Authors Posts by Khaled Boumiza

Khaled Boumiza

1357 POSTS 0 COMMENTAIRES

par -

Arrogant. C’est la première impression que le prochain chef du gouvernement tunisien en devenir, a produite lors de sa première conférence de presse. «C’est vrai que le peuple ne m’a pas élu. Mais il a élu le président de la République avec un taux inédit. Et ce dernier, posez-lui la question [Ndlr : pourquoi moi], car moi je n’en sais rien, il m’a choisi. Mon choix par le chef de l’Etat est mon unique légitimité. Je suis là dans cette configuration et j’y resterai, fidèle».

Ainsi parlait Elyes Fakhfakh à Dar Dhiafa, visiblement mis très mal à l’aise par la question de la journaliste de la radio nationale, sur ses 0,3 %, qui oubliait manifestement que la légitimité ne lui est pas encore acquise, et que les seuls habilités à la lui donner, sont les représentants du peuple. Ces derniers sont, en effet, tout aussi élus par le peuple, et dans un régime où les législatives déterminent, constitutionnellement, le choix de chef de gouvernement. «Saïed l’a peut-être nommé pour ses beaux yeux verts, et peut-être aussi parce qu’il avait appelé à voter pour lui au second tour des présidentielles de 2019, mais c’est nous qui lui donnerons, ou pas, sa légitimité», commente un député, ayant requis l’anonymat, pour Africanmanager. Commentant, de son côté, cette même conférence de presse, le spécialiste en Com Slaheddine Dridi fait remarquer sur sa page fb, que «dans le discours d’Elyes Fakhfakh, le président revient comme un leitmotiv, comme une obsession. Charité bien ordonnée commence par … la présidence».

  • Entre chef de gouvernement et 1er ministre, Fakhfakh a choisi d’être l’homme du président

Force est aussi de lui rappeler que le chef de l’Etat, dont il dit tirer sa légitimité, n’y pourra rien, si l’ARP venait à le refuser, ou à lui opposer un jour une motion de censure. L’ARP est ce qu’elle est, tant dans sa composition et parfois même dans son niveau, mais elle reste l’émanation du peuple, et c’est elle qui votera oui ou non.

Mais, peut-être voulait-il par une telle étrange position qui dément les assertions de Kais Saïed qu’il n’a pas de gouvernement, prouver qu’il prend ainsi sa revanche sur un peuple qui l’avait rejeté, et rabaissé à 0,3 % des voix, et lui dire à la face (médias), qu’il ne lui doit rien, mais simplement à son bienfaiteur Kais Saïed. Il donne déjà ainsi de lui-même, et pour les députés appelés à lui voter leur confiance et celle de tout le peuple qu’ils représentent, l’image d’un ancien candidat aux présidentielles, quelque part aigri, et qui se courbe devant celui qui l’a repêché, pour ne reconnaître que son autorité et cheviller sa légitimité à la sienne avec un étrange lien de vassalité qu’il tente de tisser, avant même de prendre ses quartiers à La Kasbah.

On aurait aimé voir un chef de gouvernement, plus est détenteur de plus de pouvoirs que le chef de l’Etat lui-même, se prendre au sérieux dans ses nouveaux habits de nominé pour La Kasbah, et faire montre d’indépendance, de respect de la constitution et de volonté de convaincre les vrais représentants du peuple.

On découvre au contraire, dès sa première conférence de presse, un candidat qui se trompe manifestement de maître et abdiquerait presque en faveur du locataire de Carthage. Et comme s’il ne se voyait déjà que simple 1er ministre d’un chef d’Etat, il aurait quitté Dar Dhiafa en direction de Carthage, dès la fin de la conférence de presse, selon des sources médiatiques, pour y rencontrer celui dont il dit être l’unique dispensateur de sa légitimité, et lui rendre compte.

  • La coalition se fera sur la base du vote du second tour des présidentielles

Mais, peut-être aussi, n’avait-il pas dit et fait tout cela que par respect et reconnaissance à celui qui l’a repêché, et son parti Ettakattol, de l’oubli politique, et qu’on devrait laisser travailler et ne le juger que sur pièce, lorsqu’on verra ses 25 ministres et la structure de son gouvernement.

Que signifierait alors qu’il dise que «j’ai commencé les discussions [Ndlr : pour la formation du gouvernement], pour la construction de la ceinture politique, et la vision commune du programme du gouvernement à former, avec les parties politiques qui s’étaient retrouvées, lors du second tour des présidentielles, pour un vote en faveur des principes portées par le président Kais Saïed». Un peu plus tôt (11’’ minute de la vidéo de la conférence de presse), il précisait que «j’ai choisi la base sur laquelle je veux que se fasse la coalition. Ce sera celle du second tour des élections présidentielles. Sur cette base, j’ai choisi avec qui discuter et qui fera partie de ma coalition».

On comprendra alors que tous ceux qui n’avaient pas voté Kais Saïed ne soient pas dans le gouvernement Fakhfakh, ou ne se retrouveront pas dans cette ceinture qui pourrait être de «taille S». Et si ce n’est pas cela un «gouvernement du président», on se demanderait quoi d’autre !

  • Fakhfakh qui critique le haut taux d’endettement, en promet encore plus

Pour ceux qui avaient fait de la très grosse dette de l’Etat, comme lui, un motif principal d’opposition, remarquons que Fakhfakh prévoit déjà d’endetter encore plus la Tunisie. On ne sait pas, jusqu’ici, s’il sait que les bailleurs de fonds ne font pas, comme lui, la différence entre bonne et mauvaise dette, et solidaires, ils ne donneront pas plus de dette sans être auparavant payés pour la «mauvaise» dette. Une dette est une dette, et pour y échapper il faudra plus de travail et plus de productivité.

Remarquons aussi, concernant la question de la dette, la mauvaise foi manifeste de Fakhfakh, lorsqu’il a transcrit, sur son mur, le contenu de sa conférence de presse, où on ne retrouve par ailleurs plus aucune trace de la séquence où il évoquait les parties politiques qui avaient voté Saïed lors des présidentielles, ou sa décision d’amplifier l’endettement de la Tunisie.

par -

Les choses, à l’ATB (Arab Tunisian Bank) semblent aller nettement mieux, ce qui n’est pas sans lien avec la bonne réaction des équipes de la banque au dernier changement à sa tête. Au terme du quatrième trimestre 2019, les principaux indicateurs d’activité de l’Arab Tunisian Bank présentent de notables évolutions.

Les crédits nets de provisions et d’agios réservés ont atteint 4.838 MDT à fin décembre 2019 contre 4.155,4 MDT au 31 décembre 2018, soit une augmentation de 16,43%. 93% de cette évolution du portefeuille créances nettes a été réalisée au 4ème trimestre 2019 soit une hausse de 633 millions TND.  Les dépôts de la clientèle ont atteint 5.242,8 MDT au 31-12-2019 contre 4.655,3 MDT à fin décembre 2018, soit une hausse de 12,62 % ou une variation en volume de 587,5 MDT. 50% de cette évolution des dépôts a été réalisée au 4ème trimestre 2019 soit une hausse de 288 millions TND. Cette augmentation annuelledes dépôts s’explique, en partie par l’évolution du volume des dépôts à vue, qui se sont établis à 1.663,8 MDT à la fin décembre 2019, contre 1.544,5 MDT à fin décembre 2018, soit une évolution de 7,72%. Mais aussi par une progression des comptes-épargne, dont le solde s’est établi à 1.158 MDT au 31 décembre 2019, contre 1.082,5 MDT à la même période de l’exercice 2018, soit une hausse 6,97% de 75 millions TND dont 42% collectés au 4ème trimestre.

Les produits d’exploitation bancaire ont augmenté de 12,39% pour atteindre 587,1MDT au 31/12/2019 contre 522,4MDT au 31/12/2018.Les charges d’exploitation bancaires ont atteint 334,9 MD au 31 décembre 2019 contre 276,1 MD au 31 décembre 2018, soit une hausse de 58,8MDT. Les charges opératoires de la banque ont atteint 177,9 MDT à fin décembre 2019 contre 164 MDT à fin décembre 2018, soit une hausse de 13,9 MDT.

  • Un PNB en hausse «grâce à la mobilisation des équipes de la banque»

Le produit net bancaire (PNB) au 31-12-2019 s’est inscrit à 252,2 MDT contre 246,4 MDT au titre de l’année 2018, soit une évolution de 5,8MDT ou 2,35%.L’augmentation du PNB en 2019 est issue des performances du deuxième semestre 2019 qui a enregistré une hausse cumulée du PNB de 24,8 Millions TND contre une baisse cumulée de 19 millions TND au premier semestre 2019.

«Une excellente performance pour le 4ème trimestre 2019, puisque le PNB de l’ATB au cours de ce trimestre a enregistré une hausse de 36% par rapport au 4ème trimestre 2018, surclassant largement les performances du secteur sur ce point», a estimé le DG de la banque Ahmed Rjiba dans un bref commentaire pour Africanmanager.

Et le premier responsable de la banque d’ajouter que «ce sont de très bons chiffres que l’ATB doit à la mobilisation de ses équipes. Mais aussi, au changement de stratégie du groupe. Ce dernier avait à un certain moment décidé de baisser la voile sur les crédits, et en termes d’engagements, et travailler plus sur le recouvrement. Depuis, nous avons changé notre fusil d’épaule, soutenus par une volonté du groupe d’augmenter notre part de marché (PdM) en Tunisie, d’où ce développement conséquent, surtout au cours du 4ème trimestre et qui a donné une amélioration sensible des indicateurs de la banque ».

  • Le bénéfice sera au rendez-vous et sera en hausse, malgré les provisions

Pour toute l’année 2019, Rjiba est plus qu’optimiste, et prévoit des bénéfices conséquents, qu’il se garde pour l’instant de préciser. L’ATB ne s’en préoccupe pas moins de la bonne santé et la solidité financière, et a fait les provisions nécessaires. Ces provisions auraient été en hausse par rapport à 2018. Ahmed Rjiba met ainsi en exergue«une nette amélioration de la qualité de son portefeuille, les bénéfices de la banque, qui seraient aussi en hausse ».

Il revient ensuite, sur la bonne performance des équipes de la banque, qui a été beaucoup dans cette remontée de la pente. «Nos équipes ont bien carburé, et nous faisons de l’exercice 2020, l’année du vrai redémarrage de l’ATB, qui pourra ainsi, nous en sommes sûrs, reprendre sa place de leader du marché financier en Tunisie et parmi les premières banques de la place, avec le soutien de la banque-mère et sa volonté de renforcer sa présence en Tunisie. Et on a les moyens d’atteindre nos objectifs. Actuellement sur une PdM de 6,5 %, notre objectif est d’atteindre les 10 % à l’horizon de 20204»

par -

L’antisystème désigne une personne ou un groupe ayant tendance à s’opposer au système en place. Kais Saïed a ainsi été classé et y est toujours. C’est désormais, ainsi, un locataire de Carthage avec résidence à El Mnihla. C’est un chef d’Etat, manifestement né un «Hugging Day», qui aime les accolades, qui n’aime pas se déplacer en grande pompe, toutes sirènes hurlantes, mais avec pas plus de deux voitures d’accompagnement, qui paie son ticket d’autoroute, et qui s’arrête dans les stations-service pour y siroter un café et se prête facilement aux selfies.

Toujours aussi incompris depuis octobre 2019, l’un de ses tout premiers soutiens, Iyadh Ben Achour, s’est dernièrement retourné contre lui [ar]. C’est aussi certainement le seul chef d’Etat au monde élu sur la base d’une idée qu’il partage peu et sans aucun programme. Un chef d’Etat qui communique très mal, refuse d’avoir un porte-parole, et «innove», lorsqu’il reprend la main dans la mise en place d’un gouvernement. Il reste cependant fidèle à son antisystémisme, même lorsqu’il s’agit de choisir la personnalité qu’il doit charger de former le gouvernement de son mandat.

Et c’est ainsi un chef d’Etat élu avec 70 % des voix sur zéro programme lors des dernières présidentielles qui propose son ancien concurrent pour le poste de chef d’Etat, un candidat qui n’a obtenu que 0,3 % des voix malgré un vaste programme, jugé progressiste, pour le poste de chef de gouvernement.

  • Antisystème jusqu’à heurter toute la classe politique

Un chef d’Etat qui n’a manifestement pas peur de se déjuger. Un président qui affirme avoir désigné, en parfaite ligne avec les résultats des dernières législatives, et qui charge un homme politique, encore à la tête d’un parti politique qui n’est pas représenté à l’ARP, pour former un gouvernement. Le résultat des législatives de 2019 ont complètement écarté le parti Ettakattol, et les dernières présidentielles ont aussi écarté son premier responsable et candidat.

Contrairement à la volonté du corps électoral tunisien, Kais Saïed remet ce parti en selle et lui donne même accès à l’Exécutif, et avec des prérogatives que larges que les siennes. Et si on reprenait le slogan «Le Peuple veut» de la campagne de Kais Saïed, on pourrait même affirmer que le chef de l’Etat met à mal son propre slogan, et va à l’encontre de la volonté du peuple.

C’est encore un chef d’Etat qui réfute la dénomination de «gouvernement du président» et qui désigne un survivant du parti Ettakattol, candidat en dehors de la quasi-totalité des listes des noms proposés par les partis politiques qui pèsent sur l’échiquier parlementaire.

Un chef d’Etat qui charge de former son gouvernement une personnalité dont le programme lors des dernières présidentielles comporte plus d’une différence avec ces “idées” qu’il avait effleurées lors du Grand Débat. Fakhfakh est à la tête d’un parti, dont le fondateur est l’un des artisans de la Constitution que le chef d’Etat Kais Saied voudrait réviser, pour passer d’un régime parlementaire à un régime présidentiel, comme le voudrait son frère et ancien directeur de campagne Naoufel Saïed, qui voudrait plus de pouvoirs pour son frère [ar].

