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Khaled Boumiza

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L’ancien syndicaliste alertait déjà à la prolifération des fonctionnaires
L’ancien syndicaliste alertait déjà à la prolifération des fonctionnaires

Le 22 novembre 2018 débute la grève tournante de la fonction publique en Tunisie. Objectif : augmenter les salaires des fonctionnaires. «La masse salariale de la fonction publique en pourcentage du PIB est parmi les plus élevées au monde», souligne pourtant un récent rapport du FMI, qui ajoute que «la hausse de la masse salariale, depuis 2011, constitue la principale cause de la crise des finances publiques dans le pays». L’universitaire Yassine Slama le confirme.

Dans une étude comparative, faite en 2018 par l’OCDE, la masse salariale en Tunisie par rapport au PIB est plus importante que celle de la France, de l’Espagne, du Maroc, de l’Algérie ou de l’Italie. La masse salariale en Tunisie dépasse la moyenne de toute l’Union Européenne et des pays de l’OCDE.

Non pas que le Tunisien toucherait un salaire plus gros que celui des pays cités, mais ce que consacre la Tunisie aux salaires des employés de la fonction publique, par rapport à la totalité de son PIB, est trop important par rapport aux normes mondiales et par rapport à un secteur peu producteur de valeur ajoutée. Sur les 117,027 Milliards DT que totalisait le PIB de la Tunisie en 2017, la masse salariale des fonctionnaires représentait 16,278 Milliards DT la même année

Tout cela, alors que tous les Tunisiens se plaignent du rendement des fonctionnaires de l’Administration, tant pour la qualité de service qu’en matière de corruption. Son effectif se gonfle année après année. Il aurait déjà atteint les 800.000 en 2016, comme l’a indiqué l’ancien syndicaliste et ministre de la fonction publique Abdi Briki, qui précisait alors que 90.000 ont été intégrés dans le cadre de l’amnistie générale. Officiellement cependant, la Tunisie comte 670 mille fonctionnaires, sans compter les 12.000 des entreprises publiques, presque toutes déficitaires. Les salaires des fonctionnaires de l’Etat totalisaient en 2018 quelque 14,751 Milliards DT sur un total de ressources propres de l’Etat de 26,415 Milliards DT, donc plus de 50%. Ces mêmes salaires des 670.000 fonctionnaires représentaient, l’an dernier, 62,8 % de toutes les recettes fiscales du pays.

Selon le site français Statista, la France compterait 89 fonctionnaires pour 1.000 habitants, la Belgique 75/1.000 et les Etats-Unis 70/1.000. Or, à diviser le nombre de fonctionnaires tunisien par le nombre d’habitats, on se rend compte que la Tunisie compte 61 fonctionnaires pour mille habitants. A économies comparables, le Maroc en a 860.000 mais pour 35,95 millions d’habitants. Cela donnerait, selon un rapport de la Cour des comptes, un taux d’administration de 17,2 % d’après un journal marocain. La masse salariale au Maroc était en 2018 de 12 % du PIB et devrait baisser à 11,5 % en 2021 selon des chiffres de la Cour des Comptes du Maroc.

Selon une étude de l’OCDE faite en mars 2018 sur l’économie tunisienne «les tensions inflationnistes reflètent essentiellement la dépréciation du dinar et les hausses de salaires qui ont alimenté la consommation. En effet, les salaires réels ont augmenté plus vite que la productivité en 2016 et 2017, notamment dans les administrations publiques, les industries agroalimentaires et les hydrocarbures (graphique 8). L’accord signé en mars 2017 prévoit une augmentation de 6 % pour 2016 (avec effet rétroactif à partir d’août 2016) et une hausse du même montant à compter de mai 2017. Certains secteurs se trouvent confrontés à des difficultés pour appliquer ces hausses, même s’ils bénéficient d’une dérogation pour différer l’application des augmentations salariales».

Beaucoup de Tunisiens ne comprendraient pas qu’on dise, en ces temps d’inflation galopante, que des salaires élevés soient une mauvaise chose. Il est vrai que plus les salaires augmentent, plus le consommateur peut accéder à tout ce qu’il veut et peut convenablement remplir son couffin de la ménagère. Quelques vérités sont pourtant bonnes à dire :

  • Comme pour le privé, le salaire est un coût et une charge pour l’Etat. Plus il en donne à ses fonctionnaires, plus il en demande à ses contribuables ou assujettis à l’impôt. Le budget n’est pas fait que pour servir des salaires. Il est aussi et surtout fait pour financer l’investissement, en projets et infrastructures, comme les ports, les aéroports, les routes, les ponts et autres services. Cela, sans oublier la compensation du pain, de l’énergie, du lait, du sucre et autres marchandises. Augmenter les salaires sans contrepartie de valeur ajoutée à incorporer dans ses recettes pour redistribuer équitablement les richesses ou le PIB, oblige l’Etat à chercher d’autres moyens de financement pour accomplir son rôle d’investisseur aussi. Donc plus de salaires = plus de fiscalité.
  • La fiscalité en Tunisie étant établie par palier de revenus, il n’est pas exclu que votre prochaine augmentation salariale vous emmène au palier au-dessus duquel vous êtes actuellement imposés. Le fonctionnaire pourrait ainsi ressentir que l’augmentation n’a eu aucun effet sur son salaire et l’aurait même diminué, surtout lorsque cela est couplé avec la hausse de l’inflation. Donc, plus de salaire = plus de fiscalité. Plus de salaire = plus de pouvoir d’achat = plus de hausse de prix et plus d’inflation.
  • La hausse du salaire augmente le pouvoir d’achat et peut aussi inciter les ménages à consommer plus, ce qui se traduit par plus d’importation, plus de devise en contre partie de la vente du dinar pour alimenter les réserves. L’offre de dinar augmente et sa valeur baisse, et donc se déprécie.
  • Lorsque la hausse des salaires provoque un déficit budgétaire comme c’est le cas en Tunisie, les banques financent ce déficit indirectement via la BCT par le mécanisme de refinancement, d’où le taux d’intérêt qui augmente pour ceux qui voudraient prendre crédit, ce qui provoque une hausse de taux de change réel, d’où une dépréciation.
  • Augmenter les salaires, c’est augmenter le coût de production, impacter directement le pouvoir de concurrence du Made In Tunisia et diminuer incidemment les exportations. Cela est actuellement contrebalancé par la faiblesse du Dinar, mais ce dernier hausse aussi les importations, détériore la balance commerciale et impacte encore plus le Dinar, et c’est l’infernale tourment du «plus de farine, plus d’eau» qui ne s’arrêtera jamais.
  • La Tunisie compte 670.000 fonctionnaires qui demandent augmentation sur augmentation, avec l’appui de l’UGTT qui défendrait leurs intérêts immédiats. Force est cependant de se demander qui défendra les intérêts des 642.000 chômeurs ? Comment est-ce que le gouvernement pourrait créer toujours plus d’emplois pour les chômeurs, avec un budget où les salaires dépassent la valeur ajoutée du travail et bouffe presque 69 % de toutes les recettes fiscales ?
  • L’Etat taxe donc les citoyens et les entreprises pour payer les fonctionnaires. Voudrait-on alors faire des fonctionnaires une caste de privilégiés, créer une distorsion sociale et laisser les sans-salaires et les retraités sans moyens d’existence ?
  • Une saillie politique avec des arguments salariaux et syndicalistes

