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Khaled Boumiza

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Lors d’une séance plénière, mardi 21 novembre 2017, à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et consacrée à la Déclaration du gouvernement sur le projet de budget de l’Etat au titre de l’année 2018 et à la loi de Finances, le chef du Gouvernement tunisien a fait une déclaration relevant, pour le moins, de la mauvaise foi. Etymologiquement, selon le dictionnaire français, la mauvaise foi est «le fait d’affirmer quelque chose tout en sachant que cela n’est pas vrai».

Youssef Chahed a ainsi affirmé que «l’Etat est ouvert au dialogue avec les différentes parties, insistant à ce propos sur l’importance du caractère pacifique des mouvements de protestation qui, a-t-il dit, ne doivent en aucun cas entraver le processus de développement». Rappelons, d’abord, qu’il avait fait pareil sermon lors de son discours d’investiture, à la même ARP, resté depuis lettre morte. Mais le chef du gouvernement tunisien n’a pas oublié que cela. Nous lui en donnons liens, pour lui rafraîchir la mémoire et le rappeler au realpolitik !

Il avait ainsi manifestement «oublié» les entreprises, étrangères notamment, qui ont menacé de quitter le pays ou qui ont carrément mis clé sous porte, à cause des Sit-in et des grèves à répétition. Il avait encore oublié combien de fois il avait dû dépêcher ses collaborateurs négocier avec des investisseurs qui n’en pouvaient plus de voir leur production arrêtée et avec des ouvriers qui n’en démordront pas. Il avait oublié les dizaines de fois, sinon plus, où la production avait été entravée par des mouvements de protestation, dans le bassin minier et ailleurs et le muret qui avait été érigé sur la voie ferrée du phosphate. Cela, sans parler des trains de phosphate et de souffre «kidnappés» dans l’insouciance de tout le gouvernement On ne les comptera pas pour lui. Son ministre des Affaires sociales, médiateur dans plusieurs de ces affaires, le fera mieux que nous.

La chef du gouvernement tunisien, peut-être par «peur politique» qu’on rapporte à l’UGTT ce qu’il a dit ou que les syndicalistes l’entendraient à l’hémicycle et lui consacre un de ses fameux communiqués, avait oublié ce qu’il venait juste de dire à propos des salaires et au refus de dialoguer de qui, l’Etat se retrouve dans l’obligation de consacrer ¾ du budget aux salaires, jusqu’à devenir presqu’incapable d’investir. Il avait aussi oublié à qui il doit la nouvelle tentative de déstabiliser son gouvernement, en affirmant hier qu’il sera incapable de payer les pensions de retraite, jusqu’à l’obliger à dépêcher deux de ses conseiller pour démentir le SG Adjoint de l’UGTT !

Dans la même déclaration, ce mardi 21 novembre 2017 devant l’ARP, Chahed a aussi passé en revue certains indicateurs qui montrent une évolution malgré les difficultés enregistrées sur le plan social. Il a signalé à ce propos une amélioration de 23 % de la production du phosphate, en comparaison avec la même période de l’année précédente en plus de la hausse des exportations avec un taux de 18 % par rapport à la même période de l’année 2016.

On ne sait pas s’il parlait des mêmes chiffres que ceux publiés par l’INS et si on lui a donné copie. Dans les états du commerce extérieur, pour les 10 mois 2017, il est pourtant fait état d’une baisse de 7,1 % des exportations de phosphate et dérivés. La production a certes augmenté, mais restée en stock et l’exportation du phosphate a diminué. Cela, la Tunisie le doit, bien sûr, aux différents mouvements sociaux, qui persistent mais de manière épisodique, qui ont fait perdre nombre de ses marchés à la CPG !

Chahed a aussi rappelé dans son allocution que «la réalisation du développement est tributaire de la mise en valeur du travail et au retour à la production en tant que locomotive de développement». On lui rappelle, de notre part, cette affirmation de l’INS qui dit que «la production industrielle a enregistré une baisse de 0,9% au cours du mois d’aout 2017. Cette diminution est due principalement à la baisse observée dans le secteur de l’extraction des produits énergétiques (-34,2%), due principalement à la baisse de la production du pétrole brute». Et si le chef du gouvernement ne se rappelle pas des causes de cette baisse, il serait bon qu’il regarde le film des évènements qui avaient secoué la région pétrolière du sud, à Kamour entre autres.

Khaled Boumiza

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Il aura beau essayer de lui serrer les mains dans l’étau du contrôle, le chef du gouvernement tunisien ne devrait pas terminer l’année 2017 en bons termes avec les prix, dont l’indice semble courir plus vite que les visites inopinées et les saisies de marchandises dans les entrepôts frigorifiques de Youssef Chahed et son ministre du Commerce. Les deux n’avaient pourtant pas craint de se frotter aux opérateurs des marchés de la distribution, pour essayer d’exercer le peu de pression qu’il reste à leur statut de hauts responsables de gouvernement.

Ce n’est certainement pas le pire cas de figure que l’inflation ait connu. En 1982, l’inflation avait grimpé à 14,1 % ; en 1992, elle était à 8,4 % et avait même connu un 3,6 % en 2012. Pour 2017, le gouvernement de Youssef Chahed avait terminé ses quatre premiers mois d’exercice 2016 avec une inflation de 4,2 %. Fin août 2017, après un an jour pour jour de GUN (Gouvernement d’union nationale), l’inflation était déjà à 5,7%. L’exercice 2017 sera d’ailleurs celui de la non-maîtrise de l’inflation pour Chahed et ses différents ministres du Commerce. Force est donc de remarquer que Youssef Chahed s’était mis à la lutte contre l’inflation un peu tard.

  • Une gestion de la hausse des prix par la communication

On pourrait ainsi imaginer que si le chef du gouvernement tunisien s’était réveillé à cette lutte, depuis janvier dernier, tenu compte de l’impact des hausses des salaires sur les prix, ainsi que de la dépréciation du dinar sur divers intrants, fait et refait ses visites surprises aux différents marchés de gros du pays, et s’attaquer plus tôt aux entrepôts frigorifiques, l’état de l’indice des prix serait autre. On pourrait aussi imaginer que s’il s’était mis à confisquer plus tôt les milliers de tonnes de fruits et légumes pour les réinjecter dans les circuits légaux de distribution, leurs ardeurs se seraient calmées depuis l’été dernier. On pourrait, enfin, sans que ce soit la fin, imaginer que s’il avait réuni plus tôt les patrons des grandes surfaces et réuni même les petits vendeurs de fruits et légumes et les épiciers de quartier, le glissement des prix n’aurait pas continué de manière aussi débridée et l’inflation, au moins pour les produits agricoles, aurait été mieux maîtrisée.

Youssef Chahed avait déjà présidé depuis le 6 février 2017 une séance de travail consacrée à la discussion sur les prix des produits de consommation, des circuits de distribution et de la préservation du pouvoir d’achat des citoyens. C’était le temps de Zied Laadhari et Fayçal Hafiane au ministère du Commerce et l’inflation n’était alors qu’à 4,6 %. Depuis, elle n’a pas baissé. Deux mois plus tard, elle grimpait de 0,2 points.

En octobre dernier, le ministère du Commerce apportait même un démenti aux plaintes des consommateurs d’une hausse des prix et affirmait qu’il «lance quotidiennement de vaste campagnes de contrôle économique sur tous les points de vente de produits de consommation, couvrant tout le territoire de la République. Cette mobilisation a pour objectif de protéger le consommateur, surtout durant la période d’intersaison et de lutter contre les pratiques de monopole et l’augmentation illégale des prix de vente des légumes et fruits». Octobre dernier aussi, nombre de citoyens se plaignaient de la hausse des prix des légumes, et nouveau démenti et nouvelle promesse que les prix reviendront à la baisse. En octobre, la hausse reprenait et l’inflation aussi.

Si les promesses avaient été alors tenues, le chef du gouvernement n’aurait peut-être pas été obligé de se lever très tôt pour aller encore une fois à Bir El Kassaa. Mais, on ne refait pas le monde avec des Si !

  • 6% d’inflation d’ici fin 2017 et plus en 2018, estiment des sources d’AM

Visiblement, pris à la gorge par les différentes urgences – politiques, politiciennes, économiques, financières et sociales -, le chef du gouvernement a choisi une gestion à grands coups de communication éclairs et des coups de poing médiatiques. Mais ne dit-on pas que «la corde du mensonge est courte» ?

Cette campagne antihausse des prix, faut-il le rappeler, est intervenue dans une conjoncture interne où de plus en plus de voix s’étaient élevées demandant le départ de Youssef Chahed et au moment où ses détracteurs avaient cru tenir, dans le projet de la loi de finance 2018, le bon filon pour serrer l’étau autour du chef du gouvernement tunisien et le pousser vers la sortie. Aussi, est-il désormais permis de croire que ce n’était là que de la simple communication. Dans le cas contraire, même si nous croyons que la marge de manœuvre de Chahed est très restreinte en matière de prix, les prix se seraient au moins stabilisés à 5 %, ce qui ne fut pas le cas.

En octobre 2017, l’indice de prix à la consommation a connu une augmentation remarquable de l’ordre de 1.1% par rapport au mois de septembre 2017, et ce en raison notamment de l’enrichissement des prix du groupe alimentation et boissons de 1.0%, suite à l’augmentation des prix des légumes et des fruits frais. De même, les prix des articles d’habillement et chaussures ont augmenté de 4.9%.

Avec l’approche du mois de décembre, mois de consommation, notamment pour la fiesta du jour de l’an et les départs en vacances de fin d’année, la Tunisie devrait terminer l’exercice 2017 avec une inflation plus proche du 6 % que du 5 %, selon des sources officielles qui se sont confiées à Africanmanager (AM) et qui préfèrent garder l’anonymat. Le trend haussier de l’inflation ne devrait pas non plus s’inverser en 2018, une année où l’impact des prochaines hausses de TVA à tous les échelons devrait être plus important, cela sans compter d’autres hausses de prix d’un très important nombre de produits et services.

Khaled Boumiza

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Sarah Rjeb, la secrétaire d’Etat auprès du ministre du Transport, a tenu le 8 novembre 2017 la deuxième réunion pour examiner les moyens de redressement et même de sauvetage de la société des travaux ferroviaires, en présence notamment du PDG de la Sotrafer, Abdellah Nagati, un cheminot de carrière comme il est de coutume à la SNCFT, presque très peu ouverte aux compétences extérieures (derrière son ordinateur blanc sur la photo).

La Sotrafer est un établissement public créé en 1984, presqu’inconnu et dont on ne parle presque pas. La Compagnie des chemins de fer nationaux tunisiens (SNCFT) détient la totalité de son capital. Elle est spécialisée dans la construction et la maintenance des chemins de fer et la mise en œuvre de tous les travaux liés à la rénovation et l’entretien du chemin de fer. Comme l’OACA pour le transport aérien ou l’OMMT pour le maritime, sans pour autant en avoir l’aura et le prestige, c’est elle qui est en charge de l’infrastructure du transport ferroviaire en Tunisie et de sa maintenance.

En 2016, le chiffre d’affaires de la Sotrafer était de 18 MDT. Cependant, avec un total d’employés de 969 personnes, dont uniquement 25 cadres, et un très important parc de machine et de moyens de transport, l’entreprise terminait l’année avec une perte cumulée de 11,4 MDT. Il faut cependant noter que le bilan de cette entreprise publique a été fortement grevé par des charges de personnel d’un montant de 16 MDT au très faible taux d’encadrement qui en fait principalement une société de main d’œuvre et ne lui donne que très peu de marge de diversification de ses revenus et l’empêche de faire par exemple de la prospection et de la projection.

Comme toutes les entreprises publiques, les difficultés économiques et financières de la Sotrafer ont démarré après l’année 2011. La performance de l’entreprise a connu une baisse marquée, impactant de manière très perceptible et significative ses équilibres budgétaires. Et pourtant, cette situation n’est pas irréversible et il reste encore possible de redresser l’entreprise et d’en faire même un fer de lance, comme pour la Steg-International, dans l’exportation du savoir-faire tunisien. L’entreprise a déjà réussi à remporter certains projets sur les marchés étrangers, notamment au Cameroun où elle construit et renouvelle une moyenne de 100 kilomètres de voies ferrées par an, et en Arabie Saoudite où elle est sous-traitante de l’adjudicataire du marché de construction du marché d’une voie ferrée. Tout cela, sans oublier le budget de 15 MDT, annuellement prévu par la SNCFT pour les travaux sur ses sites.

Une des pistes de ce redressement dans le cadre d’une possible nouvelle vision globale du secteur des chemins de fer sur laquelle ne s’est toujours pas penché le gouvernement de Youssef Chahed, serait de couper le cordon ombilical avec une SNCFT qui l’étouffe et qui est l’une des causes de ses difficultés financières. Il n’est un secret que pour très peu, l’existence d’incidents de paiement et même d’impayés de sa maison-mère et son donneur d’ordre de travaux. L’Etat, propriétaire du site des chemins de fer depuis le début des années 2000 et qui fixe annuellement le fameux budget des 15 MDT, pourrai ainsi par exemple lui concéder ces sites et devenir son donneur d’ordres direct en lieu et place de la SNCFT pour le renouvellement des voies. Sotrafer pourrait ainsi devenir gestionnaire directe des voies de chemin de fer et pourrait réaliser les projets d’extension, les travaux de réalisation des voies sur la base du programme de la SNCFT qui en restera l’exploitant. Cela aidera à une meilleure gouvernance des sites ferroviaires par la séparation entre l’exploitation, et la construction et la gestion, évitera les gaspillages, en temps et outils de travaux, et allégera la SNCFT.

