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Khaled Boumiza

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Natif de Beni Khiyar au Cap Bon. Agé de 61 ans, il est marié à la juge Ichraf Chebil née à Téboulba dans la région du Sahel. Kais Saïed (KS) reste jusqu’ici une véritable énigme politique, renforcée par le visage toujours impassible, sans expression et une personnalité impénétrable, du personnage. L’outsider qui est déjà confirmé candidat pour le second tour de la Présidentielle anticipée 2019 en Tunisie, fait déjà l’objet d’une cabale sur les réseaux sociaux. C’est que l’homme intrigue et pose un vrai problème de vote pour ceux qui n’aiment pas son concurrent Nabil Karoui. Loin de tout esprit de participation à cette cabale médiatique, nous avons cherché et trouvé beaucoup d’informations concernant Kais Saïed. Une compilation d’informations, tout aussi intrigantes.

L’homme donne tous les gages d’un véritable antisystème, par son silence, sa posture, sa manière de parler, sa façon faire de la politique. Mais l’homme donne aussi l’impression, après une recherche fouillée sur les pages de ses soutiens et leur historique, de n’être manifestement qu’une devanture publique, pour un mouvement de jeunes révolutionnaires, qui rêvent de refaire le monde et le façonner à la manière de l’ancien empire soviétique des années du début du siècle.

  • Saïed, le seul vrai antisystème

Toujours droit dans ses bottes, raide comme un balai, et avec une diction parfaite et robotique en arabe littéraire, le candidat a été élu en 1ère place, sans même prendre la peine de présenter un quelconque programme électoral. Contacté par nos soins, Kais El-Amri de la coordination de Sousse dément en effet l’existence de tout programme du candidat, tel que celui qui circule sur les réseaux sociaux et assure que KS en présentera un prochainement.

Le candidat a fait campagne, manifestement depuis des années, dans le silence média le plus complet et en dehors de tout ce qui est conventionnel, pour ce genre de campagne électorale. Il n’a pas de directeur de campagne, ni porte-parole, ni des coordinations régionales, ni subvention de l’Etat, dit-il lui-même. L’exemple même de l’anti-systématisme, au moins jusque-là dans la logistique.

Il n’a pas de bureau électoral et ceux qui y officient sont généralement des étudiants volontaires, à 22 % des filles et à 18 % des garçons, qui font tout par leurs propres moyens, y compris financiers. 37 % de son électorat se recrute dans la tranche d’âge 18/25 ans et 20,3 % entre 26 et 45 ans, selon Sigma Conseil. Ce n’est pas un hasard non plus pour l’enseignant universitaire qu’il est que 20,6 % de cet électorat de Saïed soit issu de l’enseignement secondaire et 24,7 % de l’enseignement universitaire, selon la même source.

Un groupe fb fermé, dénommé «Groupe révision Capa/ magistrature/ ENA », où est affiliée Besma Belaid (la femme de Chokri Belaid) entre autres juristes et étudiants du même secteur, compte un peu plus de 22.000 étudiants en Droit, suivis par 645.000 personnes qui sont parmi ses plus fervents soutiens «pour rendre justice aux détenteurs de hauts diplômes», dit l’un des posts fb.

Manifestement administrateur de cette page, l’avocat Lotfi Attia assure que les fans de Saïed sont «en voie de constituer le plus grand parti de la jeunesse tunisienne, pour éliminer totalement tout le système».

  • Ridha El-Mekki, maître à penser de Kais Saïed ?

Sur la page de l’un de ses disciples (Kais Karoui), l’ancien étudiant à la Faculté de droit et des sciences politiques de Tunis devenu inspecteur d’enseignement secondaire au ministère de l’Education nationale, Ridha Chiheb El-Mekki, plus connu sous le nom de «Ridha Lénine» et qui l’accompagne partout ou presque, est défini comme «l’un des fondateurs du Wataj avec entre autres Chokri Belaid». Le Wataj est un mouvement estudiantin, né dans la scission de «l’UGET, lors de son 25ème congrès, en deux tendances. D’un côté, les syndicalistes radicaux (extrême gauche), les étudiants nationalistes, les baathistes et les patriotes démocrates à l’université (Wataj). De l’autre, les étudiants proches du Parti des travailleurs, du Parti unifié des patriotes démocrates, du parti Taliâa (d’avant-garde) arabe démocratique (baathistes), du Parti socialiste, de la Voie démocratique et sociale, de la Ligue de la gauche ouvrière, etc…», pouvait-on lire sur Wikipedia.

Dans un très long manifeste, en date du 7 novembre 2011 sur la page officielle des FTL (Forces de la Tunisie Libre), Ridha Chiheb El-Mekki s’adressa aux «peuples du monde », les interpellant par un «levez-vous, car vous êtes les seuls capables de provoquer le changement radical de la gouvernance et de la société (…).Vous, Peuple tunisien, vous vous êtes soulevé et vous avez allumé une révolution qui est en train de se propager dans toutes les capitales mondiales. Vous êtes capable d’opposer à la crise du Conseil National Constitutif et son incapacité à réaliser vos objectifs une solution populaire nouvelle, une alternative populaire orientée directement vers l’établissement des conseils populaires locaux et régionaux. Des institutions capables de répondre aux demandes expresses (à court terme) et capables de planifier et de construire un projet de développement sociétal (à moyen terme)».

Kais Saïed répètera, huit années plus tard lors de son passage dans le Grand Débat télévisé, cette rhétorique presque au mot, reprenant celui qui semble être le vrai théoricien du mouvement de l’universitaire. «Nous construisons actuellement une nouvelle Tunisie, et le peuple concrétisera, avec l’aide de Dieu, toute sa volonté (…). Le peuple sait ce qu’il veut et nous devons lui donner les outils juridiques nécessaires qui lui permettent de concrétiser sa volonté. Les programmes doivent venir des jeunes. Ils savent ce qu’ils veulent et on doit leur donner les outils qui leur permettent d’accéder à la position de confection de la décision. Une décision qui sort du cantonal vers le central, en passant par le régional». Questionné par Shems FM sur comment compte-t-il résoudre le problème de chômeurs et des marginalisés, Saïed répond sans hésitation que «on leur donnera le pouvoir». Une sorte de Jamahiriya, commentent des Tunisiens.

Dans la «Matinale de Shems FM» du 5 septembre 2019, il propose «des élections d’assemblées locales dans chaque délégation, sur la base individuelle qui doivent être parrainées et investies par des électeurs. Le mandat, donné sur tirage au sort, peut être retiré à tout moment, si le candidat n’a pas réalisé ce qui est convenu». Un nouveau modèle politique donc, excentré, et sociétal aussi.

On remarquera (Voir Photo de la Une), par ailleurs, que la campagne de Saïed reprend l’appel des révoltés de 2011, «Le peuple exige االشعب يريد», et que les armoiries de cette même campagne, photo devant laquelle Saïed pose toujours pour ses photos et interviews, ne sont qu’une version améliorée du logo de la Ligue des FTL (Forces de la Tunisie Libre). Simple coïncidence ? Pas sûr, car l’idéologie politique est quasiment la même !

  • Qui sont les FTL et que veulent-ils réellement ?

La création du mouvement dénommé «Ligue des Forces de la Tunisie Libre» se serait faite à partir du 14 ou 15 janvier 2011, dit «Lénine» dans une interview au magazine «L’expert» qu’on retrouve sur Internet, et son origine remonte au mouvement estudiantin des années 70 et 80. Selon Ridha El-Mekki, il serait un genre de think-tank, «formé de citoyens, de citoyennes, d’anciens universitaires dans tous les domaines, employés et retraités de la fonction publique, du privé et une microsociété constituée principalement de jeunes».

Mais déjà, le FTL parlait de «groupes de réflexion et d’action répartis dans toutes les régions du pays, pour la construction et l’élaboration d’un projet, meilleur et révolutionnaire ». Et de préciser que «le FTL est contre toute organisation partisane classique (encore de l’antisystème), sa première préoccupation se résume à l’établissement d’une nouvelle relation de la société avec l’Etat». Bref, les FTL proposent un autre modèle, notamment économique, mais aussi politique, la «gouvernance participative. Cela implique des procédés et institutions à travers lesquelles les citoyens et les groupes articulent leurs intérêts, exercent leurs droits, rassemblent leurs droits et font la médiation de leurs différences», donc, un nouveau modèle sociétal même.

Dans une de leurs littératures politiques, les FTL avaient mis en ligne un «Essai d’analyse d’un slogan d’une révolution Ouragan», il est dit que «le Tunisien a le droit et le devoir de participer à la conception de la Tunisie libre. Les jeunes ont amorcé la révolution vers des objectifs clairs : travail, liberté et dignité. La réalisation de ces objectifs est conditionnée par la conception d’un programme (…) qui prend en considération les réelles potentialités des régions (naturelles et humaines), pour qu’il soit en mesure de répondre aux objectifs de la révolution. Une telle tâche, contre les intérêts des uns (contre la révolution) et ardue aux yeux de ceux qui habitent dans les palais d’ivoire (la partitocratie), mais elle est faisable quand on décentralise la gestion du cycle de planification».

  • Juriste, Laghmani dit qu’il est dangereux !

Grand bémol au portrait idyllique de Kais Saïed que ses soutiens peignent en rose, une autre connaissance du candidat Saïed pense autrement. Il tire même la sonnette d’alarme à son propos. Dans un post, mis en ligne lundi dernier sur sa page, le juriste Slim Laghmani dit que «certains pensent tout bas et disent en cercles restreints, laissez Kais Said devenir président, ce sera un Tartour. Vous ne connaissez pas Kais Saied. Je le connais depuis 1984. Ce n’est pas un Tartour et il ne le sera pas. Il n’est réductible à aucune idéologie. Mais il est habité par une idée politique, son idée, quoi que l’on pense de cette idée et j’en pense qu’elle est à la fois utopique et dangereuse.

Mais sachez que si on lui met les bâtons dans les roues, tout en étant dénué de compétences autonomes, il lui suffira d’un discours radio-télédiffusé et de sa qualité de commandant suprême des forces armées pour obtenir satisfaction. PS : Pour les bonnes âmes, Je ne voterai pas Karoui, en aucun cas».

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Nièce de l’un des fondateurs du mouvement Perspectives tunisiennes, à Paris en 1963, l’ancien ministre Ahmed Smaoui, Salwa est originaire de Gafsa. Après des études d’ingénierie industrielle dans des universités américaines, elle décide de renter en Tunisie pour intégrer Canal Horizons Tunisie, la même boîte où était passé Nabil Karoui qui deviendra son mari.

Après Canal, elle rejoint Alcatel. Entrepreneuriale, elle lance l’entreprise «Fono» pour le groupe Loukil et fonde «Noor», une filiale du groupe Karoui & Karoui spécialisée dans les services interactifs (notamment le vote par SMS lors des jeux télévisés).

  • Mme Salwa, une haute compétence en informatique et une bonne communicatrice

En 2004, elle prend la direction de Microsoft Tunisie où elle passe 5 années. En 2005, Microsoft lance avec l’Observatoire national de la jeunesse et en partenariat avec l’Unesco  le Centre InfoYouth, un centre régional de technologie communautaire pour l’Afrique du Nord, conçu pour fournir aux jeunes un accès, et la formation professionnelle dans les technologies de l’information (TI). L’ouverture a eu lieu pendant la deuxième phase du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), en novembre 2005. En septembre 2011, elle est nommée directrice générale Advertising & Online de Microsoft pour l’Afrique et le Moyen-Orient, en charge de la publicité en ligne.

La femme a fait en tout cas très bonne impression, lors de son premier passage dans la campagne de son mari, à Gafsa où son accent a fait sensation et lui a confirmé une capacité communicatrice évidente. A la télévision aussi, quoiqu’un peu moins qu’à Gafsa. Mais c’est manifestement une femme de caractère et qui est loin d’être la coquille vide qu’on pourrait croire être la femme d’un homme d’affaires comme Nabil Karoui. On aurait presque envie de dire qu’elle aurait été mieux que son mari, en candidate pour Carthage.

  • Mme le juge Ichraf Saïed. Une compétence dans son domaine

En face, c’est Mme Ichraf Saïed, Chebil de son nom de famille. Une femme moderne à voir la manière dont elle s’était habillée en accompagnant son mari de candidat au bureau de vote, en veste noire, non fermée et chemise blanche non boutonnée jusqu’au cou, loin des standards islamistes ou des extrémistes religieux, comme le donnerait à le croire une certaine position de son mari.

Elle est présidente de chambre au tribunal de 1ère instance de Tunis, juridiction d’ailleurs dirigée par une autre femme de la famille des Jribi. Selon une petite enquête de voisinage, dans le quartier d’Ennasser où le couple habite dans un simple appartement, et auprès de quelques-uns de ceux qui le côtoient au tribunal, c’est un juge honnête, professionnelle dans son domaine et très compétente. «Une femme respectable et respectée, compétente et très professionnelle, discrète et surtout sans aucune appartenance partisane ni tendance religieuse extrémiste», disait d’elle un habitué de la salle des pas perdus (Grand et large couloir du Palais de Justice de Tunis). Seul petit bémol, ce serait elle le juge qui aurait un jour interdit à une citoyenne femme d’entrer au tribunal, pour cause, disait alors la presse locale qui avait beaucoup de cette affaire, de «tenue indécente». Ceux qui la connaissent relativisent cependant beaucoup cette petite affaire et affirment que son geste n’avait aucun lien avec une quelconque tendance religieuse.

Deux femmes donc, dont les maris briguent la plus haute magistrature, d’un certain niveau, sinon d’un niveau certain, hautement professionnelles, chacune dans son domaine et très capables de tenir le statut de première Dame de Tunisie. On aurait presque souhaité voir ces femmes, au lieu de leurs époux respectifs, au poste de présidentes de la République. On ne dira pas exactement la même chose, concédons-le, par manque d’informations sur leurs vies personnelles, mais les avis diffèrent déjà sur les deux personnes arrivées aux deux premières places des suffrages du 1er tour de la Présidentielle.

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Chiffres de Sigma Conseil
Chiffres de Sigma Conseil

Tous ceux qui y croyaient dur comme fer auraient été stoppés net et renvoyés sine die, au moins aux Législatives. Douches froides pour Abdelkerim Zbidi, Youssef Chahed et Abir Moussi surtout. Cette dernière avait pourtant bien ciblé son ennemi et la partie de l’électorat sensible à cette cible, les anti-Ennahdha. L’avocate en aura pour ses frais, avec le score, presqu’humiliant de 5,1 % des moins de 3 millions de votants qui ont daigné se déplacer. Elle entraînerait dans sa douloureuse chute toute la caste des Destouriens qui l’avaient rejointe en rangs dispersés.

  • 1ère grosse claque aux Centristes et Destouriens

Avec l’impression qu’il donnait d’y être tiré par le bout du nez, sa mauvaise communication et son accent sahélien, Zbidi aura finalement fait tomber dans l’eau les espoirs de toute une région, qui avait misé sur lui pour reconquérir le symbole du pouvoir, et faire accéder les Centristes au pinacle.

Tout aussi sûr de l’emporter, une assurance qu’il expliquait par l’expérience, Youssef Chahed s’en retourne à son poste de chef de gouvernement. Les sondages de sortie des urnes (7,5 % selon Sigma, et 8,71 selon Emrhod), n’auraient finalement pas démenti ceux d’avant campagne électorale, qui l’avaient presque toujours placé à la 5ème place, sinon plus bas. Il ne devrait s’en prendre qu’à ses conseillers et son entourage de chef de gouvernement.

Chiffres d’Emrhod Consulting
Chiffres d’Emrhod Consulting

Les Centristes avaient fait le choix, délibéré, de se la jouer en solo, de manière égoïste et égocentriste, discutant un temps, mais finissant par se faire des ennemis de leur propre famille centriste. Des personnalités, comme Chahed, Said Aïdi, Yassine Brahim, Abdelkerim Zidi, Selma Elloumi ou Néji Jalloul, toutes des petites têtes qui ont fait les grosses têtes, jusqu’à se retrouver, pour certains, au plus bas des pâquerettes avec des scores carrément humiliants. Tous, s’ils s’étaient réunis ou alliés, l’un d’eux aurait remporté haut la main le premier tour, s’il ne se serait pas trouvé en face d’un concurrent facile à battre grâce à l’unité le courant centriste. Au final, le courant centriste aura pris la plus grosse claque de sa vie, presque comme Ettakattol qui ne s’en était plus remis.

