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Mohamed Lahmar

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A la cadence où s’ordonnent les consultations en vue de la formation du prochain gouvernement, il ne serait pas impertinent de soupçonner le chef du gouvernement désigné, Habib Jemli, de jouer la montre. Certes, il est encore dans les clous que lui assigne la Constitution, n’étant pas comminatoirement tenu de livrer la composition de son cabinet avant le 15 décembre, mais en se gardant de fendre la bise, il s’attire à coup sûr les foudres de bien des pans de l’échiquier politique et des organisations sociales.

S’improvisant maître de cérémonie d’un ballet où avaient défilé à Dar Edhiafa quelque 200 personnalités venues de tous les horizons, autrement dit tout le ban et l’arrière-ban, il a dilapidé un temps inestimable et beaucoup d’énergies qui auraient pu être dépensées à d’autres fins, au lieu de converser avec des interlocuteurs dont on se demande dans quelle mesure et en quoi ils peuvent faire progresser sa compréhension des choses. Sans doute aussi, le chef du gouvernement désigné ne tenait-il pas à excepter de ses entretiens exploratoires des parties qui ont rarement voix au chapitre et dont les opinions peuvent importer, en cette singulière conjoncture, dans l’élaboration d’une vision fédératrice dont le bénéfice rejaillirait sur le grand nombre.

Un composé de mauvaises occurrences

C’est imprudemment compter sans la succession de mauvaises occurrences et de défis encore plus graves auxquels le pays est instamment sommé de faire face, et dont la gestion est confiée à un gouvernement d’expédition des affaires courantes, qui n’a pas vocation à avoir prise sur l’avenir. La première de ces urgences, c’est de toute évidence le budget de l’Etat et la loi des finances pour 2020, un exercice dont on attend qu’il soit semé d’embûches, eu égard à l’état d’impréparation dans lequel se trouvent les fraîches émoulues institutions de l’Etat, tous pouvoirs confondus. Plus est, au sortir d’événements et échéances politiques qui en ont bouleversé l’ordonnance, avec de nouveaux venus, forcément néophytes, dont les rangs compteraient des exaltés qui veulent tout et tout de suite, et plus grave encore, autrement.

On en a repéré les prémices au parlement, où les interventions prennent vite les allures de joutes oratoires dont les auteurs entendent, ce faisant, marquer leur territoire dans la Représentation nationale et donner à leurs électeurs des gages de loyauté aux engagements pris. Un exercice qui se déploie sous le regard tarabusté d’un président auquel il arrive d’être le témoin de tombereaux de perfidies, le visant, et plus souvent, les siens. En tout cas, il devrait être dans l’ordre des choses parlementaires que cette législature ne sera pas un long fleuve tranquille à la faveur duquel les Tunisiens seront en état de prendre leur envol, certes tardif, vers ce à quoi ils aspiraient depuis plus d’un lustre.

Une ARP très diverse, traversée par des courants et tendances hétéroclites, par bien côtés antinomiques, où les majorités requises pour faire passer les lois seront rarement garanties. Un parlement si fragmenté que les coalitions des partis et des groupes parlementaires courent le vraisemblable risque de se faire et défaire au gré d’arrangements dictés par des intérêts eux-mêmes versatiles. Une survivance, voire un arrière-goût de cette funeste pratique du consensus qui a paralysé le pays un quinquennat durant, et qui semble avoir encore de « beaux jours » devant elle tant que demeureront en l’état ce régime politique, indéfinissable et d’un autre temps, et cette loi électorale encore plus abominable.

Numerus clausus

Le pouvoir exécutif, dans sa branche gouvernementale, n’est pas exempt des déboires et écueils qui laminent le travail législatif. Le chef du gouvernement désigné, Habib Jemli, est en train de l’apprendre à ses dépens, soumis qu’il est aux très fortes pressions qu’exercent les partis politiques, surtout le premier d’entre eux, le mouvement Ennahdha qui s’échine, pourtant, à s’en défendre.

Pour s’en convaincre, il suffirait de se référer à ce que disait son dirigeant Abdellatif Mekki qui a affirmé «  que le chef du gouvernement désigné doit interagir avec le mouvement Ennahdha quand il s’engage à faire quelque chose, ainsi qu’avec les partis lui fournissant un soutien populaire ». Un rappel à l’ordre qui toucherait, entre autres le parti Qalb Tounès, lequel, dit-il, « doit écarter toute suspicion le visant et se soumettre à la justice », si bien que « les partis mis en examen pour corruption doivent se retirer de la scène publique jusqu’à ce que leur situation soit réglée », a-t-il soutenu. Lui faisant écho, le président du conseil de la Choura, tout en convenant que “Qalb Tounes fait partie du paysage politique et possède un bloc parlementaire influent qui ne peut être exclu et avec lequel on peut interagir », a affirmé que son parti « reste toutefois attaché à sa position concernant la non participation de Qalb Tounes au prochain gouvernement ».

Sitôt dit, sitôt fait, le chef du gouvernement désigné, s’est fendu, ce mardi, d’un tweet où il annonce que Qalb Tounès ne fera pas partie du prochain gouvernement » et que « sa place est dans l’opposition ». Une annonce suivie d’un numerus clausus faisant le tri des partis qui composeront l’attelage gouvernemental, à savoir Ennahdha, Attayar, Achaab et Al-Karama, Tahya Tounès, et peut-être d’autres formations d’appoint.

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Sans donner l’impression de vouloir hâter les choses, soucieux qu’il serait de ne pas être taxé de précipitation, le chef du gouvernement désigné, Habib Jamli, a entamé, ce mardi, les consultations pour la formation du prochain gouvernement après avoir reçu la lettre de mission-manuscrite- y afférente des mains du président de la République, Kais Saied. Il a affirmé devoir y arriver dans environ un mois, ce qui serait de nature à dispenser le pays de contretemps et de moratoires forcément superfétatoires, pour enfin s’atteler à cette tâche, par bien des côtés, compliquée et par définition, sujette à rebondissements.

Habib Jamli ne semble pas transi par l’envergure et l’immensité de la mission pour laquelle il a été choisi, et les déclarations dont il s’est fendu depuis le weekend sont manifestement empreintes d’une assurance qui peut renseigner sur sa disposition d’esprit jumelée à la haute opinion qu’il se fait de sa tâche pour la conduite de laquelle il aurait déjà mis en place une méthodologie, un calendrier et des mécanismes prêts à être déployés.

Dans cette entreprise, il tient à avoir les coudées franches et proclamant une indépendance dont on peine à trouver des antécédents dans les annales gouvernementales tunisiennes avant et près la révolution. Une indépendance, dit-il et insiste-t-il, vis-à-vis de tous les partis, autant qu’ils sont, y compris, semble-t-il, le mouvement Ennahdha dont il est proche. Maintiendra-t-il ce cap alors que Rached Ghannouchi a pris sur lui de distiller quelques « consignes » indirectes, tel que le véto qu’il a opposé à la participation du parti Qalb Tounès au prochain gouvernement. En tout cas, signe d’outrecuidance ou d’impertinence, c’est par ce parti sur lequel est jeté l’anathème que le chef du gouvernement désigné         a ouvert le ballet de ses consultations avec les partis politiques, puis avec les organisations et les compétences nationales, comme le prévoit l’agenda qu’il a concocté à cet effet. Et le président de ce parti, Nabil Karoui n’y est pas allé de main morte en affirmant que sa formation politique « négociera avec le chef du gouvernement désigné, Habib Jemli et non avec le chef du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi », ajoutant que la question a été posée a Jemli qui l’a confirmé à la délégation de Qalb Tounès qu’il a rencontrée, ce mardi. « C’est avec moi que les négociations doivent être menées, et nous l’avons cru sous bénéfice d’inventaire et jusqu’à nouvel ordre », a dit Nabil Karoui , soulignant que Qalb Tounès, qui est le deuxième parti dans le pays, « ne peut être que concerné par le processus de formation du gouvernement ».

Qalb Tounès, l’indésirable

Dans son statut d’indésirable, Qalb Tounès n’est pas voué aux gémonies uniquement par le mouvement Ennahdha, la Coalition Al Karama aussi s’inscrit dans cette logique. Son porte-parole et député Seifeddine Makhlouf, a juré que « son parti ne fera pas partie d’une équipe formée par des membres du parti Qalb Tounès » et qu’il va défendre la formation d’un gouvernement révolutionnaire qui rompe radicalement avec l’oppression et la corruption.

Dans une déclaration faite aux journalistes peu avant sa rencontre avec le chef du gouvernement désigné, Habib Jamli, Makhlouf a précisé que sa formation politique militera pour un gouvernement révolutionnaire à même de répondre aux aspirations des Tunisiens et d’appliquer un programme révolutionnaire dès le premier jour de l’entrée en fonction du nouveau gouvernement.