Khaled Boumiza

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une simple conférence de presse, ni pour une quelconque visite sur terrain du chef du gouvernement, et encore moins à un de ses déplacements à l’étranger. Nous faisons plutôt partie de ceux qui ont toujours critiqué Youssef Chahed et maintes fois dénoncé les travers, les erreurs et les malfaçons redondantes de la politique de communication du chef du gouvernement, et son attaché de presse nous le rend «bien». Et pourtant !

Comme beaucoup de Tunisiens et contrairement à beaucoup de ces politiciens qui pensent déjà au prochain, nous croyons en la nécessité impérieuse, après 3 présidents de la République, 7 chefs de gouvernement, 10 gouvernements, 286 ministres, 195 secrétaires d’État et 218 conseillers, d’un minimum de stabilité politique. Le pays en a fortement besoin, pour terminer ses réformes

Non que Youssef Chahed soit le meilleur, mais parce qu’à force de chaises musicales, on finit par avoir le tournis et perdre l’équilibre. Non que l’actuel chef de gouvernement, avec des conseillers qui font jaser et un gouvernement encore loin d’appliquer le dicton «l’homme qu’il faut à la place qu’il faut» et encore loin, lui-même, de pouvoir se construire l’espace politique et social qui lui donnerait les coudées franches dans son action à la tête du gouvernement, soit sans défauts. Mais parce qu’à force de changer de gouvernement, on finit simplement par changer de bord en épuisant un peuple, qui commence déjà à trouver le temps long pour voir arriver le changement voulu par la révolution.

Qui plus est, si ce jeune chef de gouvernement, qui a fait l’objet d’un consensus de la part des signataires du Pacte de Carthage, commence à réaliser ce dont ses parrains l’ont chargé.

Force est en effet de remarquer que le secteur touristique se relève malgré les douloureux coups de bélier du terrorisme. Touristes, européens et de toutes nationalités, reviennent. TO et grandes marques internationales de l’hôtellerie reprennent la route de la destination Tunisie. Les chiffres et les intentions d’investir le prouvent.

  • Youssef connaitra-t-il le sort de Joseph ?

Touchons du bois, mais la Tunisie n’a plus connu, depuis le Bardo, de nouvelles attaques terroristes et le nombre de projets d’attentats, avortés par les efforts des différentes forces de l’ordre, le prouve. Le pays connait, malgré tout, une certaine stabilité sécuritaire, malgré l’explosion des chiffres de la criminalité que le nouveau ministre de l’Intérieur réfute.

Les devises étrangères rentrent dans les caisses, malgré le peu de satisfaction des bailleurs de fonds des conditions de déroulement des réformes pour lesquelles ils ont accordé les crédits à la Tunisie. Tous les ratios financiers du pays ne sont pas encore au beau-fixe, loin s’en faut, mais l’économie tient encore la route et les investisseurs étrangers n’arrivent toujours pas à bouder la destination Tunisie.

La masse salariale a augmenté comme jamais durant les dix dernières années et il n’arrive toujours pas à maîtriser les prix, mais il fait de la croissance, même si certains experts estiment que 1,9 % réalisé sur les 9 mois de 2017 reste une croissance anémique (Cf Walid Ben Salah).

Après les 1,9 % du premier trimestre 2017, il en est déjà à 2,1 %. Au regard de ces chiffres, c’est manifestement une nouvelle trajectoire qui se dessine, comme nous l’écrivions. Et elle devra certainement être vigoureusement soutenue sans coup férir, c’est-à-dire par moins de troubles sociaux, davantage d’efforts et de travail, une stabilité politique et fiscale qui draine les investissements, qu’ils soient domestiques et étrangers, et surtout un retour massif au travail. Dans un récent article, Pierre le Jeune d’Allegeershecque, qui est analyste chez le cabinet conseil en intelligence économique «Alaco» basé à Londres, estime que «il y a des indications que la tendance économique [Ndlr : de la Tunisie)] tourne. La Banque mondiale s’attend à une reprise de la croissance cette année alors que la situation politique et sécuritaire se stabilise et que les investissements étrangers commencent à revenir», rapporte le «Financial Times».

  • Youssef et la guerre contre la corruption, en guise de chemise !

Force est aussi de constater que l’homme est enfin entré en guerre contre le phénomène endémique que tout un pays dénonce, celui de la corruption, de la prévarication et les trafics de tous genres. Sa guerre n’est pas encore totale et «oublie» encore quelques autres facettes de ce fléau, mais il avance même si c’est dans les contraintes, politiques et partisanes.

C’est, peut-être, tout cela qui lui vaudra d’être remercié, d’ici la fin de l’année disent certains, ou avant la fin de sa mission disent d’autres. Ce qui est sûr, c’est que toute l’arrière scène politique tunisienne bruisse depuis peu d’informations prêtant au chef de l’Etat l’intention d’infliger à Youssef Chahed le même sort que son prédécesseur, Habib Essid.

Si cela se vérifiait, Béji Caïed Essebssi aura rendu le pire service à la Tunisie dont il s’était érigé protecteur, en l’introduisant de nouveau dans la tourmente de l’instabilité politique !

Mais peut-être que les «faux-frères» politiques de Youssef prendront-il sa guerre contre la corruption en prétexte tacite pour lui faire subir le même sort que Joseph et l’incident de la chemise avec la femme de Putiphar !

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Sous le titre «Tunisie : L’héritier», Jeune Afrique commence son dernier article panégyrique en affirmant de manière péremptoire que «trente ans après la destitution de Bourguiba, la manière dont Béji Caïed Essebssi exerce le pouvoir rappelle de plus en plus celle de son mentor».

Parler de Bourguiba, dans la Tunisie actuelle, n’est pas facile, tant la personnalité du «Combattant Suprême» suscite à la fois admiration et inimitié. Cela, sans parler de l’appropriation à des fins politiques. Dans les deux cas, le risque est grand de se faire taper, au moins, sur les doigts, tant par ses admirateurs, que par ses détracteurs.

Affirmer pourtant que Béji Caïed Essebssi (BCE) est l’héritier du Combattant Suprême, le président Habib Bourguiba, serait nous semble-t-il, aller un peu trop vite en besogne. Explication :

⦁ Deux personnalités, similaires et dépareillées

 A 84 ans, Bourguiba a été renversé par Zine El Abidine Ben Ali, l’un de ceux qui s’étaient, pendant de longues années avant 1987, disputés l’héritage jusqu’à épuiser tout un pays. A 91 ans, Béji Caïed Essebssi (BCE) est toujours au pouvoir et ne dédaignerait pas reprendre de plus belle.

Le premier avait apporté l’indépendance et érigé l’éducation nationale en priorité absolue, jusqu’à lui consacrer une très grande part du budget (c’est aussi le cas présentement, mais avec un budget de 4,9 Milliards DT dont 4,58 Milliards DT qui vont aux salaires et 0,09 Milliards DT qui vont aux dépenses des moyens de services dont l’entretien des bâtiments, des écoles et uniquement 0,210 Milliards DT à l’investissement).

Avec le second, la Tunisie vit la dépendance, des 209 partis politiques et des députés de l’ARP, du bon-vouloir des créanciers et des bailleurs de fonds, ainsi que l’humeur du jour des dirigeants de la Libye. Sans parler de l’état actuel de l’école publique, qu’il laisse partir à la dérive, désertant le terrain que vient occuper, il faut le reconnaitre, l’UGTT, dans l’éducation nationale aussi.

Bourguiba n’a jamais accepté un partage des pouvoirs. Il est l’Etat et l’Etat c’est lui, disait-il en paraphrasant Louis XIV. BCE n’a presque pas de pouvoirs, sauf ceux et ils sont très peu que lui a donné la Constitution de 2014. Il est même un parmi trois président dans la Tunisie de la Révolution.

Comme Bourguiba, BCE a le verbe facile, la réplique et le sens de la rhétorique sur le bout de la langue, mais avec moins de superbe que son mentor, surtout lorsqu’il sort de ses gonds, chose rare chez Bourguiba, et s’adresse aux journalistes.

Avec Bourguiba, l’Etat avait toute sa superbe et était craint. Avec BCE, l’Etat a tout perdu et aucun de ses symboles et représentants n’est plus craint. Cela fait sept ans que l’Etat court derrière son autorité pour la restaurer, il n’en reste presque plus rien.Bourguiba menait, certes dans le respect, ses ministres à la baguette. BCE ne peut qu’essayer chaque fois de placer quelques-uns de ses hommes, dans des gouvernements qui ne lui doivent aucune allégeance et où la solidarité gouvernementale est loin d’être le point fort.

Avec Bourguiba, la Tunisie avait même vécu pendant quelques mois avec un remaniement chaque lundi. Avec BCE, ce sont deux gouvernements, entiers et changeants, presque tous les ans. Le premier avait fait de la stabilité politique un argument. Avec le second, c’est l’instabilité au second plus haut sommet de l’Etat.

Bourguiba a libéré la femme tunisienne. Le second en a fait le fer de lance de sa campagne pour les présidentielles et lui a donné le droit de prendre mari de n’importe quelle religion. BCE voudrait aller plus loin que Bourguiba, en mettant sur la table l’égalité en héritage. Il oublie le loup qu’il a lui-même introduit dans la bergerie, son premier partenaire au pouvoir, qui refuse de pousser dans le même sens.

⦁ L’épreuve par le lien père & fils

Bourguiba ne craignait rien ni personne, ni grèves, ni UGTT dont il avait un jour mis en prison le vrai leader Habib Achour. BCE compose, avec des grèves incessantes et ne peut plus mettre personne en prison. Il est même plus risqué, pour un journal comme nous, de critiquer l’UGTT que de le faire pour BCE. Devant Ronald Reagan, Bourguiba s’était offusqué en public que le président américain oublie de parler des aides promises à la Tunisie. Devant le président français, BCE avait oublié qu’il était en présence de François Hollande et non de François Mitterrand.

Comme Bourguiba, Essebssi a un fils. Le premier l’a certes plusieurs fois nommé ministre et ambassadeur, mais n’a jamais pensé à lui léguer quelque chose. Le second lui a, de sa vie, donné le parti qui a emmené son père au pouvoir en héritage. Le premier ne connaissait presque pas la valeur de l’argent. Le second a reconduit le salaire de 30 mille DT de l’ancien président.

Comme Bourguiba avec les Beys, BCE a été à l’origine de la confiscation. Le second s’en est presque voulu et fait voter la loi sur la réconciliation, qui sera tellement déplumée qu’elle ne concernera plus que l’Administration. Contrairement à lui, Bourguiba n’a pourtant pas touché aux entrepreneurs de l’époque (qui sont par ailleurs, comme à toutes les époques, toujours proches du sérail) et qui a su mobiliser les hommes d’affaire du pays pour mettre sur pied une économie, forte pour l’époque. BCE n’arrive toujours pas à remobiliser les hommes d’affaires pour faire redémarrer une économie qui a perdu toute sa dynamique et n’est plus forte.

⦁ HB & BCE, unis dans le «dark-side»

Ce ne sont là que quelques réflexions, qui peuvent paraitre superficielles, sur les parcours et les performances des deux personnes. Des parcours différents et qui ont fortement impacté les actions de chacun des deux avocats. Mais des parcours qui ont fait de Bourguiba et de BCE des personnalités, tout aussi similaires que dépareillées, pour nous amener à dire que le second n’a pas su être le digne héritier du premier.

Loin de nous l’idée d’un quelconque déni de l’apport de la trentaine d’années d’un Bourguibisme qui a presque fait de nous ce que nous sommes devenus, pour écrire de telles remarques sur le «Zaïm». Loin de nous aussi le déni de ce que ces 3 années de «Bajboujisme» ont apporté à la Tunisie de l’après révolution où le vote utile n’aura pas été si inutile que cela, malgré les revirements de BCE sur la question des Islamistes. Mais s’il fallait en définitive leur trouver un point commun, ce serait plutôt leur enfermement sur eux-mêmes qui les empêche d’imaginer la Tunisie sans eux.En 1970, Bourguiba décidait d’amender la constitution et finissait par installer la présidence à vie. A défaut d’arracher un amendement de la Constitution en vue d’une re-présidentialisation du pouvoir, BCE est entrain de grignoter quelques bribes de pouvoir, aux dépends de ses deux derniers chefs de gouvernement. Il a fini par avoir la peau du premier. L’arrière-scène politique bruisse actuellement d’informations, prêtant à BCE l’intention de déboulonner le second.

Comme Bourguiba, et c’est là son plus grand tort et la meilleure illustration aussi de ce qui rapproche réellement BCE de Bourguiba dont on dit qu’il est son mentor, Essebssi n’arrive toujours pas à préparer la Tunisie pour la relève d’un homme plus âgé que Bourguiba lorsqu’il avait été démis. Chef de tout l’Etat et «père de la Nation», Bourguiba avait fini par faire table rase de tout ce qui pouvait un jour avoir la stature d’un héritier politique, opposition et alliés compris. Bien malgré lui, il s’est trouvé dans l’obligation de désigner lui-même celui qui lui succèdera. Successeur qui continuera dans la même voie bourguibienne et mène le pays droit vers un vide politique qui s’est à maintes élections vérifié depuis 2011. Ne pensant jamais à préparer sa succession et à bien y préparer le pays, Ben Ali met le pays entre les mains des Islamistes. Peut-on alors dire, après tout cela, que BCE est l’héritier de Bourguiba ?