Ce sont ainsi les augmentations de salaire qui augmentent l’inflation, déstabilisent la balance commerciale et baissent la valeur du Dinar tunisien. C’est tout cela que semble vouloir oublier l’UGTT, qui ne pense qu’à préserver son terreau d’adhérents de la fonction publique lequel représente le plus gros de ses troupes.

Au-delà de la question salariale où l’Etat est tenu par les moyens dont il dispose et qui s’épuisent, force est de constater que la grève que porte l’UGTT est d’abord une saillie politique contre Youssef Chahed à qui la centrale syndicale demande de partir, avec un argument grand-public, qu’est l’augmentation des salaires. On serait presque tenté de dire que l’UGTT fait de la politique politicienne, avec l’argent des autres !

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Il a défriché sa barbe d’islamiste, refait ses dents, s’est mis au costard-cravate, a retourné sa veste contre ses frères d’armes les Frères Musulmans, renié ses croyances en optant pour un Etat civil au grand dam de ses adeptes. Il reste écru, grège, imbu de sa personne et des idéaux islamistes de son parti, ne pesant jamais ses mots et toujours prêt à les nier ou à les démentir avec ses fameux «sortis de leur contexte » ou «mal compris » ou encore «mal interprétés».

Interrogé, en 2011 si nos souvenirs sont exacts, sur ses moyens financiers lorsqu’il était en fuite en Angleterre, il disait vivre des subsides des conférences qu’il donnait et des pénalités dont écopaient les médias qu’il traînait en justice. L’arroseur est devenu arrosé en 2018 et le gourou des islamistes tunisiens risque désormais de passer devant la justice tunisienne, pour diffamation, propos mensongers et peut-être même pour complicité tacite dans des affaires de corruption.

  • Ennahdha, comme une chatte sur un toit brûlant

Le 17 novembre 2018 devant ses députés à l’ARP, Rached Kheriji, dit Ghannouchi, indiquait en effet que «le mouvement Ennahdha avait opposé un véto contre la reconduction de certains ministres corrompus». Bourde ou dérapage verbal ? Il ne s’en est pas alors excusé et cela démontre qu’il savait ce qu’il disait et ne regrettait pas ses propos. Lundi dernier, Ennahdha publiait cependant un communiqué sur les réseaux sociaux expliquant que son chef «n’accusait personne de corruption mais évoquait le critère pris en compte dans la présentation des candidatures [Ndlr : la corruption], en concertation avec le chef du gouvernement» ! Croyant ensuite dédouaner Youssef Chahed d’avoir mis en place un gouvernement Nahdhaoui, en le disant «le 1er et le dernier responsable des résultats de ses ministres», le bureau de presse d’Ennahdha enfonce le chef du gouvernement avec un «ce n’est pas moi, c’est l’autre». Ainsi, reprenant son allégation de «corruption, critère du remaniement», il devient inévitable de comprendre des mots de Kheriji-Ghannouchi autre chose que la confirmation que les ministres écartés seraient corrompus. Il avait manifestement oublié les Panama Papers. Ennahdha avait menacé de poursuivre en justice Inkyfada pour avoir cité RKG (Rached Kheriji-Ghannouchi). Aucune nouvelle à ce propos. RKG avait aussi oublié avoir un jour dit chez Nessma TV que «la responsabilité d’Ennahdha est proportionnelle à son poids dans le gouvernement»

Croyant certainement, à son habitude, rectifier ce qui aurait été mal interprété par les autres et «lui en faire dire plus qu’il n’en disait», le bureau de presse d’Ennahdha enfonçait en fait le clou, attestant que le critère de choix des membres du gouvernement était la corruption et que cela se faisait en concertation avec Youssef Chahed. De fait, ceux qui ont été écartés seraient des corrompus, y compris l’ex-ministre Nahdhaoui de la santé Imed Hammami. Tout cela, à moins que le chef des islamistes tunisiens ne soit devenu sénile, disant ce qu’il ne pensait pas et devant pour cela corriger chaque fois ce qu’il avait auparavant dit ! Avec sa main tremblante, il n’est pas non plus exclu que Kheriji-Ghannouchi souffre désormais de la maladie de Parkinson. Auquel cas, l’homme serait à écarter, surtout des prochaines présidentielles où il compterait candidater.

Le 1er à réagir était Faouzi Abderrahmane, mais sans franchir le Rubicon de la justice. Ils sont désormais trois anciens ministres de Youssef Chahed à porter officiellement plainte contre lui. Il s’agit du juge Ghazi Jribi, de l’avocat Mabrouk Korchid et de la sœur d’un des martyrs de l’Armée tunisienne, Majdouline Cherni. Tous ont décidé de poursuivre le Kheriji-Ghannouchi devant la justice tunisienne. Ghazi Jribi a indiqué qu’il demandera à l’accusé de produire ses preuves concernant les ministres accusés de corruption étant donné que la loi punit les corrompus et ceux qui les protègent.

Ce ne sera pas la 1ère fois où le chef des islamistes tunisiens a maille à partir avec la justice. D’autres s’y sont essayés et leurs plaintes n’ont jamais abouti, depuis celle de l’avocat Hatem Farhat en 2012, après la vidéo montrant Kheriji-Ghannouchi parlant avec une bande d’extrémistes religieux et ses fameux «les forces de sécurité et l’armée ne sont pas acquis» à leur cause. Jribi, Korchid et Cherni feront-il mieux ? Iront-ils au bout de la procédure pénale par eux entamée ? Pas sûr !

