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Khaled Boumiza

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A lire certains communiqués, tous enflammés contre le projet de loi de finances du gouvernement, s’indignant de la hausse des taxes et des prix, refusant toute augmentation quelle qu’elle soit et demandant plus d’incitations, financières, fiscales, économiques et sociales, on se demande bien qui va financer le budget de l’Etat ?

Les patrons sont mécontents, pestent et râlent contre la LF 2018. Ils se plaignent de la pression fiscale dont le chef du gouvernement a pourtant dit qu’elle restera la même et se font fiers de lui rappeler que cela «aura un impact négatif sur la compétitivité des sociétés, sur l’investissement et la création de nouveaux emplois». Les hôteliers aussi râlent et estiment que les «taxes pénalisent tout le secteur et surtout les contribuables qui s’acquittent convenablement de leurs impôts, notamment les salariés et les entreprises organisées». De leur côté, les ouvriers par la voix de l’UGTT, Etat dans l’Etat, ont leurs propres mesures. Et comme pour leur faire échos, plusieurs experts et autres économistes battent le pavé des plateaux TV pour dire tout le mal qu’ils pensent des mesures proposées par le gouvernement de Youssef Chahed pour financer le budget de l’Etat. Et jusque-là en sourdine, avocats, médecins et toutes les professions libérales se mettront bientôt en ordre de bataille pour refuser ces mêmes mesures.

En face, il y a un gouvernement, qu’il soit de Youssef Chahed ou d’un autre, qui propose et indispose, manifestement de manière claire, ceux à qui il propose de financer le budget. Un gouvernement qui tend la sébile comme le mendiant qui dirait «T’as pas cent balles ?» et à qui tous répondent d’aller voir ailleurs. C’est pourtant à ce même gouvernement que tous demandent le développement, un travail, un salaire et une retraite dignes, plus d’hôpitaux et de meilleures écoles.

Et c’est à ce même gouvernement (On avait d’ailleurs fait la même chose à son prédécesseur Habib Essid et on fera la même chose à son successeur) que tous ceux qui connaissent et gueulent leurs droits, s’offusquent de faire leur devoir fiscal qui est, pourtant et pour l’instant, le seul moyen de financer le budget qui leur donnera leurs salaires, leur paiera leurs retraites, leur remboursera leurs soins, construira leurs routes et créera l’emploi pour leur marmaille !

Entre temps, une autre Tunisie s’apprête à dérouler le tapis rouge du faste des JCC, prépare le festival de Carthage et ceux qui tournent dans son giron dans les amphithéâtres de toutes les villes de Tunisie, les Mall s’érigent à tour de bras en bordure des grandes villes, les Hyper florissent partout, les marques étrangères de fastfood s’érigent comme autant de temples de la consommation. Entre temps aussi, les agences de voyages ne chôment pas et envoient les centaines de Tunisiens, pas toujours aussi riches qu’on le croirait, en croisières ou en voyages organisés dans les grandes villes d’Europe et de Navarre. Entre temps enfin, de jeunes Tunisiens désespèrent de leurs gouvernants, de leurs opposants, de toute l’intelligentsia de leur pays et font des Selfies en haute-mer. C’est cela la démocratie à la Tunisienne… et derrière une certaine presse qui en fait ses choux gras !

 

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Comme toutes celles qui l’ont précédée depuis 7 ans, la loi de finances (LF) 2018 ne plait à personne. Le patronat en est mécontent, les syndicats ouvriers la vouent aux gémonies, l’opposition la critique et étrille le gouvernement Youssef Chahed. Aucune catégorie socioprofessionnelle n’est, non plus, contente de la LF 2018 et tout le monde y trouve quelque chose à redire. Beaucoup en discutent à partir de leurs porte-monnaies et ne pensent qu’à l’incidence des mesures, comprises dans cette LF, sur leur confort personnel et leur pouvoir d’achat. D’autres, malheureusement dits leaders d’opinion, en parlent à partir d’un prisme politique, quelle qu’en soit la finalité. Et pourtant !

  • Les chiffres têtus de la loi de finances 2018

Voyons les faits chiffrés. Le projet de budget de l’Etat tunisien pour l’exercice 2018 sera de 35,851 milliards de dinars. Un budget en hausse de 4,3% par rapport à celui de 2017 dont la loi de finances complémentaire n’a même pas été présentée. Ce budget restera contraint par des dépenses de fonctionnement où iront 21,941 Milliards DT. Dans «fonctionnement» il y a d’abord, et surtout, les 14,751 Milliards DT de salaires de la fonction publique et ceux du gouvernement, qui sont «Peanuts» par rapport à ceux de l’ensemble des fonctionnaires.

Les bailleurs de fonds du gouvernement avaient exigé de baisser ou de maintenir la masse des salaires en l’état, le gouvernement n’a pas pu éviter une hausse de 451 MDT, et ce n’est pas fini. L’UGTT annonce déjà de nouvelles négociations salariales pour 2018 et il n’est pas exclu que cette masse passe à 15 Milliards DT. Le «fonctionnement», c’est aussi le remboursement de la dette, en principal et intérêts, et qui nécessitera 7,972 Milliards DT.

A eux seuls, ces deux postes, incontournables faut-il le rappeler, des salaires et de la dette, représenteront 22,723 Milliards de la dette. Qui aura donc le courage, ou la témérité, de dire que le gouvernement aurait pu les éviter ?

L’autre grosse rubrique du budget, tout aussi incontournable, à moins d’amener Noureddine Taboubi à gommer ses 100 mille lignes rouges à propos des entreprises publiques et leur gouffre financier de 2,5 Milliards DT, est celle de «l’intervention publique». Elle va nécessiter un peu plus de 5,6 Milliards DT en 2018. Des fonds qui iront en dotation et subventions, de fonctionnement ou d’équipement, de l’Etat. Elles iront à des institutions, comme la CNSS, la CNAM, la CNRPS ou les entreprises publiques. Qui pourrait aussi dire que ce sont là des dépenses inutiles ?

Il reste les 0,404 Milliards DT pour les dépenses imprévues, comme les catastrophes naturelles et autres et les 1,15 Milliards DT de la rubrique «Moyens de services» qui serviront à la gestion de l’Administration, en parc roulant, bureau, eau, électricité et autres. Sont-elles inutiles aussi ? Sont-elles évitables ?

Donc, rien que pour l’essentiel de l’essentiel et les dépenses que personne ne pourrait discuter, le budget aura besoin de 29,913 Milliards DT. Et parce qu’il en est ainsi et que pour faire mieux il faudra plus, à l’investissement dans les routes, les écoles, les hôpitaux et autres investissements créateurs d’emploi, il ne restera que 5,121 Milliards DT. On pourrait certes dire que l’Etat tunisien est dépensier. Que ceux qui le pensent aillent le dire, à l’UGTT et aux partis de l’opposition qui mettront cette loi de finances en charpie devant l’ARP (Assemblée des Représentants du peuple), descendront en flammes le sapeur-pompier Youssef Chahed !

  • Que ceux qui peuvent mieux faire se jettent la pierre !

Beaucoup de ceux qui parlent, depuis quelques jours dans les journaux, les radios et les plateaux TV, disent que la LF 2018 est une loi de mobilisation de ressources. C’est vrai. Dans le cas contraire, comment et par quel autre moyen voudraient-ils que l’Etat paie les salaires, fasse tourner l’Administration, remboursent leurs frais de maladie ou paient leurs retraites ? Peut-être voudraient-ils que le gouvernement aille imprimer de l’argent ? Autrement, il s’endette déjà plus qu’il ne faut (plus de 72 %), à l’extérieur comme à l’intérieur où il a presque asséché la liquidité du marché financier et mis le feu aux taux d’intérêt.

Il aurait certes pu tirer ces ressources ailleurs. Le «Titre 1», qui comprend l’argent venant du Fisc, de la douane et autre fiscalité indirecte, compte déjà plus de 24,603 Milliards DT et le «Titre 2» des emprunts compte 10,431 Milliards DT. Les grosses entreprises paient leur fisc. Pour les petites, la refonte du régime forfaitaire, entamée par la LF 2018, y remédiera même en partie. Pour le reste, faire plus de pression fiscale sur les entreprises n’a jamais été bon pour l’investissement, local et étranger.

D’autres diront qu’il aurait pu presser un peu plus les riches. Ces derniers sont déjà taxés à 35 % et leurs bénéfices sont même doublement taxés. Il aurait pu alors lâcher les brigades du contrôle fiscal. Cela est vrai, mais l’argent des redressements fiscaux n’est pas immédiatement recouvrable. Il faut généralement plusieurs années, entre entreprises, directions du Fisc et tribunaux de tous niveaux, pour que l’argent entre dans les caisses de l’Etat. Pour ceux qui ne le savent pas, les services du Fisc ont tapé sur tout le monde, y compris les propres entreprises de l’Etat et ils n’arrêtent pas !

Le gouvernement de Youssef Chahed aurait pu aussi mettre fin au marché parallèle, à la contrebande et à l’évasion fiscale. Pourtant, comme le savent très bien tous les hypocrites, parmi les politiciens et les experts de tout acabit, on ne gagne pas ces batailles de longue haleine en deux années et même plus, beaucoup plus !

Chahed aurait pu aussi vendre les confisquées, mais cela demande du temps. Vendre les deux tonnes d’or et disposer des Millions d’euros confisqués par la douane. Cela aussi demande du temps et beaucoup de procédures administratives et de justice. Il aurait pu faire une foule de choses, encore faut-il que l’ARP le lui permette !

Ce qui est sûr, c’est que la Tunisie est devenue un pays ingouvernable, que même une Margaret Thatcher ne pourrait redresser dans la conjoncture actuelle. Un pays fait de cupides, d’envieux et d’égoïstes et où chacun a son petit diable dans la poche ! Il lui faudra pourtant un jour arrêter de déconner !

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A la fin du mois de septembre 2017, le marché officiel des voitures a connu l’immatriculation, via concessionnaires, de 46.883 véhicules toutes catégories et toutes marques. L’achat de véhicules neufs en 9 mois était ainsi en hausse de 4,8 %. En face, chez le marché parallèle où le FCR est roi, ce sont 15.847 véhicules qui ont été introduits et ré-immatriculés en Tunisie. A fin septembre dernier, ce sont ainsi 62.730 nouveaux véhicules, neufs ou usagés, qui ont été introduits en Tunisie.

Chez les concessionnaires, les voitures particulières ont été au nombre de 34.244. Le parc des VP aura ainsi augmenté de 11,5 % en neuf mois. Et dans cette catégorie, c’est la marque française Renault qui a été la plus vendue chez le concessionnaire tunisien de la marque qui est Artes du groupe Mzabi, suivie de Hyundai par le Tunisien Alpha Hyundai et la coréenne Kia par le concessionnaire City Cars du groupe Bouchammaoui.

Le plus important, dans cette question des voitures en Tunisie, ce sont plutôt les augmentations que devraient connaître les prix de ce mode de déplacement très en vogue et prisé par les Tunisiens. On pourrait même déjà dire qu’il en coûtera moins au consommateur tunisien d’acheter, maintenant et jusqu’au 31 décembre 2017, sa voiture. Elle lui coûtera moins et cher et encore moins cher sur le marché parallèle que chez le concessionnaire officiel. Ce dernier est assujetti à tous les impôts, alors que le parallèle ne paie presque rien, et en tout cas moins que le marché officiel. A croire que le GUN, contrairement à sa feuille de route, encourage le marché parallèle !

L’année prochaine en effet, selon le projet de la loi de finance 2018, la voiture en Tunisie coûtera au moins 4 % plus cher en droit de consommation et 1 % plus cher en TVA et au plus 22 % plus cher en droits de consommation auquel s’ajoutera un point de TVA. Ainsi par exemple, une voiture 5 Chevaux fiscaux coûtera en moyenne 4,4 % chez le concessionnaire. Plus la puissance de la voiture montera et plus son prix augmentera. En général et selon la cylindrée, le prix des véhicules connaitra l’année prochaine des hausses de 13 à 67 points d’augmentation en droits de consommation et 1 point de TVA de plus (Voire le tableau complet en page 162 de la LF 2018).

Le plus drôle et incompréhensible dans cette affaire des prix des voitures dans un pays qui dit lutter contre le marché parallèle, c’est qu’il sera certainement mieux d’acheter votre voiture l’année prochaine sur le marché parallèle que chez le concessionnaire. Alors que ce dernier est assujetti à la TVA, le premier ne la paie point. La fameuse page 162 de la LF 2018 montre certes une augmentation des droits communs de 50 %. Or, avec le FCR, l’impact sera uniquement de 3%, soit 25 % de l’augmentation. Officiellement, par exemple, le prix d’une voiture 1L ou 5 chevaux fiscaux à l’importation augmentera de 50 %. Grâce aux privilèges accordés aux TRE (Tunisiens résidant à l’étranger), son prix n’augmentera que de 3 % et sans TVA par rapport à la même voiture achetée chez le concessionnaire.

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Du 4 au 6 octobre courant, une mission du FMI séjournait à Tunis. Parmi les points évoqués avec le gouvernement tunisien figure «améliorer la gouvernance et la surveillance des entreprises publiques déficitaires et moderniser la fonction publique demeurent des réformes structurelles cruciales pour réduire les risques budgétaires et rendre l’ensemble de l’économie plus compétitive». C’est dire, et c’est peu de le dire dans la mesure où la Tunisie n’aurait pas dû attendre le FMI pour le faire, l’importance de ce sujet pour un gouvernement dont la tâche initiale est de remettre de l’ordre dans l’économie du pays.

  • Que dit le rapport du gouvernement ?

Selon un rapport gouvernemental en date du 15 mai 2017, les entreprises publiques (EP) en Tunisie étaient au nombre de 104 en 2014, travaillant dans 21 secteurs de production et de services. Elles dégageaient, en 2010, des bénéfices d’un total d’un peu plus de 1,176 Milliard DT. Six années plus tard, en 2015, elles affichaient un déficit de presque 1,1 Milliard DT. A la fin de la même année, et on suppose que cela a beaucoup augmenté depuis, le cumul des pertes des EP, de 2012 à 2015, a dépassé les 2,5 Milliards DT.