  • Points et contre-points entre Fakhfakh et Saïed

En 2019, Fakhfakh était candidat à l’élection présidentielle. Confirmant détenir la nationalité française, il avait indiqué engager des démarches pour y renoncer conformément à la Constitution. On ne sait pas s’il l’a fait, et cela lui poserait un problème de conscience, lorsqu’il ira à La Kasbah.

Menant une campagne présidentielle, jugée progressiste, il proposait alors la dépénalisation du cannabis et l’interdiction du test anal et se prononce en faveur de l’égalité successorale entre femmes et hommes. Des positions qui diffèrent parfois avec celles de Saïed, notamment pour l’égalité successorale. Dans son programme économique d’ancien candidat aux présidentielles 2019, il proposait d’incorporer le ministère de la Coopération internationale dans celui des Affaires étrangères. Une idée qui pourrait, soit plaire, soit déplaire à son président, détenteur constitutionnel du portefeuille des Affaires étrangères.

Lors de sa campagne pour les présidentielles, il proposait le lancement d’un «plan d’investissements futurs 2030». Il prêchait aussi «une vision sur 10 ans», et comptait relancer l’économie du pays en usant de tous les moyens, quitte à « s’endetter encore plus, mais pour investir et non pas pour se nourrir». Il n’était pas contre la vente de certaines entreprises publiques.

Mais il pourrait s’entendre avec son président, lorsqu’il disait en 2019, vouloir œuvrer pour la création d’un pouvoir local dans les régions, et pour l’augmentation des budgets alloués aux collectivités locales ainsi que les ressources humaines afin de créer une génération d’élites issue des régions.

Restera à savoir comment seront les relations Saïed/Fakhfakh si ce dernier passe l’examen de l’ARP, où des députés d’Ennahdha sont contre certaines de ses positions, comme le rappelle le caricaturiste «Omrane Cartoons». Mais aussi, si le programme de Fakhfakh ressemblera à celui du leader d’Ettakattol, surtout que le chef de gouvernement missionné commence déjà à recevoir des personnalités du même parti pour, peut-être, leur proposer des maroquins autour de la grande table des CM à La Kasbah.

par -

Souriant et manifestement heureux de fouler l’objet de sa convoitise, l’ancien candidat au poste de président de la République, Elyes Fakhfakh, recevait hier soir sa lettre de mission des mains du chef de l’Etat, un Kais Saïed, solennel, impassible, presqu’empathique et plutôt compatissant, et qui savait certainement mieux que lui l’objectif de ce choix, et en connaissait aussi les véritables raisons.

Un choix, pour lequel il sera certainement critiqué, car la personnalité du nouveau chef de gouvernement missionné est encore loin de faire l’unanimité. Cela, d’autant plus que le nom de Fakhfakh n’aurait été proposé que par Tahya Tounes de Youssef Chahed qu’on soupçonne de vouloir contrer Fadhel Abdelkefi, et par Ettayar qui aurait juste estimé qu’il ne verrait pas d’inconvénient si Fakhfakh venait à être désigné par le chef de l’Etat.

Plus nombreuses étaient, en effet, les propositions écrites de candidats qui lui ont été faites en faveur de Hakim Ben Hammouda et de Fadhel Abdelkefi. Deux noms, dont la redondance sur les différentes listes avaient fait croire à une short-list. Il paraîtrait même, à en croire Abdellatif Mekki d’Ennahdha, que Saïed aurait subi des pressions pour changer un choix qui aurait été au début celui de Mongi Marzouk, surtout que ce dernier aurait aidé Saïed lors des présidentielles de 2019 en lui fournissant des notes et des éléments de langage pour sa campagne. Mais, c’est un chef de l’Etat qui ne se sent pas obligé d’expliquer son choix qui a pris sa propre décision, quelque part inattendue.

  • Le choix de Saïed jugé anti-démocratique

Et c’est justement sur ce sujet que le chef de l’Etat est attaqué par ceux qui considèrent anti-démocratique le choix de Fakhfakh par un Kais Saïed qu’il expliquait pourtant par le «respect de la volonté des électeurs et des électrices aux législatives et aux propositions des partis, des coalitions et blocs parlementaires ». Un tantinet maladroit dans cette explication, le communiqué de la présidence de la République essayait de mettre de la distance entre Saïed et Fakhfakh, en affirmant que «le gouvernement à former ne sera pas celui du président de la République, mais celui qui obtiendra la confiance du parlement ».

Un peu plus haut dans le même communiqué, il suggérait pourtant que «l’article 89 de la constitution donne la latitude au président de la République de choisir la personnalité qu’il estime la plus apte à former un gouvernement». Une façon de dire que ce n’est pas lui qui l’a choisi, mais que ce seront les députés qui le désignent. Les mauvaises langues prédisent déjà que Fakhfakh serait simplement un Premier ministre chez Saïed.

Fakhfakh est certes issu du monde de l’entreprise (Total à 27 ans, puis Cotrel du groupe Essassi). Mais il a aussi été deux fois ministre (Tourisme et finances) dans les gouvernements des Nahdhaouis Hammadi Jbali et Ali Larayedh, pendant l’épisode politique de la Troïka. Une période qui n’a pas brillé par ses résultats économiques, n’a laissé que de mauvais souvenirs politiques, et dont les composantes politiques ont été vite éjectées par le sit-in d’Errahil au Bardo en 2013.

Ennahdha avait alors quitté le pouvoir, le CPR de Marzouki s’était effrité, et Ettakattol de Ben Jaafar avait disparu des radars politiques une année plus tard (Un seul siège au parlement en 2014). Toujours membre d’Ettakattol, Fakhfakh n’obtiendra par la suite que 0,34 % des voix aux présidentielles de 2019, face à Kais Saïd entre autres, confirmant ainsi la quasi-disparition de la formation politique dont il est issu, et son peu de poids sur la scène politique tunisienne.

Et c’est encore sur ce volet que le choix de Fakhfakh est de nouveau critiqué, étant un revenant d’une formation politique qui n’est plus présente à l’ARP, et ayant été déjà lui-même écarté de la scène politique par le tout petit score qu’il a pu glaner aux présidentielles de 2019.

Ecarté du pouvoir, c’est Kais Saïed qui l’y a fait revenir, contrairement à la volonté des électeurs qu’évoquait le communiqué de la présidence de la République pour expliquer le choix du chef de l’Etat, ce qui confirmerait encore cette désignation anti-démocratique.

  • Béji Caïed Essebssi n’en disait pas beaucoup de bien

Evoquant la situation économique héritée par l’ancien chef de gouvernement Mehdi Jomaa qui reprenait la suite de la Troïka et évoquait une situation économique catastrophique, l’ancien chef de l’Etat feu Béji Caïed Essebssi en imputait la responsabilité à l’ancien ministre des Finances de l’époque. «Elyes Fakhfakh est responsable de cette situation. Et il serait préférable qu’il ne parle plus, car il est le responsable de cette situation» donnée en héritage alors au gouvernement Jomaa. Un sentiment qu’il lui rendait bien, surtout lorsqu’il comparait BCE à Hitler

Dans son profil dessiné par Wikipedia, on trouve aussi cette remarque que «alors que la fréquentation touristique avait baissé de 33 % en 2011, pendant la révolution, puis augmenté de 25 %, le ministre table sur un bond de 40 % de fréquentation sur une période comprise entre 2010 et 2016, afin de franchir durant cette dernière année la barre des dix millions de visiteurs annuels. Dans les faits, le nombre de nuitées baisse de 16 % durant chacune des deux années (2012 et 2013) au cours desquelles il est ministre». Manifestement donc, l’ancien ministre n’a pas beaucoup brillé lors de ces passages au tourisme et aux finances, ce qui n’est bien sûr pas son avis. «Mon passage a été un franc succès. Au moment de mon départ, le taux d’endettement n’excédait pas les 45%, aujourd’hui, on est à 75%. Cela sans parler des réformes que j’ai effectuées», disait-il en août 2019 sur Al Hiwar Ettounsi.

  • Passera ou passera pas ? Le jeu de la roulette russe de Saïed !

Théoriquement, et par simple décompte du nombre des députés de Tahya Tounes et d’Ettayar qui avaient proposé Fakhfakh, ce dernier aurait peu de chance de faire passer son gouvernement, à moins d’en faire le réceptacle de plusieurs ministres issus d’autres partis politiques, plus lourds à l’ARP. Ceux qui, comme Ennahdha, soutiendraient déjà Fakhfakh, ne le feront pas pour des prunes, mais contre des fauteuils ministériels. La même chose, s’accordent à dire divers observateurs, pour Ettayar ou Tahya Tounes.

Son gouvernement deviendrait alors politique, devrait être plus nombreux, et pourrait prétendre à une ceinture politique capable de lui garantir le passage de Dar Dhiafa à La Kasbah. Le cas échéant, ses chances ne paraissent pas plus nombreuses que Jemli pour franchir le Rubicon.

Et c’est là qu’interviendrait le 4ème paragraphe de l’article 89 de la Constitution, qui permet au chef de l’Etat de dissoudre l’ARP et organiser de nouvelles législatives, «si, dans les quatre mois suivant la première désignation, les membres de l’Assemblée des représentants du peuple n’ont pas accordé la confiance au gouvernement». Une échéance que craignent des députés fraîchement installés au palais du Bardo.

A la manière d’El Ikhchidi que Saïed aime à citer, on pourrait alors dire, à l’intention de l’ARP et de tous ceux qui prêchaient le «gouvernement du président» avant même la chute de Habib Jemli, «ردوها عليه ان استطعتم» !

La Constitution tunisienne ne donne pas d’autres alternatives, mais elle laisse un vide qui pourrait faire le nid d’autres possibilités. Comme celle, par exemple, que l’ARP vote la confiance pour le gouvernement Fakhfakh, pour lui opposer quelques mois plus tard, une motion de censure. Et bis repetita pour une guerre froide Législatif/Exécutif.

par -

Tancée sur la question polémique du dernier voyage du nabab religieux tunisien et président de l’ARP, Rached Ghannouchi en Turquie, qu’il expliquait par un désir de le féliciter pour la nouvelle voiture fabriquée par le pays d’Erdogan, l’élue d’Ennahdha au Parlement, Yamina Zoghlami, a rétorqué par cette phrase qui en dit long sur l’état de ses connaissances sur l’industrie de son propre pays. «La Turquie a fabriqué une voiture moderne, alors que nous ne fabriquons même pas une bicyclette».

Censée connaître son pays, dont elle est député depuis 2011 sur les listes du parti islamiste tunisien Ennahdha, Yamina Zoghlami ne savait pas que son propre pays qu’elle dénigre, fabriquait justement des bicyclettes depuis 1993, date de création de la société Eurocycles (pour ne citer que cet exemple, car cotée sur la bourse de Tunis) dans la zone industrielle de Kalaa Kébira où elle n’a jamais mis les pieds. L’entreprise est à plus de 52 % propriété d’hommes d’affaires tunisiens, dont son concitoyen Habib Essayeh. L’entreprise, où la construction des bicyclettes sous normes européennes pour y être vendus, fait travailler des employés et de hauts cadres tunisiens, exportait en 2019 pour l’équivalent de 69,271 MDT en devises dans des pays européens, et réalisait un bénéfice de plus de 8,6 MDT à la fin juin 2019. Mais cela, le député Nahdhaoui Zoghlami, ne le savait pas.

La parlementaire, fière des performances industrielles du tout premier colonisateur de la Tunisie qu’a été l’empire ottoman, ne savait pas non plus que son propre pays fabriquait déjà des voitures bien avant la Turquie du chef des «Frères Musulmans», ɾɛd͡ʒɛp ˈtaːjip ˈɛɾdoan (En 2004, il se disait d’origine géorgienne) dont le nom est converti en Rejeb Taïeb Erdogan pour s’en approprier l’islamité et l’islamisme.

L’aventure des frères tunisiens, Zied et Omar Guiga, pour construire une voiture à 56 % pur jus tunisien, avait démarré en 2006 et leur entreprise Wallys Car était jusqu’à 2015 totalement exportatrice avec un chiffre d’affaires à l’export de 3 M€ pour une production moyenne annuelle de 416 véhicules. Mais, cela aussi les Nahdhaouis sous administration intellectuelle ottomane, ne le savaient pas. Au pouvoir depuis 2012, ils n’avaient non plus rien imaginé et rien fait pour encourager l’émergence d’un champion national de l’automobile. Au contraire, leur premier chef de gouvernement n’avait alors pensé qu’à importer des Tuktuks, et n’avait même rien fait pour encourager l’industrialisation de ce moyen de transport dans son propre pays.

C’est aussi dans le pays dont le député islamiste dit qu’il ne fabrique même pas une bicyclette que la société Avionav construit des avions légers et en exporte. Quinquagénaire et théoriquement diplômée en histoire contemporaine, elle ne connaissait pas que dans le pays où elle était née, cette entreprise de 140 ingénieurs et techniciens, dirigée par le Tunisien Fouad Kamel, produit cet avion à Borjine et intéresse des avionneurs suédois pour aller encore plus loin dans cette industrie innovante, et qu’elle fabrique déjà des pièces de 9 avions italiens.

Et c’est aussi cette même Tunisie que le député économiquement inculte dénigre, et dont le parti renforce le pouvoir économique des Ottomans dans son propre pays, qui fabrique des bâtiments de guerre par ses propres moyens et compétences humaines.

Elle ne savait pas, alors qu’elle est député, que l’armée tunisienne développe, depuis peu, une stratégie de construction industrielle, en coopération avec le secteur privé tunisien. Elle a déjà fabriqué son 2ème navire militaire baptisé Utique par ses propres moyens, réduisant même le coût de 12 à 5,5 MDT. Avant Utique, il y avait eu Istiklel en 2011, et Kerkouene en 2017. Mais tout cela, Yamina Zoghlami ne le savait pas. Comme son patron, elle préfère les voitures turques, et en fait l’apologie.