RKG se serait excusé dans un communiqué publié ce mardi 20 novembre 2018. Mais le mal est fait et ses services de communication devraient le surveiller et lui apprendre à tourner sa langue 7 fois dans sa bouche avant de dire les bêtises qui lui vaudraient des excuses.

  • La chambre noire restera secrète et Ennahdha toujours impuni !

L’autre toit brûlant sur lequel s’est récemment retrouvée la chatte d’Ennahdha, est la polémique sur la la «chambre noire» qui contiendrait des documents qui incrimineraient le parti islamiste tunisien dans les assassinats de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi. Même la LTDH qui les défendait du temps de Ben Ali semblait y croire. Comme lorsque le Tribunal administratif avait effacé son casier judiciaire en 2018, Rached Kheriji-Ghannouchi et son parti seront absous. Le ministre de l’Intérieur n’avait-il pas démenti l’existence d’une telle chambre, malgré l’existence de documents judiciaires la confirmant, comme l’ont démontré les députés du Front Populaire cette semaine au ministre devant l’ARP. Ennahdha avait auparavant échappé aux sanctions sur le financement des partis politiques, lors des élections de 2014 que la Cour des Comptes avait mis à nu.

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Ils n’ont pas encore fumé le calumet de la paix. Chef de l’Etat et chef du gouvernement ont juste enterré, momentanément, la hache de guerre. La dernière conférence de presse de BCE et le résultat du passage du nouveau gouvernement à l’ARP le prouveraient. Cela, bien que Nidaa Tounes qui se prépare à une solution électorale de sa crise interne qui n’en finit pas de le vider de ses cadres et adhérents, ne semble pas avoir encore baissé les bras dans sa propre guerre avec Youssef Chahed.

A la Kasbah, il semblerait que l’idée de vampiriser ou de récupérer Nidaa Tounes ait été définitivement abandonnée et que Youssef Chahed pourrait s’orienter vers la création de son propre parti, dont le noyau pourrait être le groupe parlementaire de la «Coalition Nationale». L’information a été confirmée à Africanmanager par le député membre de la coalition, Leila Chettaoui, qui a évoqué «un projet politique» dans ce sens.

  • Nouveau parti de Youssef Chahed ou Coalition électorale pour 2019 ?

«Selon l’entourage de Youssef Chahed, le chef du gouvernement tunisien se prépare à lancer son propre parti, qui devrait s’appeler Amal Tounes («Espoir de la Tunisie »). Chahed serait notamment épaulé par Slim Azzabi et Mehdi Ben Gharbia. Selon la même source, «le chef du gouvernement compte sur les réseaux de caciques de l’ancien régime comme Mohamed Ghariani, Mondher Znaïdi, Chedli Neffati et Ali Chaouch». C’est ce qu’annonçait en tout cas, depuis octobre dernier, le magazine Jeune Afrique. Selon la même source, Mehdi Ben Gharbia, qui avait quitté son poste de ministre des relations avec L‘ARP, y travaillerait déjà.

Pour sa part, Africanmanager a appris, de source sûre, que ce dernier avait déjà tenté de louer un local qui se situe juste au-dessus de la radio Shems au Lac. Ce qui avait alors attiré l‘attention et pouvait faire le lien avec «Amal Tounes» dont il pourrait être le siège, est le fait que Ben Gharbia avait payé les 100 mille DT de location par un chèque personnel et non à tirer sur le compte d’une de ses entreprises, alors qu’il justifiait la location par les besoins d’extension de ses activités. La promesse de location avait été par la suite résiliée. Le «projet», dont parle le député Chettaoui, ne semble en tout cas pas encore dans sa version bêta.

Selon des sources proches de la «Coalition nationale», dénomination sous laquelle s’étaient rangés les députés qui soutiennent Youssef Chahed dans l’hémicycle de l’ARP sous la forme d’un groupe parlementaire, rencontrées par Africanmanager, l’entourage de Youssef Chahed plancherait plutôt sur un rapprochement avec les forces centristes d’autres partis politiques, comme le «Badil» de l’ancien chef de gouvernement Mehdi Jomaa ou Afek de l’ancien ministre Yassine Brahim et qui s’ajouteraient au «Machroû» de Mohsen Marzouk, déjà dans le giron de Chahed.

  • Qui et pourquoi ?

Ce rapprochement, sur lequel travaillent aussi différents députés proches des 3 personnalités et même une personnalité proche de BCE qui désespère de Nidaa, pourrait prendre la forme, soit d’une coalition électorale, soit d’un parti qui regrouperait les 3 «grosses têtes» de la scène politique, ou qui se prennent comme tels, ce qui rend, pour l’instant, encore improbable qu’elles se rencontrent pour en parler entre 4 yeux. Et si Al Badil semblait avoir montré des signes d’acceptation de l’idée, l’Afek de Brahim semble encore hésiter à s’accommoder, par narcissisme politique, de toute idée de quitter son propre fonds de commerce politique, malgré les difficultés internes au sein de ce parti.

Ce qui semble être une «information» partagée par toutes les sources contactées par Africanmanager, c’est que Youssef Chahed n’aurait pas l’intention de se présenter aux prochaines élections pour briguer le poste de chef de l’Etat. Chahed chercherait, selon ces sources, à s’assurer de remporter les prochaines législatives et s’assurer un bon candidat à Carthage, avec lequel il s’entendrait assez pour éviter les querelles politiciennes et les bras de fer, ce qui lui permettrait de rempiler à La Kasbah et terminer son programme de réformes. Beaucoup avaient vu dans l’entrée de Kamel Morjane un retour en politique qui lui permettrait de briguer Carthage. Il faudra aussi compter avec l’ardent désir de Mehdi Jomaa de briguer le même poste en 2019. Cela serait, selon une source qui en aurait parlé avec Rached Ghannouchi lors d’une réception diplomatique, sans compter le Niet d’Ennahdha contre Jomaa.

  • Et Nidaa dans tout ça ?

Dans tout cela, Nidaa Tounes se cherche encore et compte sur son prochain congrès pour se requinquer et redorer son blason de parti anti-Nahdha. Sans leadership intrinsèque, avec l’armistice entre BCE et Chahed, l’ancienne 2ème force politique au pouvoir se rabat encore une fois sur le leadership du fondateur pour tenter de ranimer le parti. «L’objectif du congrès, c’est que Nidaa participe à la reconstruction de la pensée de BCE de 2012 qui s’était évaporée et de rassembler les forces nationales, progressistes et démocratiques, de rééquilibrer la scène politique et de remporter la prochaine échéance». C’est ce que disait, récemment dans une conférence de presse, Boujemaa Rmili. A l’instar du reste des prétendants au pouvoir et comme l’avait fait Ennahdha avant lui, Nidaa compte y arriver «en s’ouvrant aux autres sans exclusive », précisait Rmili à la même occasion. Et d’annoncer que «nous œuvrons, politiquement, avec d’autres personnalités et d’autres partis politiques et des indépendants, pour la reconstruction du front des forces nationales, progressistes et démocratiques».