Le PDL fait des siennes!

Une fresque qui serait tronquée s’il n’y figurait pas le parti Destourien Libre, dont la présidente et l’élue à l’Assemblée des représentants du peuple, Abir Moussi, , bousculant quelques convenances politiques, a affirmé avoir rejeté une invitation du chef du gouvernement désigné pour se joindre aux consultations en vue de la formation du prochain gouvernement. Elle a précisé qu’elle a reçu, ce mardi après-midi, une communication téléphonique du secrétariat du gouvernement, et affirmé qu’elle refuse catégoriquement de participer à ces consultations et que son parti ne votera pas la confiance au gouvernement.

« Nous avons été clairs avec nos électeurs en leur disant, dès le début, que si nous n’obtenions pas la majorité, nous ne serions pas partie prenante dans un gouvernement comprenant Ennahdha, et nous rejoindrions l’opposition », a-t-elle dit.

C’est à se demander si dans pareille configuration, Habib Jemli va être à même de tenir son pari de terminer la formation de son gouvernement dans un mois, sans, à tous le moins, être gêné aux entournures, pour ne pas dire carrément entravé dans sa tâche par des partis, déjà embusqués et d’autres qui édictent des injonctions sans sembler en donner.

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L’entrée en exploitation du Champ Nawara pour l’extraction du gaz naturel du Sahara de Tataouine, initialement prévue pour le mois d’octobre , aura lieu fin décembre 2019, a annoncé Mongi Nairi, directeur des projets et du développement à l’ETAP.
Le gouvernement tunisien table sur ce projet, pour réduire le déficit énergétique du pays de 30% et partant atténuer la dépendance énergétique du pays et l’importation du gaz de l’étranger.
“Ce champ dont l’entrée en production a accusé un retard en raison de difficultés survenues au cours de la phase d’expérimentation, va produire 2,7 millions de m3 de gaz, soit la moitié de la production nationale et 17% de la consommation nationale. Il va aussi, produire 7 mille barils de condensat par jour ” a-t-il expliqué à l’agence TAP.

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Avec une dose homéopathique de suspense, le chef du mouvement Ennhahdha, Rached Ghannouchi, a été élu au perchoir de l’Assemblée des représentants du peuple avec une majorité dont on peut dire qu’elle est confortable et par endroits surprenante : 123 voix. Car, d’abord, il en fallait 109, c’est-à-dire la majorité absolue pour accéder à la présidence de l’ARP, et Ghannouchi est parvenu à aller au-delà de ce plein de suffrages, tant le vote s’annonçait serré , les partenaires « naturels » d’Ennahdha, Attayar et le mouvement Achaab, traînant les pieds et proposant même leur propre candidat commun en la personne de Ghazi Chaouachi, lequel finalement n’a été crédité que de 45 suffrages.

De fait, on sentait, ce mercredi matin, que quelque chose se tramait dans les coulisses du palais du Bardo, et le député nahdhaoui, Noureddine Bhiri, l’a reconnu implicitement en prenant d’extrêmes précautions et réserves et en lâchant que «  les concertations se poursuivent avec les différentes parties concernées par le processus parlementaire ». Plus explicite, Hatem Mliki, député du parti Qalb Tounès, a déclaré que « les concertations au sujet de la présidence de l’ARP et ses députés sont en cours avec le mouvement Ennahdha et le bloc parlementaire la Réforme nationale présidé par Hassouna Nasfi, député du mouvement Machrou Tounes ». Et pour compléter ce tableau, on apprenait dans les coulisses du Parlement que le président de Qalb Tounès, Nabil Karoui, s’est réuni avec le groupe parlementaire de son parti, à l’issue de la levée de la séance plénière afin de « définir leur position au sujet de l’accord avec Ennahdha et le bloc la Réforme nationale ».

Un marché synallagmatique

Le marché, jusqu’alors en négociation, était scellé, à mesure qu’approchait la date limite, le vendredi, à laquelle Ennahdha, le plus grand parti au Parlement, doit nommer son candidat au poste de chef du gouvernement, marquant le prologue d’un processus de deux mois pour que cette personnalité forme un gouvernement. Un processus au cours duquel Ennahdha a négocié avec le parti Attayar et le parti Achaab pour s’assurer de leur soutien à la candidature de Ghannouchi comme président de l’ARP avant d’entamer des pourparlers officiels sur la formation du prochain gouvernement.

Des consultations qui ont fini en eau de boudin, Attayar et Echaab ayant refusé d’apporter leur soutien à Ghannouchi à moins qu’Ennahdha ne convienne avec eux d’un candidat indépendant au poste de chef du gouvernement et Attayar présente son propre candidat, Ghazi Chaouachi, haut dirigeant du parti, pour le perchoir du Parlement.

“S’ils ne nous soutiennent pas aujourd’hui au Parlement, les partis Attayar et Achaab ne feront probablement pas partie du prochain gouvernement de coalition “, a averti Imed Khmiri, porte-parole d’Ennahdha. Et joignant l’acte au sermon, le mouvement de Ghannouchi s’est tourné alors vers d’autres partis, notamment Qalb Tounès, dirigé par Nabil Karoui, le candidat malheureux à la Présidentielle du mois dernier.

Quand Ghannouchi vire sa cuti !

C’est à l’aune de cette soudaine affinité qu’il faut entendre le score que Rached Ghannouchi a réalisé pour pouvoir accéder à la présidence du Parlement, un poste qu’il chérissait ardemment, car c’est là que loge le centre du pouvoir en Tunisie sous les contours d’un régime parlementaire, qui s’est avéré, à l’exercice, un régime d’assemblée, qui fait et défait les lois etles ministres         et détient l’essentiel de la boîte à outils du pouvoir.

De toute évidence le jeu en vaut la chandelle, Ennahdha qui vouait il y a quelques semaines aux gémonies Nabil Karoui et son parti, a vite viré sa cuti pour en faire un partenaire, probablement majeur, dans l’exercice du pouvoir, grâce à son réservoir de sièges au Parlement et ses aménités envers un parti et un chef de mouvement assez fort et adroit pour négocier des consensus, fondateurs d’un partage du pouvoir, cette foi-ci, avec plusieurs partenaires plutôt qu’un, comme ce fut le cas par le passé.

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Le temps, samedi, est parfois nuageux avec orages et pluies isolés sur l’extrême nord et les régions Est du centre et de sud.
Vent de secteur Nord sur le Nord et le centre et de secteur Ouest sur le Sud fort de 40 à 60 km/h près des côtes et modéré de 20 à 30 km/h à l’intérieur du pays.
Mer très agitée sur les côtes nord et le centre et agitée ailleurs.
Températures relativement en baisse et les maximales seront comprises généralement entre 16 et 21°C, de l’ordre de 14°C sur les hauteurs ouest.
Dimanche, des pluies résiduelles sont attendues le matin sur les régions côtières nord puis des passages nuageux sur la plupart des régions seront progressivement abondants l’après-midi sur les régions ouest avec pluies temporairement orageuses en fin de journée.
Vent de secteur Ouest fort près des côtes et modéré à assez fort ailleurs.
Mer très agitée. Températures stationnaires.

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Le chef du gouvernement Youssef Chahed a désigné vendredi le ministre des Finances, Mohamed Redha Chalgoum, pour expédier les affaires courantes du ministère du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale, au même titre que le ministre du Tourisme, René Trabelsi, désigné ministre des Transports, le ministre auprès du chef du gouvernement Taoufik Rajhi, à la tête du ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi et le ministre auprès du chef du gouvernement Radhouan Ayara, à la tête du ministère des Domaines de l’Etat et des affaires foncières.
Dans un communiqué publié vendredi soir par la présidence du gouvernement, ce mandat s’inscrit dans le souci de garantir le fonctionnement normal des ministères concernés par la vacance, conformément à l’annonce faite vendredi par l’Instance Supérieure Indépendante des Elections (ISIE) des résultats définitifs des élections législatives 2019, conformément aux dispositions de l’article 90 de la Constitution, qui interdit le cumul de postes de ministre et de député, et des dispositions de l’article 38 de la loi fondamentale sur les élections.
Les résultats définitifs des législatives annoncés vendredi par l’ISIE ont donné des sièges au parlement à Ziad Ladhari (ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale), Saida Lounissi (ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi), Hicham Ben Ahmed (Ministre des Transports) et Hedi Mekni (Ministre des Domaines de l’Etat et des affaires foncières).