Même déperdition pour la Gauche, qui a préféré, elle aussi, se présenter en rang dispersé, entre le vieux routard Hamma Hammami et le jeune aventurier Mongi Rahoui, avec 0,74 % selon Emrhod, et un petit 1,27 % pour Hamma Hammami qui restera l’éternel chômeur. La Gauche aura ainsi reçu sa 2ème grosse claque après 2014 sur les Présidentielles.

  • La Tunisie dit à Abbou, Makhlouf et El Hamdi, qu’elle n’aime pas les «révolutionnaires»

En ne lui accordant que 3,38 % des votes, les urnes semblent vouloir signifier à Mohamed Abbou le refus de la population de toute lutte contre la corruption, tout aussi bien de la manière dont elle a été jusque-là menée, que du mode, plus frontal et brutal, que l’ancien CPR proposait de la conduire. C’est certainement sa femme Samia qui sera la plus déçue. Elle ne sera pas 1ère Dame de Tunisie. Mais y a-t-elle vraiment cru ?

Renvoi aussi à ses chères études de l’apprenti révolutionnaire et anti-européens Seifeddine Makhlouf. L’avocat n’a pas fait impression lors du Grand débat, et n’espérait certainement pas avoir les petits 3,79 %. Idem pour l’autre «révolutionnaire » Hachemi El Hamdi qui pourrait rester l’éternel recalé jusqu’à la fin des temps. La Tunisie aurait ainsi clairement signifié son refus de tout mouvement révolutionnaire ou même contre-révolutionnaire. L’autre conclusion de ces résultats de sortie des urnes, c’est la confirmation de la baisse de popularité du mouvement Ennahdha, qui voit son corps électoral s’effriter, et perd tellement du terrain qu’elle se retrouve à espérer de rester à la seconde place, si le recomptage des voix par l’ISIE lui donnait raison. Celle-ci lui a cependant retiré tout espoir, en le classant 3ème avec 13,2 %, derrière Nabil Karoui avec 15,4 % et Kais Saïed en tête avec 18 % des voix suite au dépouillement des 75 % des procès-verbaux.

  • Des enseignements à tirer et des profils à affiner pour le 2ème tour de la Présidentielle

Tous en tireront-ils les conclusions qu’il faut ? Pas sûr ! Il reste pourtant à toute la tendance centriste la chance (la tiendront-ils ?) de se regrouper, et ce n’est pas possible, les listes étant déjà faites, ou de former un prochain groupe parlementaire, qui restera cependant en proie au tourisme parlementaire ! Y arriveront-ils ? Il est pourtant un fait que les prochaines législatives, qui se dérouleront entre les deux tours de la Présidentielle, risquent réellement de chambouler encore plus le paysage politique tunisien et de créer encore la surprise, celle qui ramènera la démocratie tunisienne au point de départ d’avant les élections. Une situation où les trois pouvoirs (Législatif + l’Exécutif) resteront en guerre pour ne faire que répéter les 5 dernières années de la 2ème République.

En attendant, la Tunisie d’après le 1er tour de la Présidentielle anticipée s’est réveillée groggy. Un de ses possibles présidents de la République est archi-inconnu et évite de beaucoup parler et de clarifier ses positions sur l’islamisme. Des bruits de réseaux sociaux lui prêtent un chef de campagne, fils du fondateur de Hizb Ettahrir, plus proche des terroristes que d’’Ennahdha. D’autres lui prêtent des connivences avec Ennahdha. Peut-être était-ce dans une logique de pré-campagne pour le second tour de la Présidentielle. Lui il ne dit mot. L’autre candidat à Carthage est un magnat des médias, toujours en prison. De lui, les réseaux sociaux disent que c’est un Robin des Bois, d’autres un Berlusconi à la tunisienne et d’autres encore que c’est une «mère Theresa» à la façon islam. Pour qui votera le Tunisien ? Il ne le sait toujours pas !

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Ce serait donc parti, à en croire les résultats des sondages de sortie des urnes des deux instituts d’opinion, Sigma et Emrhod, dans un mois, pour un second tour pour les Présidentielles. Kais Saïed, dit «Robocop» à cause de sa diction très articulée lorsqu’il parle, et Nabil Karoui que certains ont comparé à Robin des Bois, seraient les deux candidats qui se feront face le 15 octobre prochain. A première vue, c’est un vote sanction contre tout l’establishment politique tunisien, dont les plus grosses victimes auront été le parti islamiste Ennahdha malgré toute sa machine électorale, et le chef du gouvernement, accusé par tous d’être derrière toutes difficultés du citoyen, de l’économie et des finances, au cours des deux dernières années.

Dire que ce sont deux candidats antisystème qui l’auraient remporté, ne serait pas complètement exact. Si cela peut être vrai pour Kais Saïed, l’outsider complètement inconnu sur la scène politique et qui paraît tellement anormal qu’il puisse être assimilé à un antisystème, cela n’est pas vrai pour le candidat Karoui. Ce dernier, comme nous l’avions écrit, n’est qu’une création de sa propre machine médiatique, aidé par une justice qui aurait, selon certains, mal calculé le temps judiciaire par rapport au temps politique. Karoui était dans l’ancien système de l’avant-révolution, et est issu de l’actuel système de l’après-révolution.

Force est de dire que tous les représentants de la famille politique, dite des centristes, aura essuyé un lourd revers. Ils étaient trop égoïstes et égocentristes pour accepter de liguer leurs forces et engager les combat des Présidentielles en front uni. Pour les islamistes, certains diront que c’était attendu, ayant opté pour un candidat de la dernière minute, pour pouvoir se concentrer sur les prochaines législatives où le chef d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, brigue le perchoir.

Mais là n’est plus le problème et il reste à tous de faire comme Ennahdha et de se concentrer sur les Législatives, pour revenir sur la scène politique et éviter de connaître le sort d’Ettakattol ou du CPR en 2014.

Le vrai problème désormais, si on accepte le résultat des sondages de sortie des urnes, c’est de savoir comment va se comporter la justice vis-à-vis du candidat Nabil Karoui. Il fait l’objet d’un mandat de dépôt qui a été confirmé en cassation. Pour l’instant, il n’est qu’un accusé et pas encore définitivement inculpé et encore moins sentencié. Son dossier est encore au niveau de l’instruction. Il est interdit de voyage, ses biens gelés et détenu en prison, où des supporters sont allés le «saluer» ce soir même. La justice avait aussi refusé de lui permettre l’accès aux médias, pour sa campagne électorale. Maintenant qu’il serait passé au second tour, quel sera la position de la justice tunisienne ? Sera-t-il relâché en attendant de passer devant la justice pour un procès qui tranchera dans le vif de son dossier, où il est accusé de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale ? Restera-t-il privé sans procès et maintenu en détention, malgré son accès au second tour ? Sera-t-il jugé, et surtout pourra-t-il être jugé avant le 15 octobre 2019 ?

Ce qui certain, c’est que le cas Nabil Karoui, ou Nabil-Robin des bois, devient une première absolue dans les élections, presque dans le monde !

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Petit rappel, d’abord, de l’historique des relations de la Tunisie avec le Gafi. Prenant ses nouvelles fonctions de gouverneur de la BCT, Mustapha Kamel Nabli avait alors demandé le FSAP, une évaluation du système financier tunisien par la Banque Mondiale. Cette dernière, implique systématiquement, une visite du Gafi, dont la dernière venue en Tunisie, datait de 2007 et ne devait se répéter qu’en 2017. De commun accord, la visite avait été avancée à 2012, alors que la Tunisie n’y était pas préparée et était en pleine période de révision de la constitution. C’est pour cela que la visite du Gafi n’eut lieu qu’en 2014, et avec une nouvelle approche.

  • Le début d’une affaire qui n’aurait dû avoir lieu d’être

Cette dernière avait alors deux volets. Le premier concernait la mise en œuvre des réformes, et le second concerne l’effectivité de ces réformes. En 2016, sortait le rapport du Gafi sur la Tunisie. 2017, le Gafi notifiait à la Tunisie son classement sur la liste noire. Un scandale éclatait alors et toute l’opposition, offusquée, mais ravie de trouver un prétexte à questionner le chef du gouvernement. Le gouvernement qui avait, pendant un certain temps, à trouver un bouc émissaire, d’autant que le gouvernement qui connaissait très bien les insuffisances de son système financier, aurait pu et dû, prendre son temps et faire les réformes nécessaires, sans risque d’être classé. Un classement qui avait fait beaucoup de tort à la Tunisie et l’avait obligé à avoir recours à l’Union Européenne pour l’aider à en sortir, jusqu’à donner l’impression à l’ambassadeur de l’UE, devenu intermédiaire, qu’il pouvait faire la pluie et le beau temps, surtout dans le dossier de l’Aleca qui lui tenait à cœur, et se permettre même de donner des conseils au gouvernement en place. Il fut rappelé à l’ordre et la Tunisie, sorti partiellement de la liste noire vers la grise.

Un plan d’action fut alors négocié et validé par le Gafi, divisé en cinq chapitre et comprenant plus de 80 mesures à prendre, pour être complète blanchi. Le 22 janvier 2018, ce plan est présenté en conseil des ministres. L’idée était de le terminer en une année. Sceptique, le ministre tunisien des affaires étrangères s’en étonne devant le CM. L’équipe chargée de ce dossier mis pourtant les bouchées double «avec un soutien inconditionnel du chef du gouvernement et du Gouverneur de la BCT aussi», témoigne pour nous un membre de l’équipe. Mise en place alors du registre national des entreprises, modification de la loi de 2015. Mise en place aussi, des directives professionnelle pour les professions concernées, comme les joailliers, les avocats et les experts comptables, les notaires, les casinos et les agents immobiliers, la Bourse, et le conseil du marché financier, pour ne citer que ceux-là, pour toujours vérifier la provenance et la nature des transactions financières pour éviter qu’elles ne proviennent d’opération de blanchiment d’argent ou de financement au terrorisme. Six CIM (Conseils interministériels) furent alors consacré à ce dossier du Gafi.

Le 29 janvier 2019, la Tunisie présente son rapport d’exécution du plan des réformes. Le 20 juin 2019, ce rapport est envoyé au Gafi. En juin 2019, le Gafi reconnait que la Tunisie a finalisé son plan d’action, qui cadre avec toutes ses remarques et demandes et décide de programmer une visite «On Site», pour s’assurer elle-même, en Tunisie et dans toutes les structures et institutions concernées, de la bonne exécution du plan de réformes.

  • Un RDV décisif et «dangereux», en pleines élections

Cette visite On-Site du Gafi aura lieu en Tunisie, les 16 et 17 septembre, au lendemain de l’annonce des résultats du 1er tour des présidentielles anticipées, avec un chef de gouvernement par intérim, un chef d’Etat par intérim et nombre de ministres, concernés ou plongés dans les différentes échéances électorales en Tunisie. C’est à l’issue de cette visite On-Site, et au vu de ce que les experts du Gafi vont remarquer pendant leurs visites à presque toutes les institutions et différentes professions et même chez les structures chargées de la lutte contre le terrorisme et la corruption, que le Gafi décidera si la Tunisie pourra, ou non, définitivement sortir de la liste noire.

Précautionneux, le gouvernement décide, sur proposition de Fayçal Derbel, d’organiser une visite sur site blanche, comme proposé initialement par la CTAF. Comme dans un bac blanc, recours a eu ainsi lieu, à des évaluateurs indépendants et expérimentés en la matière ou qui en ont fait, pour le compte du Gafi cette évaluation dans d’autres pays.

Instructions ont été donné de tout évaluer et de tout passer au peigne fin, avant l’arrivée de l’équipe du Gafi. C’est ce qui fut fait les 22 et 23 août 2019. De l’avis de ceux qui l’ont organisée, la visite On-Site blanche, auraient été globalement satisfaisante. Il est supposé que, d’ici le 15 septembres, les retouches nécessaires auront été apportées, pour s’assurer de la réussite de l’examen réel du Gafi.La visite ayant lieu en pleine élections, espérons que ces limiers du Gafi, n’iront pas demander à l’ISIE, par exemple, si les candidats, pour les présidentielles anticipée et pour les législatives, ont tous déclaré leurs biens et si l’ISIE et la Cour des Comptes, ont vérifié l’origine des fonds qui ont financé les campagnes de chaque candidat !

On croit aussi savoir, qu’à la même occasion, le conseil d’administration du Gafi de la région MENA devrait se réunir en Tunisie. A côté des évaluateurs du Gafi, pas moins de 54 autres membres du MENA-Fatf viendront à la même occasion en Tunisie.

Il s’agira alors, non seulement de donner toutes les preuves de la mise en œuvres des reformes qui conditionnent la sortie de la liste noire, mais aussi de faire très bonne figure auprès des membres du FATF et de l’Europe, qui avait au début, quelque peu contribué à la mise en Tunisie sur liste noire.

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Monique Dagnaud est directrice de recherche CNRS à l’Institut Marcel Mauss. Elle enseigne à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, et dans le master professionnel de l’INA. Selon elle, «le sens de ce mot-valise [Ndlr : Antisystème] s’éclate en diverses directions, [tels que] contre les élites, contre le capitalisme, contre la finance, contre la mondialisation, contre l’évolution de la société, contre le bipartisme, contre la pensée unique» etc…, et il renvoie d’abord à une attitude psychologique (…) qui résulte d’une sorte de désespoir démocratique».

Pour la Tunisie, c’est d’abord une population qui défie l’Etat dans toutes ses déclinaisons et même la puissance publique, si elle ne les renie pas complètement pour faire sa catharsis des années de «persécution», qui ne prennent de la démocratie que leurs propres libertés, et qui veulent des solutions, immédiates et faciles, de la part des gouvernants. Comme pour la France, objet de l’article de Monique Dagnaud, la société tunisienne est «perçue par nombre de citoyens comme définitivement aux mains d’une élite qui se sert elle-même avant de servir les intérêts du pays. Pire, au-delà de cette logique d’intérêts, le monde dirigeant apparaît incompétent, cultivant l’immobilisme, incapable de mettre la société en mouvement».

  • Des anti-systèmes, non. Des anarchistes, oui !

Africanmanager estimait, depuis mai dernier, que les élections de 2019 pourraient être celles des antisystèmes. Or, à la lumière des 3 volets du Grand Débat politique, rares étaient parmi les 26 candidats aux présidentielles de 2019, qui se révèleront être des antisystèmes. Quelques-uns y ressemblent, sans plus. Gauche-caviar qui n’a jamais exercé un travail, ce qui le placerait plutôt dans la petite bourgeoisie, Hamma Hammami n’a de l’antisystème que l’appel à la nationalisation de richesses et des ressources et le refus de payer les dettes, dites odieuses. Rahoui n’est pas loin de Hamma, sans en être ni une copie, ni complètement différent.

Makhlouf n’est qu’un idéaliste anarchisme destructeur de tout, apparenté CPR. Abbou est un Makhlouf, un tantinet moins anarchiste et un peu plus policé. Marzouki est à classer dans la même case que Mohamed Abbou, mais en plus aigri et qui ne s’est pas encore dégrisé du faste du palais de Carthage de 2011. Nabil Karoui était, peut-être, un anti-Ben Ali, mais pas son antisystème, et en tout cas, plus un aventurier politique sur véhicule social qu’un Abbé Pierre ou un Robin des bois. Il prolonge en tout cas le système. Une victime collatérale du système, créée par les médias. El Hamdi est un ancien Nahdhaoui reconverti qui cherche encore sa voie. Le reste, c’est des enfants du système ou des réformistes qui cherchent à adapter le système à la nouvelle conjoncture, juste le temps de la campagne. Bref, nous ne voyons parmi eux aucun véritable antisystème, ou qui apporte une alternative, viable et surtout bancable à l’ancien système.

  • Un corps «électoral», virtuel de 7,3 millions, dont 4,1 directement accessibles sur Messenger

Il reste que ces élections ne seront manifestement plus celles des antisystèmes au sens positif du terme, le Tunisien moyen étant conservateur par essence et surtout lorsque cela touche à sa poche, d’entrée comme de sortie, et sera plutôt une élection au faciès. Beaucoup l’ont compris et avaient, dès juin, entrepris l’œuvre de se confectionner une bonne figure. Et afin de toucher le plus de monde, on leur a conseillé de tout miser sur les réseaux sociaux.