Force est cependant de constater, comme le font beaucoup d’autres observateurs de la scène politique tunisienne, que l’image de Nidaa Tounes et celle de son Leader historique BCE restent encore encornées. D’abord par l’entente de plusieurs années entre Ghannouchi et Essebssi qui a permis à Ennahdha de gouverner, même de derrière le rideau, ainsi que par les positions de BCE en faveur de son fils, dans le différend politique opposant le chef de l’Etat et chef du gouvernement. L’image de Nidaa Tounes est, pour l’instant, ébréchée, presque trop défigurée par Ennahdha pour lui permettre de remporter les prochaines législatives, aussi facilement qu’il le pense.

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Il est une vérité que le travail de tout gouvernement est bâti sur les chiffres. C’est ce qui leur fournit les données nécessaires à leurs prévisions, leurs réalisations et leurs déclarations et promesses ou annonces de mesures économiques. Ces chiffres sont confectionnés par des spécialistes, des économistes, des prévisionnistes et tout un tas d’experts. Et si ces derniers se trompaient, faisaient des prévisions un peu trop optimistes ou pessimistes, cela fausserait nécessairement les données de documents aussi importants que le budget ou la loi de finances. A voir ce tableau, confectionné par Bawsala qui ne sait manifestement rédiger qu’en langue arabe, les prévisionnistes tunisiens auraient été, depuis 2015, à côté de la plaque.

On comprendrait qu’ils veuillent être optimistes pour la croissance du PIB, où toutes leurs prévisions ont été loin de la réalité. Mais on remarque tout au long de ce tableau qu’ils sont aussi à côté de la plaque pour le déficit budgétaire et pour l’endettement.

On comprendrait aussi qu’ils n’aient jamais pu deviner le vrai taux de l’inflation, pour des raisons indépendantes de leur volonté et qui sont en lien avec le taux de change, l’anticipation des opérateurs économiques et autres.

Cela a presque toujours obligé le ministère des Finances à élaborer chaque année une loi de finance complémentaire qui corrige les erreurs d’appréciation de ses économistes et autres prévisionnistes. Cela à moins que, politiquement, la volonté ait été d’optimiser pour des raisons politiques ou politiciennes, afin de ne pas heurter les Tunisiens et les laisser toujours croire que «tout est sous contrôle» et que tout ira bien, ce qui en fait des menteurs ou des adeptes du dicton qui dit «Je ne mens jamais. C’est la réalité qui se trompe»

Ce qu’on remarque, à la lecture de ce tableau, c’est que les économistes et autres spécialistes des prévisions n’ont fait que se tromper. Il y a pourtant bien un Conseil des analystes économiques qui est présidé par un ancien ministre de l’Industrie. Serait-il, lui aussi, à côté de la plaque et se tromperait-il aussi lourdement sur les chiffres qui permettent de faire les bonnes prévisions? Ou ne serait-il pas entendu par le gouvernement?

Il y a pourtant aussi grand nombre d’experts en matière de pétrole, de salles de marchés et de devises étrangères, capables de faire les bonnes prévisions. On se demanderait alors où sont-ils ou pourquoi ne ferait-on pas appel à eux?

Cette affaire n’est pourtant pas du menu fretin, c’est du lourd. Les chiffres, prévisions et indicateurs économiques ne sont pas là pour faire joli, pour le décor, en dehors de l’usage qu’en font les autorités pour doser les politiques publiques il y a également l’usage qu’en font les investisseurs et bailleurs de fonds. Si la fiabilité des données émises par les instances dont c’est le métier venait à être un problème, c’est tout l’édifice de la confiance qui pourrait s’écrouler. En effet comment pourrait-on, raisonnablement, envisager de placer ses billes dans un pays qui joue avec des données aussi importantes, voire les maquille? La confiance, à ce niveau, c’est une affaire de milliards de dollars ou d’euros, c’est pas de la gnognotte! Le gouvernement a intérêt à mettre de l’ordre dans ses dossiers. La Tunisie, au point où elle en est, ne peut pas se payer le luxe de se louper à ce niveau.

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Il fut un temps politique en Tunisie où le parti islamiste ennahdha était l’ennemi public n°1 de presque tous les politiciens, à l’exception de la Troïka qui s’était alors alliée au parti de Rached Ghannouchi, seul parti assez discipliné et structuré pour leur offrir les sièges que le CPR de Moncef Marzouki et le Ettakatol de Mustapha Ben Jaafar briguaient sans en avoir les moyens. Pour la Troïka comme pour Nidaa Tounes du candidat Caïed Essebssi (BCE), Ennahdha était alors l’épouventail et le seul argument politique capable de faire assez peur aux Tunisiens pour les pousser au «vote utile».

Devenu chef de l’Etat,           BCE fera ensuite «pacte avec le diable» à Paris et partage le pouvoir avec son ennemi d’antan. Une fois bien établi à Carthage, il pousse son fils, héritier de fait du parti fondé par son père, à abonder dans ce sens. Le parti islamiste tunisien était le partenaire incontournable, tout aussi indispensable qu’un «mal nécessaire».

  • Petits rappels d’histoire

Intervint alors la nomination de Youssef Chahed au poste de chef de gouvernement. «Injustice» en termes de répartition des portefeuilles, remarquée par son parti, la guerre contre Youssef Chahed est lancée, toutes griffes cybernétiques et médiatiques dehors. Le but était d’écarter de La Kasbah celui qui y commençait à prendre au sérieux son nouveau poste de chef de gouvernement et qui avait tourné le dos à ses anciens camarades du parti Nidaa.

De manière paradoxalement surprenante et attendue, le chef de l’Etat prend le parti de son fils et redonne vie aux «Accords de Carthage», une sorte de «Choura laïque» ou de conseil d’administration pour l’entreprise Kasbah, qui permettait de tracer le programme du chef du gouvernement en lieu et place et de le recadrer si nécessaire. Le but était de contourner, par le jeu du consensus, la Constitution qui ne permettait pas de virer Youssef Chahed sans coup démocratique férir.

