alors que le budget de l’Etat aura besoin d’un gouvernement pour le mettre en œuvre autant que les réformes indispensables dont le calendrier ne peut souffrir de retard , le Fonds monétaire international veillant au grain, et même s’impatientant. Sans parler bien sûr des dossiers sociaux en souffrance, comme les négociations salariales qui requièrent l’attention soutenue et inlassable de l’UGTT.

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Le juge d’instruction au Pôlle judiciaire financier a autorisé vendredi soir des médias de la place à rendre visite au candidat au second tour de l’élection présidentielle Nabil karoui dans la prison de Mornaguia où il est incarcéré, et ce conformément à la loi régissant les prisons.

Il s’agit de Shems fm, Mosaique fm, Express fm et de l’agence Tunis Afrique presse, alors que la demande de la chaîne tv Alhiwar Ettounsi a été rejetée.

Le porte-parole officiel du Pôle, Soufiène Sliti, a précisé que l’autorisation du juge d’instruction se limite uniquement à la visite de Nabil Karoui à l’exclusion de toute interview.

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Tantôt frères siamois, tantôt ennemis jurés, les annales des relations entre avocats et magistrats ont de tout temps été une alternance de péripéties tumultueuses et d’épisodes de bonne intelligence. Mais ce qui se passe à l’heure actuelle a tout pour tenir d’une logique de confrontation ouverte. Il n’est plus question d’escarmouches généralement vite oubliées ni de quelques accès mineurs de corporatisme mal défendu, mais bien d’une opposition frontale entre deux corps dont la vocation est, pourtant, d’œuvrer ensemble au cours normal et à l’administration diligente de la justice. Si l’un en est le dépositaire et l’autre, l’auxiliaire, ils s’imposent et s’opposent sur la scène judiciaire comme deux maillons incontournables.

Faillir à cette ardente obligation, ce serait comme ouvrir les portes de l’enfer non seulement pour les uns et les autres, mais surtout pour les justiciables, à leur corps défendant, interdits de prétoire depuis bientôt une dizaine de jours pour cause d’une grève des juges suite à l’irruption d’un groupe d’avocats dans le bureau du procureur de la République près le tribunal de première instance, des « faits s’apparentant à un crime », selon les syndicats des magistrats. Y répondant, le Conseil de l’ordre des avocats a décrété une “journée de la colère” nationale ce vendredi 27 septembre, marquée par des actions de protestation avec port de l’uniforme au palais de justice de Tunis et dans tous les tribunaux tunisiens, sous le slogan “Non à l’agression des avocats, le droit à la défense une garantie fondamentale pour l’indépendance du pouvoir judiciaire”.

Spirale momentanément sans issue

Une spirale dont il est difficile de prévoir une issue tant sont, pour l’instant, irréconciliables, les positions du barreau comme du prétoire, où la très théorique intervention, ce vendredi, du président de la République par intérim, ne semble pas revêtue d’assez d’autorité pour être comprise par les parties en conflit comme une sentencieuse sommation à enterrer la hache de guerre. D’autant que le chef de l’Etat s’est contenté de « souligner la nécessité de respecter l’indépendance de la magistrature et le principe de séparation des pouvoirs, et celle de ne pas mettre en doute les institutions de l’Etat au risque de menacer le processus démocratique de la Tunisie ». Le président de la République ne s’en est pas moins dit « préoccupé » par les derniers incidents du palais de justice, appelant à surmonter la crise par le dialogue, tout en mettant le pouvoir judiciaire à l’abri des tiraillements politiques.

Les choses étant ce qu’elles sont, et les protagonistes campant, chacun, sur ses positions, les indices se font presqu’inexistants d’entrevoir un commencement d’épilogue avant la semaine prochaine, le temps que les « belligérants » terminent d’exhaler leur bile et se prennent enfin à entendre raison , échaudés par l’immense mal causé au pauvre justiciable, totalement désarmé face à une guéguerre dont tout le monde sait qu’elle doit finir, et le plus tôt serait le mieux.

Sortir des balises codées

Le pire, c’est que pareille         belligérance se reproduise avec forcément un surcroît d’intensité, pouvant même rejaillir avec les périls que l’on peut imaginer sur l’administration de la justice, organisation et fonctionnement confondus. D’ailleurs, il est devenu de moins en moins rare que les avocats s’en prennent aux magistrats et réciproquement. Sans doute parce que la perception que les uns ont des autres a changé. Et l’on ne s’embarrasserait pas de scrupules pour sortir des balises parfaitement codées qui fondent le magistère de la justice.

Le fait est que les tensions sont en train de monter singulièrement et plus que d’habitude entre les dépositaires du droit les défenseurs du justiciable qui sentent qu’ils ont les coudées un peu plus franches pour dire leur fait à des magistrats, fatigués et croulant sous une charge accrue de travail, alors que les audiences sont de plus en pesantes parfois difficiles à gérer du fait des stratégies dilatoires de quelques avocats plutôt très attachés à l’obligation de résultat envers leurs clients. S’y ajoutent fatalement l’encombrement des tribunaux, le manque de moyens et d’effectifs, et des justiciables à juste titre, plus exigeants.

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Déjà omniprésents sous le régime de Ben Ali, les mauvais résultats de l’économie tunisienne ne se sont guère améliorés après la révolution, pis, de nouveaux maux sont apparus. En particulier, au moins trois syndromes ont été répertoriés par le think tank ARI (Arab Reform Initiative).

Tout d’abord, bien qu’une certaine dose de politiques budgétaires et monétaires expansionnistes visant à contrer les chocs négatifs initiaux ait fait sens juste après la révolution, la situation financière du pays, notamment ses niveaux élevés de dépenses publiques, est devenue à ce jour clairement insoutenable.

Ensuite, et malgré les politiques expansionnistes, les taux de croissance ne se sont pas redressés au fil du temps et le chômage est demeuré élevé. Bien que cela puisse s’expliquer par la montée de l’insécurité jusqu’en 2016, la faible croissance entre 2017-19 suggère que les causes du mal sont plus profondes. En partie, le climat des affaires s’est détérioré avec une augmentation de la corruption et une expansion des activités informelles (et illégales) comme la contrebande. Cela pourrait être lié à un affaiblissement des capacités de l’État à appliquer les lois, mais aussi à la montée du copinage.

Troisièmement, l’augmentation des dépenses publiques ne s’est pas accompagnée d’un déplacement suffisant vers des dépenses plus utiles. En fin de compte, pour accroître la croissance, la part des dépenses globales devra passer de la consommation à l’investissement. Au lieu de cela, même si les dépenses publiques ont augmenté de six points de pourcentage entre 2010 et 2018, l’investissement public a diminué au cours de ladite période et son efficacité a été affectée par les goulots d’étranglement dans l’exécution des projets.

Ce qui attend le prochain gouvernement !

Les faiblesses économiques dont le diagnostic a été posé suggèrent qu’un un vaste programme attend le prochain gouvernement issus des élections en cours, qui aura sur les bras une situation macroéconomique explosive, un programme structurel difficile allant de la réforme du secteur public (à commencer par les entreprises d’État) à un meilleur fonctionnement des marchés, en passant par un programme de justice sociale axé sur le développement des régions périphériques.