Les causes, ledit rapport les a identifiées. D’abord des problèmes au niveau de la gouvernance, ce qui ne semblait pas être le cas avant. Manque de vision stratégique claire ensuite, alors ce ne semblait pas être le cas avant. Faible productivité, ce qui n’était pas le cas avant, puisqu’elles dégageaient des bénéfices. 41 EP ont enregistré une perte de 1,881 Milliard DT, depuis leur création et jusqu’à 2010. Ces pertes ont ensuite augmenté de 214,9 % entre 2010 et 2015. Les fonds propres de 29 de ces EP sont négatifs (-2.730 MDT contre 447,8 DT en capital).

  • Qui a payé les 5,8 Milliards DT ?

Les EP, c’est aussi des troubles et mouvements sociaux, grâce désormais à un droit de grève protégé par la Constitution et non balisé par aucune condition. Les EP, c’est encore des actifs non valorisés, des coûts de production élevés, des problèmes de pièces de rechange et des problèmes de maintenance de la flotte. C’est aussi des procédures complexes de gestion des transactions publiques, grâce notamment à la peur d’être accusés de «Fassed» qui serre les tripes des dirigeants de ces entreprises. Problèmes aussi au niveau de la structure de l’entreprise. Ajoutez-y les fortes dépenses, notamment salariales, par rapport à la faible production et le peu de productivité. Entre 2012 et 2015, ces EP ont servi un cumul de salaires de 16,4 Milliards DT, pour un résultat hautement déficitaire.

La masse salariale des EP était de 2,580 Milliards DT en 2010. Cinq ans plus tard, c’est 3,713 Milliards DT. Une hausse de 43,9 %. Les salaires des employés des EP ont augmenté de 50 % entre 2010 et 2013.

Pour faire face, soutenir l’insoutenable et verser de l’eau dans le désert, l’Etat ne dispose que du seul moyen de la prime d’exploitation, puisée dans le budget de l’Etat. 5,851 Milliards DT ont ainsi été injectés dans les caisses des EP, en hausse de 124,3 % par rapport à 2010.

  • L’Etat veut que les privés financent les EP !

Dans son document, le gouvernement de Youssef Chahed propose une panoplie de mesures pour une restructuration, sociale, financière et de gouvernance, des EP. A aucun moment ledit document n’a parlé de plan social, de licenciement ou quelque autre mesure du genre. Il évoque par contre une meilleure stratégie de l’Etat actionnaire, la création d’une agence pour la gestion des participations de l’Etat, une gouvernance qui sépare la gestion du contrôle et la nomination de gestionnaires sur appel à manifestation d’intérêt et choix sur dossier. Mais aussi un cadre RSE, un cadre législatif qui permet d’attirer les compétences à l’instar du secteur privé, la présentation de Business plans et la mise en place d’une ligne de financement qui permette l’équilibre financier à l’horizon 2018, ce qui est trop court à notre sens.

Plus important, le gouvernement Chahed évoque aussi, dans ce document, un certain nombre de mesures financières, l’argent étant le nerf de la guerre. Il propose d’abord la création de ce qu’il appelle un «Fonds de restitution» de 1.000 MDT. Ce fond, toujours selon le gouvernement Chahed, devra être financé en partenariat avec le secteur privé, qui devra y injecter 500 MDT. Le reste sera injecté par la CDC (Caisse des dépôts et consignation), ou autres, comme les Sicar. Le secteur privé pourra ainsi participer dans le capital des EP qui bénéficieront du Fonds de restitution, à hauteur de 49 %. Il sera donc actionnaire d’entreprises qui resteront entre les mains de l’Etat, après accord de la Carep (Commission de privatisation). Les EP seront ainsi partiellement privatisées. C’est en gros ce que propose Youssef Chahed. Reste à savoir si l’UGTT, qui a déjà levé son véto contre toute restructuration des EP sans son avis, accepte cela !

 

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De toutes les vidéos du cheikh des Islamistes tunisiens, Rached Kheriji dit Ghannouchi, la seule qu’il est impossible d’oublier est celle de sa rencontre avec les Salafistes. Authentifiée par le cabinet du chef des Islamistes tunisiens dans une déclaration à Reuters, elle est expliquée comme une «tentative de Ghannouchi d’amener les Salafistes à l’action politique pacifique». Elle avait été révélée il y a cinq années jour pour jour.

Ce jour-là, un certain mercredi 10 octobre 2012, le leader du parti islamiste tunisien tombait le masque et appelait les Salafistes à ne pas se précipiter pour ne pas perdre les acquis qui leur ont été donnés par la révolution et de bien se préparer. «Désormais, nous avons plus qu’une mosquée, un ministère des affaires religieuses. Les mosquées sont entre nos mains, donnez-y les leçons que vous voulez, lancez des radios et des télévisions et des Madrasa (…). Les islamistes doivent remplir le pays d’associations, mettre en place des écoles coraniques partout et d’inviter les prédicateurs, car les gens sont encore ignorants de l’Islam», disait-il alors, tançant les islamistes radicaux qu’il recevait. Il dira aussi que «les laïques ont les médias entre leurs mains (…) » que «l’armée et la police, ne sont pas garanties», comme pour leur rappeler que les outils de prise du pouvoir ne sont pas encore entre les mains des Islamistes.

  • Un devoir et une exigence de mémoire

Rappeler cette vidéo est d’abord un devoir de mémoire, pour ne pas oublier que ceux qui ont fait la révolution, contre l’indigence, la pauvreté, la corruption et pour la dignité, avaient failli perdre tout cela et offrir leur sang en pâture aux Islamistes pour qu’ils réalisent le 6ème Califat, comme l’avait appelé de tous ses vœux à Sousse un certain Hammadi Jbali, qui croit toujours en une possible contre-révolution. C‘est ensuite une exigence citoyenne, alors que s’approche de l’échéance électorale des municipales auxquelles se prépare Ennahdha, pour ne pas oublier que la Tunisie avait failli, cette année-là, perdre un modèle de société millénaire et pris la mesure du risque de plonger dans un nouveau modèle sociétal qui n’a jamais été l’objet de sa révolution.

Ne pas oublier aussi que l’actuel modèle sociétal de la Tunisie souffre encore, cinq années après cette rencontre de Rached Ghannouchi avec les Salafistes, du discours fielleux de certains Imams dans des mosquées qui sont encore «Out-of-control». Que les Madrasa, que Kheriji avait appelé à mettre en place, existent toujours et n’ont pas été éradiquées. Ne pas oublier que les Salafistes de «Ansar Acharia» ont été presque derrière tous les attentats que la Tunisie a connus.

Ne pas oublier aussi que beaucoup, sinon la grande majorité des islamistes amnistiés et présentés, lors d’une émission d’une chaîne TV privée qui a désormais pignon sur rue, comme des victimes, ont été retrouvés dans beaucoup de camps terroristes où «ils faisaient du sport» et les attentats ou tentatives d’attentats perpétrés depuis en Tunisie. Ne pas oublier l’affaire «Al Ebdilliya», alors que la Tunisie vit et souffre à l’international du «Baiser-gate». Ne pas oublier enfin que c’est ce courant d’un certain Islam qui est derrière tout le malaise sociopolitique que vit la Tunisie depuis sept ans.

  • Un devoir et une exigence de vigilance

Depuis le parti islamiste d’Ennahdha dit avoir changé. Il se cache derrière ce qu’il appelle l’islam politique. Force est pourtant de constater qu’Ennahdha et ses leaders sont versatiles, maniant à merveille le double langage. Ce parti n’est aussi pas en accord total, en son sein, avec cette nouvelle orientation qui ne tient qu’à la présence physique de Rached Ghannouchi, qui tient toujours le parti par sa bourse. C’est aussi et surtout un parti dont l’essence est l’action secrète et l’obligation de patience dans un environnement qui n’est pas celui qu’il voulait, qu’il refuse et qu’il veut et voudra changer, même dans 100 ans. Comme tous les Islamistes, gente de conviction dans un environnement qu’ils ne contrôlent pas, font acte de «Taqiyya» pour dissimuler leurs desseins et renvoyer la concrétisation de leurs véritables objectifs pour des temps meilleurs.

Avec l’annonce de la candidature très probable de Rached Ghannouchi aux prochaines élections présidentielles de 2019 et les préparatifs d’Ennahdha, tambours et moyens matériels battants, aux prochaines élections municipales, le parti lèvera le voile de la «Taqiyya» pour prendre les rênes d’un pays qui sera alors entre leurs mains, de fond en comble, des municipales, conseils régionaux et jusqu’à l’Assemblée des représentants du peuple. C’est ce risque que rappelle encore cette vidéo d’un homme qui n’a vécu que pour le pouvoir. Il dira ce qu’il voudra, niera, expliquera, tournera en rond et manœuvrera, il n’en aura pas moins le pouvoir comme objectif final et l’instauration de son Islam comme finalité pour lui et son parti !

Revoir la vidéo :

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Une petite nouvelle, en ce début du mois d’octobre et après les petites catastrophes naturelles qui ont émaillé les activités de ce mois, est toujours bonne à prendre. En effet, selon un document de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), relatant les chiffres de la conjoncture économique, en Tunisie au début d’octobre 2017, «l’activité économique aurait connu une légère amélioration au cours du troisième trimestre de l’année 2017 au vu des indicateurs sectoriels disponibles. Le taux de croissance du PIB, pourrait ainsi connaitre un net rebond en variation trimestrielle».

Cette embellie partielle «porterait la marque de la performance quasi-généralisée des industries manufacturières et des services marchands dont notamment le tourisme et le transport », selon la même source. Petit bémol, que la Tunisie doit à nos propres concitoyens, toujours férus de révolution, «les industries non-manufacturières ont fait défaut en raison des arrêts de production du pétrole au Sud tunisien, pendant l’été» précise la BCT.

La BCT, qui parle avec des gants et prend les chiffres avec des pincettes, comme en ce qui concerne le PIB : «les exportateurs semblent avoir profité de l’affermissement perçu de l’activité industrielle dans la Zone Euro, au cours du mois de juillet 2017, malgré les difficultés qui persistent encore notamment au niveau du secteur du Textile, habillement et chaussures».

Le même document et toujours dans le positif, la BCT nous apprend que dans les «industries chimiques, elles affichent des signes de reprise au 3ème trimestre 2017, tirées par le retour de la production de phosphate, après avoir été fortement affectées au 2ème trimestre par les nombreux arrêts de production dans les zones d’extraction. Il est à noter que l’acquis de croissance trimestrielle, au mois d’août, de la production de phosphate se situe autour des 15% au 3ème trimestre contre une baisse de 19,6% au trimestre précédent». Des informations qui contredisent ou qui sont contredites par des déclarations des responsables du secteur, indiquant une série noire.

  • «Winou le pétrole» ? Il baisse toujours !

Côté pétrole, la BCT met en relief «l’arrêt de la production dans certains champs pétroliers lié aux troubles sociaux survenus à Tataouine et Kébilli, la succession de pannes techniques au niveau de quelques sites de production et l’épuisement naturel de certains puits ont pesé lourd sur la production de pétrole brut». Selon la même source, sur les 7 premiers mois de 2017, la production de Pétrole Brut a baissé de 16,6% comparativement à la même période de l’année précédente. En variation trimestrielle, son acquis de croissance au mois de juillet est estimé à -17,4% pour le 3ème trimestre 2017.

Le pétrole étant le 1er de la série des mauvaises nouvelles de ce 3ème trimestre 2017, on continue. En effet la détérioration du déficit budgétaire, selon la BCT, «à fin août 2017, le creusement du déficit budgétaire, hors amortissement de la dette, s’est accentué, pour s’établir à 3.814 MDT contre 3.124 MDT une année auparavant. Cette évolution a été induite par une progression notable des dépenses courantes et des intérêts de la dette publique qui a largement dépassé la hausse des ressources propres». On croirait entendre ce dicton tunisien qui dit «emportée par la crue de l’Oued, la vieille dame lance un youyou de joie pour l’année agricole qui sera faste».

  • Trop d’impôt tuera tout le monde, y compris l’impôt

Les ressources propres de l’Etat augmentent certes, pour accumuler, au terme des huit premiers mois 2017, un montant de 15.149 MDT, mais les recettes non fiscales accusent une baisse pour s’établir à 1.097 MDT, contre 1.775 MDT une année auparavant, non pas grâce aux contribuables, mais sous l’effet de l’encaissement du produit de cession de la licence 4G de téléphonie mobile pour un montant de 471 MDT.

L’UGTT ne va certainement pas aimer ça, mais «le renforcement des recettes fiscales a été particulièrement favorisé par la progression des impôts sur les revenus, autres que les salaires (1.436 MDT contre 1.180 MDT à fin août 2016) et des impôts sur les sociétés non pétrolières3 (1.405 MDT contre 847 MDT)», confirme la BCT.

Et l’institut d’émission d’ajouter que «les recettes à titre d’impôts indirects ont également réalisé une croissance notable de 13,3%, au terme du mois d’août 2017, contre seulement 2,6% une année auparavant, émanant essentiellement d’une amélioration tangible des recettes de la TVA (3.862 MDT contre 3.252 MDT à fin août 2016), qui représentent à elles seules près de la moitié des recettes d’impôts indirects, reflétant vraisemblablement un effort de collecte et un élargissement de l’assiette de la TVA». Et ce n’est que le début d’une plus grande saignée des consommateurs et des entreprises, qui s’annonce pour 2017. On a presque envie de faire toute de suite le saut à 2018 !

