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Khaled Boumiza

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Certains partis ou certaines parties, de la scène politique en Tunisie, ont manifestement commencé leurs campagnes électorales plus tôt que prévu. Les moyens qui y sont utilisés sont pour certaines cibles, sales et de basse besogne.

Deux exemples, d’abord la toute récente campagne contre Ridha Charfeddine, dès le lendemain de sa démission du parti et de son poste de député de Nidaa Tounes. La seconde est celle orchestrée contre la personne de Youssef Chahed. Pour les deux, il est impossible de vérifier, ni les «petites mains», ni les instigateurs, les deux campagnes ayant pris pour terrain des réseaux sociaux, devenus depuis la révolution l’antre de l’impunité par excellence. Tout le monde y insulte tout le monde. Tout le monde y menace tout le monde, dont nous-mêmes, sans que la justice n’y trouve à redire.

  • La cabale contre Charfeddine

D’abord, l’homme d’affaires originaire de la ville d’Akouda, Ridha Charfeddine. L’homme est, depuis l’attentat terroriste dont il avait fait l’objet en 2015, sous protection policière et ne passe jamais une nuit à Tunis, la capitale. Il gère une unité de fabrication de médicaments, qui fait travailler des centaines de personnes et exporte pour des millions de DT. Il a, peut-être, fait le mauvais choix d’entrer en politique. Grand mal lui en prendra en tout cas. L’homme n’était connu par le grand public qu’à travers ses apparitions médiatiques en tant que président de l’équipe phare de football de Sousse, où il est fortement attaqué par une des familles de la ville qui dirigeait la même équipe. A l’ARP, il faisait très peu de vagues et presque pas de bruit, jusqu’à ce que le chef de l’Etat qui n’arrivait pas à se défaire de sa casquette de fondateur de Nidaa Tounes, lui confie la commission de préparation du prochain congrès d’un parti à l’agonie.

Manifestement écœuré par ce qu’il y découvre, Ridha Charfeddine finit par jeter l’éponge et démissionner de tout, de la commission, du parti Nidaa Tounes et de l’ARP et déballe sur un plateau TV les manigances de Nidaa en matière de vente des adhésions, pour s’assurer un déroulement «démocratique » des assises de son prochain congrès. La punition ne tardera pas.

En effet, dès le lendemain, c’est une sienne décision de retirer de la vente un lot unique de médicament que produisent ses laboratoires, pour défaut d’écriture sur la boite contenant le médicament, qui est mise à jour et présentée comme émanant du ministère de la Santé et concernant tous les médicaments de son unité de fabrication.

Quelques jours plus tôt, des bruits couraient sur les réseaux sociaux, faisant croire que les premiers 11 bébés morts à La Rabta seraient décédés à cause de sérums fabriqués par l’unité de Ridha Charfeddine. Quelques jours après, ce sont des Fake-News qui envahissent les mêmes réseaux sociaux, faisant croire que Charfeddine aurait fait l’objet d’investigations policières et qu’il aurait été interdit de voyage. Ainsi, il a déballé, il est attaqué et presque menacé de faillite, sans aucune vergogne de mettre en péril tous les emplois que fournit Unimed à toute une région des plus déshéritée d’un Sahel qu’on accuse de toutes les richesses. Simple coïncidence ou tentative de complot bien ourdie ? «A qui profite le crime» ?

  • La guerre, tout feu de tout bois, contre Youssef Chahed

L’actuel chef de gouvernement tunisien, Youssef Chahed, est manifestement soutenu, à Sousse, par la famille qui voudrait se débarrasser de Ridha Charfeddine à la tête de l’Etoile du Sahel. Y a-t-il un lien avec la cabale menée contre l’ancien député de Nidaa Tounes ? Peu probable, car le bras de fer de Chahed, est avec le chef de l’Etat, ancien patron de Nidaa et son fils et avec aucune autre personnalité de Nidaa. Tout cela est du domaine des supputations, bien que le doute reste possible.

Youssef Chahed est, par ailleurs, lui-même, depuis plusieurs semaines, l’objet d’une attaque rangée via les réseaux sociaux. Une guerre contre un possible candidat à la Présidentielle, qui pourrait faire de l’ombre à plus d’un autre candidat. Cela, sans compter le nouveau parti politique dont il serait le leader, Tahia Tounes, qui commence déjà à pointer son nez dans les sondages, alors qu’il venait à peine d’être constitué. La «bête politique» qu’est devenu Chahed, depuis qu’il a médiatiquement «tiré» sur le fils du chef de l’Etat et unique détenteur de la patente de Nidaa Tounes, fait peur à Nidaa, mais pas que !

C’est ainsi que depuis quelques semaines, des vidéos, faites d’images et de textes, ont été mises en circulation sur les réseaux sociaux.

Mettant d’abord l’accent sur les «échecs» de sa politique, ces vidéos prenaient chaque jour une coloration, plus vulgaire dans les mots utilisés, plus diffamatrices dans les propos et incluant parmi sa liste, dite d’amis, des personnes qui n’ont rien à voir, ni de près, ni de loin avec ce qu’il fait au gouvernement, comme le politicien Kamel Eltaïef mis dans toutes les sauces, ou encore plus étrange, l’ancien patron des patrons Hedi Djilani. Le tout, avec un mix des plus malodorants et des plus malsains, même pour un pays en transition démocratique. Certains en rient, d’autres s’en étonnent et tout le monde se demande «à qui profite le crime» et pourquoi faire cette immersion d’hommes qui n’ont rien à voir avec ce qui se passe sur la scène politique ?

La révolution dite du jasmin a été largement faite par les fake-news et les réseaux sociaux. Ceux qui voudraient manifestement en préparer une autre, plus sale par ses moyens, car les réseaux sociaux deviennent chaque jour plus incontrôlables et moins justiciables, reprennent les mêmes outils en espérant le même résultat. Sauf que cette fois, ceux qui consultent les réseaux sociaux sont devenus plus mûrs et plus conscients des sales enjeux, pour tomber dans les mêmes panneaux !

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La française BNP Paribas n’a plus confiance en la Tunisie et s’en va. C’est en tout cas ce qui ressort de la lettre envoyée par l’actionnaire majoritaire (50,08 %) chez l’UBCI à ses employés et aussi au CMF, dont un émissaire était allé le rencontrer, pour lui parler de ce qui avait été appelé «une réflexion stratégique sur la participation de BNP Paribas au capital de l’UBCI». Dès le 21 janvier 2019, Africanmanager essayait d’entrer en contact, par mail et via téléphone personnel, avec cet émissaire, le Français Michel Vial. Il ne répondra jamais, même au message vocal laissé sur son téléphone. Suivront ensuite les informations, non démenties par la direction de l’UBCI en Tunisie, faisant état de discussions à Paris, entre la banque française et un possible repreneur identifié comme étant la Jordanienne Arab Bank. Nous avions aussi contacté, par téléphone, la banque tunisienne qui n’a voulu ni confirmer ni démentir toute l’affaire. Nous savons qu’en écrivant cet article, nous risquons fort de nous faire taper, financièrement, sur les doigts, l’UBCI étant l’un de nos annonceurs. Nous prenons le risque.

  • Une banque pourtant bénéficiaire et bien classée parmi ses filiales

L’UBCI n’est pourtant pas la plus mauvaise des banques étrangères en Tunisie. En 2017, elle réalisait un résultat net de plus de 40, MDT après un PEB de presque 300 MDT et un PNB de plus de 200 MDT. Outre sa part des bénéfices, la banque mère française prélevait aussi d’importantes commissions au titre de conventions d’assistance, contre lesquelles la justice tunisienne et la BCT avaient fini par sévir en les annulant. Et même le Fisc tunisien a été de la partie.

Selon le site français «Statista» (Ndlr : Chiffres en M€), l’UBCI est aussi loin d’être la plus mauvaise des filiales du groupe BNP Paribas, et qui la classe 5ème devant la Cote d’Ivoire, le Bahreïn, le Sénégal, les Emirats, le Burkina et le Qatar, où la BNP fait nettement moins de bénéfices. Ce n’est pas, en principe, une banque où on décide de se désengager.

Au final et après le départ de la Banque Populaire du capital de la BTK, force est de remarquer que ce repli programmé de la BNP Paribas ne peut être interprété que comme le signal d’un manque de confiance du système financier français dans les perspectives de la Tunisie. D’autres iront certainement jusqu’à dire que la France se démobilise envers la Tunisie et son économie, et certains parmi les nationalistes de tous bords s’en féliciteront peut-être. Dans tous les cas, c’est loin d’être un signal positif pour l’économie tunisienne !

  • Le silence de l’UBCI, In et Outdoor

Il est vrai que BNP Paribas n’a pas été d’une clarté exemplaire dans son communiqué. Il y parle de «réflexion stratégique» et de «partenaires possibles, permettant à l’UBCI de mettre en œuvre son potentiel». Ledit communiqué, tarabiscoté à souhait, ne parle pas de se désengager, mais de recherche de partenaire, comprenez autre que BNP, pour son actuelle filiale. On se demanderait alors comment le CMF (Conseil du Marché financier, qui est l’autorité du marché boursier où l’UBCI est cotée) pourrait-il le comprendre autrement et ne pas exiger un communiqué clair et précis.

«L’information publique de BNP Paribas IRB Participations, communiquée à travers BNP Paribas, risque de créer à l’UBCI un mouvement de panique au niveau des épargnants tunisiens, des clients et du personnel», a fait remarquer un actionnaire tunisien au CMF qui demande d’informer le public du développement de la situation. Pendant la seule journée du 14 mars 2019, le papier UBCI à la BVMT dégraissait de 3 %. Que faut-il de plus, au marché de la bourse, pour au moins demander des éclaircissements à la banque française et pourquoi pas même suspendre la cotation de l’UBCI et protéger l’épargnant local, comme il s’en vante ?

Chez l’UBCI, et alors que des médias locaux évoquent même des noms de possibles repreneurs de la banque, Pierre Bérégovoy ne dit mot, même pas pour démentir et calmer un marché qui pourrait connaitre quelques manipulations. L’article 4 de la loi 94/117 est pourtant clair : «A la demande du Conseil du Marché Financier, lesdites sociétés doivent procéder à la diffusion de ces informations ou toute explication supplémentaire exigée par le Conseil du Marché Financier par communiqués». BNP Paribas s’est pourtant contentée d’un vague communiqué ! Certains actionnaires tunisiens sont actuellement en justice contre la banque tunisienne. Ne feraient-ils pas partie de ceux dont le CMF devrait défendre les droits ?

Cela, si on ne tient pas compte du danger d’une telle «réflexion», pour une banque dont le système d’information est propriété de BNP Paribas et pour laquelle le changement demandera beaucoup de temps.

  • Une banque cotée en bourse qui se vendrait en catimini ?

Jusqu’à présent, l’UBCI donne l’impression d’être en voie de cession de plus de 50 % de ses actions, en catimini. On ne sait pas si BNP Paribas IRB Participation est au courant de la loi de la bourse qui oblige tout acquéreur d’un bloc d’actions, susceptible de conférer un droit de vote, soit par offre publique soit auprès d’actionnaires déterminés, à présenter un dossier dans ce sens au CMF, qui se prononce compte tenu des intérêts du reste des actionnaires. Le CMF pourrait, comme l’espère plus d’un petit actionnaire tunisien, ordonner une offre d’achat sur le reste du capital, soit sous forme d’OPA, soit en maintien du cours. Informé de tout cela, le CMF s’est jusque-là contenté de répondre que «il n’y a rien qui justifierait l’intervention du CMF de manière anticipative» et que «l’ignorance de la loi ne peut justifier de braver l’interdit». Une autre banque française, classée entreprise faisant appel public à l’épargne et où l’Etat tunisien est actionnaire, l’avait manifestement fait et la CMF n’y aurait trouvé rien à redire !

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Il aurait été Shakespeare, il n’aurait pas dit mieux que le fameux «To Be or not To Be». Etre ou ne pas être à la tête de Tahia Tounes, rester au gouvernement jusqu’à la date limite de la déclaration de ses intentions par rapport aux prochaines élections, ou faire son «Coming-Out» politique avant. Tel est actuellement, selon des sources proches de Youssef Chahed [Ndlr : Marquez bien la nuance], le dilemme qui donnerait des nuits blanches au chef du gouvernement tunisien.

Dimanche 6 octobre 2019 aura lieu le 1er tour des présidentielles tunisiennes. A moins de 7 mois de cette importante échéance dans le processus démocratique en Tunisie, il semble être certain, selon nos sources, que l’actuel chef de gouvernement tunisien aurait décidé de briguer le poste de président de la République.

Il n’était pas, il y a quelques mois, de cet avis car considérant La Kasbah comme le véritable centre du pouvoir d’où il lui sera possible de continuer son programme de redressement économique notamment. Il semblerait que les membres de Tahia Tounes aient réussi à le convaincre qu’il est le porte-drapeau du parti, l’image, l’icône dont dépendra l’avenir du parti et que sa réussite est capable d’entraîner celle de tout le parti dans son sillon.

A cela semble s’ajouter l’information qui semble se confirmer : la décision de Rached Ghannouchi de ne pas candidater. Des résultats de sondages et de focus groups auraient aussi convaincu l’équipe entourant Chahed que même s’il se représentait aux prochaines présidentielles, l’actuel chef de l’Etat, Béji Caïed Essebssi, ne passerait pas au 2ème tour. Avec l’aura de son actuel poste de chef de gouvernement, la route vers Carthage semble ainsi lui être balisée.

Il semblerait pourtant que Youssef Chahed ne soit pas encore décidé, non sur l’idée de quitter La Kasbah pour pouvoir briguer Carthage qui semblerait désormais être définitivement acquise, mais sur le timing et les conditions pour le faire.

