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Khaled Boumiza

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Que va-t-il encore dire ?

Le chef de l’Etat devrait donner une nouvelle interview, comme d’habitude à une chaîne TV privée, comme s’il voulait encore déconsidérer les médias publics. Comme d’habitude aussi, l’interview devrait être enregistrée et on le déplore. On craint cependant qu’elle soit faite en direct, car on n’est pas sûr qu’il ne dérape pas, comme il l’a presque toujours fait avec la presse locale.

Autre souci, le fait que le nonagénaire chef d’Etat oublie de parler de la catastrophe naturelle qu’ont connue quelques unes des régions du pays qu’il dirige et pour qui, l’empathie ne suffira pas, mais qui ne comprendra pas que le chef de l’Etat ne le fasse pas. Au cas où cette interview serait diffusée comme il est prévu sur Elhiwar Ettounsi lundi à 19, et aborderait la crise politique et la guéguerre entre son propre fils et Youssef Chahed, elle marquera discordance totale entre un chef de l’Etat, sur ses « trentains »(terme originel dont est tirée l’ expression « sur ses trente-et-un »)l devant les caméras et qui palabre de questions presque familiales, et un chef de gouvernement en jean et blouson, dévoué à la tâche sur le terrain, consolant ses concitoyens et s’employant à trouver des solutions à leurs problèmes.

Le chef du gouvernement, ce matin du 23.9.2018, à Nabeul et Takelsa et au siège du gouvernorat

A quelques 32 ans moins 3 jours, c’est presque la même image d’une fin de règne, lorsqu’en cette fin de septembre 1986, le premier ministre d’alors, Rachid Sfar, accompagné du ministre de l’Intérieur Zine El Abidine Ben Ali, se rendait en bottes dans les zones sinistrées de la même ville de Nabeul, pour y constater les dégâts et essayer de trouver des solutions.

Mais revenons à nos moutons ! Le chef de l’Etat tunisien parlera donc ce soir. Mais que va-t-il dire ?

Tout le monde s’accorde à penser qu’il sera sur Elhiwar pour parler de la crise politique, nationalement partisane, de la guerre de son fils Hafedh pour dégager Youssef Chahed, ainsi que de la grave crise que vit le parti qu’il a imprudemment légué à son fils. Contre ce dernier, se lègue même grand nombre de membres de Nidaa Tounes. Son propre porte-parole appelle désormais à ce que HCE quitte Nidaa.

BCE parlera certainement aussi du chef de gouvernement. Un Youssef Chahed qui a repris du poil de la bête, qui a su et pu résister à toutes les tentatives visant à le congédier de La Kasbah, comme le constatent aussi bien ses amis que ses ennemis. Certains prédisent que BCE pourrait, lundi soir, annoncer vouloir recourir à l’article 99 de la Constitution. BCE pourrait perdre son pari sur le vote de confiance et Youssef Chahed pourrait s’y être déjà préparé par l’important bloc de députés qu’il s’est constitué sur le dos de Nidaa Tounes où les démissions s’étaient rapidement succédé la semaine dernière. Il pourrait aussi remporter son pari, si le parti islamiste Ennahdha décidait à la dernière minute de faire faux bond, totalement ou en partie, à Youssef Chahed.

BCE pourrait aussi annoncer que son héritier Hafedh décidait de quitter son poste de directeur exécutif et de s’en remettre au vote du prochain congrès. Mais cela reste fortement improbable. Sinon, il devrait passer la plupart de l’interview à «bajboujer», à tourner autour du pot, à éviter les questions pièges et à ne donner que l’illusion de réponses claires et déterminées. BCE n’a pas trop de marge pour décider en lieu et place de Youssef Chahed et de l’ARP. Et il le sait !

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L’ONU met son nez dans la loi de finance ! Et puis quoi encore !

Le Rapporteur Spécial des Nations Unies sur le droit de réunion pacifique et d’association, Clément Nyaletsossi Voule, effectuera une visite officielle en Tunisie du 17 au 28 septembre 2018. «Mon but est d’identifier les progrès effectués depuis la révolution de 2011 en matière d’exercice des libertés de réunion pacifique et d’association ainsi que les défis rencontrés afin de garantir la pleine jouissance de ces droits par le peuple tunisien», a déclaré le Rapporteur spécial Clément Voule. Et le responsable onusien de préciser que «un certain nombre de questions seront examinées [Ndlr : pendant cette réunion organisée à l’initiative tunisienne, précise le bureau de l’ONU à Tunis pour Africanmanager], telles que la loi de finance 2018 qui a provoqué les manifestations de janvier de cette année. En outre, le projet de loi relatif au registre national des entreprises ainsi que le décret-loi 88-2011, qui régit les associations en Tunisie, constitueront également des points centraux de la visite». Ça, c’est une première mondiale. On n’a pas encore vu, d’après nos connaissances journalistiques, l’institution onusienne mettre le nez dans les lois financières, même du plus pauvre ou du plus dépendant des pays africains et encore moins de l’Asie ou l’Europe !

Pourquoi alors Clément Nyaletsossi Voule ne viendrait-il pas désormais siéger au Conseil des ministres, se prendre un bureau chez le ministre des Finances ou même siéger à l’ARP, pour veiller à ce que la prochaine loi de finance ne perturbe pas le libre exercice des libertés de certains Tunisiens, mécontents de tout, qui ne travaillent pas et ne laissent pas les autres travailler ?

Cette autre liberté n’intéresse-t-elle pas l’ONU dont d’autres institutions (FMI et Banque Mondiale) financent un pays où certains usent et abusent de certaines libertés jusqu’à mettre en grave péril ses chances de reprise économique et de sortie de la grave crise financière, pour que le FMI et la BM puissent convenablement récupérer leurs crédits sans mettre en péril son indépendance comme en 1881 ? N’est-ce pas de l’interventionnisme pur et simple dans la liberté du gouvernement de prendre les mesures nécessaires au développement de l’économie du pays ?

Clément Nyaletsossi Voule notera-t-il dans son prochain rapport que la liberté de chacun s’arrête là où commence celle des autres ? Y parlera-t-il du droit de grève qu’utilise depuis quelques années la centrale syndicale primée par le Nobel de la Paix, pour empêcher aussi bien la transition politique qu’économique de la Tunisie ? Les témoignages internationaux de ce dérapage sont pourtant nombreux. Y prêtera-t-il attention lorsqu’il rencontrera, peut-être, Noureddine Taboubi et son UGTT qui avait tout fait pour éliminer le droit au travail dans la Constitution et même de réglementer le droit de grève, pour qu’il ne devienne pas l’instrument de destruction économique qu’il est désormais en Tunisie ?

Va pour la liberté de disposer de son corps pour les gays et lesbiennes, comme le voudrait l’Europe. Va aussi pour toutes les libertés contenues dans le rapport de la Colibe. Mais Voule ira-t-il parler aux associations de défense des libertés qui s’étaient trompées en prenant le parti de terroristes, libérés après la révolution et qu’on a vite fait de retrouver derrière d’autres actes terroristes après la révolution aussi ? Parlera-t-il à ces autres associations de défense de je-ne-sais-quoi et de leurs libertés d’embrigader des jeunes pour tous les foyers de tension du monde ? Cela aussi est une liberté. Voule la défendrait-elle, alors que son ONU voit chaque jour les dommages sanglants de ces associations dans la chair et sur la liberté des populations du Sahel et même en Libye voisine ? L’ONU n’avait-elle pas applaudi aux interventions, américaine et française, en Libye et les dégâts qu’en a subis et subit encore la Tunisie où il vient contrôler le bon exercice des libertés ? Contrôlerait-il aussi la bonne application de ces libertés et en ferait-il mention dans son rapport ?

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Trop cher le farniente des nouveaux maires !

L’un des slogans des dernières municipales de 2018 a été «Nous élisons pour nos enfants». Plus vrai que ce slogan, tu meurs ! Il semble en effet qu’il faudra attendre quelques autres décennies, le temps que nos enfants grandissent, pour voir les maires fraichement élus travailler à rendre nos villes, et les leurs, plus propres et plus vivables !

Des centaines de candidats s’étaient fait une guerre électorale sans merci, tous financés par le contribuable via l’ISIE. Des centaines ont réussi leurs campagnes et celles de leurs partis politiques, et s’assoient désormais dans leurs nouveaux sièges de Maires ou de chefs de circonscriptions municipales. Cela fait plus de quatre mois qu’ils y sont, hommes et femmes, partisans et dits indépendants.

Le poste de Maire devenant un emploi à plein-temps, le montant de la prime varie désormais et selon le nombre d’habitants de 1.250 et 4.000 dinars (prime de gestion), de 150 à 200 dinars (prime de responsabilité), de 250 à 500 dinars (prime de logement), de 100 à 400 dinars (prime de représentation). Certains, comme à la Mairie de Tunis, toucheront plus qu’un Secrétaire d’Etat et presqu’autant qu’un ministre, sans compter les avantages en nature.

Haut lieu touristique, le centre-ville de Sousse est méconnaissable depuis ladite révolution. Les ruelles de sa médina restent défigurées par les étals anarchiques et puants, ses routes sont toujours défoncées et ses parking toujours squattés sans aucune réaction de la police municipale.

Autre haut-lieu touristique, El Kantaoui et ses plages sales, parsemées de canettes de bière, de bouteilles vides et des restes des soulards de toutes les nuits. Son Oued se déverse toujours en mer et pue et ses rues touristiques parsemées de minarets incomplets et de moquées inachevés comme juste pour occuper les lieux. Sa circonscription municipale est dirigée par un élu d’Ennahdha.

A la cité Ennasser de l’Ariana, vous demandez au président de la circonscription de la ville de faire appliquer le code qui interdit le stationnement des deux côtés du trottoir dans la rue de l’ère nouvelle, il vous demande de faire signer une pétition de tous les habitants du quartier pour qu’il fasse appliquer la loi. Près du marché municipal de l’Ariana, les étals anarchiques et les squatteurs de parking font de nouveau la loi.

On ne parlera pas des voieries toujours défoncées, des panneaux de circulation toujours absents ou arrachés, des immenses tas de détritus qui jonchent des trottoirs qui n’existent plus. A El Manar, le Conseiller de Carthage squatte toujours une rue entière et on en passe des vertes et des pas mûres dans les rues de la capitale, comme en témoigne la vidéo en plein centre de Tunis.

«Circulez y a rien à voir» ou encore «silence on tourne», Mme la Maire a d’autres chats à fouetter, comme de se préparer à sa prochaine distinction de la meilleure Maire du monde, alors qu’elle n’a fait que quelques photos avec les éboueurs de la capitale.

On oublie aussi, comme l’a fait le ministre de l’équipent en colère contre ses concitoyens, que la responsabilité des inondations et des trombes d’eau qui ont tout bloqué ou presque, comme à Tunis dernièrement, revient essentiellement aux Maires. C’est en effet d’abord à leurs services de voierie de précéder chaque été au curage des canalisations des eaux usées et des pluies, pour les vider des tonnes de détritus jetés par les citoyens, les professionnels et les ménagères et qui bouchent tout et empêchent l’évacuation normale des eaux pluviales. On a rarement, très rarement, vu cet été ces équipes de curage s’atteler à la préparation des canaux en prévision des pluies, pourtant prévisibles comme chaque année. Qu’y ont fait les nouveaux Maires ?

Ce ne sont là que quelques petits exemples et chacun peut en citer des centaines dans sa ville. L’état des villes tunisiennes, rien que dans le secteur de l’hygiène, a-t-il changé depuis que les nouveaux Maires, fonctionnaires de l’Etat qui fixent le budget de chaque municipalité, y ont pris la place des anciens ? Pas qu’on sache, sauf peut-être l’issue de la partie de chaises musicales et plus de sous à donner à de nouveaux Maires qui ne font rien !

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Où Chalghoum trouvera les 9 Milliards DT et à qui les donnera-t-il ?

Le chiffre de 9,307 Milliards DT, équivalents à 2,7 Milliards d’euros, en service de la dette (Principal et intérêts) a fait le tour du monde. L’information a quelque part choqué, au vu des réserves en devises qui fondent chaque jour un peu plus et de la crise, économique et financière, que traverse la Tunisie.

Il s’agirait, selon nos informations, de dettes contractées en 2012 et 2013, dont le 1er crédit américain, la 1ère garantie US qui s’en est suivie, la 1ère tranche du crédit du FMI et une partie du crédit qatari notamment.

Remarque importante, ce chiffre de 9,3 Milliards DT ne représente pas que la dette extérieure. Le montant se décompose en fait en 3 Milliards DT en principal et 6,3 Milliards DT en intérêts. Ce même chiffre des 9,3 Milliards DT, c’est aussi uniquement 6,4 Milliards DT en dette extérieure et le reste en dettes locales contractées sur la place financière locale sous forme de BTA, BTC et autres.