Dans l’immédiat, recommande l’ARI, certaines mesures de stabilisation budgétaire seront nécessaires. Cela sera sans aucun doute difficile pour toute nouvelle administration. Sur le plan politique, des questions telles que la manière d’ajuster la politique fiscale pour atteindre la durabilité tout en favorisant la justice sociale exigeront non seulement l’attention des technocrates, mais aussi des négociations difficiles entre les politiciens et les groupes de citoyens. La demande sociale d’emplois plus nombreux et de meilleure qualité demeurera également élevée, ce qui nécessitera des discussions sur les sacrifices à consentir dans le présent pour obtenir des gains dans l’avenir. À cet égard, les questions de concurrence et d’innovation seront particulièrement importantes.

Un président faible et un parlement fragmenté

Le résultat des prochaines élections déterminera la nature de l’éventail des possibilités. La possibilité existe que le président qui sortira des urnes soit faible et le Parlement fragmenté. Dans ce cas, une grande partie des défis de la période à venir sera probablement le lot du Parlement, où les solutions exigeront la formation de coalitions réformatrices et les pressions d’une opposition constructive.

Mais en tout état de cause, la transition démocratique de la Tunisie risque de rendre l’élaboration des politiques économiques plus confuse. Après tout, contrairement aux systèmes à parti unique où toutes les initiatives ont tendance à émaner du sommet, les décisions doivent maintenant être négociées avec de nombreux acteurs et prendre en compte des intérêts antinomiques. Pourtant, comme en témoignent de nombreuses jeunes démocraties dans le monde entier, les ordres démocratiques “désordonnés” ne sont pas nécessairement incompatibles avec le progrès économique. Au Kenya, au Ghana, au Bangladesh ou au Mexique, par exemple, les démocraties nouvellement établies réussissent souvent à obtenir de bons résultats économiques tout en restant “au bord du chaos “. Cela signifie que s’il est peu probable que le progrès vienne des efforts de développement menés par l’État, il peut finir par être stimulé par le lobbying d’un secteur privé et d’une société civile de plus en plus dynamiques, qui, malgré la corruption, feront pression pour que l’État et les marchés fonctionnent mieux.

Apprendre à vivre « au bord du chaos »

Ainsi et bien que la lutte contre les faiblesses structurelles demeure une priorité, il est plus probable que les progrès proviendront de l’amélioration du fonctionnement de la démocratie. Sur le front des réformes, l’ordre du jour prévoit de repenser les règles de l’ordre démocratique (partage du pouvoir entre la présidence et le Parlement, financement politique, méthodes pour les élections locales, le niveau d’autonomisation et de participation de la société civile (en particulier, dans les systèmes horizontaux de responsabilisation), et le renforcement des agences indépendantes de régulation. Une telle amélioration réduira la prédation du marché et le risque politique, générant des gains ascendants même en l’absence de politiques industrielles dirigées par l’État, souligne l’ARI.

Le rôle de la communauté internationale, en particulier de l’UE et des IFI, sera encore plus important à l’avenir pour stabiliser la Tunisie. Les financements extérieurs ont commencé à s’assécher et il y a un certain niveau de “lassitude tunisienne” au sein de la communauté internationale. Mais plutôt que de se concentrer uniquement sur le financement, la Tunisie a avant tout besoin d’un point d’ancrage extérieur crédible qui l’aide à moderniser ses systèmes de concurrence, d’innovation, de commerce et d’investissement de manière à inciter ses entreprises locales à devenir compétitives au niveau mondial afin de bénéficier plus pleinement du grand marché européen voisin. De même, l’amélioration de la sécurité régionale en Libye et en Algérie contribuera grandement à réduire les risques pour la sécurité et à améliorer le climat des affaires.

Enfin, la question de savoir si la Tunisie sera en mesure d’échapper à une crise macroéconomique reste très incertaine. Qu’une crise survienne ou que la Tunisie soit obligée d’apprendre à vivre les prochaines années “au bord du chaos”, le plus important déterminant à long terme du succès sera de savoir si la Tunisie a ce qu’il faut pour résister aux tares des démocraties contemporaines, à savoir le copinage enraciné et le populisme destructif. Les deux bêtes sont déjà en train de montrer leurs horribles têtes. Les élections en Tunisie et leur déroulement sont en soi un signe de progrès. Ces progrès doivent être salués. Mais la tâche difficile de gouverner ne fait que commencer, pronostique le think tank ARI.

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Il est dans la littérature des élections présidentielles presque partout dans le monde que les candidats malheureux soient prompts à contester le résultat du scrutin, généralement avec force protestations et beaucoup moins d’arguments. Le premier tour de la Présidentielle en Tunisie n’a pas dérogé à cet usage, inauguré à ses dépens il y a cinq ans par Moncef Marzouki par pas moins de huit recours.

Les Tunisiens se retrouvent en face du même scénario, mais aux retombées beaucoup plus délétères, pouvant même faire peser des menaces d’invalidation du résultat national du premier tour de l’élection présidentielle du 15 septembre. Ils seront fixés sur son issue, demain lundi 23 septembre, quand la Cour administrative d’appel aura rendu son arrêt concernant les recours formés contre les résultats préliminaires de la Présidentielle anticipée, dont l’examen a été achevé samedi, de même que les plaidoiries des avocats des parties ayant intenté les recours et ceux des candidats objets des recours et qui figurent en tête du classement, nommément Kais Saied et Nabil Karoui.

Les moyens de fait et de droit invoqués portent, à titre principal, sur «  les tentatives d’influencer les électeurs à travers les réseaux sociaux et les médias audiovisuels ainsi que la rupture du principe d’égalité des chances entre les candidats », comme détaillés par le responsable de l’Unité de communication au Tribunal Administratif. Mais l’avocate de l’ISIE qui affirme que cette dernière « se tient à égale distance de tous les candidats et veille à l’application de la loi électorale », y ajoute au rang des griefs « la publicité politique et son utilisation, par les candidats des chaînes de télévision en dehors du temps d’antenne qui leur sont accordé, fixé en vertu d’une décision conjointe entre l’ISIE et la HAICA ».

La volonté de l’électeur est-elle indemne ?

Il est de la toute première importance de relever et de souligner cette déclaration de l’avocate qui affirme, déjà, que « ces infractions n’ont pas été jusqu’à influencer la volonté de l’électeur ». Sera-t-elle suivie par les magistrats qui, ce faisant, débouteraient les candidats Seifeddine Makhlouf, Abdelkrim Zbidi, Slim Riahi, Neji Jelloul, Hatem Boulabiar et Youssef Chahed ? En l’état actuel du processus, il n’ya pas lieu de jurer de quoi que ce soit. Bornons-nous à noter que la polémique n’a de cesse d’enfler depuis qu’un certain dimanche 15 septembre 2019 au soir, le juge administratif Ahmed Souab avait estimé que « la possibilité existe de faire tomber le candidat Nabil Karoui, si l’ISIE, la Cour des Comptes et le Tribunal Administratif arrivent à conclure et juger que l’action de la chaîne Nessma TV en faveur du candidat Karoui durant sa campagne électorale, est un financement pécuniaire de cette campagne, ce qui est formellement interdit ».