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Il y a un peu plus d’un mois, le chef de la Conect, lui-même exportateur, s’élevait contre les services du port de Rades et cognait sur la STAM. «J’aimerais avoir tort et qu’on conteste mes chiffres, mais en 2016, et pour ne prendre que cet exemple, la Tunisie a perdu 900 millions de dinars à cause de la longue attente des navires qui accostent dans nos ports. Nous reculons dans l’indifférence générale !», disait Tarak Cherif, en résonnance à un mécontentement général des services de la Société tunisienne d’acconage et de manutention (STAM).

Bien que nouvel arrivé dans ce secteur, économiquement transversal car touchant à plusieurs entreprises et secteurs d’activités, mais tout aussi complexe, Radhouane Ayara est au courant de cette grogne des hommes d’affaires et nous a semblé conscient de la difficulté d’y trouver des solutions urgentes lorsque nous l’avions rencontré au dîner de l’ATBC, qu’il a rejoint directement de l’aéroport en provenance du Maroc.

«Le problème n’est le port de Rades en lui-même, mais la gestion de ce port et des services qui y sont rendus par la Stam qui n’avance peut-être pas au niveau voulu par les sociétés d’import-export. Elle fait certes son travail, mais pas avec la célérité requise» affirme, sans vouloir trop en dire, le ministre du Transport à Africanmanager. Et le ministre d’acquiescer aux critiques des hommes d’affaires, en admettant que «les opérateurs économiques sont dans leur droit lorsqu’ils pointent les points négatifs de cette gestion, qui sont par ailleurs palpables et visibles à l’œil nu car l’investisseur est en train de perdre, en temps, en argent, en contacts et en marché. Cela nous a parfois obligé à trouver d’autres moyens, que ceux en lien avec les structures de la Stam, pour solutionner ces problèmes».

Tournant jusque-là en rond autour de la solution à préconiser par son département, le ministre Ayara se lance. «Il nous faut parfois avoir le courage de regarder ce qui se fait dans d’autres pays en matière de gestion des ports. Je pense ainsi qu’il faut peut-être donner au secteur privé aussi un rôle dans la gestion des ports. Pas nécessairement de manière directe, mais au moins en tant que force de propositions».

  • Privatisation, non. Entrée du privé, oui !

Intrigués et presqu’admiratifs qu’un ministre du Transport du GUN puisse parler de privatisation, nous lui demandons de s’expliquer. Avançant comme sur des œufs, il esquive par un «pas nécessairement dans le côté négatif de la privatisation dans le volet licenciement ou dans la cession d’une entreprise publique, mais plutôt dans la gestion par une injection positive». Et le ministre de lâcher enfin que «l’ouverture au privé pourrait ainsi se faire dans certaines activités, pourquoi pas. Il y a, par exemple, actuellement une réflexion autour d’une possible participation des privés dans la gestion de certains quais, comme les quais 8 et 9 dont parlent les opérateurs du secteur. Ce n’est là qu’une nouvelle vision, mais l’essentiel est de discuter avec tout le monde à propos du problème du port de Rades, y compris avec le partenaire social».

Beaucoup pensent cependant, que le problème du port de Rades et de sa gestion, c’est aussi de déterminer qui entre et qui sort du port. Le ministre nous le confirme et annonce que «il y aura désormais le programme TOS (Implementing a Terminal Operating System) qui devrait désormais permettre de mieux gérer les issues du port. Pour répondre de manière urgente aux doléances des opérateurs économiques exerçant dans le port de Rades, nous travaillons sur l’amélioration des services par les nouvelles technologies. De nouveaux équipements ont été dernièrement acquis par la Stam. Mais ce qui est beaucoup plus important que les équipements, c’est leur gestion de manière rationnelle».

  • Le port en eau profonde restera à Enfidha et la CDC y sera.

Certains évoquaient dernièrement le fait que le gouvernement de Youssef Chahed aurait décidé d’enterrer le projet de port en eau profonde d’Enfidha. Une information que Radhouane Ayara dément. «Au contraire, ce projet, qui est le rêve de toute une région et de toute la Tunisie, va se réaliser et à Enfidha même», a-t-il affirmé à Africanmanager, avant de donner ensuite des précisions. Selon le ministre du Transport, «le dernier maillon de la chaîne des participants au capital de la société qui sera chargée de l’élaboration de cet important projet vient tout juste d’être trouvé par l’accord de la CDC, en plus de 6 autres entreprises publiques en lien direct avec le domaine portuaire. Le capital de cette nouvelle société, dont la création deviendra officielle dans les prochains jours, sera de 360 MDT mais débutera avec 10 MDT. C’est elle qui confectionnera le cahier des charges et qui lancera l’appel d’offres».

Le projet du port d’Enfidha avait été lancé dans le cadre du programme électoral de l’ancien chef de l’Etat tunisien Ben Ali. Un appel à manifestation d’intérêt pour la réalisation de ce projet sous la forme d’un full BOT avait été lancé et devait aboutir en janvier 2008. Le projet avait été ensuite remis sur la table en 2014.

En fait, selon nos informations, le gouvernement tunisien de Youssef Chahed aurait un temps hésité entre deux options : soit un nouveau port, soit une extension de celui de Rades, laissant un temps croire à un «enterrement» du projet d’Enfidha. «Il n’y aura pas enterrement du projet du port, mais nous pourrions nous décider pour les deux projets à la fois, Enfidha et construction de 2 nouveaux quais pour l’extension du port de Rades, ou nous contenter du port en eau profonde. La décision devrait être prise à l’occasion d’un CMR qui devrait se tenir dans les prochains jours».

On ne sait cependant encore pas si le gouvernement Chahed va aller dans la même démarche d’un projet en BOT ou un marché conventionnel. Selon le ministre tunisien du Transport, «la possibilité d’une concession n’est pour l’instant pas écartée», du fait de l’ouverture de l’économie tunisienne sur le secteur privé, qu’il soit local ou étranger, «mais cela sera étudié dans une prochaine étape», tient à préciser le ministre Ayara, qui évoque à l’occasion l’expérience du Maroc qui a donné la gestion d’une partie du port à quelques intervenants capables d’assurer la pérennité de l’activité pour le port et de toutes les façons avec la qualité de service requise par les opérateurs et les clients étrangers.

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La photo a beaucoup intrigué les usagers des réseaux sociaux, qui se sont demandé ce que fait la «société du métro léger de Sfax» avec ces deux voitures du ministère du Transport, alors qu’il n’y a pas de métro, ni lourd ni léger, dans cette grande ville du sud tunisien qui souffre, par ailleurs comme toutes les grandes villes de Tunisie, de gros problèmes de circulation.

Au fait, le métro léger de Sfax existe bel et bien, même s’il n’est pour l’instant qu’en projet, mais un projet qui avance sous le regard vigilent de la nouvelle Secrétaire d’Etat en charge des transports. Un projet aussi qui dispose de bureaux où siègent, depuis mars 2016, le PDG Rachid Zaïer, un ingénieur de l’ENIT, cheminot de carrière et qui a roulé sa bosse à la SRTB (société régionale de transport de Bizerte) et à l’ATT (Agence de transport terrestre), secondé par deux ingénieurs. C’est cette équipe qui s’occupe actuellement de la société du métro-léger de Sfax, créée en 2015. Ils ont en charge l’élaboration des appels d’offres, la libération des emprises et toutes études à faire et devraient même lancer un nouvel appel d’offres pour le choix d’un assistant à la maîtrise de l’œuvre.

  • 2,8 Milliards DT pour 33,5 kilomètres et des bus

Le 3 Novembre 2017, Sarra Rjeb tenait en effet réunion pour le suivi du projet du métro léger de Sfax. D’un coût total estimé à 2,8 Milliards DT, ce projet est d’une grande importance au niveau régional et national, pour l’impact économique, social et environnemental qu’il devrait avoir sur la qualité de vie pour les citoyens de Sfax, où il représentera un bond en avant dans le présent et l’avenir de la ville et un modèle applicable à d’autres grandes villes tunisiennes.

Le projet, dit TCSP (Transport en commun sur sites spéciaux), comprend cinq lignes, dont deux lignes de métro de 33,5 km et 3 lignes de bus de haute qualité sur 36,5 km. Un premier appel d’offre (AO) international avait été lancé en 2017 et avait été déclaré infructueux, par la haute commission des marchés de l’Etat pour des questions de procédures relatives à l’AO, la haute commission demandant un AO de manifestation d’intérêt, d’abord qui lui éviterait de possibles participations à la-tout-va, et qui devrait aboutir à une short-list. C’est ainsi qu’un AO de manifestation d’intérêt a été lancé et qui a abouti au choix de huit bureaux d’études, dont deux espagnols, trois franco-tunisiens, un turc, un italien et un de Corée du Sud. Le 27 octobre dernier, les 8 short-listés ont été contactés pour présenter, d’ici le 28 novembre courant, leurs offres pour un APS (Avant-projet sommaire), un APD (avant-projet détaillé) et un DAO (dossier d’appel d’offre). Janvier 2018, le choix du cabinet de consultants sera définitif et la durée de l’étude sera de 18 mois. En juin 2019 devrait ainsi être lancé l’appel d’offre international pour les travaux de construction de la première tranche de 13,5 kilomètres du métro léger de Sfax. L’achèvement du réseau, qui est en fait divisé en quatre tranches dont la 1ère est prévue pour l’an 2024, ne devrait pas avoir lieu avant 2030 avec des lignes de bus de haute qualité prévues sur la longueur de 36,5 km.

Le 7 novembre, la Secrétaire d’Etat planchait aussi sur la réforme et le développement de la Soretras (Société régionale de transport de Sfax). La société est le seul intervenant de la région en matière de transport des personnes par bus et se retrouve désormais incapable de répondre aux demandes croissantes en raison du faible potentiel matériel, avec un nombre limité de 453 bus, dont 285 prêts à l’exploitation.

La société connait, depuis quelques années, plusieurs problèmes dont notamment la détérioration de la qualité des services en raison du retard enregistré dans la réalisation des programmes d’investissement, la hausse des charges d’exploitation des agents par rapport à la faiblesse de la productivité. Cela, en plus de la hausse des prix du carburant et des pièces de rechange. Résultat : des pertes importantes et l’incapacité de l’entreprise à remplir ses obligations envers divers fournisseurs, l’État et la Caisse nationale de sécurité sociale.

Les pertes différées cumulées ont ainsi atteint 48 millions de dinars à la fin en 2016. La contribution de l’Etat à la couverture du déficit a fait passer la subvention de 25,3 MDT en 2010 à 45,5 MDT en 2016.
Au cours de cette réunion, le projet de programme présenté par l’entreprise pour sortir de cette situation critique a été examiné, ainsi que les raisons qui ont conduit à cette situation et plusieurs hypothèses pour en sortir.

La Secrétaire d’Etat a manifestement renvoyé le plan de redressement qui lui a été présenté par la direction de la Soretras. Elle lui a demandé un plan plus convaincant, avec une vision, future et innovante, pour le réseau dans la perspective du métro léger, ainsi qu’une réflexion sur la qualité de service pour arrêter l’hémorragie en matière de perte de parts de marché. Rendez-vous donc pour le 21 novembre.

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Ancien colonel de l’armée tunisienne, reconverti et qui dirige depuis bientôt une année «l’armée» d’employés (ils sont plus de 7.500 personnes) de la compagnie tunisienne de transport aérien Tunisair, Elyes Mnakbi reste optimiste quant l’avenir de l’entreprise , malgré tout ce qui se dit à propos de sa qualité de service et ses difficultés financières.

Interviewé lors de la rencontre de la TABC avec le groupe d’hommes d’affaires qui participeront à l’inauguration de la nouvelle ligne de Tunisair sur le Benin, le Colonel-PDG qui voudrait sauver le soldat-Tunisair estime que «elle va désormais dans le bon sens». Mnakbi n’en reste pas moins réaliste et loin d’être langue de bois comme il l’a attesté lors de différentes sorties médiatiques, en reconnaissant que «la saison passée a été catastrophique, malgré l’augmentation de 23 % du chiffre d’affaires avec une flotte vieillissante», mais sans oublier pour autant de s’auto-congratuler et nous faire remarquer que «c’est est une première pour les sept dernières années d’exercice de Tunisair».

En fait et comme nous l’avait déjà indiqué le ministre du Transport Radhouane Ayara et comme le confirme son PDG, la compagnie prépare un nouveau plan de redressement, qui serait, selon Mnakbi «en phase finale d’élaboration».

  • Le Colonel qui voudrait sauver le soldat Tunisair

Première nouveauté dans ce plan, Tunisair chamboule encore une fois son plan de flotte. «Nous avons mis en place une nouvelle politique, qui tienne compte de notre situation matérielle. A l’instar du reste des grandes compagnies aériennes, nous n’achèterons plus, nous louerons les avions dont nous aurons besoin et cela nous coûtera 30 % de moins qu’à l’achat», indique Mnakbi à Africanmanager. Manifestement bien informé et sûr de sa décision, il précise que «notre plan de flotte consiste désormais à louer cinq ou 6 avions, des A320 Néo qui offrent plus de rayon d’action et permettent un gain de 15 % en consommation de carburant ou des 737.800 qui disposent d’une large soute pour des voyageurs, tels que les Africains».

Désormais, Tunisair fait la politique de ses moyens et suit la tendance internationale du Leasing, même si avec du retard. Désormais aussi, le plan de la flotte de la compagnie qui compte actuellement 28 appareils, ne comportera plus que 5 appareils A330 qui seront Néo, en lieu et place des acquisitions qui devaient se concrétiser en 2020. Les 5 seront en location à travers le Leasing, avec, peut-être, une option de rachat, mais ce n’est pas sûr. Ce qui certain, c’est qu’ils ne feront que remplacer les avions qui ne seront plus aptes à voler et dont le rythme régulier est d’un départ par an.