Le chiffre de 9 Milliards DT choque certes, mais il n’est pas nouveau et ne fera certainement pas référence dans l’avenir. En effet, embourbée dans une baisse de ses recettes du fait des difficultés que connaissait le tourisme et les difficultés que connait toujours le secteur des phosphates et la croissance démesurée de la masse salariale par rapport à la croissance, la Tunisie de l’après révolution n’avait plus d’autre choix que de s’endetter.

Force est cependant de constater qu’elle s’endette, mais reste solvable, dans la mesure où elle a toujours payé ses dettes en temps et en heure. En 2017, la Tunisie a ainsi payé un peu plus de 7,3 Milliards DT en service de la dette. En 2018, la Tunisie devrait payer l’équivalent de 7,841 Milliards DT en service de la dette et 9,3 Milliards DT en 2019.

«La Tunisie respectera ses engagements». Ridha Chalghoum, ministre tunisien des Finances, l’a encore confirmé lors de la journée consacrée au projet de loi de finances 2019. Il a même assuré qu’il le fera, tout en restant dans un déficit budgétaire de 3,9 %. «Le seul moyen de faire baisser l’endettement, c’est de payer plus qu’on n’en contracte», affirmait encore le ministre des Finances.

Ce qui a rendu ce remboursement possible selon les experts, c’est d’abord la croissance. Elle est petite et n’a pas encore pu créer la richesse et les emplois, mais elle a permis de stabiliser la situation économique et financière. Une situation qui permet à la Tunisie de rembourser ses dettes sans pouvoir encore se délecter des fruits de cette croissance. Un proverbe bien connu disait «Qui paie ses dettes s’enrichit». Sur une radio privée, Ridha Chalghoum annonce que le taux d’endettement baissera en 2019 ! Un autre proverbe turc dirait «Argent emprunté s’en va riant, revient pleurant». Les Milliards des années 2012 et 2013 qui ont été dépensés, partout sauf dans l’investissement et la création d’emplois, sauf peut-être le fictif, sont désormais exigibles en période de crise, financière et de liquidité.

Mais ce qui aide encore le ministre tunisien des Finances à rester optimiste et à rembourser en temps et en heure, c’est que les recettes de l’Etat ont suivi. En effet, à la lecture du document détaillant le résultat de l’exécution du budget de l’Etat 2018 jusqu’à fin juillet, on constate que le total des ressources propres de l’Etat a augmenté de 20,7%, atteignant déjà presque les 14 Milliards DT en 7 mois, contre seulement 13 Milliards en juillet 2017 et 13,6 Milliards en juin 2018. Dans ces recettes, où les rentrées fiscales ont augmenté de 14,5 % dont 1,712 Milliard DT en fiscalité indirecte (+65 % en Droits de Douane, +22 % en TVA et +16,1 % en Droit de Consommation) et 1,492 Milliard DT en impôts sur les sociétés qui étaient en hausse de 6,5%.

Force est ainsi de constater que la Tunisie de 2018 arrive à trouver le ressort nécessaire, pas encore pour rebondir, mais au moins pour rester sur pied. Elle arrive encore à trouver de quoi payer ses dettes pour ne pas entrer sur la liste noire des bailleurs de fonds, payer ses retraites et ses salaires. Elle vivra encore à l’étroit, mais honorera ses engagements. Entretemps, 600 MDT ont été aussi distribués aux familles nécessiteuses, comme l’exige aussi le FMI.

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Il y a quelques jours, nous relations dans le détail la prise d’otage en bonne et due forme dont ont été victimes dimanche dernier quelques centaines de voitures et camions et certainement plus d’un millier de personnes, enfants, adultes, malades, voyageurs, touristes, devant une dizaine de Gardes Nationaux qui ne bougeaient pas d’un poil. A croire qu’ils étaient de mèche, comme l’a laissé entendre la rumeur qui a circulé dimanche dernier dans les rangs des otages incrédules et assommés par un soleil de plomb.

Et pourtant, officiellement, il ne s’était rien passé et l’incident n’était jamais arrivé ! Que se serait-il passé à Ben Guerdane ou à Kamour, si Hichem Fourati était déjà ministre de l’intérieur ?

Aucune information sur cet acte de banditisme de grand chemin n’a été publiée par les services de presse du ministre de l’Intérieur dont, comme nous, des milliers de Tunisiens ont fait leur deuil. Aucune explication n’a été donnée, officiellement ou officieusement, sur le laxisme du ministre Fourati.

Comme l’avaient vécu dans leur chair les otages de l’autoroute Sousse-Tunis, les forces de l’ordre étaient là, avec une présence massive, et un ordre de ne rien faire et de ne pas intervenir pour dégager ce tronçon d’autoroute vital en cette journée de veille de rentrée scolaire. On imaginerait qu’un simple engin de travaux public aurait suffi aux Gardes Nationaux pour reprendre l’autoroute d’entre les mains d’une horde de jeunes voyous issus des bourgs environnants. Mais même cela n’avait pas été tenté, car ils n’en avaient pas les instructions. Pourquoi donc le MI avait-il laissé faire ? Pourquoi le MI avait-il ordonné aux forces de l’ordre de ne pas intervenir ? Pourquoi a-t-il ainsi bradé l’autorité de l’Etat ?

A aucun moment le ministre et son ministère n’ont évoqué la question, comme si cela ne s’était jamais passé. Ni le chef de l’Etat, ni le chef du gouvernement n’avaient estimé nécessaire de s’en enquérir auprès de ce ministre qui avait pourtant été présenté à l’ARP comme la solution miracle pour remplacer un vrai homme de terrain faussement accusé de complot contre l’Etat et comme l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Dans d’autres vraies démocraties, il aurait été vite questionné par les députés sur le laxisme dont il avait fait preuve face aux bandits de grands chemins, entendu par le Conseil supérieur de la sécurité et vivement sermonné par son patron, le chef du gouvernement, qui avait été tenu au courant de la prise d’otages, presque minute par minute. Une quelconque mesure a-t-elle été prise, par ce ministre incapable de maîtriser une bande de gamins, pour que cela ne se renouvelle pas ? Non, ni par le chef de l’Etat, ni par le chef du gouvernement ! N’est-ce pas cela qui est plus dangereux que la prise d’otage en elle-même ?

Plusieurs journées après cette prise d’otage où il n’y a eu ni écoute des victimes, ni arrestations parmi les preneurs d’otages et les pyromanes qui avaient tenté de mettre le feu à ceux qui tentaient de sortir de l’ornière. Le ministère de l’Intérieur, tout comme le Parquet, s’enterrent dans le silence des agneaux, celui de l’autorité qui a peur, qui se laisse déculotter par une vingtaine de gamins et qui «avalent le couteau avec son sang» comme disait le dicton local.

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On se demanderait des fois qui conseille le chef du gouvernement et son ministre des Finances, pour les mesures qui mériteraient une annonce, officielle et publique et devant un parterre, comme celui unedevant lequel Youssef Chahed a fait son discours d’orientation sur la prochaine loi de finances 2019. On aurait été de l’UGTT, Dieu nous en préserve, c’est lui dont on demanderait la tête !

On comprendrait presque, en espérant que ce n’est pas lui, que Mohamed Trabelsi, assis à côté du pupitre où parlait son patron, adopte cette posture, un doigt dans l’oreille et l’autre sur les lèvres, comme pour signifier «je n’ai rien entendu et je n’ai rien à dire» !

Vendredi 14 septembre 2018, le chef du gouvernement annonçait que le prix des voitures, dites populaires, sera abaissé de 10 mille DT et ne dépassera plus les 20.000 DT. La mesure sera applicable en 2019. Elle est dite ainsi car son propriétaire bénéficie d’un privilège fiscal, que sa puissance fiscale ne dépasse pas les 4 chevaux, presque dépouillée de tout équipement de sécurité et de confort, sans parler des «options» et qu’elle est accordée sur autorisation du ministère du Commerce. Des véhicules par conséquent aux allures de “cercueils roulants” dont les routes tunisiennes, parmi les plus mortelles de la planète, se passeraient bien. Mais ça tout le monde se garde de le dire, à commencer par Chahed qui nous a vendu ça comme la bonne nouvelle du moment pour des ménages au pouvoir d’achat malmené par les hausses intempestives des prix. A part un expert qui s’est enhardi à souligner sur la RTCI la dangerosité de ces voitures, tout le monde se tait devant la fausse bonne annonce.

Une décision tout aussi farfelue qu’irréalisable et où le chef du gouvernement prêterait, presque gratuitement, le flanc aux critiques. Une décision qui appelle en tout cas quelques remarques.

  • Un nombre très réduits de bénéficiaires. C’est donc démagogique

En 2017, le nombre de voitures populaires (Concept imaginé et mis en place depuis l’ère Ben Ali) qui ont été immatriculées n’a pas dépassé les 2.632 véhicules de tourisme. A fin août 2018, les ventes n’atteignaient même pas les deux milles voitures particulières. C’est dire la population restreinte, cible de ce nouveau cadeau de l’Etat aux «sans-voiture» dans un pays où cette dernière est un indicateur de statut social.

Cette cible ne dépassera pas, selon les professionnels contactés par Africanmanager, les 3.000 personnes. D’où l’aspect jugé démagogique par les Tunisiens sur les réseaux sociaux !

  • «Free» de tout taxe et impôt ? C’est une perte de 7 MDT pour l’Etat

«A moins de subventionner, encore plus, les voitures ou d’offrir des Tuktuk, ce prix est impossible», nous confiaient quelques concessionnaires de voiture contactés par Africanmanager. En effet, ladite voiture populaire, convenablement équipée, est actuellement soumise à un DC (Droit de Consommation) de seulement 10 % et à une TVA réduite de 13 %. La moins chère actuellement sur le marché tunisien est une chinoise vendue à 22.200 DT. Après déduction, si c’est ainsi que le gouvernement compte réduire les prix, du DC et de la TVA, l’impact sur le prix est de 13 % au maximum. A première vue, ce serait ainsi donner le monopole des populaires à cette seule marque chinoise, dont le concessionnaire est l’un des plus importants opérateurs en BTP. Cela à supposer que le Dinar ne chutera pas encore par rapport au Dollar américain, monnaie d’importation des chinoises.

Chez le reste des concessionnaires, les prix des dites voitures populaires varient entre 29 et 31 mille DT ttc. Même « free »taxes, elle n’atteindra pas le prix de 20.000 DT promis par Youssef Chahed. Ce raisonnement chiffré ne tient pas compte de l’effet change, surtout qu’il faudra compter avec les prix de 2019. De plus, pareille mesure pourrait coûter à l’Etat la somme moyenne de 7 MDT par an, s’il venait à vouloir compenser aussi les voitures.

  • N’y a-t-il pas mieux ?

Il ne fait aucun doute que Youssef Chahed aurait pu mieux faire, ou se taire. Nous pensons tout de même qu’il aurait pu mieux faire, en continuant par exemple dans la voie de la transition énergétique. Lors de l’élaboration de la loi de finances 2018, décision avait été prise de faire un abattement fiscal de 30 % sur les voitures hybrides. On n’en a pas vu jusque-là la couleur. En espérant que Youssef Chahed n’a pas enterré tous les projets de son ancien ministre des énergies renouvelables après l’avoir démissionné, comme celui des voitures électriques, on pourrait aurait pu imaginer que la prochaine loi de finances concrétise ce souci de la transition énergétique. On aurait pu aussi imaginer que le chef du gouvernement revienne sur cette mesure, illégale, de la double imposition des revenus, ou encore de concrétiser le grand nombre de promesses qu’il n’a toujours pas tenues. Des promesses comme celles du programme appelé personnalisé et des financements au profit des sociétés bénéficiaires. Ou encore la «Tunis Technology City», qui devait s’étendre sur une surface de 500 hectares, dont 250 hectares consacrés à l’industrie automobile. Ou encore mieux : entamer la concrétisation de la promesse de la justice fiscale en l’étendant aux forfaitaires. Tant de promesses. En face, l’offre d’une voiture à 20 mille DT qui est irréalisable !

 

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Il était presque onze heure du matin, ce dimanche, lorsque le feu a été mis aux premiers pneus et branches d’arbres sur l’autoroute Sousse-Tunis au niveau de Bouficha. Nous y étions. Plusieurs centaines de voitures particulières et de camions de marchandises ont ainsi été bloqués en pleine autoroute, au milieu du gué. Des femmes, des enfants, des étrangers et des malades, ont ainsi été pris en otage pendant quatre heures, par quelques gosses qui faisaient la loi.

Officiellement, ce serait pour protester contre les nuisances émanant d’une décharge publique. Officieusement, se serait pour protester contre l’interdiction faite aux marchands ambulants de vendre leurs pacotilles, autour de la station de péage et dans le voisinage d’une ou de deux stations-service. Il se raconte, de l’intérieur la manifestation, qu’ils auraient été payés. Les protestataires par prise d’otages, sont pour quelques-uns armés de gourdins et de pierres, les visages cachés par des T-shirts enroulés autour de leurs visages. Ils n’ont rien de l’honnête citoyen, venu protester pour améliorer ses conditions de vie.