Après l’accord sur les véhicules blindés turcs pour la Tunisie pour casser toute velléité industrielle dans ce créneau, la Tunisie aura bientôt un concessionnaire, peut-être proche d’Ennahdha, pour vendre des voitures turques en Tunisie !

par -

Le délai fixé par le président de la République, Kais Saïed aux partis représentés au parlement pour proposer des noms de personnalités à la primature prend fin aujourd’hui, jeudi 16 janvier 2020.  A cet effet, les formations politiques poursuivent les discussions interpartis mais également au niveau de leurs bureaux politiques respectifs pour trancher cette question.

Plusieurs députés ont assuré, dans leur déclaration à l’agence TAP, que les propositions seront présentées au président de la République en cours d’après-midi, après la fin des réunions tenues à cet effet.

Selon le député Samir Dilou, le mouvement Ennahdha a déjà choisi les noms qui seront proposés au président de la République. D’autres sources au sein de la même formation politique ont indiqué que le mouvement proposera la candidature de trois personnalités “non affiliées” au parti. D’après la députée Yamina Zoghlami, Ennahdha a désigné 10 membres pour former une commission pour mener les concertations avec le président de la république à ce sujet. Elle n’avait manifestement pas encore lu le dernier communiqué de Carthage !

Pour sa part, l’élu du Courant Démocrate, Ridha Zoghmi, a indiqué que le bureau politique du parti se réunira cet après-midi pour trancher cette question. Zoghmi a fait savoir, dans ce sens, que parmi les noms fortement pressentis pour briguer la primature, figure celui du secrétaire général du parti Mohamed Abbou. Il n’a pas non plus écarté l’éventualité de proposer d’autres noms.
Khaled Krichi, du mouvement Echaâb, a évoqué la possibilité pour son parti, en coordination avec le Courant démocrate, d’appuyer la candidature de Mohamed Abbou pour le poste de chef du gouvernement. Il a fait observer que son parti avait réfléchi à la candidature de plusieurs personnalités à ce poste, dont celles de l’ancien ministre des Affaires étrangères, Mongi Hamdi, et l’avocat Boubaker Bethabet (secrétaire général de l’instance électorale en 2011 et ancien secrétaire général de l’ordre des avocats).

De son côté, le député du parti Qalb Tounes, Hatem Mliki, a déclaré que son parti, cherche à soutenir des candidats bénéficiant d’un large consensus. Rafik Amara (Qalb Tounes aussi), cite la possible candidature de Wided Bouchamaoui, ex-présidente du patronat tunisien.

Marwen Felfel de Tahia Tounes, a indiqué la «forte possibilité» que la liste des candidats de Tahia Tounes comprenne le nom d’une personnalité féminine”. La blogosphère comprend par ailleurs, une liste plus large, parfois faite de revenant. Commentant ce qui se passe, un ministre compare la scène politique actuelle à Fallouja. «Ceux qui y sont voudraient sortir, et ceux qui sont dehors, voudraient y rentrer», dit-il à Africanmanager en riant.

  • Kais Saïed innove : Des concertations oui. Mais par courrier écrit !

Et alors que les 38 partis et parties, directement intéressés par ces consultations pour le choix d’un chef de gouvernement que le chef de l’Etat chargera de former le prochain gouvernement qui essaiera de ne pas tomber, comme l’avait fait lourdement celui de Jemli, la présidence de la République rend public un étrange communiqué.

Un communiqué surtout, qui innove en matière de consultations politiques. «Il convient de noter, que les consultations prévues au chapitre neuvième de la Constitution, sont une mesure nécessaire. Mais la constitution n’a pas spécifié en retour, la forme de cette procédure. Ces consultations pourraient donc être directes, elles pourraient être écrites, ce qui pourrait être beaucoup mieux à la lumière de la situation actuelle en Tunisie, que des consultations directes qui peuvent s’étendre, mais en vain», disait entre autres le communiqué du chef de l’Etat.

Il est ainsi clair, comme s’en était étonné le SG de l’UGTT, que Kais Saïed ne veut pas rencontrer les 38 personnes ou groupes de personnes, pour des séances de négociations directe et face à face. Saïed a lancé une demande, écrite, de manifestation d’intérêt ou de candidature, au poste de futur chef de gouvernement, et ne voudrait que des réponses écrites, et une possible discussion de son choix, uniquement par courriers écrits.

Il fera ainsi, certainement l’économie de tournées générales de thé ou de café. Il ferait aussi économie de temps, c’est sûr. Mais pas de papier, dans le jeu de question-réponse, par écrit qu’il engagerait ainsi, car il est sûr que les 38 partis politiques et parties intéressées, ne vont pas se priver de contester, tel ou tel choix, tel ou tel critère adopté pour le choix. 38 voitures sortiront ainsi, en direction des 38 intéressés, et pas qu’une fois. Mais on comprendrait, peut-être aussi, que Saïed voudrait garder des traces écrites de ces consultations qui pourraient se transformer en négociations mercantiles, et éviter ainsi que chaque mécontent aille dire des choses fausses, sur ce qu’il aurait proposé, et sur ce que le chef de l’Etat aurait dit ou commenté. Pas bête l’idée, après tout le cirque vécu lors des premières négociations avec Jemli !

Dans son communiqué, le chef de l’Etat propose aussi d’inclure dans ces consultations, la possibilité de prolonger la durée des consultations, au-delà des 7 jours définis dans la Constitution. «Cette période de consultation, pourrait être un surcroît de consultation sur les délais définis par la consultation. C’est le prologue qui précède le choix autant que l’épilogue. Et il n’y a pas lieu, dans cette conjoncture que vit la Tunisie, de placer l’épilogue avant le prologue», dit Saïed dans son arabe trop châtié à la manière d’El Ikhchidi.

Après ce juridisme du fonctionnaliste Kais Saied, on s’acheminerait donc vers une annonce du choix du chef du gouvernement désigné, au-delà du délai limite prescrit par l’article 89, et dans un temps pour l’instant indéterminé !

(Avec Tap)

par -

Précisons tout d’abord que le chef du gouvernement Youssef Chahed a, selon des sources sûres, refusé la démission de Taoufik Rajhi, ministre chargé du suivi des grandes réformes et ministre par intérim de l’emploi et de la formation professionnelle. Il faut rappeler que cette démission lui avait été remise le 14 janvier 2020.

La démission avait été expliquée, de la part de Rajhi, par la situation d’immobilité que met l’appellation de «gouvernement de gestion des affaires courante», l’actuel gouvernement, par rapport aux impératifs de la continuité de l’Etat, et la nécessité de trancher dans beaucoup de dossier pour éviter que le pays ne s’arrête dans cette phase de transition, politique et gouvernementale. Une notion, celle de gestion des affaires courantes, qui n’existe nullement dans la Constitution, et qu’une partie de l’opposition politique en Tunisie, avait utilisé pour contester par exemple certaines nominations faites par le gouvernement de Youssef Chahed.

En fait, une manière politicienne, pour contester un chef de gouvernement qui n’avait pas pu passer le cap des élections présidentielle, et que l’opposition utilise comme le cintre sur lequel elle accroche ses propres échecs pour les endosser au gouvernement sortant, et en faire un faire-valoir à leur opposition.

Rajhi avait dit, dans sa lettre de démission, que «le fait que la période d’expédition des affaires courantes a duré plus que de raison, ne correspondrait pas aux défis de la période actuelle, ainsi que les risques de prolongation de cette période d’expédition des affaires pour le gouvernement, ce qui ne correspondrait pas aux impératifs de la conjoncture, ainsi qu’aux exigences des défis, social et économique et en particulier financier de prise de décision et d’engagement».

Chahed a, de son côté, vite fait de comprendre le message de son ministre, d’autant que Rajhi n’était pas le seul à avoir démissionné. La réaction, intelligente, du chef du gouvernement, pour arrêter ce qui pourrait devenir un flux, a été de leur adresser, ainsi qu’aux secrétaires d’Etat, aux chefs de collectivités locales et aux établissements et institutions publics, une circulaire qui dit, sans le dire, qu’il n’y a point de «gouvernement de gestion des affaires courantes», et que son gouvernement restera au travail, effectif et opérationnel, jusqu’à la nomination officielle de son successeur.

Selon le texte de la circulaire publiée par la présidence du gouvernement, «Chahed a appelé les responsables de l’Etat à garantir le bon fonctionnement des services et établissements publics en raison de la sensibilité de l’étape que traverse le pays ainsi que les défis auxquels il fait face».
Chahed a, dans ce sens, souligné «la nécessité de renforcer davantage l’encadrement et l’appui aux entreprises économiques et aux investisseurs afin d’éviter toute attente ». Les tançant ensuite, «le chef du gouvernement a souligné l’impératif de suivre de près les décisions gouvernementales et les projets publics, programmés ou en cours de réalisation et de renforcer la communication avec les citoyens et les établissements». En fait, une manière de dire, à tous ceux qui voudrait le mettre en retraite forcée, et d’affaiblir, par cette retraite, toute l’administration, que «j’y suis. J’y reste jusqu’à la fin officielle de ma mission»

par -

A peine le parti islamiste tunisien Ennahdha commençait-il à se relever de la raclée du dernier vote contre son gouvernement de Habib Jemli à l’ARP qu’il se retrouve sous les feux croisés de la critique, suite à la visite privée de Rached Ghannouchi en Turquie. Une visite, programmée et autorisée par le chef de l’Etat, diront ses proches, mais dont le timing (au lendemain de l’échec de Jemli) et le contenu (féliciter Erdogan pour la nouvelle voiture turque), ont fait beaucoup polémique. Une polémique également créée par la nomination, par Ghannouchi de son propre chef de cabinet avec titre et avantages de ministre.

Et sitôt le feu de ces polémiques circonscrit par un parti devenu pompier-pyromane, Ennahdha se retrouve de nouveau sous les feux des projecteurs, à cause de la de démission de Hichem Laaridh, fils d’Ali Larayedh, et du jeune membre de la Choura Zied Boumakhla, qui s’affichait avec le drapeau turque dans son bureau.

  • La jeunesse quitte le navire

Le 11 janvier, au lendemain de la Nakba à l’ARP, Laaridh écrivait en guise de reproche indirect au guide spirituel de son parti pour ne pas avoir réussi à faire passer Jemli, poulain d’Ennahdha, que «la volonté de destruction et les complexes du tyran et son obsession du pouvoir ont eu raison de la volonté de construction et de l’intérêt du pays». Sur une radio privée, son père Ali confirmera que son fils était «insatisfait depuis un certain temps». Sur une autre radio, Mohamed Ben Salem disait que «nous avions déjà attiré l’attention sur l’existence de tensions et de problèmes au sein du parti, et qui n’ont malheureusement pas été traités»

Quelques jours après cette accusation indirecte à Ghannouchi, qui dénotait d’une large fissure au sein du parti islamiste, entre la génération des pères fondateurs et celle des jeunes loups de la politique, le fils du vice-président d’Ennahdha franchit le pas et quitte le parti des islamistes tunisiens. Il sera vite suivi par l‘autre jeune loup, Zied Boumakhla, qui préfère ne rien dévoiler des raisons de sa démission d’Ennahdha. Le 10 janvier 2020 aussi sur sa page fb, il prédisait «5 années difficiles, sauf miséricorde divine» pour Ennahdha. Manifestement, la jeunesse d’Ennahdha quitte le navire, le timonier se préoccupant plus du perchoir que de l’avenir de ses propres ouailles, et le navire aux mains d’un clergé islamiste vieillissant et plus intéressé par le politique que par les perspectives du parti.

  • Avant, il y avait eu Laadhari et après peut-être Mekki qui ne démentait pas encore

Ce ne sont certes que deux démissions, et pas de gros calibres du parti, mais elles avaient été déjà précédées par celle de Zied Laadhari de son poste de SG d’Ennahdha. Publiquement, cette figure de proue du parti islamiste tunisien, et l’une de ses rares têtes bien faites, participera à la chute du gouvernement Jemli, en annonçant à l’ARP qu’il ne lui donnera pas sa confiance. Le schisme devient ainsi une réalité et les fissures un gros souci.

Des rumeurs circulent par ailleurs sur une possible démission, celle d’Abdellatif Mekki aussi. Sur sa page des réseaux sociaux, il en pose lui-même la question, laissant courir la rumeur, sans pour autant officiellement la démentir. Mekki est généralement connu pour être l’un des adversaires d’un Rached qui a vécu, ce mercredi 15 janvier 2020 à l’ARP, une dure journée face à l’élue Abir Moussi, déterminée à passer une motion de censure contre lui.

Il y a, peut-être, trop de raccourcis dans cette micro-analyse de la vie interne d’Ennahdha. Il n’en demeure cependant pas moins vrai que le parti islamiste tunisien connaît, depuis les dernières municipales de 2019, une sorte de débâcle et de défaite (نكبة) électorale. Sa base électorale faiblit et se rétrécit d’année en année. Sa présence au sein du pouvoir législatif diminue en nombre, d’une législature à l’autre. En 2011, le parti avait 1,501.320 million de voix. En 2014, il n’en avait plus que 974.034, et en 2019 guère plus que 561.132 voix. Lors des municipales, il ne remportait que 517.234 suffrages. Le vivier électoral d’Ennahdha est sur un trend baissier qui se confirme. Sa jeunesse le voit et quitte le navire.

  • L’oiseau bleu vire au rouge

Le parti des islamistes tunisiens avait pris la tête de l’Exécutif à deux reprises, et avait fini par en démissionner après les échecs successifs des gouvernements de Hamadi Jbali et d’Ali Larayedh. Le 10 janvier 2020, il échouait lamentablement (72 voix pour et 134 contre) à reprendre l’Exécutif et voyait s’évaporer son rêve de reprendre le pouvoir par les deux branches, exécutive et législative.