Mais la restructuration de Tunisair, c’est aussi le volet social. La compagnie qui avait provisionné 53 MDT pour un plan de sortie volontaire à la retraite anticipée de 1.200 salariés, s’était retrouvée avec des demandes de cadres indispensables et voudrait pouvoir, choisir et décider elle-même de qui pourra partir à la retraite anticipée.

Tunisair comptait sur les caisses sociales pour payer les retraites. Ces dernières ont cependant soulevé une levée de bouclier pour cause de difficultés financières propres. «C’était une ancienne évaluation, datant de 2015. C’est désormais la compagnie qui se chargera de payer la différence. Il nous faut pour cela 100 MDT», indique Elyes Mnakbi. Et lorsqu’on lui rappelle que l’Etat refuse jusqu’à présent de mettre la main à la poche pour aider Tunisair, il prend un air désolé pour rétorquer, comme s’il avait Youssef Chahed en face de lui, que «normalement, même si Tunisair perd de l’argent, elle fait gagner le pays, macroéconomiquement, grâce au tourisme et services sanitaires etc. et participe activement à la croissance économique du pays». Et de sauter ensuite le pas, non sans courage et même avec la témérité du bon soldat, en affirmant avec le sourire, que «l’Etat doit nous verser l’argent, non seulement pour le bien de Tunisair, mais de celui de tout le pays».

  • L’Open Sky total, c’est la faillite pour Tunisair

L’autre actualité pour Tunisair, alors que la ministre tunisienne du Tourisme pousse vers la finalisation des négociations avant la fin 2017, c’est l’ouverture de son marché, par l’Open Sky à d’autres compagnies et notamment les Low Cost. Et lorsqu’on lui demande si cette ouverture est une bonne chose pour sa compagnie, il n’hésite pas une seconde pour répondre par un «jamais» sentencieux, avant de préciser, comme pour nuancer les déclarations de Selma Rekik Elloumi, que «l’Open Sky sera appliqué à Djerba et Monastir. Mais pas à Tunis-Carthage. C’est cela l’accord car, avec l’infrastructure, les moyens et la flotte de Tunisair, c’est la faillite !».

 

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Une Assemblée Générale Extraordinaire des actionnaires de la Banque tuniso-koweïtienne (BTK) s’est tenue le mardi 7 novembre 2017 au siège social de la banque à Tunis, sous la Présidence de Radhi Meddeb, qui l’a confirmé hier mercredi pour Africanmanager. Selon la même source, il y a été «proposé de doubler le capital social de la banque pour le porter de 100 Millions TND à 200 Millions TND» et «les actionnaires – l’Etat tunisien, le Kuweit Investment Authority et BPCE International – ont donné leur accord pour participer à cette augmentation de capital à hauteur de leur pourcentage actuel de détention». Bernard Frémont, Directeur général de la BTK, comme le rapporte la même source, a déclaré à cette occasion que «cette opération (…) permet à la BTK d’asseoir sa solidité financière. Après ces années 2016 et 2017 marquées par un travail d’assainissement et de remise aux normes, cette augmentation de capital donne à la BTK les moyens d’un développement sain et durable, lui permettant de contribuer pleinement au développement de l’économie tunisienne». Ça, c’est pour l’information qu’on ne trouvait encore nulle part sur le site web de la banque en question, et encore moins sur le site du CMF qui publiait le 13 octobre 2017 le rapport des deux commissaires aux comptes de la banque pour l’exercice 2016.

  • Pourquoi l’augmentation du capital ?

Expliquant cette décision d’augmentation du capital, le président du conseil d’administration de la BTK rappelle d’abord la décision prise en septembre 2016 de changer de gouvernance. Désormais, c’est un Tunisien pour la présidence du conseil d’administration, en l’occurrence Radhi Meddeb et un Français pour la direction générale qui est Bernard Fremont. Selon la même source, «ce changement avait pour but d’accélérer le transfert du savoir-faire et l’intégration de la banque dans le groupe. La BTK étant détenue à hauteur de 60 % par BPCE, le 15ème groupe à l’échelle mondiale et de l’Europe et les comptes consolidés de BPCE étant assujettis à la supervision de la banque centrale européenne, la maison-mère a aussi décidé de mettre la banque tunisienne aux normes européennes». Radhi Meddeb rappelle, à ce propos, que la Tunisie est juste entrain de migrer vers les normes internationales dites Bâle II avec engagement de la BCT d’y amener toutes les banques à l’horizon 2020, alors que les banques européennes sont déjà au-delà de Bâle III, avec les méthodes, les directives et les procédures de supervision qui vont avec.

Cela implique une perception différente de la notion de risque et son traitement. «Appliquer cela, de manière brutale, à un établissement tunisien, revient à relever des risques qui ne sont pas considérés comme tels par une banque assujettie à d’autres normes de supervision et à les traiter séparément. Le groupe a pourtant décidé d’appliquer cela, à l’ensemble de ses filiales dans le monde pour consolider. Des discussions s’en sont suivies avec les autorités tunisiennes qui ont estimé que celui qui peut le moins peut le plus et qu’il n’y a pas de souci si cela amène en plus vers plus de rigueur». Et d’en venir à l’effet de ce changement de régime pour ainsi dire, il explique que «cela a amené la BTK à identifier des risques, non considérés comme tels par la banque auparavant. Cela a engendré un niveau de provisionnement important dans les comptes de la BTK. Cela a abouti au résultat déficitaire de 84 MDT de 2016, provenant essentiellement d’une augmentation du coût du risque».

Les 82,543 MDT ne sont donc pas nécessairement des pertes, mais des provisions de 82 MDT et les fonds propres étaient à 168 MDT, avant cette provision. Tout cela n’a été acté par l’AGO que le mardi 7 novembre 2017. «On a tenu à ce qu’il n’y ait pas de rupture par rapport aux ratios de supervision en place en Tunisie, et que le jour même où l’AG ramène les fonds propres de 168 à 84 MDT, une AGE décide d’augmenter le capital de 100 MDT, fasse passer les fonds propres de 84 à 184 MDT. Ce fut fait en une journée, mais cela avait été précédé par des discussions avec la BCT, le ministère des Finances et le partenaire koweitien, qui ont tous participé à cette nouvelle augmentation du capital. Cela remet les fonds propres de la BTK et remet ses comptes en conformité avec tous les ratios prudentiels de la place et surtout d’injecter des liquidités dans les caisses pour pouvoir redémarrer ses activités et même les renforcer. Tout est donc rentré dans l’ordre à la BTK», dit fièrement le président du conseil d’administration de la banque de droit tunisien.

  • Vol ou pas, la justice dira son dernier mot

Copie des «Notes aux états financiers annuels au 31.12.2016, document public sur le site du Conseil du marché financier

Dans le rapport, rappelons-le, publié sur le site du CMF et rédigé par ses propres commissaires aux comptes, il est aussi mentionné la découverte de «faits délictueux» d’un montant de 239 mille DT, commis par «des employés de la banque» au pluriel, d’où on comprenait que ces délits étaient des détournements. Manifestement frileuse par rapport à ce détail, que rapportaient pourtant ses commissaires aux comptes, car «soucieuse du respect de la présomption d’innocence tant que la justice ne s’est pas exprimée sur le sujet et respectueuse de son personnel et de son intégrité», la direction générale de la Banque a ainsi préféré ne pas répondre aux coups de fil de nos journalistes. Plus ouvert à la communication, le président du conseil d’administration minimise l’impact de ce sujet, sans en nier l’importance et rappelle qu’une plainte a déjà été déposée depuis un an et que la justice dira le fin mot de l’histoire.

  • Quittera ou quittera pas le groupe BPCE ?

Remarquons, tout de même, que la déclaration de Bernard Fremont a zappé la question du désengagement du groupe français BPCE de nombre de pays africains dont la Tunisie. Radhi Meddeb y répond, sans dérobade certes, mais en remettant l’information dans un contexte, à la fois plus précis et plus général, tout en affirmant qu’il ne dispose pas d’information de première main à ce sujet. «D’après la presse internationale spécialisée et notamment la lettre Jeune Afrique Business+, le Conseil de surveillance du groupe BPCE, dans le cadre de la préparation de son plan stratégique 2018-2020, tenu le 11 octobre 2017, aurait donné comme directive au président du Directoire d’étudier la possibilité d’un désengagement des activités, africaine et d’outre-mer de BPCE où l’international ne représente que 10 % du groupe. Ce n’est donc pas encore une décision, mais une démarche à étudier. La démarche ne concerne pas spécifiquement que la Tunisie qui ne représente que peu de choses dans le portefeuille international du groupe», indique Radhi Meddeb à Africanmanager. Et ce dernier de préciser encore que d’après cette information, «les ventes, si jamais il y a cession, et il n’y a pour l’instant aucune décision de ce genre et il n’y a aucune demande d’offre dans ce sens et encore moins de discussion avec d’éventuels acheteurs, ne se feront pas banque par banque, mais en un seul bloc».

Encore plus précis, le président du conseil d’administration de la BTK indique que «le jour où il y aura vente, si cela se décide, à aucun moment il n’y aura vente de la BTK, mais de tout le portefeuille qui comprend une dizaine de banques représentant ses activités africaines et d’outre-mer». Et Radhi Meddeb d’insister, comme pour lever l’équivoque née de la fuite d’information sur le désengagement du groupe BPCE, pour dire que «il s’agira d’une orientation globale à étudier, dans une démarche stratégique. Je n’ai pas d’information précise, mais la décision semble devoir intervenir avant la fin de l’année en cours».

Pour l’instant donc, la BTK reste dans le giron du groupe français BPCE. On attendra ainsi la fin de l’année pour être fixé sur le sort d’une banque où l’Etat vient de participer à une augmentation de capital, malgré le peu de moyens financiers dont il dispose. Mais ce même Etat tunisien, par la voix même de son chef de gouvernement, n’avait-il pas déjà annoncé sa décision de vendre toutes les petites participations dans les anciennes banques, dont la BTK et tout comme la BTE dont la cession a déjà été rendue officielle ?

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Appelé «bulldozer de la finance» par notre confrère Business News, à 48 ans et des dizaines d’entreprises introduites sur la cote de la bourse de Tunis par Mac SA, détenue à hauteur de 80 par le groupe koweïtien Kharafi, Mourad Ben Chaabane est depuis le 19 mai dernier président du conseil d’administration de la bourse de Tunis.

C’est à ce titre qu’Africanmanager a parlé avec lui de la situation économique du pays, de la loi de finances et tout le débat qu’elle suscite, mais aussi de la plus importante des cessions d’une cotée, «Carthage Cement» que Mac SA avait par ailleurs introduite en bourse. Fidèle à son image, il ne mâche pas ses mots, mais ne dit pas que des critiques. Le président de la BVMT propose aussi. Interview :

 Que pensez-vous de la situation économique et financière de la Tunisie ?

Pour cette année, la loi de finances est un fait, nous devons travailler mieux si nous ne voulons pas que l’année prochaine soit plus difficile. La situation, si elle perdure, nous poussera à vendre le patrimoine foncier rien que pour payer les salaires et la faillite suivra si nous continuons sur ce trend.

Il faut se rendre à l’évidence, la loi de finances est là et nous n’avons plus le choix. J’estime cependant que nous devons désormais penser à un nouveau modèle économique tunisien qui ferait redémarrer la machine. Certes, la mise en application de ce nouveau modèle ne serait pas immédiate, mais au moins, nous aurons des orientations claires et définies car nous devons absolument arrêter cette «navigation à vue».

Aujourd’hui, tout un chacun reconnaît la difficulté que trouvent Youssef Chahed et ses ministres qui jouent désormais le rôle de sapeurs-pompiers, dans un environnement de plus en plus difficile et dans une situation alarmante qui n’est pas appelée à s’améliorer de sitôt. Tunisiens que nous sommes, nous devons travailler, nous devons veiller à appliquer la loi et à préserver la souveraineté de l’Etat.

Vous avez refusé de parler de la loi de finances 

Dans la situation où nous en sommes, ce n’est pas seulement la loi de finances qui dérange. D’ailleurs, personnellement j’y vois quelques démarches positives, mises en place tardivement certes, mais il «vaut mieux tard que jamais». En effet, (1) on commence à parler de restructuration des caisses de sécurité sociales mais il est aussi impératif de fixer les étapes et le timing de la mise en place de cette restructuration afin de mettre fin à cette hémorragie. (2), Pour la caisse de compensation, elle doit être plafonnée à 5 ou 6 milliards de dinars qui seront réduits de 10% annuellement afin d’en finir graduellement.

Au fait, une question se pose et sur laquelle nous devons nous pencher un peu : « Aujourd’hui, en Tunisie, a-t-on besoin de subventionner le sucre ? A-t-on intérêt à vendre la baguette de pain à 190 millimes ? » : Nous dépensons 5,500 milliards DT pour la caisse de compensation et comme il est déconseillé de stopper subitement une politique de longue date, il nous faut un objectif défini avec une démarche claire. Cet objectif se réalisera sur le long terme et sera appliqué à travers tous les gouvernements afin de réduire d’au moins de 50% ce montant sur les cinq années à venir. Pour moi, il faut que le plan démarre rapidement car, nous avons besoin de concrétisations étant donné que nous n’avons ni le choix ni le temps de discuter, de proposer…

Je vous redis que la loi de finances est là, je ne veux pas la critiquer, nous devons faire avec malgré ses lourdes conséquences sur les sociétés transparentes et sur le climat des affaires, néanmoins, elle n’est pas notre seul bémol. D’ailleurs, il faut comprendre que le Gouvernement est dans l’impasse : on parle de l’ampleur du marché parallèle, mais étant réaliste, nous savons parfaitement que ce marché ne va pas disparaitre du jour au lendemain. Tôt ou tard, nous allons payer la facture.