Ils sont en effet, selon des chiffres récents de «Digital Discovery», 7,3 millions d’utilisateurs de fb, dont 56 % d’hommes, 44 % de femmes et 57 % dans la tranche d’âge de 25 à 54 %. Ils sont, en Tunisie toujours, 4,1 millions à utiliser l’application «Messenger», dont 60 % dans la tranche d’âge de 25 à 54 ans. Sur Instagram, il y aurait 1,9 million de Tunisiens inscrits et actifs et 1 million sur LinkedIn. C’est dire l’étendue de ce corps électoral virtuel, la vitesse de son accessibilité, et la facilité de le contacter qui est instantanée et pas trop coûteuse, lorsqu’on y ajoute le sponsoring, directement ou indirectement par les chargés des campagnes des candidats. Rares sont ceux qui n’y avaient pas eu recours, directement ou par la voie d’autres pages, de vrais ou de faux profils. Le principal réseau social, déjà aguerri depuis ladite révolution de 2011, a ainsi commencé depuis juin dernier à pulluler d’images, vidéos, textes en musique, fait par des Tunisiens, parfois lambda, experts en outils de montage et de fabrication d’images.

L’espace public virtuel, étant hors contrôle, considéré comme l’Agora des temps modernes où tout un chacun peut dire et écrire tout ce qu’il veut, calomnier et insulter, sans être dérangé. Ajoutez à tout cela les commentateurs, passagers, initiés ou carrément payés, et on en arrive à une véritable officine de campagne qui, si elle a les moyens, sera capable de fabriquer facilement des gagnants ; une véritable usine à présidents ou à députés. Un des candidats-on ne le nommera pas par souci d’impartialité- avait par exemple essuyé une campagne de dénigrement à 800 mille USD. Un autre a certainement beaucoup dépensé pour ses innombrables multiples campagnes sur les réseaux sociaux. Il y a même des officines, officielles, chargées du sponsoring et payables en Dinar.

Ce sont ceux-là qui «manipulent», au vu et au su des hommes et de leurs lois, l’électorat en chair et en os, et qui vous fabriqueront le président qui sortira des urnes tunisiennes.

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Force est d’affirmer que la question, devenue récurrente, des inondations des premières pluies d’automne, dites en Tunisie «غسالة النوادر», est d’abord une question d’infrastructure, ensuite d’administration du territoire communal et enfin mais surtout, d’entretien des infrastructures.

Les infrastructures sont l’affaire du ministère de l’Equipement. Car, quand bien même elles seraient du domaine des municipalités dans l’espace communal, les eaux pluviales se déversent toutes dans les infrastructures communes nationales. Beaucoup d’entre ces dernières sont mal calibrées, ou faites pour des débits moindres que les grosses pluies d’automne.

Les infrastructures relevant de la responsabilité des communes ne sont presque jamais curées pendant les saisons sèches, encore moins entretenues pendant l’été. Les municipalités oublient chaque année et comme toujours de le faire, ou «ont d’autres chats politiques à fouetter». Beaucoup de nouveaux maires avaient fait les promesses les plus mirobolantes et se révèlent être, au premier test, aussi mauvais que les premiers.

Enfin, et c’est le plus important, les crues et leurs dommages sur les habitations, sont d’abord dues à une gestion calamiteuse de l’espace communal, aux autorisations de bâtir octroyées dans des zones que tout le monde sait inondables, et aux laxisme des autorités, communales et régionales, devant les supposés «Zwawla» et les démunis qui s’installent en bordure des oueds ou carrément dans les lits de ces oueds. Laxisme, aussi, de toutes les commissions d’octroi des permis de bâtir, qui se réunissent au siège du ministère de l’Equipement et parfois en sa présence, et de la confection des plans d’aménagement, dont plus d’un a été fait, mais jamais entré en exécution. Des permis de bâtir accordés au faciès et selon les connaissances, la notoriété ou les sièges, à l’ARP ou ailleurs, alors qu’ils n’y ont aucun droit.

Laxisme enfin, en temps de campagne électorale et de course aux votes. Un laxisme pour raison électoraliste aussi, qui fait que les autorités laissent faire des protestataires, déjà en faute d’avoir occupé des terres inondables, à prendre en otage des familles et des enfants, et des centaines de personnes dont certaines étaient sorties du bureau à 19 heures pour n’arriver chez elles que vers minuit.

Mauvaise gestion des autorisations, comme celle de ce Mall en premier plan de bordure d’un oued connu. Qui plus est, se trouve dans une commune, celle d’Ennasser pour la citer, où les infrastructures des eaux usées et pluviales, est de loin, très loin, incapable de supporter le débit d’une cité à forte expansion et initialement construite pour moins de personnes qu’elle n’en contient actuellement. Des maires qui, au lieu de corriger les erreurs de leurs prédécesseurs, continuent de fermer l’œil et d’admirer les responsables étrangers qui démissionnent lorsqu’ils commettent des erreurs moins graves que cela, et ne font pas comme eux.

Une ville, ce n’est pas uniquement des autorisations de bâtir, des voies parsemées de pieds d’éléphants, des artères mal nettoyées et des parkings mal gérés jusqu’à refuser d’enlever les véhicules stationnés en double et triple file, pour ne pas déranger l’électeur. Une ville, c’est surtout de l’ingénierie à la conception, une autorité inébranlable à faire respecter les bonnes règles d’ingénierie à la construction. C’est aussi une vision stratégique à long terme, pour éviter la surpopulation, l’usurpation des espaces publics, verts et vie, par des hommes d’affaires véreux et des commerçants peu soucieux du bien-être des habitants.

Malgré les dernières élections municipales, ce nouveau genre de maires n’est pas venu. Ceux qu’on croyait l’être, se sont in fine révélés être comme ceux qui les avaient précédés.

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Ses ennemis comme ses amis s’étaient pour une fois accordés à dire que Youssef Chahed s’en était bien sorti au dernier Grand Débat télévisé du lundi soir. Or, s’il était le meilleur de la bande, c’était tout simplement parce qu’il ne pouvait pas faire pis qu’eux.

Le candidat de Tahya Tounes officiait en effet devant un aréopage, à l’exception peut-être du poli et fils de bonne famille Saïd Aïdi, de la femme d’affaires trop clean pour la politique et du robot Saied, venu plus pour en découdre avec le concurrent Chahed et régler leurs comptes que pour présenter une alternative, politique et économique, claire et viable.

Le duel aura finalement été inégal. L’ancien chef de gouvernement avait pour lui l’expérience, et eux, n’avaient que la vanité. Les mauvaises langues diront qu’il était comme un redoublant dans une classe de débutants, qu’il savait tout, mais n’en aurait fait que peu.

Ses concurrents avaient peut-être la fougue, mais une fougue entachée par la prétention et le manque de maturité politique. Le débat était presque déséquilibré. Un seul avait l’expérience, les autres la prétention et beaucoup étaient venus juste pour déverser leur fiel politicien et parfois plus.

Dès le démarrage, tous caressent dans le sens du poil tout le corps sécuritaire, et mettre l’accent sur son peu de moyens, comme pour lui signifier leur complet soutien. L’armée, c’est sacré et la police on en a besoin au quotidien.

  • Salma Elloumi. Trop sage pour la politique politicienne

La 1ère à prendre la parole, elle connaissait ben les prérogatives du poste de président de la République et en connaissait les limites et les contours, pour avoir été directeur de cabinet de BCE. Elle plaçait donc, à juste titre d’ailleurs, tout dans le panier de la sécurité nationale au sens global. Renseignement, sécurisation de la société, paix sociale et les bonnes relations avec organisations nationales.

Intelligente, elle ne tombe pas dans le panneau lorsque l’animateur lui demande si la transition politique était exportable ou une simple clé de voûte et choisit de faire simplement l’apologie du choix démocratique. Dans l’axe de la diplomatie, elle prêche, convaincue, la diplomatie économique et propose d’outiller les ambassades pour ce nouveau choix et de regrouper les structures pour mettre la coopération internationale sous la houlette du ministère des Affaires étrangères.

Malgré sa petite prestation, elle se révèlera être une femme de dialogue et de compromis, notamment lorsqu’elle fait le choix de ne pas recourir au référendum pour résoudre certains problèmes. Pour ses premiers futurs 90 jours à Carthage, elle promet de faciliter l’investissement, l’accès aux crédits à des coûts plus avantageux, de mieux s’occuper des retraités, et d’accorder aux enfants de moins de 12 ans d‘âge le transport gratuit. Bonnes idées, sauf qu’on n’en sait peut-être pas l’impact sur le budget de l’Etat.

  • Le pas clair Safi Said, qui n’avait pas préparé les bonnes leçons

Trahi par ses relents d’accent oriental et cloisonné dans les questions imposées, il est apparu un peu insipide et presque inintéressant devant un public plutôt habitué aux frasques d’un Safi plutôt braillard. Il excellerait presque en parlant des causes arabes communes et se lance volontiers dans une véritable plaidoirie en faveur du retour de la Syrie. Pas humble pour un sou, il se dit fort d’être un théoricien de la sécurité globale. Persifleur, faute d’aborder les questions auxquelles il s’attendait, il s’adresse à l’animatrice par un «vos questions sont bonnes et faciles » et s’impatiente lorsque ses thèmes de prédilection ne viennent pas, avec un «c’est toujours la même question. Moi je voudrais parler d’immigration des jeunes et du cas de la BFT (Banque franco-tunisienne). Il se lâche ensuite contre le tissu associatif tunisien et en traite certains composantes, sans les nommer, d’associations d’espions et de renseignement en lien avec l’étranger. En guise de promesse, il propose la mi-temps pour le travail des femmes, le transport gratuit pour les pauvres et le rééchelonnement des dettes chinoises et la création d’un fonds souverain.

  • Seifeddine Makhlouf, le «LPRiste» qui ne s’assume pas

On redécouvre avec lui un «révolutionnaire» dépité et qui voudrait terminer ce que les LPR n’avaient pu faire. Pour lui, l’état d’urgence est un gros mensonge et voudrait l’annuler, pour libérer la Tunisie qui serait, selon lui, « en proie aux étrangers qui pillent le pétrole tunisien».

C’est, ensuite, une charge en règle contre la France, dont «l’ambassadeur se balade en toute liberté». Les mauvaises langues feront remarquer qu’il aurait été débouté par l’organisme français chargé des visas en Tunisie. Plus clair sur ce sujet, il lance «ou le partenariat, ou le visa». On comprend cette menace, lorsqu’il propose de «revoir les conventions», avec la France ; cela s’entend comme une sommation à demander pardon, tout en accusant la France de tout faire pour rester le seul et unique partenaire de la Tunisie. L’ambassadeur de France avait suivi tout le débat à la TV, il en tirera certainement les conclusions et les enseignements.

Fan de Rabaa et dans une attitude de défiance, il se recueille sur la mémoire de Mohamed Morsi, l’égyptien, et propose de concrétiser la marche révolutionnaire du monde arabe. Pêle-mêle et comme dépité de ne pas trouver tous ces thèmes dans le questionnaire, il évoque le cas de la BFT comme un avocat qui n’avait pas lu tout le dossier, l’échec de l’ITS, la loi sur les start-ups, la diplomatie économique, le dossier du syndicat Ijaba et de tout le gouvernement dans tout ce qu’il a fait ou fera. Dans cette même logique destructrice de tout ce qui n’est pas la révolution mode LPR, il se propose même de demander des comptes à l’UGTT. Taboubi aussi a certainement regardé le grand débat de l’avocat Makhlouf et donnera certainement des consignes pour voter contre celui qui voudrait lui demander des comptes !

  • Petite, mais honorable prestation pour Saïd Aïdi

Le candidat demandera plusieurs fois qu’on n’écorche plus son nom et qu’on l’appelle par son nom sous la forme tria nomina en trois parties. Il zappera la pique de Makhlouf et va directement à la question des animateurs, pour élargir le champ d’intervention de l’armée aux activités environnementales. Ayant été dans une autre vie de ministre, il assure avoir une vision sectorielle de la formation professionnelle, vision bâtie sur dialogue et le lien entre enseignement et formation. Il dit aussi avoir la vision qu’il faut sur le dossier de l’Aleca qui a été beaucoup évoqué, dit vouloir défendre, aussi bien l’intérêt que la souveraineté de la Tunisie. Il promet des emplois pour les régions déshéritées, un gros projet par région, un référendum pour changer la constitution et les pouvoirs du président. Il promet surtout, même s’il fait en cela une surenchère par rapport au candidat Zbidi, de dépénaliser la consommation du cannabis.

  • «Fastoche » pour Chahed, qui voudrait un «Carthage 3»

Numériser pour sécuriser les archives et les données secrètes de l’État, plus de moyens logistiques pour l’armée, améliorer ses conditions de vie, créer le corps de police de proximité. Youssef Chahed énumérait calmement et sans peine l’expérience et son ancienneté de trois ans au pouvoir, les positions et les promesses.

La crise libyenne sera prioritaire, dans une démarche de neutralité positive «avec tous les frères libyens ». L’initiative chinoise de la route de la soie, il connaît et a déjà signé convention pour en faire profiter la Tunisie, et équilibrer la balance commerciale.

Avec l’Europe, il dit vouloir être plus agressif à défendre nos intérêts, et revoir l’accord de libre-échange pour plus de soutien financier, l’Europe ne donnant pas assez.

Les problèmes de la justice, il connaît aussi. Il fait promesse d’un plus grand budget, de plus de soutiens aux pôles judiciaires pour diminuer la pression en nombre de dossiers sur les juges, et cite ce qu’il a déjà fait dans son autre vie de chef de gouvernement. Il reparle de l’égalité des salaires, et précise «comme dans l’agriculture ». Il promet de réunir, une fois président, les partis perdants et gagnants, pour mettre au point une feuille de route. Chahed voudrait dire un «Carthage 3» ? Il s’était pourtant plus que plaint du 1er et du 2ème du nom.

Le candidat Youssef Chahed a demandé un droit de réponse à l’accusation de Hamma Hammadi d’être l’incarnation de la corruption. «Je ne m’abaisserai pas à ça bien que tout le monde semble venir pour m’insulter », finira-t-il par dire.

  • Hamma Hammami

Un peu avachi par l’âge, le plus illustre des chômeurs de Tunisie, Hamma Hammami commence par un salut à tous les martyrs, avant de glisser «nous n’oublierons pas» (مناش مسامحين), il demande rectification, lorsqu’on le présente comme candidat indépendant, et revendique la représentativité de la coalition du Front Populaire.

Surpris par le bip-bip du chronomètre qui passait au rouge alarmant sur la proche fin des 90 secondes, Hamma s’est surtout illustré dans cette finale du Grand Débat par la passe d’arme avec Youssef Chahed sur la corruption. Comme attendu, il promet de tout dévoiler des assassinats politiques , de l’officine secrète d’Ennahdha et tutti quanti.

Pour l’Aleca, il demande d’arrêter carrément les négociations. Avec cette convention, qui est pour lui, non révisable, ce serait «Bou-Bartalla (le Roumi en péjoratif) retournera en Tunisie et mettra la main sur l’agriculture.

  • Kais Saïed, le candidat robot qui passe inaperçu 

Droit comme un balai derrière le pupitre. Droit dans ses bottes pour ses position, pour la peine de mort, d’appliquer la loi pour tout et de la nécessaire révision de toutes les conventions sur les ressources naturelles, le candidat faisait presque monde à part avec son débit robotique, comme un dictaphone automatique dans un amphithéâtre.

L’homme ne s’était pas beaucoup illustré, ni par un dérapage, ni par une pique, ni encore par une proposition qui sort du commun ou une analyse pertinente. C’était comme si les questions à lui posées étaient faites pour cela.

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Deuxième fournée, dimanche soir sur la Wataniya, de 9 candidats à la Présidentielle anticipée, pour l’oral du Grand Débat. Une 2ème émission, juste un peu meilleure que la première, non par le contenu qui est presque en questions génériques tournant autour des prérogatives du chef de l’Etat, mais par les passes d’armes, les quelques piques et les droits de réponse à fleurets mouchetés entre les candidats. Une émission qui, comme la 1ère, n’aura en rien contribué à aider les électeurs à faire leur choix.