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Le parquet du Pôle judiciaire, économique et financier du groupe de travail sur la recherche économique et financière a ordonné la garde à vue de Sami Fehri, de l’administratrice judiciaire de Cactus Brod et du gérant de la société pour des enquêtes relatives à l’affaire d’abus dans cette société, a déclaré le porte-parole du pole, Sofiene Sliti, mardi soir à l’agence TAP.
“Les trois personnes ont été arrêtées aux fins d’enquêtes sur des soupçons de faits de corruption commis par l’administratrice judiciaire de la société Cactus Brod objet d’une confiscation pour avoir conclu délibérément des contrats en violation des lois et dispositions en vigueur”, a précisé Sliti.
Le parquet près le Pôle judiciaire économique et financier avait émis fin octobre une interdiction de voyage à l’encontre de plusieurs personnes pour suspicion de corruption dans cette société, dont l’administratrice judiciaire, le présentateur télé Sami Fehri et son épouse.
Selon le porte-parole du Pôle, Sofiene selliti l’émission de l’interdiction de voyage à l’encontre des personnes citées intervient après l’avancement de l’enquête dont s’est saisi le parquet du pôle suite à la plainte déposée par le chef du contentieux de l’Etat contre le ministère des Finances et plus précisément la Commission nationale de gestion des biens confisqués.
La plainte vise la mandataire judiciaire de l’une des sociétés confisquées pour suspicion de corruption à travers la signature de contrats en infraction avec les réglementations en vigueur, avait précisé Selliti.
L’affaire de la société de production “Cactus Prod” est pendante devant la justice depuis 2011.
Sont poursuivis dans cette affaire, outre le présentateur Sami Fehri, l’ancien ministre-conseiller auprès de la présidence de la République, Abdelwahed Abdallah et cinq directeurs généraux de l’établissement de la télévision tunisienne ainsi Belhassan Trabelsi, beau-frère de l’ex-président Ben Ali en fuite.
L’affaire concerne des irrégularités commises par la société de production “Cactus Prod” sous l’ancien régime et qui ont causé de grosses pertes financières à l’Etablissement de la Télévision tunisienne.

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Le président de la République, Kais Saied, s’est entretenu, samedi, au palais de Carthage, avec le secrétaire général du mouvement Tahya Tounes, Sélim Azzabi, qui a félicité le nouveau chef de l’Etat de son élection “président de tous les Tunisiens”.
Azzabi a réaffirmé le soutien de son parti au président élu ainsi qu’à toutes les initiatives qui sont de nature “à faire réussir la transition économique et sociale et améliorer le quotidien des Tunisiens”.
“Il est indispensable de tourner la page des élections et d’unifier les efforts pour faire face aux difficultés de l’étape présente”, a-t-il préconisé. Il a salué, dans ce sens, le discours de Kais Saied prononcé mercredi dernier devant l’Assemblée des représentants du peuple à l’occasion de sa prestation de serment.
De son côté, le président de la République a appelé au dialogue entre les différents intervenants et à l’accélération de la mise en place d’un programme pour le prochain gouvernement, qui soit “à la hauteur des aspirations des Tunisiens et basé sur la compétence et non le calcul partisan”.

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Le président de la République, Kais Saied a reçu, samedi, au palais de Carthage, le secrétaire général du mouvement Echaab, Zouhaier Maghzaoui qui a déclaré avoir présenté au chef de l’Etat “la vision du parti sur l’avenir de la gouvernance en Tunisie et son approche s’agissant des consultations en cours pour la formation d’un gouvernement”.
Selon un communiqué de la Présidence, Maghzaoui a réitéré ses félicitations au nom du mouvement au président de la République, lui souhaitant pleine réussite et mettant l’accent sur la grande confiance dont il bénéficie.
Le président de la République a, pour sa part, souligné la nécessité de respecter les dispositions de la Constitution et d’opter pour les critères de compétence et non de quotas politiques, dans la formation du prochain gouvernement, qui sera responsable devant l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) de la mise en œuvre d’un programme visant à concrétiser les aspirations des Tunisiens en matière d’emploi et de dignité nationale.
Il est à noter que le mouvement Echaab a obtenu lors des élections législatives du 6 octobre, 16 sièges au parlement, selon les résultats préliminaires annoncés par l’instance Supérieure Indépendante pour les Elections (ISIE).

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Le mouvement Ennahdha n’a pas attendu que s’estompe l’euphorie de sa victoire directe dans les Législatives et celle, par procuration, à la Présidentielle, pour s’atteler à la formation du prochain gouvernement comme l’y enjoint l’article 89 de la Constitution. Des consultations informelles ont été engagées mais ne semblent pas aller dans l’intérêt bien compris de toutes les parties. Les vainqueurs du scrutin parlementaire étant si divers et hétéroclites, leurs conditions et demandes participent fatalement plus d’un inventaire à la Prévert que d’une vue où feraient bon ménage le possible et le souhaitable.

Quelques craintes se font jour de voir des courants chez l’état-major du parti islamiste succomber au tropisme identitaire qu’Ennahdha avait, un temps, cultivé avant de s’accommoder à sa manière du consensus que lui avait proposé feu Béji Caïd Essebsi d’un partage du pouvoir, en choisissant un chef du gouvernement n’appartenant pas au premier parti vainqueur des élections législatives. Une parenthèse, plus précisément une embardée que le parti de Rached Ghannouchi ne serait pas enclin à rééditer comme  semble le souligner son porte-parole, ce vendredi, en affirmant que son parti se trouve « en face d’une situation qui lui dicte d’assumer ses responsabilités contrairement à d’autres qui se dérobent aux leurs ». Plus explicite encore, il a souligné que « la victoire aux élections législatives commande que le gouvernement soit formé par le mouvement Ennahdha, sous sa présidence et sa responsabilité ». Ce qui ne dispense pas, selon ses dires, de « nouer un partenariat sur la base d’un programme économique et social ».

Des portefeuilles contingentés

Difficile d’en comprendre autre chose qu’une configuration du pouvoir où Ennahdha serait seul maître à bord , avec alentour, un composé de partis au prorata de leurs poids politiques mesurés par des portefeuilles ministériels contingentés selon les nouveaux équilibres à instaurer et les positionnements des uns et des autres. Ce ne serait pas une sotte idée, sachant que tout le monde ou quasiment a intérêt à ce que le gouvernement se forme coûte que coûte, et surtout à ce qu’il n’y ait pas d’élections législatives anticipées. Auquel cas, les sièges gagnés, et pas toujours de haute lutte, risqueraient alors de changer de main et tomber dans l’escarcelle d’autres listes, et chassant hors de l’hémicycle leurs très fugaces et précaires occupants du moment.

Une frayeur que le mouvement Ennahdha ne peut pas manquer d’intégrer dans ses tactiques de négociation avec ses futurs partenaires et pourrait s’en servir comme monnaie d’échange pour infléchir leurs positions dans un sens plutôt que dans l’autre. Au demeurant, il semble déterminé à imposer le cap qu’il juge le plus commode et qui réponde le mieux à son agenda. Par le truchement du président du conseil de la Choura, Abdelkrim Harouni, Il a signifié, ce dimanche, que le gouvernement « sera formé sur la base d’un programme visant à relever les défis économiques et sociaux, à lutter contre la corruption, à préserver le pouvoir d’achat des citoyens, à stimuler l’emploi et à renforcer la sécurité ». Point de gouvernement fondé sur la logique des quotas politiques et il n’y aura impérativement lieu que d’établir un programme commun avant de distribuer les portefeuilles ministériels et de choisir les ministres.

Le pire des scénarii

On ne pourra pas être plus clair alors qu’au rang des partenaires potentiels, certains font la fine bouche en réclamant des portefeuilles pour l’essentiel régaliens, d’autres revendiquent la présidence de la Primature – affront suprême à Rached Ghannouchi soupçonné de vouloir y mettre la main- et enfin quelques-uns qui exigent carrément un gouvernement à dominante apolitique en termes de partis. Seulement, la question qui se pose dans toute son acuité est de savoir si Ennahdha a les moyens de sa politique, ne pouvant pas compter, pour une raison ou une autre, sur le soutien de Tahya Tounès, dont le secrétaire général vient d’annoncer qu’il n’est pas concerné par la formation du gouvernement, ou sur celui de Qalb Tounès exclu du casting au même titre que le Parti destourien libre. Ce qui, en fin de compte, se traduit par une arithmétique parlementaire qui ne peut en aucun cas fonder Ennahdha à se prévaloir du nombre de voix nécessaires pour prétendre former un gouvernement, ni même un cabinet des curiosités dont les membres sont glanés d’ici et d’ailleurs, chez les indépendants et de minuscules formations politiques, avec l’hétérogénéité qui s’y attacherait. Ou alors ce serait le pire des scénarii, les élections anticipées tant redoutées pour l’architecture politique même du pays, et bien plus encore pour son économie, sa situation sociale … et le reste.