Certains proposent que le gouvernement diminue la fiscalité et aille trouver les ressources qui lui sont nécessaires, par la voie du recouvrement des dettes des entreprises qui ne paient pas ou qui fuient le Fisc.

L’année dernière, mon institution a subi un redressement fiscal. Nous prévoyons d’avoir la notification y afférente la fin de l’année en cours et au cas où cette notification nous serait insatisfaisante, nous porterons plainte auprès du tribunal et nous sommes dans l’obligation d’attendre trois ans. Partant par cet exemple vécu, vous voyez que le recouvrement dont vous parlez ne signifie pas une récupération immédiate de la part de l’Etat. Donc, cette solution ne peut pas être une issue rapide et immédiate pour faire tourner la machine économique.

Au-delà de cette loi de finances, il faut établir un système d’accompagnement basé sur des décisions claires qui nous assurent une reprise réelle et graduelle de notre économie.

Cela me ramène à rappeler la loi d’urgence économique et j’ai comme l’impression que nos politiciens négligent l’importance de cette loi alors qu’elle est plus que nécessaire. Parmi les malheurs du pays, actuellement, il y a certains médias, qui œuvrent dans une démarche partisane et initiée pour le compte de politiciens et qui, sans se soucier des conséquences, ne font que bloquer le développement du pays : nous avons besoin d’une Presse Libre et surtout Indépendante.

Que devrait faire le gouvernement à votre avis ?

Nous avons besoin d’une nouvelle approche novatrice. Il faut lancer une large palette de choix et en finir avec les solutions temporaires et rapides. Il nous faut une nouvelle vision.

L’ouverture d’une ou deux unités industrielles dans les régions de Thala ou à Kasserine ne résoudra pas le problème. Il ne s’agit pas seulement d‘attirer un investisseur étranger pour ouvrir une société et recruter quelques 500 employés. Non, ce n’est pas ça. La région de Kasserine pourrait par exemple devenir une ville estudiantine d’ici 10 ans pour quelque 70 mille étudiants. Il faut cependant, dès maintenant, faire les travaux nécessaires, en infrastructure, en foyers, maisons de cultures, de loisir et autres pour encourager la mobilité. Nous devrons, dès maintenant, penser à développer d’autres villes, comme Enfidha, Kairouan, Sousse, Sfax… Aujourd’hui, nous avons besoin de revoir notre stratégie de tourisme (tourisme saharien, imaginer des scénarios…). Mais le plus important, et primordial à mon sens, c’est de résoudre le problème de l’administration tunisienne.

Par ailleurs, et vu la baisse du dinar, les sociétés exportatrices pourront être une réelle opportunité pour notre économie, et là, je ne parle pas du modèle de la sous-traitance classique que nous avons lancé dans les années 70 (avec la loi 72), mais je parle de la création et l’encouragement des sociétés tunisiennes exportatrices avec une vraie valeur ajoutée et un vrai savoir-faire tunisien. Nous devons encourager ces sociétés, qui avec leurs produits, peuvent envahir les marchés à l’export et surtout que leurs coûts deviennent très compétitifs. Il faut tirer les avantages que peut nous procurer la dépréciation de notre monnaie locale. A ces sociétés, l’Etat devrait donner plus de facilités et de marges de manœuvre, leur permettant de créer leurs propres marques, leurs propres circuits de distribution. Les sociétés exportatrices sont une aubaine dans le contexte actuel et même futur. Avec cela, il ne faut pas négliger les secteurs « historiques » tels que le textile, il faut les valoriser encore plus (prendre exemple sur la Turquie).

Dans un autre contexte, je propose la diversification des partenaires stratégiques du pays, pourquoi ne pas penser à collaborer avec la Chine ? Ramener des investisseurs chinois à qui nous pourrons à titre d’exemple concéder le port de Zarzis avec une zone franche derrière. Ce genre de partenariat ne peut que nous aider à nous développer, puisqu’il nous est impossible de tout faire tous seuls. Cela, sans oublier d’accélérer le développement du digital. Nous n’avons plus le choix, il faut aller rapidement vers la digitalisation.

Deux mots sur la Bourse ?

La bourse est stable, les échanges sont faibles puisqu’elle repose essentiellement sur des petits porteurs. Donc pas de volume. Ce n’est pas très alarmant dans un contexte marqué par un manque de visibilité et d’orientation. La baisse enregistrée dans la bourse n’est pas un vrai problème mais ce qui dérange réellement, c’est le manque affligeant de liquidité.

Pourquoi n’y a-t- il pas de liquidité ?

Il n’y a pas de liquidité, parce qu’avec des taux de rendement de 8 % des BTA de l’Etat, acheter des actions en Bourse n’est intéressant pour personne.

Donc c’est l’Etat qui fait concurrence à la Bourse ?

Oui c’est vrai, d’une certaine façon, quand les taux directeurs ou les taux monétaires baissent, les gens s’intéressent davantage à la bourse qui, malgré le risque, peut leur procurer des rendements meilleurs.

Actuellement, avec des taux sans risque des emprunts obligataires et des placements bancaires qui varient entre 7 et 9%, pourquoi voulez-vous qu’un investisseur se hasarde à investir en bourse ?

D’ailleurs, à la Bourse, nous sommes en train de revoir la règlementation pour mettre en place un nouveau modèle dédié à l’accompagnement des PME. Il faut que la Bourse joue un rôle dans le développement de ces structures qui constituent près de 95% du tissu économique national.

 Cela veut dire quoi ?

C’est le développement du marché alternatif. C’est un marché relativement risqué et destiné aux investisseurs avertis. Pour ce marché, on ne parlera plus d’une introduction en bourse, ce qui pourrait induire en erreur, mais d’une inscription à la cote.

Le marché alternatif, c’est un marché spécifique différent du marché principal. Investir sur ce marché est une prise de risque différente de celle du marché principal sur lequel nous trouvons les big Cap telles que la BIAT, la SFBT, Délice Holding, One Tech, SAH…Il faut absolument distinguer entre les deux marchés afin de permettre aux investisseurs une meilleure estimation du risque entrepris.

Actuellement, nous ramenons des PME et nous leur appliquons les mêmes conditions d’admission que les grands groupes, ce qui n’est pas normal d’autant que nous savons qu’elles ne pourront pas faire face à toutes ces exigences, faute de moyens, de tailles, de structures…. il faut simplifier les procédures « d’inscription à la cote » et là, on pourra ramener 200 ou même 300 PME à la bourse.

Nous poussons à alléger le prospectus d’introduction, à faire des compagnes de communication ciblées et surtout à sensibiliser les investisseurs boursiers pour dissiper l’amalgame.

 A quand l’entrée en fonction de ce nouveau modèle ?

Le comité du marché financier est en cours de finaliser ses dernières retouches et il va le proposer au ministre des Finances et au gouvernement avant la fin d’année. Cela va nous permettre de participer au programme du gouvernement pour le redressement de l’économie.

Nous devons être capable de créer des véhicules dédiés à ce marché, des fonds d’investissements et des FCP spécifiques pour que les gens puissent y investir à moyen terme. Nous avons, aussi, demandé à l’Etat un certain nombre d’avantages. Aujourd’hui, par exemple, on a un CEA plafonné à 50 mille dinars pour les personnes physiques. Nous proposons de le porter à 100 mille dinars et que les 50 mille dinars supplémentaires soient investis dans le marché alternatif. Nous voulons également autoriser la création d’un CEA entreprise pour investir dans le marché alternatif, ce qui permettra de créer l’offre, de ramener la demande et de challenger des champions.

 

 

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Le patronat n’a pas besoin qu’on le défende. Il a, pour cela, ses propres hommes et surtout sa présidente qui vient enfin de se rendre compte qu’à force de se taire on finit par être écrasé et hausse désormais le ton, même s’il est un peu tard.

Il est cependant important de remarquer la manière dont le gouvernement se comporte vis-à-vis de ses deux partenaires sociaux, que sont l’Utica (Organisation patronale) et l’UGTT (Organisation syndicale ouvrière). Aux petits soins avec le second, n’osant parfois même pas répondre à ses démonstrations de force et encore moins critiquer ses sermons, il est pour le moins nonchalant avec le premier. S’arrêtant à chaque coup de sifflet et marchant toujours à côté des lignes rouges du second, il passe comme le train devant le premier lorsqu’il ose «aboyer».

  • Les «vertes et pas mûres» de Youssef Chahed

La dernière preuve de cette politique du «deux poids, deux mesures» de Youssef Chahed est dans sa sèche et verte réplique, à la menace de la patronne des patrons de mettre la clé sous la porte, pour cause de mauvaise loi de finances et de trop de fiscalité. On ne se rappelle pas en effet avoir entendu un jour le chef du gouvernement répliquer de cette manière aux différentes menaces du syndicat ouvrier de faire grèves, partielles ou générales. Nous n’avons pas, non plus, connaissance d’une telle verte réplique lorsque l’UGTT a maintes fois mis en demeure le gouvernement et son chef de faire des augmentations salariales dont il n’avait pas l’argent, mettant ainsi toute une économie en porte-à-faux avec ses bailleurs de fonds. Sont-ce là des «menaces» différentes ou des partenaires de poids différents ?

Pourquoi Youssef Chahed se fait-il alors, comme l’a si bien dit notre collègue Marouane Achouri, «Coq devant l’Utica et poule mouillée devant l’UGTT» et saute-il du coq au poulet au risque d’écraser ses œufs ?

L’une comme l’autre sont pourtant membres du fameux accord de Carthage, à qui le chef du gouvernement doit sa nomination. Les deux sont à la tête de deux organisations, dites partenaires sociaux et les deux sont lauréats du Prix Nobel. L’UGTT défend les intérêts de la force ouvrière du pays, ceux sans quoi il n’y pas de production et de valeur ajoutée, et l’UTICA défend les intérêts du patronat, sans quoi il n’y aura pas d’investisseurs, pas de création d’emplois, pas d’IS, ni d’UR, ni de TAVA, ni aucun revenu fiscal ? Chahed l’aurait-il oublié dans son excès de colère, ou ne s’en est-il pas rappelé par peu de souci de ceux qui remplissent, en grande partie, les caisses de l’Etat qu’il dirige ? N’est-il pas politiquement assez mûr pour connaître le poids du patronat, tunisien et étranger, par le biais des IDE que son gouvernement recherche désespérément dans l’économie ? N’est-il pas assez mûr, économiquement, pour savoir qu’en écrasant ainsi le patronat, il envoie aussi le même message aux investisseurs étrangers, courus et chouchoutés en dehors des frontières de son pays ?

  • L’un le mérite et l’autre en a le mérite

A ne pas en douter, le patronat mérite ce qui lui arrive. D’abord parce qu’il ne fait jamais ce qu’il dit et que, contrairement au syndicat ouvrier qui menace et passe, parfois sans attendre, à l’action. Il est vrai que, comme le patronat, le chef du gouvernement ne fait pas ce qu’il dit. Il avait en effet dit, un jour devant le Parlement qui devait lui accorder sa confiance, qu’il est hors de question de laisser quiconque arrêter la production. Des paroles jusque-là en l’air et les syndicats ouvriers font ce qu’ils veulent. Ensuite, parce qu’il n’a jamais pu développer un quelconque sens de la solidarité entre ses différentes composantes. Dans une même Fédération de l’Utica, ce sont plusieurs métiers qui s’affrontent, en silence certes et dans un même Bureau exécutif, ce sont plusieurs «moi» qui s’affrontent et qui n’ont, tous, recours à leur organisation qu’après avoir, chacun, essayé de résoudre ses petits problèmes par ses propres moyens et par ses propres introductions et connaissances.

A ne pas en douter aussi, l’UGTT a le mérite d’avoir su reconstruire un syndicat ouvrier qui n’était pas ce qu’il est présentement, pour ne pas dire autre chose. Le mérite d’avoir su fédérer toutes les forces contestataires d’un modèle économique qui ne s’est toujours pas mis à jour et d’en avoir pris le commandement. Le mérite enfin d’avoir le même adversaire. Le patron, à l’image souillée par des affaires, la plupart du temps vides et qui a désormais peur même de faire des affaires. Un patronat dont même les politiques ne voient que l’argent qui n’est pourtant pas, même pour les dirigeants de ce pays à économie de marché, en bonne odeur de sainteté !

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Il ne se passe pas un jour, dans cette nouvelle Tunisie du «chacun fait ce qu’il veut», sans que chaque citoyen se fasse voler, de manière courtoise ou effrontée, au moins dix millimes par jour. A chaque entrée, dans une boulangerie ou dans un magasin, vous achetez une baguette de pain et vous tendez 200 millimes au caissier pour payer votre baguette. Le prix de cet aliment compensé par l’Etat, étant officiellement fixé à 190 millimes (0,07 euros), vous vous attendez à ce qu’on vous tende la monnaie. Avec un sourire jaune, le caissier vous dira qu’il s’excuse de ne pas avoir la monnaie. Chez l’épicier du coin, on vous dira que c’est le prix du sac en plastique dans lequel il vous livre la baguette malmenée par des dizaines de mains avant d’atterrir sur votre table. Il ne se passe pas un jour, dans cette nouvelle Tunisie du «chacun fait ce qu’il veut», sans que chaque citoyen se fasse voler, de manière courtoise ou effrontée, au moins dix millimes par jour. A chaque entrée, dans une boulangerie ou dans un magasin, vous achetez une baguette de pain et vous tendez 200 millimes au caissier pour payer votre baguette. Le prix de cet aliment compensé par l’Etat, étant officiellement fixé à 190 millimes (0,07 euros), vous vous attendez à ce qu’on vous tende la monnaie. Avec un sourire jaune, le caissier vous dira qu’il s’excuse de ne pas avoir la monnaie. Chez l’épicier du coin, on vous dira que c’est le prix du sac en plastique dans lequel il vous livre la baguette malmenée par des dizaines de mains avant d’atterrir sur votre table.