Concédons que ce cas de l’espèce est tout à fait inédit en Tunisie et rare ailleurs, particulièrement en Europe où la question centrale tient au fondement juridique de l’annulation des résultats des élections         dont le principe ne peut valoir que lorsque les infractions commises ont eu une incidence sur les résultats globaux (attribution des mandats). Dans l’ensemble, les juristes constitutionnalistes estiment que « la circonstance qu’une ou plusieurs irrégularités ou manœuvres aient été commises ne conduit pas automatiquement à l’annulation de l’élection » Et l’on se remet au juge qui aura alors tout loisir d’apprécier, au cas par cas, si la sincérité du scrutin a pu être affectée. Et pour ce faire,         il s’appuie sur la gravité, l’ampleur et les répercussions potentielles de ces irrégularités avec l’écart des voix.

Le primat de la sincérité du scrutin

Dans la jurisprudence y afférente et plus encore les débats auxquels elle donne lieu, émerge l’idée que lorsque, au regard de l’écart des voix, de la nature et de l’ampleur de la manœuvre, de l’irrégularité ou de l’abus de propagande en cause, le magistrat estime que la sincérité du scrutin a été viciée, il annule en principe l’élection. Mais il y a aussi la probabilité que la justice administrative penche vers l’annulation partielle de l’élection, cas plus fréquent dès lors qu’il s’agit d’élections législatives ou municipales dans un scrutin de liste à la proportionnelle, avec répartition suivant la règle de la plus forte moyenne.

Le prétoire administratif tunisien n’ayant connu qu’en une seule occasion d’affaires de contentieux électoral suite à huit recours introduit par le candidat Moncef Marzoui au second tour de la Présidentielle de 2014, on ne pourra pas parler de jurisprudence établie. D’ailleurs, tous les recours formés alors ont été jugés irrecevables dans le fond et la forme, leur auteur ayant été soupçonné d’avoir saisi la justice par pur « esprit de malice et de chicane ».Qu’en serait-il des recours de 2019 ?

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Le premier tour de l’élection présidentielle en Tunisie peine à livrer ses secrets et les vrais raisons qui ont fondé les votants à porter leur choix sur deux candidats, le professeur de Droit constitutionnel, Kais Saied, et le publiciste Nabil Karoui, que la presse internationale présente sous les traits de parfaits inconnus. Il est vrai qu’ils étaient embusqués quelque part, mais ils n’ont jamais fait mystère de leurs ambitions présidentielles, et sont, au demeurant, soupçonnés d’y travailler en tissant leurs toiles à la sourdine.

La surprise a été d’autant plus retentissante venant de deux politiciens irrévélés. Et à une enseigne telle que “Saied ni Karoui n’appartiennent pas à l’establishment, ni ne sont proches de l’armée ou même des syndicats ouvriers forts”, fait remarquer le quotidien britannique « The Independent ». Il n’en note pas moins qu’ils ont réussi à éliminer des politiciens poids lourds qui étaient liés soit à l’ancien régime, soit aux islamistes, y compris le chef du gouvernement sortant, deux de ses prédécesseurs, le ministre de la Défense et un ancien président de la République.

Saied est un « conservateur social qui a cherché à faire cause commune avec les jeunes tunisiens qui font pression pour le changement. Plus curieusement, les électeurs ont soutenu Karoui, un homme d’affaires controversé qui est enfermé dans une cellule de prison pour évasion fiscale et et blanchiment d’argent ». Les deux candidats ont prouvé que mener de grandes campagnes traditionnelles pour gagner des voix dans le monde arabe n’est plus d’actualité. Le message du peuple était fort et clair : ils veulent du changement.

Le nouveau “soulèvement politique” en Tunisie érode les espoirs de l’Ennahdha (le plus grand mouvement islamiste) et des fanatiques laïques post-révolutionnaires, tout en fixant de nouvelles règles pour le jeu politique.

Deux populismes antinomiques

Surtout, Saïed et Karoui représentent deux formes de populisme presque diamétralement opposées, estime, pour sa part, le think tank « Brooking Institution ». La vocation intellectuelle de Saïed et son programme de “pouvoir au peuple” attirent une foule plus jeune et plus instruite, en particulier les révolutionnaires désabusés. En effet, les sondages de Sigma Conseil suggèrent qu’il a obtenu de meilleurs résultats parmi les personnes ayant un diplôme d’études universitaires et les jeunes qui votent pour la première fois. Karoui, en revanche, obtient de bons résultats parmi les anciens électeurs de Nidaa Tounes ainsi que parmi les électeurs pauvres et ruraux, en particulier ceux qui ont bénéficié de son programme de charité. Selon les sondages, Karoui a gagné près de 41 % des électeurs n’ayant pas reçu d’éducation formelle, et 30 % des électeurs n’ayant reçu qu’une éducation primaire, ajoute le think tank.

Bien que les résultats des élections soient un bouleversement majeur pour l’establishment, ils fournissent également des leçons importantes pour l’avenir. L’établissement avait été considérablement divisé créant ainsi une occasion pour deux candidats qui ne s’en réclament pas d’arracher les deux places du second tour.

Mais la plus grande surprise de cette élection a peut-être été la mauvaise performance d’Ennahdha, le parti islamiste qui a joué un rôle dans chaque gouvernement élu depuis la révolution de 2011. Les observateurs spéculaient régulièrement que la machine électorale d’Ennahdha pouvait régulièrement générer de 20 à 30 % de l’électorat, mais son candidat, Abdelfattah Mourou, n’en a recueilli que 11 % dimanche. Si leur piètre performance se répète lors des élections législatives, et si leurs dirigeants décident que leurs nombreux consensus et compromis sur le rôle de la religion et sur les objectifs de la révolution sont à blâmer, cette défaite pourrait avoir des implications majeures sur la façon dont le parti se positionne pour l’avenir, prévoit The Independent.

Une nouvelle élite politique arabe !

L’élection présidentielle tunisienne s’inscrit dans un nouveau mouvement majeur qui secoue les régimes arabes stagnants. Les gens du Moyen-Orient semblent prêts à s’offrir une toute nouvelle élite politique. Il peut y avoir un manque d’expérience pour diriger l’État, mais les gens se concentrent sur de nouveaux visages et de nouveaux agendas, relève The Independent.

Les généraux complaisants et les islamistes ont été enfermés dans leur ballet mutuel pendant si longtemps que la deuxième vague du printemps arabe est passée presque inaperçue. Ils sont incapables de comprendre ou d’aborder les changements profonds mais silencieux qui commencent à définir les sociétés arabes.

En 2018, les indépendants ont dominé les élections municipales tunisiennes. Cela a ouvert la voie à un nouveau style de politique non partisane au pays. Aujourd’hui, on a deux politiciens relativement inconnus au second tour des élections présidentielles, et plus encore, il est probable qu’un groupe similaire de politiciens obtiendra de bons résultats lors des élections législatives prévues le mois prochain.