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Les Tunisiens viennent de porter au pinacle de leur Etat un citoyen qu’on aurait pris à s’y méprendre pour un « monsieur-tout-le-monde » , issu de la classe moyenne, qui sirote son breuvage matinal au café du coin, sans le moindre chichi, frais émoulu de la vie active comme professeur de Droit constitutionnel, se destinant à de paisibles jours de jeune retraité comblé et sans problèmes.

Un parcours presque sans aspérité comme on en voit sous toutes les latitudes mais un destin hors pair qui auréole le vainqueur du second tour de l’élection présidentielle anticipée tunisienne, Kais Saied, auquel personne ne pouvait prêter, voici quelques mois, des ambitions présidentielles ni de velléités politiques tout court. C’est comme si, à l’instar de Monsieur Jourdain pour la prose, Monsieur Saied faisait de la politique sans le savoir.

Et pour cause, il a progressivement déjoué tous les pronostics pour, enfin, remporter le scrutin à une très écrasante majorité. Un raz de marée dont on a jamais connu   de précédent en Tunisie, sauf dans les consultations électorales d’avant la révolution qui, pour les raisons que personne n’ignorait, se soldaient par des scores brejnéviens, autour de 99%. Il n’en demeurait pas moins que pour le second tour de l’élection présidentielle, avec une participation de 57,8%, plus d’un électeur sur deux s’était déplacé, pour accorder à Saied 72,71% des suffrages, alors que son concurrent, Nabil karoui, n’en récoltait que 27, 29%.

Saied pontifie ex cathedra

Pourtant, Il n’y avait rien dans sa gibecière qui pût le propulser à pareille destinée. Il n’avait ni parti politique, ni logistique dédiée, encore moins un programme électoral présidentiel. Des idées, il en avait sans doute, mais il les gardait sous le boisseau, ne s’en épanchant qu’en n’y étant obligé, dans des interviews aussi rares que triées sur le volet, ce qui lui a valu bien des inimitiés, où il pontifiait ex cathedra, se forgeant, sans vraiment le vouloir, une marque de fabrique à laquelle il n’a jamais entendu déroger.

Serait-ce encore le cas alors que le nouveau président de la République, qui se veut le chantre de la démocratie directe, et du pouvoir émanant de la base, sera bien en peine de se faire comprendre dans des contrées et territoires où ses talents oratoires ne feraient pas de sens ni trouver acquéreur. Dans le fond aussi, sa « boîte à outils » telle qu’elle se dessine serait de peu d’effet pour redresser des situations locales, par endroits, désespérantes, et d’autres, à l’échelle nationale, démesurément compliquées pour se prêter aux approches proposées.

C’est que l’élément central du dispositif que Kais Saied projette de mettre en place porte sur la refonte radicale de la démocratie telle qu’elle est entendue en Tunisie, en substituant aux structures traditionnelles des partis une “démocratie des individus”. Plutôt que le système actuel de députés élus au suffrage direct, Saied s’est fait le champion d’un modèle démocratique à trois niveaux. Selon ses propositions, les membres du corps législatif du pays seraient nommés par les conseils régionaux, eux-mêmes nommés par les petits conseils municipaux du pays, dont les membres seraient élus en fonction de leur caractère, plutôt que de leur appartenance politique ou idéologique.

Le courage qu’il faut !

Peu de gens doutent de la sincérité du nouveau président à cet égard. Toutefois, pour opérer les changements constitutionnels nécessaires à la mise en œuvre de son système, il aura besoin d’une majorité des deux tiers au Parlement récemment élu, où aucun parti ne s’est assuré une majorité définitive et où un gouvernement doit encore être formé.

C’est à se demander si Kais Saied est le meilleur profil pour le poste de président de la République. La question a été soulevée par le principal chercheur au Royal United Services Institute et au Carnegie Endowment for International Peace, Hisham Hellyer qui estime que la plupart des questions politiques sur lesquels les électeurs voudraient normalement en apprendre davantage sont encore inconnues. Mais Saied a certainement déjà gagné la confiance de différentes factions, dont Ennahdha, et le groupe centriste qui s’est montré engagé dans le processus politique en Tunisie, ainsi que de nombreux groupes de gauche. Mais c’est la performance qu’il va livrer dans les mois à venir qui déterminera s’il a le courage qu’il faut. De plus, il devra travailler avec un parlement et un chef du gouvernement qui ne représentent aucun parti à part entière. « Les défis à relever pour y parvenir, compte tenu notamment des problèmes économiques et de sécurité auxquels le pays est confronté, sont colossaux », constate le chercheur britannique.

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C’est demain mercredi que seront proclamés officiellement les résultats définitifs des élections présidentielles du 6 octobre dont les candidats du mouvement Ennahdha sont donnés vainqueurs à la première place par les sondages de sorties des urnes, suivis par ceux du parti Qalb Tounès.

Un scrutin serré, comme en conviennent unanimement les observateurs locaux et étrangers, et va se traduire par un parlement très fragmenté, aucun parti ou liste ne recueillant plus de 20 % des voix. Le Washington Post, sans doute intrigué par la « remontada » d’Ennahdha, s’est posé la question de savoir comment le parti islamiste a réussi à remonter la pente en dernière minute et ravir le haut de panier au parti de Nabil Karoui.

Tout en faisant remarquer que le mouvement Ennahdha a engrangé environ cinq points de pourcentage de plus que son candidat Abdelfattah Mourou aux élections présidentielles il y a trois semaines, le Washington Post (WP), dans une analyse signé par le chercheur de Brooking Institution Sharan Grewal met en avant deux facteurs pour expliquer La hausse rapide et soudaine de la part de vote d’Ennahdha, à savoir le soutien d’un candidat indépendant et une réévaluation de la campagne.

Il rappelle qu’au cours des deux dernières semaines, le parti a tenté de faire appel aux partisans de Kais Saied, le vainqueur du premier tour des élections présidentielles. Saied, professeur de droit constitutionnel, n’a pas de parti politique et n’a appuyé aucun parti ni aucune liste. Ennahdha a non seulement soutenu Saied pour les élections du second tour, mais a également essayé de convaincre les électeurs de Saied qu’Ennahda était leur meilleur espoir de former un gouvernement favorable à une présidence Saied, explique le WP.

Après la décevante troisième place de Mourou aux élections présidentielles, le mouvement Ennahdha s’est lancé dans une réévaluation de sa stratégie de campagne. Pour la campagne électorale des Législatives, il a remis au goût du jour ses fondamentaux : la religion et la révolution. Le chef d’Ennahda, Rached Ghannouchi, lui-même candidat pour la première fois, a proposé qu’une taxe religieuse, la zakat, soit prélevée par l’Etat pour aider à réduire la pauvreté, ce qui a incité une éminente féministe à rappeler que la Tunisie est un Etat civil et non religieux.

Le cri de ralliement de Habib Ellouze

Pendant ce temps, le fougueux agitateur d’Ennahdha, Habib Ellouze, qui avait été mis à l’écart depuis cinq ans, est sorti du bois pour plaider que la “volonté divine exige de voter pour Ennahdha”, un cri de ralliement que l’on trouve qu’il pourrait être particulièrement efficace, note le Washington Post, qui rappelle que les dirigeants d’Ennahda ont souligné à plusieurs reprises qu’ils allaient défendre la révolution et lutter contre la corruption, malgré leur soutien antérieur à la loi sur la réconciliation. Après six années de compromis sur ces questions, le parti islamiste a réintroduit la religion et la révolution dans sa rhétorique de campagne, avec un succès apparent.

Et le WP d’esquisser la perspective postélectorale d’Ennahdha en soutenant qu’ « il ne pourra certainement pas former un gouvernement sans le parti de Nabil Karoui lui, surtout après que plusieurs petits partis ont déjà refusé de s’allier au parti islamiste. Cependant, durant la campagne, Ennahdha et Qalb Tounes ont exclu de former une coalition l’un avec l’autre, et les deux ont continué à le faire après les élections.

Le Parlement est-il trop fragmenté pour gouverner ?

Même si Ennahda et Qalb Tounes arrivent à faire cause commune, ils auront besoin de l’appui des petits partis pour s’assurer la majorité. Toutefois, quatre partis ont déjà exclu une alliance avec l’un ou l’autre, fait remarquer le WP. Il s‘agit de la Coalition Dignité, une nouvelle alliance de partis socialement conservateurs et prorévolutionnaires qui s’est déclarée disposée à s’allier à Ennahdha, mais pas à Qalb Tounes, du Parti Destourien Libre , un parti anti-arabe nostalgique d’un Etat fort, qui a annoncé qu’il ne s’allierait pas à Ennahdha, du Courant démocratique progressiste et prorévolutionnaire et du Mouvement populaire panarabe de gauche qui ont tous deux déclaré qu’ils se joindraient à l’opposition.