⦁ 10,168 MDT en pièces de 10 millimes

Selon l’Institut national de la consommation (INC), le Tunisien consomme 84 baguettes et 119 gros pains par an. A cette échelle, ce ne sont donc que 0,840 DT que truandent épiciers et boulangers de la poche de chaque citoyen. Mais l’INC dit aussi que «quelque 6,734 millions de pains sont préparés quotidiennement en Tunisie, dont 2,786 millions de baguettes et 3,950 millions de gros pains». En refaisant le calcul et en multipliant le résultat par les nombres de jours par an, on se rend compte que ce sont en fait 1.016,890 millions de baguettes de pains qui sont fabriqués par an. En gardant les 0,010 DT de monnaie chez eux, ce sont en fait annuellement 10,168 MDT (3,512 millions d’euros) hors taxes car non déclarés qui vont dans les poches des épiciers et des boulangers.

On se dit ainsi, alors que le gouvernement se plaint chaque année du coût de la compensation, pourquoi n’augmenterait-il pas de 10 millimes le prix de la baguette et empocherait chaque année les 10 MDT qui iraient financer au moins une école et en restaurer plusieurs ?  Cette augmentation, si elle est décidée, pour la baguette uniquement et non les gros pains, n’aura en plus aucun impact sur le pouvoir d’achat du Tunisien qui la paie déjà, mais à la mauvaise personne ! Cette demande est étrange, mais nous croyons que c’est aussi là un acte de lutte contre le «Fassed», l’escroquerie, la prévarication et la concussion !

Cela, d’autant plus, comme l’indiquait déjà le directeur général de l’INC, Lassaad Laabidi, que «près de 900.000 pains retournent quotidiennement aux boulangeries et que le coût du gaspillage du pain est évalué à 100 millions de dinars au niveau des boulangeries, des unités d’huileries, des ménages et des restaurants universitaires». Chaque jour, ce sont ainsi des dizaines de camions pleins de baguettes, jetées dans les poubelles, qui sont ramassées et données gratuitement en aliment pour le bétail. L’INC avait déjà proposé au gouvernement une «stratégie pour la «rationalisation du coût de la subvention des produits de consommation de base, à travers l’adoption d’un comportement de consommation qui limite le gaspillage des produits compensés et notamment le pain». Il parlait manifestement dans le désert ou s’adressait à un gouvernement manifestement occupé à s’endetter, en interne comme en externe, en oubliant de rationaliser les dépenses.

En Tunisie, toujours selon le directeur de l’INC dans une déclaration à l’agence de presse officielle Tap en janvier 2015, «les ménages viennent en tête de liste des grands consommateurs de pain, suivis du secteur touristique, puis des restaurants universitaires (17,370 millions repas) et enfin des prisons. Le pays compte 900 boulangeries spécialisées dans la fabrication du petit pain (baguette) et 2.105 boulangeries spécialisées dans celle du gros pain».

D’après un diagnostic sur le phénomène du gaspillage du pain, réalisé aussi par l’INC qui en fait état à la Tap, il s’est avéré que «le Tunisien achète des quantités de pain, dépassant de loin ses besoins réels, et n’adopte pas de moyens appropriés pour conserver le pain. Les boulangeries, elles-mêmes, produisent des quantités qui dépassent leurs capacités de commercialisation».

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«La corruption est pire que sous Ben Ali». C’est ce qu’affirme la fondation Carnegie. La même fondation aurait pu affirmer la même chose pour ce qui concerne la mauvaise gestion des ressources de l’Etat, notamment en fiscalité et cotisations sociales. Supposée rétablir la justice et l’équité fiscale, la révolution, dite du printemps arabe tunisien, aura finalement approfondi cette perception d’une fiscalité qui frappe plus les riches que les pauvres. Désormais, tout le monde n’est pas égal devant le fisc. La révolution a démocratisé cette inégalité, en assurant son expansion aux fonctionnaires de l’Etat qui sont la «caste» la mieux payée (Plus de 16,3 Milliards DT, avec le crédit fiscal de 2017). Désormais aussi, tous les citoyens ne sont plus égaux devant les cotisations sociales. Certains se doivent de la payer pour avoir droit à la pension de retraite. D’autres ne la paient plus et gardent leurs droits intacts à une retraite pleine et entière. Démonstration :

  • Votre retraite sans payer vos cotisations aux caisses sociales

Des employés de la CNSS qui ne paient plus leurs cotisations et qui reçoivent leur retraite. Cela semble impossible. C’est pourtant le ministre des Affaires sociales, Mohamed Trabelsi, qui l’affirmait, pour la seconde fois (la première étant en décembre 2016) le lundi 24 octobre 2016 sur la radio privée Mosaïque Fm. «Les employés des caisses sociales ont des retraites sans verser leurs cotisations. Il a ajouté que ces privilèges spéciaux étaient en vertu d’un accord signé en 2011 pour mettre fin à leurs protestations à l’époque, soulignant qu’environ 5000 employés ne paient pas leurs cotisations mensuelles comme le reste des employés et pourtant reçoivent une pension et choisissent le système qu’ils privilégient», indiquait ainsi le ministre de Youssef Chahed. C’était donc, comme ne l’avait pas précisé le ministre des Affaires sociales, pendant le gouvernement de l’actuel chef de l’Etat Béji Caïed Essebssi, qui donnait ainsi le top au retour des mauvaises pratiques de gestion des ressources publiques, que cette première injustice sociale aurait été commise. La retraite des employés de la CNSS, est assimilée à une institution financière avec un niveau et un nombre de mensualités de salaires similaires. L’information n’est donc pas nouvelle. Elle n’a pourtant ému personne parmi les défenseurs des droits économiques et sociaux et les combattants acharnés des passe-droits des prévarications. Comme avant 2011, tant que seul l’Etat est lésé, cela ne dérange personne !

  • Un autre crédit d’impôt en guise de salaire qui consacre l’iniquité fiscale

Pour la seconde année consécutive, des fonctionnaires perçoivent l’augmentation salariale sous forme d’un crédit d’impôts, banalisant ainsi le principe de l’injustice fiscale. La loi de finances complémentaire pour l’exercice 2017 comporte uniquement 3 articles. Le 3ème stipule ainsi que «les fonctionnaires, de l’Etat, des collectivités locales, des entreprises publiques à caractère administratif, bénéficieront à partir du mois de janvier 2018 et jusqu’à décembre de la même année, d’un crédit d’impôt, consistant en une baisse de la retenue à la source sur leurs salaires, égale au montant net de l’augmentation salariale programmée pour les années 2017 et 2018 (…). Le crédit d’impôt comporte le montant restant des augmentations salariales programmées pour 2017 et qui ont été accordées sous forme de crédit d’impôt». Le gouvernement de Youssef Chahed avait promis aux bailleurs de fonds de la Tunisie cette procédure, peu orthodoxe, en matière d’augmentation des salaires. Il sera ainsi obligé d’y recourir, consacrant le piétinement du sacrosaint principe de l’égalité de tous les citoyens devant la fiscalité. C’est ainsi que, pour la seconde année, les fonctionnaires de l’Etat ne paieront pas d’impôt ou presque et ne seront notamment que partiellement assujettis à la retenue à la source, alors que les employés du secteur privé y seront pleinement assujettis. Nous passerons sur le recours, pour la seconde fois et peut-être pas la dernière, à ce genre d’entourloupette financière qui faussera, entre autres, le calcul du rendement de la fiscalité directe au profit des caisses de l’Etat. Nous passerons aussi sur l’image que donnera ce genre de procédés, qui s’apparenterait presque à de la mauvaise gestion, aux bailleurs de fonds sur la gestion des deniers publics par le gouvernement tunisien.

  • L’emploi fictif, c’est juste pour juger les autres

Plus d’un ancien responsable a été traduit en justice, pour chef d’emplois fictifs accordés aux autres. Et pourtant, ce sont entre 4.000 et 5.000 fonctionnaires tunisiens qui perçoivent des salaires, avec toutes les primes qui les accompagnent, et qui ne livrent aucun travail. C’est même un directeur de la fonction publique qui l’affirme. Cela ne ressemble pas à de l’emploi fictif, c’est de l’emploi fictif. Ce ne sont pas d’anciens responsables de l’ère Ben Ali qui l’ont permis, ce sont les responsables, issus de la «révolution» venus redresser les torts et tourner la page du passé, qui l’ont fait. Personne n’a pourtant cherché à arrêter cette hémorragie et encore moins à traduire les responsables en justice, ni Youssef Chahed, ni les chefs de gouvernement qui l’ont précédé !

Et alors que certains anciens responsables traînent encore des affaires de ce genre, l’emploi fictif a même été érigé en institution, dans la Tunisie de la révolution du redressement des torts et de la justice retrouvée. Il en est ainsi depuis de longues années, des millions de dinars versés aux différents «sociétés» dites d’environnement qui recrutent toujours. En 2015, on évoquait déjà les chiffres de 300 MDT pour les travailleurs de l’environnement et 265 pour ceux des chantiers ! Qui dira un jour que c’est de l’emploi fictif, financé par le budget de l’Etat et les deniers publics ?

  • Les hommes d’affaires oui, les riches footballeurs non !

Ils sont des dizaines, sinon des centaines, les joueurs de football qui sont payés en millions de Dinars et qui ne paient rien car ils sont exemptés d’impôts. Des joueurs millionnaires et des clubs de football archimillionnaires qui vendent et achètent des joueurs, en local comme à l’international et qui paient des entraîneurs en devises, sans qu’ils ne soient un jour inquiétés par le fisc. Il fut un temps, celui de l’ancien président, où deux entraîneurs avaient fait l’objet de redressements fiscaux. Cela n’a jamais été refait. Le fisc, c’est bon pour les hommes d’affaires que tout le monde envie, mais pas pour tous les millionnaires.

Au pays des niches fiscales iniques et des privilèges, cela n’inquiète personne, même pas les ardents combattants de l’évasion fiscale ! Le balai citoyen les touchera-t-il un jour ? Il y a peu de chance qu’il le fasse, car le balai n’est pas aussi citoyen qu’on le dit ! La révolution n’a pas enlevé les privilèges. Elle les a continués.

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«Les dettes de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) auprès des caisses sociales ont atteint jusqu’au mois de mars 2017 près de 2200 MDT», a annoncé mercredi 11 octobre 2017 à l’agence de presse officielle, Abdelkrim Jerad, secrétaire général adjoint responsable du département de la protection sociale à l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT).

La grande bâtisse jaune ocre de Montplaisir de style haussmannien, abrite pourtant une entreprise qui fait des bénéfices, fait du placement d’argent et donne des crédits à ses employés et pas que peu !

En 2015, la Cnam comptait 3, 244.161 adhérents, dont plus de la moitié dans ledit «régime public», 15.124 prestataires de services (médecins, pharmaciens, biologistes etc..) affiliés et prenait en charge, entre autres,           plus d’un million et demi de patients, lourds ou de longue durée. La même année, les ressources financières à sa disposition (hors dette) qu’elle investit et génère pour son fonctionnement notamment, dépassaient les 2,6 Milliards DT. En 2015 aussi, ses dépenses, dites techniques, étaient de 2.013 MDT, dont presque 1.841 MDT pour l’assurance maladie. En 2015 encore, la Cnam a encaissé plus de 1,758 Milliard DT de cotisations et décaissé 1,766 Milliard DT en prestations sociales.

Ses revenus, qui étaient en 2011 de 1,643 Milliard DT, ont dépassé en 2015 les 2,353 Milliards DT. Ses charges techniques qui ne sont pas détaillés dans le bilan qu’elle a publié, dont les salaires, ont augmenté de presque 500 MDT, passant de 1,510 à 2,013 Milliards DT. Jusque-là, elle serait bénéficiaire de 339,7 MDT. Après toutes les déductions, elle est encore bénéficiaire de 125,144 MDT en 2015. Ce bénéfice est certes en léger retrait par rapport à celui de 2014, mais il est loin du déficit de 2012 et de celui de 2011.

La Cnam se porte donc bien et même comme un charme. Entreprise placeuse d’argent, ses produits financiers nets d’impôts ont cumulé cette même année 24,187 MDT. Dans ses flux de trésorerie liés à l’exploitation, on retrouvait en 2015 des encaissements de revenus de placement de presque 22 MDT, sans compter les 705 MDT au titre d’encaissements des retombées des placements en marché monétaire. Dans ce même état des flux de trésorerie, on retrouve 46,571 MDT donnés en crédits à son personnel, un montant qui a été multiplié par quatre par rapport à 2011.

Sauf que tout cette très bonne prestance financière n’est que sur le papier. La Cnam a en effet des dettes de 2.200 MDT, de l’argent, beaucoup d’argent que lui doivent les deux caisses sociales, la CNSS (Caisse nationale de sécurité sociale) pour le secteur privé et la CNRPS (Caisse nationale de retraite et de protection sociale) pour le secteur public, en l’occurrence. Selon le bilan de 2015, ces créances classées que les caisses ne pourront lui rembourser, étaient de 2,746 Milliards DT, logées dans les «actifs courants» sous la rubrique «cotisations et comptes rattachés». Ces Milliards sont supposés exister et ne font pas objet de provisions car garanties par l’Etat. La Cnam dispose ainsi, uniquement de manière comptable et sur le papier, de ces 2,7 Milliards DT. Elle est donc, dans les faits, hautement déficitaire et accordait pourtant plus de 46 MDT en crédits à ses employés !