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On n’a pas fini de gloser sur l’énigmatique ascension du professeur de Droit constitutionnel, Kais Saied, couronnée d’un confortable accès au second tour de l’élection présidentielle, plus est en ballotage favorable face à son concurrent Nabil Karoui. On a peine à trouver une grille de lecture qui permette de décrypter et le personnage, et le projet qu’il porte réellement depuis qu’il trône sur les sondages puis aux premières loges d’un scrutin où les grosses pointures n’étaient pas du petit nombre.

On ne pourra pas s’excepter de citer au rang de ses atouts une probité que l’on dit à toute épreuve et à tous crins. Mais cela ne suffit pas pour faire un présidentiable, probablement un président, presque surgi de nulle part, sans parti politique, une machine nécessaire pour accéder à la magistrature suprême, ni un trésor de guerre, le candidat ayant refusé même le moindre financement public auquel il avait pourtant droit, encore moins une camarilla d’hommes d’affaires ou autres argentiers qui verraient en lui « l’oiseau rare ».

Antisystème devant l’Eternel, Kais Saied, avait indiscutablement d’autres ressorts, et il est en train d’apparaître quelques indices renseignant sur un réservoir de jeunes, dynamiques, dévoués, ayant beaucoup d’imagination, qui ont été une clé de succès majeure dans cette saga, car c’en est une. Leur concours serait décisif alors les bureaux de vote, en ce dimanche 15 septembre dans l’après-midi, étaient peu fréquentés, voire déserts, incitant le président de l’ISIE, Nabil Baffoun, à lancer un pathétique appel de dernière minute aux jeunes électeurs. « Les jeunes Tunisiens ont encore une heure pour voter », a-t-il dit peu avant la fermeture des bureaux de vote. « Nous devons quitter nos maisons et voter ; c’est un droit que nous avons conquis de la révolution de 2011 qui a coûté des vies ».

Pour de nombreux jeunes électeurs, ce sont la révolution, l’absence de progrès et le sentiment de désillusion qui se sont accumulés depuis lors qui les ont empêchés de se rendre aux urnes, ont-ils dit à Middle East Eye (MEE). «  Je ne vais pas voter. La révolution tunisienne a été la plus grosse erreur jamais commise”, a déclaré l’un d’eux. Mais d’autres ont dit à MEE que c’est précisément ce désenchantement qui les a amenés à voter pour Kais Saied, un professeur de droit de 61 ans sans expérience politique qui a mené une campagne presque introuvable.

Le « candidat des étudiants ».

Un gros coup de pouce pour Saied semble avoir été donné par les jeunes Tunisiens. Un sondage réalisé par Sigma Conseil a révélé que 37 % des électeurs âgés de 18 à 25 ans et 20,3 % de 26 à 45 ans lui ont donné leurs suffrages, tandis que les électeurs plus âgés ont préféré Nabil Karoui.

« Kais Saied est le candidat des étudiants “, a déclaré Hatem Milki, porte-parole de Nabil Karoui, à MEE à propos du rival du candidat de « Qalb Tounès ». « Il a l’image du professeur préféré. Ils ne sont pas nécessairement plus conservateurs, mais les électeurs entre 18 et 25 ans ont une attitude différente vis-à-vis de l’Etat, contrairement à leurs parents, ils ne voient pas l’Etat comme quelque chose de fonctionnel ».

Une journaliste de 26 ans, a déclaré que Saied devait sa victoire au “système”. Davantage de jeunes auraient voté pour le candidat de gauche Mohamed Abbou, a-t-elle dit, n’eût-été la campagne de dernière minute lancée contre lui par les partisans du régime déchu. « Un jour avant les élections, ils ont orchestré une campagne de diffamation massive sur Facebook contre Mohamed Abbou, un combattant de la corruption politique. Sa popularité croissante parmi les jeunes les terrifiait “, dit-elle.

Un chantre de la lutte anti-corruption

Le co-fondateur du mouvement « 3ich Tounsi » qui participe aux élections législatives, et responsable du département de recherche du groupe, cité par MEE, a déclaré que pour de nombreux jeunes électeurs, Saied incarnait leurs plus grandes préoccupations concernant le statu quo.

“Les jeunes ont le sentiment que nous ne pouvons plus nous permettre la corruption politique endémique et les privilèges des politiciens en place”, a-t-il dit. “Kais Saied représente le meilleur des deux mondes : un néophyte politique et un professeur de droit expérimenté imbu de valeurs traditionnelles.”

Le mot de la fin, c’est une étudiante de 19 ans qui l’a débité. Elle affirme avoir dressé une liste de ses trois meilleurs candidats : Abbou, Abdelfattah Mourou, candidat du parti Ennahdha, et Saied, une liste qu’elle avait ensuite expurgée. « Kais Saied était celui qui restait ». « J’étudie à la a faculté où il enseignait. Il est neutre, indépendant et plus fiable que les autres.”

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L’ISIE vient de le décréter, ce sont les candidats Kais Saied et Nabil Karoui qui vont se retrouver au second tour de l’élection présidentielle. Les dès sont ainsi jetés pour les 24 autres postulants et plus encore pour celui du mouvement Ennahdha, Abdelfattah Mourou, qui s’était accroché à l’improbable espoir d’un recomptage des voix auquel, d’ailleurs, l’ISIE a mis davantage de temps que prévu avant de proclamer officiellement les résultats du premier tour de ce scrutin stupéfiant par son issue et fâcheux par ses retombées.

Tout bien considéré, cette Présidentielle a sa dramaturgie qui tient d’abord à son calendrier qui a pris de court tout le monde et bouleversé les plans des états-majors de tous les partis, happés par le temps et désorientés par le subit chamboulement des priorités. Saied et Karoui entendaient autrement cet avatar, le premier en se lançant dans cette course compliquée avec des idées sommaires, et à peu près sans le sou si ce n’est quelques emprunts pour de menus frais. Le second, qui s’y préparait depuis un bail, n’avait eu qu’à mettre en branle sa machine convertie de société de bienfaisance en dispositif électoral sophistiqué adossé à une chaîne de télévision dédiée.

Deux prétendants perspicaces

Deux prétendants qui se sont lancés à l’assaut d’une forteresse réputée inexpugnable, l’establishment dont est issu immanquablement tout le personnel politique de quelque bord puisse-t-il se réclamer. Sans doute étaient-ils plus perspicaces que d’autres pour avoir détecté dans toute son étendue le ressenti de l’électorat et être allés au devant des attentes de franges insoupçonnées de la population négligées par un échiquier politique occupé à s’étriper et à intriguer. Kais Saied surtout, a compris que les Tunisiens qui avaient «  fait une révolution dans un cadre légal », « veulent quelque chose de nouveau… une nouvelle pensée politique ». Au vu du résultat du premier tour,         ce candidat, sous des dehors de néophyte politique, tenait la recette pour damer le pion à ses concurrents, pour la plupart blanchis sous le harnais, en évitant les partis politiques et les rassemblements de masse avant le vote, choisissant plutôt de faire du porte-à-porte pour expliquer sa politique.