Officiellement coupée de la confrérie des «Frères Musulmans», l’aile politique d’Ennahdha est pratiquement amputée d’une bonne partie de sa base et se retrouve avec une seule aile tenue d’une main de fer gantée de velours, entre les mains d’un leader vieillissant. Le phénix qui renaissait de ses cendres en 2011, devient cormoran aptère, une espèce désormais menacée d’extinction, même en Tunisie, le dernier bastion arabe de la démocratie, entouré de foyers de tensions et oublié par les faiseurs de solutions à l’échelle internationale.

Manifestement, les ailes de l’oiseau bleu qui voulait couver tous les œufs, même ceux d’autres congénères, brûlent et n’entourent même plus toute la frange islamiste de la Tunisie. Son étoile rouge vacille, et ses oisillons quittent le nid, peut-être pour aller frayer ailleurs.

«Beaucoup l’espèrent, mais il est, à mon sens, encore très tôt pour conclure à la fin de la présence politique d’Ennahdha. Il est même judicieux de se poser la question de savoir si une telle disparition serait une bonne chose pour un pays qui n’a pas terminé sa transition politique et où la révolution est encore inachevée pour certains», commente un politologue qui requiert l’anonymat. La question aussi, selon un observateur et analyste, est de savoir s’il n’est pas préférable de faire de telle sorte qu’Ennahdha reste, mais dans les proportions qui n’en feront pas un décideur politique !

En attendant, c’est le provisoire qui dure au gouvernement de gestion des affaires courantes. L’appel à manifestation pour le poste de chef de gouvernement lancé par Kais Saïed n’a pas encore publié de short-list, et il se pourrait que le provisoire dure jusqu’à de prochaines législatives. Les bailleurs de fonds d’une Tunisie qui n’a d’autre choix que de s’endetter encore, attendent aussi pour savoir avec qui discuter et à quelle sauce ils mangeront la 1ère démocratie du monde arabe !

par -

Après les orgies de communication de l’ancien CDD d’Ennahdha Habib Jemli, lorsqu’il s’efforçait encore de former son gouvernement à Dar Dhiafa, c’est désormais le silence assourdissant au palais de Carthage où a été délocalisée la mission de refaire le film des négociations pour le gouvernement.

Les équipes de Jemli ne faisaient pas toujours de la bonne communication, mais la population était toujours informée, presque minute par minute, des tenants et des aboutissants de la mission du CDD Jemli, qui il recevait, avec qui il se consultait et qui pense quoi du travail de Jemli. Avec Kais Saïed, c’est la communication du silence qui semble avoir été choisie.

Le chef de l’Etat, Kais Saïed et son équipe, y ont désormais repris constitutionnellement la main. Mais ils restent pour l’instant aussi muets qu’une carpe. Un silence que même la chargée de Com n’a pas encore daigné rompre, alors que la question est d’une importance vitale aussi bien pour la scène politique locale que pour la scène financière et économique internationale.

  • Consultations : Silencieux, Saïed ne semble pas être pressé. L’article 89 ne l’y oblige point

Officieusement, les négociations pour la formation du gouvernement devaient débuter «dans un délai de 10 jours », selon l’article 89 de la Constitution (Ndlr : 3ème ligne du 3ème paragraphe de l’article 89). Un article qui ne précise pas la date ou l’évènement à partir duquel courrait ce fameux délai de 10 jours. Aucune annonce officielle émanant de Carthage n’ayant été faite jusque-là, on pourrait comprendre que Saïed mènerait les consultations quand il le pourra. Une autre tare de la fameuse Constitution qui aurait été saluée par tout le monde et même applaudie dans les plus hautes instances internationale !

Constitutionnellement, le chef de l’Etat devra faires ces consultations, uniquement et en exclusive, avec «les partis politiques, les coalitions et les groupes parlementaires », dit encore le même article 89. Or, dans une lettre ouverte rendue publique hier dimanche 12 Janvier et signée par Mounir Charfi, l’ONDCE, l’Observatoire national de défense de la civilité de l’Etat (ONDCE) qui appelle le chef de l’Etat « à élargir le cercle de dialogue et à impliquer les acteurs de la société civile démocratique aux côtés des partis politiques dans le processus de choix de la personnalité qui aura à former le gouvernement, pour en garantir la stabilité dans le cadre de la continuité de l’Etat».

  • La société civile demande à être associée aux consultations de Saïed

L’Observatoire appelle aussi Kais Saïed à« désigner une personnalité nationale indépendante parmi les hautes compétences nationales ayant un rayonnement national et international portant une vision stratégique globale sur la situation actuelle et les solutions possibles eu égard aux difficultés socioéconomiques et aux défis extérieurs auxquels se heurte le pays ». Cette personnalité devra avoir vocation à« former un gouvernement de salut national d’un effectif réduit, respectant la parité et la compétence, loin du principe des quotas partisans, et ce dans le cadre d’un programme gouvernemental étudié».

Et alors que ces consultations n’ont pas encore officiellement démarré, la blogosphère tunisienne a déjà commencé son travail de lobbying en faveur de telle ou telle personnalité. Ainsi, des noms, comme ceux des anciens candidats aux présidentielles, Mondher Znaïdi et Mustapha Kamel Nabli, l’ancien gouverneur de la BCT sous Ben Ali, Taoufik Baccar, et même l’intermédiaire entre Jemli et l’opposition Jawhar Ben Mbarek, ont été lancés sur la toile.

L’actuel chef de gouvernement Youssef Chahed, qui aurait été, selon nos sources, l’un des artisans du revirement de la position de Nabil Karoui contre Ennahdha, et dont le nom avait aussi circulé en lien avec ses bonnes relations avec le chef de l’Etat, avait déjà déclaré ne pas être intéressé.

  • Des candidatures spontanées lancées sur fb

Il reste à signaler que le prochain chef gouvernement dudit «gouvernement du Président» sera constitutionnellement choisi sur le seul critère de l’aptitude, sans autre forme de précision. Il est peu probable, selon les observateurs, qu’il soit issu d’un parti politique. On attendra donc pour savoir qui sera l’oiseau rare de Saïed. Mais aussi quel type de gouvernement il lui donnera mission de composer, celui du minimum nécessaire, celui d’un gouvernement regroupé en pôles, un gouvernement d’union nationale comme le voudrait Ennahdha, ou de Salut national comme le voudraient Qalb Tounes et d’autres partis dont Tahya.

Si réellement indépendant, il sera handicapé par l’absence d’une ceinture politique qui pourrait être capable de lui assurer les 109 voix nécessaires au vote de son gouvernement. Il portera, dans tous les cas, la patte de Kais Saïed. Et malgré tout cela, il est fort improbable qu’il soit rejeté comme Jemli, tous les partis de l’ARP ayant en tête l’opportunité qu’il offrira alors à Saïed de dissoudre leur «auguste» Assemblée. C’est par ailleurs l’intention qu’on lui prête et dont il ne se cacherait pas. Et pour l’instant, c’est le silence des agneaux hors caméras ! Silence des partis, mais aussi des médias, où aucun plateau n’a été consacré à ce nouveau type de Com du chef de l’Etat à propos d’une question vitale pour toute la population !

par -

Le ciel leur est tombé sur la tête. Camouflet politique pour Rached Ghannouchi. Revirement de taille de Nabil Karoui. Les islamistes ont essuyé la déculottée de leur vie. Ils ont reçu une sérieuse raclée. Des phrases de cette eau, on aurait pu en trouver à profusion et l’infini, sans que cela serve à quoi que ce soit pour la Tunisie, où l’instabilité gouvernementale devrait se prolonger d’au moins 40 autres jours.

Les frères d’Ennahdha ont déjà survécu à nettement plus que cela, et ils s’en relèveront, car ils ont plus d’un tour dans leur sac. Ceux qui, parmi les non-Nahdhaouis, croient que la Tunisie s’en serait débarrassée avec l’échec du gouvernement de Jemli, se trompent et feraient mieux de se préparer, au moins à un revirement comme Rached Ghannouchi en a le secret, l’habitude, l’art et la manière. Et au pire, au redressement de la seconde rangée de dentition du requin Ennahdha qu’ils croyaient avoir définitivement édenté.

Sur cette rangée, il y aura au moins Abdellatif Mekki et Zied Laadhari. Le premier, ancien ministre de la Santé de la Troïka, a, d’ailleurs, été l’un des rares à pavoiser par un sarcastique “Très bien” à l’adresse du président de l’ARP Rached Ghannouchi. Le second s’était démarqué par un véritable réquisitoire contre son parti, et avait été le seul à dire son intention de ne pas voter Jemli, en direct sur écran et devant ses pairs les Nahdhaouis.

Il ne s’agit pas d’ici de glorifier ces deux anciens ministres qui n’avaient pas su s’illustrer par leur action et leurs réalisations. Il s’agit plutôt, d’abord, de rappeler toute la scène politique tunisienne, et les Centristes qui avaient su, enfin, s’unir et rebondir en laissant de côté leurs différends et leurs querelles personnelles, pour finalement se convaincre qu’il est temps de passer à la concrétisation de l’alternative à Jemli et son sponsor Ghannouchi-Kheriji.

  • Une entrée en matière par des condoléances nationales et internationales

Entretemps, et dès le lendemain de l’énorme revers politique qu’il a reçu avec philosophie, Rached Ghannouchi s’en est allé «pleurer» dans les jupes du «grand frère» Erdogan. Auparavant, le leader des islamistes tunisiens avait rencontré le chef de l’Etat.

Ce dernier, et alors que le délai des 10 jours de consultation pour former le «gouvernement du président» commençait à courir, s’en va pleurer Sultan Qabous Bin Saïd Al Saïd. Saïed fait ainsi son tout premier voyage hors des frontières du pays au Sultanat d’Oman, alors qu’il jurait que son premier déplacement sera en Algérie. Un voyage incompréhensible pour un pays avec lequel le commerce extérieur de la Tunisie (28 MDT en exportation, pour 18,5 MDT d’importation), est loin de valoir celui de l’Algérie (1,121 Milliard DT en exportations, contre 2,6 Milliards DT en importations en 2018) et qui n’a à son actif qu’un seul et unique investissement en Tunisie (Chiffres Fipa 2018).

Le chef de l’Etat aura auparavant «présenté ses condoléances » en quelque sorte au chef du gouvernement qui a échoué aux portes de La Kasbah, ainsi qu’à son sponsor d’Ennahdha, pour avoir failli à prendre dans ses seules mains les deux pans de l’Exécutif.

  • La Tunisie en plein «Gouvernement du Président»

Retour donc à l’envoyeur pour Jemli, et retour à la case départ pour toute la scène politique de la Tunisie. Youssef Chahed et son gouvernement resteront en place jusqu’au prochain vote de confiance pour celui qui lui succèdera à La Kasbah. Kais Saïed reprend ainsi la main, mais dans le respect de la Constitution, comme il l’avait toujours dit à Rached Ghannouchi.

De plain-pied donc, la Tunisie entre dans l’ère du «Gouvernement du Président». L’article 89 de la Constitution de 2014 ne le formule pas ainsi. Il est même quelque peu ambigu. «Si le délai indiqué expire sans parvenir à la formation d’un gouvernement, ou si la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple n’est pas accordée, le Président de la République engage des consultations dans un délai de dix jours avec les partis politiques, les coalitions et les groupes parlementaires, en vue de charger la personnalité jugée la plus apte, en vue de former un gouvernement dans un délai maximum d’un mois». C’est ce qui devrait être fait, depuis le 11 janvier 2020, date à laquelle a commencé à courir le délai de dix jours. Une fois le choix de Kais Saïed fait, le prochain chef de gouvernement qui aura pour mission de composer un nouveau gouvernement, comme pour Jemli, devrait s’astreindre à un nouveau délai de 2 mois.

  • 15 avril 2020, deuxième tentative de gouvernement, et 15 juin pour le plan Saïed !

En effet, l’article 89 parle d’un délai de quatre mois, avant que le chef de l’Etat ne décide de dissoudre l’ARP qui ne serait pas parvenue à un nouveau vote de confiance pour un nouveau gouvernement. «Si, dans les quatre mois suivant la première désignation, les membres de l’Assemblée des représentants du peuple n’ont pas accordé la confiance au gouvernement, le Président de la République peut décider la dissolution de l’Assemblée des représentants du peuple et l’organisation de nouvelles élections législatives dans un délai d’au moins quarante-cinq jours et ne dépassant pas quatre-vingt-dix jours». L’article 89 décrit ainsi le second scénario que va être celui de la question de formation du gouvernement, après l’échec de Jemli. Un scénario, qui pourrait s’étaler jusqu’au 15 avril 2020, la 1ère désignation ayant été faite le 15 décembre 2019. Le prochain chef de gouvernement devrait être «le plus apte», dit la Constitution. Elle ne précise cependant pas les critères qui détermineront cette aptitude.

Aptitude politique ou aptitude technique ? Sera-t-il tiré au sort parmi les candidats des partis, coalitions et groupes parlementaires ? Le chef de l’Etat aura-t-il la main pour désigner, ou devra-t-il tenir compte des candidatures partisanes ? L’article 89 ne précise rien à ce sujet !

Ce qui est certain, c’est que le plan de Kais Saïed de dissoudre l’ARP, ordonner de nouvelles élections, peut-être sous nouvelle loi électorale (Il y en a déjà une, mais toujours non promulguée depuis Feu Béji Caïed Essebssi), ne pourrait avoir lieu qu’à la mi-avril 2020, pour se terminer à la mi-juin 2020, sous réserve d’une autre interprétation du 4ème paragraphe de l’article 89.

Une échéance fortement crainte par les actuels députés qui pourraient y perdre tout. Une date qui pose aussi, et dès à présent, l’opportunité et la date du projet de loi que devra déposer le chef de l’Etat auprès de l’ARP pour le changement de la loi électorale. Une proposition de loi, qui pourrait soulever la même polémique que celle du gouvernement de Youssef Chahed, adoptée en août 2019 et jamais signée par les deux chefs d’Etat qui ont succédé à Caïed Essebssi.