Si ces partis ne sont pas disposés à s’unir, il y a une réelle possibilité qu’Ennahdha ne soit pas en mesure de former un gouvernement, ce qui pourrait provoquer de nouvelles élections l’année prochaine. Une possibilité d’éviter un tel scénario a été proposée par le Courant démocratique : un gouvernement de salut national composé de personnalités indépendantes. Le dirigeant d’Ennahdha, Mohamed Ben Salem a fait remarquer que, bien qu’ils préfèrent qu’Ennahdh a assume le poste de chef du gouvernement, ils doivent trouver une personnalité capable de réunir les 109 voix requises.

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Ce scrutin du 6 octobre a eu ceci de singulier qu’il a dessillé les yeux des Tunisiens sur l’affligeante réalité politique qui est la leur depuis de longues années, et dont ils pouvaient rarement capter l’étendue. Un choc frontal et brutal dont ils auraient bien pu faire l’économie s’ils avaient fait le bon choix des personnes et des programmes, sans se laisser bercer par de mielleuses promesses, vite rangées au magasin des vieilles lunes.

Pourtant la quête du changement était palpable, voire criante. Mais elle a été mal portée, en tout cas confisquée indûment et sournoisement par des tiers autant que par des élites politiques qui, bien qu’étant sur le déclin, ont su se faire une deuxième virginité en surfant de nouveau sur les ressorts de la révolution et en promettant comme jamais des lendemains qui chantent, allant même jusqu’à solliciter le soutien des Tunisiens pour les douloureuses réformes qu’elles se proposent de lancer afin de remettre le pays sur les rails.

Deux partis dans un mouchoir

Prosaïquement dit, les temps durs le seront encore plus, et pas uniquement sur les plans, économique et social. Il vient s’y ajouter des soubresauts politiques avec des élections législatives qui ont placé coude-à-coude deux partis qui, génétiquement et idéologiquement, sont très peu disposés à avoir des atomes crochus. Et ils ne s’en cachent guère pour l’avoir dit et répété sur toutes les fréquences tout au long de la brève campagne électorale et sitôt les résultats du scrutin connus. Ennahdha et Qalb Tounès qui revendiquent encore la victoire de la consultation électorale, vont donner bien des tourments à leurs électeurs et plus encore aux millions de personnes qui ne les ont pas choisis, ni eux ni d’autres, comme en témoigne l’écrasant taux d’abstention enregistré.

Une belligérance qui va, à coup sûr, déteindre sur le processus de concrétisation du choix des votants et d’abord la formation du gouvernement. Au regard de la configuration de l’Assemblée des représentants du peuple, telle qu’elle se dessine, ce sera une tâche ardue, voire impossible. Ennahdha, qui est normalement le parti auquel incombera la tâche de former le prochain gouvernement, n’a pas la majorité requise pour le faire, et aura immanquablement besoin des suffrages de l’escouade d’autres formations politiques et particules pour pouvoir s’atteler à cette besogne et s’en acquitter. Et cela a un coût dans la mesure où il faudra s’assurer du soutien de pas moins de six ou sept partis politiques, si divers, intransigeants et néophytes qu’ils placeront très haut la barre de leurs conditions et exigences.

Des mois de tractations

« Cela pourrait demander des semaines, voire des mois, de négociations », prévoit le chercheur au think tank américain Brookings Institution, Sharan Grewal, expliquant qu’ « aucun parti n’a plus de 20 pour cent des sièges au prochain parlement et qu’il en faudra au moins quatre pour former un gouvernement ».

Sarah Yerkes, analyste à Carnegie’s Middle East Program, a déclaré, pour sa part, qu’elle « ne s’attendait pas à ce qu’Ennahdha et Qalb Tounes aillent travailler ensemble », ajoutant que « si on demande à Ennahdha de former un gouvernement, il le fera probablement avec une variété de petits partis et d’indépendants ». «  La performance relativement faible des deux principaux partis par rapport aux précédentes élections législatives de 2014 a mis en évidence combien la scène politique est aujourd’hui encore divisée ». Il y a cinq ans, Nidaa Tounes venait en tête avec près de 38 % des voix, suivie par Ennahdha avec près de 28 %.

Autant comprendre que les Tunisiens devront attendre longtemps avant de s’offrir un gouvernement, dont les tractations auront été très laborieuses et le parcours semé d’embûches. Ceci au cas où faute d’accord, le président de la République alors en place convoquerait les Tunisiens pour des élections législatives anticipées.

Une perspective qui fait froid dans le dos alors que le budget de l’Etat aura besoin d’un gouvernement pour le mettre en œuvre autant que les réformes indispensables dont le calendrier ne peut souffrir de retard , le Fonds monétaire international veillant au grain, et même s’impatientant. Sans parler bien sûr des dossiers sociaux en souffrance, comme les négociations salariales qui requièrent l’attention soutenue et inlassable de l’UGTT.

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Le juge d’instruction au Pôlle judiciaire financier a autorisé vendredi soir des médias de la place à rendre visite au candidat au second tour de l’élection présidentielle Nabil karoui dans la prison de Mornaguia où il est incarcéré, et ce conformément à la loi régissant les prisons.

Il s’agit de Shems fm, Mosaique fm, Express fm et de l’agence Tunis Afrique presse, alors que la demande de la chaîne tv Alhiwar Ettounsi a été rejetée.

Le porte-parole officiel du Pôle, Soufiène Sliti, a précisé que l’autorisation du juge d’instruction se limite uniquement à la visite de Nabil Karoui à l’exclusion de toute interview.

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Tantôt frères siamois, tantôt ennemis jurés, les annales des relations entre avocats et magistrats ont de tout temps été une alternance de péripéties tumultueuses et d’épisodes de bonne intelligence. Mais ce qui se passe à l’heure actuelle a tout pour tenir d’une logique de confrontation ouverte. Il n’est plus question d’escarmouches généralement vite oubliées ni de quelques accès mineurs de corporatisme mal défendu, mais bien d’une opposition frontale entre deux corps dont la vocation est, pourtant, d’œuvrer ensemble au cours normal et à l’administration diligente de la justice. Si l’un en est le dépositaire et l’autre, l’auxiliaire, ils s’imposent et s’opposent sur la scène judiciaire comme deux maillons incontournables.

Faillir à cette ardente obligation, ce serait comme ouvrir les portes de l’enfer non seulement pour les uns et les autres, mais surtout pour les justiciables, à leur corps défendant, interdits de prétoire depuis bientôt une dizaine de jours pour cause d’une grève des juges suite à l’irruption d’un groupe d’avocats dans le bureau du procureur de la République près le tribunal de première instance, des « faits s’apparentant à un crime », selon les syndicats des magistrats. Y répondant, le Conseil de l’ordre des avocats a décrété une “journée de la colère” nationale ce vendredi 27 septembre, marquée par des actions de protestation avec port de l’uniforme au palais de justice de Tunis et dans tous les tribunaux tunisiens, sous le slogan “Non à l’agression des avocats, le droit à la défense une garantie fondamentale pour l’indépendance du pouvoir judiciaire”.

Spirale momentanément sans issue

Une spirale dont il est difficile de prévoir une issue tant sont, pour l’instant, irréconciliables, les positions du barreau comme du prétoire, où la très théorique intervention, ce vendredi, du président de la République par intérim, ne semble pas revêtue d’assez d’autorité pour être comprise par les parties en conflit comme une sentencieuse sommation à enterrer la hache de guerre. D’autant que le chef de l’Etat s’est contenté de « souligner la nécessité de respecter l’indépendance de la magistrature et le principe de séparation des pouvoirs, et celle de ne pas mettre en doute les institutions de l’Etat au risque de menacer le processus démocratique de la Tunisie ». Le président de la République ne s’en est pas moins dit « préoccupé » par les derniers incidents du palais de justice, appelant à surmonter la crise par le dialogue, tout en mettant le pouvoir judiciaire à l’abri des tiraillements politiques.

Les choses étant ce qu’elles sont, et les protagonistes campant, chacun, sur ses positions, les indices se font presqu’inexistants d’entrevoir un commencement d’épilogue avant la semaine prochaine, le temps que les « belligérants » terminent d’exhaler leur bile et se prennent enfin à entendre raison , échaudés par l’immense mal causé au pauvre justiciable, totalement désarmé face à une guéguerre dont tout le monde sait qu’elle doit finir, et le plus tôt serait le mieux.

Sortir des balises codées

Le pire, c’est que pareille         belligérance se reproduise avec forcément un surcroît d’intensité, pouvant même rejaillir avec les périls que l’on peut imaginer sur l’administration de la justice, organisation et fonctionnement confondus. D’ailleurs, il est devenu de moins en moins rare que les avocats s’en prennent aux magistrats et réciproquement. Sans doute parce que la perception que les uns ont des autres a changé. Et l’on ne s’embarrasserait pas de scrupules pour sortir des balises parfaitement codées qui fondent le magistère de la justice.