Selon nos informations, le chef du gouvernement tunisien vivrait un vrai dilemme, entre ses ambitions partisanes et son souci, en capitaine du bateau Tunisie, de ne pas quitter le navire alors qu’il n’a pas encore terminé le programme de ses réformes. Un possible départ de La Kasbah qui pourrait aussi négativement impacter ses chances d’accéder à Carthage. Ce qui est certain, c’est qu’il fera dans les deux cas (départ ou non) l’objet de vives critiques de la part de ses détracteurs et concurrents pour les prochaines élections et dont la liste s’allonge jour après jour.

Ce qui est tout aussi certain, c’est que Tahia Tounes ne vivra que par l’image de Youssef Chahed et les adhésions qui s’y succèdent ont toutes en tête Youssef Chahed comme seul leader possible. Le parti, qui tiendra congrès en avril prochain, compterait aussi sur la réussite de son leader pour attirer dans son sillage Tahia Tounes et l’amener, peut-être, vers une réussite qui lui assurerait les 106 sièges nécessaires, qui ne l’obligeraient pas à partager le pouvoir comme l’avait fait Nidaa Tounes avant lui.

Il faudra désormais à Youssef Chahed, comme disait le philosophe et homme politique français Théodore Jouffroy, «choisir de deux choses l’une : ou souffrir pour se développer, ou ne pas se développer, pour ne pas souffrir. Voilà l’alternative de la vie, voilà le dilemme de la condition terrestre».

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Lors de la réunion, aujourd’hui lundi 11 mars 2019, du Conseil national de sécurité (CNS), un échange assez tendu, mais politiquement correct, a eu lieu devant toute l’assistance dont des ministres de Chahed et des membres du cabinet du chef de l’Etat. Nouveau signe, s’il en fallait, des relations qui restent tendues entre les deux têtes de l’Exécutif tunisien. Un échange, qui plus est, a été rendu public par la vidéo mise en ligne par les services de la Présidence de la République, ce qui pourrait être aussi un signal de BCE en direction de ceux qui penseraient que les relations avec le chef du gouvernement se seraient normalisées.

Ouvrant en effet la séance, Béji Caïd Essebssi a commencé par rappeler, en citant le Coran à cet effet, que «la réunion du CNS a fait naitre des questions, nouvelles ou renouvelées, de la part de certains, hommes politiques ou membres du gouvernement. Cette réunion était prévue pour la semaine dernière, mais et à la demande du chef du gouvernement qui avait des engagements, elle a été renvoyée pour ce lundi».

La pique de BCE ne passera cependant pas inaperçue pour Youssef Chahed qui intervient sur le champ pour dire «on en a été informé tardivement, la nuit même, Monsieur le président. On devrait nous en informer au moins une semaine avant». BCE cependant persiste et signe en rétorquant «On pourrait même vous en informer un mois en avant. Ce n’est pas cela le problème». Manière de dire que de toutes les façons, YC n’en ferait qu’à sa tête.

Et le chef de l’Etat de continuer en avouant que «il y a un problème… (petit arrêt avec un petit rire)… dans la compréhension, que dis-je, le rôle des institutions», dit-il à l’intention de Youssef Chahed vers qui il dirigeait la tête, sans le regarder.

Et, visiblement toujours mécontent du contenu de la réplique du chef du gouvernement à sa remarque, BCE enfonce le clou en faisant remarquer au chef du gouvernement, tout en regardant le président de l’ARP qui siégeait directement à ses côtés : «nous avions invité le ministre de la Santé. Il est pourtant venu, lorsqu’il s’était agi du manque de médicaments [Ndlr : BCE parlait manifestement du ministre Nahdhaoui Imed Hammami]. Un problème. Il était venu et nous avait donné des explications».

Encore soucieux de faire passer son message, peut-être de manière plus claire, BCE revient à la charge. «Nous travaillons pour faciliter le bon déroulement des choses [Ndlr : petit temps d’arrêt] de l’Etat, quels que soient nos avis. Je l’ai toujours répété. Je me nomme Béji Caïed Essebssi. J’ai des idées [Ndlr : et des convictions] depuis 60 ans. Ceux qui me connaissent [Ndlr : Nouveau regard vers Mohamed Ennaceur à sa droite] savent comme je les exprime. Mais maintenant, je suis le chef de l’Etat. Je ne suivrai pas mes idées, mais les choses qui renforcent l’Etat (…)». Une manière, peut-être, de faire comprendre au chef du gouvernement qu’il se tromperait de cible et qu’il est lui aussi, en tant que président de la République, au service de l’Etat

La scène est irréaliste, même s’il n’est pas inutile de faire remarquer que le jeune Youssef Chahed a manifestement préféré ne pas rétorquer, pour ne pas donner plus de gras au caractère du vif échange verbal. Il n’en demeure pas moins vrai que cette scène rappelait facilement celle d’une dispute entre deux enfants qui se chamaillent le leadership d’une classe de maternelle.

Une scène d’autant plus grotesque qu’elle se déroulait dans l’antre même du pouvoir, ou au moins dans l’un d’eux, puisque la Kasbah en est aussi. Scène politiquement grotesque aussi, car elle se déroulait en public, devant ministres, militaires et conseillers du chef de l’Etat, et en public par la volonté de la présidence de la République, étalant ainsi les dissensions des deux têtes d’un même Exécutif devant toute la population dont chacun d’eux voudrait avoir l’exclusivité de la direction.

Une scène qui pourrait encore plus approfondir une dissension, connue et reconnue depuis les réunions de «Carthage 1 & 2», entre les deux têtes d’un même Exécutif et entre leurs différents hauts cadres. Mais peut-être aussi que le message se voulait-il venir de Youssef Chahed lorsqu’il fit le choix d’interpeller BCE sur la question du retard de la réunion du CNS, en direction de ses futures bases à Tahia Tounes. Peut-être en effet voulait-il les tranquilliser sur l’impossibilité de son retour dans le giron d’un BCE dont on dit qu’il préparerait une nouvelle initiative pour réunir toutes les forces centristes et modernistes, en face du danger d’un probable retour des Islamistes au pouvoir par l’entremise des élections.

 

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Economiquement, tout le monde, intramuros et extramuros, est d’accord pour dire que rien ne va plus. La devise tunisienne est à la dérive. Les déficits jumeaux (commercial et budgétaire) se creusent. L’inflation repart à la hausse. Les prix aussi, et dans des secteurs où la mévente dépasse parfois les 20 %. De l’investissement, IDE et local, il ne reste que les bonnes intentions. La dette tunisienne atteint des niveaux historiques et place la Tunisie à la 74ème position sur 137. Les taux d’intérêts bancaires deviennent prohibitifs et la BCT n’en finit plus de relever son taux directeur… Et pourtant !

Les banques tunisiennes, supposées malades et en mal de ressources, font toujours plus de bénéfices. Les super et hypermarchés font encore plus de bénéfices d’année en année. Les franchises explosent comme des champignons dans un tissu entrepreneurial de plus en plus commercial. C’est que le Tunisien achète et ne se prive de rien, même pas des augmentations salariales qui deviennent récurrentes, dépassent tous les plafonds mondiaux, dans un pays où l’indice de production industrielle baissait encore de 0,5 % au cours du 4ème trimestre 2018.

A croire que la Tunisie ne connait point de crise. A croire que BCT, FMI, BM et tutti quanti se trompent et que la Tunisie va bien, alors que le chômage refuse de tomber sous 15 % et que 40 % des jeunes travaillent dans le secteur parallèle et où ils gagnent nettement plus que s’ils étaient dans un secteur organisé, fortement éprouvé par les grèves et les mouvements sociaux incessants.

Sur le plan de la sécurité, le chef du gouvernement assure avoir «pu maitriser la menace terroriste». Les prolongations de l’Etat d’urgence se succèdent pourtant, jusqu’à presqu’à faire du mandat de Béji Caïed Essebssi celui de l’état d’urgence. Cela, sans dire que ces relances sont effectivement justifiées par la menace terroriste, mais cette fois née d’un déplacement sur terre tunisienne du terrorisme islamique et du retour des terroristes tunisiens des foyens de tension à l’étranger. Et pourtant. Le tourisme se remet en marche et René Trabelsi est plus que confiant et se projette aisément dans l’avenir.

  • Tous sont d’accord sur le fait qu’il n’y pas mieux que leurs propres personnes

Politiquement, la Tunisie aborde ses secondes élections, présidentielle et législatives, toujours sans Cour Constitutionnelle. Après 8 ans de révolution, la Tunisie compte 216 partis politiques, tous remplis d’égos surdimensionnés et qui cuisinent encore, à quelques mois des élections, d’improbables coalitions.

Les deux partis au pouvoir sont en bisbilles, depuis la fin de l’entente BCE-Ghannouchi. L’islamiste (Ennahdha), fortement organisé, se prépare fébrilement, et bien qu’ébranlé par les dernières révélations sur son appareil secret en lien avec les assassinats politiques en Tunisie, pour les prochaines élections. Le civil (Nidaa Tounes) est dispersé entre père (BCE), fils (HCE) et fils prodige (YC) et n’arrive toujours pas à faire son congrès constitutif. Le chef du gouvernement, troisième tête tout aussi impotente que les deux autres (BCE et l’ARP), siège toujours à La Kasbah sous les feux croisés de toute l’opposition et même des partenaires, qui l’accusent, à cause de son travail au gouvernement, de faire sa propre campagne par les quelques réalisations qu’on le laisse quelques fois concrétiser.

Youssef Chahed reste comme une ombre de Tahia Tounes. Il en est l’image, le porte-drapeau, mais n’apparait nullement dans l’image sur la scène politique tunisienne et nul ne sait s’il sera candidat et à quelle partie de l’Exécutif à naitre des prochaines élections.

D’anciennes forces politiques, comme Afek, se disloquent. D’autres comme la Moubadara de Kamel Morjane renaissent à peine, alors que les Destouriens cherchent encore et essaient de faire d’Abir Moussi la Superwoman des prochaines élections.

Ailleurs, anciens et nouveaux visages politiques dissertent, se concertent et convergent. En attendant, les starting-blocks pour les présidentielles se garnissent chaque jour un peu plus. Le dernier est le banquier du Front Populaire et président de la commission des finances à l’ARP, Mongi Rahoui. Une candidature qui divise déjà les rangs de son parti. Et pourtant tous font comme si tout allait bien dans le pays de la révolution du Jasmin. Ce dernier flétrit et puerait presque. Tous s’auto-vaporisent, pour l’instant, des parfums de leurs propres réussite ou de celles des défaites de leurs adversaires.

  • Economie, l’oubliée de la politique tunisienne

En attendant les députés font comme si tout était normal dans le pays et comme s’il n’y avait ni crise économique, ni crise financière. Ils bloquent, ou oublient de s’occuper, de toutes les réformes qui pourraient permettre à l’économie de leur pays de rebondir. En attendant, enfin, tous les sondages mettent en garde contre le taux d’absentéisme électoral. Un taux qui plonge encore plus la Tunisie dans l’incertitude politique et électorale.

On ne finira pas sans attirer l’attention sur le fait que les élections se déroulant entre octobre et novembre 2018, tous, dont les actuels membres de l’ARP, devraient ainsi rentrer bien avant ces dates en campagne électorale. Qui s’occupera alors du budget et de la loi de finances 2020. Et si BCE et Chahed se déclaraient candidat, qui dirigera alors Etat et gouvernement et qui s‘occupera d’autre chose que sa propre campagne et celle de son parti politique ?

La même Tunisie attend au moins deux déblocages de tranches (dont une en retard depuis 2018) de «l’Extended Fund Facility» du FMI. Ce dernier attend que la Tunisie en remplisse les dernières conditions. Ces dernières doivent être concrétisées en lois et mesures gouvernementales. Qui s’en occupera lorsque tout le monde n’aura en tête que le résultat des prochaines élections ? Les réunions du printemps, du FMI et de la Banque Mondiale, sont pour dans quelques semaines. Qu’a-t-on préparé pour assurer la continuité de l’assistance internationale ? Il faudra aussi convaincre le FMI et le reste des bailleurs de fonds que le prochain gouvernement donnera les mêmes garanties que l’actuel, pour garantir la continuité de l’aide internationale. Bon courage pour simplement payer les salaires et importer nos besoins sans aides internationales !

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Les professionnels de la promotion immobilière ne cessent depuis 2018 de se plaindre de la baisse de leurs chiffres d’affaires. Il est vrai que les ventes d’appartements et de biens immobiliers ont baissé d’une moyenne de 20 %, selon les chiffres des entreprises du secteur qui sont cotées en bourse, toutes filiales de banques publiques.

Or, à en croire ces chiffres du cabinet d’experts-conseils Bea-Mbc, qui est spécialisé sur les chiffres des dépenses de consommation du Tunisien, le logement représenterait la majeure partie des dépenses, avec celles de l’ameublement qui sont un corollaire des dépenses de logement. On pourrait ainsi croire qu’une pression des autorités de ce secteur pourrait soulager un tant soit peu le pouvoir d’achat du citoyen.

Selon l’INS, «l’indice des prix de l’immobilier a augmenté de 5,2% au quatrième trimestre de 2018 par rapport au troisième trimestre de la même année, après avoir enregistré une baisse de 4,1% au cours du troisième trimestre de 2018». La même source explique cette hausse par celle des prix des appartements de 6,5% et les maisons de 9,10% après une chute de 2,5% des prix au troisième trimestre de 2018. Or, en théorie, lorsque les ventes baissent, comme l’ont démontré les résultats des principales sociétés de promotion immobilière cotées en bourse, la demande baisse et les prix devraient aussi baisser pour essayer de redresser la demande.