  • Les partis fourbissent leurs armes

Et en attendant, les partis politiques, soulagés par la chute du gouvernement d’Ennahdha, aiguisent leurs armes et se préparent, dans la même logique de partage des fauteuils, au second scénario. Ettayar de Mohamed Abbou se dit déjà concerné par une participation au prochain gouvernement. Qalb Tounes de Nabil Karoui, veut un «gouvernement de Salut national». Le même parti fait désormais partie d’un front politique de 90 députés, où se trouve aussi son ancien ennemi Tahya Tounes de Youssef Chahed. Il faudra attendre l’avis d’au moins une autre cinquantaine des 209 partis politiques tunisiens.

Ça promet ! Non seulement pour l’issue de consultations que le chef de l’Etat pourrait limiter aux différents blocs parlementaires, mais aussi et surtout, pour l’économie et les finances de l’Etat. Ce dernier a un urgent et cruel besoin d’argent. Au 9 janvier 2020, le compte courant du trésor ne contenait que 1,204 Milliard DT. Juste de quoi servir un ou deux salaires à ses fonctionnaires, guère plus. En effet, sur la base d’une masse salariale globale de 19 Milliards DT, le montant mensuel devrait être de 1,5 Milliard DT. Or, aucun bailleur de fonds ne voudrait négocier avec un gouvernement partant, ou un gouvernement dont la date d’entrée en fonction est toujours inconnue. Bonjour les dégâts !

par -

Le bilan de la société Tunisair pour l’exercice 2017 (le tout dernier à avoir été publié), fait état de plus de 1,3 milliard DT en total produits d’exploitation, en face de 1,52 milliard DT en charges d’exploitation, ce qui aboutit à un déficit au niveau de l’exploitation de 125,188 MDT. Le résultat net de la compagnie est plus encore déficitaire, avec -226,439 MDT. Un résultat net qui fait que les capitaux propres de l’entreprise affichent désormais et depuis 2017, un solde négatif de presque 350 MDT.

Ces états financiers indiquent que les fonds propres sont devenus en deçà de la moitié du capital social, ce qui oblige les CC à évoquer «des incertitudes significatives liées à la continuité » de Tunisair. A cet effet, et en application des dispositions de l’article 388 du code des sociétés commerciales, le conseil d’administration, en date du 10 avril 2018, a convoqué une réunion de l’Assemblée Générale Extraordinaire, le 25 avril 2018, qui a décidé la continuité de l’activité de la société sans statuer sur la question de réduction ou d’augmentation du capital pour un montant égal au moins à celui des pertes cumulées.

Cette question de la continuité demeure, cependant, cruciale et restera probablement d’actualité très brûlante, et le rapport des CC l’a classée comme point clé de son audit. La réponse de la direction de Tunisair à ses CC n’est pas pour tranquilliser les esprits. «La direction a conclu que, malgré les difficultés rencontrées ces dernières années, l’activité de la société n’est pas menacée pendant au moins un an à compter de la date d’arrêté des états financiers et un plan de redressement est encours de mise en place avec l’appui du Gouvernement Tunisien pour l’ensemble des sociétés du groupe», peut-on lire, en remarquant avec crainte, cette précision d’une année. Or, et c’est ce qui est plus inquiétant, c’est que le fameux plan d’appui financier, le gouvernement Chahed s’en était déjà lavé les mains et celui qui le suivra ne devrait pas en faire moins, pour manque d’argent, le plan nécessitant plus d’un milliard DT en cash.

Tunisair a aussi publié ses états financiers consolidés de tout son groupe pour le même exercice 2017. Et la situation financière n’est pas meilleure. Le groupe Tunisair (maison-mère et filiales), avait terminé l’exercice avec une perte de presque 237 MDT.

 

Et comme si cela ne suffisait pas, des entreprises du groupe ont maille à partir, qui avec le fisc, qui avec la Cour des Comptes, qui même avec la justice tunisienne voire étrangère. Dans le rapport des CC, on lit en effet que «les filiales du groupe Tunisair, à savoir « Tunisair Express», «Tunisair Handling» et la filiale et fournisseur technologique «Amadeus», ont fait l’objet d’un contrôle fiscal approfondi sur les exercices antérieurs. A ce titre, des provisions ont été constituées pour couvrir raisonnablement les risques rattachés auxdits redressements».

Par ailleurs, «la filiale «Tunisair Technics» a fait l’objet d’un contrôle par les services de la Cour des Comptes au titre de l’activité technique et de gestion des stocks. Ce contrôle a abouti, entre autres, à l’engagement d’une affaire auprès du Pôle Judiciaire et Financier de Tunis à la fin de l’année 2018. Cette affaire suit son cours à la date de rédaction du présent rapport».

Remonte ensuite la veille affaire de Mauritania Airways. «Le groupe Tunisair a constaté une provision pour risques et charges au titre des affaires en justice pour un montant de 4,181 MDT au 31 décembre 2017. En outre, une provision pour risque et charge pour un montant de 18,335 MDT a été constatée au cours des exercices antérieurs, dans les états financiers consolidés, afin de couvrir le risque lié au jugement du tribunal de première instance de Nouakchott – Mauritanie, en date du 12 mai 2015. Ce tribunal avait prononcé la responsabilité de la société « Tunisair-S. A» pour combler le passif de la société “Mauritania Airways” pour un montant de l’ordre de 63,109 MDT au 31 décembre 2017. La société «Tunisair-S. A» a engagé des négociations avec l’Etat mauritanien pour se faire prévaloir de ses créances, reconnues précédemment par l’administrateur de liquidation de la société Mauritania Airways, pour un montant de 44,212 MDT au 31 décembre 2017.

Il y a lieu, toutefois, de signaler qu’aucune provision n’a été constatée au titre des intérêts moratoires courus durant la période allant de mai 2015 jusqu’au 31 décembre 2017 et du risque lié aux difficultés de recouvrement des créances du groupe Tunisair. Les négociations sont en cours et aucun avis n’est parvenu jusqu’à la date de rédaction du rapport des CC.

  • Et il n’y avait pas que ça !

Les deux rapports des CC pour le bilan individuel et le consolidé est, par ailleurs, plein de réserves sur les états financiers de tout le groupe, les discordances qu’il contient, et les non-conformités parfois aux normes comptables. «Les redevances aéroportuaires collectées par la société «Tunisair-S. A » auprès des passagers sont comptabilisées parmi ses revenus lors de l’émission des titres de transport, pour un montant de 220,142 MDT, tandis que celles facturées par les entreprises aéroportuaires et supportées par la société «Tunisair-S. A» sont constatées en charges lors de la réalisation de l’opération de transport pour 174,458 MDT. Cette situation engendre une distorsion entre les charges et les produits et affecte indûment les résultats et les capitaux propres de la société». C’est ce qu’on pouvait relever dans le rapport des CC.

Et les Commissaires aux Comptes d’ajouter que «les conventions de concession entre les sociétés du groupe Tunisair et l’OACA n’ont pas été reconduites. L’examen du relevé de compte de l’OACA, nous a permis de relever des écarts au niveau des soldes réciproques se rattachant à diverses prestations et facturations concernant l’exercice 2017 et les exercices antérieurs s’élevant à 1,827 MDT». Et ce n’étaient là que quelques exemples, d’un long rapport. Meilleurs vœux à Tunisair pour 2020.

par -

Jusque-là sous CDD, Jemli est le chef de gouvernement missionné, qui a le plus parlé sur les radios et organisé conférences et points de presse, parmi tous ceux qui l’ont précédé. Jemli est un homme qui a la loose. Cela fera bientôt deux mois, qu’il patauge à Dar Dhiafa et se fait berner par tous ceux qu’il y avait reçus au tour d’un thé, pour former un nouveau gouvernement, sans y parvenir encore. Le 10 janvier 2020, devrait être pour lui, soit un vendredi noir, soit un vendredi saint. A moins que … !

Les présidentielles de septembre 2019, suite au décès de Feu Béji Caïed Essebssi, ont d’abord chamboulé toute la scène politique, fait émerger de nouvelles têtes et personnages, et plongé par la même toute l’action politique dans l’attentisme. Les législatives de 2019, ont de leur côté, fait émerger de nouvelles forces politiques. Des résultats, qui ont compléter de redistribuer les cartes, et mis aux arrêts, et au moins dans l’attentisme statique, administration, économie et entreprises publiques et privées.

Jemli, qui ne manque par ailleurs pas de dynamisme (parfois jusqu’à l’excès) pour y arriver, jusqu’à donner l’impression qu’il se bat contre des moulins à vent, brandissait à chaque fois un plan B, à chaque fois que l’impasse s’arrête pour le fuyard (Traduction de sommaire pour الزنقة وقفت للهارب). Ce jeudi 9 janvier 2020 matin, l’homme semblait au bout du rouleau, essoufflé, et surtout gagné par le doute.

Interrogé sur la radio privée, Mosaïque [ar], «est-ce que vous êtes certain que votre gouvernement aura demain le vote de confiance de l’ARP», pas sûr du tout de son sort et celui de son gouvernement en proie à toutes médisances et le doute quant à leur indépendance et leurs compétences, Habib Jemli répond d’abord par un «Euh, Euh … Moi … moi je suis convaincu et il est …».

Comprenant qu’il est en train d’esquiver, le journaliste l’interrompt pour reposer la même question. Et Jemli, un peu bousculé et qui nageait dans l’incertitude, répond par un «Ecoutes, ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui après-midi et à la dernière heure, qu’on saura si c’est certain ou non. Les discussions se poursuivent et se poursuivront toute la journée. Moi, j’estime que le gouvernement passera». On comprendra alors, que Jemli n’a toujours pas la certitude que son gouvernement remportera le vote de confiance de l’ARP, et n’a pas lui-même la certitude qu’il passera.

Et voici que déjà, avant même que les discussions dont l parlait ne se terminent, c’est son sponsor qui sort pour évoquer l’après Jemli. Selon Rached Ghannouchi, cité par la radio privée Mosaïque, le leader du parti islamiste tunisien, «si le gouvernement proposé échouait au vote, le chef de l’Etat choisira la personnalité la plus compétente, pour réunir les Tunisien, et unir autour d’elle une majorité (…) pour pouvoir composer un gouvernement».

Et Ghannouchi, qui donnait l’impression d’avoir déjà lâché Jemli, d’enfoncer le clou dans le cercueil de son poulain, de répondre à la question du journaliste de la même radio sur la possibilité que Jemli démissionne, en estimant que «la décision revient à Jemli. Le gouvernement qu’il propose est un gouvernement professionnel, alors qu’Ennahdha demandait un gouvernement politique».

par -

Habib Jemli s’accroche, et ne veut pas lâcher. Le manque de temps (une semaine avant l’expiration du délai légal de la prolongation d’un mois), et la dispersion de la scène politique au sein de l’ARP, semblent même avoir contribué à durcir ses positions sur la question de changement de ministres.

«La composition du gouvernement proposé sera soumise au vote de confiance du parlement sans aucun changement», déclarait en effet à l’agence TAP, le chef du gouvernement missionné, Habib Jemli.

  • L’UGTT voudrait qu’on vote Jemli. Pourquoi ?

Ce dernier semble même avoir fait exprès de jouer le temps, afin d’arriver à cette situation où tout le monde sera obligé de lui voter la confiance. Une position qu’adopte déjà l’UGTT dans une séquence vidéo sur sa page, le SG Noureddine Taboubi appelant à voter Jemli [ar]. «Moralement, juridiquement, constitutionnellement, il est du devoir de toute la classe politique de voter le gouvernement, et combler le vide», disait le 1er responsable de la toute-puissante centrale syndicale. Il y a manifestement un maillon qui manque dans l’analyse de cette position de l’UGTT. Une position qui, à bien entendre et décortiquer la vidéo de Taboubi, arrive presque ex nihilo, et sans autre forme d’introduction. La même UGTT, cette fois-ci par la voix de Sami Tahri, critiquait pourtant ferme le gouvernement du même Jemli.

Un paradoxe qui illustre, peut-être, le piège dans lequel le chef de gouvernement missionné semble désormais avoir réussi à entraîner tout le monde en Tunisie ; «moi ou le gouvernement du président» semblait-il vouloir dire à une classe politique terrifiée par cette perspective.

  • Ennahdha critique Jemli et ne sanctionne pas sa désobéissance. Pourquoi ?

Sponsor officiel de Jemli, la 1ère formation politique à s’élever contre Jemli a été Ennahdha, qui n’a été interpellée par ce qu’il faisait qu’à la veille de l’annonce officielle du gouvernement, dont elle critique depuis plusieurs ministres et demande leur changement. «Initialement, la mission donnée à Jemli a été de former un gouvernement politique», disait Rached Ghannouchi la semaine dernière dans le hall de l’ARP. Pourquoi alors ne pas le lui avoir rappelé lorsqu’il avait tourné casaque et renvoyé Ghannouchi sur les roses, en annonçant sa décision de constituer un gouvernement de compétences nationales ?

Le revirement de Jemli contre Ennahdha et son indiscipline par rapport à l’objet de la mission qui lui avait été confiée par son sponsor, datent du 23 décembre, et sont restés impunis. Des «fuites» avaient même parlé de mésentente entre Ghannouchi et Kais Saïed, le même jour, à l’occasion de la rencontre des deux hommes avec Jemli, rencontre qui précédait de quelques heures le fameux point de presse où le chef de gouvernement missionné déclarait officiellement désobéissance à un parti islamiste qui voulait un gouvernement politique, comme le disait Ghannouchi.

  • Jemli se dit être prêt au changement des ministres avant de se rebiffer. Pourquoi ?

Entre le 23 et le 4 décembre qui est la date de la déclaration de Ghannouchi à l’ARP, c’est une dizaine de jours qu’Ennahdha aurait juste utilisés pour sonder l’opinion publique et la scène politique sur les ministres et certains «sinistres» qu’elle a mis sur la liste de son poulain.

Et ce n’est qu’après avoir constaté son double échec, d’abord, amener Jemli à un gouvernement politique et ensuite, à y réussir l’implantation de présumés indépendants et compétents qu’elle a rejoint le concert des critiques.