Le fait est que les tensions sont en train de monter singulièrement et plus que d’habitude entre les dépositaires du droit les défenseurs du justiciable qui sentent qu’ils ont les coudées un peu plus franches pour dire leur fait à des magistrats, fatigués et croulant sous une charge accrue de travail, alors que les audiences sont de plus en pesantes parfois difficiles à gérer du fait des stratégies dilatoires de quelques avocats plutôt très attachés à l’obligation de résultat envers leurs clients. S’y ajoutent fatalement l’encombrement des tribunaux, le manque de moyens et d’effectifs, et des justiciables à juste titre, plus exigeants.

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Déjà omniprésents sous le régime de Ben Ali, les mauvais résultats de l’économie tunisienne ne se sont guère améliorés après la révolution, pis, de nouveaux maux sont apparus. En particulier, au moins trois syndromes ont été répertoriés par le think tank ARI (Arab Reform Initiative).

Tout d’abord, bien qu’une certaine dose de politiques budgétaires et monétaires expansionnistes visant à contrer les chocs négatifs initiaux ait fait sens juste après la révolution, la situation financière du pays, notamment ses niveaux élevés de dépenses publiques, est devenue à ce jour clairement insoutenable.

Ensuite, et malgré les politiques expansionnistes, les taux de croissance ne se sont pas redressés au fil du temps et le chômage est demeuré élevé. Bien que cela puisse s’expliquer par la montée de l’insécurité jusqu’en 2016, la faible croissance entre 2017-19 suggère que les causes du mal sont plus profondes. En partie, le climat des affaires s’est détérioré avec une augmentation de la corruption et une expansion des activités informelles (et illégales) comme la contrebande. Cela pourrait être lié à un affaiblissement des capacités de l’État à appliquer les lois, mais aussi à la montée du copinage.

Troisièmement, l’augmentation des dépenses publiques ne s’est pas accompagnée d’un déplacement suffisant vers des dépenses plus utiles. En fin de compte, pour accroître la croissance, la part des dépenses globales devra passer de la consommation à l’investissement. Au lieu de cela, même si les dépenses publiques ont augmenté de six points de pourcentage entre 2010 et 2018, l’investissement public a diminué au cours de ladite période et son efficacité a été affectée par les goulots d’étranglement dans l’exécution des projets.

Ce qui attend le prochain gouvernement !

Les faiblesses économiques dont le diagnostic a été posé suggèrent qu’un un vaste programme attend le prochain gouvernement issus des élections en cours, qui aura sur les bras une situation macroéconomique explosive, un programme structurel difficile allant de la réforme du secteur public (à commencer par les entreprises d’État) à un meilleur fonctionnement des marchés, en passant par un programme de justice sociale axé sur le développement des régions périphériques.

Dans l’immédiat, recommande l’ARI, certaines mesures de stabilisation budgétaire seront nécessaires. Cela sera sans aucun doute difficile pour toute nouvelle administration. Sur le plan politique, des questions telles que la manière d’ajuster la politique fiscale pour atteindre la durabilité tout en favorisant la justice sociale exigeront non seulement l’attention des technocrates, mais aussi des négociations difficiles entre les politiciens et les groupes de citoyens. La demande sociale d’emplois plus nombreux et de meilleure qualité demeurera également élevée, ce qui nécessitera des discussions sur les sacrifices à consentir dans le présent pour obtenir des gains dans l’avenir. À cet égard, les questions de concurrence et d’innovation seront particulièrement importantes.

Un président faible et un parlement fragmenté

Le résultat des prochaines élections déterminera la nature de l’éventail des possibilités. La possibilité existe que le président qui sortira des urnes soit faible et le Parlement fragmenté. Dans ce cas, une grande partie des défis de la période à venir sera probablement le lot du Parlement, où les solutions exigeront la formation de coalitions réformatrices et les pressions d’une opposition constructive.

Mais en tout état de cause, la transition démocratique de la Tunisie risque de rendre l’élaboration des politiques économiques plus confuse. Après tout, contrairement aux systèmes à parti unique où toutes les initiatives ont tendance à émaner du sommet, les décisions doivent maintenant être négociées avec de nombreux acteurs et prendre en compte des intérêts antinomiques. Pourtant, comme en témoignent de nombreuses jeunes démocraties dans le monde entier, les ordres démocratiques “désordonnés” ne sont pas nécessairement incompatibles avec le progrès économique. Au Kenya, au Ghana, au Bangladesh ou au Mexique, par exemple, les démocraties nouvellement établies réussissent souvent à obtenir de bons résultats économiques tout en restant “au bord du chaos “. Cela signifie que s’il est peu probable que le progrès vienne des efforts de développement menés par l’État, il peut finir par être stimulé par le lobbying d’un secteur privé et d’une société civile de plus en plus dynamiques, qui, malgré la corruption, feront pression pour que l’État et les marchés fonctionnent mieux.

Apprendre à vivre « au bord du chaos »

Ainsi et bien que la lutte contre les faiblesses structurelles demeure une priorité, il est plus probable que les progrès proviendront de l’amélioration du fonctionnement de la démocratie. Sur le front des réformes, l’ordre du jour prévoit de repenser les règles de l’ordre démocratique (partage du pouvoir entre la présidence et le Parlement, financement politique, méthodes pour les élections locales, le niveau d’autonomisation et de participation de la société civile (en particulier, dans les systèmes horizontaux de responsabilisation), et le renforcement des agences indépendantes de régulation. Une telle amélioration réduira la prédation du marché et le risque politique, générant des gains ascendants même en l’absence de politiques industrielles dirigées par l’État, souligne l’ARI.

Le rôle de la communauté internationale, en particulier de l’UE et des IFI, sera encore plus important à l’avenir pour stabiliser la Tunisie. Les financements extérieurs ont commencé à s’assécher et il y a un certain niveau de “lassitude tunisienne” au sein de la communauté internationale. Mais plutôt que de se concentrer uniquement sur le financement, la Tunisie a avant tout besoin d’un point d’ancrage extérieur crédible qui l’aide à moderniser ses systèmes de concurrence, d’innovation, de commerce et d’investissement de manière à inciter ses entreprises locales à devenir compétitives au niveau mondial afin de bénéficier plus pleinement du grand marché européen voisin. De même, l’amélioration de la sécurité régionale en Libye et en Algérie contribuera grandement à réduire les risques pour la sécurité et à améliorer le climat des affaires.

Enfin, la question de savoir si la Tunisie sera en mesure d’échapper à une crise macroéconomique reste très incertaine. Qu’une crise survienne ou que la Tunisie soit obligée d’apprendre à vivre les prochaines années “au bord du chaos”, le plus important déterminant à long terme du succès sera de savoir si la Tunisie a ce qu’il faut pour résister aux tares des démocraties contemporaines, à savoir le copinage enraciné et le populisme destructif. Les deux bêtes sont déjà en train de montrer leurs horribles têtes. Les élections en Tunisie et leur déroulement sont en soi un signe de progrès. Ces progrès doivent être salués. Mais la tâche difficile de gouverner ne fait que commencer, pronostique le think tank ARI.

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Il est dans la littérature des élections présidentielles presque partout dans le monde que les candidats malheureux soient prompts à contester le résultat du scrutin, généralement avec force protestations et beaucoup moins d’arguments. Le premier tour de la Présidentielle en Tunisie n’a pas dérogé à cet usage, inauguré à ses dépens il y a cinq ans par Moncef Marzouki par pas moins de huit recours.

Les Tunisiens se retrouvent en face du même scénario, mais aux retombées beaucoup plus délétères, pouvant même faire peser des menaces d’invalidation du résultat national du premier tour de l’élection présidentielle du 15 septembre. Ils seront fixés sur son issue, demain lundi 23 septembre, quand la Cour administrative d’appel aura rendu son arrêt concernant les recours formés contre les résultats préliminaires de la Présidentielle anticipée, dont l’examen a été achevé samedi, de même que les plaidoiries des avocats des parties ayant intenté les recours et ceux des candidats objets des recours et qui figurent en tête du classement, nommément Kais Saied et Nabil Karoui.

Les moyens de fait et de droit invoqués portent, à titre principal, sur «  les tentatives d’influencer les électeurs à travers les réseaux sociaux et les médias audiovisuels ainsi que la rupture du principe d’égalité des chances entre les candidats », comme détaillés par le responsable de l’Unité de communication au Tribunal Administratif. Mais l’avocate de l’ISIE qui affirme que cette dernière « se tient à égale distance de tous les candidats et veille à l’application de la loi électorale », y ajoute au rang des griefs « la publicité politique et son utilisation, par les candidats des chaînes de télévision en dehors du temps d’antenne qui leur sont accordé, fixé en vertu d’une décision conjointe entre l’ISIE et la HAICA ».