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Radhouane Ayara n’a que quelques semaines à la tête du ministère du Transport, mais beaucoup de pain sur la planche. Il sait cependant que «bien qu’étant bien structuré, le secteur du transport nécessite beaucoup de réformes, car composé de beaucoup d’importantes entreprises pour l’économie tunisienne, mais qui souffrent de beaucoup de difficultés». Prenant déjà le taureau par les cornes et sachant dans quel environnement social il agit, le ministre pointe du doigt les entreprises qui vont mal et où tout ou presque va mal. «Il s’agit de Tunisair, la Stam et la SNCFT ; ce sont de grandes entreprises. Et si on les regardait autrement, on pourrait en faire des locomotives de développement, même dans les régions» dit-il, peut-être encore optimiste et on le comprend, puisqu’il n’a que quelques semaines d’âge en tant que ministre.

  • Sur les pas de Rayanair ?

Pour le moment, «l’urgence c’est Tunisair et il nous faut un regard objectif sur sa restructuration, action sur laquelle tout le monde est d’accord». Le ministre sait qu’il marche là sur des œufs, l’entreprise étant un véritable sac de noueux de tous genres. Doucement, il s’avance pourtant pour préciser : «nous avons quelques solutions, mais il nous faut aussi l’audace d’aller directement vers les bonnes solutions, même si elles seront parfois douloureuses». Et comme on s’y attendait, l’urgence, pour Tunisair, selon lui, est de résoudre le problème des retards des vols qui devient endémique, pour amener la compagnie à reprendre un rythme régulier de ses vols.

Soucieuse d’éclairer ses lecteurs, Africanmanager va de l’avant, au risque pourtant de mettre le ministre dans ses derniers retranchements. Et le ministre de se laisser aller aux premières vraies nouvelles. «On ne peut pas parler de retards en oubliant que nombre de ses appareils restent cloués sur le tarmac et que la compagnie incapable d’assurer tous les vols. Il n’est pas alors nécessaire, même pour un certain temps, de garder tous les vols et toutes les destinations, même les plus traditionnelles et nous devons avoir le courage de le faire s’il le faut». Le ministre nous confirme d’ailleurs que le nombre des appareils cloués au sol est de cinq et que ce n’est pas seulement un problème d’argent pour acheter de nouveaux moteurs, mais aussi de disponibilité de ces moteurs sur le marché. On comprendrait presque là que Tunisair marcherait sur les pas de l’Irlandaise Rayanair [Ndlr : Se débattant dans un problème d’organisation interne, la compagnie a annoncé fin septembre dernier la suppression d’un vol par jour pendant 5 mois et le retrait de 25 avions de la flotte], mais que cela pourrait aussi lui être salutaire ! En attendant, Tunisair s’oriente déjà vers la location pour assurer le minimum vital de son activité.

  • Revoir la structure du capital, sans la privatiser

Mais Tunisair, c’est aussi une capacité financière diminuée, face à un Etat qui ne peut désormais mettre la main dans la poche, plus qu’il ne le fait. Et Radhouane Ayara d’affirmer à Africanmanager que «le capital de l’entreprise n’est plus capable de faire face à son endettement, ce qui fait qu’elle devient incapable de continuer de l’avant alors qu’elle n’a plus les moyens de sa politique». Et lorsqu’on lui demande s’il faut s’attendre à une augmentation du capital de Tunisair, le ministre du Transport ne dément pas et va plus loin. «Oui et même une révision de la composition de ce capital», dit le ministre, tout en prenant soin de préciser que «cela ne signifie pas la privatisation, ni l’entrée d’autres partenaires. C’est une question délicate et qui doit encore faire l’objet de discussions».

La compagnie tunisienne de transport aérien souffre aussi d’un surplus d’employés, dont le nombre total dépasse les 7.500 et la place en dehors des ratios internationaux pour le nombre d’employés par avion. L’idée du plan social n’est pas nouvelle, mais traîne depuis 7 ans. Une somme de quelque 52 MDT a même été provisionnée par Tunisair pour les départs volontaires à la retraite. Il s’avère cependant que le calcul de la provision ne tenait pas compte de l’incapacité des caisses sociales, qui refusent de payer et ne permettrait même pas le départ de 400 employés.

  • Plan social et retards : Des solutions, internes et après discussion avec l’UGTT

Là encore Radhouane Ayara nous renvoie vers la nécessité d’un dialogue avec l’UGTT à propos de ce plan. «Nous avons un partenaire social et on doit en discuter avec lui, probablement la semaine prochaine», nous dit-il, avant de glisser l’idée de ce qu’on a cru comprendre comme une possible reconversion professionnelle, que «à la fin des discussions, si tout le monde s’entend sur le fait que certains employés quittent volontairement Tunisair pour d’autres secteurs, dans le respect de la loi, cela pourrait être une solution parmi tant d’autres». Et le nouveau ministre de préciser encore, comme pour dire que rien n’est encore décidé : «je crois que ne doivent quitter la compagnie que ceux qui n’ont plus de force pour continuer, pour des considérations qui ne sont pas forcément personnelles», avant d’évoquer les expériences «d’autres compagnies où les choix adoptés ont été douloureux, mais qui tiennent compte de l’intérêt de leurs compagnies et du pays».

Avec le ministre du Transport, dans cet entretien exclusif, nous revenons sur la question des retards, à répétition et toujours en hausse de délais. Il n’en dira pas plus que ce qu’il a indiqué plus haut, invoquant la question des ressources, humaines et matérielles. Nous insistons, il s’en tient à ses premières explications et appelle toutes les parties à contribuer à la recherche d’une «solution, qui ne peut être qu’interne».

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La Tunisie de l’après Ben Ali a vécu sous 3 présidents de la République, connu 7 Premiers ministres ou chefs de gouvernement qui ont composé 10 équipes ayant employé pas moins de 286 ministres, 195 secrétaires d’État et fait appel à 218 conseillers. Que sont devenus tous ces anciens responsables qui ont noirci les pages des journaux de leurs activités et des informations sur leurs réussites, leurs échecs, leurs bourdes ou leurs anecdotes que tout le monde épiait ? Où se cachent-ils après avoir envahi les plateaux de télévision et accaparé les micros des radios, publiques et privées ? Que font désormais ces anciens qui ont parfois défrayé la chronique ?

Petit nombre d’entre eux, comme ceux qui sont issus d’Ennahdha, font désormais de la politique un métier à temps plein. D’autres ont choisi de fructifier leurs expériences gouvernementales dans le domaine du consulting et ont même monté pour cela des cabinets. D’autres encore ont été vite aspirés par le secteur privé, attiré par leurs compétences et leur expérience.

  • Marzouk retourne à Orange, Mekki et Brahim en politique

Ancienne ministre du Tourisme, figurant à ce titre au classement des six premières femmes les plus influentes dans le monde arabe par Sayidati, Amel Karboul gère le think-tank du banquier d’affaires Kamel Lazaar (Swicorp), le «Maghreb Economic Forum (MEF)».

Ancien ministre, au titre de son appartenance politique au parti islamiste Ennahdha, aux postes de ministre des TIC puis de l’Energie et des Mines, Mongi Marzouk a repris en France sa carrière au sein d’Orange. Sur son profil LinkedIn, on lit qu’il est depuis octobre 2016 le vice-président VP du groupe Orange pour la gouvernance de l’énergie durable.

Issu lui aussi du parti islamique Ennahdha, où on lui prête l’image d’un faucon, Abdellatif Mekki, qui était ministre de la Santé de la Troïka, fait face à un mouvement de contestation appelé «révolution du bistouri». Réélu à l’ARP après avoir démissionné de l’ANC en 2012, il affirme se consacrer désormais à la politique et n’avoir d’autres ressources que sa prime ou son salaire de député.

Yassin Brahim préfère, lui aussi quoique d’un autre bord, se consacrer à la politique. Il s’occupe, depuis qu’il a décidé de ne pas rallier le GUN, d’Afek Tounes. Son bâton de pèlerin à la main, il fait du terrain pour élargir l’assise électorale de son parti en préparation des prochaines échéances électorales. Il a fait, de 2013 à 2014, du conseil pour son ancien employeur, mais s’investit désormais dans la création et le soutien des Start-up. «Une s’est déjà plantée et deux tiennent désormais la route, dont une s’oriente vers l’export», confie-t-il à Africanmanager. Ayant accumulé un petit patrimoine, dont une maison en location et le travail de sa femme ingénieur en soutien, il se donne jusqu’à 2019 pour voir venir.

  • Fehri à la Biat et Zakaria à la Sotugat

Noomane Fehri qui avait racheté en 2011 le cabinet de conseil en technologies MKC à son propriétaire, Mondher Khanfir, qui en a d’ailleurs créé un autre (Colombus Consulting) à côté du fond d’amorçage «Capitalis» qu’il gère, a intégré le groupe Biat pour se fondre dans sa Fondation où il s’occupe de l’incubateur de cette banque du groupe Mabrouk.

Après avoir été pendant un temps au conseil d’administration de son groupe de capital-investissement, Tunisie Leasing et ministre de l’Industrie et de la Technologie, en 2011, dans le gouvernement de Béji Caïd Essebssi, Abdelaziz Rassaa est depuis quelque temps ambassadeur à Paris. Un bon petit parachute doré que lui offre son premier patron de l’après Ben Ali. Son ancien chef de cabinet, dans le gouvernement Habib Essid avant d’être lui-même ministre de l’industrie du même gouvernement Essid, Zakaria Hamad est actuellement DGA de la société qui gère le gazoduc algérien qui traverse la Tunisie pour l’Italie, la Sotugat.

  • Retour aux sources, de Cheikhrouhou, d’Abdelkefi et de Zribi

Ancienne ministre des Finances du gouvernement de Youssef Chahed, Lamia Zribi a atterri à la tête du Conseil national de la statistique. Un poste avec rang de Secrétaire d’Etat au sein d’une institution sous tutelle du ministère du Développement économique que chapote Zied Laadhari.

L’ex-ministre du Développement et ministre des Finances par intérim, Fadhel Abdelkefi, réintègre le groupe familial «Integra Partners» et retrouve ses bureaux de Tunisie valeur, qui n’ont même pas été occupés lorsqu’il était ministre, après avoir démissionné et gagné l’affaire qui a été derrière sa démission du gouvernement de Youssef Chahed.

Ancienne ministre de l’Energie dans le gouvernement Chahed, Héla Cheikhrouhou préfère ne pas rempiler dans le GUN 2 et le fait savoir au chef du gouvernement tunisien. Nous rapportions au début de septembre qu’elle avait reçu des propositions à l’international. Cela se confirme. Celle qui a été la 1ère directrice exécutive du Green Climat Found, après avoir été Directrice du Département de l’Energie, Environnement et Changement Climatique à la Banque Africaine de Développement (BAD), où elle avait mis en place une série d’investissements de la BAD dans les énergies renouvelables et assuré des montages financiers et des partenariats publics privés dans ce domaine rejoint les USA pour un nouveau poste dans une grande institution internationale.

  • La compétence, comme l’argent, n’a pas d’odeur

Nabil Chettaoui, ancien PDG de Tunisair et ancien DG de l’aviation civile au ministère du Transport, avait été engagé par le groupe Délice Danone de Hamdi Meddeb. L’ancien ministre du Tourisme Khélil Lajimi a été repris par le groupe des frères Bayahi qui lui ont confié la présidence du conseil d’administration de leur société «Procan» (emballage métallique) et l’administration déléguée de «Sicam », une société exerçant dans la conserverie alimentaire, sans oublier le comité exécutif du groupe Bayahi.

Grande compétence aussi et ancien Conseiller économique du même gouvernement Essid, après avoir occupé le poste de PDG de la Steg, Ridha Ben Mosbah a été vite récupéré par le groupe Ben Yedder où il dirige depuis peu la société «Parenin», qui est le concessionnaire de la marque «Caterpillar» en Tunisie. Bien avant lui, le groupe Ben Yedder avait déjà su récupérer une autre compétence en la personne de Slim Chaker, qui y avait occupé et dirigé le pôle santé après avoir quitté le 1er gouvernement de Béji Caïed Essebssi en juillet 2011. BCE le reprendra à ses côtés à sa sortie du ministère des Finances à la venue du GUN (Gouvernement d’Union nationale) et l’injecte de nouveau dans le GUN.

Chiheb Ben Ahmed, ex-ministre du Transport de Mehdi Jomaa, a été récupéré par le géant de l’agroalimentaire et de l’industrie Poulina Group Holding (PGH), à la direction générale en charge de plusieurs filières. Un groupe de plus de 100, dirigé par Abdelwaheb Ben Ayed.

Autre très grande compétence et «clubiste» dans les tripes, Nouri Jouini a longtemps refusé différentes responsabilités dans la Tunisie de l’après révolution, bien qu’il ait été un des conseillers, dans l’ombre, de BCE à La Kasbah ; il est actuellement vice-président de la Banque islamique de développement (BID) basée en Arabie Saoudite.

Autre ancien ministre, lui aussi, mais du 1er gouvernement de l’après Ben Ali, Béchir Zaafouri a réintégré le groupe Monoprix. Il y était directeur technique, il s’y retrouve Secrétaire Général. De la même période, Jamel Gamra, qui avait occupé le poste de PDG de la CTN et celui de ministre du Tourisme, est installé à l’université de Sherbrooke au Québec pour y suivre des cours de doctorat.

  • Ceux qui vendent leur expertise

Pionnier du Bureau de la Mise à Niveau du ministère de l’Industrie d’un autre temps, Slim Tlatli qui a aussi été ministre du Tourisme, après un passage au ministère de l’Emploi en 2008, reste actif dans la consultance. Patente en main, cet ancien haut fonctionnaire qui se remet à la politique avec «Machroua Tounes», travaille en Freelance avec de hautes institutions internationales comme le PNUD, l’ONUDI ou le GIZ, qui est l’organisme de coopération allemande.