La simplicité de sa campagne a peut-être aussi renforcé sa crédibilité en tant que quelqu’un qui est engagé dans une croisade contre la corruption, qui, de l’avis de nombreux Tunisiens, a entravé leur transition vers la démocratie. « Saied a un certain attrait, en particulier pour les jeunes désabusés qui croient que la révolution a été détournée par des partis politiques corrompus “, a déclaré Sharan Grewal, chercheur à la Brookings Institution ». « Il leur offre une réforme très technique mais structurelle : la décentralisation du pouvoir, habilitant les gens à contrôler l’élite », a-t-il expliqué cité par Middle East Eye

Infatigable pèlerin

Saied aura à en découdre au second tour avec un candidat antisystème comme lui. Nabil Karoui, un magnat de la télévision reconverti en politique après un passage par la case philanthropie qui lui a valu l’empathie et l’adhésion des laissés-pour-compte pour la satisfaction des besoins desquels il a pris son bâton de pèlerin en sillonnant le pays dont il écumait les coins les plus reculés. Une charité bien médiatisée, toutefois, et pour laquelle il était accusé de « faire commerce de la misère des gens ».

Le fait est que ses oboles ont fait pleurer dans les chaumières, le célébrant comme le bon samaritain que l’Etat n’a pas réussi à l’être. Et cela a fondé Nabil Karoui à en tirer les dividendes sous la forme de suffrages et d’un plébiscite qu’il va devoir mettre en jeu face à son rival Kais Saied. Deux figures auxquelles on doit la déconfiture électorale d’un establishment fait de partis et de forces politiques qui ont fait la pluie et le beau temps, des lustres durant, mais qui finissent dans une bérézina à nulle autre pareille.

Quel que soit le vainqueur du second tour, forcément un antisystème, c’est une autre page qui va s’ouvrir pour les Tunisiens déjà habités par des tourments de différents ordres et auxquels les régimes et les gouvernements successifs étaient toujours en peine d’apporter même un début de solution.

Peu rompu à la politique, encore moins à la gestion de la chose publique et des rouages de l’Etat, surtout dans une conjoncture des plus difficiles pour ne pas dire désastreuses, celui qui remportera le scrutin présidentiel, ne devrait pas, dans tous les cas de figure, être en mesure de faire voir aux Tunisiens le bout de tunnel. Les minuscules prérogatives qui lui reconnaît la Constitution ne le permettent pas. D’aucuns parlent d’énormes incertitudes, d’autres carrément de saut dans l’inconnu.

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Bochra Belhaj Hmida a adressé , mercredi 11 septembre, un message d’une rare virulence au directeur exécutif de Nidaâ Tounès, Hafedh Caid Essebsi, l’accusant d’avoir “exténué les Tunisiens et beaucoup nui au pays”, ajoutant que “les portes de l’enfer se sont ouverts à Nidaâ ” dès le premier jour où HCE y a mis les pieds.
” Vous parlez de ceux qui ont trahi feu président Béji Caid Essebsi, alors même que vous êtes le seul et l’unique à l’avoir trahi”, a-t- elle dit à son adresse.

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De toute évidence, le sort de l’élection présidentielle ne se jouait pas lors du Grand débat télévisé du 7 septembre. Loin s’en faut, dès lors qu’il s’agissait pour la première fournée de candidats en lice de se prêter au jeu des questions/réponses d’autant plus aseptisé qu’il excluait la moindre confrontation entre les 8 protagonistes. L’absence de journalistes pugnaces a fait le reste.

Du coup, on s’est retrouvé         condamné à suivre une sorte de remake d’un concours où il était demandé aux postulants de répondre à des questions convenues et préparées à l’avance, le plus souvent par des laïus faits de lieux communs, de généralités confinant à de futiles platitudes, sans aucun intérêt pour la pertinence de la cause ni pour la compréhension du citoyen. Il est vrai aussi que les deux modérateurs de service, ligotés par le format choisi, on fait sentir à tout bout de champ et aussi rudement qu’ils le pouvaient la dictature du chronomètre. Les candidats, réduits au rôle de récitateurs de poncifs appris presque par cœur, ne se sont pas fait faute de faire de ce « Grand débat » un exercice fastidieux, languissant et inexpressif. En tout cas, il lui manquait cruellement cette force de conviction inhérente à la confrontation, aux passes d’armes et aux échanges d’arguments.

Mais en faisant le choix d’organiser cette série de trois débats, ses promoteurs pensaient certainement à bon droit que de semblables plateaux sont indispensables pour procurer au citoyen l’opportunité de juger les propositions de ses futurs représentants, et surtout de pouvoir juger du fond à la lumière de clés et d’une grille de lecture qui permettent d’estimer la pertinence et la cohérence des programmes. On ne pourra que déplorer que ce ne fût pas le cas, même si on peut avoir la faiblesse de penser que les protagonistes du 2ème et du 3ème grand débat, ce dimanche et lundi, tenteront de faire oublier les contreperformances du premier peloton.

Au demeurant, si ce premier débat a fini en eau de boudin, c’est aussi que parce que les candidats n’étaient pas appelés à répondre aux mêmes questions, ce qui aurait permis de souligner bien des clivages et de mettre en relief la variété des approches des uns et des autres et donné en fin de compte au citoyen la latitude de se reconnaître dans celles qui répondent le mieux à ses attentes. Dans tous les cas de figure, ce débat était davantage de nature à conforter l’idée que l’on se faisait de tel ou tel plutôt que de les départager. Ce sera indubitablement au second tour de l’élection présidentielle lorsque les deux ultimes concurrents entreront dans le vif du sujet et joueront leur dernière carte.

L’économie, grand absent !

Ce grand débat a manifestement péché par une variété de tares, mais la plus déterminante a été le champ des sujets abordés et des questions s’y rapportant. Ils n’étaient nullement en prise directe sur les préoccupations du Tunisien, ses soucis quotidiens et de toujours qui ressortissent en tout premier lieu au volet économique de son existence. Entendons par là l’inflation, le chômage, la précarité, entre autres, qui sont des tourments de tous les jours et auxquels les gouvernements successifs et plus encore les présidents de la République depuis 2011 n’ont jamais réussi à apporter des réponses. Les passer ainsi sous silence, c’est passer littéralement à côté de la plaque, et administrer la preuve irréfragable que la hiérarchie des priorités de ceux sollicitent les suffrages des Tunisiens n’a aucune mesure avec celle de la Nation.

Etait-ce réellement nécessaire de gloser sur les prérogatives régaliennes du prochain président de la République et sur d’autres attributions de divers ordres, toutes de presque nul effet sur le quotidien du citoyen ? N’aurait-il pas été préférable que les auteurs des questions aient été plus avisés d’interpeller les candidats à la charge présidentielle sur ce qui touche au vécu du citoyen ? D’autant que le taux de chômage s’établit à 15,3 %, en hausse par rapport à 2010, l’année précédant la révolution tunisienne, et que, chaque mois, le coût de la vie augmente alors que la monnaie, le dinar tunisien, peine à suivre le rythme.