La volonté de l’électeur est-elle indemne ?

Il est de la toute première importance de relever et de souligner cette déclaration de l’avocate qui affirme, déjà, que « ces infractions n’ont pas été jusqu’à influencer la volonté de l’électeur ». Sera-t-elle suivie par les magistrats qui, ce faisant, débouteraient les candidats Seifeddine Makhlouf, Abdelkrim Zbidi, Slim Riahi, Neji Jelloul, Hatem Boulabiar et Youssef Chahed ? En l’état actuel du processus, il n’ya pas lieu de jurer de quoi que ce soit. Bornons-nous à noter que la polémique n’a de cesse d’enfler depuis qu’un certain dimanche 15 septembre 2019 au soir, le juge administratif Ahmed Souab avait estimé que « la possibilité existe de faire tomber le candidat Nabil Karoui, si l’ISIE, la Cour des Comptes et le Tribunal Administratif arrivent à conclure et juger que l’action de la chaîne Nessma TV en faveur du candidat Karoui durant sa campagne électorale, est un financement pécuniaire de cette campagne, ce qui est formellement interdit ».

Concédons que ce cas de l’espèce est tout à fait inédit en Tunisie et rare ailleurs, particulièrement en Europe où la question centrale tient au fondement juridique de l’annulation des résultats des élections         dont le principe ne peut valoir que lorsque les infractions commises ont eu une incidence sur les résultats globaux (attribution des mandats). Dans l’ensemble, les juristes constitutionnalistes estiment que « la circonstance qu’une ou plusieurs irrégularités ou manœuvres aient été commises ne conduit pas automatiquement à l’annulation de l’élection » Et l’on se remet au juge qui aura alors tout loisir d’apprécier, au cas par cas, si la sincérité du scrutin a pu être affectée. Et pour ce faire,         il s’appuie sur la gravité, l’ampleur et les répercussions potentielles de ces irrégularités avec l’écart des voix.

Le primat de la sincérité du scrutin

Dans la jurisprudence y afférente et plus encore les débats auxquels elle donne lieu, émerge l’idée que lorsque, au regard de l’écart des voix, de la nature et de l’ampleur de la manœuvre, de l’irrégularité ou de l’abus de propagande en cause, le magistrat estime que la sincérité du scrutin a été viciée, il annule en principe l’élection. Mais il y a aussi la probabilité que la justice administrative penche vers l’annulation partielle de l’élection, cas plus fréquent dès lors qu’il s’agit d’élections législatives ou municipales dans un scrutin de liste à la proportionnelle, avec répartition suivant la règle de la plus forte moyenne.

Le prétoire administratif tunisien n’ayant connu qu’en une seule occasion d’affaires de contentieux électoral suite à huit recours introduit par le candidat Moncef Marzoui au second tour de la Présidentielle de 2014, on ne pourra pas parler de jurisprudence établie. D’ailleurs, tous les recours formés alors ont été jugés irrecevables dans le fond et la forme, leur auteur ayant été soupçonné d’avoir saisi la justice par pur « esprit de malice et de chicane ».Qu’en serait-il des recours de 2019 ?

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Le premier tour de l’élection présidentielle en Tunisie peine à livrer ses secrets et les vrais raisons qui ont fondé les votants à porter leur choix sur deux candidats, le professeur de Droit constitutionnel, Kais Saied, et le publiciste Nabil Karoui, que la presse internationale présente sous les traits de parfaits inconnus. Il est vrai qu’ils étaient embusqués quelque part, mais ils n’ont jamais fait mystère de leurs ambitions présidentielles, et sont, au demeurant, soupçonnés d’y travailler en tissant leurs toiles à la sourdine.

La surprise a été d’autant plus retentissante venant de deux politiciens irrévélés. Et à une enseigne telle que “Saied ni Karoui n’appartiennent pas à l’establishment, ni ne sont proches de l’armée ou même des syndicats ouvriers forts”, fait remarquer le quotidien britannique « The Independent ». Il n’en note pas moins qu’ils ont réussi à éliminer des politiciens poids lourds qui étaient liés soit à l’ancien régime, soit aux islamistes, y compris le chef du gouvernement sortant, deux de ses prédécesseurs, le ministre de la Défense et un ancien président de la République.

Saied est un « conservateur social qui a cherché à faire cause commune avec les jeunes tunisiens qui font pression pour le changement. Plus curieusement, les électeurs ont soutenu Karoui, un homme d’affaires controversé qui est enfermé dans une cellule de prison pour évasion fiscale et et blanchiment d’argent ». Les deux candidats ont prouvé que mener de grandes campagnes traditionnelles pour gagner des voix dans le monde arabe n’est plus d’actualité. Le message du peuple était fort et clair : ils veulent du changement.

Le nouveau “soulèvement politique” en Tunisie érode les espoirs de l’Ennahdha (le plus grand mouvement islamiste) et des fanatiques laïques post-révolutionnaires, tout en fixant de nouvelles règles pour le jeu politique.

Deux populismes antinomiques

Surtout, Saïed et Karoui représentent deux formes de populisme presque diamétralement opposées, estime, pour sa part, le think tank « Brooking Institution ». La vocation intellectuelle de Saïed et son programme de “pouvoir au peuple” attirent une foule plus jeune et plus instruite, en particulier les révolutionnaires désabusés. En effet, les sondages de Sigma Conseil suggèrent qu’il a obtenu de meilleurs résultats parmi les personnes ayant un diplôme d’études universitaires et les jeunes qui votent pour la première fois. Karoui, en revanche, obtient de bons résultats parmi les anciens électeurs de Nidaa Tounes ainsi que parmi les électeurs pauvres et ruraux, en particulier ceux qui ont bénéficié de son programme de charité. Selon les sondages, Karoui a gagné près de 41 % des électeurs n’ayant pas reçu d’éducation formelle, et 30 % des électeurs n’ayant reçu qu’une éducation primaire, ajoute le think tank.

Bien que les résultats des élections soient un bouleversement majeur pour l’establishment, ils fournissent également des leçons importantes pour l’avenir. L’établissement avait été considérablement divisé créant ainsi une occasion pour deux candidats qui ne s’en réclament pas d’arracher les deux places du second tour.

Mais la plus grande surprise de cette élection a peut-être été la mauvaise performance d’Ennahdha, le parti islamiste qui a joué un rôle dans chaque gouvernement élu depuis la révolution de 2011. Les observateurs spéculaient régulièrement que la machine électorale d’Ennahdha pouvait régulièrement générer de 20 à 30 % de l’électorat, mais son candidat, Abdelfattah Mourou, n’en a recueilli que 11 % dimanche. Si leur piètre performance se répète lors des élections législatives, et si leurs dirigeants décident que leurs nombreux consensus et compromis sur le rôle de la religion et sur les objectifs de la révolution sont à blâmer, cette défaite pourrait avoir des implications majeures sur la façon dont le parti se positionne pour l’avenir, prévoit The Independent.

Une nouvelle élite politique arabe !

L’élection présidentielle tunisienne s’inscrit dans un nouveau mouvement majeur qui secoue les régimes arabes stagnants. Les gens du Moyen-Orient semblent prêts à s’offrir une toute nouvelle élite politique. Il peut y avoir un manque d’expérience pour diriger l’État, mais les gens se concentrent sur de nouveaux visages et de nouveaux agendas, relève The Independent.

Les généraux complaisants et les islamistes ont été enfermés dans leur ballet mutuel pendant si longtemps que la deuxième vague du printemps arabe est passée presque inaperçue. Ils sont incapables de comprendre ou d’aborder les changements profonds mais silencieux qui commencent à définir les sociétés arabes.

En 2018, les indépendants ont dominé les élections municipales tunisiennes. Cela a ouvert la voie à un nouveau style de politique non partisane au pays. Aujourd’hui, on a deux politiciens relativement inconnus au second tour des élections présidentielles, et plus encore, il est probable qu’un groupe similaire de politiciens obtiendra de bons résultats lors des élections législatives prévues le mois prochain.

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On n’a pas fini de gloser sur l’énigmatique ascension du professeur de Droit constitutionnel, Kais Saied, couronnée d’un confortable accès au second tour de l’élection présidentielle, plus est en ballotage favorable face à son concurrent Nabil Karoui. On a peine à trouver une grille de lecture qui permette de décrypter et le personnage, et le projet qu’il porte réellement depuis qu’il trône sur les sondages puis aux premières loges d’un scrutin où les grosses pointures n’étaient pas du petit nombre.