Bien avant elle au département des Finances, Hakim Hammouda a reçu plusieurs offres d’institutions multilatérales, comme la BAD. Il a cependant préféré rester indépendant, pour commencer une activité de conseil auprès d’institutions, financières et bancaires internationales, à travers son cabinet «Stratégia». L’ancien ministre reste tout de même dans le débat public, avec des analyses et un positionnement qui font de lui la coqueluche des médias de la place. Ancien cinéaste amateur, Hammouda n’en oublie pas ses préférences culturelles et s’y implique.

Moins connu car toujours plongé dans son travail, cet ancien ministre des TIC de 2007 à 2010, Haj Glï. Né à El Guettar à Gafsa, il est passé par l’institut international d’administration publique de Paris avant de faire les beaux jours de La Poste. La Tunisie lui doit notamment la préparation et la conduite de la restructuration du secteur des communications. On lui doit aussi la supervision des programmes d’investissement pour la modernisation de son infrastructure. Bosseur et intègre, Haj travaille actuellement dans la consultation dans plus d’un pays africain.

Cela confirme, si besoin est, que ceux qui ont travaillé pour l’ancienne Tunisie étaient des compétences avérées. Ils étaient courus pour leurs compétences et le restent toujours, puisqu’ils sont toujours dans le circuit, mais dans le privé et non dans le public qui n’a pas su les attirer et encore moins leur prouver qu’ils étaient d’abord au service d’un Etat et non d’une personne.

Né dans une famille de l’ancienne bourgeoisie tunisoise composée de propriétaires terriens et fondée par Ahmed Chelbi qui était fonctionnaire à la cour beylicale, il est arrière-petit-fils du grand savant religieux Salem Bouhageb du côté maternel. Afif Chelbi est aussi une grande compétence, mais qui a enfin été récupéré par la Nouvelle Tunisie, tout comme l’actuel ministre des Finances, Ridha Chalghoum. Issue de l’École centrale Paris, Chelbi travaille d’abord à l’API avant d’être directeur de la maîtrise de la technologie et des mutations industrielles au ministère de l’Économie nationale, DG du Cetex avant de prendre la tête en 2001 de la banque d’affaires International Maghreb Merchant Bank (IM Bank). Ministre de l’Energie en 2004 et ministre de l’Industrie en 2010, il est reconduit dans le 1er gouvernement de Mohamed Ghannouchi dont il démissionnera par la suite. Il vient tout récemment de prendre la tête du conseil des analyses économiques, qui est une sorte de Think-Tank du chef du gouvernement.

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Depuis 2011, la Tunisie de l’après Ben Ali a connu un seul Premier ministre et 6 chefs de gouvernement.

Deux sont encore en exercice. Il s’agit de Béji Caïed Essebssi, qui avait troqué un fauteuil de la Kasbah contre un autre, plus confortable au vu du peu de prérogatives, à Carthage. Le second est Youssef Chahed, qui s’apprête à faire le chemin du chef de l’Etat, dans le sens contraire. Il s’en est défendu lorsque Rached Ghannouchi l’avait sommé d’y renoncer. Mais a-t-il réellement enterré le projet ?

Pour le reste de la liste des chefs de gouvernement, force est de constater qu’ils restent, après leur départ de La Kasbah, en majorité mordus de politique et certains sont déjà dans les starting-blocks et nourrissent encore l’espoir et au moins le désir d’accéder à Carthage, sinon de revenir à La Kasbah.

Si Mohamed Ghannouchi a complètement sombré dans l’anonymat et le silence radio qui l’accompagne, le second chef du gouvernement de l’après révolution en Tunisie, Hammadi Jbali, reste actif sur les réseaux sociaux. Démissionnaire du 1er gouvernement d’après révolution et écarté du parti islamiste Ennahdha qui l’y avait porté, il ne semble pas démordre de l’idée que la révolution n’est pas finie. Le 16 septembre sur son mur, il écrivait que la Tunisie vit au «rythme de l’accélération des événements avec des implications sérieuses sur le présent et l’avenir de notre société et versent tous dans la contre-révolution». Il en est encore là. Joint par téléphone, il ne répond pas. Beaucoup de choses sont dites sur les réseaux sociaux (information ou intox ?) à propos de ses moyens de subsistance et de ses biens, bien ou mal-acquis. Lui, il n’en dit rien.

Ancien chef de gouvernement démissionnaire, Ali Larayedh dit se consacrer à la politique et n’avoir d’autres ressources financières que son salaire de Député. Il est d’abord élu à l’ARP et semble financièrement s’en contenter, comme il l’affirme à Africanmanager, en précisant qu’il ne perçoit rien d’Ennahdha où il est aussi membre du BE. «Le parti couvre juste mes frais de déplacement à l’intérieur du pays, mais sans pour autant m’accorder d’autres avantages». Il nous dit aussi avoir trop de travail à la commission des finances et de la planification au conseil régional de Tunis pour faire autre chose. Il dit aussi être parfois «appelé à donner des conférences, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, mais sans en tirer ressources financières». L’ancien chef de gouvernement dit aussi être «simple locataire et non propriétaire de chez lui», et n’avoir de privilège de son ancien fauteuil que celui de l’accompagnement sécuritaire. Dans sa famille, c’est Hichem qui serait le seul à avoir monté un projet dans le domaine informatique. Les autres, un garçon docteur en informatique à l’étranger et une fille ingénieur et mariée, vivant aussi à l’étranger.

L’ex-chef du gouvernement Mehdi Jomaa se consacre lui aussi à la politique et prépare à concourir à l’élection présidentielle de 2019 au sein de son parti politique «Al Badil», où il est «à plein temps», dit-il à Africanmanager. Jeune Afrique parle de lui comme «un possible prochain Macron», et lui juge cet article «très intéressant». Il continue entretemps avec sa société, la «Global Strategic Advisory» dont on trouve trace dans la rubrique «dirigeants», du site de BFM TV.

Lui, il affirme que GSA est installée à Tunis et à Paris où est aussi installée sa famille, et délivre ses conseils à de grands groupes privés, «mais pas locaux, car je me suis interdit de travailler en Tunisie» tient-il à préciser pour Africanmanager. «Depuis mon départ de La Kasbah, je suis redevenu un père de famille normal avec un Job qui est le conseil en stratégies », nous dit-il. Il n’a plus cependant les mêmes moyens financiers du temps où il travaillait dans le domaine aéronautique. «J’avais plusieurs sociétés que je gérais au sein du groupe, entre les USA, l’Europe et la Chine, et avec 27 ans de salaire, j’ai de quoi vivre, sans compter ce que rapporte le conseil», dit-il en précisant : «ce que je gagnais en tant que chef de gouvernement tunisien ne représentait pour moi qu’une journée de rémunération, là où je travaillais avant». Jomaa, qui refuse par ailleurs qu’on le qualifie d’homme d’affaire, n’a ainsi manifestement pas de quoi se plaindre et affirme même : «la Cour des Comptes connait tout ce que je possède au détail».

Habib Essid, qui vient d’ailleurs de rentrer du Hajj, est revenu à ses premiers amours, ceux de l’agriculture. Mais cette fois-ci pour le plaisir. L’ancien chef de gouvernement tunisien a en effet acquis une petite parcelle de terre agricole, à quelques dizaines de kilomètres de Tunis, où il s’adonne à son plaisir en faisant l’agriculteur, selon ce qu’a dit à Africanmanager le très peu bavard ancien occupant du palais de la Kasbah, qui aurait cette activité chevillée dans l’âme.

Fils de maçon dans une famille qui compte sept enfants, il obtient une maîtrise en sciences économiques de la faculté de droit et des sciences économiques de l’Université de Tunis en 1971. Boursier aux USA, il y prépare un master en économie agricole. De retour à Tunis, c’est au ministère de l’Agriculture qu’il débute sa carrière. Avant d’être ministre, il a été surtout PDG de l’Office de mise en valeur des périmètres irrigués de Gafsa et du Djérid. On comprend dès lors qu’à la retraite il revienne aux sources agricoles.

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Noureddine Taboubi est né le 8 février 1961 à Béja. Il a intégré le monde du syndicalisme en 1990, en tant que Secrétaire général du syndicat fondamental de la société des viandes «Ellouhoum». Une année plus tard, il accède à la cour des grands, en tant que Secrétaire général de l’Union régionale de Tunis chargé du règlement intérieur. Sa maîtrise de l’appareil UGTT de l’intérieur, par cette profonde connaissance des règles, l’amènera jusqu’au poste de Secrétaire général le 26 janvier 2017, où il avait remplacé Houcine Abassi. Moins tonitruant et au regard moins torve que lui, il n’en suivra pas moins la voie, dans la montée en puissance politique du syndicat ouvrier.

  • Conservateur, pragmatique et sans complaisance, dit de lui «Le Monde»

Le journal français «Le Monde» dit de lui que c’est un «conservateur pragmatique» et que «l’aile gauche du syndicat a critiqué sa complaisance supposée à l’égard des islamistes». Et s’il s’est en effet révélé être un conservateur, au moins dans le maintien du caractère revendicatif à tout bout de champ, entamé par son prédécesseur qui avait un jour lié la productivité aux augmentations, devant une assemblée patronale à Sousse. Conservateur aussi, dans sa vision du mode de fonctionnement économique de la Tunisie, une vision qui prône sans le dire «l’Etat providence». Pragmatique, on n’en voit pas encore les prémices, tant le nouveau SG de l’UGTT ne donne toujours pas de signe d’une meilleure compréhension de la nouvelle conjoncture économique et financière. Le syndicaliste de base, pur et dur, n’arrive manifestement pas à poser les pieds sur terre et s’adapter à la réalité du terrain. Comme un mauvais marin, Taboubi vogue contre le vent au risque de faire chavirer toute la barque.

Il faut cependant reconnaître une chose : On ne lui voit toujours pas de complaisance. L’homme se tient encore à distance de toutes les composantes politiques au pouvoir. «Le Monde» expliquait que «la présence au sein du nouveau bureau de représentants de la gauche, tels Hfaïedh Hfaïedh, Sami Tahri ou Naïma Hammami, souligne néanmoins qu’il sera sous la haute surveillance de ceux qui ne veulent pas pousser trop loin la conciliation avec le pouvoir». Et ils font bien le boulot.

Mais si Taboubi n’est pas complaisant, c’est surtout qu’il se place, comme son prédécesseur d’ailleurs, au-dessus de toute la sphère politique, presqu’à hauteur de chef de gouvernement, dont il fait même son protégé dès l’une de ses premières apparitions TV, en ce qui concerne les sujets économiques et sociaux.

Homme de l’antisystème, économique et social, du gouvernement de Youssef Chahed, Noureddine Taboubi s’y tient et ne lâche rien. Houcine Abassi, son prédécesseur, avait un jour jeté au ministre des Finances qui lui disait qu’il signait des augmentations salariales dont il n’avait pas l’argent, que c’est son problème. A l’ancien ministre des Finances par intérim de Youssef Chahed, qui essayait de discuter avec lui de l’évolution inquiétante de la masse salariale, Taboubi avait vite fait levée de boucliers, en indiquant que ce sujet est une ligne rouge. Et au fil de ses discussions avec d’autres ministres, les lignes rouges se multipliaient, jusqu’à ne plus laisser place à aucun sujet de négociation.

L’homme ne voit manifestement que la couleur rouge. Mais dans le seul sens des seuls intérêts de la classe ouvrière et de leurs acquis matériels. Les salaires sont une ligne rouge, les prix sont une ligne rouge, les entreprises publiques sont une ligne rouge, la privatisation est une ligne rouge.

Le SG de l’UGTT ne voit manifestement pas le rouge, déjà écarlate, de tous les ratios de l’économie dont vivent les ouvriers qu’il défend. Il ne voit pas le rouge de la dangereuse montée de la masse salariale par rapport au rouge, dans l’autre sens, de la chute de la croissance. Il ne voit pas le rouge de la détérioration des équilibres financiers, le rouge de l’endettement, celui de la dépréciation du dinar pour manque de ressources propres et celui aussi des déficits, commercial, budgétaire et autres. Toutes ces lignes rouges ne valent-elles rien pour le SG de l’UGTT ? Comment pourrait-il discuter avec le gouvernement en s’entourant de lignes rouges ? Comment suppose-t-il que le chef du gouvernement, dont il est le parrain officiel désormais, pourrait-il trouver des solutions pour sortir l’économie du marasme où elle est depuis 7 ans avec le trop plein de lignes rouges syndicales. Dernière question. En voiture et avec un mourant, le chauffeur doit-il s’arrêter aux feux rouges et le laisser mourir ? C’est, à notre sens, actuellement le cas de la Tunisie !

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Les résultats du son dernier sondage d’opinion de Sigma Conseil (qui ne diffère par ailleurs presqu’en rien de celui d’Emrhod) sur l’issue des prochaines élections municipales, ont respecté la hiérarchie politique déjà en place en Tunisie depuis 2014. Nida Tounes avec 35,1 des voix, Ennahdha, choisi en second avec 28,5 %, le Front Populaire avec 6,9 % des voix, le parti de la bicyclette ou Courant démocratique du couple Samia & Mohamed Abbou en 4ème position avec 4,5 % des voix et Afek cinquième avec 3 %. Il se démène beaucoup, mais le Badil de Mehdi Jomaa ne figure carrément nulle part dans les résultats du sondage de Sigma, où il est placé dans le groupe «Autres» qui se partageraient 4,9 % des voix, alors que le CPR et Ettakattol resteraient dans le groupe des zéro-virgule.

Ces résultats ont certainement apporté du baume au cœur de Nida Tounes et ont pris le contrepied de toutes les croyances, populaires et même de l’intelligentzia, sur une issue qui donnait Ennahdha en tête.

  • BCE, le mariage et l’héritage. La patte de l’expert !

Note importante, ce sondage avait été réalisé entre le 21 août et 19 septembre. Deux évènements l’avaient précédé. D’abord, le discours du chef de l’Etat tunisien à l’occasion de la fête de la femme, où il annonçait son intention de relancer la question de l’égalité homme-femme dans l’héritage et de mettre fin à l’interdiction pour les femmes de se marier à un non-musulman. Résultat, les intentions de vote pour Nidaa étaient de 10 % chez les hommes et 10 % chez les femmes au niveau national. La classe populaire voterait à 10 %, la classe moyenne à moins de 11 % et la classe aisée à 9,7 % pour le parti de celui qui veut relancer la parité dans l’héritage.