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Nous parlions, dans une édition précédente, du projet de loi de financeS (LF) 2018 et du caractère incontournable de ses dépenses. 2018 est en effet, une année charnière dans la transition économique, avec les prémices de croissance qu’elle porte déjà. Une année cependant, dont la LF, qui est la traduction financière du budget de l’Etat pour le même exercice, est l’une des plus controversées et l’une des plus redoutées par presque toutes les classes économiques du pays. Hommes d’affaires, investisseurs, fonctionnaires et simples ouvriers, craignent en effet l’impact des différentes augmentations, de taxes et de mesures fiscales, directes et indirectes, sur leur pouvoir d’achat. Et il n’est pas exclu, selon plus d’un observateur averti, qu’elle fasse l’objet d’âpres négociations à l’ARP (Assemblée des Représentants du Peuple) et qu’elle soit même déplumée par rapport à sa copie originale et que différentes mesures y soient revues, corrigées ou simplement annulées, ce qui mettra certainement le gouvernement dans une situation difficile.

Force est de constater que le GUN (Gouvernement d’union nationale) et le ministère des Finances en particulier, ont encore péché par excès de mutisme à propos de ses différentes mesures, même si le ministre Ridha Chalghoum pourra arguer des différentes réunions qu’il a tenues avec différentes corporations.

Même si le paiement de la fiscalité reste un devoir sacré et le financement du budget de l’Etat un devoir national tout aussi sacré, il demeure du devoir de l’Etat de veiller à ce que l’imposition soit juste et son impact le moins brutal possible sur le pouvoir d’achat des classes les plus vulnérables. Il nous semble ainsi que l’option d’augmentation de la TVA affectera plusieurs métiers comme celui de la promotion immobilière avec une TVA de 19 %, en amont chez les financiers de ce secteur, et en aval chez les acquéreurs, par la baisse des ventes et la baisse des revenus. Il n’est un secret pour personne que la TVA est une taxe que paiera l’acheteur final. Geler sa récupération par les entreprises est tout aussi mauvais, quand bien même l’année d’entrée en exécution de cette mesure proposée pourrait être revue.

Force est aussi de constater que le gouvernement aura presque péché par excès de facilité dans le choix de cette option du «tout fisc» pour la mobilisation des ressources pour le budget. Plus d’un observateur averti de la scène économique, font remarquer que le gouvernement de Youssef Chahed n’a pas encore entamé l’autre grande bataille, qui est celle de la lutte contre l’évasion fiscale. Certains diront même qu’il éviterait de le faire. Il est vrai que cette bataille supposerait une profonde restructuration de l’administration fiscale, de ses outils, de ses procédures et de ses moyens, surtout humains.

Compte non tenu de tout cela, le paiement de l’impôt suppose, pour le citoyen moyen, de pouvoir trouver l’effet de cet impôt dans le prix, la qualité et la disponibilité des biens, services et prestations, que doit fournir l’Etat à ses citoyens. Mais au vu du manque, sinon du délabrement, de l’infrastructure dans le pays, en routes, systèmes de santé, environnement et opportunités d’emplois, il est loin de justifier l’impôt requis du citoyen, toutes catégories confondues.

Au regard de ce constat de l’état délabré des infrastructures, en hôpitaux, écoles, routes, villes et autres services, sans compter l’incapacité du schéma de développement que continue à suivre le gouvernement, on ne s’empêcherait pas de comprendre que le citoyen tunisien soit devenu Poujadiste.

Pour la petite histoire et au cas où le gouvernement ne connaitrait pas le sens de ce mot, «en 1955, Pierre Poujade, fondateur de l’Union de défense des commerçants et artisans, appelle à la grève de l’impôt. Ses consignes sont peu entendues, mais le poujadisme devient un mouvement politique qui, en 1956, envoie 52 députés au Palais-Bourbon. Quinze ans plus tard, Gérard Nicoud reprend le flambeau de la défense des petits commerçants contre le fisc : après avoir dévalisé une perception à La Tour-du-Pin (Isère), en 1969, il appelle à la grève de l’impôt, en 1970, au cours d’un meeting qui réunit 40.000 manifestants au Parc des Princes». Dixit Le Figaro.

 

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A lire certains communiqués, tous enflammés contre le projet de loi de finances du gouvernement, s’indignant de la hausse des taxes et des prix, refusant toute augmentation quelle qu’elle soit et demandant plus d’incitations, financières, fiscales, économiques et sociales, on se demande bien qui va financer le budget de l’Etat ?

Les patrons sont mécontents, pestent et râlent contre la LF 2018. Ils se plaignent de la pression fiscale dont le chef du gouvernement a pourtant dit qu’elle restera la même et se font fiers de lui rappeler que cela «aura un impact négatif sur la compétitivité des sociétés, sur l’investissement et la création de nouveaux emplois». Les hôteliers aussi râlent et estiment que les «taxes pénalisent tout le secteur et surtout les contribuables qui s’acquittent convenablement de leurs impôts, notamment les salariés et les entreprises organisées». De leur côté, les ouvriers par la voix de l’UGTT, Etat dans l’Etat, ont leurs propres mesures. Et comme pour leur faire échos, plusieurs experts et autres économistes battent le pavé des plateaux TV pour dire tout le mal qu’ils pensent des mesures proposées par le gouvernement de Youssef Chahed pour financer le budget de l’Etat. Et jusque-là en sourdine, avocats, médecins et toutes les professions libérales se mettront bientôt en ordre de bataille pour refuser ces mêmes mesures.

En face, il y a un gouvernement, qu’il soit de Youssef Chahed ou d’un autre, qui propose et indispose, manifestement de manière claire, ceux à qui il propose de financer le budget. Un gouvernement qui tend la sébile comme le mendiant qui dirait «T’as pas cent balles ?» et à qui tous répondent d’aller voir ailleurs. C’est pourtant à ce même gouvernement que tous demandent le développement, un travail, un salaire et une retraite dignes, plus d’hôpitaux et de meilleures écoles.

Et c’est à ce même gouvernement (On avait d’ailleurs fait la même chose à son prédécesseur Habib Essid et on fera la même chose à son successeur) que tous ceux qui connaissent et gueulent leurs droits, s’offusquent de faire leur devoir fiscal qui est, pourtant et pour l’instant, le seul moyen de financer le budget qui leur donnera leurs salaires, leur paiera leurs retraites, leur remboursera leurs soins, construira leurs routes et créera l’emploi pour leur marmaille !

Entre temps, une autre Tunisie s’apprête à dérouler le tapis rouge du faste des JCC, prépare le festival de Carthage et ceux qui tournent dans son giron dans les amphithéâtres de toutes les villes de Tunisie, les Mall s’érigent à tour de bras en bordure des grandes villes, les Hyper florissent partout, les marques étrangères de fastfood s’érigent comme autant de temples de la consommation. Entre temps aussi, les agences de voyages ne chôment pas et envoient les centaines de Tunisiens, pas toujours aussi riches qu’on le croirait, en croisières ou en voyages organisés dans les grandes villes d’Europe et de Navarre. Entre temps enfin, de jeunes Tunisiens désespèrent de leurs gouvernants, de leurs opposants, de toute l’intelligentsia de leur pays et font des Selfies en haute-mer. C’est cela la démocratie à la Tunisienne… et derrière une certaine presse qui en fait ses choux gras !

 

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Comme toutes celles qui l’ont précédée depuis 7 ans, la loi de finances (LF) 2018 ne plait à personne. Le patronat en est mécontent, les syndicats ouvriers la vouent aux gémonies, l’opposition la critique et étrille le gouvernement Youssef Chahed. Aucune catégorie socioprofessionnelle n’est, non plus, contente de la LF 2018 et tout le monde y trouve quelque chose à redire. Beaucoup en discutent à partir de leurs porte-monnaies et ne pensent qu’à l’incidence des mesures, comprises dans cette LF, sur leur confort personnel et leur pouvoir d’achat. D’autres, malheureusement dits leaders d’opinion, en parlent à partir d’un prisme politique, quelle qu’en soit la finalité. Et pourtant !

  • Les chiffres têtus de la loi de finances 2018

Voyons les faits chiffrés. Le projet de budget de l’Etat tunisien pour l’exercice 2018 sera de 35,851 milliards de dinars. Un budget en hausse de 4,3% par rapport à celui de 2017 dont la loi de finances complémentaire n’a même pas été présentée. Ce budget restera contraint par des dépenses de fonctionnement où iront 21,941 Milliards DT. Dans «fonctionnement» il y a d’abord, et surtout, les 14,751 Milliards DT de salaires de la fonction publique et ceux du gouvernement, qui sont «Peanuts» par rapport à ceux de l’ensemble des fonctionnaires.

Les bailleurs de fonds du gouvernement avaient exigé de baisser ou de maintenir la masse des salaires en l’état, le gouvernement n’a pas pu éviter une hausse de 451 MDT, et ce n’est pas fini. L’UGTT annonce déjà de nouvelles négociations salariales pour 2018 et il n’est pas exclu que cette masse passe à 15 Milliards DT. Le «fonctionnement», c’est aussi le remboursement de la dette, en principal et intérêts, et qui nécessitera 7,972 Milliards DT.

A eux seuls, ces deux postes, incontournables faut-il le rappeler, des salaires et de la dette, représenteront 22,723 Milliards de la dette. Qui aura donc le courage, ou la témérité, de dire que le gouvernement aurait pu les éviter ?

L’autre grosse rubrique du budget, tout aussi incontournable, à moins d’amener Noureddine Taboubi à gommer ses 100 mille lignes rouges à propos des entreprises publiques et leur gouffre financier de 2,5 Milliards DT, est celle de «l’intervention publique». Elle va nécessiter un peu plus de 5,6 Milliards DT en 2018. Des fonds qui iront en dotation et subventions, de fonctionnement ou d’équipement, de l’Etat. Elles iront à des institutions, comme la CNSS, la CNAM, la CNRPS ou les entreprises publiques. Qui pourrait aussi dire que ce sont là des dépenses inutiles ?

Il reste les 0,404 Milliards DT pour les dépenses imprévues, comme les catastrophes naturelles et autres et les 1,15 Milliards DT de la rubrique «Moyens de services» qui serviront à la gestion de l’Administration, en parc roulant, bureau, eau, électricité et autres. Sont-elles inutiles aussi ? Sont-elles évitables ?

Donc, rien que pour l’essentiel de l’essentiel et les dépenses que personne ne pourrait discuter, le budget aura besoin de 29,913 Milliards DT. Et parce qu’il en est ainsi et que pour faire mieux il faudra plus, à l’investissement dans les routes, les écoles, les hôpitaux et autres investissements créateurs d’emploi, il ne restera que 5,121 Milliards DT. On pourrait certes dire que l’Etat tunisien est dépensier. Que ceux qui le pensent aillent le dire, à l’UGTT et aux partis de l’opposition qui mettront cette loi de finances en charpie devant l’ARP (Assemblée des Représentants du peuple), descendront en flammes le sapeur-pompier Youssef Chahed !

  • Que ceux qui peuvent mieux faire se jettent la pierre !

Beaucoup de ceux qui parlent, depuis quelques jours dans les journaux, les radios et les plateaux TV, disent que la LF 2018 est une loi de mobilisation de ressources. C’est vrai. Dans le cas contraire, comment et par quel autre moyen voudraient-ils que l’Etat paie les salaires, fasse tourner l’Administration, remboursent leurs frais de maladie ou paient leurs retraites ? Peut-être voudraient-ils que le gouvernement aille imprimer de l’argent ? Autrement, il s’endette déjà plus qu’il ne faut (plus de 72 %), à l’extérieur comme à l’intérieur où il a presque asséché la liquidité du marché financier et mis le feu aux taux d’intérêt.

Il aurait certes pu tirer ces ressources ailleurs. Le «Titre 1», qui comprend l’argent venant du Fisc, de la douane et autre fiscalité indirecte, compte déjà plus de 24,603 Milliards DT et le «Titre 2» des emprunts compte 10,431 Milliards DT. Les grosses entreprises paient leur fisc. Pour les petites, la refonte du régime forfaitaire, entamée par la LF 2018, y remédiera même en partie. Pour le reste, faire plus de pression fiscale sur les entreprises n’a jamais été bon pour l’investissement, local et étranger.

D’autres diront qu’il aurait pu presser un peu plus les riches. Ces derniers sont déjà taxés à 35 % et leurs bénéfices sont même doublement taxés. Il aurait pu alors lâcher les brigades du contrôle fiscal. Cela est vrai, mais l’argent des redressements fiscaux n’est pas immédiatement recouvrable. Il faut généralement plusieurs années, entre entreprises, directions du Fisc et tribunaux de tous niveaux, pour que l’argent entre dans les caisses de l’Etat. Pour ceux qui ne le savent pas, les services du Fisc ont tapé sur tout le monde, y compris les propres entreprises de l’Etat et ils n’arrêtent pas !

Le gouvernement de Youssef Chahed aurait pu aussi mettre fin au marché parallèle, à la contrebande et à l’évasion fiscale. Pourtant, comme le savent très bien tous les hypocrites, parmi les politiciens et les experts de tout acabit, on ne gagne pas ces batailles de longue haleine en deux années et même plus, beaucoup plus !

Chahed aurait pu aussi vendre les confisquées, mais cela demande du temps. Vendre les deux tonnes d’or et disposer des Millions d’euros confisqués par la douane. Cela aussi demande du temps et beaucoup de procédures administratives et de justice. Il aurait pu faire une foule de choses, encore faut-il que l’ARP le lui permette !