Mieux, «en termes de glissement annuel, l’indice général des prix de l’immobilier du quatrième trimestre de 2018 a augmenté de 20%, par rapport à la même période l’an dernier, contre 2,10% au quatrième trimestre de 2017», affirme l’INS. L’institut des statistiques tempère cependant, en expliquant que «depuis le début de 2018, la tendance de la hausse de cet indice a été ralentie, par rapport aux quatre dernières années, en raison du ralentissement principalement d’une baisse du prix des appartements et des maisons en échange d’une stabilité relative des prix des terrains».

Il semblerait ainsi que les promoteurs immobiliers rechignent jusqu’à présent à tenir compte de la montée du crédit sur le pouvoir d’achat du citoyen tunisien, à travers les différentes hausses par la BCT de son taux directeur, et à baisser leurs marges, jouer sur le volume de ventes et essayer d’attirer plus d’acheteurs.

Ces entreprises qui pourraient ainsi contribuer à la hausse du pouvoir d’achat restent manifestement plus obnubilées par la marge que par le chiffre d’affaires, et par le désir de toujours augmenter leurs bénéfices. Plusieurs, sinon toutes, sont pourtant adossées à des banques et pourraient mieux négocier avec des institutions financières, toutes financées par une Banque centrale qui leur vend l’argent moins cher que l’inflation !

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«Le député Jeremy Corbyn a été obligé de présenter des excuses pour ne pas avoir déclaré un voyage à New York payé par le groupe de gauche CND». C’est ce que rapportait mercredi 27 février 2019, le journal britannique «The Sun». Le chef du parti travailliste s’est même fait réprimander par le «commissaire parlementaire aux normes» pour ne pas avoir déclaré un voyage effectué en Tunisie.

La même source précise que «la Campagne pour le désarmement nucléaire a déboursé 859 £ pour payer le député de l’arrière-ban de l’époque (…) aux fins de son hébergement dans un hôtel en avril 2014», expliquant que «en vertu des règles parlementaires, les députés doivent déclarer tous les cadeaux gratuits d’une valeur de 660 £ ou plus», ce que le député anglais n’a pas fait.

Mais The Sun a aussi révélé que «le dirigeant travailliste a été critiqué pour ne pas avoir déclaré son voyage controversé en Tunisie qui avait été effectué la même année. Mais il nie toujours avec fureur que le voyage – financé par le gouvernement tunisien – devait être déclaré, affirmant qu’il coûtait 656 £ – à peine 4 £ sous la limite». Le journal anglais n’a donné aucun détail sur ce voyage, ses raisons et sur la partie qui a payé les 656 £. On ne verra pas de sitôt la Cour des Comptes, par exemple, s’aventurer à enquêter dans ce genre de dépenses, et encore moins dans celles des députés, des deux présidences, de l’Etat et du gouvernement. D’ailleurs, le budget de la présidence de la République n’est plus aussi détaillé sur les dépenses comme au temps des premières années de la révolution. Révolution oblige !

  • Le silence de l’ARP

Juste pour le comparatif, entre la plus vieille démocratie du monde qui n’a même pas de Constitution et «le pays de la meilleure Constitution au monde», le pays de la démocratie pour laquelle députés et président américains avaient fait une standing ovation, force est de constater que le pays de la révolution, dite par les Européens du jasmin, fait mieux ; il ne dit plus rien à propos des voyages de ses députés. Il préfère l’omerta sur le fait que les journalistes se saisissent de la question, pour en fin de compte trouver que c’est normal de voyager aux frais d’un Etat qui s’endette pour payer ses charges. On ne sait pas s’il existe à l’ARP une quelconque commission chargée de fixer les normes de voyages éligibles au financement par son budget, si les députés tunisiens sont obligés par la loi de déclarer tous les cadeaux qu’ils reçoivent, ni même s’ils sont obligés de rendre compte, en commission par exemple, de la teneur de leurs rencontres à l’étranger. A l’ARP, chacun fait ce qui lui plaît. Il est vrai que «l’ARP est souveraine et maîtresse d’elle-même», comme l’avait scandé son ancêtre l’assemblée constituante, et que ses membres se considèrent au-dessus du lot !

C’est, en effet, depuis octobre 2016 que l’ARP ne publie plus rien sur son site à propos des voyages de ses membres, sur le compte d’ARP-Voyage. Elle n’aura ainsi à s’inquiéter de rien. On aurait pourtant aimé savoir, par exemple, si les députés qu’on avait vus dans les couloirs du dernier voyage officiel en France, avaient voyagé à leurs propres frais. Si oui, s’ils en avaient alerté l’ARP et si cette dernière avait accordé des frais pour ces voyageurs ou s’ils faisaient partie de tous ceux qui avaient été pris en charge par les autorités françaises, comme l’avaient déclaré moult responsables qui répondaient aux allégations prêtant au chef du gouvernement l’intention d’abuser des moyens de l’Etat en se faisant accompagner par une forte délégation de journalistes, d’agents de communication, de ministres et conseillers, nous a-t-on dit. On ne comptera pas le nombre de députés vus à Paris lors de ce voyage et dont certains étaient même motorisés.

Il est vrai que les services de la présidence de la République prennent eux-mêmes tout en charge, toujours sur le compte des deniers de l’Etat, et donnent même un per diem aux journalistes qui accompagnent le chef de l’Etat dans ses pérégrinations.

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La Cotusal, une simple affaire de gestion administrative de contrats presque banale, comme il en existe un peu partout en Tunisie et dans le monde. Une affaire gonflée comme une baudruche, par l’opposition tunisienne pour en tirer la gloire de la dénonciation, mais qui n’a fait que rendre service au gouvernement, en en faisant du coup le «superman» de la défense des intérêts de la Nation, à moindres frais. Une opposition qui a même fait croire que les seuls revenus tirés de la vente du sel de cette entreprise «suffiraient à rembourser toutes les dettes de la Tunisie», comme elle fait encore croire que la Tunisie «nage sur une mer de pétrole». Force est ainsi de constater que le chef du gouvernement tunisien n’a fait que dégonfler la baudruche d’une opposition qui lui en offre en fait la gloire.

  • Petites précisions de grande importance

Précisons d’abord que la décision de mettre fin au contrat de la Cotusal ne mettra pas fin à l’activité de cette entreprise en Tunisie. La décision du chef du gouvernement ne concerne en fait que deux concessions, celle de Sfax et celle de Sousse, d’une entreprise qui en a d’autres et continuera donc à les exploiter, notamment à Zarzis et à Mghira, à Tunis.

Les deux contrats qui prendront fin en 2029 sont les seuls régis par la convention de 1949. Les deux autres concessions de la Cotusal sont régies par le Code minier de 2013 et sont donc régulières. La décision de rupture du contrat des concessions de Sfax et Sousse est d’abord souveraine et ensuite clairement prévue dans l’article 3 de ladite convention qui stipule clairement que «à l’expiration de cette période de 15 ans, sauf dénonciation par l’une des parties, 10 ans au moins avant l’expiration de la période de prorogation en cours, la concession sera reconduite pour une période successive de 15 ans». Or, s’il fallait la dénoncer avant la révolution, il aurait fallu le faire en 2004. Ayant donc été reconduite, de facto et pour manque de dénonciation pendant l’ère Ben Ali, toute dénonciation devait d’abord être faite au risque de se retrouver devant les tribunaux, dix ans avant la fin du contrat, c’est-à-dire en 2019. C’est ce qu’a fait simplement le gouvernement de Youssef Chahed et juste à temps et avant que les délais réglementaires ne soient dépassés. D’autres gouvernements auraient pu le faire depuis 2011, mais tous en ont parlé et n’ont rien fait

  • Quid d’une petite entreprise qui fait grand bruit

La Cotusal n’est pourtant qu’une entreprise, de droit tunisien faut-il le préciser, où une partie française détient certes la majorité simple du capital (64 %, après rachat d’autres participations, américaines, suisses et allemandes notamment).

L’entreprise, juridiquement Tunisienne, où le négociateur des accords d’indépendance, Tahar Ben Ammar, était administrateur et dont le conseil avait été un temps présidé par le non moins connu leader nationaliste Hamadi Badra, est pourtant contrôlée à 35 % par des sociétés locales, comme la BT (Banque de Tunisie), la STB, (Société Tunisienne de Banque), la BNA (Banque Nationale Agricole), les assurances La Carte, ou la société El Bouniane, sans oublier diverses personnes physiques tunisiennes.

Créée en 1949, la Cotusal, qui est loin d’être l’unique opérateur, même étranger, dans le domaine du sel en Tunisie, reste un acteur majeur dans la production de sel de mer en Tunisie. Sa production annuelle de sel de mer qui atteint en 2017 un million de tonnes alimente un marché local de plus de 125.000 Tonnes. L’entreprise dispose d’une implantation géographique qui couvre l’ensemble du territoire, et se spécialise presque dans la production et la livraison du sel marin. Sur son site internet elle se targue du fait que «les produits livrés font l’objet de toutes les attentions sur les plans de l’hygiène, de la qualité et de la sécurité d’approvisionnement». L’entreprise, tunisienne réalise des exportations de plus de 700 mille tonnes, emploie 430 collaborateurs et génère 1.000 emplois indirects en Tunisie. Tout cela dissipe un peu l’enfumage de l’opposition qui parlait de la Cotusal comme l’entreprise du colonisateur français qui mange le sel de la Tunisie.

  • La rupture du contrat. Et après !

Hier, mercredi 27 février 2019, c’est le ministre tunisien de l’Industrie qui recevait les responsables de la Cotusal et les mettait, oralement, au courant de la décision du chef du gouvernement. A la Cotusal, on accuse le coup et on attend le document écrit de la décision de Youssef Chahed, sans autre commentaire que celui-ci : «nous ne connaissons pas encore les tenants et les aboutissants de cette décision. On attend donc d’avoir la lettre explicative», ce que le porte-parole du gouvernement semble exclure déjà, se retranchant derrière le caractère souverain de sa décision. La lettre de dénonciation du contrat est en effet arrivée ce matin du jeudi 28 février 2019, à la Cotusal et sans autre forme d’explication.

Contacté par Africanmanager, Foued Lakhoua se hasarde pourtant à dire que «à la limite, cette décision pourrait faire notre bonheur, s’il y a migration vers un autre système ». Et d’ajouter «nous confirmions depuis 2005 notre souhait d’abandonner la convention de 1949 qui ne nous apporte aucun privilège et souhaitions être soumis aux règles du code des mines de 2003, ce qui nous a toujours été refusé. Et d’ailleurs si on appliquait ce code à la convention de 1949 où le prix de la concession était à 1 franc pour l’hectare, l’incidence financière annuelle pour l’Etat ne serait que de 5.300 DT, sur la base de 1,7 DT le Smig horaire x 3.000 hectares. Mais l’Etat tunisien perçoit aussi l’impôt sur les sociétés, sa part des bénéfices qui est de 2,5 MDT. La perte sèche, pour l’Etat tunisien, sur les concessions de Sfax et Sousse sera à coup sûr de 1,6 MDT», sur un chiffre d’affaire en 2017 de 55 MDT. Sous le code minier de 2003, l’Etat aurait pu percevoir entre 45 et 50 MDT par an.

A bien comprendre Iyed Dahmani, qui parlait de la Cotusal ce matin du jeudi 28 février 2019 sur les ondes d’une radio privée, les deux concessions salines de Sousse et Sfax devraient faire l’objet dès 2029 d’un nouvel appel d’offres. Et à moins de modifier le code minier de 2003, actuellement en cours, l’Etat tunisien ne devrait pas tirer beaucoup plus d’argent qu’il ne le fait actuellement. Ce qui est tout aussi certain, à notre avis, c’est que même en cas de nouvel appel d’offres, la Cotusal restera la mieux positionnée.

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Lorsque nous le rencontrions, le 19 février 2019 en réunion de préannonce de l’augmentation de 100 points de base du taux directeur, le gouverneur de la BCT savait déjà qu’on lui en fera porter, seul, toute la responsabilité et qu’on l’accusera même d’être à la solde du FMI.

La conduite de la politique monétaire se fait pourtant en fonction de la politique économique, mais dans deux entités différentes (BCT & Gouvernement), indépendantes jusqu’au déficit de coopération, mêmes si elles sont toutes les deux mues par le même souci de l’intérêt de l’Etat. Ce dernier cependant scruté sous deux angles différents, l’un froidement financier et l’autre «warmingly» politique.

Marouane Abassi s’attendait donc à être convoqué par les députés et leur a tout déballé : chiffres têtus, vision pour une sortie et des propositions, même si ce n’est nullement à lui de les traduire en mesures.

A l’ARP, l’une des députés résumera les tenants et les aboutissants de cette séance de questions, lorsqu’elle dira à l’adresse du Gouverneur de la BCT qui leur distribuait un document et des graphiques, que ce n’est que perte d’encre et de papier, les présents ayant déjà les leurs, écrits ailleurs et juste faits pour parler devant la commission et s’en aller. Ils s’attendaient à ce qu’Abassi déballe et il l’a fait, mais sans tomber dans le travers des jeux politiques. Il les priera d’ailleurs, au moins 3 fois avant de quitter la salle, de «laisser la BCT en dehors de vos querelles politiques».

  • Des chiffres qui laissent les dép(u)ités indifférents …

Essayant d’expliquer à des députés autistes, sauf à ce qui leur servirait d’arme contre le gouvernement, les causes profondes de son exercice d’équilibrisme, financier et funambule, de la hausse du coût du crédit pour endiguer l’inflation, le gouverneur de la BCT livre quelques chiffres de l’état de l’économie tunisienne.