Entretemps, Jemli était déjà monté sur ses grands chevaux, changeant même de monture, en se mettant du côté d’un chef d’Etat qui, contrairement à Rached Ghannouchi, serait contre tout changement de la liste du gouvernement.

Jemli pousserait ainsi toute la scène politique vers le choix cornélien, entre un gouvernement décrié par tout le monde, tant sur le plan de l’indépendance que sur celui de la compétence, et le passage au «gouvernement du président». Ou encore entre le gouvernement qui ne plaît à personne, et l’enfoncement de la Tunisie encore plus dans la crise politique, économique et financière. Jemli serait prêt à toutes les concessions pour faire passer son gouvernement, quitte à y introduire des changements après le vote, comme il le déclarait le 4 janvier 2020 sur Shems Fm. Il savait pourtant que ce n’est pas faisable, sans compter le coût financier d’un tel changement, tout ministre ayant droit à 3 mois de salaires et de privilèges, après son renvoi.

  • Et si le gouvernement Jemli passait pour échouer ensuite. Qui sera responsable ? «Certainement pas moi», dira Ennahdha !

Et si ce gouvernement passait vendredi prochain, malgré toutes les tares et les «cadavres dans les placards» qu’on attribue à certains de ses membres, et qu’il ne réussissait pas à redresser la barre, notamment économique en si peu de temps, se posera alors la question de la responsabilité de son échec. Avec toutes les critiques que le parti islamiste en a fait, Ennahdha pourra aisément dire qu’il n’en supporte point.

Tous les indices disent, pour le moment, que Jemli ne passera pas. Mais c’est compter sans la versatilité des députés. Il faut aussi attirer l’attention sur le fait que le passage au «gouvernement du président», ne se fera pas sans prix. Un prix en temps perdu chez un peuple qui est déjà au bord du «burn out», politique, économique et financier et qui attend des solutions, urgentes et à effet immédiat. Un prix aussi en attentes, d’abord pour reprendre les discussions avec les bailleurs de fonds, et ensuite pour toute l’administration qui ne sait plus sur quel pied (et surtout avec quelle troupe) danser. Un prix en réformes toujours pas engagées, avec un coût toujours grandissant de la non réforme. Et enfin, un prix en attentisme de toute la classe d’affaires et d’investisseurs. Un vrai dilemme cornélien où le gagnant perdra toujours, à moins que tout le pays ne se remette au travail, avec une production et une productivité plus grande, et que le Dinar ne vote, lui aussi, le gouvernement proposé, ou très vite un autre. Et ce n’est pas encore sûr !

par -

Cela fait 75 jours que le chef de l’Etat tunisien est installé à Carthage, avec résidence à Mnihla, dans le fauteuil du chef d’Etat sans grandes prérogatives. Une position contre laquelle on l’avait mis en garde, et où il s’enlise sans y prendre garde. Saïed ne se déplace qu’en voiture, délègue ses voyages à l’étranger à Youssef Chahed, et rate les funérailles d’Etat du général algérien Gaïd Salah et va certainement manquer des rendez-vous internationaux importants pour la Libye. Il fait beaucoup de terrain, et pousse parfois un coup de gueule, comme pour rappeler qu’il est toujours là.

Deux faits essentiels, dans ce début de mandat de Saïed, viennent d’avoir lieu. D’abord, un chef d’Etat qui se rend à l’évidence qu’il a trop peu de pouvoirs, pour pouvoir changer les choses en Tunisie, et abandonnerait presque son «idée». Il n’avait pas de programme, comme il l’avait dit depuis le 1er tour des présidentielles de 2019, et le voilà qui baisse manifestement les bras par rapport à sa fameuse idée de tout changer par le bas, et surtout par le biais d’une révision de la constitution.

Rached Ghannouchi a en effet relevé, dans une déclaration à l’issue de sa rencontre lundi avec Kais Saïed, que «le président La République tient à la réussite du gouvernement Jemli et à ce qu’il obtienne le vote de confiance sans conduire à une alternative constitutionnelle, ou à ce que l’on appelle le gouvernement du président, en raison de cette inaction et de cette perte de temps». Or, c’était justement ce levier, suivi d’une possible dissolution de l’ARP si «son» gouvernement ne passait pas, qui devait le mettre en position de changer les choses et concrétiser son «idée» comme il l’appelait.

On pourrait, peut-être, objecter que c’est là une réaction d’un véritable homme d’Etat, qui se rend compte que son pays irait à la dérive, si le gouvernement Jemli ne passait pas. Ce dernier n’est pas ce qui est arrivé le mieux à la Tunisie, mais ne peut disposer du temps qui veut, et la Tunisie n’en a pas les moyens financiers. La Tunisie est dirigée, depuis le 15 novembre 2019, par un gouvernement de gestion des affaires courantes, dont les prérogatives, aussi, ont des limites.

L’hypothèse d’un Kais Saïed assagi, et qui se rend compte après 75 jours, qu’il est de plus en plus impossible, comme le disait Youssef Chahed lors des dernières Journées de l’Entreprise de Sousse, de changer la Constitution, n’en reste pas moins valable.

Ensuite, c’est un chef d’Etat pan-arabiste, et qui s’investit dans un bourbier où il ne maîtrise rien. Faute de libérer la Palestine, comme il le promettait en campagne électorale, il tente de prendre la main dans le conflit libyen. Très vite, il se retrouve seul à vouloir le pays pour un pays avec lequel les ambitions internationales et régionales n’en avaient pas encore fini.

On ne sait pas si c’est parce qu’ils connaissent qu’il ne peut voyager (Aérodromophobie ou manque de passeport ?), ou parce qu’il n’est d’aucune utilité, ou encore parce qu’il n’était plus un «non-aligné» depuis qu’il avait reçu le président turc Erdogan. Mais le fait est qu’il n’a pas été invité pour les deux plus importantes réunions internationales sur la Libye (Allemagne et Egypte). Un sujet qu’il essayé de faire sien, car relevant de la sécurité nationale, et de la diplomatie qui lui revient de la Constitution.

De toute évidence, Kais Saïed n’est pas Béji Caïed Essebssi, et Palerme où BCE avait pu jouer le facilitateur et le pacificateur, n’est pas Berlin qui s’apprête à réunir les parties concernées par la crise libyenne, et dont la Chancelière s’était limitée à un entretien téléphonique avec le chef de l’Etat tunisien, sans qu’elle ne lui lance une invitation officielle pour la réunion de Berlin, mais uniquement pour une visite d’Etat qu’il n’honorera probablement pas de sitôt.

On comprendrait, après tout cela, que le chef de l’Etat adopte une communication sans relief aucun, seulement réactive. Une communication où il ne communique rien. D’abord, par effet de faciès avec son visage sans expression, sauf grosse colère et emportement et très rarement souriant. Ensuite, par la voix d’une respectable journaliste qui n’a cependant rien d’une femme de média, et qui reste dans la Com défensive et réactive de son patron, avec des communiqués de presse, plats, incolores, inodores, et qui ne donnent rien du réel contenu des audiences, et des images préfabriquées dans les studios de la Présidence, destinées aux journaux télévisées . Un style de communication d’un autre siècle, renforcé par l’absence de toute possibilité de communication directe avec la chargée de Com, sauf à travers un ligne Fax, et en l’absence de toute plateforme média interactive à la disposition de la presse, autre que les radios privées, à toute heure et sur tout sujet. Le néolithique du journalisme, en somme !

par -

Le taux de change du Dinar s’améliore, tant par rapport à l’Euro qu’au Dollar américain. Cette amélioration n’est pas flagrante, mais se fait à petits pas et en centimes. Une amélioration qui porte le sceau de celle des déficits combinés, commercial et budgétaire. Les chiffres l’affirment et confirment son trend positif.

En effet, selon la dernière note de conjoncture de la BCT (Banque Centrale de Tunisie), «les échanges extérieurs de la Tunisie ont dégagé, à fin novembre 2019, un déficit commercial (FOB-CAF) de 17,8 milliards de dinars (cf. graph 12), en hausse de 470 MDT ou 2,7% par rapport aux réalisations d’un an auparavant. Hors énergie, le déficit commercial s’est, toutefois, rétréci à 10,8 milliards de dinars contre 11,7 milliards de dinars à fin novembre 2018».

Bémol cependant, «l’élargissement du déficit de la balance de l’énergie s’est accentué pour atteindre, à fin novembre 2019, un nouveau record de 7 milliards de dinars, après 5,6 milliards un an auparavant. Avoisinant 40% du déficit commercial global, le déficit énergétique est devenu endémique pour une économie dont le taux de croissance demeure au voisinage de 1%».

Petite note positive, cependant, «les recettes d’exportation se sont élevées, à fin novembre 2019, à 40,4 milliards DT contre 37,1 milliards une année auparavant», certainement impactées par la légère amélioration du taux de change du Dinar Tunisien (DT) qui est la monnaie officielle, et non le millime.

Et la note de la BCT d’ajouter que «en volume, les importations ont enregistré une baisse marquante de -8,1% contre une hausse de 1% à fin novembre 2018».L’Institut d’émission attire l’attention sur le fait que «la baisse des importations de matières premières et d’intrants pour le secteur productif est inquiétante et ne présage pas d’une reprise rapide de l’activité, en perspectives».

Autre élément impactant le taux de change par la disponibilité de devises, «le regain du dynamisme, au niveau du secteur touristique, a favorisé une hausse des flux mensuels de recettes touristiques, qui ont dépassé 110 M€, au mois de novembre 2019, contre seulement 54 M€ une année auparavant». Sur l’ensemble des onze premiers mois de l’année 2019, les recettes touristiques (exprimées en euro) ont totalisé 1.611 M€ (l’équivalent de 5.250 MDT), soit le plus haut niveau enregistré depuis 2010, indique encore la BCT. De leur côté, les revenus du travail (en espèces) ont affiché, depuis le mois d’août 2019, «un dynamisme exceptionnel », estime l’institut d’émission. Leur évolution a permis d’atteindre, à fin novembre 2019, un niveau record de revenus, de l’ordre de 1.346 M€, contre 1.171 M€ un an auparavant.

C’est tout cela qui a quelque peu permis de combler le creusement du déficit commercial et impacté positivement le solde des opérations courantes. «Le solde courant s’est établi, à fin novembre 2019, à 9.040 MDT (ou 7,9% du PIB), en nette amélioration par rapport aux réalisations d’un an auparavant (10.429 MDT ou 9,9% du PIB)», précisent les chiffres de la BCT.

A fin novembre 2019, les réserves de change se sont établies à 6.624 milliards de dollars américains (ou 107 jours d’importations), en hausse de plus de 55% par rapport à la période correspondante de 2018. Début janvier 2020, les réserves représentaient même 109 jours d’importation.

Et la BCT de tirer la conclusion de l’impact direct de tous ces ratios financiers sur la valeur du DT par rapport aux principales monnaies. «Depuis le début de l’année et jusqu’à fin novembre 2019, le dinar s’est affermi de 2,6% face à l’euro et de 1% vis-à-vis du dollar américain, comparativement aux réalisations de décembre 2018 », affirme la note de la Banque Centrale.

  • Nouveau gouvernement = plus de confiance des bailleurs de fonds et des investisseurs

Reste que toute amélioration ou détérioration de la valeur du DT est aussi déterminée par la situation politique dans le pays, qui impacte, à son tour, la situation économique. Une situation politique que scrute chaque jour, par exemple, le FMI. En confirmation, ce dernier avait suspendu son aide à la Tunisie, en attendant d’y voir plus clair, et plus directement, en attendant avec quel gouvernement il va devoir discuter le reste de l’aide financière qu’il devra verser à la Tunisie.

Ce qu’on remarque, si on veut aussi donner à cette légère amélioration du taux de change du DT une connotation politique (sans être nécessairement pour ou contre tel gouvernement ou tel chef de gouvernement), c’est que ce taux de change continue de remonter, tant par rapport à l’Euro qu’au Dollar américain.

En effet, selon des chiffres puisés sur des sites étrangers spécialisés, le DT qui s’échangeait le 16 décembre 2019, c’est-à-dire une journée après la prolongation donnée à Habib Jemli pour terminer la formation de son gouvernement, 2,836 USD, ne l’était plus qu’à seulement 2,7829 USD. Idem pour l’€. Le 16 décembre, le DT valait 3,1744 €. Deux jours après l’annonce officielle du gouvernement, le DT ne valait plus que 3,111 €.

L’amélioration est presque minime, mais elle y est. Force est ainsi de remarquer que le début de l’amélioration de la visibilité politique, bien que fragile, induite par l’annonce d’une entente, toute aussi fragile, sur un gouvernement, a impacté positivement la valeur de la monnaie nationale qui est le DT (et non le millime lorsqu’on dit milliard pour parler d’un million DT).

Les bailleurs de fonds et les places financières pourraient ne pas aimer Jemli, ou tout autre chef de gouvernement. Ce qui compte pour eux, c’est la visibilité que permettent la stabilité politique et la continuité de l’Etat, pour ensuite juger de la capacité du gouvernement à réaliser les réformes nécessaires pour que le créditeur redevienne bancable.

L’analyse sur un si court laps de temps, pourrait paraître biscornue, pour les adversaires de Jemli notamment. Elle reste pourtant, à notre humble avis, importante, car signifiant que le cours du DT suit aussi l’évolution de l’amélioration de la conjoncture politique qui déterminera par la suite l’évolution de la situation économique et financière. Et l’on pourrait se demander si le Dinar votera Jemli. «و لكم سديد النظر», comme dirait Hassen Zargouni de Sigma Conseil !

par -

Trahi par la fuite d’une liste de ministres, signée de sa main, qu’il croyait pouvoir encore tenir secrète, Habib Jemli finissait, jeudi 2 janvier 2020, par céder à la pression médiatique. Il en sortira une hémorragie de ministres, parfois même quelques «sinistres».

