On apportera rien de nouveau en soulignant que l’économie de la Tunisie flirte avec les abysses depuis 2017 , date à laquelle avait éclaté la Révolution censée pourtant marquer l’avènement du redressement et des signes annonciateurs du bien-être social. En lieu et place, les Tunisiens se sont retrouvés aux prises avec une situation économique qui non seulement tournait au ralenti mais qui s’est même détériorée avec une croissance intégralement anémique, des déficits budgétaires qui se creusent à vue d’œil, de faibles investissements et un chômage des jeunes de plus en plus élevé. Au premier trimestre 2017, le taux de croissance ne dépassait pas le 1,7%, et n’irait pas au-delà de 2,3% à la fin de l’année. Dans le même temps, les déficits budgétaires et de compte courant, qui se creusent depuis 2010, ont respectivement atteint -6,4 % et -7,9 % du PIB. Compte tenu de la faible reprise de la croissance en 2015, ces écarts budgétaires compromettent la stabilité macroéconomique, et le scénario à moyen terme reste incertain étant donné la fragilité de la situation sécuritaire et ses répercussions négatives sur la confiance des investisseurs.
Il va sans dire que dans semblable configuration, le chômage demeure la plus lancinante source de préoccupation, en particulier le chômage des jeunes qui n’a cessé d’augmenter pour passer de 28,3 % à 31,2 % entre 2008 et 2013. Si le secteur privé formel ne s’est pas développé suffisamment rapidement pour pouvoir absorber le grand nombre de jeunes gens instruits arrivant sur le marché du travail, l’emploi informel a fait un bond.
D’après la Banque mondiale, le secteur informel, qui se caractérise par l’absence de garanties et de réglementations, est un environnement particulièrement défavorable, surtout pour les femmes. La proportion de la population active composée de femmes est inférieure à 25 % en Tunisie. Parallèlement à l’élargissement du secteur informel, le pays assiste à une augmentation de la pauvreté qui se caractérise par de fortes disparités régionales, puisque les taux de pauvreté vont de 8-9 % dans la région du Centre-Est et du Grand Tunis à 26 % et 32 % respectivement dans les régions du Nord-Ouest et du Centre-Ouest.
L’ampleur des taux de chômage des diplômés universitaires est frappante, et témoigne de l’inadéquation croissante entre les qualifications et les besoins des employeurs. Chaque année, seulement 35 000 nouveaux emplois sont créés lorsque que plus de 60 000 diplômés arrivent sur le marché du travail. Le nombre de jeunes (âgés de 15 à 29 ans) qui ne sont plus scolarisés mais qui ne parviennent pas à trouver d’emploi est tout aussi préoccupant. Comme l’illustre le graphe ci-dessus, la proportion de jeunes qui ne sont ni employés, ni scolarisés, ni en formation, est élevée dans l’ensemble du pays, mais tout particulièrement dans les zones rurales où elle monte jusqu’à 63 % pour la population féminine.
Cette situation est non seulement un gaspillage de précieuses ressources humaines, mais constitue aussi un risque majeur pour l’avenir de la Tunisie. Une génération entière de jeunes, éprouvant un sentiment d’impuissance et privée de toute contribution économique réelle à l’avenir du pays, se sentira de plus en plus coupée de la société ; certains pourraient être tentés par des idéologies extrémistes.
L’attaque du musée du Bardo, par son impact probablement dévastateur sur le tourisme, devrait compliquer encore la relance de la croissance économique et la création de nouvelles opportunités. Le secteur du tourisme contribue pour plus de 12 % au PIB de la Tunisie, il emploie un Tunisien sur dix et contribue aux conditions de vie de près d’un Tunisien sur cinq. Or, depuis 2011, la Tunisie souffre d’une baisse considérable du nombre de touristes, qui est tombé à 6 millions en 2014, soit une diminution de 3 % par rapport à 2013 et de12 % par rapport à 2010.
Face à une situation qui ne fait que se dégrader, le gouvernement s’échine à trouver les remèdes qu’il juge opportuns tout en étant convaincu qu’il ne fait là qu’œuvre de replâtrage. Assailli par des ondes de choc, d’ordre essentiellement social et sécuritaire, l’équipe au pouvoir semble déboussolée sans cependant baisser les bras, s’accrochant à un ténu espoir de léger mieux pour une économie placée sous soins palliatifs.
M.L.