Faible niveau de croissance économique, malgré sa petite croissance de 2018 qu’expliquent l’agriculture (+9,8 %) et les services (+3,3 %). Faible activité des industries exportatrices (IME, énergie et phosphate), ce qui impacte les équilibres extérieurs. Faible niveau d’investissement et d’épargne qui retombait de 21,1 % du PIB en 2010 à 9,5 % huit années plus tard. Faible niveau aussi des IDE et de l’investissement privé qui retombait de 6 points entre 2010 et 2018.

Explosion du déficit commercial (Fob et Cif), pour atteindre 19 Milliards DT, en hausse de 11 Milliards DT en 8 ans, avec des importations qui courent toujours plus vite que les exportations. Expansion du déficit énergétique, à fin 2018 pour atteindre 6,2 Milliards DT, notamment dû à la baisse de la production et aux hausses des prix. Baisse continue des ventes de phosphate et hausse du déficit de la balance alimentaire malgré son amélioration en 2018.

Selon les chiffres de la BCT (Lire ici un résumé de l’intervention de Marouane Abassi) à propos du déficit commercial, ce ne sont pas les produits de consommation qui consomment le plus de devises en importation, ni même les produits alimentaires, mais l’importation des produits de l’énergie, les matières premières et semi-produits, ainsi que les produits d’équipement. Des chiffres donc taillés pour détruire cette croyance populaire et aussi parlementaire selon laquelle il suffirait d’arrêter d’importer les produits de consommation pour que la balance commerciale s’équilibre.

Plus effrayant, le taux d’endettement et l’intérêt de la dette qui passait de 39,3 % en 2011 à 72,3 % en 2018, bouffant ainsi 11,6 % de tout le PIB du pays. S’endetter c’est bien, mais sans plus de production ça craint ; comme refusent de le croire des députés qui ne s’y connaissent presqu’en rien, sauf en «boulitique».

De fait, le déficit courant s’était établi l’année dernière à 11,843 Milliards DT. Le Dinar tunisien en perd ainsi sa valeur et dégraisse de nouveau. Encore plus effrayant, dans l’insouciance des parlementaires, lorsque Marouane Abbassi démontre devant eux et contrairement à l’optimisme gouvernemental que la pression inflationniste va se poursuivre en 2019 et plus et que le Dinar n’aura d’autre choix que de faillir encore. Le pire est donc à venir !

Un lien aussi (déficit courant-Change) que ne comprendront pas non plus les députés, plus dépités par la perte en change lorsqu’ils voyagent aux frais de l’ARP, que par les réserves. Ils sont encore plus dépités lorsque le Gouverneur de la BCT leur répète qu’il préfère sauvegarder les réserves, que de les dépenser pour essayer de relever un Dinar, difficile à redresser à cause des difficultés structurelles de toute l’économie qu’il représente.

  • … et des lettres, non-recommandées, au gouvernement !

Tout cela n’est pas nouveau pour les députés dépités par le discours d’Abassi qu’aucun d’eux n’a pu ou su contrer, tant il était au-dessus de leurs petites préoccupations partisanes et populistes. Ils ne le croiront pas non plus lorsqu’il leur fait la démonstration du cercle vicieux, hausse de la demande, déficit courant, grignotage des réserves, pression sur le Dinar, hausse de l’inflation.

Tout aussi incrédules, les députés le resteront devant la démo par le graphique, du cercle tout aussi vicieux entre hausse de l’inflation et taux directeur, TMM, Tunibor et autres acronymes incompréhensibles pour un député néophyte en finance.

Un des députés, qui confond certainement BCT et Gouvernement, sortira par la suite que la BCT ne dispose d’aucune stratégie pour sortir de la crise. Marouane Abassi aurait-il débité deux pages de son discours sur cette stratégie pour rien ? Manifestement oui !

Encore une fois tout ce qu’a dit le Gouverneur de la BCT n’est pas nouveau. Le gouvernement (ministres et conseillers) aussi le sait. Sauf que c’est le Gouverneur de la BCT qui l’a dit et que c’est le Gouvernement qui l’avait tu. La politique a ses raisons que le sens de l’Etat et son intérêt supérieur ignorent. Mais chaque mot, chaque chiffre de l’intervention du Gouverneur était comme une lettre à la Poste mais sans le Recommandé, pour le gouvernement surtout.

Ce qui est sûr c’est que tous les mauvais chiffres, actuels et à venir, amèrement récités par Abassi devant l’ARP ne sont que le résultat d’une situation économique, tracée en amont, sans concertation avec les faiseurs de la politique monétaire. Faute de concertations, ce sont les députés qui font la conciliation et déplument ou refusent les projets de réformes. Un albatros dans une mer agitée, avec deux ailes aux mouvements non-coordonnés !

  • Le Front populaire bloque le PL sur le change et Nida bloque celui de l’urgence économique

Les députés aussi savent pourquoi la Tunisie en est arrivée là. Ils le savent, car certains d’entre eux sont la cause directe de cette situation catastrophique. Le député Karim Helali qui intervenait ce lundi dans l’émission «Tounes alyaoum» de Meryem Belkadhi affirmait que c’est le FP (Front Populaire dont un membre préside la commission financière de l’ARP) qui bloque le projet de loi sur l’amnistie de change, conçu pour pallier le manque de devises et de ressources financières en général et ramener les 4 Milliards DT aux circuits officiels. Le même Helali affirme que c’est Nidaa Tounes qui bloque l’examen par l’ARP de la loi sur l’urgence économique, conçue pour trouver une solution au manque d’investissements.

Et le Gouvernement dans tout cela ? Il fait ce qu’il peut, devant une ARP qui fait ce qu’elle veut. L’ARP, c’est une opposition qui dit clairement qu’il faut renvoyer Youssef Chahed et son gouvernement. C’est aussi les feux amis d’un partenaire au pouvoir qui a peur de son autre partenaire. C’est aussi la guerre entre les frères-ennemis et les deux têtes du pouvoir. Qui pourrait faire mieux dans ce genre de panier à crabes, qui plus est démocratique ? Personne ! Avec de la volonté et un plus de rigueur, le gouvernement aurait pu, par exemple, trouver une solution durable au problème du phosphate et ses grèves et au problème de la production pétrolière.

Il n’en demeure pas moins vrai, pour le Gouvernement, que faute de pouvoir taper fort sur la table pour faire passer les réformes qui permettront d’améliorer les choses, il aurait pu et dû communiquer sur son incapacité à faire mieux que ce qu’on lui veut. Prendre le peuple à témoin.

Mieux, dénoncer à cor et à cri ceux qui voudraient faire de la faillite de tout un Etat l’alibi pour remplacer ce Gouvernement et au besoin rendre les clés pour alerter sur l’imminence de la chute de tout un système, rendre à la politique un peu de sa décence et à l’Etat un peu de sa prestance. Le silence est toujours coupable !

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Le pire de la meilleure Constitution du monde, c’est que le peuple tunisien ne la comprend toujours pas. Et s’il est possible de comprendre l’ignorance de la plèbe, il est inconcevable de ne pas en vouloir à la prétendue intelligentsia qui fait office de politiciens. Les deux ne connaissent manifestement toujours pas le véritable lieu du pouvoir selon la Constitution de sa deuxième République. Depuis 2014, le pouvoir a en effet quitté le chic quartier tunisois de Carthage, pour s’installer au quartier historique de La Kasbah.

Mais c’est peut-être parce qu’il faudrait plus de connaissances dogmatiques et de compétences techniques, pour gérer un pays et son économie, que de soutiens populeux, pour faire l’apparat dans un palais qui a depuis quelques années perdu sa superbe et la puissance de son pouvoir.

  • La course à la chimère du pouvoir

Alors qu’approchent les élections, pour des partis politiques en jachère, déstructurés et qui ont peur, toute l’attention se focalise sur les présidentielles, la moitié vide du verre du pouvoir, seule capable d’abreuver les ambitions de celui qui pourrait remplir le reste du verre dans la main de celui qui le tient. Peu de partis politiques parlent, depuis quelque temps, de leurs listes et programmes pour les législatives. Presque tous évoquent plus volontiers leurs candidatures aux présidentielles. Certains avaient déjà perdu leurs maisons pour conquérir Carthage, mais ne désespèrent toujours pas de gagner cette bataille d’un autre âge… démocratique.

Au petit bonheur la chance donc, les starting-blocks pour la course aux prochaines présidentielle se remplissent au gré des déclarations, des auto-désignations ou des bruits de couloir des prétendants à un poste où il y a plus d’honneur que de pouvoir, comme le dit clairement la Constitution de 2014 et comme en ont donné la preuve les 5 dernières années d’exercice du couple BCE-Chahed.

Beaucoup des anciens opposants des deux anciens présidents tunisiens, Bourguiba et Ben Ali, rêvent de s’asseoir sur la même chaise que leurs anciens bourreaux. D’autres rêveraient plutôt du poste où le pouvoir est constitutionnellement palpable, celui de chef de gouvernement. Ceux-là penseraient plutôt à s’associer à de possibles candidats à Carthage qui les nommeraient chef de gouvernement.

On raconte qu’un ancien chef d’Etat tunisien se faisait quelques fois emmener en hélicoptère, pour atterrir dans une clairière où il se mettait à s’écrier «Maman, je suis devenu président !». On prête aussi à l’ancien chef du département d’Etat américain Henry Kissinger d’avoir dit que «le pouvoir est le dernier des aphrodisiaques».

  • Les probables et les possibles

Les probables candidats qui oscillent depuis quelques mois entre confirmation et déni sont d’un côté l’actuel chef de l’Etat, Béji Caïed Essebssi (BCE), qui réclame que son ancien parti, Nidaa Tounes, le lui demande et en fait solennellement l’annonce, et le leader du parti islamiste tunisien Rached Ghannouchi (RG). Comme BCE, RG hésite à s’auto-désigner et devrait finir par céder aux pressions, de sa famille et de ses proches. Il ne faudrait pas aussi s’étonner que Moncef Marzouki tente de nouveau sa chance. Il n’est pas, non plus, exclu que d’autres déboutés des présidentielles, comme Néjib Chebbi ou Hamma Hammami, décident de retenter leurs chances.

Maghreb confidentiel de janvier 2018, évoquait l’ex-secrétaire général du RCD, Abderrahim Zouari, qui «se prépare à se présenter à l’élection présidentielle de 2019» et qui aurait «réuni mi-décembre un groupe d’hommes d’affaires afin de les convaincre de financer sa campagne électorale, dont il estime le budget à… 14 millions €. Rien que ça !». Zouari pourtant dément cette information à Africanmanager qui l’avait contacté par téléphone.

La même source avait aussi évoqué le nom de «l’industriel Faouzi Elloumi, responsable des relations avec l’étranger du parti présidentiel Nidaa Tounes – et frère de (…) la directrice de cabinet de BCE ». Selon ces sources, «il envisage de se présenter à l’élection présidentielle en fin d’année, si le raïs n’est pas lui-même candidat. A défaut, Faouzi Elloumi se verrait bien remplacer le Premier ministre Youssef Chahed». Contacté par téléphone, Elloumi reste aux abonnés absents.

Entretemps, une coalition électorale nommée «La victoire à la Tunisie» issus des listes électorales des dernières élections municipales a, officiellement, annoncé lors d’une conférence de presse tenue à Tunis sa création ainsi que la candidature d’Akram Masmoudi, aux prochaines élections présidentielles.

  • Les moins attendus et les plus probables

Moins attendue, la très possible candidature de l’animateur et homme de média Nizar Chaari, qui s’y préparerait sérieusement d’après des sources proches du beau-fils de l’ancien grand hôtelier Aziz Miled. Ces sources ont indiqué à Africanmanager que Chaari fait depuis longtemps campagne, en silence, dans le milieu estudiantin.

Plus sérieux, Mohamed Abbou qui se présenterait officiellement au nom du parti de la bicyclette, avec sa femme Samia qui briguerait le poste de chef de gouvernement. Porte-drapeau des Abbou, Samia apparait depuis quelques mois dans les sondages où elle doit surtout sa visibilité au vacarme qu’elle fait sur les fauteuils de l’ARP et aux critiques, parfois à la limite du politiquement correcte, qui n’épargnent personne.

Plus sérieuse encore, la très probable candidature de l’ancien chef de gouvernement Mahdois, Mehdi Jomaa, qui pourrait être présentée par le nouveau parti politique «Tahia Tounes», avec l’accord qu’une fois élu il remettrait les pieds de Youssef Chahed dans l’étrier du pouvoir, en lui confiant la constitution d’un nouveau gouvernement. Des informations circulent depuis quelques semaines concernant des concertations et négociations en faveur d’un rapprochement entre Jomaa et Chahed.

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Il y a quelques jours, un document interne de la Steg (Société tunisienne de l’électricité et du gaz), fuité par un membre du syndicat ouvrier de cette entreprise publique, annonçait la prochaine faillite du détenteur de la production et de la distribution de l’énergie en Tunisie et qui emploie 12.388 personnes. Selon ce document, le déficit cumulé de la Steg s’élèverait à presque 2 Milliards DT, ses créances avoisineraient le 1,5 Milliard DT, un déficit de trésorerie de plus de 4,5 Milliards DT et l’entreprise aurait déjà consommé tout son capital, et le syndicaliste en dit qu’elle est en «état de mort clinque». Disons-le tout de suite : la Steg ne fera pas faillite. C’est en effet une entreprise de service public, 100% étatique et qui bénéficie du total soutien de l’Etat. Elle ne tombera donc en faillite que lorsque l’Etat tunisien tout entier, à Dieu ne plaise, sera déclaré en état de cessation de paiement.

Comme les banques publiques, sa notation financière, par exemple, est étroitement liée à la notation souveraine de tout l’Etat. Comme toutes les entreprises publiques, la Steg est dirigée par un PDG, mais gérée par un conseil d’administration où l’Etat est lourdement présent, à compter du représentant du ministère de l’Industrie, sans l’accord duquel le PDG de la Steg ne pourra pas mettre un fil dans le trou d’une aiguille à coudre. Un Conseil d’Administration où l’UGTT du syndicaliste-espion dispose de 2 sièges. Sous d’autres cieux, cela s’appellerait un délit d’abus de confiance !