Entretemps, Ennahdha avait pris assez confiance en lui-même et se sentait désormais assez fort pour reprendre le chemin de croix du pouvoir qu’il avait quitté en 2014 de peur d’endosser toutes les erreurs des premières quatre années de la Troïka et de se faire brûler les ailes par un pouvoir devenu incandescent. Ennahdha avait repris du poil de la bête et BCE croyait toujours pouvoir le tenir par le «droit d’aînesse» et par le sentiment d’obligé envers le parti dont il avait contribué à remettre le pied dans l’étrier, alors que tout le monde l’accusait de tous les maux politiques du pays.

Quelle ne fut sa surprise de voir son ancien partenaire et ami de l’épisode de Paris se rebeller et même tourner casaque, lorsqu’il lui propose son accord pour le point 64 du «Document de Carthage 2». Le surprenant surpris à son tour par Ghannouchi qui s’en serait lavé les mains ; BCE se fâche, tempeste et décide d’un divorce unilatéral avec Rached Ghannouchi.

En véritables moutons de Panurge, les membres de Nidaa suivent leur chef et coupent les ponts avec le vieux patriarche islamiste qui avait, de surcroît, dû se convertir au laicisme, croyant ainsi enfiler la peau de mouton qui lui permettrait facilement de rentrer dans la bergerie.

Et du coup, Ennahdha redevient l’ennemi juré de ce qui restait de Nidaa Tounes après que Youssef Chahed l’a décimé. Lundi 5 novembre 2018, le chef du gouvernement décide enfin de remanier son gouvernement. Son ancien parti ayant juré sa perte, il l’écarte du remarniement et retourne les quelques ministres de Nidaa shortlistés pour le nouveau gouvernement. Reprend, le même jour, la campagne cybernétique contre la nouvelle composition. L’accusation principale était de comporter des ministres d’Ennahdha, comme si le gouvernement de Habib Essid, devenu conseiller politique de BCE, n’en comptait pas, tout comme le gouvernement adoubé par le «Document de Carthage » dans sa première version. L’ultime insulte contre tel ou tel ministre qu’on voulait descendre en flammes, c’est d’être Nahdhaoui, proche, apparenté ou même ayant exercé sous un ministre d’Ennahdha, même si l’accusé est d’une autre religion.

  • Pourquoi insulte et pour quoi l’insulte ?

Il est vrai que la chronique de la lutte des islamistes tunisiens est fertile en arrestations et autres pratiques dont sont comptables des deux premiers régimes, celui de Bouruiba qu’Ennahdha se remet à glorifier, après avoir célébré sa fin sous Ben Ali dont il avait applaudi à deux mains l’arrivée au pouvoir le 7 novembre 1987 et sous le régime Ben Ali qui avait pourtant sauvé la tête, au propre comme au figuré, de son chef et contre lequel le MTI avait lutté à partir de la France et de l’Angleterre. Une lutte, par tous les moyens, licites et illicites, jusqu’au sang, celui de Bab Souika, de Sousse et de Monastir. Une lutte rémunérée en monnaie sonnante et trébuchante, non contre un régime, mais contre un modèle societal. Une lutte, qui fait en effet de l’appartenance au parti Ennahdha le moyen de destruction d’un « way of life» vieux de plus de 3.000 ans et la reconqiête d’un pays multiracial, multiculturel, multiconfessionnel. C’est tout cela qui fait de Nahdhaoui l’insulte suprême à tout ce qui a fait la Tunisie, d’Elyssa à Béji Caïed Essebssi.

Pour des raisons désormais politiciennes, l’inquisition politique bat son plein depuis peu en Tunisie et ses procureurs de faire fi du sens de l’Etat qui pourrait amener tel ou tel ministre à accepter tel ou tel poste. Pour ces nouveaux accusateurs, rien d’autre ne pourrait justifier ou expliquer l’acceptation d’un fauteuil ministériel sauf l’appartenance partisane. Et celle à Ennahdha ne peut qu’être perstiférante. Ces mêmes inquiditeurs refont l’histoire, comme lorsqu’ils avaient fait la «chasse aux sorcières » à tous ceux qui avaient servi le même Etat sous Ben Ali, avant de se rendre à l’évidence , celle de leurs capacité à être les hommes d’Etat qu’ils ont toujours été et de flirter de nouveau avec eux.

Parti politique par obligation pour ne pas se renier en reniant la «confrérie des Frères Musulmants et son caractère religieux, Ennahdha n’a jamais et n’oubliera jamais ses desseins ancestraux que sont la prise de contrôle de tout l’Etat et sa transformation en Etat religieux où la Chariaa fera foi et loi. Ennahdha n’oublie rien, il retarde et attend son heure. Rached Ghannouchi l’avait dit en rencontrant certains extrémistes et Abdelfatteh Mourou l’avait confirmé devant le gourou Ghounim.

Au fil des accusations, gonfle le nombre de «Nahdhaouis» dans le prochain gouvernement de Youssef Chahed. Le but est d’essayer de démontrer qu’il est lui-même devenu Nahdhaoui, qu’il ne lui manquerait que la marque de prosternation au front, et de le faire ainsi haïr par la population de ceux qui avaient eux-mêmes fait entrer le loup dans la bergerie et qui se prennent désormais pour le berger qui crie au loup. La fin de cette histoire, tout le monde la connaît pourtant, sauf les intervenants de Nidaa sur les plateaux TV.

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«Au premier semestre 2018, le résultat global des sociétés cotées a augmenté de 15,9% par rapport à la même période de 2017, pour atteindre un montant de 1,046 Milliard DT contre 0,903 Milliard DT. Ce résultat n’englobe que les 68 sociétés cotées qui ont publié leurs états financiers semestriels, parmi les 81 que compte la Cote. Sur les 68 sociétés, 42 ont enregistré des résultats bénéficiaires. Hors Carthage Cement, les sociétés qui composent le Tunindex20 ont accaparé 79% du résultat global, en croissance de 14,2%, avec un montant global de 822 MD contre 719 MD au premier semestre 2017», précise un rapport de la Bourse de Tunis.

732,356 MDT, tel était le montant des bénéfices des 10 premières entreprises du Tunindex, à la fin du 1er semestre 2018, selon des données publiées par la BVMT. Dans le Top 4, le brasseur SFBT national, la 1ère banque du pays qu’est la BIAT, devant le bras de l’Etat en matière d’investissements agricoles qu’est la BNA et en 4ème position le groupe à plus de 75 entreprises qui vient de construire la première usine robotisée. Les deux premières entreprises représentent aussi les deux plus grandes capitalisations du marché financier tunisien, avec une valeur totale de plus de 6 Milliards DT.