Lotfi Mraihi. A force de saluer la mémoire des martyrs, le candidat en oublie la question de l’animateur et se la fait répéter. Et manifestement toujours pas dans le match, il oublie la date de la 1ère annonce de l’état d’urgence. Evoquant la question sécuritaire, il affirme que «c’est un crime de ne pas avoir les moyens de sa politique». Et aura une réponse de son collègue Zbidi.

Le clou de sa «prestation», était lorsqu’il avait brandi un vieux livre et affirmé vouloir «mettre fin aux conventions avec la France sur les ressources naturelles». Le sel lui était certainement resté dans la gorge, malgré l’annonce de la suspension de la licence pour la société franco-tunisienne.

Un huissier de justice fait irruption dans le studio en live et une discussion animée s’en suivra avec Mraihi qui avoue être fautif, mais refuse de remettre le vieux bouquin à l’huissier et donc d’obtempérer à un auxiliaire de justice, ce qui lui vaudra beaucoup de critiques sur les réseaux sociaux. Acharné sur sa manifeste mauvaise relation avec la France, il demande un droit de réponse sur cette question et Hammadi Jbali lui apporte son soutien. Mraihi qui répondait à Boulabiar soucieux de l’avenir des IDE françaises en Tunisie, répond que «ils ne sont pas venus pour nos beaux yeux, mais parce qu’ils gagnent de l’argent ». Une lapalissade. Et va jusqu’à dire que «on ne doit pas avoir peur qu’ils ferment leurs usines».

Conservateur, même en économie, il se déclare favorable à un protectionnisme sectoriel qu’il qualifie d’intelligent, sans autre forme de détail. Mraihi reste pourtant fermé à tout secteur privé, puisqu’il est sans détours pour la nationalisation des ressources. La découverte d’une erreur : un anti-occidental hors du temps, et un protectionniste à la manière du bloc soviétique.

Hammadi Jbali élargit le domaine d’intervention du prochain chef de l’Etat qu’il ne sera probablement pas, jusqu’à la corruption et voudrait s’en prendre aux crédits impayés. Il évite à ce propos de parler des cas de certains de ses confrères.

Pêle-mêle, il évoque les structures sécuritaires, leur indépendance et leur manque d’équipement. A Chaâmbi aussi, ils ont la télévision.

Il parle d’exportation et demande que le président remplisse son avion avec les hommes d’affaires lorsqu’il voyage, ce qu’il n’avait pas fait lorsqu’il était chef de gouvernement, des mouvements sociaux qui arrêtent la production en proposant de dresser une liste des secteurs où l’UGTT ne pourra pas faire grève, de la nécessaire souveraineté sur les ressources, se prononce contre l’Aleca et évoque l’impératif de la libre circulation d’abord. Il se rappelle qu’il avait un jour écouté les hommes d’affaires et appelle à annuler les différences off shore-on shore, de protéger l’économie locale, mais de faire un audit de la BCT et de tout le secteur financier tunisien. Un intérêt, sur le tard pour l’économie. Un Nahdhaoui non encore repenti.

Mohsen Marzouk se prononce pour le nucléaire pacifique à des fins de désalinisation de l’eau. Pro-occidental en face de Mraihi et Jbali qui étaient contre, il essaie de les convaincre de mixer politique et économie, de diversifier nos relations, car les intérêts s’entrecroisent et convergent.

Bon palabre, il se présente comme le prochain protecteur pour les libertés publiques et individuelles et même contre les racistes. Un mot pour les retraités et il évoque la justice transitionnelle qu’il qualifie de sélective et de revancharde et propose une initiative pour un autre type de justice transitionnelle. Beau parleur. Il lui aurait fallu plus de temps.

Nouri Sghaier semble s’être bloqué sur la question de la décentralisation de l’autorité et de la gouvernance locale, jusqu’à en faire la solution pour tous les maux du pays et inclure les mots gouvernance et locale, dans toutes ses réponses à toutes les questions. Dommage, il était pourtant bien habillé.

Hechmi El Hamdi, son problème c’est le vin et la société étatique qui le produit et en gagne 160 MDT. Il parle de la campagne céréalière et le journaliste qu’il se dit ne fait pas de différence entre blé dur et blé tendre. Comme Jbali et Mraihi, il promet la nationalisation de toutes les ressources et offre à ses électeurs un retour vers l’Hégire en proposant de faire de l’islam la source des lois et d’interdire même aux présidents de légiférer en dehors de la Chariâ. Sans aucune surprise pour ce Nahdhaoui-CPR qui s’en cache.

Hatem Boulabiar, qui fera un debrief de sa participation avec sa 1ère Dame à son retour « at home », fait fort dans le show. Il débute sa participation, en récitant le serment des chefs d’Etat, en principe à prêter au perchoir. Manifestement échaudé, il sera le 1er à boire au goulot de la bouteille d’eau, la direction de la Wataniya n’a pas mis de verre à disposition.

Il n’aime pas le ministère du Tourisme et promet d’en donner le budget au MI. Il parle du manque de justice et évoque sans le nommer Nabil Karoui qui aurait été arrêté injustement. Par deux fois, il évoque Bourguiba en bien, comme pour s’approprier une partie de son héritage idéologique. Pour lui, les IDE, ce n’est pas l’Europe, mais l’Arabie Saoudite et Abou Dhabi. Petite passe d’arme ensuite avec Lotfi Mraihi sur ses opinions conflictuelles avec France, et pour clôturer, il propose une taxe de 2,5 % sur la fortune et promet aux concessionnaires le chômage, prêchant que tous peuvent pouvoir acheter leurs voitures directement chez le constructeur, par exemple. De sa prestation, on va se contenter de rire, comme il l’a fait avec sa femme, dans une vidéo qu’elle a mise en ligne.

Elyes Fakhfakh se félicite du débat, cite «Si Hatem », répond à Mohsen Marzouk sur les relations avec les USA en affirmant qu’ «il faut avoir les moyens de sa politique». Il ne comprend pas la question sur les tests de dépistage de la drogue, puis affirme que «on culpabilise trop nos enfants et c’est à l’Etat d’être fort et d’intervenir au niveau du commerce». L’homme avait, peut-être, des idées, mais il lui manquait la maturité pour convaincre.

Abdelkerim Zbidi. Serein face aux attaques des autres candidats sur la sécurité nationale, raisonnable à la défendre et en évoque clairement les réussites. Il ne manque pas l’occasion de répondre à Hechmi El Hamdi sur la situation des militaires et leurs capacités, jusqu’à en oublier la question des animateurs qui étaient manifestement dépassés par les candidats, les premiers à demander des droits de réponse, jusqu’à obliger le jeune animateur à avoir recours à son oreillette.

Il touche nerveusement ses lunettes, peut-être dérangé par les attaques qu’il subissait en live, comme lorsque Mraihi lui impute la situation en Tunisie, tout autant que Youssef Chahed. Répond à Fakhfakh sur définition le vrai rôle du Conseil de sécurité nationale, avant de le citer lorsqu’il dit que le Maghreb n’est pas encore unifié. Répond à Mraihi qui dit qu’il faut avoir les moyens de sa politique diplomatique et défendrait presque, en cela, son collègue Khemaies Jhinaoui. Sa priorité, c’est interdire le tourisme électoral, moraliser la vie politique, surtout sur le volet financement, et revoir le seuil électoral. Il se fera surtout remarquer sur la question de la consommation du cannabis.

Mongi Rahoui. Fidèle à sa Gauche nationaliste, il parle de la «Oumma arabe unifiée» et de la nationalisation des ressources, se veut le Zorro contre le «Fassed» et la pauvreté. Mauvais banquier, il en est pourtant un, il prêche le changement de toute la monnaie. Ouvert juste ce qu’il faut, il voudrait un partenariat économique Win-Win qui va mal avec la nationalisation. Fidèle à la lignée idéologique de la gauche, il a le courage quand même de clamer à la face d’El Hamdi que «la question de la Chariâ a été déjà tranchée dans la constitution». Egal à une Gauche qui prône l’Etat providence.

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Le 1er grand débat télévisé des huit premiers candidats aux présidentielles anticipées tunisiennes a eu lieu samedi soir. Un débat, presqu’inutile, fade, aseptisé, sans couleur et sans saveur, avec des candidats pour la plupart mal à l’aise, piégés par un pacte de non-agression imposé et qui a saboté le résultat, la démocratie étant le résultat d’un choix populaire où l’agressif ou l’impoli aurait été automatiquement éliminé par les électeurs à la lumière de sa prestation dans ce grand débat.

Marzouki a été le premier à boire de l’eau, s’abreuvant à trois reprises directement au goulot de la bouteille. La seule règle ayant été le chronomètre, par ailleurs, parfois non prise au sérieux par certains candidats qui y ont grappillé quelques secondes, et surtout par le candidat Omar Mansour qui ne semblait pas vouloir qu’on lui donne 90 secondes et en a plusieurs fois pris moins, se refusant à terminer son temps, comme s’il n’en demandait pas autant, ou qu’il n’avait rien à dire ou pas autant qu’on lui en demandait. Le candidat Omar Mansour qui a d’ailleurs été la seule «distraction» de ce grand débat et parfois la risée des commentateurs sur les réseaux sociaux.

  • Debout, comme s’il était au comptoir d’un café bar

Omar Mansour semble s’être déjà fatigué avant d’avoir commencé, s’appuyant de son coude sur le pupitre , farfouillant dans ses papiers pendant que Jomaa parlait, et se retournant même, le dos au public, alors qu’Abdelfattah Mourou parlait. Le candidat Mansour était manifestement très mal à l’aise en position debout, ne prenant pas tout son temps pour répondre aux questions des animateurs et n’y voyant aucun mal même lorsque l’un d’eux lui demande s’il voulait terminer ses 90 secondes de prise de parole.

Un Omar Mansour presque toujours appuyé sur le coude, parfois avec les bras croisés sur le pupitre et d’autres, les jambes croisées sous le pupitre. Il rate par deux fois le micro, et se le fait rappeler par l’animateur, à cause de sa position nonchalante derrière le pupitre. La seule fois où il avait pris tout son temps, c’était sur la question de la sécurité. Une autre, il commence sa réponse, en disant qu’il appuie ce que disait «mon collègue», soulignait-il.

Le candidat était indiscipliné dans sa posture, alors qu’il briguait une position, celle de président de la République, des plus officielles où tout compte et surtout la manière de se tenir et la prestance. De tout cela, il ne semblait pas avoir cure. Débonnaire, il répondait presque dans la souffrance.

Sur la question relative à la liberté de la presse, par exemple, il commence par un «Euuuuh», dit ensuite considérer les garanties suffisantes, avant de terminer qu’il faudra en discuter avec les intéressés. Il esquive ensuite la question des Tunisiens en Syrie, en indiquant que «il faut voir leurs projets et leurs problèmes ». En somme, une très mauvaise prestation d’un candidat qui attendait d’autres questions et que, dépité, il attendait tout simplement que ça se termine.

  • Marzouki, égal à lui-même, à boire l’eau au goulot et à regarder sa montre

Moncef Marzouki était le seul sans cravate, le premier à prendre la petite bouteille d’eau en plastique pour boire au goulot et le 1er à consulter sa montre à la 11eme minute de sa participation au grand débat. La direction de la Wataniya 1 aurait dû mettre des verres à eau à la disposition des candidats. Finissant, presque toujours avec son regard vers la toiture, Marzouki estimait que «ce qui menace la sécurité n’est pas le terrorisme mais la violence interne», en profite pour expliquer l’épisode de ses visiteurs extrémistes au palais de Carthage, lorsqu’il était président provisoire, comme une tentative de les impliquer dans les solutions au terrorisme rampant. Il revendique la «propriété intellectuelle» de l’idée des semences à Neji Jalloul, et estime, sur la question de la réconciliation, qui n’a pas été évoquée par les animateurs, qu’il faut arrêter la stratégie de «embrasse ton frère et réconcilions-nous » (Yezzi min bouss khouk). Ce n’est donc pas lui, président, ancien CPR, qui relancera toute réconciliation nationale.

  • Mourou en Jebba rose et Abbou le «Zorro anti-Fassed»

Pour Abdelfattah Mourou, une question a été vite soulevée sur les réseaux sociaux de savoir si celui qui avait dit qu’il n’avait rien à offrir à la Tunisie et que ses genoux lui font mal, pourra tenir les deux heures du grand débat, debout derrière le pupitre. Il les a tenues, drapé dans sa Jebba rose, clignant des yeux comme s’il était incommodé par les lumières du studio, et parlant un arabe littéraire châtié, loin de le favoriser dans un débat regardé par la Tunisie profonde où le dialecte est une sorte de parler mêlant arabe, français, argot tunisien. Mourou restait debout comme s’il était dans une rangée de prière, parfois les bras croisés derrière son dos, enfouis dans sa Jebba rose. Le candidat d’Ennahdha n’a pas dérapé, comme s’il récitait ce que les «Spin-Doctors» de son parti lui avaient appris. Mourou a pourtant été le seul à proposer, parlant de diplomatie, de renforcer la présence tunisienne en Afrique. Mourou a aussi été le seul à évoquer, sans le nommer, le chef du gouvernement, pour l’enfoncer sur la question de la liste des martyrs et en profite pour évoquer l’impératif des compensations pécuniaires pour la «Chouhada».

Comme attendu, droit dans ses bottes, physiquement et idéologiquement, Mohamed Abbou, lui, a abondé dans sa volonté de lutte contre le «Fassed» en parlant de sécurité nationale. Pour Mohamed Abbou, qui s’est prononcé contre la peine de mort, «le criminel pourrait passer à d’autres crimes en cas de peine capitale». Cela rappellerait presque la proposition du député d’Ennahdha à l’ANC (Assemblée Nationale Constituante) de créer une «maison des martyrs pour qu’ils s’y rencontrent !

  • Abir Moussi, sage comme une image et Neji Jalloul le persifleur

Toute vêtue de blanc, presque méconnaissable, car trop sage sur le plateau et n’a proféré aucun mot contre son ennemi favori, Ennahdha, Abir Moussi ne semblait pas être au fait des chiffres du commerce extérieur avec la Turquie et la Chine et promet simplement de les étudier sans répondre directement à la question si elle allait revoir les conventions commerciales. Elle a aussi confondu, en répondant à une question sur la protection des données personnelles, entre communication conventionnelle et nouvelles technologies de la communication.

La candidate des Destouriens aura quand même quelque peu brillé par sa discipline, son calme, malgré quelques rougeurs à peine visible. In fine, elle aura tout de même tiré son épingle du jeu, bien que restée méconnaissable en dehors des situations où la fougue l’emportait généralement chez elle, sur la sérénité.

Neji Jalloul était le premier et l’unique candidat à s’emporter, élever la voix et presque sortir de ses gonds, lorsqu’il parlait de l’importance de la faim dans la lutte en matière de sécurité nationale. Le candidat a plutôt assez bien géré sa sortie dans ce grand débat ou presque personne n’a brillé et n’a vraiment attiré l’attention.

Sachant aussi qu’il n’a pas beaucoup à perdre et pas trop à gagner non plus, il se permet quelques persiflages, comme lorsqu’il dit que le ministère des Affaires étrangères ne doit pas être un ministère des «Ministru dal-Affariyet Barrania», appellation maltaise du même ministère, «et ne pas y placer les amis et les connaissances». Ou encore lorsqu’il pique l’arabe d’Abdelfattah Mourou qui énumérait les langues étrangères qu’il saurait parler, qui ne lui répondra pas, en disant que «le chef de l’Etat doit être cultivé et savoir bien parler, comme avec la reine d’Angleterre et ne pas lui parler « des empêchements rédhibitoires des ablutions». Par deux fois aussi, faisant certainement en quelque sorte le malin sur le plateau, Jalloul fait remarquer que la question qui lui a été posée est difficile. Il se retourne aussi vers Mehdi Jomaa, sérieux pendant toute la durée du grand débat, pour discuter, tous en sourire, de la remarque du candidat Abid Briki qui trouvait vraiment longue la question sur les journalistes en Libye et la sécurité des Tunisiens à l’étranger.