Dénoncer et accuser la gouvernance de l’entreprise, dont la centrale syndicale fait partie, dans cette affaire, c’est remettre en cause la gouvernance de l’Etat et ça n’a d’autre d’explication qu’une tentative, de la part du syndicat, de changer l’actuel PDG. Cela, pour des raisons qui restent obscures, d’autant que Moncef Harrabi est issu de l’entreprise elle-même et que les agents de la Steg ont déjà fait preuve, en 2011 et lors des catastrophes naturelles qui ont frappé la Tunisie, d’un dévouement à toute épreuve.

  • Décryptage d’une fausse faillite.

Venons-en ensuite aux raisons de cet état financier critique. Le responsable syndical, politisé chez Montplaisir selon nos sources, évoque les crédits accordés à la Steg par la SIFC et un certain nombre de banques locales. Force est de faire remarque que tous ces crédits sont négociés par le conseil d’administration de l’entreprise et totalement garantis par l’Etat qui est unique actionnaire de la Steg.

Une des autres causes du déficit de la Steg réside dans les impayés, notamment auprès des institutions de l’Etat et des entreprises publiques (700 MDT), presque toutes par ailleurs déficitaires et qui respirent à peine, grâce aux subventions de l’Etat. Il suffirait donc que l’Etat rembourse la Steg pour que sa situation s’améliore, pour que le jeu d’écriture comptable s’équilibre facilement, contrairement aux craintes du syndicaliste islamiste. Ajoutons à cela les 750 MDT de dettes chez des particuliers qui deviennent même physiquement agressifs contre les agents de la Steg qui viendraient pour le recouvrement.

Sauf hypocrisie générale, tout le monde sait que tout le monde, particuliers, entreprises et agriculteurs, fraude la Steg. Il existerait même des électriciens spécialisés dans l’installation des moyens de détourner les compteurs. Pourquoi ce syndicaliste n’appellerait-il pas à une «Wakfa Ihtijajiya» ou Sit-in de protestation, contre les citoyens qui ne paient pas leurs factures ?

On rappellera aussi que la Steg est le bras de l’Etat en matière d’investissement, comme pour la construction des réseaux de distribution du gaz de ville, ou de construction de centrales de production de l’électricité. Une électricité qui alimente particuliers et entreprises créatrices d’emplois et génératrices du «développement», qui est une demande populaire de toutes les manifestations dans les régions déshéritées. La dernière augmentation salariale des entreprises publiques aurait suffi à construire une nouvelle centrale thermique, ou à renflouer les caisses de la Steg. Son UGTT y avait-elle pensé ?

  • Il consomme presque gratuit et dénonce les bas prix pour les autres !

Imaginons ensuite la réaction de l’UGTT et de tous les partis politiques si la Steg venait à couper l’électricité à des usines, comme celles de Kasserine ou à Gafsa, ou dans les hôpitaux, les universités et les écoles qui ne paieraient pas leurs factures, pour sacrifier au sacrosaint principe de la rentabilité ou même de l’équilibre financier d’une entreprise comme la Steg. Les milliers d’ouvriers et leurs syndicats soutiendraient-ils la décision de la Steg ? Imaginons aussi que le ministère de l’Industrie autorise la Steg à augmenter ses prix, de la manière qu’il faut. A combien donc les concitoyens de ce syndicaliste religieux achèteraient-ils alors l’électricité que lui consomme presque gratuitement en tant qu’employé de la Steg ?

Rappelons, pour la petite histoire, que ce syndicaliste religieux ne semblait pas avoir lu dans les documents internes par lui fuités qu’à ce prix de vente de l’électricité au public, qui est égal au coût de production est qui est l’un des plus bas au monde, le chiffre d’affaire de la Steg (4200 MDT) ne couvre pas le coût du combustible acheté par la Steg (4300 MDT) pour produire l’électricité que lui ne paie presque pas car il travaille dans l’entreprise.

  • Et donc ? Où est la vraie solution ?

La Steg a certes des problèmes, financiers surtout. Mais la solution réside-t-elle réellement dans la hausse des prix ? Le 1er des économistes locaux vous dira que non. Pourquoi ? D’abord parce que cela détruira encore plus le pouvoir d’achat du citoyen, augmentera l’inflation et démolira le pouvoir concurrentiel des entreprises, dans un pays où les grèves organisées par le même syndicat auquel appartient le syndicaliste-espion ont fini par faire de la Tunisie un pays 100 % importateur de son énergie.

La solution réside dans plus d’investissement de la Steg-Etat, pour préparer son réseau de distribution au raccordement et au rachat de l’électricité à produire par des privés et des entreprises. Elle réside surtout dans l’accélération des procédures d’installation et de mise en production du plan solaire. Le taux d’ensoleillement de la Tunisie et l’étendue de son désert s’y prêtent et les investisseurs se bousculent au portillon. Membre du conseil d’administration de la Steg, l’UGTT du syndicaliste-espion aurait mieux fait de pousser son entreprise et le gouvernement à s’ouvrir plus à la production privée de l’électricité et à faciliter les procédures administratives de la mise en place, au plus vite, du plan solaire

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Ceux qui ont déjà contracté un crédit bancaire avaient intérêt à le faire à taux fixe. Avec la dernière décision de la BCT, ils le paieront plus cher. Ceux qui n’ont pas encore terminé les négociations et la préparation de leurs dossiers pour les banques, devront compter sur un TMM encore plus élevé que celui avec lequel la simulation du crédit leur a été faite par leurs banques. Les tableaux d’amortissements de leurs crédits seront plus lourds.

En effet, ce mardi 19 février 2019, la Banque Centrale de Tunisie (BCT) a décidé d’augmenter son taux directeur (TD), celui avec lequel elle prête de l’argent aux banques, de 100 points de base ou d’un point de pourcentage. C’est ainsi que le TMM devrait passer à 7,8 % et au plus à 7,85 %, la BCT veillera à ce que la répercussion de la hausse du taux directeur ne dépasse pas les 3 points de base par soumission à l’appel d’offres, tout en essayant de satisfaire tous les besoins. Ainsi, le taux de crédit final que paiera le client devrait dépasser les 10 % si l’on considère que le citoyen lambda ne pourra pas négocier à moins de TMM+3. Seules les entreprises ou les personnes, dont les comptes bancaires sont fournis, pourraient négocier des crédits à moins 10 % en taux global.

Notons que, théoriquement et pour les banques, la décision de la BCT ne deviendra applicable qu’au prochain appel d’offres, prévu pour le 27 février 2019. Mais on est presque sûr que les banques de la place tiendront compte, en interbancaire, de cette hausse de 100 points de base, dès demain mercredi.

Cette augmentation du taux directeur n’est pas la première. Sous l’ère Abassi, c’est la 3ème hausse consécutive, la première en mars 2018 de 75 points de base et la seconde en juin 2018, de 100 points de base. Depuis avril 2017, le TD aura augmenté de 350 points de base, cette dernière hausse incluse.

  • Explication de texte : Un déficit courant à plus de 11 % et une inflation à 7,1 %

En guise d’explication de cette décision, le CA de la BCT a mis en exergue «une poursuite du déficit courant de la balance des paiements extérieurs, qui continue d’enregistrer des niveaux record, atteignant ainsi 11,2% du PIB en 2018 contre 10,2% en 2017». Et de constater que «l’évolution positive des recettes touristiques et des transferts des Tunisiens à l’étranger n’a pas pu compenser l’aggravation du déficit de la balance commerciale, qui a affecté négativement les avoirs nets en devises, revenant à 84 jours d’importation en 2018, contre 93 jours une année auparavant». Et d’un !

La seconde explication de cette nouvelle hausse du TD est en lien direct avec l’inflation, bête noire de la BCT et l’ennemi contre lequel elle est mobilisée de par sa vocation. Le CA de la BCT commence certes par constater qu’elle s’est légèrement repliée, en janvier dernier à 7,1%. Cela ne l’empêchera pas d’«exprimer sa forte préoccupation quant aux perspectives des pressions inflationnistes, notamment en ce qui concerne l’inflation sous-jacente. Cette dernière devrait poursuivre sa tendance à la hausse au cours de la période à venir, compte tenu des évolutions attendues pour l’ensemble des indicateurs inflationnistes, ce qui nécessite un suivi continu de ses sources et le renforcement des mesures visant à contrecarrer son aggravation». Le CA de la BCT reste même très prudent sur la question de l’inflation, dont la maîtrise reste le principal objectif de cette nouvelle hausse du taux directeur. Il souligne que « la poursuite des pressions inflationnistes représente un risque pour l’économie et une menace pour le pouvoir d’achat, nécessitant une prise de mesures appropriées pour réduire ses effets négatifs et a, par conséquent, décidé de relever de 100 points de base le taux d’intérêt directeur de la Banque Centrale de Tunisie».

  • Les hausses salariales augmenteront le pouvoir d’achat, mais traîneront l’inflation

Les risques, pour l’inflation, de repartir à la hausse et d’éroder ainsi encore le pouvoir d’achat du Tunisien, sont aussi nourris par la dernière hausse des salaires, tant chez le secteur privé que chez le public. L’UGTT avait été avertie, maintes fois et par plus d’un responsable, que toute hausse des salaires se répercutera immanquablement sur le pouvoir d’achat en le grignotant.

A plus de 11 %, le déficit de la balance des paiements extérieurs où les principales dépenses portent sur l’énergie et le blé, les médicaments et autres produits de première nécessité, cela n’arrangera pas le coût du Dinar tunisien qui ne se stabilisera pas de sitôt et impactera encore le pouvoir d’achat.

Pour ceux qui se demanderont où sont les effets de la fameuse liste de produits qui devaient faire l’objet de restrictions à l’importation, nous apprenons que cette liste est tombée à l’eau. Mieux, les mesures prises par la BCT en 2017 pour limiter les importations superflues en obligeant les importateurs à les payer directement et non par des crédits bancaires, ont aussi été détournées et n’ont que très peu été appliquées. D’où le creusement du déficit de la balance des paiements.

Ce qui est certain, c’est que le consommateur tunisien ne sera pas le seul à critiquer cette nouvelle décision de la BCT pour rendre l’argent encore plus cher. A ne pas en douter, le gouverneur de la BCT et derrière lui tout son CA, devraient essuyer les critiques les plus virulentes et notamment les accusations de casser la machine d’une croissance qui peine à réaliser les 3 % prévus par le budget de l’Etat et sa loi des finances.

Force est pourtant de rappeler que redoubler d’efforts afin de «contenir le déficit commercial et ses répercussions sur la balance des paiements courants, d’une part, et sur le niveau des avoirs nets en devise et le marché des changes domestique, d‘autre part, restent les seuls moyens colmater les brèches d’un déficit qui devient structurel», explique le communiqué de la BCT. Et s’il reste encore difficile de juguler l’importation, il est plus facile d’augmenter les exportations, notamment vers la Libye où la demande est en hausse et pour laquelle le transport par voie terrestre reste gérable.

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«Borderline» entre l’action gouvernementale et l’action partisane, alors que le parti qui devrait être son soutien est sur le point d’obtenir sa licence, le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, se mûre toujours dans le silence. Et lorsqu’un journaliste lui pose la question, à Paris, sur son positionnement par rapport à «Tahia Tounes», il botte en touche, se fend d’un large sourire complice et répond «vous le savez mieux que moi». Et même lorsque son activité officielle prend fin à Paris, il fait attention à ne pas se montrer en compagnie de Slim Azzabi, venu à la capitale française draguer les compétences tunisiennes et les TRE installés dans la ville des lumières.

  • Ennahdha se rebiffe et sonne le tocsin de Chahed

Pour l’instant, il vit, politiquement, de la seule image du frondeur qui a osé «tuer le père», celui qui a osé défier l’autorité de son mentor et remettre en cause le statut du fils du président, celui que le chef de l’Etat voulait désigner comme le successeur et seul héritier du parti qui lui avait rapporté le siège de Carthage.

Son image de combattant contre la corruption s’était vite effritée, depuis l’arrestation de Chafik Jarraya. Mais il vient, récemment et pour quelques mois, d’endosser l’habit du responsable qui n’a pas peur des grèves et qui sait négocier avec le syndicat et gagner.

Il remonte les indicateurs économiques, mais pas assez et pas de quoi fortement impacter l’image d’un prochain candidat, direct ou indirect, et le positionner en Robin des bois qui prendrait chez les riches pour donner aux pauvres.

Faute de mieux, sur une scène politique qui joue depuis quelque temps la politique de la terre brûlée, il vient même de consolider sa place de leader pour les prochaines présidentielles. Il ne dit pourtant pas que c’est ce siège qu’il lorgne. Et lorsqu’il sort sur les télés, il parle de tout, sauf de son avenir politique sur une place où même son partenaire Ennahdha sonne désormais le tocsin d’un changement de gouvernement.

  • Leader ou dealer ?

Il remonte la côte de sa popularité, mais pas assez pour donner la nette impression d’être l’homme qu’il faut pour un peuple qui ne fait que ce qu’il veut et n’obéit que trop peu à l’autorité d’un Etat dont il ne reste d’ailleurs que très peu.

Il n’a pas su se faire l’image du porteur d’un autre projet de vie, un projet sociétal qui lutterait contre celui de son partenaire au pouvoir, haï par une grande frange de la population. Et son parti, «Under Construction», ne l’a pas aidé en précisant son orientation politique, et en donnant des précisions sur ses choix de politique économique et financière.