“La plupart des promesses [des candidats] sont assez vagues “, a déclaré Sarah Yerkes, membre du programme Carnegie Middle East, au site National. “Beaucoup de partis semblent proposer une sorte de plate-forme générique pour améliorer l’économie et atteindre les jeunes, mais peu ont des idées claires sur la façon de le faire », ajoute-t-elle dans des déclarations au National qui a fait judicieusement remarquer que , au cours d’un débat auquel ont participé Abdelfattah Mourou, candidat du parti islamiste modéré Ennahdha et l’ancien président Moncef Marzouki, tous deux septuagénaires, il est apparu que le nouveau format allait probablement fonctionner plus favorablement pour les candidats les plus jeunes et les plus avisés.

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C’est peu dire que l’élection présidentielle va se tenir dans un mouchoir de poche. Il s’y engouffre une dose d’impondérable si sibylline que bien des candidats ne seraient pas dans leur tort         de se voir déjà au palais de Carthage, en fait, une escouade de six ou sept postulants qui sillonnent le pays à la pêche des voix, soutenus par des machines inégalement puissantes et rodées. Un aréopage qui se recrute, à titre principal, de l’establishment en place, comme le chef du gouvernement, Youssef Chahed, ou le ministre de la Défense, Abdelkrim Zbidi. Auxquels viennent s’ajouter un ex président de la République, malheureux candidat au scrutin de 2014, Moncef Marzouki, et deux anciens chefs de gouvernement, Hamadi Jebali et Mehdi Jomaâ.

Surtout, au rang des vingt-six candidats, deux font l’objet de poursuites pénales, relève le site Atlantic Council qui s’attend à une Présidentielle constitutive de tournant politique. Slim Riahi, un homme d’affaires autodidacte et Nabil Karoui, un propriétaire de chaîne de télévision populaire. Alors que le premier a déposé sa candidature de l’étranger pour éviter un mandat d’arrêt en Tunisie, le second a été arrêté la semaine dernière en pleine polémique sur l’exécution d’un mandat de dépôt après avoir été accusé de blanchiment d’argent et de fraude fiscale début juillet. Il doit poursuivre sa campagne pour l’élection présidentielle depuis sa cellule, affirme Atlantic Council.

L’impossible quête d’un fédérateur

Dans la tourmente, fait remarquer le site, le parti islamiste Ennhadha a désigné son vice-président Abdelfatteh Mourou, un avocat qui officie actuellement comme président par intérim du Parlement, pour être son candidat à la présidence. L’intention première du parti islamique était de chercher un candidat à l’extérieur du parti, mais les options étaient limitées et les négociations de dernière minute avec le chef du gouvernement Youssef Chahed se sont ensablées.

Une fois de plus, les partis laïcistes et sociaux-démocrates sont restés fragmentés et ne sont pas parvenus à un consensus sur un candidat convenu. Cela fera perdre de l’énergie et des ressources pour tant de prétendants à la présidence. Les appels de la société civile et de l’élite intellectuelle aux candidats démocratiques à l’élection présidentielle pour leur retrait “au profit du candidat fédérateur le mieux placé” restent sans réponse.

Mais il y a aussi une deuxième ligne de candidats. Elle est composée dans une large mesure de populaires démocrates qui contestent l’ancien système. Ce pluralisme apparent est anormal car il est assimilé à l’absence de leadership dans le paysage politique, à l’absence de politiques clairement définies au sein des groupes politiques et à la faiblesse des institutions représentatives. Elle n’implique pas l’engagement de respecter pleinement les valeurs de la démocratie sans tenter d’imposer une hégémonie politique et économique, souligne Atlantic Council.

Paranoïa politique

Le décès subit         de feu le président Béji Caïd Essebssi a clairement perturbé les calculs et les plans des partis. Le nouveau calendrier électoral laisse très peu de temps et d’espace aux candidats pour développer leur programme et même leur stratégie de communication. Certains d’entre eux n’en ont pas moins rapidement réussi à concocter une approche électorale en essayant de faire comprendre à un électorat très hésitant qu’ils pourraient changer leur vie. Mais alors, comment les électeurs vont-ils comparer et juger tous ces candidats ? Il est difficile de passer de l’image des candidats à la substance de la campagne.

En fait, le choix des électeurs va être influencé par deux autres éléments opposés : la volonté de revendiquer l’héritage de la présidence de BCE sur des questions spécifiques, y compris les droits des femmes contre la capacité à remettre en cause les craintes et les attentes des citoyens.

Mais il y a deux points à retenir, selon Atlantic Council. Aucun des candidats sérieux n’est prêt à changer le mode de scrutin s’il ne se tourne pas vers ses électeurs au lieu de faire des précampagnes pour le soutien des médias et des syndicats. Les résultats de la prochaine élection présidentielle pourraient également modifier l’éventail politique pour les élections législatives à venir. Au cours des huit dernières années, la paranoïa politique a été la règle, conduisant l’opinion publique à discréditer les politiciens et les partis politiques. Il y a des raisons de croire que la prochaine élection présidentielle apportera une nouvelle génération d’électeurs, en particulier parmi les jeunes, qui sont impatients face à la corruption et à une politique inefficace, conclut Atlantic Council.

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Il n’est pas souvent donnée de prendre le pouls des patrons et des investisseurs en des occurrences qui sont, à bien des égards, déterminantes pour l’ordonnance de l’économie et de la société. L’épisode électoral qui meuble l’actualité en Tunisie avec d’abord le scrutin présidentiel puis les Législatives est venu à point nommé pour poser 5 questions au titre d’un sondage réalisé pour le compte de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat sur les choix économiques à opérer, le rôle économique et social du président de la République, l’entreprenariat et les formalités et procédures administratives, regardées comme un handicap à la libération de l’initiative et la fluidité de l’activité économique et financière.

Quel président et quelle priorité ?

Le premier enjeu tient au choix par les Tunisiens d’une « seule mesure prioritaire » dont ils pensent qu’elle a vocation à restaurer la confiance et relancer le développement. A hauteur de 28%, la réponse a été la libéralisation de l’économie, et dans une moindre mesure (24%) la réforme de l’école et de la santé 24%, puis en 3ème position (20%) une caisse d’allocations directes aux plus démunis 20%. Agglomérées, ces propositions économiques et sociales représentent 72% des réponses. La modernisation de l’administration est choisie en 4ème lieu avec 12%, et le référendum sur le changement de régime en dernier avec 11%. La mesure prioritaire de libération de l’économie comprend notamment des baisses de taxes, taux de douane, amnisties et créations de zones franches. Les réponses à cette première question démontrent la forte attente économique de nos concitoyens, notent les sondeurs.

Dans semblable configuration quel devra être le rôle du président de la République, nonobstant les différentes interprétations de la Constitution ? La réponse est sans appel ni nuance : le chef de l’Etat est investi d’un rôle majeur pour assure le sauvetage économique et social du pays. Pour ce faire, il lui est commandé par 70% des sondés d’échafauder un programme économique et social alors que seulement 22% sont d’un avis contraire au motif que les attributions qui sont celles du président de la République se limitent à la diplomatie et à la défense.