Décryptage : Les femmes soutiennent le parti de BCE et les hommes (comme d’habitude !) suivront le vote de leurs femmes au risque de se payer une grève. De l’autre côté, les classes, populaire et moyenne, celles où «l’injustice» dans l’héritage est la plus perceptible et où le poids de l’argent est le plus lourd, lui font un plébiscite, car elles s’y voient déjà !

Le sondage de Sigma porte aussi l’empreinte de l’interview, accordée le 6 septembre 2017 par le chef de l’Etat aux journaux de La Presse. Une interview où l’ancien candidat de Nidaa Béji Caïed Essebssi disait notamment sa déception d’Ennahdha. Des propos qui ont certainement, au moins quelque peu, influencé le jugement des sondés. BCE était-il au courant ? Ce qui est sûr, d’après les résultats dudit sondage, c’est que les inconditionnels d’Ennahdha (12,7 %) se trouvent toujours dans le Sud-est tunisien, à Sfax (9,4 %) et dans le Grand Tunis (7,5 %) surtout, dans la gente masculine et chez ceux qui ont un niveau d’instruction du secondaire (9,3 %) et de l’universitaire (8,9 %).

  • Nidaa, le parti des séniors et des «peu instruits» ?

Autre décryptage : Les résultats du sondage, selon les tranches d’âge pour Nidaa, offrent un autre éclairage, moins people certes, mais socialement plus compréhensible. En effet, la majeure partie des votants pour Nidaa se trouve toujours dans la tranche des séniors. Ce sont ainsi 11,7 % des personnes âgées entre 59 et 45 ans et 14,5 % des 60 ans et plus, qui voteraient en premier lieu pour Nidaa Tounes. L’explication se trouve dans le caractère conservateur des Tunisiens. Ceux-là protègent sont soucieux de leur confort et n’ont toujours pas cru les déclarations d’Ennahdha sur la séparation du religieux du politique.

Nidaa Tounes reste ainsi le parti des séniors (9,1 % des 18-29 ans et 9,5 % des 30-40 ans). Le peu de jeunes, grand vivier de l’abstention que Sigma estime à 70,3 %, qui iront voter, le feront pour Ennahdha. La jeunesse tunisienne est et restera anti-système, livrée par le chômage et le manque de développement dans les bras de ceux qui manient l’opium du peuple, comme disait Karl Marx.

L’autre découverte de ce sondage, et qui ne va pas faire plaisir aux supporters du parti des Caïed Essebssi, B et H, est que seulement 8,4 % des intentions de vote des personnes possédant un haut niveau d’instruction iraient pour Nidaa, 11,9 % issus du secondaire, 11,2 % issus du primaire et 8,1 % d’illettrés. Cinglant comme découverte !

  • Les costards de Hamma et la «gauche-caviar», le remontent à la 3ème place

«Surprise» de ce sondage, le Front Populaire de Hamma Hammami, qui n’était que 4ème aux législatives de 2014 avec 3,66 % des voix, se retrouve à la seconde place et 6,9 % des voix, dans les intentions de vote pour les municipales de 2018. Ces futurs votants, il les puise essentiellement dans le Centre-ouest (Sid Bouzid, Siliana etc…) avec 2,9 % des intentions, le Grand Tunis (comme les cités ouvrières notamment de Ben Arous) avec 2,3 % et Sfax avec 2,1 %.

Une lecture de ces chiffres selon les classes populaires, nous fait découvrir, d’abord que ce ne sont pas les classes populaires qui voteraient pour le Front de Hamma (1,3 %), mais essentiellement la classe aisée (5,2 % des intentions) et la classe moyenne supérieure (2,9 %), autrement dit ceux qu’on appelle généralement les «bobos» ou «bourgeois-bohèmes». Wikipedia définit le bobo comme étant «une personne qui a des revenus sans qu’ils soient faramineux, plutôt diplômée, qui profite des opportunités (…) et vote à gauche».

Il est vrai qu’avec ses costards taillés sur mesure, sa bonhomie et sa mine de pantouflard toujours bien sapé, le rapprochent beaucoup plus de ces deux classes que de la classe ouvrière qu’il dit représenter. Et ce sont les Bobos des 30-40 et les nostalgiques des années-campus et les soixante-huitards qui le portent au pinacle avec 2,8 % chez les 45-59 ans et 2,4 % chez les 18-29 ans. Mais aussi 5,2 % chez les riches et 2,9 % chez la classe moyenne supérieure !

Le sondage d’opinion de Sigma Conseil a aussi porté sur les intentions de vote pour de prochaines législatives. Le résultat est semblable à celui des Municipales. Nidaa Tounes et Ennahdha seraient côte à côte avec respectivement 36,7 et 27,7 %. Et c’est Hamma Hammami et son Front qui deviendraient la 3ème force politique et ce sont encore les Bobos (5,8% chez les riches et 4,4 % chez la classe moyenne supérieure) qui reconnaitront Hamma le magnifique, comme l’un des leurs. Hamma est aussi adoré par les femmes. En cas d’élection présidentielle, 4,4 % des femmes déclarent leurs intentions de voter pour lui, contre 3 % chez les hommes. Il serait aussi le candidat de 4,9 % chez les nantis et de 4,3 % chez la classe moyenne supérieure et chez 3,7 % seulement de la classe dite populaire.

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Nous ne citerons pas l’identité de la personne qui a mis en ligne cette information, car nous ne pouvons préjuger de sa bonne foi et ses bonnes intentions, que nous ne mettrons pas en doute pour autant. Nous ne traiterons pas, non plus, du fond de cette affaire qui est entre les mains de la justice, après que la société plaignante a perdu son premier procès en civil.

Il n’en demeure pas moins que les corbeaux ont encore frappé en Tunisie. Il est vrai que la loi permet, sinon encourage, la délation. Mais dans des circuits et des procédures qui respectent la présomption d’innocence, lequel est un droit inaliénable pour toute personne soupçonnée d’un quelconque fait délictueux.

Et même si l’on pourrait en vouloir à certaines instances, en charge de la lutte contre la corruption et la prévarication, de trop parler d’affaire en cours, force est de constater qu’elles respectent tout de même la présomption d’innocence et évitent de donner les noms en pâture et de les traîner dans la boue, pour constater après qu’ils ont été relaxés. Les exemples font à ce titre légion.

  • La cabale des corbeaux

Une 1ère cabale avait été engagée contre l’ancien ministre des Finances par intérim, Fadhel Abdelkefi, dès qu’il a commencé à hausser le ton contre les empêcheurs de tourner en rond à l’ARP et dès qu’il a pu prendre la mesure de la gravité de la situation financière et mettre au point les mesures à prendre pour y remédier. Le ministre a démissionné et les corbeaux ont eu ce qu’ils voulaient.

Une 2ème cabale s’est récemment déclarée contre un haut cadre tunisien, rappelé au service public à la tête de Tunisie Télécom. Mohamed Fadhel KRAIEM est diplômé de l’Ecole Polytechnique et de l’Ecole Nationale des Télécommunications à Paris. Après une carrière internationale en France et au Maroc (SFR, Maroc Télécom et Inwi au Maroc), il rejoint, en juillet 2010, Tunisie Telecom en tant que Directeur Général Adjoint en charge des activités commerciales et financières pendant 5 années et 6 mois. Et ce sont ses hautes compétences qui le feront choisir par le groupe Monoprix pour booster l’entreprise.

L’affaire où son nom a été évoqué est en fait une plainte d’un client, contre Tunisie Télécom et de fait contre tous ses dirigeants. Une affaire que ledit client avait perdue en civil. En pénal, elle est depuis 2015 en instruction et aucune accusation n’a été encore retenue contre l’un ou l’autre des dirigeants de Tunisie Télécom. Pourquoi donc en faire état, alors qu’elle n’est qu’au stade primaire de l’instruction, deux années après les faits présumés et le lendemain du jour de l’annonce de son retour à Tunisie Télécom ? Il y a un hic !

  • Jusqu’à quand les corbeaux vont continuer à croasser ?

Depuis quelque temps, une nouvelle activité se développe dans une nouvelle Tunisie qui se dit en guerre contre la corruption. Tellement en guerre qu’elle serait prête à tout brûler, dans une logique morbide de «la terre brûlée» ou du «après moi le déluge». Cette nouvelle activité est le «fuitage» des affaires judiciaires. Des fuites, à la demande ou au besoin, pour faire tomber telle tête ou entacher telle candidature ou détourner les regards

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Pour le second exercice financier consécutif, le gouverneur de la banque centrale de Tunisie et derrière lui toute l’équipe qui gère comme un bon père de famille la politique financière d’un pays en proie à toutes les crises, politique, sociale, économique, financière, de liquidité et de rareté des devises, se font gratifier d’une des meilleures notes, par le prestigieux «Global Finance».

Du prestige de cette notation il suffirait de rappeler que les gouverneurs des Banques centrales qui ont reçu le grâle d’une note «A» ou «A-» seront honorés aux «Best Bank Awards» de GF et célébrés au cours des réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale.

Les notes varient de A à F, du meilleur au pire et donnent un jugement d’experts sur la réussite dans des domaines tels que le contrôle de l’inflation, l’atteinte des objectifs de croissance économique, la stabilité de la monnaie et la gestion des taux d’intérêt. Cela veut dire que le Gouverneur et son équipe, sans performer, ont fait un «bon job».

Pour s’en convaincre, et en dehors de l’éclat personnel qui pourrait en jaillir sur la personne de Chedli Ayari qui n’a besoin de personne pour le défendre, il suffirait de constater que, par exemple, la note du Tunisien est nettement meilleure que celle du Chinois, qui a eu un «C», et même meilleure que celle de la grande puissance financière internationale qu’est Hong Kong, qui a eu un «B-» et que celle la Mecque des Finances qu’est la Suisse, dont le Gouverneur a été dégradée à «B-» par rapport à 2016.

  • Mieux que la Chine et la Suisse et similaire à la Grande Bretagne !

La note du Tunisien est similaire aux notes accordées à la gestion de dirigeants de prestigieuses autres banques centrales de grands pays comme la Corée du Sud, la Grande-Bretagne, qui a vu sa note dégradée, tout comme celle du Danemark, qui perd le «+» de sa note, la Norvège et à un pas du «B+» du gouverneur de la Banque Centrale de l’Europe.

Ce n’est pas tant un hommage à Chedly Ayari, qu’un hommage aux cadres et hauts cadres qui le secondent et un plus grand hommage à la justesse de la politique tunisienne en matière de gestion des finances. Une ressource rare et très coûteuse, dans un pays où tout le monde s’accorde à dire qu’il vit au-dessus de ses moyens et dépense plus qu’il ne produit, pour ne pas rappeler qu’il dispose d’une population où ceux qui travaillent deviennent l’exception par rapport à ceux qui mettent quotidiennement les bâtons dans la roue de la production.

En Tunisie, cette note est accordée à un homme de 84 ans, issu du système éducatif tunisien, du primaire au supérieur, rompu à la politique dans les différents postes ministériels qu’il a occupés de 1969 à 1974. Un économiste, en fonction à la BCT depuis le 24 juillet 2012. Un poste dont il a «hérité», par voie de «succession» par vote dans l’enceinte de l’ANC, de Mustapha Kamel Nabli. Un poste où il se passe rarement un jour sans qu’un des experts ou un économiste n’appelle à son changement et ne l’accuse de tous les maux des finances de la Tunisie de l’après révolution. Un homme qui a presque l’âge du tableau de Jalel Ben Abdallah qui trône derrière son bureau, tout aussi indémodable que le «pas mauvais» économiste qu’il a toujours été, son «B» à l’appui. Avec cette note, le fauteuil de Gouverneur de la BCT est gratifié et sera certainement très couru en juillet prochain, et certains s’y voient déjà.

  • Nul n’est prophète en son pays

Au-delà du côté personnel de cette note, elle est d’abord pour toute la Tunisie et celle du «Made-in-Tunisia» en matière de gestion de ce qui est rare et précieux. Une note aussi et enfin qui semble avoir laissé de marbre toute la classe politique et toute l’intelligentsia économique. Il faut se rendre à l’évidence : La Tunisie est à l’image de «Bab Mnara» dont la lanterne n’éclaire que les étrangers. Gageons que s’il avait été noté C, il aurait été hué par plus d’un économiste et plus d’un député. On pourrait même imaginer que des hordes de manifestants lui auraient crié dégage, s’il avait eu un F à Dieu ne plaise pour l’économie du pays.

 

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Le gouvernement tunisien a mis au point, mercredi dernier, une «charte de l’action du gouvernement». Ce document fixe sa méthodologie et les règles de son fonctionnement, la communication avec les députés de l’ARP, les déplacements des membres du gouvernement en Tunisie et ailleurs, la rationalisation des missions à l’étranger et l’annonce des nominations aux hautes fonctions. Youssef Chahed a souligné à ses ministres la nécessité d’activer l’action des structures de contrôle et de poursuivre ceux qui enfreignent la loi. Et le chef du gouvernement de sermonner son équipe, en leur affirmant qu’ «il n’y a plus de place pour les mains tremblantes».

  • La tremblote, une maladie gouvernementale héréditaire et transmissible

Bien avant Yousef Chahed, cette question des mains tremblantes du gouvernant avait déjà fait les choux gras de toute la classe politique tunisienne, avec l’ancien chef de gouvernement tunisien Habib Essid. A la remarque qui lui avait été faite qu’il gouvernait d’une main tremblante, il avait exhibé ses mains en souriant, pour montrer qu’elles ne tremblaient pas.