On ne pourra pas s’excepter de citer au rang de ses atouts une probité que l’on dit à toute épreuve et à tous crins. Mais cela ne suffit pas pour faire un présidentiable, probablement un président, presque surgi de nulle part, sans parti politique, une machine nécessaire pour accéder à la magistrature suprême, ni un trésor de guerre, le candidat ayant refusé même le moindre financement public auquel il avait pourtant droit, encore moins une camarilla d’hommes d’affaires ou autres argentiers qui verraient en lui « l’oiseau rare ».

Antisystème devant l’Eternel, Kais Saied, avait indiscutablement d’autres ressorts, et il est en train d’apparaître quelques indices renseignant sur un réservoir de jeunes, dynamiques, dévoués, ayant beaucoup d’imagination, qui ont été une clé de succès majeure dans cette saga, car c’en est une. Leur concours serait décisif alors les bureaux de vote, en ce dimanche 15 septembre dans l’après-midi, étaient peu fréquentés, voire déserts, incitant le président de l’ISIE, Nabil Baffoun, à lancer un pathétique appel de dernière minute aux jeunes électeurs. « Les jeunes Tunisiens ont encore une heure pour voter », a-t-il dit peu avant la fermeture des bureaux de vote. « Nous devons quitter nos maisons et voter ; c’est un droit que nous avons conquis de la révolution de 2011 qui a coûté des vies ».

Pour de nombreux jeunes électeurs, ce sont la révolution, l’absence de progrès et le sentiment de désillusion qui se sont accumulés depuis lors qui les ont empêchés de se rendre aux urnes, ont-ils dit à Middle East Eye (MEE). «  Je ne vais pas voter. La révolution tunisienne a été la plus grosse erreur jamais commise”, a déclaré l’un d’eux. Mais d’autres ont dit à MEE que c’est précisément ce désenchantement qui les a amenés à voter pour Kais Saied, un professeur de droit de 61 ans sans expérience politique qui a mené une campagne presque introuvable.

Le « candidat des étudiants ».

Un gros coup de pouce pour Saied semble avoir été donné par les jeunes Tunisiens. Un sondage réalisé par Sigma Conseil a révélé que 37 % des électeurs âgés de 18 à 25 ans et 20,3 % de 26 à 45 ans lui ont donné leurs suffrages, tandis que les électeurs plus âgés ont préféré Nabil Karoui.

« Kais Saied est le candidat des étudiants “, a déclaré Hatem Milki, porte-parole de Nabil Karoui, à MEE à propos du rival du candidat de « Qalb Tounès ». « Il a l’image du professeur préféré. Ils ne sont pas nécessairement plus conservateurs, mais les électeurs entre 18 et 25 ans ont une attitude différente vis-à-vis de l’Etat, contrairement à leurs parents, ils ne voient pas l’Etat comme quelque chose de fonctionnel ».

Une journaliste de 26 ans, a déclaré que Saied devait sa victoire au “système”. Davantage de jeunes auraient voté pour le candidat de gauche Mohamed Abbou, a-t-elle dit, n’eût-été la campagne de dernière minute lancée contre lui par les partisans du régime déchu. « Un jour avant les élections, ils ont orchestré une campagne de diffamation massive sur Facebook contre Mohamed Abbou, un combattant de la corruption politique. Sa popularité croissante parmi les jeunes les terrifiait “, dit-elle.

Un chantre de la lutte anti-corruption

Le co-fondateur du mouvement « 3ich Tounsi » qui participe aux élections législatives, et responsable du département de recherche du groupe, cité par MEE, a déclaré que pour de nombreux jeunes électeurs, Saied incarnait leurs plus grandes préoccupations concernant le statu quo.

“Les jeunes ont le sentiment que nous ne pouvons plus nous permettre la corruption politique endémique et les privilèges des politiciens en place”, a-t-il dit. “Kais Saied représente le meilleur des deux mondes : un néophyte politique et un professeur de droit expérimenté imbu de valeurs traditionnelles.”

Le mot de la fin, c’est une étudiante de 19 ans qui l’a débité. Elle affirme avoir dressé une liste de ses trois meilleurs candidats : Abbou, Abdelfattah Mourou, candidat du parti Ennahdha, et Saied, une liste qu’elle avait ensuite expurgée. « Kais Saied était celui qui restait ». « J’étudie à la a faculté où il enseignait. Il est neutre, indépendant et plus fiable que les autres.”

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L’ISIE vient de le décréter, ce sont les candidats Kais Saied et Nabil Karoui qui vont se retrouver au second tour de l’élection présidentielle. Les dès sont ainsi jetés pour les 24 autres postulants et plus encore pour celui du mouvement Ennahdha, Abdelfattah Mourou, qui s’était accroché à l’improbable espoir d’un recomptage des voix auquel, d’ailleurs, l’ISIE a mis davantage de temps que prévu avant de proclamer officiellement les résultats du premier tour de ce scrutin stupéfiant par son issue et fâcheux par ses retombées.

Tout bien considéré, cette Présidentielle a sa dramaturgie qui tient d’abord à son calendrier qui a pris de court tout le monde et bouleversé les plans des états-majors de tous les partis, happés par le temps et désorientés par le subit chamboulement des priorités. Saied et Karoui entendaient autrement cet avatar, le premier en se lançant dans cette course compliquée avec des idées sommaires, et à peu près sans le sou si ce n’est quelques emprunts pour de menus frais. Le second, qui s’y préparait depuis un bail, n’avait eu qu’à mettre en branle sa machine convertie de société de bienfaisance en dispositif électoral sophistiqué adossé à une chaîne de télévision dédiée.

Deux prétendants perspicaces

Deux prétendants qui se sont lancés à l’assaut d’une forteresse réputée inexpugnable, l’establishment dont est issu immanquablement tout le personnel politique de quelque bord puisse-t-il se réclamer. Sans doute étaient-ils plus perspicaces que d’autres pour avoir détecté dans toute son étendue le ressenti de l’électorat et être allés au devant des attentes de franges insoupçonnées de la population négligées par un échiquier politique occupé à s’étriper et à intriguer. Kais Saied surtout, a compris que les Tunisiens qui avaient «  fait une révolution dans un cadre légal », « veulent quelque chose de nouveau… une nouvelle pensée politique ». Au vu du résultat du premier tour,         ce candidat, sous des dehors de néophyte politique, tenait la recette pour damer le pion à ses concurrents, pour la plupart blanchis sous le harnais, en évitant les partis politiques et les rassemblements de masse avant le vote, choisissant plutôt de faire du porte-à-porte pour expliquer sa politique.

La simplicité de sa campagne a peut-être aussi renforcé sa crédibilité en tant que quelqu’un qui est engagé dans une croisade contre la corruption, qui, de l’avis de nombreux Tunisiens, a entravé leur transition vers la démocratie. « Saied a un certain attrait, en particulier pour les jeunes désabusés qui croient que la révolution a été détournée par des partis politiques corrompus “, a déclaré Sharan Grewal, chercheur à la Brookings Institution ». « Il leur offre une réforme très technique mais structurelle : la décentralisation du pouvoir, habilitant les gens à contrôler l’élite », a-t-il expliqué cité par Middle East Eye

Infatigable pèlerin

Saied aura à en découdre au second tour avec un candidat antisystème comme lui. Nabil Karoui, un magnat de la télévision reconverti en politique après un passage par la case philanthropie qui lui a valu l’empathie et l’adhésion des laissés-pour-compte pour la satisfaction des besoins desquels il a pris son bâton de pèlerin en sillonnant le pays dont il écumait les coins les plus reculés. Une charité bien médiatisée, toutefois, et pour laquelle il était accusé de « faire commerce de la misère des gens ».

Le fait est que ses oboles ont fait pleurer dans les chaumières, le célébrant comme le bon samaritain que l’Etat n’a pas réussi à l’être. Et cela a fondé Nabil Karoui à en tirer les dividendes sous la forme de suffrages et d’un plébiscite qu’il va devoir mettre en jeu face à son rival Kais Saied. Deux figures auxquelles on doit la déconfiture électorale d’un establishment fait de partis et de forces politiques qui ont fait la pluie et le beau temps, des lustres durant, mais qui finissent dans une bérézina à nulle autre pareille.

Quel que soit le vainqueur du second tour, forcément un antisystème, c’est une autre page qui va s’ouvrir pour les Tunisiens déjà habités par des tourments de différents ordres et auxquels les régimes et les gouvernements successifs étaient toujours en peine d’apporter même un début de solution.

Peu rompu à la politique, encore moins à la gestion de la chose publique et des rouages de l’Etat, surtout dans une conjoncture des plus difficiles pour ne pas dire désastreuses, celui qui remportera le scrutin présidentiel, ne devrait pas, dans tous les cas de figure, être en mesure de faire voir aux Tunisiens le bout de tunnel. Les minuscules prérogatives qui lui reconnaît la Constitution ne le permettent pas. D’aucuns parlent d’énormes incertitudes, d’autres carrément de saut dans l’inconnu.

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