Pour la plupart, des gueux, va-nu-pieds ou en tongs, des pantacourts déchirés, les coiffures en gel engluées de poussière des champs d’oliviers qu’ils ont parcourus à pied pour venir «paisiblement protester», l’œil vitreux de colère contre ceux qui viendraient à protester parmi les otages. «Ta gueule ! Toi, tu es en voiture et moi je n’ai rien », interpelle l’un d’eux qui traînait derrière lui une partie d’un vieux pneu de poids-lourd, déchiqueté qu’il jette dans le brasier, un automobiliste qui a osé protester et demander le pourquoi de cette prise d’otage.

A 13 heures 30, des automobilistes impatients tentent de déboulonner les glissières et de se frayer un chemin vers la voie inverse et essayer de rejoindre Tunis via Zaghouan. Les gueux s’en rendent compte et accourent, placent deux gardiens sur la glissière démontée, alors qu’un autre allumait l’herbe sèche et les arbustes de l’entre balises, pour empêcher les voitures de traverser. On n’était pas loin du désastre, par un brasier généralisé à la moindre fuite de carburants de quelques voitures ou “louages” fatigués. Des hommes et des femmes, parmi les otages , accourent avec leurs packs de bouteilles d’eau qu’ils extrayaient de leurs voitures, pour éteindre le feu et éviter qu’il n’embrase les voitures entassées sous un soleil de plomb. Aucun membre des forces de l’ordre n’était intervenu et encore moins ceux de la protection civile, ni pour éteindre les brasiers, ni pour porter assistance aux otages, encore moins pour voler au secours de ceux qui tentaient de passer à travers les balises démontées, les laissant à la merci de quelques gosses, entre 10 et 15 ans, qui les insultent et les rackettent pour en laisser passer quelques-uns. Les forces de l’ordre s’étaient illustrées par une présence passive, regardant sans bouger le petit doigt.

Plus loin, on dit qu’on discute. Mais on n’a vu passer aucun officiel. On aperçoit de loin quelques uniformes noirs des forces spéciales, mais aucun contact avec les protestataires-ravisseurs. En contrebas, sur la route nationale Enfidha-Bouficha qui était aussi coupée à la circulation, les véhicules des forces de l’ordre. Plusieurs camions de la Garde Nationale stationné à l’entrée du pont. Eux aussi, observent sans bouger le petit doigt. Et lorsque tu oses demander pourquoi, on te répond que «nous n’avons pas reçu les instructions». Ces dernières devaient venir de leurs supérieurs. Or, aucun gradé n’était sur la rout. A quelques kilomètres, la caserne de Bouficha. Mais qui ne semblait pas concernée. On appelle le 197 pour crier au secours. On nous répond que ce n’est pas à nous de vous répondre. Essayez le 193. Quelques centaines de voitures étaient prisonnières de quelques gueux et personne ne s’en souciait.

Dans le sens Sousse-Tunis, la file des voitures s’allonge, s’étire et arrive jusqu’au péage d’Enfidha. Quelques otages trouvent le moyen de faire marche arrière et rebrousser chemin. Petit à petit, le reste des automobilistes pris en otages s’enhardissent, devant des forces passives de la Garde nationale avec leurs voitures rangées sur le bas-côté. Comble de l’ironie, la société des autoroutes n’a même pas levé les barrières et on devait payer pour fuir l’autoroute occupée par les énergumènes. Des centaines de fuyards, tout seuls et non accompagnés par un quelconque motard ou une quelconque voiture de la Garde Nationale ou de la police, s’engouffrent dans les pistes à la recherche de la route menant à Zaghouan. A l’entrée de cette ville, par la localité de Takrouna, pour éviter Enfidha où il n’y avait aucun policier, une longue queue se forme et des automobilistes croyant en une autre tentative de prise d’otage, rebroussent chemin. A 15 heures, les preneurs d’otages lèvent leurs barrages, mais presqu’aucun garde national n’avait l’information. A la Radio Nationale, les services d’informations venaient juste d’annoncer la prise de l’autoroute et de la route nationale et n’avaient eux non plus aucune nouvelle.

C’est ce jour-là que j’ai fait mon deuil du ministre de l’Intérieur. On avait, comme presque tous les Tunisiens, soutenu sa nomination et le vote en sa faveur de l’ARP.

Après cette «prise de l’autoroute», dont les autorités auraient été au courant depuis quelques jours sans prendre aucune mesure et faisant même montre de plus d’un dysfonctionnement et de plusieurs gaffes stratégiques, de manque d’assistance aux kidnappés, il ne fait plus aucun doute que ce n’est pas ce ministre de l’Intérieur qui rétablira l’ordre et appliquera la loi. Incapable de libérer un tronçon d’autoroute tombé entre les mains de quelques gamins et d’une bande de bandits de grand chemin, ce n’est pas sur lui que la Tunisie pourra compter.

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Image scoop.it

Les personnes âgées se rappellent certainement de cette décision d’infliger une amende à toute personne qui prononcerait un mot en langue française dans le bus. C’était pendant les années cinquante en Tunisie.

Plus près de chez nous, beaucoup de personnes se rappelleront de cette dispute de l’ancien président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, avec l’ancien 1er ministre français Lionel Jospin et la décision de Ben Ali de bannir l’usage de la langue française en Tunisie. La nuit de la décision, non officielle, toutes les pancartes des entreprises publiques et privées libellés en langue française avaient alors été, soit démontées, soit voilées d’une une cache de plastique de couleur noire. L’histoire est un éternel recommencement et ceux que la France a cachés et abrités, se retournent contre la francophonie et font comme celui qu’ils ont chassé en gardant son système !

En 2018, un groupe de députés, anciens CPR transformés en «bloc démocratique », tente depuis le mois de janvier de passer une proposition de loi contre la francophonie en Tunisie. Imed Daïmi et Salem Labiadh qui avait été ministre de l’Enseignement, avec Samia Abbou, veulent faire de la langue arabe l’unique moyen de communication dans les entreprises publiques et privées et même avec les parties étrangères au pays.

Selon cette proposition de loi, «les actions de publicité, d’annonce, l’étiquetage des prix, les enseignes commerciales, publiques et privées, devront être rédigées en langue arabe. Autrement, les inscriptions en langue arabe doivent être affichées plus haut que toute autre langue et en plus gros caractères. Mais aussi, les noms de toutes les administrations, des entreprises publiques et privées, les noms des rues». Ils voudraient aussi que toutes les offres publicitaires, écrites, audio et vidéo, doivent être en langue arabe, littéraire ou dialectal. L’usage des langues étrangères dans la publicité doit être exceptionnel et dans ce cas, la publicité doit être traduite en langue arabe ». Ministres et fonctionnaires ne devront plus aussi discourir qu’en langue arabe et même les académiciens devront au moins distribuer une transcription arabe de leurs interventions, si faites en langues étrangères.

Une initiative parlementaire d’autant plus inexplicable que la Tunisie a été choisie comme comme hôte du Sommet de la Francophonie en  2020, année marquant le 50eme anniversaire de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

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A chaque nouveau glissement du déficit de la balance commerciale, s’élèvent de nouveau en Tunisie des voix «d’experts» et de politiciens, demandant au ministre du commerce, Omar Béhi, de sévir en comprimant la liste des produits importés par la Tunisie. Avant lui et en coopération avec la BCT, une liste de 604 nomenclatures douanières déclarées «personæ non gratæ» avait été établie en octobre 2017. Le même mois, la BCT sortait une circulaire portant instruction de ne procéder à l’ouverture d’une lettre de crédit (LC) pour l’importation de certains produits qu’avec la couverture par l’importateur de sa LC par une garantie sur ses propres fonds. Des mesures qui avaient alors valu à l’ancien Gouverneur et au gouvernement le courroux de certaines parties européennes, dont l’une qui en voulait surtout à la présence sur cette liste des produits de maquillage (Nomenclatures de 330300 à 330499).

Les réprimandes, diplomatiquement correctes, arrivent encore à ce jour, au ministère du Commerce.

Les critiques internes, concernant certaines importations jugées actuellement inutiles et en tout cas non-indispensables, n’ont pourtant pas arrêté. Au ministère du Commerce, on penserait même rétablir le régime des autorisations préalables pour toutes les importations, même pour une seule année. On planche, tout de même et depuis quelque temps, sur les mesures à prendre qui pourraient contribuer à dépenser moins en importations et resserrer les cordons de la réserve en devises. De son côté, le chef du gouvernement avait remis sur la table des négociations avec les autorités chinoises la possibilité d’un accord de Swap pour couvrir les importations tunisiennes de Chine.

C’est dire tous les efforts faits ou en cours pour essayer de baisser le déficit commercial, sans pour autant toucher les matières de base, les semi produits et les importations par lesquelles l’industrie tunisienne fonctionne.

En août dernier, sur les 38,427 Milliards DT déboursés en devises par la Tunisie par en importations diverses, dont un peu plus de 24,205 Milliards DT pour seulement 9 produits, tous vitaux. Ces 9 produits représentent plus des 2/3 de toutes les importations tunisiennes. Pour plus de détails, cette liste de l’INS est encore plus explicite sur les importations tunisiennes.

Elle confirme, pour ceux qui auraient encore des doutes, non politiciens, qu’il est difficile, voire impossible pour le ministre tunisien du Commerce Omar Béhi de comprimer encore plus les importations, du moins officielles et pas celles qui passent par les circuits parallèles, qui sont un autre combat autrement plus difficile et pas encore engagé avec force et détermination par le gouvernement de Youssef Chahed.

A l’exception de quelques produits dans cette liste, rien ou très peu à notre sens pourrait être taxé d’inutile. Le ministre du Commerce pourrait certes en expurger quelques petites choses, comme les 90,4 MDT de jouets, jeux et articles de sports, les 52,4 MDT d’appareils de télécommunication comme les téléphones mobiles, etc. Mais est-ce que cela changerait quelque chose dans la balance commerciale ?

L’idéal, à notre sens, serait de se pencher sérieusement sur la question du commerce parallèle et le commerce de valises, comme par voie aérienne de Turquie. Et encore, regardez ce qui s’est passé dernièrement, lorsque la Libye a unilatéralement fermé ses frontières du côté tunisien. Le Tunisien vit, par le parallèle, avec le parallèle et en partie grâce au parallèle. Et il n’est pas prêt de s’en séparer !

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Il y a des jours où l’idée de lancer une marche nationale anti-UGTT aurait été considérée comme une action urgente et le haut lieu de nationalisme en matière d’activisme citoyen et le véritable programme de sauvetage de la Tunisie. Il y a aussi des jours, nettement plus rares, où on prierait volontiers pour que quelques grèves réussissent et que le gouvernement réagisse positivement à ce que demandent les ouvriers. Et d’ailleurs, bien avant les syndicats, nous avions essayé d’attirer l’attention des deux derniers ministres successifs du Transport et de tout le gouvernement de Youssef Chahed. Vainement.

Le 5 septembre 2018, la fédération générale du chemin de fer de l’UGTT publiait un «communiqué explicatif à l’intention du public». La centrale syndicale y évoque une question, devant laquelle le gouvernement a jusqu’ici préféré le silence et l’inaction : Il s’agit du sujet de la ligne 13 du chemin de fer tunisien. Une ligne fermée depuis… six ans, par des personnes qui se disent être en Sit-In. Et depuis 6 ans les deux derniers gouvernements, Essid et Chahed, laissent faire.

Cette ligne est pourtant primordiale pour le transport des marchandises par la SNCFT et vitale pour la rentabilité de la SNCFT, qui y assure notamment le transport du phosphate. La fédération syndicale précise d’ailleurs que cette ligne «a connu 102 Sit-In au cours de la seule année 2017 et qui ont causé la perte de 359 journées de travail». Au total, ce sont «6 867 journées de travail perdues» et un manque à gagner de «341 MDT à la SNCFT», précise aussi le communiqué de l’UGTT.

Dans son communiqué, l’UGTT est pourtant, pour une fois, claire et précise dans ses accusations. Des Sit-ineurs, qui ont par ailleurs un temps élevé un mur, avec pierres et ciment, sur la voie ferrée pour en signifier la fermeture complète et ont même posé devant en photo pour la postérité et pour défier l’Etat ; le communiqué dit que ce sont des «Sit-in montés de toutes pièces». Selon nos informations, ces Sit-In montés de toutes pièces auraient des oreilles à la direction générale. A chaque fois que la direction générale essaie de rouvrir la ligne, les Sit-ineurs avertis par téléphone rameutent des soutiens parmi les populations de la région et font face. Des sources, non confirmées, font état d’un deal financier entre propriétaire (s) de camions et Sit-ineurs, pour que le mouvement se poursuive, obligeant la compagnie de phosphate à recourir aux camionneurs (25 DT la tonne) et non aux trains (5 DT la tonne) selon les mêmes sources tout aussi non-confirmées.