Il lui manque l’image du bâtisseur, faute de grands projets inaugurés en 2 ans de gouvernement ou de grands investissements à  concrétiser à cause de la frilosité qu’il a installée chez les investisseurs locaux, l’instabilité sociale qui n’a pas pu imposer pour séduire les IDE et un manque de maitrise de la masse salariale et des coûts de la production en général.

A quelques mois des prochaines élections, les indécis des sondages d’opinions ne savent toujours pas si Youssef Chahed sera le leader qui entraînera tout le pays derrière lui, vers de nouveaux horizons, politiques, économiques et financiers. Ou s’il n’est qu’un simple dealer, qui ne fera qu’attendre que les changements de conjoncture le portent vers le pouvoir où qu’il soit, à Carthage ou à La Kasbah, pour dealer, encore une fois et comme son mentor, avec l’inamovible Ennahdha.

  • Black Horse ou simple cheval de trait ?

Il est comme une ombre derrière la création de ce qui pourrait être le «black horse» qui se distinguerait du troupeau et en prendrait la tête, ou du joueur de dernière minute capable de faire la différence pour son équipe, que devrait être le parti dont BCE disait être le parti du gouvernement, qui pourrait changer la donne.

Il refuse pourtant encore d’en endosser officiellement la création et d’en devenir l’image de marque qui pourrait lui servir de faire-valoir politique pour les prochaines élections et qui permettrait à son parti de se présenter un champion clés en main.

D’aucuns disent qu’il le fait par stratégie. Cette dernière consisterait à attendre un possible revirement qui donnerait la capacité au chef de l’État de réussir à rassembler les différents débris de la famille politique centriste. Ce n’est qu’alors que YC s’y présentera, mais en chef de parti, capable d’en prendre les commandes qui le mèneraient au vrai poste de pouvoir qu’il brigue et qui serait La Kasbah.

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On se serait attendu, le chef de l’Etat ayant à deux reprises essayé de reprendre la main dans le dossier des négociations salariales, à ce qu’il soit le premier à s’en féliciter et à en féliciter le chef du gouvernement. Dans le silence, BCE serait encore, peut-être, entrain de broyer du noir à Addis-Abeba. D’autres le font aussi dans leurs bureaux à Tunis. Youssef Chahed les nommerait presque en évoquant «ceux qui ont essayé de perturber ces négociations et qui ont parié sur leur échec». Suivez son regard vers la banlieue nord de Tunis et vers le Front de Hamma.

On comprendra alors que faute d’applaudissements de ceux qui l’auraient hué s’il n’avait pas réussi, il décide de sortir sur les médias, pour se congratuler d’abord et marquer des points. Mais aussi pour remercier ses partenaires qui ont permis, par leur retour à la raison, qu’il entame la dernière année de son 1er mandat de chef de gouvernement par un point positif de poids.

«Je voudrais, à cette occasion, saluer notre partenaire social l’UGTT, les membres du BE et le SG «Si Noureddine Taboubi, pour leur bon sens et leur perception de la situation et pour avoir fait prévaloir l’intérêt de l’Etat. Et j’ai déjà dit que ces négociations n’ont ni vainqueur, ni vaincu, car le seul bénéficiaire est la Tunisie et elle l’a fait grâce à l’accord signé le 7 février». Noureddine Taboubi appréciera, c’est sûr, lui qui avait répondu à un prétendu rôle du chef du parti islamiste, dans la réussite de ces négociations, par un remerciement qu’il n’adressait qu’au seul chef du gouvernement et même pas à celui qui avait été maintes fois son soutien, face à un Chahed qui résistait à 2 grèves.

  • D’où venait l’argent des augmentations, pour un Etat qui soutenait ne pas en disposer ?

Il en profite pour expliquer que c’est «un accord qui améliore le pouvoir d’achat, tout en tenant compte des équilibres financiers». Et d’ajouter que «nous avons toujours été pour les augmentations, tenant compte des possibilités des ressources de l’Etat et dans le cadre des équilibres globaux des finances publiques. Nous n’avons pas donné ce que nous n’avions pas». Le message était destiné à ceux qui l’accuseraient d’avoir plié devant les exigences de l’UGTT, mais aussi en direction de son principal bailleur de fonds, le FMI, qui avait toujours averti contre toute augmentation de la masse salariale. Mais aussi adressé à ceux qui se demandaient d’où venait l’argent et dont certains avaient, faussement, certifié qu’il venait du Qatar.

Chahed n’entrera pas, lors de son passage TV, dans le détail. C’est Taoufik Rajhi qui le dira à Africanmanager. D’un coût total brut de quelque 650 MDT, les augmentations salariales des agents de la fonction publique, actifs et retraités compris, proviendront de deux lignes dans le budget, au titre des interventions d’urgence. La première, d’un montant de 500 MDT dans le Titre 1, et la seconde d’un montant de 150 MDT dans le Titre 2 du budget qui était alloué aux interventions urgentes. Le gouvernement aura ainsi tiré ces nouvelles augmentations salariales de l’os, comme on dit, mais il ne s’est pas endetté et ne s’endettera pas pour le faire, certifie la ministre en charge des grandes réformes, pour Africanmanager.

Notons que le chef du gouvernement avait tenu, dans son intervention télévisée, à dire quelques mots plus que gentils. Le premier était en direction des retraités, de futurs électeurs, quelques fois mis à mal par une certaine mauvaise communication. L’autre était pour les instituteurs, tout aussi électeurs en 2019, et comme les retraités, diabolisés et maltraités dans leur opposition aux parents d’élèves. Le chef du gouvernement retrouvait ainsi son habit d’homme politique et essaie, de bonne guerre, de redorer son propre blason.

  • «Tu me tiens par la barbichette, je te tiens par la barbichette» des 2 funambules

Ce que n’a pas dit le chef du gouvernement de cet accord, c’est d’abord que le volume global des augmentations que supportera le budget de l’Etat est généralement dit en brut. Le Fisc y passera donc et l’Etat devrait en récupérer quelques 150 MDT en différents taxes et impôt. L’équité fiscale n’a pas été oubliée.

C’est ensuite le fait que l’accord du 7 février, signé par le SG de l’UGTT et le chef du gouvernement, comportait aussi un article par lequel le syndicat s’engageait à ne plus rien demander, en augmentations salariales, générales ou spécifiques, pendant les deux années 2019 et 2020, objets de l’accord. Les deux hommes sont désormais liés par la parole donnée, signée et actée par la poignée de main des braves, et savent qu’ils marchent les deux sur une corde raide, en position de «je te tiens par la barbichette, tu me tiens par la barbichette».

Taboubi pourrait certes faire comme Houcine Abassi et revenir sur sa signature, mais ça, c’est une autre affaire ! Deux ans sans rien demander et sans grèves, ça pourrait en effet être long pour un syndicat qui d’autres armes que la grève !

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Le sourire du SG de l’UGTT, que le chef du gouvernement serrait presqu’amicalement avec un plus franc sourire, au cours de la cérémonie de signature du dernier accord salarial, aurait théoriquement de quoi inquiéter quelques parties au pouvoir. Notamment, celles qui comptaient sur le pourrissement des relations entre Youssef Chahed et Noureddine Taboubi pour que leur bras de fer fasse tomber le chef du gouvernement.

On se rappelle, en effet, qu’alors que le gouvernement faisait face à la seconde grève de la fonction et des entreprises publiques, par deux fois, le chef de l’Etat avait essayé de faire pression sur le chef du gouvernement pour qu’il donne à Taboubi ce qu’il revendiquait sous menaces. Côté partis politiques, c’était le silence des agneaux, sauf peut-être du côté du parti de Hamma Hammami qui profitait de la conjoncture tendue, installée par les menaces de l’UGTT, pour appeler ouvertement à renverser le gouvernement.

Le sourire, certes moins victorieux d’un Taboubi entre les bras de Chahed, signait en tout cas, d’abord l’annulation d’une grève qui devait être l’arme fatale qui devait faire succomber le chef du gouvernement aux demandes, trop coûteuses pour le budget de tout l’Etat, du SG de la toute puissante centrale syndicale. Cette dernière avait même mobilisé l’appui de syndicats étrangers et publié leurs télégrammes pour mettre un peu plus de pression sur un chef de gouvernement qui avait déjà résisté à deux grèves.

Ces sourires signaient ensuite la fin de plusieurs mois de turbulences sociales, qui avaient largement troublé la vie économique et sociale d’une Tunisie qui n’avait pas terminé ses transitions et cherchait encore ses équilibres financiers. Turbulences dans la fonction publique qui gérait toute l’Administration du pays, et dans l’enseignement au rythme duquel vit la société tunisienne et l’avenir de ses enfants.

  • Sourires de circonstance ou début d’une nouvelle ère ?

Reste à savoir si le SG de l’UGTT et le chef du gouvernement dont Taboubi demandait, vainement et depuis des mois le départ, riaient de concert pour avoir réussi à apaiser le pays et donner la priorité à la voie de raison qui ménageait la chèvre (revendications des travailleurs) et le chou (capacités de l’Etat), ou l’un de l’autre, chacun prétendant avoir remporté le bras de fer ?

D’autres, plus mauvaise langue, pourraient dire que les deux riaient de tout un peuple, car sachant que la hausse des salaires n’apportera point de hausse du pouvoir d’achat, ni de baisse de l’inflation et pourrait même pousser le pays vers plus d’endettement.

Moins mauvaise langue et plus optimiste, on pourrait imaginer que ces sourires signifiaient l’ouverture d’une nouvelle ère entre les deux partenaires sociaux (UGTT & Gouvernement). Une nouvelle ère d’un dialogue, plus calme, moins menaçant, plus compréhensif de l’intérêt supérieur de la Nation, des capacités financières des ressources de l’Etat. Mais plus compréhensif des capacités de tous les Tunisiens, dont surtout les hommes d’affaires et les investisseurs à supporter plus de pression fiscale, qui n’irait pas à l’investissement, mais à satisfaire les demandes des uns et des autres, sans vouloir retrousser les manches pour plus de travail, de labeur, d’investissement, de création d’emplois et de compression des charges. L’économie d’un pays est à l’image de toute entreprise : point de distribution de richesses sans création de valeur. D’abord augmenter le résultat d’exploitation, compresser ensuite les charges et les charges financières nettes, pour avoir un résultat net positif à distribuer en dividendes !

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Il n’y aura donc pas de nouvelle grève de la fonction et entreprises publiques. Comme c’était déjà pressenti après la «réussite» en demi-teinte des deux 1ères grèves, que les deux parties finiront par revenir à la table des négociations et trouver la solution qui ménage et la chèvre et le chou. Force est de constater en effet que la toute puissante centrale syndicale est finalement revenue à la raison.

En effet, après presqu’un mois de gesticulations syndicales et des menaces de grèves pour lesquelles l’UGTT mobilisait tambours battants, Youssef Chahed et Noureddine Taboubi s’étaient assis, pendant huit heures, autour d’une table et l’UGTT est finalement revenue à la raison.

  • Le détail des augmentations et leur coût sur le budget

En effet, selon le secrétaire Général du gouvernement, Riadh Mouakhar, l’accord comprend une augmentation, pour les fonctionnaires de l’Etat, pour un volume total de quelque 1,2 Milliard DT en brut, payables et répartis sur deux ans, 2019 et 2020. Au cours de l’année 2019, le budget ne supportera que quelque 600 MDT. Pour 2020, l’augmentation salariale sera faite sous forme de crédit fiscal, c’est-à-dire que les salaires des bénéficiaires seront soumis à moins d’impôt, ce qui se traduira automatiquement par une augmentation du salaire perçu. Précision importante, la hausse des salaires touchera aussi bien les actifs que les retraités de la fonction publique, par l’effet de la péréquation. Pour la partie qui sera servie sous forme de crédit d’impôt, les retraités pourront en bénéficier via un article de loi qui devrait être introduit dans la prochaine loi de finance pour l’exercice 2020.

Dans l’ensemble, les augmentations seront servies en trois tranches. Une 1ère tranche de 90 DT en net. Elle prend effet à partir de décembre 2018, mais ne sera payée qu’en juin 2019. Une 2ème tranche de 40 DT nets, qui prendra effet en juillet 2019, mais ne sera déboursée et versée aux actifs comme aux retraités qu’en janvier 2020. Une 3ème tranche de 20 DT prendra effet en janvier 2020 sous forme de crédit fiscal.

Ainsi détaillé, l’accord qui a été officiellement entériné et accepté, ce jeudi 7 février 2019, par la commission administrative de l’UGTT semble effectivement avoir ménagé la chèvre et le chou. Il tient en effet compte des capacités des ressources de l’Etat et n’alourdirait pas la masse salariale.

En effet, avec cet accord, auquel il faudra ajouter celui des enseignants, pour lesquels la prime de la rentrée scolaire passera de 360 DT à 1200 DT servis en «One Shot» et une fois par an, mais avec suppression totale et définitive de la prime spécifique qui était mensuelle, les finances de l’Etat auront, si on ose dire, fait une «bonne affaire». Cela veut dire contenter les revendications, sans alourdir ses charges au-delà du soutenable. Le tout, selon nos sources, ne devrait représenter qu’une hausse de 3,5 % de la masse salariale globale qui devrait hausser à 17,1 Milliards DT.

  • Quid de la réaction du FMI

On notera, sans vouloir dire que l’UGTT a cédé devant la position restée inchangée du gouvernement de Youssef Chahed, que Noureddine Taboubi a fini par comprendre que l‘utilisation de l’arme fatale qu’est la grève générale ne peut être répétitive sans risques, même pour les syndicats. Youssef Chahed et son gouvernement auront ainsi le mérite d’avoir résisté à deux grèves de la fonction publique, mais aussi résisté aux pressions de l’UGTT, malgré l’appel du chef de l’Etat à y céder pour «acheter» la paix sociale.