L’entreprenariat en vedette

Au rebours de ce qui est communément admis ayant sculpté l’état d’esprit ayant a prévalu dans le pays voici quelques années, le parcours entrepreneurial devient aujourd’hui le parcours plébiscité des Tunisiennes et des Tunisiens. En effet, à la question « si vous aviez le choix, quel type d’emploi choisiriez- vous », être patron de ma propre petite et moyenne entreprise est retenu en premier à hauteur de 43%, et travailler dans l’administration ou une entreprise publique à hauteur de 23%. Il s’agit d’un changement de paradigme, encore plus révélateur chez les 18 à 35 ans, que l’UTICA compte soutenir en promouvant des mesures d’inclusion entrepreneuriale.

Le parcours entrepreneurial est même plébiscité comme ambition nationale. 78% des Tunisiens soutiennent l’ambition nationale suivante : au moins un entrepreneur dans chaque famille tunisienne d’ici 10 ans. L’UTICA pense que l’inclusion entrepreneuriale est non seulement possible, souhaitable mais nécessaire. Elle sera à la portée pour peu que soit libéré l’accès au marché national et étranger, notamment par une diplomatie économique active, en libérant l’accès au crédit, en permettant l’immersion sectorielle des jeunes par des stages, en réformant l’école, l’université et la formation professionnelle, en simplifiant les lois et procédures et en misant sur l’auto-entrepreneuriat. L’UTICA marque son engagement à développer l’essaimage, le coaching et le mentoring.

Enfin, le Tunisien souhaite également un choc de simplification du corpus législatif et règlementaire. 58% des répondants pensent que « nous avons beaucoup de lois anciennes et illogiques qui nous retardent et nous empêchent d’avancer, qu’il faut donc supprimer et simplifier beaucoup de lois puis appliquer ce qui reste avec fermeté pour recréer la confiance ».

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L’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) a annoncé, samedi, la liste définitive des 26 candidats à l’élection présidentielle anticipée programmée pour le 15 septembre prochain.
L’ISIE a publié sur sa page officielle sur le réseau social Facebook un exemplaire du bulletin de vote pour l’élection présidentielle, leur classement, leurs noms et leurs photos.
Lors d’une conférence de presse ce samedi, le président de l’ISIE, Nabil Baffoun a indiqué que le conseil de l’instance réuni aujourd’hui après l’expiration des délais de retrait des candidatures, a examiné les dossiers complets des candidats et les jugements rendus hier par le Tribunal administratif avant d’annoncer la liste définitive.
Le conseil de l’ISIE a publié une décision comportant un seul article sur la liste des candidats à l’élection présidentielle devant paraître au JORT et mis en application à partir d’aujourd’hui.
La campagne électorale à l’étranger démarre ce samedi et est programmée à partir du 2 septembre jusqu’au 13 à l’intérieur du pays.
Concernant les candidats Slim Riahi et Nabil Karoui dont les noms figurent sur la liste et qui font l’objet d’une affaire pendante devant la justice, Baffoun a expliqué que les deux candidats ont le droit de participer à la course électorale tant qu’aucun jugement n’a été rendu à leur encontre.
Voici la liste définitive des candidats validés par l’ISIE:
– Monji Rahoui
– Mohamed Abbou
– Abir Moussi
– Nabil Karoui
– Mohamed Lotfi Mraihi
– Mehdi Jemâa
– Hamadi Jebali
– Hamma Hammami
– Mohamed Moncef Marzouki
– Abdelkarim zbidi
– Mohsen Marzouk
– Mohamed Sghaier Nouri
– Mohamed Hechmi Hamdi
– Abdelfattah Mourou
– Omar Mansour
– Youssef Chahed
– Kais Saïd
– Elyes Fakhfakh
– Slim Riahi
– Salma Elloumi
– Saïd Aïdi
– Ahmed Safi Said
– Neji Jalloul
– Hatem Boulabiar
– Abid Briki
– Seifeddine Makhlouf

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Ce samedi, il est prévu des nuages localement abondants avec pluies isolées sur le nord et le centre, ces pluies seront temporairement orageuses et localement intenses l’après-midi sur le nord et le centre-ouest.
Des chutes de grêle par endroits.
Vent de secteur Nord sur le nord et de secteur Est sur le centre et le sud, faible à modéré de 15 à 30 km/h puis se renforçant relativement en fin de journée sur le Sud et dépassant temporairement 80 km/h sous orages .
Mer peu agitée à agitée dans le Golfe de Gabes..
Températures maximales comprises entre 28 et 33°C sur le nord, les hauteurs et les régions côtières, entre 33 et 37°C ailleurs et atteignant 39°C sur l’extrême sud.
Demain dimanche, des passages nuageux seront parfois abondants sur le nord et le centre avec pluies isolées .
Vent de secteur Nord sur le nord et de secteur Est sur le centre et le sud, faible à modéré .
Mer peu agitée .
Températures maximales comprises entre 28 et 32°C sur le nord et les hauteurs, entre 32 et 36°C ailleurs et atteignant localement 38°C sur l’extrême sud.

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La douane tunisienne a affirmé, vendredi, que Hafedh Caid Essebsi, a été soumis, à son arrivée à l’aéroport Tunis Carthage, en provenance de Qatar, à une fouille suite à des renseignement sur l’importation illégale par le voyageur d’une importante somme d’argent en devises.
Dans son communiqué, la douane a souligné que la fouille du président de la commission centrale et représentant juridique du parti ” Nidaa Tounes ” Hafedh Caid Essebsi, s’est déroulée d’une manière routinière et discrète et dans le respect du voyageur et de ses droits.
L’opération s’est déroulée sous la supervision directe de l’officier responsable des fouilles des voyageurs, a-t-elle encore précisé.
La Douane a, par ailleurs, fait savoir que le passager a quitté dans des conditions normales, dès la fin de l’opération de fouille.
Elle a exprimé son étonnement quant à la tentative de certaines parties de ” dénaturer les faits”, appelant à tenir la Douane loin de toutes les tractations.
Caied Essebsi a dénoncé dans un post facebook, “la fouille exceptionnelle” et “le mouvais traitement” subis à son retour en Tunisie.

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Le ministère de l’Intérieur a précisé dans un communiqué , vendredi soir, qu’une unité relevant de la Direction générale de la sûreté nationale a procédé ce jour à l”interpellation de Nabil Karoui au niveau de l’autoroute Tunis-Béja en exécution d’un mandat d’amener émis par une instance de la chambre de mises en accusation.
Le ministère ajoute que l’arrestation de la personne intéressée a eu lieu après présentation du mandat d’amener à sa demande et a obtempéré aux unités de la sûreté qui ont appliqué les procédures légales en vigueur dans de pareils cas , précisant que Nabil Karoui a écroué à la prison civile de Mornaguia.