  • Mehdi Jomaa pique Chahed par «témoin»

Mehdi Jomaa s’en est tiré plutôt bien. Très à l’aise sur le plateau, bien campé sur ses pieds derrière le pupitre, souriant à la réponse sans rire. Le candidat présentait bien et parlait clairement. Cela ne l’empêchera pas d’esquiver la question sur ce qu’il proposait aux femmes rurales, pour enchaîner tout de suite sur d’autres réformes. On découvrira, en l’entendant, que «les responsables tunisiens préfèrent utiliser le réseau Whatsapp, car ils n’ont pas confiance dans les réseaux conventionnels. Il ne ratera pas non plus Youssef Chahed qu’il ne nommera pas. Il se fait pourtant un plaisir, certes bien réprimé, en conseillant aux électeurs de bien choisir, car lui ne restera pas «chahed [comprenez témoin en langue française] sur la misère, le chômage etc… ». Il évitera pourtant de formuler des promesses claires et précises, lorsque l’animateur du grand débat lui tend la perche pour le faire.

Ancien syndicaliste et ministre de la Fonction publique, Abid Briki proposait de diminuer le budget de la présidence de la République de 30 % pour constituer une «ceinture sociale», oublie que le FCR qu’il proposait de remettre en place, ce privilège donné aux TRE (Tunisiens Résidant à l’Etranger) existe toujours et n’a jamais été annulé et oublie d’évoquer le surbooking de la fonction publique, lorsqu’il parlait des réformes de l’administration. Il fera ensuite une proposition des plus étranges. «Pour chaque cadre tunisien qui émigre, nous devons négocier l’immigration chez les mêmes pays de 5 jeunes chômeurs».  Une sorte de troc en matière de compétence, ou presque une «vente conditionnée » des compétences tunisiennes qui partiraient à l’étranger. Pour les entreprises publiques, une des rares vraies questions à poser aux candidats, il campe sur ses positions de syndicaliste et repousse l’idée dont il dit que «ce n’est qu’un recyclage de la politique de Ben Ali qui ne pensait qu’à vendre».

  • Un grand-petit débat fade, sans saveur et qui n’a en rien aidé les indécis

Le débat n’aura finalement été que celui de candidats à la petite semaine, avec des idées à la petite semaine, des idées parfois farfelues et une débat qui n’aura en rien servi les indécis parmi l’électorat des 7 millions de Tunisie.

Les questions, manifestement rédigées par un ensemble inconnu de journalistes tunisiens et tirés au sort pour les candidats par l’ISIE, manquaient de punch, de mordant, évitant les questions qui fâchent et les clivages et qui détonnent clairement par rapports aux plateaux TV où ces mêmes candidats avaient été plus mordants et intéressants presque.

La direction du débat ne donnant aucune possibilité aux répliques, craignant certainement les débordements. Très peu aussi de questions économiques, à l’exception de la dette, insérée dans le sujet de la diplomatie et une seule question sur le sort des entreprises publiques. Pas de questions sur la politique financière, pourtant du ressort du chef de l’Etat qui propose la nomination du gouverneur de la BCT. A part cela, rien sur ce qui intéresse le pouvoir d’achat, les salaires ou les prix.

Remarquons, enfin, que le Grand débat de samedi soir, n’est pas une première dans le monde arabe et musulman. Il y a en effet 13, ans, en 2007, la Mauritanie organisait le 1er grand débat entre l’ancien président Sidi Mohamed Cheikh Ould Abdallah et le chef de l’opposition en Mauritanie Ahmed Ould Dadah.

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L’information a été donnée d’abord par la presse tunisienne en ligne. Cette presse, certainement renseignée par le «poseur de bombe» lui-même, a évoqué une saisie en France, par le groupe néerlandais ABCI Investment, sur les participations de la STB, actionnaire majoritaire à la BFT, dans le capital de la TFBank. L’affaire sera même présentée comme étant «une bombe qui a explosé au mauvais moment». Information prise à la source, ce n’était qu’un énorme coup de bluff qui aurait été monté par Abdelmajid Bouden, ancien actionnaire de la BFT et qui agit au nom de l’ABCI.

  • Aux origines du conflit

L’affaire remonte au milieu des années 80, et s’était corsée sous le régime de Zine El Abidine Ben Ali, lorsque Bouden se retrouve, dépossédé de ses actions qui seront reprises par la STB (Société Tunisienne de Banque), en prison, puis libéré après un arrangement avec le régime en place. L’ABCI et Bouden rejettent ensuite cet arrangement, se plaignent en justice, avant de partir en arbitrage devant le CIRDI (Centre d’arbitrage dépendant de la Banque Mondiale), avec le gouvernement tunisien de l’époque. Le tournant de l’affaire a été négocié lorsque Bouden est porté sur la liste des amnistiés, car ayant été victime du régime de Ben Ali. Une amnistie qui retourna le CIRDI contre la Tunisie, dont la responsabilité directe dans l’affaire de la BFT est déclarée par le tribunal d’arbitrage.

Une amnistie servie sur un plateau selon les avocats de l’ancien ministre Mabrouk Korchid lorsqu’il porta plainte contre Salim Ben Hamidane et gagna son procès. Une amnistie qui l’a rétabli dans son droit d’ester en justice et même de prétendre à réparation. Une autre plainte est par ailleurs, toujours en cours, contre l’ancien ministre des Domaines de l’Etat, Salim Ben Hamidane, introduite par l’Etat tunisien concernant la conduite de toute l’affaire de la BFT et l’ABCI, du temps de Ben Hamidane. Ceci pour la petite histoire !

Entretemps, le CIRDI reconnaissait la responsabilité de l’Etat tunisien, indépendamment des régimes, dans les démêlés d’Abdelmajid Bouden devenu victime de l’ère Ben Ali. Cette reconnaissance de la responsabilité de l’Etat tunisien, supposait dédommagement pour l’ABCI et Bouden. Un montant qui n’a jamais été décidé, ce volet de l’affaire étant encore en process de jugement entre la Tunisie et la CIRDI, process dont le planning , selon le chef u contentieux de l’Etat, le juge Chedli Rahmani, devrait s’étaler jusqu’en 2022, le temps que le CIRDI et Tunisie s’entendent sur le montant des dédommagements à servir pour Abdelmajid Bouden.

  • Le coup de bluff qui pourrait coûter cher

La même source confirme, dans un entretien téléphonique avec Africanmanager, qu’une saisie conservatoire sur les parts de la STB, actionnaire majoritaire de la BFT, dans le capital de la TFBank (Tunisian Foreign Bank) dont le siège est à Paris, a en effet été faite par Abdelmajid Bouden, les deux (BFT & TFBank) étant considérées comme des émanations de l’Etat tunisien.

La saisie est, juridiquement, une simple procédure conservatoire qui ne change en rien, ni la propriété, ni la gestion de la banque ou plutôt les parts de l’Etat dans cette banque et n’a en rien entravé l’activité de la banque à Paris, comme l’a d’ailleurs confirmé le DG délégué de la TFBank, dans un communiqué rendu public vendredi 6 septembre 2019.

Juridiquement aussi, la saisie se fait sur présentation d’un titre exécutoire donné par la justice, française, pour le cas présent. «Or, cette saisie n’était étayée par aucun document exécutoire, et fait déjà l’objet d’un recours de la STB auprès de la justice française [Ndlr : le DG délégué de la TFBank, l’a confirmé dans un communiqué rendu public ce vendredi], car entachée de vices de forme et de procédures. Ceci, outre le fait que cette saisie n’aurait pas été ordonnée par la justice française», précise à Africanmanager le chef du contentieux de l’Etat tunisien qui la place «dans le contexte d’une manœuvre procédurale, à l’effet de créer une situation litigieuse, pour imposer un règlement à des conditions autres que celles sur lesquelles le CIRDI s’était déjà prononcé, la question principale [NDLR : du montant de l’indemnisation] étant encore plaidée». Ceci, sans oublier que les affaires en justice s’en prenant à un Etat, se font d’Etat à Etat et non par le biais d’un huissier de justice, qui plus est, n’a aucun titre exécutoire. Par ailleurs, le juge chargé du contentieux de l’Etat n’a pas manqué pas de nous rappeler aussi qu’il est connu et reconnu que tout recours des plaignants à l’arbitrage requiert l’abandon de recours à toute autre procédure judiciaire.

Ainsi expliquée donc, l’affaire de cette saisie conservatoire sur les parts de la banque STB dans le capital de la TFBank, au titre de prétendues indemnisations par Abdelmajid Bouden, n’était qu’un énorme coup de bluff, médiatique. Le choix du moment pour lancer ce qui a été comparé à une bombe, n’est pas non plus anodin, la Tunisie étant en plein dans un processus électoral, où les acteurs de l’affaire sont des parties prenantes !

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Ces présidentielles anticipées en Tunisie, seront une première sur tous les plans. Des candidats qui s’étripent à coup de balance, des sondages, officiellement interdits, et qui se vendent sous cape et s’échangent sur les réseaux sociaux, un candidat qui fait sa campagne en prison, l’autre qui accuse et s’auto-accuse, un autre candidat qui ne dit mot et qui monte, et des électeurs qui sont dans le brouillard et les vaps de la puanteur politicienne que dégage la campagne pour le 1er tour.

Remarquons, tout d’abord, que si Nabil Karoui fait sa campagne à travers son seul statut de victime du pouvoir en place, l’ancien représentant de ce même pouvoir, Youssef Chahed semble insensible à toutes les piques et critiques à lui faites, et focalise sur son bilan et ses promesses.

Le 1er était jusque-là à la tête des sondages qui avaient précédé les campagnes, et le second qui caracole dans un second groupe qui rapporterait nettement moins que lui, selon les anciens sondages d’opinions rendus officiellement publics.

Un autre candidat, jusque-là silencieux, qui en fait le moins sur le plan de la Com et qui se maint pourtant en bonne place pour les présidentiables en Tunisie. Personne ne l’attaque frontalement et certains l’igonrentmême, comme s’il ne pourrait jamais être l’outsider qui surprendrait tous. Un candidat, comme Abdelkrim Zbidi, manifestement sans aucune ceinture politique, même si certains disent de lui qu’il serait un candidat caché d’Ennahdha. Ce qui est certain, c’est que tout ce manage,  est loin de donner ses secrets et il n’est pas exclu que les positions changent.

  • Mafia Blues à Saint Tropez

Comme le psychanalyste, incarné par Billy Crystal dans le film «Mafia Blues» d’Harold Ramis en 1998, Sami Fehri était allé chez Riahi à Saint Tropez età bord hélicoptère prêté par Slim Riahi, recueillir les confidences durepris de justice (c’est son statut juridique). Une image certainement voulue pour répondre à ceux qui le croiraient fini des suites du gel de ses avoirs en Tunisie. Longue interview d’un Slim Riahi, manifestement déprimé parle refus de la justice tunisienne d’annuler son mandat de dépôt, etqui en donnait mercredi soir «plein la gueule» au candidat, ancien chef de gouvernement.

Premier coup de poing, Chahed qu’il révèle être le candidat de Chafik Jarraya, pour le poste de chef de gouvernement, et qui a été la 1ère victime de la guerre anticorruption de Youssef Chahed. Seconde révélation choc, Slim Riahi qui aurait acheté la levée de son interdiction de voyage, en monnayant les voix de son parti en faveur du ministre de l’intérieur lors du dernier remaniement passé devant l’ARP (Assemblée des Représentants du Peuple). Le candidat s’auto-dénonce sans en prendre conscience peut-être. 3ème révélation, celle-là déjà révélée par lui-même, celle du complot qu’aurait tenté d’ourdir Chahed contre l’ancien chef d’Etat, feu Béji Caïed Essebssi. Au passage. Slim Riahi fonce tête basse et fait du rentre-dedans, dans la justice qui ne l’a pas blanchi, en l’accusant par ces révélations d’être un outil entre les mains de Chahed qui se serait fait des couloirs à tous ses niveaux. Une justice donc, infiltrée et non pas indépendante. La justice n’a pas la mémoire courte !

Le reste, à notre sens, n’était que lectures d’un candidat en fuite, de la conjoncture politicienne pourrie (Il disait lui-même qu’il aurait pu «investir dans les partis et avoir les projets que je veux. Et je peux le faire») où il officiait depuis la révolution de 2011.

Des lectures donc, pour le moins subjectives car versant toutes contre un seul candidat, bien que pas impossibles, mais jusque-là jamais prouvées. Tout cela n’est certainement pour plaire au candidat Youssef Chahed, qui se mure jusqu’ici dans le silence et continue son pèlerinage politique à travers les régions de la République, sans sourciller. Son «Spin Doctor», ou conseiller en communication et marketing politique, lui a certainement interdit de répliquer.

  • Affaires de Spin Doctors

Ces révélations, intervenaient après celles du candidat Zbidi, sur un autre complot visant le poste de chef d’Etat par intérim et qu’il aurait déjoué en menaçant d’utiliser les chars. Inédit, pour un candidat qui était censé défendre la démocratie et pour un candidat qu’on croyait être un civil, administrativement être à la tête de l’armée. La pique est cette fois dirigée contre Ennahdha.

On ne sait pas si le «Spin-Doctor» de Zbidi, lui a soufflé l’idée d’une telle révélation. Ce qui est certain, selon nos informations, c’est l’homme de Com de Zbidi, Hamed qui est le fils de l’homme d’affaire qui était dans le secteur de la grande distribution, ferait plus de mal que de bien au candidat et se ferait refuser à chacun de ses contacts à la recherche de soutiens pour le candidat Zribi.

Sinon, beaucoup de ces conseillers en Com ou «Spin-Doctors», semblent avoir fait opté leurs clients candidats vers la technique des clips et spots vidéos depuis le mois du ramadan, faits par des maisons de Prod. Certains candidats ont confié leur communication à des équipes internes. D’autres, comme Chahed, ont préféré gérer leur Com en externe. Il aurait pris l’agence tunisienne «Knasid», avec un journaliste sportif comme conseiller en Com.Zbidi aurait confié sa Com à l’agence, tunisienne aussi,«Omd3sg». Karoui chez sa propre agence pour toute sa Com. Ennahdha aurait fait cela en interne, certainement échaudée par les chiffres des contrats avec une agence internationale. Chez le reste des candidats, on reste discrets sur cette question de la Com.

Les visuels florissent déjà les artères de Tunisie avec des slogans, pas toujours racoleurs, mais toujours politiciens, à l’exception peut-être de Karoui qui paraissent plus agressives. Des «Spin-Doctors» qui tablent sur l’image et semblent jusqu’ici oublier le poids des mots pour l’électorat tunisien. Un poids dont certains comptent faire étalage, lors des prochains débats télévisés, où il est attendu que plus d’un candidat y laissera des plumes..

  • Un électorat dans les vaps

Autrement, de l’avis général, la campagne des présidentielles anticipées de 2019, s’est caractérisée par son bas niveau de débat, avec des électeurs bercés par les clips des uns et des autres et leurs lots quotidiens de Fake-News, de médisances et autres. Un électorat qui n’arrive toujours pas à trouver le candidat, idéologiquement idéal et qui pourrait finir par rester sur ses premières impressions, avec certains candidats demeurés égocentriques, certains malgré l’absence de ceintures politiques qui leurs permettraient de tenir leurs promesses, et d’autres espérant que leur semblant de réussite donnerait du Peps à leurs partis, lors des prochaines législatives.

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Le secteur immobilier, public et privé (Sits) va mal. Ses entreprises, au moins celles qui sont cotées et donc transparentes, perdent de l’argent. Paradoxalement, les prix de l’immobilier en Tunisie s’envolent.

Au 30 juin 2018, les états financiers de la société cotée en bourse Essoukna (Groupe BNA), étaient déficitaires de presque 661 mille DT. Les ventes de cette entreprise publique de promotion immobilière ont en effet baissé à 4,876 MDT après les 6,156 MDT du 1er semestre 2018. L’entreprise vend donc moins ou vend mal et son stock des produits finis augmente de plus de 500 mille DT. La direction, menée par l’ancien fiscaliste Mohamed Chouikha, a certes quelque peu maîtrisé les charges d’exploitation (3,8 MDT en 2019 contre 4,7 MDT en 2018), mais pas ses charges financières (+600 mDT). Les charges d’exploitation (3,8 MDT) n’en resteront pas moins très lourdes par rapport aux produits d’exploitation (4,8 MDT), limitant le résultat d’exploitation à un petit million DT. Les charges financières boufferont ce qui reste et amèneront au déficit.