Il est facile de comprendre que la SFBT trône sur le podium, étant le 1er fabricant de bière en Tunisie, presque seul fabricant de sodas et d’autres marques d’eau minérale et autres, dans un pays qui consommait en 2016 une moyenne de 3,6 litres d’alcool par personne et où 85,5 % des hommes ont affirmé n’avoir jamais bu d’alcool, selon un rapport de l’OMS. Avec le reste des 14,5 %, selon l’OMS, on comprendrait que la Tunisie soit classée dans le Top 15 des plus grands buveurs du monde avec 26,2 litres par an, toujours selon l’OMS dans un précédent rapport en décembre 2014. On comprendrait aussi le résultat réalisé par la SFBT en seulement 6 mois avec un chiffre d’affaires de 174 678 655,906 DT à la fin mai 2018, dans la seule de la bière locale (3 autres MDT dans la bière à l’export et plus de 82 MDT dans les boissons gazeuses, en local et à l’export).

Ce qu’on comprendrait un peu plus difficilement, ce sont les résultats, toujours croissants, des banques, dans une conjoncture économique et financière des plus difficiles en Tunisie. Une partie de l’explication pourrait être les BTA qu’achètent les banques pour financer l’Etat. Des BTA achetés à un coût moindre que celui auquel ils sont rémunérés. L’autre explication pourrait être le recours du Tunisien au crédit bancaire, presque pour tout acheter, malgré la hausse des taux. Les banques travaillent certes avec «l’argent des autres», mais elles financent l’investissement, font travailler des milliers de personnes et contribuent à la création de milliers d’autres postes d’emploi. L’argent rapporte toujours plus d’argent. Cela, sans oublier ce que font pour la société les fondations créées par les banques, comme la Biat, la BNA et d’autres et qui en font, à la fin, des banques plutôt citoyennes.

Le cas du groupe Poulina est en quelque sorte plus facile. Son Main-Business est le poulet sous toutes ses formes. Mais il est aussi dans plusieurs autres activités de consommation, comme l’emballage, l’acier, le bois, les biens d’équipement et l’immobilier. Les revenus globaux du groupe ont augmenté, durant le 2ème trimestre 2018, de 20% par rapport à ceux de la même période 2017. Cette augmentation s’explique, selon PGH, par la hausse des ventes de tous les métiers du groupe, à l’exception du secteur immobilier. Le groupe est aussi un des plus grands investisseurs. «Les investissements réalisés, durant le 2ème trimestre 2018 ont atteint 42,3 Millions de Dinars contre 36,4 Millions de Dinars pour la même période en 2017. La plus grande partie de ces investissements, soit 37%, est affectée au métier produits de grande consommation (extension de l’usine de production des crèmes glacées et produits laitiers), 25% pour le métier intégration avicole, soit 11 Millions de dinars et 23% dans le métier matériaux de construction, soit 9,6 Millions de dinars», précise le groupe.

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Il a bassiné son monde, dès le début et tout au long de toute son intervention, qu’il est «le seul qui soit élu», suivez son regard et qu’il n’a «aucun problème avec Youssef Chahed». Pour la 1ère, comme pour la 2ème assertion, le chef du gouvernement était pourtant l’absent-présent de la conférence de presse, tenue ce jeudi 8 novembre 2018 par le chef de l’Etat, Béji Caïed Essebssi (BCE), au palais de Carthage. Tout au long de cette conférence où il était entouré de tout son staff, politique et médiatique, on sentirait presque l’odeur de soufre du torchon qui brûle toujours entre BCE et son chef de gouvernement, dont il ne nie pas les qualités tout en mettant en doute sans le dire ses résultats à la pratique.

La répétition tout au long des 58 minutes des deux assertions, concernant son statut et ses relations avec le chef du gouvernement, en deviendrait presque compulsive, comme si le chef de l’Etat en doutait lui-même ou qu’il voulait affirmer des choses, dont il sait que personne ne croit.

  • L’officiel et l’officieux de la conférence de presse

Officiellement, la conférence de presse a été tenue pour éclairer l’opinion publique sur les tenants et les aboutissants de la polémique, née sous césarienne, du dernier remaniement fait dans le gouvernement par Youssef Chahed. Il faut rappeler que si le chef de l’Etat s’est aujourd’hui simplement déclaré pas d’accord sur la manière dont il a été fait et le non-respect de certaines procédures qui l’aurait entaché, BCE avait toujours montré son refus, depuis la dernière réunion du conclave de «Carthage 2», de l’idée même d’un remaniement partiel et voulait un changement de gouvernement qui valide ou invalide politique et résultats du chef du nouveau gouvernement qu’il présenterait. Le tout, sur fond de dispute entre Youssef Chahed et Hafedh, le fils de BCE.

Le président commence par s’énerver contre un journal de la place qui le comparait à un Postier. Il ne le nommera pas, mais nommera un de ses plus grands journalistes, Feu Hédi Laabidi, pour que tout le monde reconnaisse la cible de son ire. Il se fera ensuite adepte de la théorie du complot, en voyant de ce qui s’était dit sur l’un des plateaux TV comme des préparatifs pour le destituer, en l’accusant de faute grave s’il ne recevait pas les nouveaux nommés par Youssef Chahed pour le serment, si l’ARP les adoubait. Le chef de l’Etat parlait manifestement de faiseurs d’opinion et non de journalistes.

  • Séance de lavage du linge sale, en dehors de la famille

Il précisera ensuite ce qu’a dit sa porte-parole, en affirmant qu’il n’était pas d’accord sur la procédure suivie dans l’annonce du remaniement. Il indiquera ainsi avoir reçu le chef du gouvernement, à propos du remaniement, que Youssef Chahed lui a donné une première liste et qu’ils s’étaient séparés sur l’espoir d’étudier la question à son retour de Nouakchott. Et dans ce qui apparaitrait comme une séance de lavage du linge sale, hors de la famille, BCE fera ensuite le récit détaillé de ce qui s’est passé entre lui et le chef du gouvernement. «Le même jour vers 17 heures, il m’appelle pour m’annoncer sa décision de rendre public le remaniement. Comment ? Il y a péril en la demeure ou quoi, lui ai-je répondu. Il m’a dit que c’est comme ça. Je lui ai alors répondu que non, je ne marche pas. Je ne suis pas un bouton sur lequel on appuie pour que je m’exécute. Je dois voir cette question. Il s’est dit décidé et je lui ai demandé de m’envoyer la liste des nouveaux ministres. Je l’ai lue, c’est des gens que je ne connais pas, sauf 5 et 5 autres d’Ennahdha, car il ne suffit pas d’être barbu pour être d’Ennahdha et les autres, je ne les connais pas. Je lui ai redit qu’on en parlera à son retour de Mauritanie. Que ne fut grande ma surprise de le voir à la télévision, annoncer son remaniement en disant j’ai décidé cela. Je lui ai alors dit que je ne suis pas d’accord. Est-ce que je n’ai pas le droit de ne pas être d’accord ? Je voulais dire que je n’étais pas d’accord sur la démarche. Ils ont ensuite, contrairement à ce qui se fait d’habitude, envoyé la liste directement à l’ARP, sans passer par le chef de l’Etat et ça ne m’a pas plu». Un vrai film de «realpolitik».