Disant «Sit-In montés de toute pièce», l’UGTT se lave complètement les mains de cette bande de squatteurs de la voie de chemin de fer. Cela devrait, en principe, libérer les bras du gouvernement pour intervenir et libérer cette ligne 13. Dans son communiqué, la Fédération ouvrière des cheminots, a aussi été directe dans ses accusations qui restent tout de même non-nominatives. Les cheminots accusent, bien que de façon non-nominative, «les barons du transport du phosphate par camions». Obligatoirement, les regards pourraient se tourner vers Le Bardo où un député a déjà été, officieusement accusé. Une accusation à laquelle le ministre du Transport, de Nidaa Tounes, comme le député, selon des sources qui revendiquaient l’anonymat, n’ont toujours pas répondu.

Le fait est que le ministre du Transport n’a jamais évoqué cette question de l’arrêt, pour causes d’un Sit-in qui dure depuis 6 ans, de toute une ligne de chemin de fer qui fait perdre énormément d’argent à l’une des entreprises publiques phares sous sa tutelle directe.

Peut-être alors, qu’il est occupé par Tunisair qui périclite dans l’indifférence de sa tutelle ou par la Stam qui aurait, si l’on en croit le SG de l’UGTT en visite au port, fait prendre des vessies pour des lanternes au chef du gouvernement ! Peut-être aussi qu’il est trop préoccupé par la situation de la CTN qui a récemment mis à mal tout un gouvernement qui courtisait les TRE pour un prêt en devises ou par la situation de Transtu !

Le 1er juillet 2018, l’UGTT annonçait un préavis de grève à la SNCFT. La 1ère demande des grévistes a été clairement annoncée : la réouverture de la ligne 13 des chemins de fer, reliant Sfax, Gafsa et Tozeur «pour son importance dans la pérennité de l’entreprise». On aurait au moins espéré que le ministre entende la raison de cette grève et débloque la ligne, avant de penser à casser le mouvement !

Il semblerait en tout cas, que cette grève était la bonne, ce qui est rare, puisque la SNCFT annonçait hier la réouverture de cette ligne.

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C’est un groupe qui réalise, bon an mal an, un chiffre d’affaires de 200 MDT ht dans divers secteurs, comme l’automobile, concession et montage, la carrosserie, les tracteurs agricoles, les engins de TP, le transport de carburants, l’enseignement supérieur et pas que.

Le président de ce groupe, en majorité familiale, est aussi un député, jusqu’à présent d’Afek Tounes. Il en évoque les problèmes, mais ne s’est pas encore décidé à le quitter. Il parle plus volontiers de son domaine de prédilection et ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de l’ouverture du marché de l’automobile. Il fait, en attendant, ses premiers pas dans le montage automobile et y prépare une belle surprise d’ici la fin de l’année. Interview :

Votre groupe s’oriente désormais vers le montage. Est-ce le début d’une industrie de construction automobile ?

C’est en fait une occasion qui s’était présentée, depuis 2013, avec le groupe indien Mahindra. L’importation des Pick-Up de moins de 3,5 tonnes étant interdit sauf pour le montage en Tunisie, c’est ce qui nous a conduit vers l’installation d’unités de montage, que nous considérons par ailleurs comme le premier pas vers l’installation d’une industrie automobile en Tunisie, en augmentant chaque fois un peu plus le taux d’intégration. Pour les Pick-Up, le taux d’intégration peut monter jusqu’à 30 %. Chez nous, ce taux est actuellement de 24 % et on pourra l’élever à 30 %, si nous utilisons des équipements déjà disponibles sur le marché. Actuellement, nous arrivons à 1.000 Pick-Up par an et nous ferons, prochainement, le montage de véhicules légers. Notre unité peut arriver à monter 3.000 véhicules par an, mais de types différents. Cette quantité ne justifie pas encore l’approvisionnement auprès des constructeurs internationaux qui nous permettrait d’augmenter le taux d’intégration. Force est cependant de dire que cette aventure que nous entamons est nécessaire pour l’apprentissage de l’industrialisation, pas pour le marché local, mais essentiellement pour l’export. Tout cela n’est possible qu’en partenariat avec une marque, comme Mahindra par exemple, qui vous fait accéder à son Network.

Lors de vos discussions, comme avec Mahindra, est-ce qu’ils vont jusqu’à prévoir d’ouvrir une usine de fabrication en Tunisie ?

C’est ce dont nous discutons avec eux et essayons de les en convaincre au cours des 5 dernières années. Il y a une acceptation de principe. Ceci dit un investissement de 200 à 300 MDT n’est pas aussi simple que les 35 MDT que nous faisons tous seuls pour 3.000 véhicules de différents types par an et que nous pourrons doubler avec le double shift. Pour l’instant, lorsqu’on rencontre les hauts responsables de Hyundai, de Mahindra ou de Geely, ils nous opposent encore l’instabilité politique en Tunisie et dans la région, car ils connaissent tout ce qui se passe et en ont une vision claire et à jour, économiquement et sur le plan sécuritaire aussi.

Il reste à dire que ce que nous faisons est une belle expérience et une belle aventure en matière de composants et d’aller encore de l’avant.

Le groupe Zouari a donc commencé avec l’Indien Mahindra. Comment cela se passe-t-il ?

Nous avons débuté avec un millier de véhicules. 2014 a été notre meilleure année avec 1.500 véhicules. Nous avons connu une petite baisse en 2015, à cause de la baisse du marché. Mais nous avons essayé de la dépasser en diversifiant. Nous avons alors fait un peu de montage du SsangYong et du Hyundai pour les Pick-Up de moins de 3,5 tonnes sur la même chaîne, qui est par ailleurs doublée d’une chaîne de carrossage pour les Pick-Up. Nous entamons actuellement le montage en SKD (Semi Knocked Down. Technique qui consiste pour une entreprise à exporter des produits assemblés partiellement soit vers ses licenciés-partenaires, soit ses filiales industrielles) d’un nouveau véhicule léger, ou voiture de tourisme, qui sera disponible pour la 1ère fois en Tunisie, d’ici la fin de l’année 2018.

Qu’est-ce qui vous a amené au montage, alors que vous étiez plutôt bien dans le secteur des concessionnaires automobiles ?

C’est le sens de l’aventure et la volonté de relever les défis, surtout si ce défi a un apport économique national.

Quel regard portez-vous sur le marché automobile en Tunisie dont les ventes diminuent de 20 à 30 % selon les marques en Tunisie, sans compter l’entrée de beaucoup de marques non-européennes et l’explosion ou presque du nombre de concessionnaires ?

L’ouverture est une bonne chose du point de vue économique. Le rôle de l’Etat et de réguler le marché, non de donner l’autorisation à tel homme d’affaires et la refuser à l’autre. Avec le système des quotas d’importation, par ailleurs interdit et qui n’existe dans aucun règlement ou loi, le rôle de l’Etat deviendrait presque un pourvoyeur de fortune. L’ouverture du marché est une excellente chose et ce ne sont pas ceux qui s’alarment du déficit commercial qui pourront apporter la preuve du contraire. Les importations de véhicules coûtent plus ou moins 1.000 à 1.500 MDT, tous concessionnaires confondus. C’est le 1/38ème du total des importations (Ndlr : 38,427 Milliards DT selon l’INS). Or, il y a, selon les bons chiffres dont nous disposons, 1,5 Milliard DT sur les 3 milliards de déficit commercial de la Chine avec la Tunisie qui sont réexportés vers d’autres pays, notamment l’Afrique. C’est des importations qui génèrent des exportations, notamment vers l’Afrique comme je le disais.

Le vrai problème du secteur, ce sont les marques automobiles européennes qui veulent garder le monopole du marché automobile tunisien. Or, aujourd’hui les Coréennes ont trouvé leur place sur ce marché, tout comme les chinoises ou les indiennes, dans le secteur des VP comme dans celui des VU. Cette question des quotas, par ailleurs illégale, joue le jeu des grands importateurs de véhicules européens, qui ont toujours les plus gros quotas et dominent toujours le marché. Nous sommes dans une situation où on investit des millions de DT dans un secteur où l’autorisation de concessionnaires est renouvelable chaque année et où les quotas sont distribués à la cuillère par une administration qui ne vous donne aucun papier et peut vous punir automatiquement si vous importez plus qu’elle ne vous en a autorisé verbalement. En définitive, l’ouverture du marché restera une très bonne chose et c’est le marché qui fera lui-même les arbitrages.

De temps en temps, on entend dire que Hafedh Zouari est entendu par la justice. Pourquoi ?

Car il ne paie pas des pots-de-vin et ne verse pas dans la corruption. On lui confectionne donc des dossiers. Une affaire comme celle du Toktok où tout a été fait sur ordre du chef du gouvernement Hammadi Jbali. Tout le monde s’en lavera par la suite les mains et Hafedh Zouari se retrouve en contravention des règles douanières. S’en suit une affaire en justice et une demande de levée de l’immunité parlementaire et tout le tintouin. Nous avons fini par payer les droits de douane et cela coûtera par la suite à l’entreprise 4 MDT qui sont toujours en stock. Nous sommes en train de monter une fondation du groupe Zouari, qui fera, entre autres activités sociétales et sociales, don de ces machines aux nécessiteux. Quelques autres «bonnes personnes» nous font par ailleurs toujours des misères, au titre de nos entreprises et non de façon individuelle, pour des problèmes fonciers qui existaient depuis plus de 20 ans et mon statut de député n’arrange pas les choses devant la justice. D’ailleurs, à chaque déclaration ou statut sur les réseaux sociaux, on voit d’abord les attaques et on voit venir les tracasseries judiciaires pour essayer de déterrer de petites affaires déjà réglées et closes et depuis des années.

Hafedh Zouari compte-t-il quitter Afek Tounes ?

En fait, mon désir est de ne plus faire de la politique.

Vous ne comptez donc pas candidater pour les législatives de 2019 ?

La question n’est pas encore tranchée. Je ne suis certes pas content de ce qui a été fait jusqu’à présent, car je pensais qu’on allait faire mieux. Après quatre années, mon sentiment est qu’on ne peut rien faire et j’ai quelque peu baissé les bras en matière de politique.

Quel regard portez-vous sur le parti Afek, où vous êtes depuis les élections de 2014 ?

Lorsque j’y suis entré, il y avait une bonne équipe de militants et une bonne ambiance et beaucoup d’activités. Après le dernier congrès, des choses ont changé, car la démocratie n’engendre pas que de bonnes personnes. Il y a eu une petite dispute à l’intérieur du parti. Cela s’est tassé un moment, puis réapparu à l’occasion de la sortie du parti du gouvernement, chose sur laquelle je n’étais personnellement pas d’accord, et encore réapparu à l’occasion du vote pour le gouvernement de Youssef Chahed et en faveur duquel j’ai voté, comme tous ceux d’Afek Tounes qui étaient présents, car on estimait tous qu’on ne pouvait pas voter contre le ministre de l’Intérieur, poste qui devait être pourvu. Ma position est que ceux qui veulent sortir Youssef Chahed n’avaient qu’à le faire par une motion de censure en bonne et due forme et s’il leur manquait une seule voix, je serai la 109ème.

Que pensez-vous de ce gouvernement ? En êtes-vous, en tant que député, content ?

Tout le monde parle actuellement du manque de médicaments, d’eau, d’électricité et autres. Les chiffres disent pourtant qu’il y a une reprise de la croissance. En enlevant ma casquette de député et en remettant celle de l’investisseur et de l’industriel, je constate qu’il y a du travail. Ceux qui disent le contraire sont des menteurs, sinon on serait tous morts de faim. Pour le Dinar, on n’a pas les moyens de le relever. Pour l’endettement, c’est comme chez le banquier, il vous donne un crédit pour bâtir et non pour autre chose et dicte pour cela ses conditions.

Je pense qu’on ne peut pas faire porter à l’actuel gouvernement et son chef plus qu’ils ne peuvent et plus qu’on ne doit. Personnellement, je pense que pour que les choses aillent bien, il nous faut trois choses : Une amnistie fiscale, une amnistie de change et la convertibilité du dinar. Et pour tout cela, il nous faut un homme décisif…

Comme qui ?

Comme Youssef Chahed

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Rappelons, tout d’abord, que si Youssef Chahed trouve de plus en plus de soutien auprès de la classe politique tunisienne, et même auprès d’un large public, ce n’est pas tant à cause de ses résultats que par lassitude générale d’avoir un nouveau chef de gouvernement tous les 18 mois. En matière de résultat, force est de se l’avouer, aucun gouvernement ne peut faire mieux, non que Youssef Chahed soit un superman, mais à cause de la conjoncture, politique, sociale et financière, dans laquelle s’est retrouvé son gouvernement depuis août 2016.