  • Deux lourds redressements fiscaux successifs

Mais l’entreprise, filiale du groupe BNA, ne déplore pas que cette misère. En effet, les commissaires aux comptes de l’entreprise rappellent d’abord que «courant l’exercice 2015, la société Essoukna a fait l’objet d’une vérification fiscale approfondie couvrant la période 2011-2014 au titre des différents impôts et taxes auxquels elle est soumise. Une notification des résultats de cette vérification fiscale approfondie a été adressée à la société en date du 19 novembre 2015, ayant pour effet d’ajuster à la hausse le crédit de TVA d’un montant de 267 316 DT, de réclamer à la société un complément d’impôts et taxes à payer de 605 545 DT, dont 144 823 DT de pénalités, et d’ajuster à la baisse l’excédent d’impôt sur les sociétés d’un montant de 62 748 DT ».

La société a formulé son opposition quant aux résultats de cette vérification fiscale approfondie, une première fois en date du 30 décembre 2015, et une deuxième fois en date du 13 juin 2016 suite à la réponse de l’Administration fiscale parvenue à la société le 1er juin 2016. Au 30 juin 2019, une provision pour redressement fiscal a été constituée pour un montant de 128 077 DT, et ce, pour la meilleure estimation du risque fiscal encouru. En outre, un complément de provision pour risque fiscal a été comptabilisé pour un montant de 63 136 DT au titre des exercices ultérieurs à la période couverte par la vérification fiscale approfondie (pour les mêmes chefs de redressement).

Plus proche que cette première fois, courant l’exercice 2018, «la société Essoukna a fait l’objet d’une vérification sociale approfondie couvrant la période 2015-2017 au titre des salaires déclarés. Une notification des résultats de cette vérification sociale approfondie a été adressée à la société en date du 21 juin 2018, réclamant le paiement de 43 357 DT au titre de cotisations complémentaires, dont un montant de 12 419 DT (y compris des pénalités de retard de 4 418 DT) a été accepté par la société et payé à la CNSS en date du 6 juillet 2018. Le reliquat, soit 30 938 DT, majoré d’une pénalité de retard de 735 DT a été payé au cours du premier semestre de l’année 2019 ».

  • Essoukna et tout le groupement perdent en justice

Et comme si tout cela ne suffisait pas aux déboires du DG Mohamed Chouikha, le Groupement Immobilier (dont la Société Essoukna fait partie), est actuellement en litige avec l’entreprise ECF qui réclame en justice diverses indemnisations pour empêchement des travaux de construction relatifs au Projet El Bosten 8 (lot Soukra III) et pour augmentation des prix des matériaux de construction. Dans ce cadre, l’entreprise ECF a procédé à une opposition conservatoire (sur le titre foncier du projet immobilier) en date du 9 septembre 2016 visant le recouvrement d’un montant de 958 877 DT. Il s’ensuit que la société Essoukna serait, éventuellement, appelée à payer sa quote-part s’élevant à 191 775 DT (20%). Une action en justice a été engagée par la SIVIA (chef de file) en vue d’enlever cette opposition conservatoire et de libérer le titre foncier afin de faciliter la vente des biens immobiliers restants.

Le 6 juillet 2017, un jugement du Tribunal de première instance de Tunis a été prononcé en faveur de l’entreprise ECF, condamnant le Groupement Immobilier à payer un montant de 939 535 DT. Le 27 février 2019, la Cour d’appel de Tunis a condamné le Groupement Immobilier à payer, en faveur de l’entreprise ECF, un montant supplémentaire de 539 206 DT (391 999 DT au titre de la somme des retenues de garantie et 147 207 DT au titre des pénalités de retard calculées à partir de décembre 2014).

Ainsi, il plus probable qu’improbable qu’Essoukna sera tenue de payer sa quote- part s’élevant à 295 748 DT. De ce fait, une provision pour litige a été comptabilisée lors de l’établissement des états financiers intermédiaires arrêtés au 30 juin 2019, pour un montant de 217 919 DT, déduction faite des montants des retenues de garantie et de la caution bancaire (mise en jeu par la SIVIA) comptabilisés parmi les passifs courants (chez la société Essoukna et le chef de file Sivia).

Il fut un temps où la BNA, dont les promoteurs immobiliers publics sont des filiales, avait annoncé qu’elle allait sortir du secteur de l’immobilier qui est loin de son métier de banque. Il y a aussi quelques jours, lorsque le candidat ancien chef de gouvernement évoquait la question des entreprises publiques qui ne pourraient plus le rester, oubliait l’immobilier public.

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Il est connu et reconnu que le peuple, en Tunisie, a toujours adoré défier l’autorité de l’Etat et s’était toujours, même s’il comprend les motifs de ce dernier en exerçant cette autorité, et s’est mis du côté de celui qui s’en aurait ressenti. Le Tunisien avait toujours gardé rancune contre Bourguiba pour le cas Ben Youssef, même si beaucoup n’ignoraient pas que le second avait projeté d’assassiner le 1er. Le Tunisien en a fait autant contre Ben Ali pour le cas des islamistes, même si beaucoup ne se faisaient pas d’illusions sur leurs véritables desseins en termes de changement de son modèle sociétal. Rappelons, pour être juste, que Nabil Karoui est loin d’avoir le statut de militant pour le 1er et de politique pour le 2ème.

  • Le déficit en communication du candidat Chahed

En juillet dernier, le gouvernement n’avait pas, assez ou pas de la bonne manière, communiqué sur la question des amendements du code électoral qui auraient pu régler le cas Karoui. La contre-offensive en communication de crise, de la partie impactée par ces amendements, avait été plus réactive, plus immédiate et plus percutante. Le bombardement intensif, d’arguments qui paraissent à première vue justes, avait fait que le peuple n’avait retenu de ces amendements que l’effet rétroactif, présenté en tentative d’exclusion de celui que tous les sondages donnaient pour gagnant.

Le même peuple, déjà remonté contre une autorité en place (le gouvernement), que presque tout le monde accusait de toutes les difficultés économiques et financières des 3 dernières années, a vite fait de classer Nabil Karoui dans la case de la victime de l’autorité et avait déjà décidé, en sanction à l’autorité que représente Chahed, de le soutenir. D’où le fait qu’il soit resté en tête des sondages, qui donnaient déjà la tendance du vote de sanction. Instinctivement presque, et sans même connaître son programme pour la Présidentielle, une partie de la population s’est rangée du côté de «la victime» de l’autorité que représente Youssef Chahed.

Quand bien même l’ancien chef de gouvernement n’aurait eu aucun lien avec tout ce qui est arrivé à Nabil Karoui, ce qui reste à vérifier par l’enquête diligentée par le ministère de la Justice et dont les résultats tardent, cela aurait eu peu d’impact sur ce penchant du Tunisien d’être pro-victimes. Cela aurait aussi laissé Karoui, par dépit, par incompréhension ou refus populaire des résultats de Chahed à la tête du gouvernement, et aussi par désir de sanctionner ces résultats, aux premières loges des sondages d’opinion.

  • Des campagnes électorales aux antipodes

Peut-on alors aller jusqu’à dire que le candidat Chahed rate encore sa communication électorale, en la focalisant sur son bilan, au lieu de l’axer sur celui de son concurrent et en démontrer ses lacunes et ses faiblesses ?

Pour l’instant, les campagnes électorales, de l’un et de l’autre, ne sont pas au même niveau et n’utilisent pas les mêmes moyens. Chahed mène une campagne, plus que conventionnelle, multi-cibles, avec des apparitions sur un ton presque monocorde, loin des envolées Macronistes qui créent l’enthousiasme populaire et dessinent au scalpel son image de battant. Qui plus est, il s’obstinait à faire du bilan de ses 3 ans à la tête du gouvernement, son faire-valoir, presque sans verve et en tout cas en l’absence de son rival, de peur certainement de confirmer les accusations qui lui sont lancées d’être derrière.

Karoui focalise à fond sur son statut de victime de Chahed, et utilise pour cela tous les moyens. Relayé par deux chaînes de TV et une armée de fans (par conviction, par dépit ou par vengeance, peu importe), sur les réseaux sociaux, il en invente des modes de communication (la dernière campagne sous le thème «Mriguel» par exemple). Une campagne qui n’a pas peur d’être «line-border» même avec les lois et les règles, mais qui laisse des traces, et qui pourrait même être boostée, si le juge lui permettait aussi de la faire à partir de sa prison.

  • Le second tour sera encore plus déterminant dans la Présidentielle

Auraient-il des indices qui les détermineraient déjà en tant que ses principaux concurrents, l’un de l’autre, à la fin du 1er tour de la Présidentielles anticipée ? Ils savent, pourtant, que le principal vrai concurrent de toute la tendance politique des modernistes et des démocrates et de la «Tunisian Way of life » que défend toute cette tendance, est bien Abdelfattah Mourou et quelques autres têtes d’Ennahdha. Cette autre bataille, plus idéologique, pourrait d’ailleurs bien être le point focal de la guerre du second tour de la Présidentielle, qui sera aussi fortement impactée par les résultats des Législatives qui se dérouleront entre les deux tours du scrutin présidentiel.

Karoui est actuellement en prison et pourrait le rester jusqu’à la fin de la campagne électorale de la Présidentielle anticipée. Il pourrait avoir accès, si la justice le veut selon le président de l’ISIE, à quelques apparitions média, mais ne pourra pas enchaîner les harangues vers sa base. Les Tunisiens pourraient bien jouer à fond la carte de la sanction contre Youssef Chahed et propulser Nabil Karoui au 1er tour.

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C’est une chaîne privée et elle fait ce qu’elle veut et partant, ce qu’elle peut. On ne s’attardera pas sur ses propriétaires et la position de l’un d’eux dans le parti du candidat interviewé par la même chaîne. On n’était pas loin du cas Nessma par rapport au candidat Karoui.

Tout au long de l’émission, le candidat aux présidentielles anticipées, Youssef Chahed, n’a pas pu, ou voulu, se départir de son ancien poste de chef de gouvernement (CdG). Il y a certes fait des résultats, et on ne devrait même pas en parler et encore moins les critiquer, car elles appartiennent à un Chahed d’une autre vie. Mais ne devait-il avoir que cela à présenter en guise de faire-valoir, à ceux qui seraient intéressés par sa candidature au nouveau poste de chef de d’Etat aux moindres prérogatives, plus terre-à-terre avec les soucis de ses électeurs ?

  • Une vision pour la Tunisie, que Chahed savait, mais n’a pas su la faire savoir

Il est vrai, comme il l’avait dit en guise de lettre de motivation, que «le fait que j’ai pris la responsabilité, m’avait donné l’occasion de développer une vision et un programme pour la Tunisie». Au gouvernement, il était donc, comprenions-nous, en stage professionnel en quelque sorte. Et ce n’est pas une mauvaise idée après tout. On pourrait presque dire qu’une fois à Carthage, le stagiaire de la Kasbah pourra être directement effectif à Carthage.

Sauf que le stagiaire dans l’atelier d’une usine pourra difficilement diriger, seul, dans un conseil d’administration (Carthage, la Kasbah et le Bardo) à trois entités avec des visions et des objectifs différents, l’entreprise Tunisie.

Le reste, comme rappeler les circonstances, politiques, économiques et financières, dans lesquelles il avait pris la Tunisie de la Kasbah, n’est que campagne électorale avant terme, et les rappels des journalistes des critiques que lui font ses concurrents, ne font que confirmer que l’émission entrait dans le cadre de la campagne électorale, celle-ci ne devant démarrer que le 2 septembre, et la liste définitive des candidats n’a été annoncée que le samedi dernier par l’ISIE. Les électeurs connaissent ces circonstances et sauront, au besoin, s’en souvenir dans l’isoloir.

  • «En mon temps, j’ai fait ceci et cela»

Le candidat Mehdi Jomaa avait presque soûlé son monde avec son «je suis le meilleur». Par sept fois en presqu’une minute, le candidat Youssef Chahed répétera «en mon temps, j’ai fait ceci et cela», toujours dans cette rhétorique d’argumentation de ses réussites et d’explication de ses échecs, ou de ce que l’opposition et ses concurrents appelaient les défaites.

Le tout confirme, de nouveau si besoin est, que Youssef Chahed, certes comme tous les candidats invités chez «le locataire de Carthage», avait commencé sa campagne électorale, bien avant, à Lyon en France. Et ce n’est qu’au bout de la 17ème minute qu’il consent à énumérer quelques une de ses «Quick-Wins», comme les appelait un autre journaliste d’une autre chaîne radio, auprès de qui il les avait complètement énumérés. Il y ajoutera, en relation avec l’ALECA, son intention de changer les relations de la Tunisie avec l’Union Européenne. Un point que d’autres candidats n’avaient pas évoqué.

  • Comme une banque, un pays est un actif et un passif

Sinon, le candidat Youssef Chahed s’était beaucoup appesanti sur son statut de victime, jusqu’à se plaindre d’être victime du journaliste qui ne lui aurait pas posé, comme pour les autres, des questions sur son programme. Il ne s’était peut-être pas encore rendu compte qu’il a peut-être assez gavé l’audience et le journaliste de ses réalisations de chef de gouvernement, jusqu’à leur faire oublier les questions sur son programme de chef d’Etat.

Il a aussi, un peu trop dans cette longue interview, rabâché la plainte-alibi de l’héritage en guise de justification. Cela est certes vrai. Cet héritage était même un peu lourd en caisses vidées et administration surbookée. Mais ne devait-il pas être l’homme d’Etat qu’il se devait d’être en briguant la plus haute magistrature, et assumer tous les problèmes de l’Etat, que représentent somme toute tous les chefs de gouvernement qui l’avaient précédé, et proposer les moyens, concrets et détaillés de les dépasser ?

Héritage certes aussi d’une économie à l’arrêt et de demandes populaires démesurées. Mais reprendre un gouvernement, c’est presque pareil que de reprendre une banque. Le repreneur le fait généralement, actif et passif confondus, avec un business-plan pour la redresser. Avec Chahed candidat, on n’a rien entendu de tel sur ce dernier volet.

On pourrait rétorquer que cela reste du seul ressort du prochain chef du gouvernement, comme il l’est dans une banque, du ressort du DG et non du président du conseil d’administration. Pourquoi alors n’avait-il pas pu, pendant tout cette longue interview de plus de deux heures, ôter ses anciens habits d’ancien chef du gouvernement et dire autre chose que «de mon temps, j’ai fait ceci et cela» ? Pourquoi n’avait-il rien esquissé de sa vision de la relation chef d’Etat-chef de gouvernement, pour aller de l’avant dans les réformes qu’il a entamées et dont il dit tant de bien. Ce qu’attendent les électeurs tunisiens, ce n’est pas un candidat pour la Kasbah, mais un candidat pour Carthage, un poste de rassembleur, de pacificateur, de guide des montagnes, de premier de cordée  et non de guide touristique, de fin diplomate Indoor pour réconcilier tous les frères-ennemis de la politique avant l’Outdoor pour leur apporter la reconnaissance et le soutien internationaux qui les aideraient à se reconstruire et construire.

  • Il avait ligoté BCE dans ses prérogatives. Pourquoi le prochain CdG le laisserait-il les outrepasser ?

Au bout du compte, c’était une émission qui ressemblait plus à un publi-reportage en show télévisé qu’à un questionnaire sur son programme pour un nouveau poste, autre que celui qu’il avait occupé pendant trois ans.

Le candidat n’avait peut-être pas jeté un coup d’œil sur les prérogatives du poste qu’il brigue et avait peut-être oublié que celui qu’il espère remplacer, n’avait pas pu outrepasser ces prérogatives pour pouvoir impacter les prix, créer de l’emploi dans les régions déshéritées, baisser le déficit budgétaire et la dette, redresser les entreprises publiques. Et il avait surtout oublié qu’il avait lui-même veillé, à juste titre certainement, à ce que l’ancien chef de l’Etat ne dépasse pas ses prérogatives constitutionnelles, et en avait même tiré un motif de fierté.

On voyait donc mal pourquoi il parlait de ce qu’il avait fait, en oubliant de nous dire ce qu’il compte faire, pour ne pas que ce qu’il avait fait et dont il était fier, ne s’évapore pas et que la Tunisie ne se retrouve pas à refaire tout depuis le début, s’il venait à ce que les pièces du puzzle politique se remettent exactement aux mêmes places où elles se trouvaient jusqu’à septembre 2019.