Mais nous croyons savoir aussi que la dernière manifestation des parents d’élèves devant le siège de l’UGTT (pour la petite histoire, ce siège abritait un commissariat de police du temps de la colonisation française) et aussi la tentative des parents en colère d’investir le siège du puissant syndicat et l’intervention des forces de l’ordre pour les en empêcher et assurer la protection d’un syndicat qui était franchement contre le gouvernement et appelait ouvertement à le faire tomber aurait eu un effet sur le changement de position de l’UGTT et son retour à la raison.

Restera pour le gouvernement de Youssef Chahed à savoir gérer la pression du FMI, déjà irrité par les images de sa directrice générale flanquée d’une croix rouge et brandie lors de la dernière grève des fonctionnaires.

Le Fonds Monétaire International avait maintes fois mis en garde contre les dangers de toute augmentation de la masse salariale sur le redressement de la situation, économique et financière, de la Tunisie. En signant le dernier accord avec l’UGTT, le chef du gouvernement aura démontré la nullité de l’argument de l’UGTT arguant que le FMI dicte sa loi au gouvernement.

Ce dernier aura fait ce qu’il pouvait et devra convaincre ses bailleurs de fonds de la justesse de sa décision et l’impératif de continuer à soutenir financièrement l’économie tunisienne qui aura prouvé, par cet accord avec l’UGTT, qu’elle gérait les finances de l’Etat en bon père de famille et non en bon élève du FMI.

Par cet accord, les deux partenaires sociaux auront aussi su faire preuve d’un bon sens de l’Etat, pliant chacun devant les revendications et les contraintes de l’autre, mais sans casser la machine qui fait nourrir tout le monde.

On attendra donc le prochain round des négociations FMI/Gouvernement pour savoir si le principal bailleur de fonds débloquera la prochaine tranche de crédit. On attendra aussi pour voir si l’UGTT sera rassasiée et fera la paix avec l’économie tunisienne, ou si elle repartira, comme elle le promet déjà, à la charge en juillet 2019 avec de nouvelles grèves.

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«Le chef des finances tunisien est exceptionnellement de bonne humeur. En regardant les chiffres, il est difficile de comprendre pourquoi». C’est par cette phrase que «Bloomberg» commence son dernier article sur la situation économique en Tunisie, où il affirme notamment que la Tunisie «est dans une situation pire qu’avant le renversement en 2011 de son dictateur, Zine El Abidine Ben Ali».

On ne sait pas si le ministre tunisien des Finances a changé d’humeur après avoir lu l’article des journalistes Jihen Laghmari & Samer Al Atrush. Ce qui est certain, même si ce n’est pas ce que devrait dire un ministre des Finances, c’est qu’il n’est pas loin du sentiment général du Tunisien lambda, masochiste et qui n’hésite pas à se dire «fauché, mais heureux», comme l’a dit le ministre tunisien des Finances aux auteurs de l’article de Bloomberg après avoir rencontré le ministre.

  • Il n’y a pourtant pas de quoi être heureux Monsieur le ministre !

Tous ceux qui travaillent avec lui n’en sont pas contents. Il n’y a  pas lieu ici de détailler cette impression, même si nous pouvons y ajouter la cachoterie en matière de chiffres et d’information. Le plus bel exemple pourrait être celui du projet de la loi de finances qu’il prépare chaque année dans le blackout le plus complet, vis-à-vis de tout le monde, y compris les membres du gouvernement, ceux du Conseil supérieur de la fiscalité et autres.

Il est cependant tout aussi vrai que tous ceux qui ont approché le ministre tunisien des Finances le décrivent comme «un optimiste invétéré». Optimiste lorsqu’il persiste à croire et à affirmer avec un sourire fermé que la Tunisie s’en sortira. Acharné à réaliser son rêve de réduire à 3,6% le déficit budgétaire. De là à être heureux, c’est une autre paire de manches, rien qu’à lire les chiffres de la situation économique et financière du pays piloté par le 7ème gouvernement dont il fait partie.

L’inflation est toujours supérieure à 7 %. Et si elle a régressé de 7,5% en décembre 2018 à 7,1% en janvier 2019, ce la est dû au changement de l’année de base du calcul de l’inflation, de 2010 à 2015. Le taux global de l’endettement public est à 70,9% du PIB, dont 72 % d’endettement extérieur. Les réserves en devises sont à moins de 90 jours, malgré tous les versements, du FMI, des Saoudiens, des Européens et autres bailleurs de fonds. Ne parlons pas de la valeur du DT qui se détériore sans arrêt, contribue aux déficits cumulés et même à l’inflation. Le tout, alors que le budget de l’Etat augmente chaque année et corollairement la masse salariale, car n’ayant pas pu mobiliser les Tunisiens en faveur d’un resserrement de la ceinture des dépenses. Cette même Tunisie d’un ministre des Finances «heureux» et de «bonne humeur», c’est aussi des ressources d’Etat qui proviennent à 66,3 % d’une fiscalité qui devient un vrai handicap pour toute relance par l’investissement des hommes d’affaires locaux, qui se lancent plus volontiers dans le commerce (Mall et franchises à profusion) que dans l’industrie, devenue plus risquée à cause d’un syndicat qui devient force de rétention, politique et économique. «Les indicateurs en eux-mêmes n’ont pas de sens si vous ne les mettez pas dans leur contexte dynamique. Vous ne pouvez pas les traiter comme des chiffres dans un pays qui vit une situation normale», temporise Ridha Chalghoum, lors de l’entretien accordé aux journalistes étrangers.

  • La bonne humeur des Masos et l’image expressive de Bloomberg

Or, cette situation est loin d’être normale, lorsque le gouvernement n’arrive pas à mobiliser ses concitoyens pour la reprise du travail (la production industrielle a enregistré une baisse de 0,7% au cours du mois de novembre 2018 en glissement annuel), ni ses opérateurs pour rationaliser les importations et augmenter les exportations. Et cela ne demande pas beaucoup d’argent, mais beaucoup de volonté !

Mais aussi faute de décisions tranchantes, comme pour ce qui concerne le dossier du bassin minier et pour la contrebande où les autorités publiques restent plus réactives qu’actives et manquent de fermeté. Le tout, dans des gouvernements qui ont une défaillance marquée et structurelle en matière de communication et qui n’arrivent pas, depuis bientôt neuf ans, à dire la vérité toute crue à leur peuple et à répondre à tout ce que dit l’UGTT et qui n’est pas toujours entièrement vrai. Médiatiquement en effet, les 7 gouvernements ont toujours laissé le syndicat dire ce qu’il veut et ne corrigent même pas ses fausses affirmations, comme lorsqu’il disait à Bloomberg que «le gouvernement est à l’origine du déficit commercial. “Vous avez ouvert vos frontières à la Turquie et à d’autres pays pour des marchandises que nous n’avons pas besoin d’importer”, a-t-il déclaré. “Nous importons des chocolats et des biscuits et je ne sais pas quoi», des propos qui sont loin d’être justes.

Parler de la conjoncture, derrière laquelle semble se cacher le ministre des Finances, et de «contexte dynamique », c’est évoquer aussi l’incapacité du gouvernement à imposer le respect du devoir fiscal (médecins, avocats notamment). Et on reprend ici cette image fort expressive de l’article de Jihen Laghmari et son collègue Samer, lorsqu’ils notent que «La fracture économique qui aggrave la colère des électeurs est évidente dans la capitale, où l’élite du pays sirote des vins français et locaux dans un restaurant de poisson chic tout en savourant des spécialités tunisiennes aux côtés de banquiers et diplomates étrangers». Le ministre oublie le peu de volonté à vraiment combattre la fraude fiscale, qui aurait certainement mieux et plus rapporté que les redressements qui s’abattent sur des entreprises publiques, déjà en très grande difficulté financière et que l’Etat aide chaque année, sur les entreprises cotées en toute transparence sur la bourse de Tunis.

Parlant enfin de conjoncture, le ministre avait manifestement oublié les dizaines d’hommes d’affaires accablés par des soupçons d’affairisme transformés en affaires judicaires qui durent depuis bientôt 9 années et ferrés par des interdictions de voyager. Un dossier que les gouvernement successifs et le Président de la République qui a signé la liste des confisqués sans jugements et des interdits de quitter le territoire, refusent d’ouvrir et encore moins de fermer définitivement. UN dossier qui enlève à tout homme d’affaire l’envie d’investir. Qui a créé toute cette mauvaise conjecture que le ministre évoque, pour expliquer l’inexplicable ? Qui a arrêté la dynamique que devait enclencher la révolution et l’a rendue complexe, comme disait le ministre. Ce n’est certainement pas lui, ni l’actuel gouvernement. Mais c’est ce dernier qui ne prend pas le courage, depuis 2016, de la changer.

Pour remédier à tout cela, le ministre tunisien des Finances, disent les journalistes de Bloomberg, «a présenté une vision de l’économie, associant bonne chance (…) à l’austérité dans le cadre du programme du FMI». Que dire de cette stratégie ? Que penser d’un ministre qui compterait sur la bonne chance, alors que son gouvernement n’arrive pas à appliquer l’austérité conseillée par ses bailleurs de fonds ?  «Même si je suis fauché, je suis heureux», nous répondrait presque Ridha Chalghoum, comme il l’a indiqué à Bloomberg.

Ah, on a oublié celle-là : «l’idée de démocratie est maintenant comprise par tous les Tunisiens et c’est une chose très positive que vous ne pouvez pas acheter». Cela suffira à la Tunisie pour sortir de ses crises, politique, économique, sociale et financière !

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En France, la séparation de l’Église et de l’État ne s’était faite qu’en 1905 et le principe de la laïcité de l’Etat n’a été constitutionnalisé qu’en 1958. Et c’est cette séparation qui avait, plus tard encore, rendu possible le développement économique et social, en France comme dans le reste de l’Europe. Un siècle après, le monde arabe se retrouve toujours empêtré dans les mêmes dégâts de la guerre ouverte entre Etat et religion. Et c’est ledit «printemps arabe» qui remit de l’huile sur le feu de cette guerre, larvée depuis des siècles, dans tout le monde arabe. Et c’est la Tunisie qui se retrouve, en première ligne et donnée en chair à canon, pour cette guerre relancée par ledit printemps.

  • Séparer, clairement, l’Etat de la Mosquée.

La Tunisie n’a toujours pas, depuis bientôt neuf années, réussi sa transition politique. Avec plus de 200 partis politiques et 8 groupes parlementaires, il reste difficile pour cette scène politique hétéroclite et instable de s’entendre sur quoi que ce soit. La Tunisie peine même à entamer sa transition économique, faisant reculer chaque année les douloureuses réformes auxquelles cette transition oblige.

Une autre transition, transversale, a été perfidement oubliée, celle de la séparation Etat/Mosquée. Une transition que les Islamistes d’Ennahdha évitent d’évoquer, tant ils la refusent, car étant au cœur même de leur projet politique et sociétal pour la Tunisie dès qu’ils l’ont envahie en 2011. C’est pourtant cette transition qui reste le nœud gordien de l’essentiel des difficultés que connait la Tunisie. Le rapport entre pouvoir et religion n’étant pas définitivement clarifié, depuis 2011 dans la Constitution née d’une Assemblée Constitutionnelle sous influence des premiers effets rêveurs de la révolution, perturbe encore toute l’action gouvernementale.

Ce rapport instable et controversé lui rallume en effet à chaque fois un foyer de tension d’ordre religieux, comme l’affaire de l’école de Regueb, ou en lien direct avec le religieux, comme pour les cas des différents attentats terroristes perpétrés en Tunisie.

Des foyers dont l’un des impacts premiers a été de redimensionner le budget où le souci sécuritaire prend obligatoirement le pas sur le souci du développement. Des foyers aussi qui fragilisent l’autorité de l’Etat et poussent d’autres parties, comme les syndicats ouvriers, à profiter du vide autoritaire et disciplinaire, pour presser l’Etat et lui créer d’autres soucis, tout aussi importants que la sécurité, et qui se résument dans la paix sociale, dont l’absence impacte la stabilité politique et gouvernementale.

Epine dorsale de cette instabilité bien que faisant partie de tous les gouvernements de l’après Ben Ali, le parti Ennahdha qui est le porte-drapeau des Islamistes tunisiens revenus d’Europe où ils étaient tous sous la houlette des «Frères Musulmans» reste l’élément perturbateur par excellence de la vie, politique et sociale, mais même aussi économique par leurs liens avec la Turquie pour ne citer que ce pays et leurs liens financiers avec d’autres pays comme le Qatar.

  • L’institut Montaigne l’affirme : «Les islamistes tunisiens sont contestés par une majorité de la population»

«Le mouvement Ennahdha suscite à la fois l’enthousiasme et la méfiance : un enthousiasme pour une expérience prometteuse sur la voie de la démocratisation de l’expérience islamiste, et une méfiance envers un pragmatisme politique islamiste qui serait prêt à sacrifier certains principes idéologiques pour rester dans les rouages du pouvoir. Toute l’histoire du mouvement semble découler de ce dualisme qui influence les écrits et les avis le concernant», pouvait-on lire dans un rapport de l’Institut Montaigne, publié en septembre 2018, sous le titre «La fabrique de l’Islamisme».

La répartition de l’enthousiasme et de la méfiance est visible entre les régions intérieures, du Nord et du Sud-ouest où le Djihadisme se mêle facilement à la contrebande et au marché parallèle, et les régions côtières traditionnellement plus ouvertes et ancrées dans le secteur économique formel.