Le chef de l’Etat relève ensuite [Ndlr : Il disait ça, il ne dit rien], en s’adossant à ce qu’auraient déballé des députés de Nidaa Tounes, sur l’erreur qui aurait été faite par Youssef Chahed, de ne pas étudier la question de la recréation du ministère de la Fonction publique en Conseil des ministres, avant de l’annoncer [Ndlr : Premier tiret de l’article 92 de la Constitution]. Il citera aussi le 5ème tiret du même article 94 qui indique que «le Chef du Gouvernement informe le Président de la République des décisions prises dans le cadre de ses compétences précitées». Informer, voudrait-il alors dire prendre son avis? Les lectures divergent!

Parsemant sa déclaration d’accusations, indirectes contre Chahed, de non-respect de la Constitution et de manque du sens de l’Etat, il démentira ensuite avoir envoyé une lettre à l’ARP qui porterait contestation du remaniement. «Ce qui s’est passé, c’est des gens qui s’y étaient opposés, comme il est de leur droit à l’ARP. Ils ont demandé la lettre qui m’avait été envoyée [Ndlr : Par Youssef Chahed] à ce propos et l’administration [Ndlr : de la présidence de la République] leur a envoyé cette lettre. Ça ne fait pas partie de mes fonctions, car je suis au-dessus de tout le monde», en faisant remarquer au passage que «ça, ce n’est pas bien, car le gouvernement de gestion des affaires courantes, qu’est devenu le gouvernement encore en place, ne saurait le faire». Manifestement donc, l’Administration de BCE, fait des choses dont il ne serait pas au courant. Mais ça, c’est du «Bajbouj» pur jus et ça passe !

  • BCE rétropédale intelligemment, avec hauteur et laisse faire le jeune loup de la politique

Nonobstant le Vaudeville du tragi-comique, raconté ce matin par le chef de l’Etat, sans en évoquer l’origine première, force est de constater que BCE aura in fine bien su s’en tirer. Certains diront que le mentor aurait fini par céder devant le passage en force de son ex-poulain. D’autres diront que le chef de l’Etat se serait enfin ressaisi et aurait su sauver la face de la jeune démocratie tunisienne qui s’écharpait depuis 4 ans, sans vergogne en se payant le luxe de polémiquer sur le sexe des anges ou l’origine du pouvoir, dans un pays qui s’endette pour continuer à vivre sous perfusion des institutions financières internationales.

En effet, déjà à la 18ème minute de son speech devant presse, le chef de l’Etat tunisien annonçait que «ce n’est pas parce que je n’étais pas d’accord, car je n’étais pas en condition de le faire, que si l’ARP donnait son accord pour le nouveau gouvernement il ne prêtera pas serment devant moi ou je ne signerai pas leur décret. Je suis un chef d’Etat qui a des devoirs. J’ai le sens de l’Etat et les citoyens doivent savoir que l’Etat est là (…). Je suis au-dessus des partis et je suis là pour veiller au respect de la Constitution. Je n’accepterai pas que des choses me soient mises sur le dos, même en théorie, car je mets l’intérêt national au-dessus de tout. Rien de grave ne s’est passé en fait. Le chef du gouvernement, ou le gouvernement de l’ombre qui existe [Ndlr : Et Vlan !], veut changer le gouvernement. C’est normal et je ne peux que les aider. J’ai le sens de l’Etat et je n’entrerai pas dans les dédales des procédures, comme j’aurais pu le faire lorsqu’ils ont enlevé le ministère de l’Energie, c’est de la responsabilité de l’ARP. Et s’il lui donne sa confiance malgré moi, qu’il fasse son gouvernement», finit ainsi par dire Béji Caïed Essebssi, comme pour clore cette polémique politicienne et couper l’herbe sous les pieds de ceux qui attendraient qu’il monte plus au créneau contre Youssef Chahed.

Sa rancœur restera pourtant vivace contre lui, comme lorsqu’il dit que «il y a l’art et la manière de faire de la politique (…). Je n’ai pas de problème avec le chef du gouvernement», avant de se rebeller de tout son corps et de l’expression de son visage, pour ajouter que «en réalité, on n’est pas égaux et on n’a pas la même stature. Mais je veux l’aider et aider tous ceux qui lui succéderont».

On comprendra donc que, même s’il n’est pas d’accord, il ne s’opposera pas au nouveau gouvernement de Youssef Chahed. Ce dernier n’en aura donc plus qu’avec l’ARP et BCE ne s’y serait pas opposé. Il avale difficilement la pilule et recevra les nouveaux ministres et leur fera prêter serment et toute cette affaire se terminera !

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Pas moins de 8 ministres et 6 secrétaires d’Etat ont fait les frais du 3ème remaniement du gouvernement de Youssef Chahed. Il s’agit de Ghazi Jribi, Imed Hammami, Riadh Mouakhar, Mabrouk Korchid, Faouzi Abderrahmane, Salma Elloumi Rekik, Med Salah Arfaoui et Mejdouline Cherni. Il s’agit aussi, pour les SE, de Hachem Hmidi, en affaire pénale, Sarra Rjeb, qui a retrouvé sa liberté après avoir été longtemps ligotée par le ministre Ayara qui l’avait mise sur la touche dès son entrée au Transport et d’Imed Jabri pourtant Docteur en génie électrique.

Trois autres SE ont été repêchés et même surclassés, Chokri ben Hassine, Sonia Ben Cheikh et Hichem Ben Ahmed qui montent dans la hiérarchie et deviennent ministres. Pour certains, c’était attendu, comme H. Ben Ahmed réputé très proche de Chahed dont il aurait aussi l’oreille. Pour d’autres c’était une surprise.