Ceci dit, et alors que la crise politique dure et perdure sur fond d’énormes difficultés économiques qui deviennent chaque jour plus perceptibles par le consommateur tunisien malgré le début de la reprise et une crise financière qui en est à la fois la cause et le résultat, force est de se demander pourquoi Nidaa Tounes et ses chefs ont peur de Youssef Chahed. Trois raisons à ce tourment selon nous :

  • Chahed se fait petit à petit son propre bloc parlementaire

A cet effet, il est impossible de ne pas s’arrêter sur un fait. Il s’agit du dernier communiqué de Nidaa Tounes, en date du 8 septembre 2018, dans lequel le parti du fils du chef de l’Etat tunisien se montre outré par le débauchage massif qu’arrive à effectuer Youssef Chahed dans le bloc parlementaire de son ennemi Hafedh Caïed Essebssi. Dans ledit communiqué, «le parti Nidaa Tounes a désapprouvé le fait que le chef du gouvernement reçoive, au Palais Dar Dhiafa à Carthage, un bien appartenant à l’Etat, des députés du groupe parlementaire de Nidaa Tounes pour leur demander de rejoindre le nouveau bloc parlementaire de “la Coalition nationale ». Ce n’est pourtant pas la 1ère fois que Chahed le fait. La 1ère fois, c’était en juin 2018 et il n’y avait eu aucun communiqué indigné du Directeur Exécutif de Nidaa Tounes. Au contraire, le député Ons Hatab, déclarait, le 14 juin sur Shems FM, que la majorité de ses collègues souhaiterait que Youssef Chahed reste à la tête du gouvernement. Désormais, Soufiene Toubel, qui participait pourtant à ce 1er contact, «condamne pareils agissements » et les qualifie de «contraires aux pratiques démocratiques”.

Huit députés de Nidaa Tounes ont en fait décidé de démissionner du bloc parlementaire du parti et de rejoindre le groupe de la “Coalition nationale”, déclarait samedi dernier à la TAP, le député Mohamed Rachdi. Il s’agit de Zohra Driss, Moncef Sellami, Ahmed Saïdi, Issam Mattoussi, Lamia Dridi, Jalel Guedira, Mohamed Rachdi et Marwa Bouazzi. Selon Driss, la «démission a été décidée à la suite de » ce qu’elle a qualifiée de “déception” quant à la manière de gérer et de diriger le mouvement Nidaa Tournes, », expliquant que «le directeur exécutif de Nida Tounes s’accapare tous les pouvoirs et n’accorde aucune considération aux structures et dirigeants du parti». Les huit députés comptent déposer officiellement leur démission au bureau de l’Assemblée des représentants du peuple mercredi prochain.

Le communiqué de Nidaa du 8 septembre confirme, cependant, de manière officielle, que des députés du bloc de Nidaa ont donné à Youssef Chahed leur accord signé qu’ils le rejoignent dans son combat contre leur chef Hafedh Caïed Essebssi. Ceci confirme que Chahed est en train, s’il n’y est pas déjà arrivé, de constituer son propre bloc parlementaire. Le premier pas en avait été déjà fait par la constitution, fin août 2018, du bloc «Coalition Nationale », conduit par Mustapha Ben Ahmed à la tête de 34 députés, à savoir des indépendants, des démissionnaires de groupes parlementaires des mouvements «Machrou Tounes » et «Nidaa Tounes » ainsi que des députés du bloc de «l’Union patriotique libre» et du «Bloc national». Désormais et à en croire le député Sahbi Ben Fraj, le bloc parlementaire soutenant Youssef Chahed compterait 120 députés. Plus que les 109 voix nécessaires devant l’ARP.

Coalisé avec l’UGTT contre Chahed, le second parti du pouvoir ne contrôlerait plus presque rien à l’ARP et donc de l’action du gouvernement qu’il voudrait voir tomber. C’est cela en premier qui fait peur à Nidaa.

  • Chahed se confectionne un nouveau profil de candidat bancable pour 2019

Avec son propre bloc parlementaire, le chef du gouvernement qui deviendra un «Macron» à la tunisienne avant terme, aurait ainsi largement de quoi faire passer toutes ses réformes économiques et financières et de quoi même passer sereinement devant l’ARP s’il lui fallait remanier son gouvernement. Ce faisant, Youssef Chahed pourrait devenir le chef du gouvernement qui concrétise ce qu’il promet et qui peut faire ce qu’il dit. Il pourrait même s’affranchir des pressions des «amis», comme d’entre les dents d’Ennahdha. Chahed deviendrait alors son propre chef, un homme d’Etat qui n’aurait plus besoin de parler, car ses actions voteraient pour lui, s’il venait à candidater. C’est la seconde grande peur de Nidaa père et fils, mais aussi du reste de l’opposition qui n’aura plus que ses yeux pour pleurer et ses voix pour insulter le gouvernement et l’accuser de tout ce qui se passe en Tunisie. Avec 120 députés à ses côtés, il n’aura plus de quoi se soucier et sa voie pourrait être toute tracée vers Carthage et qui sait, vers la prochaine ARP. C’est ce que tente d’empêcher, Béji Caïed Essebssi, le Nidaa de son fils et d’autres petits partis de l’opposition. Cela mettrait en danger tout autre candidat et même la candidature de BCE lui-même. Le second danger est là !

  • Chahed a tout appris ou presque

La 3ème peur, de Nidaa surtout, est que Youssef Chahed soit devenu, depuis quelques temps, acteur et non comparse dans les joutes politiciennes. Illustre inconnu politique, comme nous l’écrivions en juillet dernier, le chef du gouvernement tunisien a, mois après mois, crise après crisette, appris à jouer dans la cour des miracles. De chassé, il devient chasseur en utilisant les mêmes moyens et les mêmes procédés et procédures de ses chasseurs et en choisissant son propre timing. Il défie le chef de l’Etat, comme avec la démission de l’ancien ministre de l’Intérieur Lotfi Brahem, ou comme, en mai dernier, lors de sa sortie télévisée contre le fils de BCE. Il s’affiche contre l’omnipotente UGTT et casse même ses grèves par les réquisitions, dans le transport et même au tribunal. Bref, Youssef Chahed que Nidaa, famille et alliés, voulaient dégager, semble désormais avoir pris sa destinée en main et appris à batailler avec les mêmes armes que ses adversaires à qui il rend parfois coup pour coup. C’est un tel adversaire, lors des prochaines échéances électorales, qui fait peur à ses adversaires, Nidaa en tête. Et s’il se «Macronisait» entièrement en créant son propre parti avec les pousses de la coalition nationale qui devrait former son propre bloc parlementaire et avec un conseiller politique comme Kamel Haj Sassi, la bataille pourrait être rude pour eux !

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C’est un secret de polichinelle de dire que le courant ne passait pas entre Youssef Chahed et Khaled Kaddour. Leur pomme de discorde serait notamment les projets ou certains projets en énergies nouvelles. Des publications étrangères, comme Africa intelligence, en ont plus d’une fois fait état. Kaddour est pourtant membre d’un gouvernement choisi par Youssef Chahed lui-même.

L’affaire semble être compliquée, avec surtout un volet juridique qui prêterait à plus d’une interprétation, un volet politique inattendu et un volet financier qui ne semble pas avoir été pris en compte. En effet, en renvoyant Khaled Kaddour et en fusionnant son ministère avec celui de Slim Fériani, Youssef Chahed semble avoir confondu rapidité, en matière de lutte contre la corruption, si tel est le seul objectif de l’opération, et précipitation

  • Mettre le feu dans un baril presque vide

Une remarque à faire au début de cette tentative de décryptage des effets de cette affaire et de mise en lumière de ce qui pourrait être appelé le «Dark-Side» de la même affaire. Il s’agit de la taille même du gisement (8,1 millions de barils), qui ne représenterait même pas 90 jours de la consommation tunisienne, cette dernière étant de 90.000, soit deux fois et demi la production nationale qui est de 40.000 barils/jour. Est-ce qu’un tel gisement nécessiterait obligatoirement une prise de participation de l’Etap et le déclenchement d’une tel emballement ? Au plus haut du cours actuel du brut, toute l’affaire ne rapporterait pas plus de 67,6 MDT, si le gisement livrait toutes ses promesses. De quoi juste couvrir les crédits, et il en a encore besoin, et dégager un petit bénéfice. Fethi Nouri, économiste connu et observateur attentif de la scène pétrolière, proposait d’ailleurs que les journalistes titrent leurs papiers «Incendie dans un baril vide» !

Interrogé sous le sceau de l’anonymat, un banquier offshore nous a indiqué avoir étudié le dossier avec le département des investissements pétroliers de la banque et y avoir immédiatement renoncé, «à cause de la petite taille du projet». C’est certainement cette petite taille qui explique sa vente par la française Elf-Aquitaine à l’autrichienne OMV

  • Mettre en danger financier les actifs de 7 banques

Il est ensuite manifeste à nos simples yeux d’observateur du peu de vraies informations dites sur cette affaire et des flots d’inexactitudes et même d’intox que le gouvernement et son porte-parole étaient allés trop vite dans la dénonciation de ce qui pourrait être, ou non, une affaire de corruption. Il nous semble en effet qu’ils n’ont pas tenu compte des éléments suivants :

  • La SFI (Société Financière Internationale), organisme international de financement de projets, filiale de la Banque Mondiale, n’est pas seulement financier, il est même dans le capital de Topic des Toumi. On imagine mal que la SFI ait mis de l’argent sans le nécessaire Due-diligence qui lui aurait donné accès à tous les documents et qu’elle n’en ait pas fait tous les contrôles.
  • Un Pool de pas moins de sept banques, dont deux publiques et pas des moindres que sont la BH Bank et la STB, ainsi que la QNB Tunis et la Baraka Bank, la Biat et l’ATB ont participé au financement du projet.

Plus de 200 MDT y ont été injectés par ces banques. Et on imagine encore une fois très mal que ces sept banques aient accepté d’y placer leur argent et celui du public si toutes les autorisations ne figuraient pas dans le dossier et que ces autorisations aient été dûment vérifiées par leurs avocats.

Qui plus est, le même projet de Halk El Menzel, avait été présenté aux investisseurs étrangers lors du Forum des investisseurs 2020. Le ponter ainsi du doigt comme étant un projet bâti sur des documents non mis à jours ou même périmés, donnerait une très mauvaise image de l’administration tunisienne aux investisseurs qui pourraient être intéressés par des projets que présentera le gouvernement.

Toutes ces institutions financières attendaient le «First Oil», ou l’entrée en exploitation pour commencer à être remboursées. Dès 2014, la STB par exemple avait déclassé les 25,572 MDT d’engagement qu’elle avait avec Topic et les a transformés en actifs et espérait devenir la 1ère banque du pays à posséder une partie d’un gisement pétrolier. Avec les déclarations du porte-parole du gouvernement sur la non-régularité du permis d’exploitation, l’affaire des Toumi est désormais compromise, tout comme tous les crédits fournis par les banques tunisiennes de la place. Youssef Chahed a-t-il été bien conseillé dans cette affaire du renvoi de Kaddour et de tout son ministère ? Qui va donc payer les pots cassés des banquiers ? Ceux qui ont investi dans cette entreprise, désormais déclarée disposant d’un gisement aux papiers périmés, seront-ils aussi inquiétés ?

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Le chef du gouvernement était en mission, envoyé par le chef de l’Etat, nous précise-t-on à La Kasbah, en Chine pour assister au Forum de la coopération sino-africaine. Sitôt parti, des développements inattendus se précipitent et précipitent tout un pays dans l’instabilité gouvernementale. Rached Ghannouchi rencontre son partenaire au pouvoir, Béji Caïed Essebssi (BCE). Le même jour, l’ennemi public personnel du chef du gouvernement, Hafedh fils de Béji, réunit quelques membres du gouvernement de Chahed appartenant à Nidaa Tounes. Et le lendemain, BCE reçoit l’autre ennemi de Youssef Chahed, Noureddine Taboubi, le SG de l’UGTT, qui avant une journée auparavant essayé de bloquer le retour des TRE avec une grève de la CTN (Compagnie tunisienne de navigation) qui les transportait. On dirait presque que BCE lui rendait le coup de la démission de Lotfi Brahem alors qu’il était en voyage. Brahem comme Kaddour auraient pourtant été renvoyés avec l’accord de BCE, soutiennent toujours les services de communication de Chahed.