C’est pourtant ce même gouvernement et son chef, qui avaient abdiqué face à presque toutes les pressions. D’abord celles de la rue, ensuite celles des partis et notamment Ennahdha et enfin et surtout celles de l’UGTT et même face au FMI. Youssef Chahed en est presque témoin, puisqu’il a été témoin des conséquences de la gestion aux mains tremblantes de son prédécesseur. Les plus importantes auront été les accords incessants d’augmentations salariales sous lesquels croule son gouvernement et aussi ceux signés avec le FMI et qui ont mis le gouvernement Chahed dans l’embarras.

Sans aucune mauvaise intention attachée à pareille comparaison, l’ancien chef d’Etat tunisien, le Général Ben Ali, avait aussi par deux fois, réuni ses ministres pour leur tenir semblable langage de fermeté et des mains tremblantes qu’il n’accepterait pas et les sommer de prendre leurs responsabilités, de ne pas avoir peur de prendre les décisions qui s’imposent et qui sont les leurs. Ils appliquaient, eux aussi, la politique de l’Etat que dirigeait le chef de l’Etat dans le régime présidentiel qui lui reconnaît une grande partie des pouvoirs qui sont ceux des chefs de gouvernement dans le système politique de la 2ème République. Cela ne l’a pas empêché de congédier les ministres qui prenaient seuls leurs décisions. Bien avant Ben Ali, Bourguiba avait tenu en haleine le pays pendant plusieurs mois, au rythme d’un nouveau gouvernement chaque lundi.

  • La tremblote, une maladie causée par les «Ikrahet» !

Youssef Chahed ne peut pas ignorer, sauf à vouloir faire croire aux fameuses feuilles de route pour chaque ministre comme l’avaient fait croire avant lui Habib Essid et Mehdi Jomaa, que les ministres appliquent la politique du gouvernement qui est décidée par ses soins. Une politique balisée par le Pacte de Carthage, un document relatant des objectifs généraux et variables au gré des intérêts propres, des partis, des organisations et des personnes, signataires de ce pacte.

Il avait aussi essayé de faire cavalier seul, avec pour seul principe l’intérêt du pays, avec la guerre contre la corruption et les arrestations, faites et prévues, qui s’en sont suivies. Il a fait, à cette occasion, l’expérience, lui aussi, des pressions et des mauvaises interprétations de l’intérêt du pays qui ont été faites de cette guerre que tous les signataires du Pacte de Carthage demandaient pourtant. Ses mains ont-elles alors tremblé ? On ne préjugera de rien. On remarquera tout de même que le ralentissement de la cadence de cette guerre n’est pas de bon augure en matière de tremblote !

On ajoutera à cela, sans aucune intention de donner des leçons à quiconque et encore moins à un chef de gouvernement, que Youssef Chahed ne s’est jusque-là pas illustré par un soutien, inconditionnel et sans faille à certains de ses ministres qui ont osé tenir tête ou hausser le ton pour défendre leurs prérogatives. Des pouvoirs et un soutien qui leurs sont pourtant nécessaires, pour s’affirmer, affirmer la volonté de l’Etat et le primat de son autorité. On ne donnera pas d’exemple, ils sont nombreux, et le chef du gouvernement les connaît mieux que quiconque !

  • Allo Docteur !

On va pourtant croire que Youssef Chahed est sincère dans cette démarche de l’abolition de la politique des mains tremblante et que le Dr Chahed va savoir administrer l’antidote de cette maladie, à ses 34 patients. Il lui restera pourtant de s’auto-immuniser pour donner l’exemple, comme doit le faire tout chef et à plus forte raison du gouvernement.

En matière de tremblote, il doit pouvoir contenir sa peur des poids, politique, social et surtout syndical, de ceux qui croient fermement qu’ils sont les véritables dépositaires du pouvoir et gestionnaires des affaires de l’Etat, sans en risquer la redevabilité.

Il doit savoir prendre les décisions qui s’imposent, même si elles font mal, et savoir pouvoir s’y river. C’est à cette seule condition qu’il ne transpirera pas la tremblote et ne la passera pas, comme un virus, à ses ministres.

Le fera-t-il ? Saura-t-il tenir tête à tous ceux qui, au nom d’intérêts propres, partisans ou professionnels, feront reculer le champ de l’intérêt supérieur de tout un Etat ? Wait and See !

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La désormais controversée loi sur la réconciliation nationale a été votée par 117 voix, une seule abstention et 9 voix contre par l’ARP (Assemblée des représentants du peuple) tunisienne qui compte 219 députés.

A voir les gesticulations et les cris hystériques, comme ceux notamment de la députée Samia Abbou qui a suscité la colère du président de l’Assemblée Mohamed Ennaceur qui s’était alors levé à plusieurs reprises pour lui enjoindre de regagner sa place (Voir la vidéo), on se demande pourquoi ils n’étaient que 9 à voter contre le projet de loi, qui a voté et qui ne l’a pas fait parmi tous ceux qui avaient vociféré?

Ceux qui s’étaient pourtant déclarés, avant le vote contre cette loi, sont les 15 députés du Front Populaire, représentés par le braillard Ahmed Seddik, 12 pour le bloc dit démocratique, comme Imed Daïmi qui s’était illustré pendant le vote par un crêpage de chignon avec le député Mohamed Troudi du «Machroua» à propos de cette loi, ou encore Ghazi Chaouachi qui annoncera plus tard dans les médias une action de désobéissance civile contre cette loi, après son adoption. Rien que pour ces trois blocs parlementaires, le nombre de voix refusant la loi, aurait dû être de 27 et non de 9.

  • Ce sont ceux qui en parlent le plus, qui en font le moins !

Mieux. Ceux qui s’étaient distingués par le plus de violence verbale, tant à l’égard de leurs pairs de l’hémicycle qu’à l’égard du président de l’ARP, étaient présents et n’ont pas voté du tout. On ne parlera pas des 5 indisciplinés d’Ennahdha (Leila Oueslati, Nadhir Ben Ammou, Mohamed Ben Salem, Monia Brahem et Moez Belhaj Amor). Mais comme l’affirme «Al Bawsala», ni Samia Abbou, ni Ahmed Seddik, ni Ammar Amroussia, ni Imed Daïmi, ni Ghazi Chaouachi, ni Salem Labiadh, n’ont voté. Tous, comme Samia Abbou, s’étaient pourtant illustrés par de violents propos contre le projet de loi et ceux qui le défendent.

On pourrait expliquer le non-vote par une l’expression d’une position politique. Force est cependant de remarquer que le total des réfractaires au vote était de 90. Si on leur ajoutait les 9 voix contre, leur poids grimperait à 99. Un chiffre qui n’est plus loin des 117 votants en faveur de la loi. Il est cependant certain que si ces brebis galeuses s’étaient mieux mobilisées et avait convaincu seulement une autre vingtaine de leurs pairs, l’issue du vote aurait été autre. On ne s’explique pas pour autant le fait qu’ils aient tous fait cette gabegie et toute cette mascarade lors du vote, juste pour s’abstenir de voter !

Mais on pourrait aussi expliquer tout ce qui s’est passé par un simple jeu de cinéma parlementaire de la part d’un certain nombre de députés rompus à ce genre d’éclats médiatiques, qui est leur seul fonds de commerce sous la coupole de l’ARP dans une séance dont ils étaient sûrs de sa diffusion sur au moins une des chaînes publiques. D’autres, comme Abbou , avaient pris l’habitude de s’auto-filmer par le biais de leurs smartphones et d’en publier les séquences sur les réseaux sociaux pour soigner leur image de dissidents et de contestataires de l’Etat en place.

  • Une amnistie qui exclut pourtant les corrompus !

Ce qui est certain, c’est que ces députés, essentiellement ceux du bloc dit démocratique, ont prouvé à tout le monde qu’ils n’ont rien pigé de la démocratie, où les vaincus sont supposés accepter et respecter le résultat des votes. Un groupe d’illuminés qui veut casser le principe de la démocratie en imposant la dictature de la minorité et qui mobilisent leurs zouaves pour essayer d’entrer dans la dissidence d’un Etat qu’ils n’ont pu avoir entre leurs seules mains.

La loi sur la réconciliation ne comporte pourtant rien, absolument rien, qui accepterait ou qui encouragerait la corruption et permettrait encore moins aux corrompus d’éviter de passer en justice.

Dans son article 2 et contrairement à ce qui se dit, y compris par certaines ONG, la loi stipule que «ne feront pas l’objet de procédure pénale, les fonctionnaires publics et assimilés, au titre des articles 82 et 96 du code pénal, pour les faits relatifs au non-respect des procédures ou portant atteinte à l’administration pour obtenir un avantage injustifié, pourvu qu’ils n’en bénéficient pas eux-mêmes. Il sera alors mis fin aux poursuites et actions pénales, au titre de ces faits, sauf pour ceux qui auront reçu des pots- de-vin ou qui ont détourné des fonds publics». Il est ainsi clair, d’abord que l’amnistie ne concerne que les fonctionnaires de l’Etat. L’article 82 du code pénal tunisien, pour ne citer que lui, précise que «est réputé fonctionnaire public soumis aux dispositions de la présente loi, toute personne dépositaire de l’autorité publique ou exerçant des fonctions auprès de l’un des services de l’Etat ou d’une collectivité locale ou d’un office ou d’un établissement public ou d’une entreprise publique, ou exerçant des fonctions auprès de toute autre personne participant à la gestion d’un service public.  Est assimilé au fonctionnaire public toute personne ayant la qualité d’officier public, ou investie d’un mandat électif de service ou désignée par la justice pour accomplir une mission judiciaire». Et il faut rappeler, à ce stade, que le rapport de la commission d’enquête sur les faits de corruption, de concussion et de prévarication de Feu Abdelfattah Amor, avait démontré par le document, écrit et signé de la main de l’ancien chef de l’Etat tunisien, que la responsabilité directe de ces faits était la sienne dans un ancien régime présidentiel concentré. De plus, le texte de la nouvelle loi sur la réconciliation administrative exclut clairement les corrompus et ceux qui ont reçu des pots-de-vin ou détourné des fonds publics.

D’aucuns pensent que l’objectif final de l’opposition tunisienne à travers l’annulation de la loi sur la réconciliation, n’est pas tant la vraie lutte contre la corruption, mais la lutte contre le chef de l’Etat lui-même.

 

 

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Indépendamment du décompte des voix pour chacun des nouveaux ministres du second gouvernement de Youssef Chahed, qui a d’ailleurs démontré la confiance dans les anciennes pointures de l’ancienne Tunisie avec 153 voix pour chacun des ténors de l’Intérieur, de la Défense et des Finances loin devant les nouvelles figures d’un parti islamiste qui se dit démocratique, il y a lieu de regarder de près la répartition générale des votes.

Selon des chiffres de l’ONG Al Bawsala, 17 % de la moyenne des 178 votants ont refusé de faire confiance au gouvernement Chahed 2 et 25 % se sont abstenus. Le 1er à s’en féliciter, enfreignant en cela l’obligation de neutralité qui est la sienne, fut Mohamed Ennaceur.

Cela donne, en effet, un taux de confiance de 52 % en faveur de Chahed et ses nouveaux ministres, après un marathon de 7 heures de discussions où 97 députés avaient pris la parole, dont notamment 26 de Nida, 22 d’Ennahdha, 9 du Machroua et 6 d’Afek. Une courte, trop courte majorité. «Dieu merci, c’est un bon score», s’en était pourtant réjoui le président de l’ARP, qui ne se rendait certainement pas compte que son micro était encore ouvert.

Un taux, celui de 52 %, qui flirte avec le minimum vital et qui en dit long sur les forces en place à l’intérieur du Parlement. Des forces, surtout indisciplinées, insoumises et parfois même en fronde. En théorie, le nombre des votants en faveur du gouvernement de Youssef Chahed aurait dû être non pas seulement de 153, mais de 161 au minimum, qui est le total des blocs d’Ennahdha (69 députés), de Nida Tounes (58 députés), de Machroua Tounes (24 députés) et d’Afek (10 députés). Cela, sans parler des partis signataires du Pacte de Carthage, dont est né le GUN (Gouvernement d’Union Nationale), qui n’ont pas honoré leurs signatures.

L’ARP ne va pas assez vite en besogne pour nous donner déjà le taux de vote défalqué par parti ou groupe parlementaire, mais quelque part, les partis au pouvoir n’étaient pas en conformité avec leurs discours de soutien inconditionnel au chef du gouvernement dans lequel ils sont pourtant présents.

Quelque part aussi, les partis au pouvoir n’étaient pas d’accord avec les décisions prises par leurs états-majors. On pourrait expliquer cela, par le jeu de la démocratie. Mais surtout par les enjeux politiciens en utilisant les règles de la démocratie.

Force est pourtant de constater que cette courte majorité, en vote de confiance exprimé en voix, n’est pas de bon augure, tant pour l’avenir du gouvernement, que pour sa capacité de réaliser ce que ce même Parlement lui demande, à cor et à cri, de réaliser. Sur les 97 interventions des députés, 45 ont porté sur la corruption, 42 sur le programme du gouvernement et 33 sur la crise économique.

Le programme de Youssef Chahed pour contenir le déficit du budget à 3%, maîtriser l’endettement à 70 % et la masse salariale à 12,5 % du PIB et réaliser un taux de croissance de 5 % demande des mesures urgentes et des réformes beaucoup plus urgentes. Le GUN ne pouvant agir par ordonnance comme dans les grandes démocraties, il doit obligatoirement passer par l’ARP et c’est là qu’il y aura hic !

Avec cette courte majorité, Youssef Chahed risque fort bien de voir les projets de loi de ses prochaines réformes au moins passer à pas de tortue, pour ne pas dire carrément bloquer et rester, comme moult autres projets, dans les tiroirs de l’ARP. Or, rien que pour le déblocage de la prochaine tranche, vitale, du crédit du FMI, l’institution internationale requiert l’adoption d’un certain nombre de grandes réformes. Et cela risque de se gripper, avec une telle petite majorité. Les ingrédients ne sont donc pas tous encore là, pour que Youssef puisse faire le bon plat qu’attendent tous les Tunisiens !