«Les islamistes tunisiens sont contestés par une majorité de la population qui les accuse d’adopter un double discours et de dissimuler leur objectif final qui serait l’islamisation de la société tunisienne. Les tunisiens «progressistes» redoutent toujours la capacité du mouvement islamiste à activer son logiciel religieux dans la bataille politique, malgré la décision de son dixième congrès de séparer le corps des prédicateurs du corps politique79. Ils redoutent, surtout, une base de militants Nahdhaouis, plus proches du Salafisme que de l’islam éclairé prôné par leurs leaders qui, en abandonnant pacifiquement le pouvoir en 201380, ont voulu intégrer et enraciner définitivement Ennahdha dans la tradition politique tunisienne et nier tout lien avec les Frères musulmans», explique encore Hakim El Karoui, auteur du rapport de l’Institut Montaigne.

Les Tunisiens «progressistes», comme les appelle l’auteur du rapport, n’arrivent toujours pas à oublier ce qu’avait dit Rached Ghannouchi, «Frériste» converti en démocrate, aux extrémistes religieux, devenus depuis et pour beaucoup des Djihadistes, dans la fameuse vidéo d’octobre 2012. Presque toutes les «recommandations» faites par Ghannouchi aux extrémistes qu’il rencontrait ce jour-là ont été mises en pratique : infiltrations des institutions de l’Etat (Affaire de l’appareil secret), les tentes de prêche, l’embrigadement des jeunes que les extrémistes, mais pas qu’eux, récupèreront plus tard (affaire des circuits d’envoi des Djihadistes en Syrie où des Nahdhaouis sont fortement soupçonnés de connivence).

Ils n’oublient pas, non plus, celle de l’actuel vice-président de l’ARP, le Nahdhaoui Abdelfattah Mourou, lors de sa funeste rencontre avec le prédicateur Wajdi Ghenim de février 2012.

L’affaire de la Madrasa coranique du Regueb, un exemple et non une exception, a ravivé ce sentiment de méfiance envers Ennahdha. Elle confirme aussi que l’Islam politique a très probablement échoué et que les tentatives d’islamisation et de changement du modèle sociétal tunisien demeurent et menacent toujours l’expérience démocratique tunisienne. Mais aussi tout le modèle sociétal qui lui apporte tourisme et investissements étrangers. Ces tentatives n’ont en fait jamais disparu, mais ont été mises en sourdine, cachées par certains droits que les Islamistes tunisiens s’étaient accordés par la Constitution de 2014.

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Ce n’est même pas encore un parti au sens structurel du terme. «Tahya Tounes», n’est jusque là qu’une idée autour de laquelle se sont regroupés quelques milliers de cadres et de politiciens de tous bords. On dit que deux anciens hommes politiques, Mehdi Jomaa et Mondher Znaïdi, l’auraient rejoint. Mais aucun des deux hommes n’ose pour l’instant s’exprimer, pour confirmer ou démentir ce que disait le coordinateur général de «Tahya Tounes» à leur propos.

Personne ne connaît encore, ni les orientations, politique et économique, ni la vision stratégique de la scène politique, encore moins le programme économique de ce nouveau parti en devenir, et davantage ses intentions par rapport aux prochaines élections. On ne sait même pas si Slim Azzabi va rester fidèle à Youssef Chahed ou s’il va avoir la grosse tête et le lâcher comme il avait déjà fait faux bond à BCE, son ancien patron. L’envie pourrait en effet le prendre d’endosser lui-même les habits du «Macron tunisien» !

Il faudra alors attendre le début officiel de la campagne électorale de 2019, où deviendront officielles toutes les intentions de candidater, pour voir si la fratrie politique, née de l’explosion d’Al joumhouri, entre Youssef Chahed, Iyed Dahmani et Slim Azzabi, résistera aux sirènes de la politique politicienne !

  • Attaques convulsives, avant naissance officielle

Force est cependant de constater que, depuis qu’il avait posé la première pierre, le 27 janvier à Monastir, de son parcours constitutif, ce que Béji Caïed Essebssi avait appelé avant terme comme étant «le parti du gouvernement», le 251ème parti politique de la 2ème République fait l’objet d’attaques sans précédent sur les réseaux sociaux.

Les attaques ciblent, jusqu’ici, le parti en projet, ainsi que Youssef Chahed, bête noire du chef de l’Etat, de l’UGTT et d’un grand nombre des partis de l’opposition. Les attaques, dont Azzabi disait dans un Post sur les réseaux sociaux, qu’elles ne leur font pas peur, s’en sont, en premier lieu, prises à la dénomination du parti.

Une ONG tunisienne va jusqu’à la confisquer et l’enregistrer en son propre nom, alors qu’elle expliquait son geste par le fait que «Vive la Tunisie», qui est la traduction de «Tahya Tounes», est un bien indivis qui appartient à tous les Tunisiens. Et si cela est vrai, voici cette dénomination, de nouveau propriété d’une seule minime partie de la Tunisie qu’est l’ONG en question.

Ceux qui, de «bonne foi», pourraient s’attaquer à ce que certains appellent «l’animateur du projet politique du chef du gouvernement», Youssef Chahed, mettent en avant son passé chez Nidaa Tounes, parti accusé d’avoir trahi ses électeurs de 2014.

Slim Azzabi essaie de rectifier en assurant que le prochain parti ne commettra pas les mêmes erreurs que Nidaa. Mais cela semble insuffisant. Lui, il croit que c’est justement Nidaa qui serait derrière les attaques dont Tahya Tounes fait l’objet depuis quelques semaines. Il contre-attaque alors, en rappelant que « le SG de son adversaire fait l’objet d’un mandat émis par la justice militaire».

Il semble pourtant, son projet étant déjà attaqué à la couveuse, qu’Azzabi n’arrive toujours pas à développer les nouveaux éléments de langage qui le différencieraient de son ancien parti et tranquilliseraient le réservoir électoral de Nidaa, déçu par son parti, que le nouveau parti ne sera pas une copie de son ancêtre et qu’il ne tombera pas dans les mêmes travers.

Il faudrait, peut-être, qu’Azzabi chamboule ainsi son programme et commence déjà à parler de ce qui va différencier Nidaa et Tahya, avec des messages bien précis et plus porteurs que ceux de son ancêtre.

Azzabi subit, comme son bébé, les réseaux sociaux. Leur rôle a été déterminant lors des précédentes élections. Il devrait, à notre sens, lui comme Chahed, s’il se décidait à clarifier ses relations avec Tahya Tounes de manière officielle, miser sur cet outil des réseaux sociaux, mais en l’utilisant autrement et à bon escient.

  • Slim, cette inconnue politique qui devrait mieux, médiatiquement, s’outiller

Très peu de Tunisiens connaissent pourtant le nouveau quadragénaire originaire de la Marsa, qui dirige la construction de «Tahya Tounes» en pyramide inversée (partir de la base, pour arriver au sommet, le tout par voie d’élections internes) pour en faire la cible de leurs attaques politiciennes. Fils de l’ancien ministre de Bourguiba, feu Ridha Azzabi, Slim est en fait un diplômé de l’Université de Toulouse en Monnaie et Finance et de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris, donc un spécialiste des finances. L’ancien du parti Al Joumhouri, où il avait côtoyé l’actuel chef de gouvernement et tapé dans l’œil de BCE, s’était aussi frotté aux institutions financières internationales avant de revenir en Tunisie y fonder un cabinet de conseil en finance. Un jeune mixe entre finances et politique, qui aura certainement son mot à dire dans le programme économique à élaborer par le prochain parti.

Que pourrait-on reprocher à cette compétence financière tunisienne ? Est-ce d’avoir côtoyé l’actuel chef de l’Etat, de l’avoir quitté ou d’avoir rejoint les rangs de l’actuel chef de gouvernement qui aura, malgré tout, fini par faire entrevoir à la Tunisie même l’ombre de la porte d’une sortie de crise ? Ou est-ce simplement d’essayer d’envisager un autre avenir pour la Tunisie que celui de la balancer entre les mains d’Ennahdha et d’un autre parti qui s’était allié aux Islamistes avant de divorcer, pour cause de naissance d’un «fils ingrat» de leur union ? Pour l’instant, «Tahya Tounes» est, a contrario, le seul à tirer profit des attaques qu’il subit. Un vieux dicton disait «tout ce qui ne tue pas rend plus fort». Et c’est peut-être aussi aux adversaires de Tahya Tounes, d’Azzabi et même de Youssef Chahed, de changer de stratégie. Les réseaux sociaux ne contiennent plus, comme entre 2011 et 2014, que des moutons !

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L’entreprise danoise Møller-Mærsk, connue sous le simple nom de Maersk, première compagnie maritime et plus grand armateur de porte-conteneurs du monde, connaît quelques difficultés en Tunisie où elle est en bisbille avec l’Office de la marine marchande et des ports (OMMP). La plus grande entreprise de transport maritime du Danemark n’arrive plus à disposer de sa concession au Port de la Goulette à Tunis. Il faut noter que Maersk, c’est environ 20% des activités de containers de port de Radès et 50% celui de Sfax et le transporteur maritime numéro 1 en Tunisie.

«Maersk était représenté par la filiale Maersk Tunisie qui est pilotée par Fathi Jabnoun. Elle avait deux concessions à proximité du Port de Radès. Deux terrains au nom de Maersk Tunisie où elle faisait des activités logistiques (magasins cale, gestionnaire de conteneurs vides, dépotage empotage. Tout cela a été fait sur les deux terrains qui ont été donnés en concession par l’OMMP à Maersk Tunisie », indique le PDG de l’OMMP Sami Battikh pour Africanmanager. Et Battikh d’expliquer ensuite l’origine de cette bisbille en précisant que «le problème est que Maersk Tunisie est arrivée via la maison-mère Maersk, qui a annoncé officiellement qu’elle veut quitter la Tunisie et qu’elle sera représentée en Tunisie par Star Container». Du coup, les deux terrains, qui lui étaient donnés en concession, se retrouvent sur le tapis. «Depuis octobre 2018, c’est désormais la société Star Container, filiale de Maersk en association avec le groupe El Bader de Abdessalem Ben Ayed, qui représente officiellement Maersk et non plus Maersk Tunisie». Fethi Jabnoun se retrouve ainsi évincé de l’affaire au profit d’Abdessalem Ben Ayed».

  • Entre Jabnoun et Ben Ayed, Maersk a choisi. Pas l’OMMP

La nouvelle société Star Container est pilotée par Alexander Cours. Il est un fonctionnaire de Maersk international, avec des partenaires tunisiens du groupe d’Abdessalem Ben Ayed. On comprendrait alors que Maersk aurait simplement voulu changer de partenaire en Tunisie. Et Sami Battikh de préciser à ce stade que, «n’importe quel transporteur maritime a le droit de choisir son représentant. Il n’y pas de souci pour cela. Le problème, c’est que ces deux terrains ont été donnés en concession par contrat en bonne et due forme à Maersk. La loi ne permet cependant pas de transférer la concession de Maersk Tunisie à Star Container». L’OMMP se retrouve alors dans un imbroglio juridique. Soit considérer que Maersk veut quitter la Tunisie et proposer ses deux anciens terrains à nouvelle concession, soit lui redonner ses concessions en transgressant la loi tunisienne sur les concessions, d’où l’embarras du PDG de l’OMMP. «Si je ne donne pas ces deux concession à Star Container, c’est comme si j’ai demandé à Maersk de quitter la Tunisie. Et sans les deux terrains, elle ne peut pas travailler. L’OMMP est ainsi dans un embarras d’ordre juridique». Et Sami Battikh d’avouer que «aujourd’hui je n’ai pas la solution, mais nous sommes en train de résoudre cette affaire et il y a plusieurs alternatives».

  • Battikh entre l’enclume de la loi et le marteau de Maersk

Et lorsque nous lui posons la question de savoir si dans l’état actuel des choses, Maersk est toujours opérationnelle, le PDG de l’Office admet qu’elle reste active, malgré l’existence de cet imbroglio juridique qui semble inextricable qui l’oblige, pour l’instant, à appliquer la loi et lui intime l’ordre de quitter les deux concessions sur lesquelles travaillait son ancien partenaire Fathi Jabnoun qui aurait ses entrées à l’ARP. «Nous avons commencé toutes les procédures et nous lui avons adressé l’ordre de quitter le terrain, par huissier notaire. C’est la loi», dit Battikh, qui reste toutefois conscient de l’impact d’une telle décision, tant sur l’image de la Tunisie que sur l’impact d’une telle décision sur les opérateurs tunisiens en relation commerciale avec Maersk. Et d’exprimer son désarroi en indiquant à Africanmanager que, «si le plus fort transporteur maritime de la Tunisie quitte le pays, il y aura des problèmes pour les importateurs et les exportateurs tunisiens. Ceux-ci comptent beaucoup sur cette société maritime». Et d’assurer que «je répète encore une fois que je ne peux pas forcer un géant du transport maritime international de quitter la Tunisie, d’où la série de réunions que nous allons tenir avec l’unité des concessions relevant de la présidence du gouvernement pour trouver des solutions et pourquoi pas présenter ce dossier devant un conseil ministériel».

Interrogé sur la position de Maersk dans ce casse-tête juridique, Battikh répond que «ils ne sont pas compréhensifs, parce qu’ils n’ont pas une idée sur les lois tunisiennes. Ils pensent qu’ils sont visés et que nous exigeons leur départ de la Tunisie», ce qui n’a pas l’air d’être vrai à le croire.

Reste donc à savoir, alors que Maersk continue à travailler en Tunisie, via un autre représentant, si l’OMMP va aller jusqu’au bout de la procédure juridique et proposer les deux terrains à nouvelle concession, procédure qui ne durerait pas moins d’un an selon l’OMMP, ou si le Conseil des ministres trouvera une autre solution qui satisferait, et Maersk International qui avait déjà fait par de ses bonnes intention à l’égard de la Tunisie, son ancien et son nouvel agent en Tunisie. De quoi donner des nuits blanches à Sami Battikh et au ministre du Transport Hichem Ben Ahmed !

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