On avait cependant beaucoup de peine, pendant cette brève conférence de presse où il esquivait presque les questions des journalistes, à retrouver le Habib Jemli de la fin 2019. Ce jour-là, il semblait décidé et était plus intransigeant sur son principe d’indépendance et d’un gouvernement non- partisan et de compétences.

  • Une définition, restrictive de l’indépendance, qui le libère de son sponsor

Il est vrai que Jemli avait donné, dès décembre, sa propre définition, restrictive, de l’indépendant. «Le non-partisan, pour moi, est celui qui n’a pas de carte d’adhésion à un parti, qui n’est pas responsable dans la structure d’un parti. Celui-là est indépendant», juste ça. Il est, cependant, tout aussi vrai qu’Ennahdha avait usé du même subterfuge pendant les municipales et les législatives pour présenter des «indépendants » qui pourraient être à sa solde.

Que pourrait-on, en effet, dire d’un ministre proposé qui disait dès février 2012 en réponse à une question au sujet de la menace d’Ennahdha sur la culture que «le monde et tout l’univers sont une création divine. Et ces paroles ont un sens, et le Cheikh est un philosophe. Et si c’est dit par la référence d’Ennahdha et de l‘islam centriste, moi je n’ai plus de crainte à ce propos». Le prochain ministre de la Culture n’est donc pas d’Ennahdha, mais adhère à ses thèses. L’exemple de ce prochain ministre qui n’est pas d’Ennahdha n’est pas le seul. Un autre, plus connu, défendait le même parti, sans y être, et retardera pour cela même une conférence de presse jusqu’à ce qu’en sortent des éléments anti-Ennahdha.

Jemli avait promis un gouvernement d’indépendants, selon sa propre définition, qui est une création d’Ennahdha. Il donnera pourtant, indirectement, et sous l’étiquette des indépendants à la manière d’Ennahdha, un grand nombre de portefeuilles au parti islamiste qui était son sponsor officiel.

Des ministères de souveraineté refusés à un autre parti, ont été mis entre les mains de personnes proches d’Ennahdha, ou qui lui sont apparentées. La sécurité et la justice sont ainsi désormais «garantis» ou «مضمونين».

Mais les proches d’Ennahdha sont nettement plus nombreux sur la liste des nominés aux postes de ministres dans le gouvernement Jemli. Il n’y a pour s’en convaincre qu’à consulter les listes des gouvernements de Jbali et de Larayedh.

Il s’était auparavant contredit, en affirmant le 1er janvier 2020, que «ce gouvernement représentera une large partie des partis présents à l’ARP». Ce dernier étant composé de députés élus, en très grande partie, à partir de listes partisanes, et ils sont en grande partie d’Ennahdha, même de façon indirecte. Cette assertion contredit de manière criarde son autre assertion de fin décembre, lorsqu’il était assez remonté pour assurer et le répéter deux fois, que «je formerai un gouvernement de compétences, indépendantes de tous les partis politiques, tous. Et lorsque je dis tous les partis, ça veut dire tous les partis». Fin décembre, il disait aussi que «je voulais un gouvernement où la présence des parti serait symbolique, et le reste des compétences nationales qui font l’unanimité», dissertait-il fin décembre. C’est manifestement raté !

  • Presque misogyne et peu regardant sur les compétences

Le critère de la compétence, non plus, n’aurait pas été respecté. Il y a certes quelques vraies lumières et de très bonnes compétences, même prouvées sur le terrain comme pour le cas de René Trabelsi au tourisme, mais la compétence serait loin d’être une caractéristique généralisée dans le projet de gouvernement de Jemli. La preuve en a été apportée par notre confrère L’Economiste Maghrébin, qui cite le cas d’un ministre et de 3 secrétaires d’Etat, qui n’auraient même pas le niveau Bac.

Il avait promis, une journée seulement avant de l’annonce officielle de ce gouvernement, 40 % des sièges de son prochain gouvernement aux femmes. «Vous aviez dit que j’encouragerai la présence de la gente féminine au gouvernement. Je savais que la tâche était difficile, mais pas autant que je l’ai trouvée. Il n’était pas facile d’en trouver, dans cette conjoncture. Mais je peux vous assurer que sa présence sera au niveau de 40 %», avait-il dit le 1er janvier 2020, en réponse à sa propre question, et alors qu’il se demandait, fier, pourquoi les journalistes femmes ne la lui avaient pas posée.

Une seule journée après, le 2 janvier 2020, elles ne seront que 10 sur 42, toutes des secrétaires d’Etat. Autant dire des responsables de seconde zone, ou des «femmes au foyer de l’Etat». Un chef de gouvernement en devenir donc presque machiste.

Statistiquement, pourtant, les femmes représentent 50,2 % de la population tunisiennes. Elles ont été instruites par le même système que les hommes. L’application à partir de laquelle Jemli a choisi ses hommes n’incluait peut-être pas des compétences féminines, comme Sarra Rjeb qui connaît le transport sur le bout des ongles, non manucurés à cause des longues années dans les bureaux de toutes les entreprises publiques de transport ? N’aurait-il pas pris connaissance de l’incalculable nombre de femmes chef d’entreprises ?

Selon l’INS pourtant, les femmes tunisiennes représentaient, il y a quatre années, 22,3 % des agents de l’Etat de catégorie A1, c’est-à-dire de hauts cadres. Jemli n’y avait-il vu aucune compétence ?

  • Où est le programme de Jemli pour «sauver le pays» ?

A la fin de sa lecture, le 2 janvier 2020, de la liste de ses ministres, Habib Jemli a appelé ses hommes à préparer chacun son programme pour le 1er mois de leurs mandats. Une demande qui en avait étonné plus d’un, qui s’attendraient plutôt à l’annonce d’une feuille de route pour chaque ministre, lui donnant, au moins, les grands axes de son travail, à partir d’un programme socio-économique du gouvernement pour repêcher le pays de la crise économique et financière qui le guette. Jemli, pourtant chef de gouvernement, semble ne pas encore en avoir, et aurait préféré s’en remettre à ses hommes. Sur la base de quoi donc compterait-il se présenter à l’ARP pour avoir la confiance des députés ? Penserait-il qu’il suffirait d’avoir les hommes pour disposer en quelques jours du programme qui sauverait tout le pays ?

par -

Toujours en retard pour ses rendez-vous avec les journalistes, Habib Jemli qui a enfin obtenu l’aval du chef de l’Etat pour la liste de ses ministres, n’a tenu son énième point de presse prévu à 14 heures qu’une heure plus tard.

Hier encore, et après une lassante attente populaire comme à son habitude, le chef de gouvernement missionné a enfin dévoilé le secret de polichinelle qu’est cette liste qui a été fuitée depuis hier soir. Une liste où les mots-clés étaient, d’abord l’hémorragie, ensuite le doute sur l’indépendance de certains.

  • Hémorragie gouvernementale, doublée d’une flopée de secrétaires d’Etat

Une hémorragie de ministres, de ministres d’Etat et de secrétaires d’Etats. Jemli a choisi de ne rien changer aux précédents gouvernements, tout aussi hémorragiques. Il sera ainsi entouré de 42 membres (Pour l’exemple : 23 en France, 12 en Finlande, 13 en Italie, 16 aux USA et 24 pour le Maroc. Toutes des économies plus performantes et des pays nettement plus peuplés), sans compter les prochains, chef de cabinet, secrétaire du gouvernement et autres conseillers.

Toute cette armada, pour diriger un pays qui crève la dalle, endetté jusqu’à presque 80 % de son PIB et qui peine à financer lui-même son budget. Jemli a ainsi, délibérément choisi de ne pas faire dans l’économie des charges de l’Etat, et rate ainsi l’occasion de se démarquer et de donner un bon signe au citoyen, d’un gouvernement qui gèrera l’argent de l’Etat en bon père de famille.

Jemli a aussi, et tout aussi délibérément, choisi un ancien système de gestion de l’Etat, qui n’a jamais donné de bons résultats. Avec 14 secrétaires d’Etat et un «cabinet parallèle» de 3 ministres auprès du chef du gouvernement,  c’est un gouvernement en double, où les secrétaires d’Etat seront, soit obligés à ne rien faire, soit à mettre les bâtons dans les roues de leurs ministres. Un gouvernement, déjà émietté, et par la volonté de Jemli, non regroupé en grands départements complémentaires, dont les premiers et les seconds couteaux seront tous surveillés par Mohamed Hédi Bchir, une sorte de 2ème chef du gouvernement et nommé ministre auprès du chef du gouvernement chargé de l’évaluation du rendement de l’action du gouvernement.

  • Des doutes et Trois ou quatre bonnes nouvelles pourtant

Dans la liste de Jemli, certes un assez bon nombre de femmes, mais surtout beaucoup d’inconnus. Cela d’autant plus qu’on ne sait presque rien de leurs CV, à part des personnalités comme Béchir Zaafouri et Tarak Dhieb, tous deux anciens ministres dans l’ancien gouvernement islamiste de Hammadi Jbali du temps de la malheureuse Troïka, et Jamel Gamra ancien ministre du tourisme dans le gouvernement, tout aussi islamiste d’Ali Larayedh. Gamra, ancien PDG de la CTN qui a été choisi pour siéger au fauteuil du transport, aurait pris ses distances avec Ennahdha. Mais le doute persiste même s’il pourrait ne pas être raisonnable, et pourrait entacher le critère de l’indépendance brandi par son chef Habib Jemli. Doute qui sera nourri aussi, par l’indépendance de Mongi Marzouk, dont personne ne doute de la compétence.

Sans aucune intention de remettre en cause les 3 hommes et leurs compétences, on pourrait difficilement prétendre qu’ils soient indépendants, comme le prétend Habib Jemli. Et ils sont loin d’être les seuls dans ce cas, car on pourrait pousser le bouchon, jusqu’au souvenir de cette mémorable soirée chez Rached Ghannouchi et qui avait fait grande polémique, où le proposé ministre des affaires culturelles, comédien de profession, Fethi Haddaoui était présent. Haddaoui a toujours défendu son indépendance politique, mais sa présence à cette soirée politicienne du chef d’Ennahdha avait introduit le doute.

 Seul lot de consolation, le groupe de vraies compétences, telles qu’Abderrahmane Khochtali, homme de finances dont il connait toutes les arcanes, et jusqu’aujourd’hui secrétaire général du ministère des finances, dont il connait les coins et recoins, les missions, les difficultés, le potentiel, les défis et les limites. Tous ceux qui ont travaillé avec lui, disent qu’il saura être l’homme de la situation. Tout aussi bien comme Fadhel Abdelkefi, qui ne sera pas un bleu au ministère du développement et de la coopération où il avait déjà exercé, et qui a l’investissement dans son ADN. Idem pour René Trabelsi, un opérateur dans le tourisme dont il a fait en 2019 les plus beaux jours. Même chose pour l’ex Directeur Général de HP Tunisie et l’Afrique Francophone jusqu’à 2017, Sami Smaoui, une vraie compétence en matière de TICs dont il chapoterait les destinées et nous changera de l’islamiste Maaroufi et en corrigera certainement les errements partisans dans un secteur où la technologie ne doit rien à voir avec le religieux et le partisan. On pourrait ajouter à cette liste restreinte des bonnes têtes bien faites et non partisanes, Sayed Blel, ancien PDG de la CNRPS et ancien conseiller en charge du dossier social chez Youssef Chahed. Il saura certainement quoi faire lorsqu’il s’agira de mettre en forme la réforme des caisses sociales, pour ne citer que cette réforme.

Pour le reste, il y a à boire et à manger, une foi qu’ils auront dépassé l’obstacle de l’ARP, où ceux qui se déclarent contre le vote, sont plus nombreux que ceux qui se sont déclarés pour. Il est vrai que la ceinture politique, nécessaire à leur vote de confiance, reste encore aussi épaisse que le brouillard.

  • Voici l’héritage de Chahed à Jemli, s’il passait à l’ARP

Le Conseil d’administration de la BCT, une institution indépendante, a tenu sa réunion périodique le 27 décembre 2019 et a passé en revue les évolutions récentes sur les plans économique, monétaire et financier. Il dessinait ainsi le tableau économique et financier que lèguera Youssef Chahed au gouvernement Jemli.

Le CA de la BCT a, en particulier, exprimé «sa satisfaction quant à l’amélioration des principaux indicateurs monétaires et financiers, qui ne devrait pas toutefois occulter la faiblesse de la performance économique, avec un taux de croissance ne dépassant pas 1,1% durant les neuf premiers mois de l’année en cours. Ceci est lié à la baisse de l’activité du secteur industriel suite, notamment, à la contraction de la demande extérieure et à la régression de la production nationale des hydrocarbures».

Concernant l’évolution des prix, le Conseil a noté «la baisse du taux d’inflation aux environs de 6,3% en glissement annuel au cours du mois de novembre 2019, contre 7,4 % au même mois de l’année précédente. Cette évolution est due à la détente relative des prix aussi bien des produits alimentaires que des produits manufacturiers et des services. L’inflation sous-jacente (hors produits encadrés et frais) a également poursuivi sa tendance baissière pour revenir à 6,5% contre 6,8% en octobre 2019».

S’agissant du secteur extérieur, le Conseil a enregistré «la régression du déficit courant au niveau de 7,9% du PIB durant les onze premiers mois de l’année en cours, contre 9,9% pour la même période de l’année précédente et ce, à la faveur de l’augmentation des recettes touristiques et des revenus du travail ainsi qu’à la décélération du rythme de progression du déficit commercial.

Le CA de la BCT a aussi confirmé que «les avoirs nets en devises se sont consolidés pour atteindre 18.948 MDT ou 107 jours d’importation au 26 décembre 2019 contre 13.974 MDT ou 84 jours au terme de l’année 2018. Aussi, le taux de change du dinar a poursuivi son amélioration vis-à-vis des principales devises».