Ce qui est sûr, c’est que la Tunisie est devenue un pays ingouvernable, que même une Margaret Thatcher ne pourrait redresser dans la conjoncture actuelle. Un pays fait de cupides, d’envieux et d’égoïstes et où chacun a son petit diable dans la poche ! Il lui faudra pourtant un jour arrêter de déconner !

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A la fin du mois de septembre 2017, le marché officiel des voitures a connu l’immatriculation, via concessionnaires, de 46.883 véhicules toutes catégories et toutes marques. L’achat de véhicules neufs en 9 mois était ainsi en hausse de 4,8 %. En face, chez le marché parallèle où le FCR est roi, ce sont 15.847 véhicules qui ont été introduits et ré-immatriculés en Tunisie. A fin septembre dernier, ce sont ainsi 62.730 nouveaux véhicules, neufs ou usagés, qui ont été introduits en Tunisie.

Chez les concessionnaires, les voitures particulières ont été au nombre de 34.244. Le parc des VP aura ainsi augmenté de 11,5 % en neuf mois. Et dans cette catégorie, c’est la marque française Renault qui a été la plus vendue chez le concessionnaire tunisien de la marque qui est Artes du groupe Mzabi, suivie de Hyundai par le Tunisien Alpha Hyundai et la coréenne Kia par le concessionnaire City Cars du groupe Bouchammaoui.

Le plus important, dans cette question des voitures en Tunisie, ce sont plutôt les augmentations que devraient connaître les prix de ce mode de déplacement très en vogue et prisé par les Tunisiens. On pourrait même déjà dire qu’il en coûtera moins au consommateur tunisien d’acheter, maintenant et jusqu’au 31 décembre 2017, sa voiture. Elle lui coûtera moins et cher et encore moins cher sur le marché parallèle que chez le concessionnaire officiel. Ce dernier est assujetti à tous les impôts, alors que le parallèle ne paie presque rien, et en tout cas moins que le marché officiel. A croire que le GUN, contrairement à sa feuille de route, encourage le marché parallèle !

L’année prochaine en effet, selon le projet de la loi de finance 2018, la voiture en Tunisie coûtera au moins 4 % plus cher en droit de consommation et 1 % plus cher en TVA et au plus 22 % plus cher en droits de consommation auquel s’ajoutera un point de TVA. Ainsi par exemple, une voiture 5 Chevaux fiscaux coûtera en moyenne 4,4 % chez le concessionnaire. Plus la puissance de la voiture montera et plus son prix augmentera. En général et selon la cylindrée, le prix des véhicules connaitra l’année prochaine des hausses de 13 à 67 points d’augmentation en droits de consommation et 1 point de TVA de plus (Voire le tableau complet en page 162 de la LF 2018).

Le plus drôle et incompréhensible dans cette affaire des prix des voitures dans un pays qui dit lutter contre le marché parallèle, c’est qu’il sera certainement mieux d’acheter votre voiture l’année prochaine sur le marché parallèle que chez le concessionnaire. Alors que ce dernier est assujetti à la TVA, le premier ne la paie point. La fameuse page 162 de la LF 2018 montre certes une augmentation des droits communs de 50 %. Or, avec le FCR, l’impact sera uniquement de 3%, soit 25 % de l’augmentation. Officiellement, par exemple, le prix d’une voiture 1L ou 5 chevaux fiscaux à l’importation augmentera de 50 %. Grâce aux privilèges accordés aux TRE (Tunisiens résidant à l’étranger), son prix n’augmentera que de 3 % et sans TVA par rapport à la même voiture achetée chez le concessionnaire.

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Du 4 au 6 octobre courant, une mission du FMI séjournait à Tunis. Parmi les points évoqués avec le gouvernement tunisien figure «améliorer la gouvernance et la surveillance des entreprises publiques déficitaires et moderniser la fonction publique demeurent des réformes structurelles cruciales pour réduire les risques budgétaires et rendre l’ensemble de l’économie plus compétitive». C’est dire, et c’est peu de le dire dans la mesure où la Tunisie n’aurait pas dû attendre le FMI pour le faire, l’importance de ce sujet pour un gouvernement dont la tâche initiale est de remettre de l’ordre dans l’économie du pays.

  • Que dit le rapport du gouvernement ?

Selon un rapport gouvernemental en date du 15 mai 2017, les entreprises publiques (EP) en Tunisie étaient au nombre de 104 en 2014, travaillant dans 21 secteurs de production et de services. Elles dégageaient, en 2010, des bénéfices d’un total d’un peu plus de 1,176 Milliard DT. Six années plus tard, en 2015, elles affichaient un déficit de presque 1,1 Milliard DT. A la fin de la même année, et on suppose que cela a beaucoup augmenté depuis, le cumul des pertes des EP, de 2012 à 2015, a dépassé les 2,5 Milliards DT.

Les causes, ledit rapport les a identifiées. D’abord des problèmes au niveau de la gouvernance, ce qui ne semblait pas être le cas avant. Manque de vision stratégique claire ensuite, alors ce ne semblait pas être le cas avant. Faible productivité, ce qui n’était pas le cas avant, puisqu’elles dégageaient des bénéfices. 41 EP ont enregistré une perte de 1,881 Milliard DT, depuis leur création et jusqu’à 2010. Ces pertes ont ensuite augmenté de 214,9 % entre 2010 et 2015. Les fonds propres de 29 de ces EP sont négatifs (-2.730 MDT contre 447,8 DT en capital).

  • Qui a payé les 5,8 Milliards DT ?

Les EP, c’est aussi des troubles et mouvements sociaux, grâce désormais à un droit de grève protégé par la Constitution et non balisé par aucune condition. Les EP, c’est encore des actifs non valorisés, des coûts de production élevés, des problèmes de pièces de rechange et des problèmes de maintenance de la flotte. C’est aussi des procédures complexes de gestion des transactions publiques, grâce notamment à la peur d’être accusés de «Fassed» qui serre les tripes des dirigeants de ces entreprises. Problèmes aussi au niveau de la structure de l’entreprise. Ajoutez-y les fortes dépenses, notamment salariales, par rapport à la faible production et le peu de productivité. Entre 2012 et 2015, ces EP ont servi un cumul de salaires de 16,4 Milliards DT, pour un résultat hautement déficitaire.

La masse salariale des EP était de 2,580 Milliards DT en 2010. Cinq ans plus tard, c’est 3,713 Milliards DT. Une hausse de 43,9 %. Les salaires des employés des EP ont augmenté de 50 % entre 2010 et 2013.

Pour faire face, soutenir l’insoutenable et verser de l’eau dans le désert, l’Etat ne dispose que du seul moyen de la prime d’exploitation, puisée dans le budget de l’Etat. 5,851 Milliards DT ont ainsi été injectés dans les caisses des EP, en hausse de 124,3 % par rapport à 2010.

  • L’Etat veut que les privés financent les EP !

Dans son document, le gouvernement de Youssef Chahed propose une panoplie de mesures pour une restructuration, sociale, financière et de gouvernance, des EP. A aucun moment ledit document n’a parlé de plan social, de licenciement ou quelque autre mesure du genre. Il évoque par contre une meilleure stratégie de l’Etat actionnaire, la création d’une agence pour la gestion des participations de l’Etat, une gouvernance qui sépare la gestion du contrôle et la nomination de gestionnaires sur appel à manifestation d’intérêt et choix sur dossier. Mais aussi un cadre RSE, un cadre législatif qui permet d’attirer les compétences à l’instar du secteur privé, la présentation de Business plans et la mise en place d’une ligne de financement qui permette l’équilibre financier à l’horizon 2018, ce qui est trop court à notre sens.

Plus important, le gouvernement Chahed évoque aussi, dans ce document, un certain nombre de mesures financières, l’argent étant le nerf de la guerre. Il propose d’abord la création de ce qu’il appelle un «Fonds de restitution» de 1.000 MDT. Ce fond, toujours selon le gouvernement Chahed, devra être financé en partenariat avec le secteur privé, qui devra y injecter 500 MDT. Le reste sera injecté par la CDC (Caisse des dépôts et consignation), ou autres, comme les Sicar. Le secteur privé pourra ainsi participer dans le capital des EP qui bénéficieront du Fonds de restitution, à hauteur de 49 %. Il sera donc actionnaire d’entreprises qui resteront entre les mains de l’Etat, après accord de la Carep (Commission de privatisation). Les EP seront ainsi partiellement privatisées. C’est en gros ce que propose Youssef Chahed. Reste à savoir si l’UGTT, qui a déjà levé son véto contre toute restructuration des EP sans son avis, accepte cela !

 

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De toutes les vidéos du cheikh des Islamistes tunisiens, Rached Kheriji dit Ghannouchi, la seule qu’il est impossible d’oublier est celle de sa rencontre avec les Salafistes. Authentifiée par le cabinet du chef des Islamistes tunisiens dans une déclaration à Reuters, elle est expliquée comme une «tentative de Ghannouchi d’amener les Salafistes à l’action politique pacifique». Elle avait été révélée il y a cinq années jour pour jour.

Ce jour-là, un certain mercredi 10 octobre 2012, le leader du parti islamiste tunisien tombait le masque et appelait les Salafistes à ne pas se précipiter pour ne pas perdre les acquis qui leur ont été donnés par la révolution et de bien se préparer. «Désormais, nous avons plus qu’une mosquée, un ministère des affaires religieuses. Les mosquées sont entre nos mains, donnez-y les leçons que vous voulez, lancez des radios et des télévisions et des Madrasa (…). Les islamistes doivent remplir le pays d’associations, mettre en place des écoles coraniques partout et d’inviter les prédicateurs, car les gens sont encore ignorants de l’Islam», disait-il alors, tançant les islamistes radicaux qu’il recevait. Il dira aussi que «les laïques ont les médias entre leurs mains (…) » que «l’armée et la police, ne sont pas garanties», comme pour leur rappeler que les outils de prise du pouvoir ne sont pas encore entre les mains des Islamistes.

  • Un devoir et une exigence de mémoire

Rappeler cette vidéo est d’abord un devoir de mémoire, pour ne pas oublier que ceux qui ont fait la révolution, contre l’indigence, la pauvreté, la corruption et pour la dignité, avaient failli perdre tout cela et offrir leur sang en pâture aux Islamistes pour qu’ils réalisent le 6ème Califat, comme l’avait appelé de tous ses vœux à Sousse un certain Hammadi Jbali, qui croit toujours en une possible contre-révolution. C‘est ensuite une exigence citoyenne, alors que s’approche de l’échéance électorale des municipales auxquelles se prépare Ennahdha, pour ne pas oublier que la Tunisie avait failli, cette année-là, perdre un modèle de société millénaire et pris la mesure du risque de plonger dans un nouveau modèle sociétal qui n’a jamais été l’objet de sa révolution.

Ne pas oublier aussi que l’actuel modèle sociétal de la Tunisie souffre encore, cinq années après cette rencontre de Rached Ghannouchi avec les Salafistes, du discours fielleux de certains Imams dans des mosquées qui sont encore «Out-of-control». Que les Madrasa, que Kheriji avait appelé à mettre en place, existent toujours et n’ont pas été éradiquées. Ne pas oublier que les Salafistes de «Ansar Acharia» ont été presque derrière tous les attentats que la Tunisie a connus.

Ne pas oublier aussi que beaucoup, sinon la grande majorité des islamistes amnistiés et présentés, lors d’une émission d’une chaîne TV privée qui a désormais pignon sur rue, comme des victimes, ont été retrouvés dans beaucoup de camps terroristes où «ils faisaient du sport» et les attentats ou tentatives d’attentats perpétrés depuis en Tunisie. Ne pas oublier l’affaire «Al Ebdilliya», alors que la Tunisie vit et souffre à l’international du «Baiser-gate». Ne pas oublier enfin que c’est ce courant d’un certain Islam qui est derrière tout le malaise sociopolitique que vit la Tunisie depuis sept ans.

  • Un devoir et une exigence de vigilance

Depuis le parti islamiste d’Ennahdha dit avoir changé. Il se cache derrière ce qu’il appelle l’islam politique. Force est pourtant de constater qu’Ennahdha et ses leaders sont versatiles, maniant à merveille le double langage. Ce parti n’est aussi pas en accord total, en son sein, avec cette nouvelle orientation qui ne tient qu’à la présence physique de Rached Ghannouchi, qui tient toujours le parti par sa bourse. C’est aussi et surtout un parti dont l’essence est l’action secrète et l’obligation de patience dans un environnement qui n’est pas celui qu’il voulait, qu’il refuse et qu’il veut et voudra changer, même dans 100 ans. Comme tous les Islamistes, gente de conviction dans un environnement qu’ils ne contrôlent pas, font acte de «Taqiyya» pour dissimuler leurs desseins et renvoyer la concrétisation de leurs véritables objectifs pour des temps meilleurs.

Avec l’annonce de la candidature très probable de Rached Ghannouchi aux prochaines élections présidentielles de 2019 et les préparatifs d’Ennahdha, tambours et moyens matériels battants, aux prochaines élections municipales, le parti lèvera le voile de la «Taqiyya» pour prendre les rênes d’un pays qui sera alors entre leurs mains, de fond en comble, des municipales, conseils régionaux et jusqu’à l’Assemblée des représentants du peuple. C’est ce risque que rappelle encore cette vidéo d’un homme qui n’a vécu que pour le pouvoir. Il dira ce qu’il voudra, niera, expliquera, tournera en rond et manœuvrera, il n’en aura pas moins le pouvoir comme objectif final et l’instauration de son Islam comme finalité pour lui et son parti !

Revoir la vidéo :

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