⦁ RG faiseur de Buzz

Lundi 3 septembre, c’est la vidéo de Rached Ghannouchi à la sortie de sa rencontre avec BCE qui a fait un petit Buzz. Debout, avec en arrière-plan la photo de Bourguiba et le buste de Hannibal, tremblant légèrement de la main gauche, l’homme semblait fatigué (ce que confirmera Abdellatif Mekki à Africanmanager). Il avait le verbe hésitant et la locution difficile, cherchant parfois ses mots, lui d’habitude très loquace et sûr de ses mots qu’il choisit avec pertinence. Il évoque la «réunion de discussion avec le président de notre Etat» et va directement au vif du sujet en indiquant que l’objet de la discussion était «la crise politique et la suspension des discussions au sein du Document de Carthage 2», en faisant de cette suspension la cause principale de la crise politique. On comprendrait alors que RG était venu demandant le retour aux réunions des signataires de ce document pour essayer de débloquer la crise. Interviennent alors les quelques mots qui ont fait polémique. «Le Document de Carthage, qui a réuni toutes les parties, sociales et la majeur partie des parties politiques, qui s’était mises d’accord sur 63 points et il y a eu différent sur le point 64 [Ndlr : Point relatif à la non-candidature de Chahed et au changement, partiel ou total du gouvernement]. Une chance s’offre aujourd’hui, pour mettre en exécution tous ces points et d’y obliger le gouvernement et de relancer ainsi les discussions du Document de Carthage 2 sous la houlette de monsieur le président».
Et ce seront les 33 derniers mots de la déclaration de Rached Ghannouchi qui mettront le feu aux poudres des supputations et des interprétations, affirmant toutes qu’Ennahdha aurait cédé aux pressions de Carthage et RG à celles de BCE, de lâcher Youssef Chahed. Presque toute la presse, déjà de plus en plus braquée sur le chef du gouvernement à propos du dernier coup de balai dans le ministère de l’énergie et à propos de la gestion de l’affaire Khaled Kaddour, d’autant que le porte-parole de Chahed qui lançait des accusations de corruption rétropédale et dit de Kaddour qu’il est «compétent et intègre».

⦁ Mekki remet les pendules d’Ennahdha à l’heure de Pékin

Rétropédaler, c’est ce que semble faire Ennahdha, après les déclarations de son patron. «Ennahdha n’a rien à voir de partisan, dans cette dispute [Ndlr : Entre YC et BCE]», dit d’emblée Abdellatif Mekki d’Ennahdha dont l’attaché de presse refusait de nous parler et dont l’opérateur téléphonique refusait de nous mettre en relation avec le porte-parole Imed Khémiri, lorsqu’Africanmanager lui demande ce que voulait dire Ghannouchi à la sortie de sa dernière réunion avec le chef de l’Etat. Nous rappelons alors à Mekki que tout le monde e avait compris qu’Ennahdha lâchait le chef du gouvernement et ne le soutenait plus. «Ce n’est pas vrai. Nous essayons seulement de trouver la formule où chacun y trouverait son compte», explique le membre du conseil de la Choura. Et d’ajouter ensuite que «Youssef Chahed est un homme politique jeune et nous n’avons pas le droit de briser sa carrière politique, car nous avons besoin d’enrichir la nouvelle classe politique et nous ne sommes pas prêts à le faire sortir par la petite porte. Nous sommes aussi en situation de consensus avec le président de la République et qui a son propre point qu’il nous faut appliquer, de manière ou d’autre. Il y a enfin, la situation économique, sur la base de laquelle les partenaires sociaux et l’UGTT demandaient, au début le changement de quelques postes ministériel et par la suite le changement de tout le gouvernement. Ennahdha n‘a pas d’exigences particulières. Pour nous, si Chahed reste, nous lui demanderons de s’occuper des problèmes du pays».

⦁ «La demande de non-candidature de Chahed est celle de BCE»

Et Abdellatif Mekki de conclure ainsi dans sa déclaration téléphonique à Africanmanager : «notre position n’a pas changé. La condition de la non-candidature de Chahed, croyez-moi, n’est pas propre à Ennahdha, mais c’est aussi celle du chef de l’Etat qui aurait peut-être la volonté de se porter de nouveau candidat à la présidence et qui ne voudrait pas de la concurrence de Chahed. Nous, nous disons à Chahed, soit de patienter, soit de quitter le gouvernement et de candidater en dehors du gouvernement».
C’est en substance ce qu’a déclaré Mekki à Africanmanager. Une déclaration qui remet les pendules à l’heure de Pékin, où se trouve actuellement le chef du gouvernement. Mais une déclaration aussi qui laisse entrouvertes les portes de la crise politique que connait depuis quelques mois la scène politique et la composition gouvernementale. Une position qui visiblement tranche avec tout ce qui a pu être compris de la déclaration de Rached Ghannouchi. En dehors de la personne de Mekki, cette position reste celle d’un parti versatile et qui peut y revenir à n’importe quel moment comme son leader en a plusieurs fois fait la démonstration. Une position enfin qui pourrait conforter Youssef Chahed, s’il la prenait au premier degré. Car, entretemps, les rencontres, secrètes ou publiques, ont repris de plus belle entre les principaux signataires du Document de Carthage et Nidaa s’y affère de manière particulière pour essayer de fermer le piège sur Youssef Chahed avant son retour de Pékin. Wait and See !

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Le lundi 27 août 2018, Youssef Chahed «fêtait» dans un silence assourdissant sur son bilan sa seconde année à la tête d’un gouvernement dont certains attendent stoïquement la chute et d’autres l’espèrent ardemment. A La Kasbah, il recevait l’ambassadeur hollandais pour une raison inconnue, rencontrait le ministre japonais du Commerce venu demander le soutien de la Tunisie pour la candidature de son pays à l’organisation de l’exposition universelle et s’entretenait avec le père de son pire ennemi sur les questions économiques, sociales et sécuritaires et les préparatifs pour la prochaine rentrée scolaire et universitaire. Circulez, il n’y a rien à voir, pourrait-on ainsi dire.

  • Le bilan économique, vu du côté de La Kasbah

Sans vouloir verser dans l’autoflagellation, ni dans l’autodestruction – comme nous pousseraient à le faire certaines anomalies de gestion de la crise économique et financière que vit la Tunisie depuis 2012, comme le manque de certains médicaments, le retard des pensions de retraite, les nouveaux heurts de Ben Guerdane mécontente du fait que les Libyens ferment leurs propres frontières ou encore les réserves de devises qui fondent comme neige au soleil -, nous avons demandé aux services de communication de la Kasbah de nous éclairer sur le bilan du chef du gouvernement. Il est ici résumé en cinq diapositives assez expressives et qui n’ont presque pas besoin de commentaires.

La réussite, économique, est certes évidente, même si elle n’est encore que très légèrement perceptible par une population aux attentes qui dépassent les moyens de l’Etat et sa capacité à retourner au travail et à décupler d’effort. Elle l’est un peu plus sur le plan sécuritaire et de la lutte contre le terrorisme avec quelques attentats extra-urbains et beaucoup d’autres avortés par un effort d’anticipation. Et force est de dire que ce n’est pas peu. La lutte contre la corruption est menée tambours battants par l’INLCC et n’épargne plus personne. La croissance n’est certes pas encore inclusive, ni créatrice d’assez d’emplois, mais a le mérite d’être là avec ses tangibles signes de redressement, comme le souligne plus d’une instance internationale. Dire que Chahed a réussi son mandat nous semble en conclusion tout aussi aberrant que de dire qu’il a tout raté.

  • Ce qu’il aurait fallu, à Chahed comme à son ou ses remplaçants

Pour réussir, il lui faudrait, comme pour tout autre chef de gouvernement qui prendrait sa place, pêle-mêle une ceinture politique de sécurité et non l’actuelle qu’il a. Il lui fallait de vrais partenaires sociaux et non l’UGTT qu’il se coltine et l’UTICA qui se dandine et promet plus d’investissement qu’elle n’en réalise. Il lui faudrait plus de vrais hommes d’affaires que de lobbyistes ou d’affairistes. Il lui faudrait plus de travail et moins de fonctionnaires, plus de travailleurs que de demandeurs d’aides et de subventions et plus de projets et d’IDE que de grèves. Il lui faudrait une CPG que l’actuelle en perpétuel rêve de plus de salaire et de moins de labeur. Il lui faudrait une ARP qui passe plus de projets qu’elle n’en discute de manière byzantine, des députés autres que ceux qui insultent tous et descendent tout en flammes et qui soient plus portés sur l’effort que sur la critique. Il lui faudrait plus de Musulmans que d’Islamistes, plus de modérés que de «CPRistes» ou de gauchistes.

Il lui faudrait, comme à toute autre personne qui siègerait à La Kasbah, plus de fonds de commerce dans l’industrie que dans le pessimisme et l’autodestruction, plus de Tunisiens qui croient en leur pouvoir de changer les choses par le labeur que dans le seul pouvoir divin, comme colporté par ceux qui disent Le craindre, de leur changer les choses en une nuit. Il lui faudrait plus de défenseurs de l’Etat que de défenseurs de ses citoyens, plus de défenseurs des devoirs que des droits, plus de pensée économique que de simples améliorations des agrégats, plus d’autorité que de mécénat, plus de bons juges que d’excellents avocats. Mais aussi, plus d’hommes d’Etats que de politiciens, plus militants bénévoles que de ceux qui demandent le prix de leurs combats et plus de citoyens qui pensent à ce qu’ils peuvent donner à l’Etat qu’à ce que l’Etat pourrait leur donner.

En un mot, il faudrait à Youssef Chahed comme à son remplaçant tout ce qui n’existe pas actuellement dans la Tunisie de l’après révolution, et que ceux qui croient l’avoir faite ne laisseront pas encore s’y trouver. Le temps, c’est de l’argent. Et la Tunisie les perd tous les deux !

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Le 28 août 2018, c’est le lendemain du second «anniversaire» du gouvernement de Youssef Chahed, désigné à sa tête un certain 27 août 2016. A sa manière, son propre parti lui a souhaité «Bon anniversaire » par un communiqué signé par son pire ennemi, Hafedh Caïed Essebssi.

La photo n’est pas récente. Elle date, selon nos estimations, de l’année dernière. Depuis, les sourires de circonstances ne sont plus de mise entre les deux hommes qui sont désormais à couteaux tirés, s’étripant à coups de communiqués et de déclarations. Tel un phénix de la révolution, la crise politique renaissait ainsi de ses cendres, à peine éteintes par la poussée vers la porte du gouvernement Habib Essid.

Dans son communiqué du 28 de ce mois, Nidaa Tounes appelle le chef de l’Etat et père du signataire, à convoquer d’urgence tous les partis politiques et organisations nationales signataires de Carthage 2, «en vue d’un accord sur une issue à la crise politique actuelle et la mise en œuvre sans plus tarder des réformes convenues dans le Document de Carthage 2». Un appel manifeste aussi à renverser le gouvernement du même Youssef Chahed, lorsque le communiqué précise son «attachement à tous les points du Document de Carthage 2 et surtout le point 64 qui revendique un changement total du gouvernement». Nidaa Tounes ne s’en cache donc pas : il demande le départ du chef du gouvernement.

Ce faisant, le second parti au pouvoir lançait un appel public à déstabiliser le plus important organe de l’Exécutif. Un appel sans détour à faire entrer le pays dans une nouvelle ère d’instabilité politique. Entre le vote de confiance de l’ARP, contre lui, le 30 juillet 2018, et la nomination de Youssef Chahed, la Tunisie avait alors vécu 30 jours de tractations et de réunions dans tous les sens et plongé le pays dans l’attentisme paralysant de toute l’administration. Mais l’instabilité née de la mésentente entre le chef de l’Etat et le chef du gouvernement remonte au mois de mai 2016, lorsque les premières fuites relatives au départ de Habib Essid deviennent publiques, menacé d’être «traîné dans la boue» s’il ne démissionnait pas. Ce sont ainsi 3 mois d’instabilité politique et d’attentisme économique, dans une conjoncture sociale qui n’avait rien à envier à celle que vit le gouvernement de Youssef Chahed.

Le communiqué de Nidaa Tounes attise ainsi le brasier des supputations et des campagnes médiatiques contre le gouvernement en place. Cela, alors que le FMI est encore à Tunis pour sa 3ème Revue économique et financière qui décidera du sort de la nouvelle tranche de son prêt. Un communiqué qui intervient à quelques semaines de la fin des arbitrages sur le budget et la loi de finances 2018, à quelques semaines aussi d’un nouvel exercice social qui fera de la prochaine rentrée scolaire une chaude rentrée et à enfin quelques jours de la fin de négociations sociales qui devraient se terminer, théoriquement et à défaut d’accrochage avec le FMI, en queue de poisson le 15 septembre prochain.

Une fois réunis, pour peu que le chef de l’Etat réponde positivement à l’appel de son fils, les signataires de l’accord de Carthage pousseront de nouveau dans le caniveau de l’instabilité politique avec ses candidats qui fusent et fuitent de partout. Et avec aussi ses tractations et son jeu d’échecs, avec force pions, reine, roi et chevaux, pour se partager les postes d’un nouveau gouvernement. Une période d’instabilité qui mettra en péril le budget, la valeur de la monnaie locale, toute la politique économique et monétaire et même les fameuses réformes dont dépendent tous les équilibres financiers du pays. Et bonjour les dégâts !

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Les Tunisiens font, depuis quelques années et pour des raisons de politique interne essentiellement en lien avec Ennahdha, tout un tintouin autour de la question du commerce avec la Turquie et le déficit commercial que la Tunisie essuie avec le pays d’Erdogan ou ce qui reste de l’empire ottoman. Il est pourtant loin d’être le pays avec lequel la Tunisie déplore son plus gros déficit de balance commerciale. En effet, avec les 3,285 milliards DT d’importations de Chine et les quelques malheureux 240,571 MDT, la Tunisie se creuse le plus gros déficit commercial de tous les temps d’un montant de plus de 3 milliards DT pour le seul mois de juillet 2018.