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La Tunisie a dernièrement donc connu son 10ème remaniement gouvernemental depuis le 14 janvier 2011. C’est aussi le 2ème remaniement du 7ème des gouvernements de la Tunisie de l’après Ben Ali. Cela fait une moyenne de trois remaniements (3 avant les élections du 23 octobre 2011, autant sous la Troïka et encore trois depuis les élections d’octobre 2014) par an. C’est dire le haut degré d’instabilité politique qui a prévalu. Une instabilité qui explique beaucoup d’échecs, dont notamment celui des réformes.

Du prochain gouvernement, on dit qu’il fait la part belle en fauteuils à Nidaâ et Ennahdha. On en dit aussi un gouvernement pléthorique pour un pays en crise, un gouvernement de guerre sans que ne soit précisé l’enjeu de cette guerre et un gouvernement des pressions et des résistances entre Carthage, La Kasbah, Montplaisir et le Lac, sans qu’on dise officiellement pourquoi et quels sont les critères pour y entrer et sortir.

  • Les hommes du Président

En dehors de ce qui a été octroyé, dans cette nouvelle composition gouvernementale, à Nidaâ, Ennahdha et autres partis, il y a lieu de constater qu’au moins 4 nouveaux ministres font office d’outsiders. Personne ne s’attendait en effet au retour d’Abdelkrim Zbidi au ministère de la Défense. Il y était pourtant entre 2011 et 2013 alors que BCE était simple Premier ministre. D’autres noms que celui de Ridha Chalghoum circulaient pour le ministère des Finances, jusqu’à quelques minutes avant l’annonce finale, comme Lassaad Zarrouk et surtout Ridha Saïdi d’Ennahdha. Chalghoum était pourtant chargé des dossiers économiques sous BCE. Très peu s’attendaient encore au départ de Hédi Mejdoub de l’intérieur après qu’Ennahdha a signifié son opposition à son départ. Cela, sans oublier le nouveau ministre de la Santé Slim Chaker, qui était d’abord pressenti au transport, et qui a fait un passage au palais de Carthage. Les 3 nouveaux ministres qui les remplacent ont en commun le fait d’être proches de BCE. On pourrait même y ajouter le nouveau ministre de l’Education qui était, depuis juillet 2015, directeur de l’Institut tunisien des études stratégiques, une structure sous la tutelle de la Présidence de la République.

Beaucoup d’observateurs, locaux et étrangers, ont vu dans cette injection d’hommes du président de la République dans le Cabinet du chef du gouvernement, un retour en force au pouvoir d’un BCE qui se sentait comme un lion dans une cage. D’autres y ont même vu une nouvelle configuration de pouvoir où le chef du gouvernement est réduit au statut de Premier ministre.

D’aucuns y voient, par contre, une couverture présidentielle pour le changement d’un certain nombre de ministres que Youssef Chahed ne pouvait faire sans être l’objet de fortes pressions et peut-être même de chantage. D’autres encore font le lien entre le remaniement et la dernière interview de BCE au journal La Presse, pour expliquer que ces hommes du Président ont été injectés pour éviter que ces ministères ne restent, ne tombent ou ne retombent, entre les mains d’Ennahdha.

  • Les loups du Bardo et l’agneau de La Kasbah

C’est surtout un remaniement qui intervient à quelques semaines de la seconde revue du FMI qui déterminera le sort de la 3ème tranche de son prêt, et à moins de 3 mois de la discussion du budget et de la loi de finances 2018. Un remaniement qui supposerait des responsables, connaisseurs et immédiatement opérationnels.

Cette semaine, le chasseur de têtes qu’a été pendant quelques semaines Youssef Chahed, présentera à l’ARP ses nouvelles recrues, parfois connues mais pas toujours reconnues. Ils seront dénigrés, maltraités, parfois même insultés par certaines langues puantes de l’ARP qui leur diront toutes les insanités, et de tous ceux qui ont fait de l’insulte dans l’enceinte du Parlement où ils sont couverts par l’immunité, un instrument d’ascension sociale.

On leur cherchera des poux, on invoquera contre eux la magie du vaudou et tous les francs-tireurs les cribleront de trous. On traitera Chahed de tous les noms, on fera porter la responsabilité de tous les maux et lui feront porter le chapeau de tous les accros, les bobos et les soubresauts.

La «Abbou» s’est déjà lâchée sur Nessma TV et «Amroussia» menace de le faire et prépare la caméra de son portable pour partager son fiel sur les réseaux sociaux. Et devant cette débauche de médisances, le chef du gouvernement restera placide et stoïque, dirons-nous, pour être politiquement corrects, impotent et ne réagissant pas aux stigmates, pour être plus justes.

  • BCE met le doigt là où ça fait mal, sans donner le remède

Dans l’interview, publiée le même jour que l’annonce du remaniement, le chef de l’Etat Béji Caïed Essebssi avait aussi mis le doigt sur le mal, la cause essentielle de tous les remaniements qu’il a initiés, cautionnés ou validés. «Le système politique issu de la Constitution actuelle souffre de plusieurs insuffisances. C’est un système qui paralyse pratiquement l’action du gouvernement. Son caractère hétérogène n’aide pas le gouvernement, n’importe quel gouvernement, et le pouvoir exécutif en général à accomplir leurs fonctions pour ce qui est de la gestion de l’Etat et de la réalisation du développement dans une société démocratique où sont consacrées la liberté et la dignité», dit à juste titre BCE.

Il est en effet un fait établi que la Tunisie de la Révolution s’est embourbée dans un système politique où personne ne gouverne, où tout le monde détient la minorité de blocage, où la présidence de la République a les ailes coupées par la Constitution, la présidence du gouvernement émasculée par l’ARP et cette dernière divisée entre groupes parlementaires et factions rivales au sein d’un même parti.

De ce fait, tout le monde gouverne, mais personne ne règne. BCE manipule et conseille, Youssef Chahed réfléchit, se démerde et propose et l’ARP dispose et surtout s’oppose. Cela est valable pour les gouvernements Chahed et ceux qui le suivront. Cela s’était déjà vérifié pour les gouvernements qui les ont précédés. Résultat, la Tunisie a connu 9 remaniements qui n’auront été qu’un simple jeu de chaises musicales.

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Le début de la semaine d’avant l’Aïd en Tunisie a connu la première réunion, autour du chef du gouvernement, au sujet du projet de la nouvelle loi de finance pour l’exercice 2018. L’ancien ministre des Finances par Intérim, qui quitte désormais rarement le siège du ministère du Développement économique, y était présent. Selon des sources sûres, la LF (Loi de finance) 2018 devrait apporter un certain nombre de nouvelles mesures et principalement pas de bonnes !

C’est ainsi que Taoufik Rajhi, ministre conseiller auprès du chef du gouvernement tunisien, nous confirme que les principales mesures auxquelles on pense concerneraient la TVA. « On penserait ainsi à augmenter certains taux. Le taux de 6 % pourrait ainsi passer à 7 %. Ce changement serait ainsi applicable, notamment aux conserves alimentaires, aux produits de l’artisanat local, aux équipements et pièces de rechange nécessaires à l’activité de transport ferroviaire, aux matériels et équipements destinés au nettoiement des villes, au ramassage et traitement des ordures ». Mais aussi « au transport de personnes et transport de produits agricoles et produits de la pêche par autrui, aux services rendus par les médecins, les médecins spécialistes, les dentistes, les sages-femmes, les vétérinaires, aux services d’enseignement et au secteur touristique ».

La même source confirme, à Africanmanager, que l’actuelle TVA de 12 % devrait passer à 19 %. Si cela est adopté, cela concernerait notamment « certains intrants du secteur agricole, le transport des marchandises, les services de restauration non-touristiques, les professions libérales. Mais aussi à l’électricité destinée à la consommation domestique, les voitures de tourisme ne dépassant pas les 4 chevaux, les taxis et louages, le transport rural, sans oublier la formation, les services informatiques et même les opérations de collecte des déchets en plastique pour recyclage ».

C’est dire le large impact de ces augmentations de TVA, laquelle taxe est payée par le consommateur final. Des augmentations donc, hors le fait qu’elles susciteront certainement une importante levée de boucliers chez les professions libérales, qui auront un fort impact sur les prix et le pouvoir d’achat du Tunisien. Ils pourraient même servir d’alibi à l’omnipotente UGTT, pour demander de nouvelles augmentations qui mettraient Chahed dans de «sales draps» avec le FMI.

  • La CSG, un nouvel impôt de 1 % sur tous les revenus !

L’autre mesure que pourrait pondre le GUN et à laquelle le ministre des Affaires sociale a fait allusion sans la nommer, tout en affirmant qu’un consensus UGTT/Utica a pu être obtenu, c’est ce que les Français avaient appelé la CSG (Contribution Sociale Généralisée). Elle devrait prendre la forme d’un nouvel impôt de 1 % sur les revenus des personnes physiques. L’idée aurait été portée par le ministre conseiller Taoufik Rajhi, qui se prend certainement pour le Michel Rocard tunisien. C’est en effet en France sous le gouvernement Rocard qu’elle a été introduite en décembre 1990. C’est un impôt assis sur l’ensemble des revenus des personnes résidant en Tunisie. La CSG concerne les revenus d’activité (salaires, primes et indemnités diverses…), les revenus de remplacement (pensions de retraite, indemnités journalières…), les revenus du patrimoine (revenus fonciers, rentes viagères…), les revenus de placement (revenus mobiliers, plus-values immobilières…) les sommes engagées ou redistribuées par les jeux. Elle est prélevée à la source sur la plupart des revenus, à l’exception des prestations sociales et familiales.

En Tunisie, ce nouvel impôt devrait principalement contribuer à traiter la situation des caisses sociales. On se le rappelle, le chef du gouvernement de Youssef Chahed évoquait cette solution depuis février 2017. Il est très probable, selon le ministre Rajhi, que cette décision fasse partie de la loi de finance 2018, pour ne devenir applicable qu’en 2019.

  • Sont-ce les bons choix ?

Nous ne sommes pas des Conseillers de Youssef Chahed (Qui, par ailleurs, entend et n’écoute que très rarement et réagit encore moins à toutes les propositions qui lui sont faites par tout son staff), mais cette tendance du «tout-Fisc», manifestement prise par le gouvernement Chahed pour colmater la brèche de 10 Milliards (et non 18 comme dit par le président d’un parti) du prochain budget, ne nous semble pas la meilleure.

Il ferait mieux, par exemple, de hâter le règlement des affaires où ont été saisis des centaines de millions DT, par les douanes, comme celles des centaines de kilos d’or saisis. Le trésor y gagnera beaucoup. Il ferait mieux, aussi, de relancer certaines mesures fiscales abandonnées, comme celle des caisses enregistreuses qui lui règlerait partie du problème des forfaitaires. Il ferait mieux de réviser la fiscalité de certaines banques étrangères installées en Tunisie, vendues et qui continuent à être imposées au minimum d’impôt. Il ferait mieux de recenser et d’intégrer d’autres secteurs économiques, jusque-là non soumis au système fiscal. Il ferait mieux de recouvrer les primes d’investissement indument touchées notamment par les IDE et que l’expert Chawki Abid par exemple estime à plus ou moins 2 Milliards DT par an. Il ferait mieux de rationaliser des subventions d’exploitation abusivement consommées (estimées par le même Abid à 1 Milliard DT par an. Il ferait mieux de s’adjuger les 10 millimes par baguette de pain que se mettent dans les poches épiciers et boulanger en la vendant à 200 millimes. Il ferait mieux de limiter les bouteilles de gaz aux familles et non à tous les restaurants, gargotiers et autres commerçants qui en usent et abusent. Il ferait mieux d’obliger les milliers d’hôteliers à acheter leur pain, leur farine, leur sucre et autres produits subventionnés et qui font jusqu’ici de cette activité un secteur subventionné au détriment de la classe moyenne et celle en-dessous. Il ferait mieux d’obliger son ministre du Commerce à appliquer la panoplie de mesures de rationalisation des importations, qui lui ont été présentées et démontrées par la Banque Centrale de Tunisie. Il ferait mieux de réunir le «BVMT 20» qui correspondrait au CAC 40 français, qui ne connaissent pas la crise, et leur demander d’aider plus l’Etat car si son économie tombe ils n’auront plus de quoi faire autant de revenus et de bénéfices. Il ferait mieux de s’occuper du surplus de fonctionnaires dont les salaires plombent le budget et qui ne contribuent que très peu à la croissance, même s’il faut pour cela défier l’UGTT. Il ferait mieux d’abrogation le décret-loi 2011-98 autorisant les FCR à enfreindre la réglementation des changes, qui ont tellement de privilèges que cela encourage les «Harragas» à le devenir.

Il ferait mieux d’aller se promener, déguisé, dans les hypermarchés, d’assister à certains galas où la table se vend à plus de 10.000 DT et de jeter un coup d’œil sur le coût des centaines de voyages organisés par an pour une population qui se plaint au moindre frémissement de l’inflation. Il ferait mieux de regarder les Milliards DT de revenus des opérateurs télécom pour voir que le Tunisien a de quoi dépenser en parlote. Il aura de quoi faire taire l’UGTT et les partis de gauche et enfin de quoi aller dans les bonnes réformes et non les réformettes !

 

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Retour donc à la case départ, après la décision du Cnac (Conseil national de l’aviation civile) du 30 août 2017, une réunion qui a été unanime à décréter la fin de l’OAC (Air Operator’s Certificate) et même la fin de l’autorisation d’exploitation de Syphax Airlines. Dans cette réunion, un document a été, tout aussi accablant de preuves et de faits, que décisif dans la prise de décision. Cette dernière signe en fait la fin de l’AOC qui est à la base du travail de Syphax qui est ainsi invitée à présenter une nouvelle demande au Cnac. Sauf que cette dernière suppose des conditions, d’abord financières et ensuite techniques, que le transporteur devra respecter, avant même d’avoir l’AOC. Des conditions, comme il sera ensuite détaillé, difficiles à respecter dans l’état actuel des choses.