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Avocat comme la plupart des candidats, c’est à notre avis le plus rationnel, au moins lorsqu’il parle des «fous» du CPR qui sont plus anarchistes que réformateurs. L’homme n’a pas sa langue dans sa poche, même si elle était nettement plus polie et politiquement correcte que celle de sa femme, qui fera, volontairement ou involontairement, sa renommée et celle des deux Abbou. Son débit de parole reste structuré malgré sa rapidité et cohérent dans sa démesure anarchiste. L’homme en impose, sans réussir à s’imposer comme un opposant avec un programme qui remette le pays et son économie en marche, et non un programme d’épuration au sens karcher, de tout ce qu’il considère «Fassed» dans le sens large du terme. L’homme s’est quelque part «assagi» depuis son bref passage au gouvernement de Hammadi Jbali. Il enfourche toujours, aussi déterminé, la bicyclette [Ndlr : Logo de son parti Attayar] de la lutte contre la corruption.

  • L’homme à la bicyclette de la lutte contre la corruption

«Tout le monde dit vouloir lutter contre la corruption», dit-il évoquant le programme similaire de son concurrent à la Présidentielle anticipée, Youssef Chahed. «Lorsqu’en 2017 il avait mis aux arrêts un des hommes d’affaires qui était protégé par les politiciens, nous avions dit que nous doutions. Il était l’unique à prendre ce genre de décision et nous nous étions dit que s’il le fait réellement, il devrait être un leader. Un jeune qui a osé faire ce que d’autres n’ont pas fait. On se devait cependant de «suivre le voleur jusqu’au pas de la porte». Nos doutes s’étaient cependant vérifiées après quelques mois, sinon nous l’aurions soutenu. Il n’était pas sérieux dans sa lutte contre la corruption et beaucoup de soupçons pèsent sur beaucoup de ses conseillers», avait-il dit, comme pour justifier qu’il enfourche toujours la même bicyclette.

L’ancien CPR qu’il était qui demandait les ministères de la Justice et de l’Intérieur, et surtout l’instance de lutte contre la corruption pour pouvoir dresser les potences sur la voie publique, comme il en avait menacé en 2013, se présentait vendredi 30 août 2019 au micro d’Elyes Gharbi, comme le réformiste qu’il aurait été après 2011, et comme celui qui avait toujours appelé à appliquer la loi pour tous, surtout les plus dangereux d’entre eux, contre les djihadistes. Et de balancer ensuite la Troïka qui l’avait fait ministre, en affirmant que «le gouvernement de 2011 a été plus laxiste avec les djihadistes que le gouvernement de la Troïka, jusqu’au coup de l’ambassade américaine, car ils avaient peur et ont changé». Et d’enfoncer la Troïka, en affirmant que «il y a des personnes, au sein de la Troïka, qui ont des intérêts avec la corruption».

Mohamed Abbou balance certes, mais pas jusqu’à nommer un chat un chat. «Beaucoup me reprochent de ne pas nommer mes adversaires, alors que je tenais à préserver la dignité de leurs enfants. Dans d’autres circonstances, s’il y avait une justice, indépendante, qui se respecte et fait son devoir, je n’aurais pas été obligé de parler de la corruption, car ce n’est pas mon rôle en tant qu’homme politique», dit-il en guise d’explication. Il est vrai que Mohamed dispose d’une Samia qui le fait, à cor et à cri et sans se sentir obligée de ne pas les nommer, documents, parfois dépassés, à l’appui.

  • Créer une agence d’espionnage et la placer sous la houlette du chef de l’Etat

Abbou avait été ministre pour quelques semaines dans le gouvernement Jbali, pour déficit de prérogatives à lui refusées, pour nettoyer l’Administration, comme avec un «karcher». Celui dont le parti porte le slogan de la lutte contre la corruption comme le Christ porterait la croix, avoue pourtant, avec le sourire enjoué de celui qui se croit plus intelligent que les autres, que «la lutte contre la corruption est du ressort du chef du gouvernement, non du chef de l’Etat, sauf dans les cas où il constate que le gouvernement est corrompu ou entretient des relations avec les corrompu et en tire bénéfices, ou qui empêcherait le bon déroulement de la justice». Le président gardien du temple de la démocratie et de la constitution.

Concernant ses «QuickWins», Abbou propose de créer une agence de renseignement qui soit placée directement sous l’autorité du président de la République. Bonjour les dégâts, pour un homme qui voulait dresser les potences. Il connaîtra ainsi donc, tout de tout le monde et pourra réaliser son vœu de dresser le gibet. Il se dit certes, contre la peine de mort, quel que soit le crime. En guise de première mesure, il propose de conquérir la confiance de l’équipe du président. Il ne dit pas comment, et peut-être voudrait-il dire s’entourer de ses propres hommes de confiance.

Mettre en place la Cour constitutionnelle, annoncer un mémorandum d’entente avec le chef du gouvernement, sur l’ensemble des questions concernant le chef de l’Etat dans ses trois prérogatives et un document de gouvernement, concernant leur coopération sur les cinq années de leurs mandats. En quelque sorte tracer le carré de pouvoir de chacun. Et aussi, déterminer et rendre publiques les politiques générales dans les trois sujets objets des prérogatives du chef de l’Etat. Pour la diplomatie, Abbou prône la voie de la neutralité, mais sans mettre de côté les intérêts économiques, avec notamment les pays du Golfe.

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Avec la chechia et le turban en petit déséquilibre sur la tête, et débordant d’en haut et d’en bas, le visage toujours grimaçant et très rarement souriant, Abdelfattah Mourou parlait jeudi chez Elyes Gharbi une langue arabe, par moment châtiée, héritage de ses moments de barreau, mixée à de l’argot arabe, avec parfois quelques bribes de langue française.

Mourou, qui se défendait d’être le candidat du dernier quart d’heure après une vaine recherche de l’oiseau rare, semblait d’emblée sur la défensive, faisant beaucoup usage de grimaces, un subterfuge de communication qu’il a appris à utiliser en complément de sa plaidoirie, pour le cas radiophonique et en vidéo.

Le candidat est un orateur, calme comme le Soufi qu’il a été et aussi allumé qu’un prêcheur dans une tente «da3awie», comme en font les Islamistes. Le candidat est un contradicteur insaisissable, capable de dire du gendre de Rached Ghannouchi, Rafik Abdessalem, qui avait dit de sa candidature qu’elle est «fausse et erronée et (…) un choix qui est une entente sur le faux», que c’est «parce qu’il est le fils d’Ennahdha, qu’il lui est permis de dire cela sans qu’il soit puni».

Un prêcheur capable de vous faire prendre un vessie pour une lanterne, et d’utiliser le même argument pour la chose et son contraire. Il vous dit qu’il est âgé et n’a plus rien à offrir au pays, et vient demain vous demander de l’élire au plus haut poste de la magistrature, mettant le discours sur ses genoux de vieil homme incapable de donner quelque chose à l’Etat sur le compte de la modestie et s’étend ensuite sur ses performances au perchoir.

  • Un mur végétal, pour arrêter les terroristes !

Venant aux «Quick Wins » que veut toujours connaitre l’animateur, Mourou met en exergue son souci de la sécurité intérieure. Et c’est dans ce cadre qu’il donne cette surprenante proposition : «Former une commission pour planter des arbres sur toute la frontière ouest pour éviter le passage des contrebandiers et des terroristes».

A bien comprendre le candidat, ce sera une sorte de barrière à la Trump, mais avec les moyens du bord de la Tunisie, et dont la constitution devra attendre des années pour que les arbres grandissent et forment une forêt assez dense pour devenir infranchissable par des terroristes et des contrebandiers, que les fossés barbelés n’ont pas su arrêter. La France avait aussi construit, en 1957, une sorte de «ligne Maginot», dite «ligne Morice», du nom du ministre français de la Défense de l’époque, entre la Tunisie et l’Algérie. Cela n’avait guère empêché fellagas et combattants du FLN de passer. Mourou voudrait-il ainsi fabriquer un 2ème Chaambi, ou une forêt, où toute cette bande de terroristes aidée par les contrebandiers pourrait se cacher ?

Ce qui est sûr c’est qu’on a eu le mur en béton du président américain Donald Trump, pour arrêter les immigrants mexicains, et on va avoir un mur, végétal et anti-terroriste, d’Abdelfattah. Mourou risque de ne pas le voir de son vivant, tant le mur prendra du temps à se mettre en place et ne sera qu’une cache de plus pour les terroristes.

Il est vrai que pour le candidat islamiste, «on n’a pas de risque terroriste imminent, sauf des actes non-contrôlées et individuels», comme il le dira devant Elyes Gharbi. Cela rappellerait presque cet ancien ministre de l’Intérieur d’Ennahdha qui disait des cellules terroristes campant au Chaambi que ce ne sont que des jeunes qui font du sport.

  • On avait 3 armées, Mourou en propose une 4ème

«Il nous manque une armée. Il nous faut une armée cybernétique pour la sécurité informatique». On ne sait pas s’il avait oublié qu’Ennahdha en a déjà une, déjà connue et nommée «les mouches bleues» et qui font déjà des dégâts sur la scène électorale. Mourou rappelle, pour justifier sa proposition, la horde de hackeurs israéliens qui avaient organisé une cabale cybernétique contre «notre chef de gouvernement» dit-il de lui ainsi.

On n’oubliera pas de lui rappeler aussi la 5ème colonne, ou cette officine secrète, sujet sur lequel l’animateur ne l’avait interpellé et à propos de laquelle il s’était limité à dire que «le dossier est entre les mains de la justice et j’ai confiance dans la justice». Il est vrai que cette dernière avait déjà effacé tout le contenu de leurs bulletins N° 3.

On lui rappellera aussi cette tentative, toujours en cours par le ministre Nahdhaoui des TIC, pour dupliquer le CNI (Centre National informatique) qui gère toutes les données informatiques du pays, en une entité placée directement sous sa coupe.

A la volée, il essaie de se donner l’image d’un «Mourou vert» qui se préoccupe de la verdure et voudrait «planter des arbres dans le désert tunisien», avec la collaboration du Prince de Monaco, sans se soucier de la nappe phréatique dans le désert tunisien, déjà assez épuisée, et qu’il voudrait utiliser pour arroser les arbres dans le désert.

Il se rappelle de la femme, que son chef Ghannouchi limite à un rôle reproductif et sexuel et dont la conception de la religion qu’il défend en fait des «Houries» à offrir aux hommes. Il propose ainsi que son cabinet présidentiel soit moitié-moitié, hommes-femmes. On risquera ainsi par exemple d’y trouver des voilées comme la traductrice Mehrezia Laabidi, ou la «poétesse» aux heures creuses Sonia Ben Toumia, qui proposait un club des martyrs. Il se refuse pourtant de se prononcer, même à titre individuel comme le lui demandait l’animateur, sur la question de l’égalité dans l’héritage.

Il se bornera à dire qu’il faut Fructifier la relation entre président et députés, pour les convaincre de terminer l’installation de la Cour constitutionnelle

  • Le seul candidat à parler de l’Afrique.

Côté diplomatie, le candidat Mourou se voit comme un président qui doit avoir un travail d’ambassadeur, qui voudrait élargir l’ouverture de la Tunisie au-delà de l’Europe, pour s’ouvrir plus sur le Maghreb arabe. Nouveauté par rapport à tous les candidats passés devant Elyes Gharbi, Abdelfattah Mourou prône une ouverture aussi sur l’Afrique. Un peu plus précis, il espère que «la Tunisie devienne l’usine de l’Afrique, l’hôpital de l’Afrique et l’université de l’Afrique. Nous le pouvons». Presqu’un «Yes we can» d’Obama, dit le candidat islamiste au poste de chef d’Etat avec le doigt en l’air, comme pour souligner sa conviction.

Au passage, il annonce sa «démission», financière et administrative de l’ARP en renonçant à sa rémunération en tant que vice-président de l’ARP. Suivez son regard vers Zbidi qu’on accuse, à tort peut-être, d’user des moyens du ministère de la défense d’où il avait dit démissionner, sans que parait-il cela ne se soit concrétisé.

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Il parle bien. Mais il est encore un peu brouillon dans ses idées. Des idées, il en a et en parle à partir d’exemples ou de cas vécus, comme s’il voulait montrer qu’il avait écumé la Tunisie et le monde et en a vu des choses et de grands hommes. Mais ses idées ne sont pas encore (ou n’avait-il pas le temps de le faire, auquel cas il aurait dû ne pas se perdre en conjectures politiciennes pour les présenter clairement et avec détails) structurées dans des programmes. Il commence une idée, mais ne la précise pas et ne détaille pas comment il va faire. Il est, en quelque sorte, à l’image du poste qu’il brigue, où le président de la République ne peut se permettre que d’avoir des idées, car le pouvoir exécutif est ailleurs.

Dans cette interview, Mehdi Jomaa donnait l’impression d’un peu trop de suffisance dans ses compétences, même s’il le fait toujours avec le sourire. Peut-être était-il encore sensible à tout ce qui avait été médis de lui sur les réseaux sociaux. Et peut-être devrait-il montrer plus d’humilité, de modestie et même d’un peu plus de bonhomie à l’égard du siège qu’il voudrait occuper. On dirait presque que c’est l’homme qui sait tout et qu’il est capable de tout faire.

C’est sûr, Mehdi Jomaa est un beau parleur, presqu’autant qu’Abdelfattah Mourou. Mais reste loin d’être le bon communicateur qu’il faut. L’image qui se dégage de cette interview du candidat Jomaa est malheureusement celle d’une personnalité politique un peu trop imbue d’elle-même, avec même un excès de pédanterie manifeste. Presqu’un Alain Jupé, avec la jovialité en plus, le «brillantissime» Premier ministre français dont le mentor Jacques Chirac disait qu’il était «le meilleur d’entre nous». Sauf que Juppé n’a jamais pu s’imposer, parce que perçu comme trop éloigné des gens, alors que Chirac a eu la carrière que l’on sait (Premier ministre et deux mandats de président de la République). Alors attention Jomaa !

  • Je ne suis pas l’homme d’Ennahdha, mais c’est Ridha Saïdi qui m’a recruté

Il commence, à la demande de l’animateur Elyes Gharbi, par évoquer les circonstances qui l’avaient amené au pouvoir en 2015. «Ridha Saïdi et Chedli Ayari ont été mes premiers recruteurs pour le poste de chef de gouvernement, mais pas Ennahdha», dit-il. Il oubliait certainement que Saïdi est d’Ennahdha. Il rappelle, en guise de témoin, une déclaration de l’ancien SG de l’UGTT, Houcine Abassi, lorsqu’il avait dit «nous l’UGTT, on a proposé Mehdi Jomaa et deux étaient contre, qui sont Ennahdha et Ettakattol». Et d’ajouter : «je n’ai aucun soutien d’Ennahdha et je n’ai de dette auprès d’aucun». Il prend ainsi de la distance avec le parti islamiste tunisien, pestiféré par une grande partie de l’électorat tunisien. Il reste qu’en affirmant que «l’islam politique n’a aucune place en Tunisie», Mehdi Jomaa semble vouloir chasser sur le terrain de plus dur que lui, Abir Moussi. Les deux, à notre sens, chassent sur un terrain glissant, la composante islamiste du paysage politique étant devenue une réalité, qu’il s’agit plutôt d’encadrer et non de guerroyer contre et encore moins d’éliminer.

  • Affaire Karoui : Ce n’est pas acceptable. Mais moi aussi

Interrogé sur le cas Nabil Karoui, Mehdi Jomaa plonge. «Le chaos, c’est d’abord le non-respect et la non-application de la loi. Ce qui s’était passé avec Nabil Karoui, c’est plus du domaine de l’utilisation de la loi que du souci de son application. Et ce n’est pas acceptable». Et de finir par ce qu’il a appelé un «Statment», disant «ce que j’en retiens, c’est ce qu’en dit la presse internationale, qui dit que c’est de l’exclusion et de l’utilisation du pouvoir. Et la perception est plus forte que la vérité». Il n’avait manifestement pas pris connaissance des cas DSK et Fillon et que la France n’avait pas fait beaucoup de cas de ce qu’avait alors écrit toute la presse internationale.