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Surgi de presque nulle part et sur lequel peu de monde aurait osé parier un kopeck, Abdelfattah Mourou, complaisamment présenté comme le numéro 2 d’Ennahdha a été finalement choisi, à l’unanimité, importe-t-il de le préciser, comme celui qui portera les couleurs du parti lors de l’élection présidentielle anticipée du 15 septembre. Le verdict est tombé mardi soir, tel un couperet mettant fin à un suspense au début duquel on apprenait que le conseil de la Choura avait pris l’option de ne pas sceller l’investiture de l’un des siens pour disputer le scrutin présidentiel, laissant la porte ouverte au soutien d’un candidat qui ne soit pas issu de ses rangs.

Le débat interne ne faisait que s’étirer et l’état-major du mouvement s’est fixé une date-butoir, renvoyant tout le monde face à l’impératif de conclure avant mardi soir, alors que les protagonistes étaient dans un mouchoir 45-44 lors du précédent conclave du conseil de la Choura. Il n’est quand même pas anodin que l’unanimité se soit vite faite de porter le choix sur quelqu’un dont on disait qu’il n’était voué à aucun haute charge au sein du parti dont il était pourtant l’un des deux fondateurs. Sans doute était-ce l’unique épilogue d’une dure épreuve à laquelle étaient confrontés tous les membres, et d’abord les militants, d’une formation politique dont la discipline est la vertu cardinale. Un parti de cadres qui fait la part belle à l’engagement militant au contraire du parti de masse qui a vocation à mobiliser un maximum d’adhérents.

La cassure a peut-être été évitée !

L’investiture de Mourou a ceci de « salutaire » qu’elle évite au mouvement Ennahdha une cassure, à tout le moins une division qui, sans rappeler ce qui arrive aux autres partis de l’échiquier politique tunisien, ne serait pas loin d’un aggiornamento qui pèsera de tout son poids sur le devenir de ce parti, d’habitude ésotérique mais auquel il est arrivé , cette fois-ci, d’étaler ses différends sur la place publique, avec la touche de pudeur qui sied à un parti islamiste. En tout cas, Mourou émerge comme un fédérateur qui aura la tâche d’arrondir les angles, raccommoder ce qui peut l’être et fixer dans le giron du parti les quelque 40 pour cent de ses membres, de jeunes militants frais émoulus, ayant rejoint Ennahdha depuis 2011 et qui, sans doute, brûlent d’en découdre avec la vieille garde.

Cette élection présidentielle anticipée au rebours des attentes des caciques d’Ennahdha déteindra-t-elle sur les Législatives où le chef du mouvement, Rached Ghannouchi, se présente dans la circonscription Tunis, et de là, briguera le perchoir de la prochaine Assemblée des représentants du peuple ? Et si c’était le cas, qu’est-ce qui pousserait Ennahdha à avoir le ventre si gros en ayant un pied au Bardo et un autre à Carthage ? Mourou a-t-il le pédigrée d’un président de la République, si peu importantes soient ses prérogatives au regard de celles d’un chef du gouvernement continuellement sous la coupe du Parlement ?

La voix de son maître !

Le fait est que le fondateur d’Ennahdha Rached Ghannouchi a estimé que le choix de Mourou comme candidat du parti est un signe de la « foi d’Ennahdha en la démocratie, la République et la révolution tunisienne », Et il ne s’est pas privé de défendre la décision de son parti de présenter un candidat à l’élection présidentielle en dépit de ses précédentes décisions contraires. Il n’en demeure pas moins que le gendre de Ghannouchi, Rafik Abdelsalam, a dénoncé publiquement comme «  un mauvais choix qui ne répond pas aux exigences de la phase actuelle », la décision d’investir Mourou pour l’élection présidentielle.

Abdelfattah Mourou aura à croiser le fer avec une aréopage de candidats qui se font annoncer au fil des jours mais dont il ne resterait pour le round final que le postulant antisystème Nabil Karoui, et Abdelfattah Mourou , selon de analystes dont l’avais a été sollicité par le site Middle East Eye. Ils expliquent que « la course finale se déroulerait très probablement entre Mourou et Karoui, en raison de l’éventuel partage des voix entre Youssef Chahed et Abdelkrim Zbidi, qui viennent du même courant politique moderniste ».

Mourou , le pragmatique !

Sharan Grewal, chercheur invité à la Brookings Institution, a décrit Mourou comme ” un leader d’une faction libérale et pragmatique ” au sein du mouvement islamique en Tunisie. Mourou a préconisé une division stricte entre le travail religieux et politique d’Ennahdha et a exprimé son soutien au choix des femmes musulmanes de marier des non-musulmans, une question controversée en Islam.

S’il devient président, cependant, son point de vue sur la politique étrangère sera le plus important. Selon la Constitution tunisienne, le mandat du président se limite à la politique étrangère, à la défense et à la sécurité nationale. Mourou a critiqué les politiques du président américain Donald Trump dans la région, en particulier la décision de déplacer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem et son soutien à Israël. Mais, selon une autre analyse, ” un président d’Ennahdha maintiendrait probablement le statu quo ” dans les relations bilatérales entre la Tunisie et les Etats-Unis ».

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Le conseil de la Choura du mouvement Ennahdha a apprové, mardi soir, à l’unanimité, l’investiture de Abdelfattaf Mourou commme candidat du parti à l’élection présidentielle anticipée, rapporte Mosaïque fm, précisant que  l’investiture de Mourou a été adoptée sans passer par le vote.

Pourtant, il avait été annoncé plus tôt que le même conseil de la Choura  a décidé de ne pas se lancer dans la bataille de l’élection présidentielle anticipée avec un candidat issu de ses rangs.

Bien plus, le président du Conseil de la Choura, Abdelkarim Harouni, a déclaré au correspondant de l’agence TAP que la décision du Conseil concernant la sélection d’un candidat à la présidentielle de son propre mouvement ou le soutien d’une personnalité en dehors du parti sera annoncée mercredi.

Il a souligné que le Conseil de la Choura n’avait pas encore abordé les noms des candidats à l’élection présidentielle, “car la discussion sur les noms intervient après la détermination de la politique du mouvement dans la désignation d’un candidat au sein du mouvement ou l’appui d’une personnalité de l’extérieur du parti”.

Commentant le nombre élevé de candidats au poste de président de la République, Harouni a appelé l’Instance Supérieure Indépendante des Elections à prendre toutes “les mesures nécessaires pour assurer le prestige du poste de président de la République, premier poste de l’Etat”.

“Je souhaite que la concurrence des candidats à cette élection soit loyale d’autant plus que cette échéance marque le transfert pacifique du pouvoir et le bon déroulement de la transition démocratique en Tunisie”, a-t-il ajouté.

Pour sa part, le responsable du mouvement, Ali Laryadh a déclaré que la difficulté du Conseil de la Choura à décider de la nomination d’une personne appartenant au mouvement pour l’élection présidentielle ou le soutien d’un candidat venu de l’extérieur constitue “une preuve de la démocratie au sein d’Ennahdha”, soulignant l’importance que le mouvement donne son avis “étant donné qu’il ne peut rester neutre sur cette question nationale”.

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