Ce document, dont Africanmanager a pu avoir copie, est une Note introduite par le ministère du Transport, qui est président du Cnac, à ce dernier lors de sa réunion du 30 août dernier. Un document, accablant de fait et qui explique le Niet du Cnac.

  • Les autorisations de Syphax. Toujours d’une année et renouvelables sous conditions

On pouvait ainsi lire, dans cette Note, que le fondateur de Syphax avait obtenu, le 13 septembre 2011 (le ministre était alors Salem Miladi qui en deviendra dirigeant et sera par la suite jugé pour conflit d’intérêts), un «accord de principe pour la constitution d’une compagnie de transport aérien dénommée Syphax Airlines et ce après avis du Cnac, réuni le 10 septembre 2011». C’est ensuite, le 28 janvier 2012, sous Abdelkerim Harouni, que Syphax a obtenu l’autorisation de transporteur, avec une durée d’une année «renouvelable, tant qu’aucun élément [n’intervient] de nature à changer la répartition des actions dans le capital» de la société.

Cette autorisation était accompagnée d’un AOC, un document dont la nature et le contenu sont définis par l’IATA (Association internationale de l’aviation civile) et qui doit figurer à bord de tout avion de ligne. Important, «l’AOC est d’une durée d’une seule année, renouvelable selon les règlements en vigueur et chaque fois que c’est nécessaire», lit-on dans la note présentée au Cnac.

C’est encore, sous le ministère d’Abdelkerim Harouni, le 2 mai 2012, que Syphax obtient l’autorisation d’exploitation et effectue son premier vol deux jours plus tard. La même Note précise que, le 26 août 2015, l’AOC de Syphax avait été suspendu suite aux difficultés qu’elle a connues en juillet de la même année. «Ce certificat était alors en cours et expirait le 16 octobre 2015. Aucun renouvellement n’en a été fait depuis», précise la note du ministère du Transport au Cnac. Une information de taille dont, plus est, les dirigeants ne pouvaient pas ne pas être au courant !

  • La crise Syphax et ses graves conséquences sur l’entreprise

«Syphax Airlines a connu des difficultés financières qui lui ont causé des pertes financières successives, du fait de la faiblesse des revenus et de son incapacité à faire face aux frais d’exploitation, aux dépenses fixes et aux intérêts bancaires», affirme la note du ministère qui ne fait que relater ce que tout le monde connaît. Elle ajoute que cela a induit la «détérioration des équilibres financiers [Ndlr : de Syphax]» et son «incapacité à rembourser ses dettes intérieures, évaluées au 31 juillet 2015, à 52,953 MDT et 6,2 MDT de dettes extérieures».

La note du ministère du Transport livre ensuite une suite d’informations, quelque peu oubliées par le public, mais tout aussi déterminantes pour la suite de cette affaire. «Le 28 juillet, l’IATA suspend ses relations avec Syphax, à travers un télex envoyé à toutes les compagnies et les agences de voyage, leur demandant d’arrêter leurs transactions avec la société à cause de son manque d’engagement à payer les sommes dues et a, par conséquent, suspendu la billetterie et les transactions financières avec Syphax. Les sociétés d’assurance ont aussi refusé d’assurer les avions de Syphax pour les mêmes raisons, ce qui a obligé la compagnie à arrêter ses activités». Tout cela, nous le savions. Mais c’est la Note du ministère qui le dit et le confirme de manière officielle. Suivront ensuite le CMR du 10 août 2015 et la mise sous administration judiciaire de Syphax, le 29 août de la même année.

  • Entre Syphax et Maghrébia, Frikha se serait-il emmêlé les pinceaux ?

Le 2 juillet 2017, le tribunal de 1ère instance de Sfax adopte le plan de sauvetage, selon le plan concocté par l’administrateur judiciaire. Ce dernier comprenait «le renouvellement de l’AOC, sous condition du respect des conditions en vigueur». Une précision qui n’est pas fortuite, lorsqu’on sait l’importance de la billetterie, de l’assurance et de la maintenance des avions. Des conditions, non encore remplies par Syphax, selon la note du ministère et cela demande finances !

Croyant certainement détourner ces conditions de l’ancien AOC, «Syphax » fait dépôt le 3 juillet 2017 auprès de la DGAC (Direction générale de l’aviation civile), de documents techniques de deux avions qui devaient être acquis par une nouvelle société «Maghrébia Airlines », en oubliant que cette entreprise nouvellement créée et dans laquelle un membre d’Ennahdha est au conseil d’administration, n’a aucune autorisation. La Note indique aussi que la société a signé les contrats avant même d’avoir obtenu les autorisations nécessaires.

Dix jours plus tard, c’est pourtant une nouvelle demande à la DGAC, demandant l’accord de transfert d’argent à l’américaine «Sté Régionale One Inc» pour la location de deux avions de type «CRJ 900», toujours au nom de Maghrébia. Le 15 juillet, la DGAC rappelle les conditions et procédures à respecter pour la création d’une compagnie de transport aérien et celles aussi du renouvellement de l’AOC. La Direction générale de l’aviation civile a également invité Mohamed Frikha à une réunion, trois jours plus tard.

La Note du ministère du transport ne dit pas si Frikha était au RDV, mais indique que la DGAC a reçu 9 jours plus tard, la même demande, mais cette fois-ci au nom de Syphax et non plus de Maghrebia, de location d’avions pour Syphax au lieu de Maghrebia. Toujours est-il que la DGAC répond que Maghrébia n’a aucune autorisation pour l’activité de location d’avion et qu’elle ne peut donc le faire avant de se conformer aux conditions requises.

Frikha se serait-il emmêlé les pinceaux entre Syphax et Maghrebia ou aurait-il changé son fusil d’épaule après s’être rendu compte qu’il avait demandé le transfert d’argent au nom d’une société qui n’avait alors aucune autorisation ?

  • Silence et PV d’avertissement de Syphax

Le 28 juillet, la DGAC demande à Syphax un dossier complémentaire, pour l’étude de la réactivation de l’AOC. Sa demande restera lettre morte, jusqu’au 3 août 2017, où elle recevait «un PV d’avertissement concernant sa demande d’activation de l’AOC et de reprise de son activité». Pression sur le ministère et le Cnac ou simple rappel de desiderata ?

Le 1er août, la BCT demande l’avis de la DGAC, concernant la validité de la décision du 28 janvier 2011 accordant autorisation à Syphax de s’adonner à l’activité de transport aérien, pour permettre le transfert de l’argent à la compagnie américaine. Ce à quoi, il lui fut répondu que Syphax a cessé toute activité depuis plus de deux années, suite à la décision de règlement judiciaire, et que «les dispositions de l’article 108 du code de l’aviation civile, relatif aux aptitudes professionnelles, aux capacités financières et techniques garantissant la sécurité et la régularité des services de transport aérien, ne sont plus assurées». Fin de l’affaire Syphax donc ou simple nouveau chapitre d’une aventure entrepreneuriale mal conçue et mal gérée ?

 

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L’économie tunisienne est en crise. Tout le monde est d’accord sur cet affligeant constat. Quelques 16 Milliards DT de masse salariale qui représentera 14,7 % du PIB, un endettement qui représentera bientôt plus de 70 % du PIB et qui a engendré cette année un peu plus de 5 Milliards DT de service de la dette et plus de 8 Milliards DT pour l’exercice 2018. En face, ce ne sont que quelques 5 Milliards DT d’investissement et une croissance atone, à chaque fois mise à mal par les mouvements sociaux divers et l’instabilité politique qui deviendrait presque une demande populaire. En sept ans de transition, politique et économique, la Tunisie a connu 8 gouvernements, avec un âge moyen d’une année.

Une croissance aussi du budget de l’Etat qui va, à plus des deux tiers, aux salaires et à la compensation des produits de consommation. Des ressources propres qui s’amenuisent, soit par déni de la fiscalité et parfois refus de la payer comme ce fut le cas de quelques professions libérales, soit par la mauvaise utilisation de ces ressources fiscales, comme cela a été dernièrement le cas en concédant à l’UGTT une énième augmentation salariale sous forme de crédit d’impôt.

Un territoire national poreux où tout le monde, ou presque, fait contrebande de tout. La dernière mode est l’importation des moutons de Libye ou d’ailleurs. On nous raconte même le cas de ce petit homme d’affaire vivant en France qui revient en Tunisie, une fois l’an, faire commerce transfrontalier de moutons pour l’Aïd et rentrer tout de suite avec son pécule.

Des frontières où d’énormes quantités d’or et de devises sont chaque année saisies. Il va sans dire que ce qui est saisi ne représente que très peu dans le volume de ce qui passe à travers les mailles du filet. Des frontières et un arsenal juridique impuissant qui laisse entrer des flux de marchandises écoulées sur un marché parallèle pléthorique et qui devient même une institution dans plus d’une région du pays.

La demande d’argent frais se fait croissante dans les banques qui font toutes des bénéfices toujours en hausse, avec des injections de la BCT qui ont dépassé parfois les 11 Milliards DT, des banques qui s’enrichissent en investissant le refinancement de la BCT dans l’achat des BTA de l’Etat et des entreprises qui se font plein de sous grâce aux placements. Des banques pourtant vouées à toutes les gémonies par toute la classe politique et quelques «analystes économiques» de bas étages.

La Tunisie de l’après révolution, c’est aussi un consommateur qui ne recule plus devant rien, gonflé à bloc par les augmentations salariales et les rappels incessants dans les allocations de retraite, allant jusqu’à s’endetter pour assouvir ses envies consommatrices de tout et de rien. 20,8 Milliards DT, est le volume d’endettement bancaire de 800 mille familles tunisiennes en 2017, avec 854 MDT d’impayés. Le citoyen moyen s’endette, pour faire des voyages organisés, pour aller passer ses vacances d’été en hôtel et même pour acheter le mouton de l’Aïd qu’il considère comme une impérieuse nécessité «pour ses enfants». L’autre jour, un employé d’une recette de finances nous raconte le nombre important de ceux qui viennent réclamer l’attestation d’impôt «Néant». Et lorsqu’on lui demande pour quoi faire, il répond qu’il vient d’acheter une voiture. Va comprendre comment être capable d’acheter une voiture si on n’a pas de revenus, ce qui est le cas lorsque votre feuille d’impôt comporte la mention Néant.

Au Sud tunisien, un banquier nous raconte que «chez vous les piscines sont remplies d’eau. Chez eux, c’est des Dinars qui se comptent au mètre linéaire et des devises, de quoi vous faire le change, immédiatement et où vous voulez qu’il arrive». Au Sud tunisien, les trafiquants se défendent désormais aux armes à feu et ne reculent devant rien, quitte à écraser des agents de la Garde Nationale, pour sauver leurs petits commerces. Petits trafiquants deviendra grand et quitte généralement les sables du désert pour venir habiter au Lac ou dans les quartiers huppés de la capitale, à Ennasser et autres. Sur certaines grosses artères de la capitale, le commerce parallèle des coffres forts est même florissant.

Au Nord, c’est un marché de voiture, toujours florissant et qui s’ouvre sur toutes les marques, des Françaises jusqu’aux Chinoises et aux Coréennes, en passant par les Allemandes et «tutti quanti». Tout ce qui s’importe, légalement ou illégalement, est vite écoulé, des plus grosses cylindrées aux plus petites et même les plus gourmandes en carburants, comme les «Hummer» qu’on croyait disparues avec Imed Trabelsi. On se demande d’où tout ce monde, qui déclare juste ce qu’il faut au Fisc, apporte les centaines de milliers DT pour acheter ces bolides, parfois sur les stands même d’exposition ?

Encore au Nord et même au Sahel et dans les grandes villes, les consommateurs font la queue devant les Super et Hypermarchés, où ils rentrent avec un simple panier et ressortent aux commandes d’un chariot. Les Mall, hauts lieux de toute société de consommation, poussent comme des champignons. Un nouveau sera bientôt d’ailleurs construit à Tunis et un autre à Sousse. Comment tout ce beau monde peut-il tant acheter et crier au scandale à la moindre hausse des prix ou du taux de l’inflation ? A l’esprit nous vient cette anecdote, réelle, d’un citoyen qui s’arrête devant un boucher, demande le prix du kilo, et lorsque le vendeur le lui annonce, il s’écrie au voleur, mais commande tout de suite deux kilos !

Toujours au Nord, les nouveaux immeubles envahissent les terres agricoles, les uns plus «Haut standing» que les autres, à des prix «défiant toute concurrence» en centaines de milliers de Dinars, sans qu’il y ait même le frémissement d’un quelconque crash immobilier ou bulle immobilière. Les promoteurs sont de toutes professions, du ministre au médecin, en passant par l’avocat. Tous font ou financent des projets de promotion immobilière et tout est vendu, parfois par le biais de crédits bancaires pour mieux cacher l’origine des fonds.

Partout les cafés, les Lounges, les Salons de thé et autres commerces de boissons, les gargotes, et autres restaurants sont pleins à craquer, avec des facturettes où l’addition peut remonter à 56 DT pour quelques boissons et gâteaux, toutes aux origines subventionnées et la Chicha parfois même à plus de 40 DT, et même parfois… 2044 DT comme dans cette facturette en photo. Partout les poubelles regorgent de nourritures gaspillées et des camions qui ramassent des tonnes de pain à donner en nourriture au bétail ! La bière est religieusement prohibée, mais ses ventes et sa consommation augmentent d’année en année et à des prix enivrants !

C’est tout cela la Tunisie, endettée jusqu’à la moelle, consommatrice à satiété et qui crie à qui veut l’entendre qu’elle n’a pas d’argent et qu’elle est pauvre sauf de ses ressources humaines qui ne sont même pas contentes de ce qu’elles ont et migrent clandestinement par dizaines. En définitive, disons- le, c’est l’Etat qui est en banqueroute et pas encore le citoyen !

 

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