Il en profite cependant pour rebondir sur ce qu’il avait appelé l’utilisation du pouvoir, et dénoncer des pressions contre une personnalité de la ville qui lui avait organisé le meeting, qui aurait été contactée par le sommet du pouvoir pour l’intimider. Et de dénoncer aussi une intervention auprès d’une personnalité de Sousse, par le gouverneur et un ministre, pour essayer de l’intimider. Et d’accuser directement le candidat Youssef Chahed d’utiliser les structures de l’Etat pour sa propre campagne «et ce n’est pas de bonne guerre»

  • Changer le code électoral, encadrer les écoles privées et enlever toutes les autorisations, même pour l’alcool

Interrogé ensuite sur ses Quick-Win, il promet de réformer le code électoral. «Nous avons maintenant l’expérience et on sait où sont les défauts», dit-il sans aller jusqu’à préciser les choses qu’il voudrait changer dans ce code, dont les derniers amendements avaient fait beaucoup parler et le texte enterré avec BCE qui avait refusé de le signer. Et c’est l’animateur qui le poussera à parler, au passage et sans autre forme de détail non plus, de changer le seuil, «tout en restant dans la pluralité», et de mettre le holà au tourisme parlementaire. Va comprendre !

A propos de l’éducation, sa deuxième priorité, tout ce qu’on retiendra de la multitude de petits exemples du vécu donnée par le candidat Jomaa, c’est qu’il voudrait que l’Etat prenne en charge l’éducation de base, et que pour les écoles privées, il voudrait agir par conventions sur le contenu éducatif à servir. C’est bref, pas net et pas précis !

Vient ensuite ce qu’il aurait mieux fait d’appeler la «guillotine» des autorisations. «Eliminer toute sorte d’autorisation, pour libérer l’initiative et généraliser les cahiers de charges», «y compris pour les autorisations de vente des alcools», avait-il vite expliqué. On ne sait pas s’il avait bu quelque chose avant d’entrer en studio, mais il est sûr que le candidat Jomaa n’avait pas fait attention à la peau de banane de l’animateur et avait glissé dessus de toute sa longueur !

  • Diplomatie économique : Fipa et Cepex à rattacher au MAE

Interrogé sur sa vision de la diplomatie, le candidat aux présidentielles anticipées a prôné une «neutralité positive et active. Ne faire partie d’aucun axe (Voudrait-il sortir la Tunisie de son statut d’allié majeur non-membre de l’OTAN ?). Ce qu’il nous faut aussi, c’est une diplomatie économique, dans une sorte de contrat par objectif avec les ambassadeurs». Jomaa voudrait aussi, «pour cela, soustraire la Fipa et le Cepex notamment, au gouvernement, pour les accoler au MEA et donc à la présidence de la République». Il avait oublié de soustraire au chef du gouvernement le Conseil supérieur de l’investissement !

Il renverra ensuite, en réponse à une autre question, dos à dos Yassine Brahim et Rachid Sfar qui lui conseillent de laisser sa place à Abdelkerim Zbidi, en leur disant «Ce n’est pas ainsi que les choses doivent être jugées, et je suis en contact direct avec Zbidi et nous n’avons pas d’intermédiaire».

Et de nouveau suffisant, comme presque tout au long de l’interview, il affirme que «je suis porteur d’un projet et contrairement aux autres, j’ai la compétence, l’expérience et c’est ce qui me dirige. Je ne suis ni du système, ni antisystème, mais le nouveau système. Je suis l’alternative à la médiocrité, à ce bilan qu’on entend dire être positif. Le nouveau système qui a les solutions et les hommes [Ndlr : pour les réaliser]».

Au bout des 49 minutes qu’a duré l’interview, avant de répondre à des questions plus terre-à-terre des auditeurs, le candidat Mehdi Jomaa aura plus fait étalage de présomption que de vision politique et économique, globales ou détaillées. Le Badil, New deal ou Bad deal ? L’électeur choisira.

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Lors du même passage avec un Lyes Gharbi, qui ne pouvait pas, peut-être à cause de la durée du programme, évoquer toutes les accusations dont fait l’objet son invité, le candidat Youssef Chahed a fait des promesses. Certaines pourraient être facilement réalisables, d’autres nettement moins. D’abord cette idée géniale d’enlever l’immunité à tous. Une sorte de consécration de l’égalité de tous devant la loi. Cela donnera, au moins, une ARP moins agitée, moins insultante, moins violente verbalement et qui discutera dans le calme de l’avenir du pays.

Gageons pourtant qu’aucun des députés ne votera cette possible loi contre l’immunité parlementaire, même s’il commencerait par l’enlever à lui-même comme il s’était enlevé toute «allégeance à la France» après trois ans d’exercice. Une bataille contre l’immunité qui fera de Chahed le chevalier errant Don Quichotte qui partira en guerre contre des moulins à vent. Et les députés en auront à revendre pour contrer son projet de leur enlever le «gilet pare-balles» qu’ils convoitent tous pour régler leurs comptes devant les caméras TV !

C’est ensuite cet aveu que personne, dans les conditions actuelles des choses, ne pourra changer la constitution et moins encore le régime politique, fait en 2014 par des partis qui ne le laisseront pas changer pour ne pas disparaitre. Chaheddisait au début de sa réponse à la question de savoir pourquoi il se présente aux portes de Carthage : «Je ne brigue pas la présidence de la République, pour le simple poste. Mon objectif est de réformer le pays, avec un important bloc parlementaire, capable de gouverner». Quelques minutes après, il finit par avouer «je suis réaliste et je te dis qu’ils ne pourront pas l’amender et tous ceux qui le prônent ne sont pas sérieux». Changer la constitution restera donc un vœu pieu. Le chef de gouvernement qui n’est pas en exercice le sait et tout le monde le sait. Une promesse électorale donc en l’air, peut-être juste pour faire comme son ancien ministre de la Défense AbdelkerimZbidi.

On ne sait pas s’il avait enfin appris la leçon, de chez Feu BCE, qui avait tout fait, avec toujours l’art et parfois pas la bonne manière, pour réformer la constitution, sans y parvenir. On ne sait pas, non plus, s’il avait pris la leçon chez l’ARP où aucun bloc n’a été assez stable pour gouverner tout seul, où le tourisme est de rigueur et où les intérêts partisans et personnels ont toujours prévalu sur l’intérêt général. Son discours aurait été un peu plus réaliste s’il avait réellement appris ces leçons.

Lors de son dernier passage radiophonique, en tant que candidat aux présidentielles anticipées de 2019, Youssef Chahed avait aussi promis de :

  • Mettre en place la Cour constitutionnelle au bout des six premiers mois de son investiture. Il est vrai qu’il ne manque plus qu’un seul membre à trouver pour cette institution. La mission pourrait être âpre pourtant.Même BCE, en pleine politique de consensus avec Ennahdha, et avec son image de père de toute la nation, n’y était pas parvenu en un peu moins de cinq années d’exercice.
  • Sortir de la neutralité négative, dans le dossier libyen et adopter une politique étrangère plus proactive sur ce dossier. L’importance, sécuritaire et économique de la Libye, dans le présent et l’avenir de la Tunisie est une donnée incontestable. Il faut cependant rappeler que cette donnée doit tenir compte des jeux d’alliance où se trouve la Tunisie, premier partenaire économique et financier d’une Europe jusque-là rangée du côté de Sarraj. Les USA aussi, depuis un bon bout de temps installés en mini-base à Bizerte et dans l’OTAN où la Tunisie a un statut d’«allié majeur non-membre», sont également du côté de la «légalité internationale», c’est-à-dire de Sarraj.
  • Travailler sur une zone de libre-échange avec l’Algérie, pour faire du couple Algérie-Tunisie le moteur de l’instauration de l’UMA. Les pays du Maghreb sont loin d’être aussi unis que l’Europe, et la Tunisie et l’Algérie sont loin d’être des exemples de réussite économique pour devenir le couple qui puisse en être le moteur. De plus, parler de couple Tunisie-Algérie c’est se mettre automatiquement le Maroc sur le dos. La Tunisie a-t-elle besoin de ça ?
  • Egalité des salaires entre hommes et femmes par la voie d’une initiative législative. Un flirt avec la femme. Le candidat Chahed ne pouvait manifestement pas lui offrir, en promesse électorale, l’égalité successorale, il essaie donc de l’amadouer avec l’égalité des salaires qui est un chantier plus simple, car moins compliqué législativement.
  • Séparer la famille du pouvoir. C’est aussi difficile que de séparer l’Etat de la religion, d’autant que chacun des candidats a une famille. Il est vrai que les enfants de Chahed sont encore trop petits pour faire de la politique. Mais Chahed a aussi une famille alliée à Msaken. Ben Ali avait mis en place, au début de son 1er mandant, un dispositif téléphonique pour ses ministres leur permettant de «dénoncer» toute pression de ses familles en vue d’obtenir des privilèges. Ce dispositif finira par être détourné par tous ceux qui voulaient s’approcher de ces familles et leur rendre des services et en recevoir en retour d’ascenseur. Ben Ali avait aussi, même relativement, maîtrisé sa famille directe, mais pas celle de sa seconde femme.
  • La Steg, la Sonede, la santé, l’éducation et l’enseignement resteront publics. Il n’a pas dit ce qu’il ferait des autres, mais a dit au passage que l’Etat ne peut plus continuer à vendre du tabac (RNTA). l’Etat ne peut plus continuer à vendre l’essence (SNDP). Il n’a rien dit sur le transport (Tunisair, CNT, Transtu et autres). Il est vrai que ce sont des fiefs de l’UGTT.

Sinon beaucoup de politiciens en auraient voulu au journaliste de ne pas lui avoir posé des questions, comme celles relatives à ses liens avec Ennahdha, la question de l’officine secrète d’Ennahdha aussi, de l’issue des assassinats politiques et d’autres sujets satellite. Le tout démontre que les prochaines élections ne se feront pas sur les programmes, tant ceux-ci sont de moindre importance pour un candidat qui brigue un poste de peu d’importance économique et exécutive. Et quand bien même Chahed ou d’autres auraient proposé de doubler de production et de productivité, pour exporter plus, importer moins et s’endetter moins mais aussi d’arrêter les grèves et les Sit-In qui empêchent les autres de travailler, et d’autres propositions utiles du même genre, personne ne les auraient entendues. Médias et politiciens sont, dans cette campagne électorale somme toute illégale car intervenant avant sa période légale, sont plus dans la recherche des cadavres dans les placards, comme des «Berbachas» dans les poubelles, et dans une guerre électoraliste où tous les coups sont permis, surtout ceux en-dessous de la ceinture et les coups les plus sales, que dans la recherche de ce qui différentie un candidat par rapport à l’autre et qui permettrait à l’électeur de bien choisir l’un ou l’autre.

Ce qui nous semble être important à signaler à la fin de cette critique des propositions du candidat Chahed, c’est qu’à ce poste de président de la République, ni lui ni aucun autre des candidats ne pourra être le Zorro tant attendu et que, comme lui, tous ne pourront être que des Don Quichotte de Carthage.

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Wifack International Bank, l’unique à siège social au Sud tunisien à 8 MDT et une plateforme plus coûteuse dans la capitale, est la nouvelle dénomination sociale de la société anciennement dénommée « El Wifak Leasing». Août 2015, une année presque après les législatives de 2014 reportées, en 2ème position, par le parti islamiste tunisien Ennahdha, elle quitte le leasing et devient banque universelle spécialisée dans la finance islamique.

En novembre 2018, Fitch Ratings a confirmait la note à long terme attribuée à Wifak International Bank, en lui attribuant un «AA+(tun)»  avec perspective stable. Le 31 décembre de la même année 2018, elle terminait l’exercice avec un résultat net, déficitaire d’un peu plus de 2,829 MDT, après un résultat d’exploitation tout aussi déficitaire de 3,235 MDT et malgré un PNB de plus de 25,148 MDT et qui a presque augmenté de 10 MDT d’une année (2017) à l’autre (2018). Ces résultats déficitaires ne sont pas une première chez la Wifak. En 2017, le résultat net était déjà déficitaire de 1,687 MDT et celui de l’exploitation de 2,235 MDT. Deux déficits, qui interviennent cependant, après trois bénéfices, comme le montrent ces chiffres.

  • Tentative de décryptage d’une mauvaise performance répétée

Manifestement, la banque spécialisée en finance islamique, n’avait pas su maîtriser ses charges d’exploitation. Ces dernières ont, en effet, plus que doublé, passant de 8,05 MDT en 2017, à 17,076 MDT une année plus tard en 2018. Les 3 postes qui ont explosé sont, d’abord, les frais du personnel qui ont augmenté de 4,6 MDT en une seule année, la banque s’étant embarquée dans une politique d’embauche et de débauchage sur la place bancaire tunisienne. Le second poste a été celui des charges générales d’exploitation, qui a augmenté de 2,6 MDT en une année. La nouvelle banque a ensuite dû augmenter de presque 2,5 MDT ses dotations aux amortissements et aux provisions.

Loin de privilégier les TIC et l’orientation vers une présence et des services en très grande partie en ligne, la nouvelle banque s’est lancée dans une course aux agences, les clients de la finance islamique préférant certainement la monnaie sonnante et trébuchante et le Cash. Et c’est cette course aux agences (27), qui a certainement un peu plus alourdi les charges de la Wifak.

En contrepartie, le but étant de recueillir le plus de dépôts pour baisser le coût de ses ressources, c’est un apport de 10,5 MDT seulement par agence qu’on retrouve chez la Wifak. En comparaison, la même année, la banque Zitouna récoltait 2.828.870.000 DT, ce qui ferait 24,814 MDT par agence (114 en 2018). La Wifak a donc beaucoup de terrain à rattraper, même si l’ancienneté dans le secteur n’est pas la même.

  • Une banque, islamique, qui n’a pas tenu ses promesses

A la dernière présentation publique du Business Plan, ce n’étaient pas les mêmes prévisions qui avaient été présentées à la presse et aux petits actionnaires de cette banque cotée en Bourse. Rien que pour 2018, le management promettait un résultat avant impôt de presque 14,6 MDT et non un déficit. On serait presqu’en droit de mettre en doute les 23,9 MDT avant impôts promis pour cette année 2019. Après quatre années de dèche et d’attente pour les actionnaires, les premiers dividendes à distribuer devaient intervenir cette année. Ce ne sera donc pas déjà le cas !

D’après le business plan de la banque, les dépôts évoluent à un taux de croissance annuel moyen de 85% entre 2016 et 2019 passant ainsi de 142,693 millions de dinars à 903,138 millions de dinars. On est donc loin des prévisions et promesses de la banque, qui n’aura pas, ainsi, respecté son Business Plan. Ceci, d’autant plus que 2019 devrait être un peu plus difficile pour les banques islamiques, selon certains professionnels de la banque.

En effet, si la hausse des taux (par la grâce du relèvement du taux directeur de la BCT), profitera aux banques classiques qui impactent toute hausse sur le client, les dites banques islamiques fonctionnent à un taux fixe. Toute hausse est donc impactée par les ressources des banques islamiques. Cette situation, notamment les stocks de crédits, fera de telle sorte que le «Spread» des banques islamiques seront impactés négativement.

  • Un DG, pourtant très bien payé

En face de cette mauvaise performance, répétée et non expliquée, on trouve à la tête de cette banque, un DG plutôt bien payé. A bien faire le calcul, le DG de la Wifak aurait en effet touché, au cours de l’exercice 2017 qui était déficitaire, la somme de 848,5 mille DT nets par an, ce qui correspondrait à 70,7 mille DT par mois en net.

Selon les propres écrits des CC de la banque, «la rémunération du Directeur Général au titre de l’exercice 2017 est fixée à un montant net annuel de 240 000 DT, en plus d’une prime annuelle nette au titre du même exercice pour 240 000 DT. Par ailleurs, et en vertu de la décision du même conseil, le Directeur Général a bénéficié en 2017 d’une prime d’intéressement proportionnelle au résultat de l’exercice 2016 s’élevant à un montant net de 246 644 DT et un complément au titre des salaires de l’exercice 2016 pour un montant net de 121 856 DT. En outre, il bénéficie de la prise en charge des cotisations de la sécurité sociale, de l’assurance multirisques et des avantages en nature composés principalement d’une voiture de fonction et de 500 litres de carburant».

Il est vrai que cette rémunération de 2017, semble avoir été exceptionnelle, bien que le résultat ait été alors déficitaire de 1,687 MDT. Pour 2018, exercice déficitaire aussi, «la rémunération du Directeur Général est fixée, par décision du conseil d’administration du 28 Juin 2017 à un montant net annuel de 240 000 DT. En outre, il bénéficie de la prise en charge des cotisations de la sécurité sociale, de l’assurance multirisques et des avantages en nature composés principalement d’une voiture de fonction et de 500 litres de carburant »

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