On croyait la polémique sur la laïcité de l’État en Tunisie tranchée, depuis que le parti islamiste Ennahdha a fini par accepter la suprématie de la Constitution et des lois sur la religion, en abandonnant l’application de la «Charia». On croyait aussi finies les facéties «religieuses», telles que celles de la vague de violence Salafiste au Palais d’El Ebdellia. On croyait enfin l’idée d’une police religieuse dans un pays musulman et moderne comme la Tunisie, ne pouvait être que saugrenue. Il n’en est rien.
La torpeur et la somnolence ramadanesque du Tunisien vient, depuis quelques jours, d’être interrompue par au moins deux incidents. Le premier avait été la fermeture, par des agents de la brigade de la sécurité touristique, d’un café dans la région de Gammarth au nord de la capitale tunisienne sur fond de présence de consommateurs de boissons pendant la période de jeûne (Carême musulman). Le second a été plus violent, lorsque des internautes ont été témoins de voie de faits sur une consommatrice alors que le directeur du district de la police de Monastir tentait aussi de fermer les portes d’un café de la région. Derrière les deux incidents, il y avait une directive du ministère de l’intérieur, qui ne l’avouera pas, de veiller à la discrétion de ces lieux en période de Carême. Il semblerait que les directives auraient été déformées.
Intervenant en plein mois sacré du Ramadan, les deux incidents ne semblaient pas avoir été assez dangereux par les partis politiques en place. Le parti islamiste, qui se disait défenseur des valeurs religieuses, Ennahdha n’a pas réagi et n’a publié aucun communiqué, ni pour soutenir, et encore moins pour dénoncer. Nida Tounes non plus, parti dont la réussite aux dernières élections a été rendue possible par l’étiquette de défenseur de la laïcité qu’il s’était collée sur le front, n’a pas non plus réagi. Même le Mufti de la République s’est gardé de se mêler de ce qui est généralement considéré du domaine de la relation privée entre l’homme et son créateur. Les seuls à prendre une position ont été les cadres des mosquées, ce qu’on pourrait appeler les «Oulémas», qui s’étaient prononcés en faveur de la fermeture des cafés et restaurants durant le mois du Ramadan.
Le ministère de l’intérieur ne réagira qu’au courant de la seconde journée, par des sanctions administratives. Elle retirera leurs fonctions de directeurs à trois responsables de la police touristique de Gammarth et démettra le directeur du district de police de Monastir de ses fonctions. Cela s’arrêtera certainement à ce niveau, même si le propriétaire du café de Monastir déclare vouloir porter plainte. Les deux incidents ne sont pourtant pas sans rappeler les envolées lyriques de certains éléments durs, d’Ennahdha et d’ailleurs, qui soutiennent une application plus dure de l’Islam à la tunisienne et ne verraient pas d’un mauvais œil l’instauration de la Charia. C’est surtout une atteinte à l’État de droit dans un pays où la constitution garantit la liberté du culte et la liberté de l’activité commerciale. Une liberté fondamentale, celle du culte avec laquelle les politiciens de la révolution ont du mal à vivre.
De quoi j’me mêle semble ainsi dire toutes les parties prenantes dans cette nouvelle polémique, les anti-ramadan ou «Fattaras» comme les désigne l’argot tunisien, les politiciens des deux bords de l’État (partis au pouvoir et opposants) et les religieux aussi !
Khaled Boumiza