Juste derrière la Chine, le plus gros déficit commercial de la Tunisie ne se fait pas encore avec la Turquie, mais avec l’Italie. Avec un flux d’importations d’une valeur de plus de 5,288 milliards DT contre des exportations d’une valeur totale de 3,734 milliards DT, c’est l’Italie qui exporte en Tunisie plus qu’elle n’en importe. La balance commerciale de la Tunisie avec l’Italie est donc déficitaire de plus de 1,5 milliard DT. Celle de la Turquie avec la Tunisie n’est que de 1,2 milliard DT à fin juin 2018 toujours.

Premier partenaire commercial de la Tunisie, la France laisse au contraire des plumes, beaucoup de plumes en Tunisie. Cette dernière en a importé, en juin dernier, pour plus de 5,288 Milliards DT en marchandises, équipements et services divers, mais y a exporté pour plus de 7 milliards DT. C’est ainsi un excédent commercial de presque 2 milliards DT (1,941 milliard DT pour être exact) qui soldait en juin les échanges commerciaux franco-tunisiens.

Les échanges commerciaux de la Tunisie avec l’Allemagne et l’Espagne, ses deux autres principaux partenaires commerciaux, étaient en juin 2018, presque équilibrés, sinon très légèrement excédentaires (Allemagne) ou déficitaires (Espagne).

Avec les seuls pays de l’Union Européenne (UE), la balance commerciale de la Tunisie restait excédentaire d’un peu plus de 1,178 milliard DT, déficitaire plus de 3 milliards DT en dehors de l’UE (3.824 MDT en importations contre 620 MDT d’exportations) et pratiquement équilibrée avec l’Afrique (2.294 MDT contre 2.304 MDT), sauf peut-être avec le Maroc où la Tunisie exporte pour le double (385,366 MDT en export contre 162,796 MDT en import).

Reste à évoquer le cas de cette dizaine de pays, africains pour la plupart, vers lesquels la Tunisie exporte, certes peu, mais sans rien en importer (voir notre tableau). A l’autre extrême, ce sont aussi 10 pays, notamment le Salvador (3,37 MDT d’importations) et la Corée du nord d’où la Tunisie avait acheté pour plus de 2,334 MDT d’on ne sait quelles marchandises sans aucune exportation en contrepartie. Le commerce extérieur (ComEx) tunisien a ses raisons que la raison ignore et que l’INS ne détaille guère plus !

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A 92 ans, il est le doyen d’âge de tous les chefs d’Etat africains et presque du monde. Elu président de la République en 2014 dans un régime semi-parlementaire qui ne lui laissait que peu de prérogatives, Béji Caïed Essebssi, dit BCE, n’a jusqu’à présent pas su être le chef d’Etat que les 1,7 million de Tunisiens attendaient.

Lorsque, début août, nous nous posions la question de savoir «A quoi sert BCE», beaucoup de nos lecteurs nous faisaient remarquer qu’il aurait été plus judicieux de poser la question : «A quoi devrait servir BCE». Nous la posons donc, avec quelques bribes de réponse sans la moindre intention de médire du chef de l’Etat, encore moins le dénigrer.

  • Mieux incarner le leader Bourguiba dont il avait essayé d’emprunter quelques traits

Il devrait ainsi, en premier lieu, essayer de mieux incarner l’homme et le leader qu’il avait pris pour modèle, lorsqu’il avait commencé à nourrir de sérieuses prétentions pour accéder au palais présidentiel de Carthage. Force est en effet de constater, après quatre années de ce qui ne pourrait être que son premier mandat dans une reconduction que peu d’autres lui souhaiteraient, que la copie reste encore loin de l’original et que l’ancien ministre de Bourguiba ne lui ressemble encore guère. Bourguiba était un leader. Avec la politique du consensus et les accords avec l‘ennemi juré de Bourguiba, BCE est devenu dealer. L’homme en a la verve et quelque peu la loquacité, mais peu la perspicacité. L’homme a certes versé quelques larmes face à une ménagère qui se plaignait de ne pas manger de la viande. Il n’en arrive toujours point à incarner le sens paternel qui se dégageait toujours de Bourguiba et qui lui donnait cette capacité de sécher les larmes et d’inspirer confiance. Bourguiba avait du charisme, acquis de longues années d’expérience et de lutte pour l’indépendance de tout un pays. BCE n’a qu’un certain charme. On s’essoufflerait à vouloir ainsi citer toutes les antinomies entre la personne et le personnage.

  • Ne pas prendre l’exemple de Bourguiba, dans ce qui concerne famille et politique.

Du temps de Bourguiba, son fils avait été plusieurs fois ministre et sa femme Wassila était l’un des plus importants centres de pouvoir. Ceux qui avaient vécu cette période, certains dans leur chair, n’apprécient guère que le 3ème chef d’Etat élu, suive les pas de son illustre prédécesseur, même si Bourguiba avait fini par divorcer de Wassila Ben Ammar et éloigner Bourguiba Junior de tous les cercles de pouvoir.

On raconte même que le «Zaïm» aurait entendu dire que Junior aurait acheté, par crédit, une maison. Il l’aurait convoqué et sermonné sur ses capacités financières, puis l’a obligé à la vendre. C’est l’exemple que les Tunisiens voudraient voir BCE suivre.

  • Mieux encadrer, politiquement, son fils avant de le jeter en pâture aux politiciens de tous bords pour arriver à leurs propres fins.

On pourrait être d’avis que BCE est un fin politicien, sans devoir préciser à quelles fins. Il devrait s’appliquer à apprendre les bonnes pratiques à son propre fils, le cadrer lorsqu’il dévie et surtout ne pas prendre publiquement son parti, lorsque tout le monde est d’accord qu’il a gaffé. Le «Smart politicos» ne se transmet pas. Cela s’apprend et tout apprentissage est un long périple semé d’embuches. «Apprendre sans réfléchir est vain. Réfléchir sans apprendre est dangereux », disait Confucius. Platon disait que «la connaissance des mots conduit à la connaissance des choses». Mauvais apprenti, le fils pourrait devenir un cheval de Troie pour d’autres vers le sérail et ses pouvoirs ou devenir la risée des vrais politiciens.

  • Etre le garant de la stabilité et non un facteur de déstabilisation

Depuis son installation à Carthage, le règne de BCE a connu deux chefs de gouvernement. Il avait poussé le 1er (Habib Essid) vers la porte, sous la menace de le traîner dans la boue avant de le réintégrer par la petite fenêtre du poste de Conseiller. Il tente depuis quelques mois de pousser le second aussi vers la sortie. Entre février 2015 et août 2016, l’instabilité politique était devenue la règle et non l’exception. Aucun de ses deux chefs de gouvernement n’a eu le temps de développer un plan de développement économique qui s’étalerait sur la durée de tout son mandat. A peine clôturait-on un budget et une loi de finances sur le fil du rasoir, que les pressions, auxquelles cède assez facilement BCE de part (Partis politiques) et d’autres (UGTT), déstabilisent toute action gouvernementale, impactent les relations de la Tunisie avec ses bailleurs de fonds et mettent chaque jour plus à mal l’autorité de l’Etat et toute son administration. De fait donc, BCE n’a pas su ni pu être le garant d’une quelconque stabilité, politique, sociale ou encore économique. C’est ce qu’il devait pourtant et devrait par contre faire.

  • Faire ce qu’il dit et dire ce qu’il fait

Le 15 décembre 2014 sur les ondes de RTCI (Radio Tunis Chaîne Internationale), Youssef Chahed, qui était alors membre de l’équipe de la campagne de Béji Caïed Essebssi, affirmait que le candidat BCE «se voit avoir un rôle à jouer pour insuffler le développement socioéconomique, et agir pour que le gouvernement réalise les défis économiques (…). Un autre point [Ndlr : du programme du candidat Essebssi] concerne l’éthique et la gouvernance. Ça sera une gouvernance transparente, avec un engagement ferme de publier les comptes du palais de Carthage et transparence au niveau de la gouvernance et du choix» de son équipe.

Dans son actuelle équipe, on ne sait qu’après qui est parti et qui est entré, mais on ne sait toujours pas par quelle magie et pour quelle raison. Dans le budget de la présidence, du temps de Moncef Marzouki, on trouvait le détail de toutes les dépenses. Dans le budget du temps de BCE, c’est le flou des chiffres en gros titres de dépenses. Sinon, on attend et on devra le faire pour longtemps que la Présidence publie ses comptes et de préférence audités.

Ce n’est là qu’un petit exemple de ce que promettait le BCE candidat et de ce que fait le BCE président. Sinon, le candidat avait promis monts et merveilles et un programme économique alléchant échafaudé par des sommités. Sitôt à Carthage, il lui préfèrera le programme du Quartet du «Dialogue national » qui deviendra le «Document de Carthage » et qui enfantera un «Carthage 2», le tout pour seul but, celui d’emboîter la réalisation des programmes des deux chefs de gouvernement aux desiderata de ses propres partenaires dans la gouvernance du pays.

BCE pourrait, et devrait, dans le restant de son mandat, faire ce qu’il dit et dire à son peuple ce qu’il fait, délaisser la langue de bois des communiqués laconiques à propos de ses activités, abolir l’esclavage médiatique, ouvrir les portes du palais à toutes les TV et pourquoi pas au peuple, comme ce qui se fait en France lors des journées du patrimoine, réaliser           ce qu’il avait promis à ses électeurs dans son programme ou laisser à d’autres le soin de le faire.

On pourrait ainsi écrire des tonnes sur ce que devrait faire BCE. Mais ne devrait-il pas déjà essayer de balayer toutes ses déclarations sur Ennahdha qui deviennent en contradiction flagrante avec la politique du consensus qu’il mène et que les Tunisiens et Tunisiennes qui avaient voté pour lui, ne comprennent pas et lui en veulent ainsi qu’à son parti. Il devrait aussi améliorer sa communication et se réconcilier avec une presse qu’il avait maintes fois prise à partie sur des coups de tête, incompréhensibles pour un chef de parti qui doit son ascension à cette même presse. Il devrait être le fédérateur, le président de tous les Tunisiens quel que soit leur parti. Etre le facilitateur du travail du gouvernement auprès du pouvoir législatif en usant mieux du peu de charisme qu’il a et devenir l’homme qui rassemble autour de lui toutes les forces vives de la Nation sur des objectifs de développement et de réussite de la transition politique. Mais on aimerait d’abord et au plus vite qu’il s’attaque à la plus ardue des tâches :

  • Réviser une Constitution que tous accusent de tirer la République en arrière

Prendre son courage à deux mains et imposer, s’il le faut, la mère de toutes les réformes, celle du régime politique en Tunisie où personne ne règne et personne ne dirige. Tout au moins, changer de mode de scrutin, avant la fatale échéance de 2019.

En octobre 2014, Chawki Gaddes disait sur le site de la Fondation Heinrich Böll (fondation politique allemande affiliée au parti Alliance 90 / Les Verts, fondée en 1997, et nommée en mémoire de l’écrivain Heinrich Böll) que «c’est un régime politique où l’équilibre des pouvoirs est loin d’être préconisé » en parlant du régime politique en place en Tunisie depuis 2014.

«On doit très sérieusement penser, spécialistes et acteurs politiques, au changement du mode de scrutin avant les élections législatives et présidentielle de 2019 pour aboutir à un gouvernement de législature pouvant compter sur une majorité cohérente, stable et forte», a préconisé Rafaa Ben Achour, professeur émérite à la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis et juge à la Cour africaine des droits de l’Homme et des Peuple dans une déclaration à l’agence TAP en février 2018.

C’est à tout cela que devrait servir un président de République dans la situation de BCE. En s’affranchissant des contraintes, de la famille d’abord, de son entourage ensuite et de ses partenaires enfin, il pourrait, il devrait même s’y atteler sans coup férir en étant fondamentalement, et uniquement, animé par l’intérêt public. Peut-être arrivera-t-il enfin à laisser un bon souvenir de son passage à Carthage et léguer à la postérité l’image d’un président qui aura tout fait pour y arriver, même s’il n’y réussissait pas.

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Les résultats préliminaires du 2ème trimestre de 2018, en matière de croissance économique, confirment une reprise, et on pourrait bien terminer l’année 2018 avec les 3% promis par le gouvernement en dépit des chiffres du FMI et de la Banque Mondiale. Le second trimestre 2018 s’est ainsi achevé avec un PIB en hausse de 2,8% en glissement annuel ou en comparaison avec le 2ème trimestre de 2017. Par rapport au 1er trimestre de l’actuel exercice 2018, la croissance semble confirmer son trend haussier, en évoluant de 0,6 %. Selon l’INS, l’économie tunisienne aura ainsi enregistré une croissance de 2,6 % au terme des 6 premiers mois de l’année 2018, contre une croissance de seulement 1,9 % pour le 1er semestre de 2017, ce qui donne une idée du saut de 0,7 point réalisé en une seule année

Deux remarques préliminaires à faire. D’abord, le fait que c’est la première fois, depuis 2016, que la Tunisie réalise une hausse aussi visible de croissance, signe d’une reprise économique qui semble réellement redémarrer. Ensuite, presque tous les secteurs ont contribué dans cette hausse, qui n’est plus tirée par un seul secteur, comme elle l’était par l’agriculture essentiellement au 1er trimestre 2018. Ça en bouchera en tout cas plus d’un coin à plus d’une partie et plus d’un parti.