Il a ensuite tiré la sonnette d’alarme, pour les deux prochains ministres des finances et du développement, sur le fait que «l’amélioration progressive des principaux indicateurs monétaires et financiers demeure fragile, et devrait être soutenue. D’abord par l’accélération du rythme de la croissance à travers la multiplication des efforts des parties concernées pour rétablir les capacités de production. Ensuite l’accroissement des efforts d’investissement et la promotion des exportations, outre l’accélération du rythme des réformes visant à consolider la performance économique, améliorer le climat des affaires et assurer la viabilité des équilibres financiers globaux».

par -

Cela fait maintenant 47 jours que le missionné Habib Jemli promet son gouvernement, qui n’est toujours pas officiel, malgré une naissance au forceps. A plusieurs reprises, Jemli avait joué le suspens jusqu’à la lassitude, pour sortir enfin annoncer qu’il a fait son gouvernement dont il ne pourra pas donner la liste et les noms.

Et alors que Jemli déclarait que la liste était fin prête et qu’il l’avait donnée au chef de l’Etat qui convoquera l’ARP pour le vote de confiance, la présidence de la République publiait un étrange communiqué, qui taclerait presque le chef de gouvernement missionné. «Il était attendu que la conférence de presse, qui a précédé la rencontre [Ndlr : De Jemli avec Saïed], soit consacrée à la présentation du nouveau gouvernement. Mais il a été cependant préféré de continuer les consultations, et retarder l’annonce du gouvernement pour de plus brefs délais». C’est ce que disait textuellement le communiqué de la présidence de la République.

Il était alors clair, que quelque chose n’allait pas encore, entre Saïed et Jemli, qui le niait pourtant en réponse à la question d’un journaliste qui, comme ses collègues, se fera «insulter» sans réagir par un Jemli qui leur en veut de «ne pas savoir poser les bonnes questions».

Jemli, qui refuse de dévoiler la liste, la promettait pour le 2 janvier 2020, alors que la présidence de la République la renvoyait pour un délai indéfini dans son propre communiqué. S’il n’y a pas contradiction entre les deux déclarations, il y a au moins un énorme cafouillage. Cela d’autant plus que jamais encore, depuis le tout premier gouvernement de la deuxième République en Tunisie, un chef de gouvernement n’avait essayé de cacher la liste de son propre gouvernement, et n’avait jamais délégué son annonce à la présidence de la République et encore moins à la présidence de l’ARP pour en dévoiler les noms. Pourquoi donc ce cafouillage? Qu’est-ce qui s’est réellement passé entre Jemli et Saïed, dont la personne chargée de la communication était présente à la conférence de presse de Jemli? Jemli aurait-il essayé de faire un grand bluff, ou un passage en force?

Et le cafouillage se poursuit, lorsqu’Ennahdha publie le même jour du 1er janvier 2020, un communiqué où elle indique que Rached Ghannouchi a rencontré Jemli et a fait des remarques à propos de la liste du gouvernement, «des remarques dont le but est d’améliorer la proposition [Ndlr : de gouvernement de Jemli], pour qu’elle réponde au mieux aux attentes des Tunisiens». On comprendrait presque, qu’il y a encore des choses à régler dans le même gouvernement que Jemli disait définitif et dont Saïed renvoyait l’annonce à «de plus brefs délais» !

Entretemps, la blogosphère fourmillait de listes, dont une signée de la main de Jemli. On y a pu vérifier quelques noms, et qui semblaient réellement obéir au critère de la compétence que voudrait Jemli. D’autres disaient ne pas être au courant et n’avoir jamais été contactés par l’équipe de Jemli ou lui-même. D’autres encore, parmi les noms qui y figuraient, n’avaient rien d’indépendants, d’autres archi-inconnus.

Dans ces listes, le nombre des membres du gouvernement dépassait les 40, ce qui est trop grand pour un gouvernement de crise, dans un pays en grande difficulté de ressources financières. Un gouvernement de presqu’une quinzaine de secrétaires d’Etat, dont l’un aurait la barbe plus que fournie d’un islamiste et dont même la femme porterait le Nikab, alors que ce système de ministres doublés de secrétaires d’Etat avait déjà démontré ses limites et beaucoup de défaillances.

Tout cela, n’est pour l’instant que conjectures. Ce qui reste sûr, c’est que le gouvernement qu’attendait tout un pays, n’est pas encore fait et qu’il y a un grand cafouillage, qui ne semble pas prêt de s’éclaircir !

par -

A la Steg, l’atmosphère est plutôt à la célébration, en ce début d’hiver qui ne connait généralement pas de pic de consommation. Le fournisseur public de gaz et d’électricité vient, en effet, de démarrer la deuxième turbine de la centrale électrique à gaz de la Mornaguia. Sereinement, la Steg se prépare au pic de l’été. La Steg devrait aussi enregistrer l’entrée en service de sa seconde centrale photovoltaïque à Tozeur 2, au cours du 1er trimestre 2020 sur une surface de 20 hectares pour une capacité de 20 MGW. Cela, sans compter le projet d’interconnexion électrique avec l’Italie, financé par l’Union Européenne à hauteur de 300 M€, et dont les études avancent bien.

Une semaine auparavant, elle entrait de plain-pied dans l’ère numérique, et réalisait le premier paiement via Mobile dans l’histoire de son histoire. Le début était avec le 1er opérateur téléphonique Ooredoo. Les deux autres devraient suivre prochainement. L’opérateur énergétique reste, comme dirait le proverbe tunisien «كيف الحوت متاكل و مذموم», ce qui pourrait se traduire par «tel le poisson, on en mange beaucoup, tout en le décriant».

De plus en plus de clients se plaignent de la fameuse facture intermédiaire et estimative, émise tous les deux mois, de la relève de la consommation qui ne se ferait plus de façon automatique par les agents de la Steg, et n’arrivent toujours pas à se faire à l’idée d’auto-relève conseillée par la Steg aux usagers pour payer leurs factures de consommation sur simple présentation de l’index du compteur individuel, offrant même des facilités de paiement en cas de difficultés financières. La Steg offre même un service d’alerte par SMS gratuit. Le Tunisien ne s’accommode toujours pas de ces nouvelles pratiques.

– Prochain recrutement de 2.800 employés

Côté relève, la Steg gère quelque 4 millions de compteurs. Un travail titanesque, dont la charge n’est assurée que par 1.200 employés, avec les difficultés que rencontrent ces agents. Ces derniers sont parfois agressés physiquement et verbalement, comme lors d’un des derniers cas où un citoyen aurait essayé de faire main basse sur un véhicule de la Steg et même pris en otage ses occupants venus effectuer la relève de son compteur électrique.

La Steg, qui déplore un manque de personnel, a d’ailleurs réussi à obtenir l’accord du gouvernement, pour le recrutement de 2.800 nouveaux employés. Depuis la révolution, presque 500 agents de la Steg partaient à la retraite, sans être remplacés, et ce pour faire face à l’extension du réseau électrique et de gaz, l’augmentation du nombre des centrales, des postes et autres. C’est ce qui explique le besoin de recrutement.

En attendant, la Steg vieille aussi au grain, du côté de ses propres employés qui pourraient être accusés d’escroquerie, ou de fainéantise à la relève. Elle en aurait, selon nos sources, déjà renvoyé une bonne centaine, ce qui aurait mis de l’électricité dans les relations de la direction de la Steg avec son syndicat.

– Une guerre de recouvrement des impayés, qui n’épargne personne, privés et public

En manque de liquidité, alors qu’elle est le fournisseur national d’électricité et de gaz, et se doit parfois d’aller sur le marché bancaire pour y récolter les devises nécessaires à ses achats, d’électricité et de gaz de l’étranger (une facture de 4.300 MDT par an), elle a elle-même un impayé de 700 MDT auprès de la Sonatrach algérienne, la Steg et son PDG mènent une guerre de recouvrement sans merci. Les impayés de la Steg ont certes été stabilisés à 1.700 MDT, dont 55 % chez le secteur étatique dont les impayés sont de presque 900 MDT, mais le chiffre des impayés reste énorme.

Moncef Harrabi, qui pourrait partir en retraite en février prochain, ne ménage personne dans cette guerre pour le recouvrement de l’argent de l’entreprise, et en deviendrait presque «l’homme à abattre».

Appliquant scrupuleusement la loi, la Steg a ainsi coupé l’électricité pour certaines entreprises dépendant du ministère de l’Agriculture, et même pour certaines institutions éducatives, quoiqu’uniquement au cours des vacances scolaires, et même pour certaines Recettes fiscales, toujours pour cause d’impayés de factures d’électricité.

Mieux encore, la Steg aurait même coupé l’électricité pour certaines annexes de certains hôpitaux, et autres logements de fonction sous tutelle du ministère de la Santé publique. Idem pour certaines municipalités, et la Steg s’apprêterait à pomper directement dans le fonds des collectivités locales, entre autres financées par une petite commission sur chaque kilowatt heure, versée par la Steg.

En attendant, la Steg s’équipe aussi pour améliorer son recouvrement et le moderniser. L’AO pour l’achat de compteurs intelligents, sera lancé le 4 février 2020, pour en équiper les foyers du gouvernorat de Sfax, représentant 10 % du parc de la Steg en compteurs à relever.

La guerre de la Steg ne concerne pas que les consommateurs connectés. L’entreprise est aussi sujette à des vols, estimés annuellement à 250 MDT à l’échelle nationale, dont 70 % par le biais de particuliers qui se livrent aux forages d’eau sauvages, qu’ils font fonctionner par voie de connexions sauvages et interdites sur le réseau public de la Steg.

par -

Hichem Rebai, DG de la BH Bank (Banque de l’habitat), avait signé hier mercredi 26 décembre, un additif modificatif de la convention de l’épargne et du crédit de logement, dont sa banque est spécialiste. La convention introduit surtout une nouvelle catégorie d’épargne logement, dénommée «P» et plafonnée à 30.000 DT côté épargne, et qui augmentera à plus de 200 mille DT le montant du crédit alloué à tout épargnant désireux d’acquérir un logement (Voir détail de la convention).

Une convention, qui améliorera les conditions du crédit logement, mais qui devrait aussi améliorer la liquidité de la banque et ses disponibilités en cash. Ainsi, la BH Bank fait du bien à ses épargnants, et se fait du bien elle-même par la même occasion.

«C’est une catégorie qui permet à l’épargnant d’avoir quatre fois sa mise», précise le DG de la BH Bank à Africanmanager. Et Hichem Rebai de prendre l’exemple d’un épargnant pour logement, qui a une mise de 30 mille DT sur une période 6 années, et qui peut désormais prétendre à un crédit de 120 mille DT, et 120 mille DT supplémentaires en crédit complémentaire, ce qui lui ferait un crédit logement de 240 mille DT, sans compter sa propre mise de 30.000 DT, c’est-à-dire un pouvoir d’achat de 270 mille DT pour l’achat d’un logement.

Et le premier responsable de la banque de préciser que ce crédit aura un taux d’intérêt «qui défie toute concurrence, c’est-à-dire au taux fixe sur toute la période de 5 % pour le crédit principal et de 5,75 % pour le crédit complémentaire », contre 10 % et même plus chez d’autres banques.

Le client créditeur divise ainsi par deux le service de sa dette, avec un taux qui reste le même quelle que soit la fluctuation du  taux d’intérêt bancaire et du taux directeur de la BCT. Des intérêts qui sont aussi, en plus, exonérés d’impôts.

Le montant du crédit pourrait même doubler, lorsque le ratio d’endettement du client le permet, et tant que le total du crédit, par exemple pour le client et son conjoint, ne dépasse pas le ratio d’endettement conventionnel, pour ne pas sur-endetter le ménage en question.

Il est aussi à noter que le système de crédit pour logement est transmissible au sein de la famille, et souple aussi. Cela permet, par exemple, une facilité dans le passage d’une catégorie de crédit à l’autre, par simple augmentation de la mise propre en épargne du client, dans le respect de la période de maturité exigée, et prétendre ainsi à un crédit plus important. Ainsi, la banque respectera la logique de l’épargne pour l’acquisition d’un logement.

  • Une bonne affaire pour les ressources de la banque

Notons que le crédit logement chez la BH Bank est d’une moyenne annuelle de 250 MDT. «L’impact pour la banque sera décalé dans le temps, pour cause de période d’épargne. Sur la classe épargne-logement, l’impact devrait très important pour la banque, et nous mettrons la pression sur le réseau pour y arriver», précise Rebai qui parle de cette convention, comme d’une occasion supplémentaire pour mobiliser plus d’épargne pour les besoins de liquidité grandissants de la banque. «On a besoin que notre assise soit oxygénée en termes de liquidité, et en disponibilité de cash», explique Hichem Rebai.

Et le DG de la BH Bank de préciser à ce sujet que «en termes de ratios, nous resterons aux standards requis. Ne pouvant diminuer le crédit, aussi bien pour l’entreprise que pour les ménages, nous faisons tout pour augmenter nos ressources, en mobilisant le plus possible de liquidités, tout en respectant les exigences de la BCT».

L’épargne logement étant une dynamique d’épargne, d’achat de logement et de construction de logement aussi, cette opération initiée par la BH Bank boostera certainement toutes ces activités, relancera les ventes des promoteurs immobiliers et partant la construction et l’extension de logements, la BH Bank relançant la demande et créant une additionnelle, par le biais de cette convention.

FOCUS 🔍

تونس-افريكان مانجر انطلقت رحلتنا من العاصمة التونسية نحو مدينة صغيرة تسمى "بوعرادة" تابعة لولاية سليانة بالشمال الغربي للبلاد , هي محافظة فلاحية بامتياز , أهلها...

Le meilleur des RS

Dans un récent Post, l’expert en communication et ancien journaliste Slaheddine Dridi, lance cet intéressant pavé dans la marre de la scène politique tunisienne....

INTERVIEW

Le chef du gouvernement sortant, Youssef Chahed, a affirmé mercredi, que son gouvernement laisserait au prochain gouvernement des finances publiques et une situation sécuritaire...

AFRIQUE

Reseaux Sociaux

SPORT