La croissance, on la trouve dans la hausse de 0,8 % de la valeur ajoutée (VA) du secteur des industries manufacturières. Ce sont d’abord les industries agroalimentaires avec +2,4 %, le textile et habillement ensuite avec une croissance de sa VA de 2,6 % et les industries chimiques avec +4,9 % après une baisse de 23,9 % au cours du même trimestre de 2017. Petit bémol, la baisse de 0,6 % de la VA du secteur des industries mécaniques et électriques, à la surprise générale pour la première fois depuis 2015 après les années fastes d’’une croissance qui dépassait les 5 % et constituait un sérieux soutien au PIB, et la chute de 2,3 % pour l’industrie des matériaux de construction.

Hausse aussi de 1,3 % dans la VA du secteur des industries non manufacturières. Une hausse qu’explique, entre autres, la timide reprise du secteur des phosphates qui ne baissait que de 0,3 % et la toute aussi timide reprise du secteur pétrolier qui revenait d’une baisse de 14 % à un petit repli de 1,4 %.

Hausse toujours, de 3,6 %, de la VA du secteur des services marchands, essentiellement tirée par les 11,5 % du secteur du tourisme qui a boosté la restauration et le transport. Cela, sans parler des +3,2 % du sous-secteur des communications et des +5,5 de la VA du secteur financier. C’est dire deux choses. D’abord le poids du tourisme dans l’économie tunisienne. Ensuite, l’impact immédiat de la reprise touristique sur la croissance économique de tout le pays. L’agriculture y a certes pris part, comme toujours, mais de seulement 0,9 % pour le 2ème trimestre de cette année, selon les données du ministère concerné.

Mais ils diront encore que l’INS se trompe ou trempe quelque part. Ce à quoi, à la demande d’Africanmanager, le DG de l’INS, Hédi Saïdi, répond sereinement et loin de toute polémique que «l’INS fait son travail sans se soucier de tout ce qui se dit. Ils parlent. Nous travaillons».

Reste, comme nous l’écrivions en titre, à croiser les doigts pour repousser, comme les Anglais qui sont à l’origine de l’expression, les mauvais esprits et relever les manches pour concrétiser et confirmer la reprise car c’est elle seule, par la valeur ajoutée et la richesse créées, qui baissera l’inflation et fera rebondir le Dinar.

Touchons donc du bois, autre que celui des têtes dures de certains «experts», ex-paires et autres X-files, et allons de l’avant dans le labeur et en-dehors des polémiques politiciennes et partisanes. Cette hausse n’est pas le fait des politiciens. Son mérite n’en revient qu’aux vraies forces vives du pays qui confirment que «Yes, We can … Just want it».

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Certains députés devraient, à notre sens, se taire lorsqu’ils parlent. Ils devraient, pour ne pas qu’on le leur rappelle, lire les documents officiels que la BCT livre à l’ARP comme elle en envoie copies au chef de l’Etat et au chef du gouvernement.

Un de ces députés n’a pas trouvé mieux, pour meubler sa page sur les réseaux sociaux qu’ils savent utiliser à toutes les sauces, que d’apostropher le gouverneur de la BCT, lui demandant «d’exposer publiquement les raisons de la baisse des réserves en devises (…) alors que les entrées touristiques et les exportation, notamment celles de l’huile d’olive et des dattes, ont sensiblement progressé».

  • Extrait du rapport annuel de la BCT que le député n’a manifestement pas lu !

Petit rappel donc, pour commencer, des raisons de la dépréciation du dinar, qui aurait peut-être touché le pouvoir d’achat du député. Il y a ainsi, selon ce qu’avait déjà écrit Marwen El Abassi dans le dernier rapport de la BCT qui était devenu public depuis le 19 juillet dernier, à partir de la page 5, le «dérapage des déficits budgétaire et de paiement courant (6,1% et 10,2% du PIB respectivement en 2017), doublé d’une recrudescence des tensions inflationnistes (7,7% à fin mai 2018 contre 6,4% en 2017 et 4,2% en 2016) ». Ces dérapages «ont des effets répressifs qui pénalisent la situation monétaire et financière du pays ainsi que sa capacité à mobiliser les ressources de financement nécessaires, aussi bien sur le marché local qu’au niveau des marchés extérieurs ». Et la BCT de rappeler, à ceux qui voudraient bien lire les documents auxquels ils ont accès, avant d’aller alimenter leurs pages officielles, que «ces déséquilibres, qui s’entretiennent mutuellement et qui prennent plus d’ampleur, d’année en année, continuent à affecter l’activité économique, dont le recul de la productivité globale des facteurs persiste, impactant davantage les ressources propres du budget de l’Etat. Pour sa part, le secteur extérieur continue à se dégrader en raison du manque d’offre exportable et d’un rythme effréné des importations. La baisse des réserves en devises, l’accroissement de l’endettement extérieur (63,5% du Revenu national disponible brut en 2017), notamment public, en plus de la dépréciation accrue du dinar constituent, sont des conséquences inévitables de cette évolution».

Et certainement pour se prémunir contre des questions, comme celles de l’honorable député qui ne révise pas ses leçons, le Gouverneur de la BCT avait déjà répondu, depuis qu’il avait rencontré le chef de l’Etat, que «la Banque Centrale a été amenée à suivre une politique monétaire et de change prudente face à des épisodes de stress récurrents induits par l’exigence de concilier des objectifs antagonistes. Ceux-ci exigent à la fois un monitoring adéquat des agrégats monétaires et des marchés, le maintien des réserves en devises à un niveau permettant la pérennité des transactions sur ces marchés, et la garantie d’un bon dénouement des engagements de notre pays au titre des opérations commerciales et financières avec l’Extérieur. La politique monétaire a également été constamment sollicitée pour couvrir le besoin de liquidité des banques, besoins émanant aussi bien des opérateurs économiques que du Trésor Public, et intervenir activement sur le marché des changes pour financer les importations stratégiques, notamment l’énergie».

Marwen El Abassi avait aussi rappelé au député, qui le connaissait d’ailleurs très bien, que «les secteurs exportateurs, en particulier ceux liés à l’industrie extractive, n’ont pas, à cet égard, apporté la contribution souhaitée à la reconstitution des réserves de change ». Mais aussi que «la dépréciation du taux de change du dinar en relation avec l’accroissement continu du déficit commercial (…).Pour préserver le stock des avoirs en devises, l’intervention sur le marché des changes s’est, en outre, faite dans le respect des forces du marché, et ce, en veillant à son approvisionnement convenable, sans affecter, outre mesure, l’évolution du taux de change du dinar».

S’il avait ainsi lu le rapport, le député aurait su que la situation du DT est strictement liée à celle de l’économie tunisienne qui est structurellement défaillante, que pour relever le cours du DT il faudrait soit avoir des devises pour faire des opérations de rachat comme les cotées lorsqu’elles interviennent à la BVMT pour acheter leurs propres actions, soit aussi, et c’est plus facile, remettre le pays au travail et aller dire aux fonctionnaires de la société «Phosphate Gafsa» d’arrêter de priver leur Etat des devises que leur rapportait l’exportation du phosphate. Cela est, normalement, un boulot de député.

  • Voici ce que représentent, réellement, les recettes du tourisme dans les réserves !

Au 31 juillet 2018, la Tunisie avait accueilli 4.362.576 touristes étrangers. Un chiffre d’arrivées aux frontières en hausse de 22,7 % par rapport à la même période de 2017. Le nombre de visiteurs européens, 1.311.436 selon le ministère du Tourisme qui puise ses chiffres auprès de la direction des frontières du MI (ministère de l’Intérieur), était en hausse de 54,9 %. Les arrivées des Français haussaient ainsi de 41,4 %, celle des Allemands de 63,9 % et celles des Russes grimpaient même de 83,8 % par rapport aux réalisations de l’année dernière. Sur la frontière Ouest, ils étaient 1.073.448 Algériens, en hausse de 14,6 %, à choisir la destination tunisienne pour leurs vacances estivales. La Tunisie avait aussi reçu 16.620 touristes chinois, un chiffre en hausse de 51,6 % malgré son petit nombre.

Nuitées globales par régionNombre de nuitéesEcart 18/17 en %
Djerba-Zarzis3.147.763+73,9
Sousse2.217.975+47,6
Nabeul Hammamet1.791.573+41,3
Yasmine Hammamet1.169.984+17,3
Monastir Skanes1.283.254+49,5
Tunis-Côtes de Carthage884,148+3,7

Tout ce beau monde a laissé une recette de 1,747.9 Milliards DT. Cette recette était au 31 juillet 2018 en hausse de 41,1 % par rapport à celle de pareille période en 2017. Traduite en devises, la recette touristique ne dépassait pas jusque-là les 578 M€, ce qui ne faisait qu’une amélioration de 7,8 % en monnaie européenne et une recette de 698,5 M$, ce qui ne faisait qu’une hausse de 16,9 % en Dollar américain. Tout cela donne une idée, plus claire, sur la contribution du secteur touristique dans les réserves tunisiennes en devises étrangères.

Sur la base d’un simple calcul, à partir des chiffres de la BCT sur les réserves en devises au 7 août 2018 qui étaient de 10,883 Milliards DT, une journée d’importation coûterait quelque 155,479 MDT pour les réserves tunisiennes en devises. Ainsi calculées, les 1,747 Milliards DT de recettes touristiques avérées et engrangées par la BCT ne vaudraient pas plus de 11,24 jours d’importation pour le pays. C’est dire le peu d’importance des recettes touristiques, qui font jaser et baver quelques députés, dans toutes les réserves tunisiennes en devises. Il est tout aussi bon de rappeler au député que les recettes du tourisme ont été fortement affectées par les attentats terroristes des années de braise, 2012-2015, et le laisser deviner qui était aux gouvernements et aux postes de ministère de l’Intérieur. (Ndlr pour Noureddine Bhiri : Pour plus de détails et éviter une interruption du congé parlementaire à ses amis députés pour entendre Marwen Abassi relire son propre rapport, lire la page 73 et suivantes du rapport de la BCT pour l’année 2017).

  • Les questions que devrait poser Noureddine Bhiri

Le député devrait aussi savoir que tout l’argent du tourisme ne rentre pas dans les caisses de la BCT sous forme de devises, car l’Etat ne permet pas aux hôteliers de libeller leurs contrats d’allotement en devises. En tant que député, il aurait dû poser cette question au gouvernement.

Denrée rare, la devise sert aussi à importer le blé pour nourrir les Tunisiens et ses prix internationaux se sont envolés. Elle sert aussi à importer l’essence pour la voiture du député qui devrait se demander où est le pétrole acheté et payé en devises, puisqu’à la grève des contrebandiers de l’essence, le Sud dont il est issu s’est dernièrement retrouvé à sec.

Jadis gros fournisseur de devises, le secteur des phosphates n’en fournit presque plus. Noureddine Bhiri aurait ainsi dû poser la question à l’UGTT pour connaitre les raisons des grèves qu’elle appuie et qui terrassent tout le budget de l’Etat. Il pourrait aussi engager une enquête parlementaire sur les circuits, hors agriculteurs, qui stockent l’huile d’olive et limitent ainsi les quantités exportées, ou encore sur les entreprises qui assèchent les réserves pour importer des produits de consommation et stockent celles que la loi leur permet de garder chez eux sous forme de comptes spéciaux en devises. Il aurait dû, aussi, demander des comptes au ministère du Commerce : Pourquoi il tarde à limiter encore plus la liste des produits libres à l’importation, pour limiter la sortie des devises dont il se soucie ? Cette liste avait déjà été révisée à la baisse après une première hausse du nombre des produits interdits à l’importation. Il aurait pu aussi demander à l’ARP dont il est membre pourquoi tarde-t-elle à adopter le projet de loi organique N°49-2015 et relatif à la réconciliation financière et qui aurait pu considérablement booster les réserves en devises de la BCT. Une version améliorée de ce projet de loi avait été adoptée en commission depuis juillet 2017. Depuis il dort à l’ARP. Le même Noureddine Bhiri qui a pondu le statut fb est pourtant membre de cette même commission de la législation générale.

On ne parlera pas de la dette extérieure, en grande partie contractée entre 2011 et 2014, au temps de la Troïka.

Tout cela, aurait pu lui éviter le populisme de son dernier Statut. Mais ne dit-on pas aussi qu’on a les députés qu’on mérite !

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