  • Ceux dont on ne comprenait pas le départ

Il en est par exemple ainsi de Ghazi Jribi, juge de métier et le seul ministre en qui le chef du gouvernement avait assez confiance pour lui confier l’intérim du ministère de l’Intérieur et avant cela celui du ministère des Affaires religieuses.

Ministre de la Défense du gouvernement Habib Essid, il avait su mener à bien et sans incidents des élections de 2014 dont il avait en charge toute la sécurité. Mal dans sa peau au département de la Justice, où le Parquet pouvait se payer le luxe de raccrocher au nez du ministre, ses relations avec Youssef Chahed auraient été toujours assez tendues, bien qu’empruntes de respect et de considérations mutuels.

Même sentiment d’incompréhension pour le cas de Mabrouk Korchid, l’avocat dont le bilan reste plus que flatteur, notamment en matière de récupération de terres de l’Etat, de restructuration du ministère des domaines de l’Etat où il aurait réussi 60 % des réformes inscrites dans sa feuille de route. Incompréhension aussi pour Faouzi Abderrahmane, qui avait pourtant choisi le camp Youssef Chahed lorsque d’autres ministres d’Afek avaient choisi celui de Yassine Brahim, quand ce dernier avait décidé de retirer tous ses ministres du gouvernement d’union nationale. Abderrahmane aurait, selon nos sources, refusé la mutation au fauteuil du Transport, ce qui l’aurait mis hors course.

  • Ceux dont on attendait le départ

Des départs attendus, comme pour Salma Elloumi Rekik, rappelée par son mentor Béji Caïed Essebssi pour tenir son Cabinet, ou encore pour Riadh Mouakhar, autre ancien membre d’Afek qui aurait eu trop de cadavres dans le placard pour pouvoir résister à ceux qui demandaient son départ, bien avant celui d’un autre ministre de Youssef Chahed qui avait préféré démissionner pour ne pas être démissionné, Mahdi Ben Gharbia en l’occurrence.

Tout aussi attendu, le départ de Mejdouline Cherni qui pourrait avoir fait les frais des mauvaises performances du secteur des sports, tant collectifs qu’individuels, ou encore Mohamed Salah Arfaoui qui pourrait avoir été un autre dommage collatéral des dernières inondations de Nabeul et les défaillances de l’infrastructure dévoilées par les pluies torrentielles.

Pourtant attendu, du simple fait de son appartenance partisane à un Nidaa Tounes que Youssef Chahed avait décidé de confiner dans l’opposition, Radhouane Ayara est maintenu. Ce n’est pourtant pas son bilan au transport qui plaiderait pour lui. Aurait-il renié son ancien patron, HCE, pour que Youssef Chahed en fasse un ministre?

Plus attendu encre, le départ d’Imed Hammami dont le président de la Choura de son parti disait qu’il le meilleur des ministres. Le ministre d’Ennahdha s’était pourtant illustré par une très mauvaise gestion de la crise des médicaments et avait fait le Buzz avec son chauffeur qui avait un flair inégalable pour les endroits où les médicaments se trouvaient, en dépit de la pénurie.

  • Chahed sauve les meubles, face aux bailleurs de fonds …

Force est de constater que ce que Chahed a fait n’est autre qu’un remaniement politicien, mais qui consacre le choix évident de poursuivre dans la même voie de politique, économique notamment, qu’il suivait depuis 2016. Le chef du gouvernement tunisien n’a ainsi quasiment pas touché à l’ossature de son gouvernement, que sont les ministères des Finances, du Développement et des Grandes réformes. Zied Laadhari, Ridha Chalghoum et Taoufik Rajhi.

Ce faisant, il assure un minimum de stabilité politique et tranquillise ses bailleurs de fonds qui avaient un temps presque menacé de rompre toute assistance en cas de grand chamboulement dans le gouvernement. Il donne ainsi un signal clair qu’il persiste et signe en matière d’économie, même s’il n’en a guère fait dans le nombre des membres de son gouvernement.

En maintenant ces trois ministres clés, Youssef Chahed évite de se faire massacrer, si le budget de l’Etat et la loi de finance passaient devant l’ARP avec de nouveaux ministres qui n’en connaitraient pas les arcanes et qui n’auraient nullement contribué à leur élaboration.

  • … mais gaffe tout de même

Force est pourtant de constater que le grand oublié de ce 3ème remaniement, si on tient compte du changement du ministre de l’Intérieur, reste le secteur de l‘Energie. Il semble en effet incompréhensible que l’Energie, où les investissements futurs se compteront en milliards DT, et qui est supposée peser lourd dans la politique économique, au vu du poids de la compensation des prix de l’essence et de l’électricité, au vu aussi du poids que devrait être celui du phosphate dans les recettes de l’Etat, ne soit pas mis entre les mains d’un ministère propre ou au moins entre les mains dédiées d’un Secrétariat d’Etat.

In fine, ce sera un remaniement pour les besoins duquel Youssef Chahed a dû faire 4 mariages et 8 enterrements. Des mariages avec Ennahdha de Ghannouchi, le Machroua de Mohsen Marzouk, Al Moubadara de Morjane et Al Massar de Samir Bettaïeb. Tous ont eu des sièges. Et pour cela, Youssef Chahed a dû enterrer (politiquement s’entend) 8 ministres, sans parler des secrétaires d’Etat.

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Le remaniement ministériel est fait. Ceux, parmi l’entourage du chef de l’Etat, qui le contestent n’ont manifestement pas lu l’article 89 de la Constitution ou en font une autre lecture. Il est vrai que ladite «meilleure Constitution du monde» n’évoque à aucun moment l’éventualité d’un remaniement. Or, il y en a eu des dizaines au cours des quatre dernières années et les services du président de la République n’avaient jamais protesté et n’ont cherché à remédier à cette défaillance pratique.

Extrait de l’article 89 de la Constitution de 2014
Extrait de l’article 89 de la Constitution de 2014

A tort ou à raison ou à travers, l’entourage de Béji Caïed Essebssi (BCE) a manifestement réagi un peu trop à chaud, lui faisant dire qu’il rejette le remaniement annoncé lundi soir par Chahed. Les dés sont ainsi jetés par les deux parties du torchon qui brûlera ainsi un peu plus entre le chef de l’Etat et son chef de gouvernement.

Extraits de l’article 92 de la Constitution de 2014
Extraits de l’article 92 de la Constitution de 2014

Sans tarder et alors qu’il était à Nouakchott, le chef du gouvernement fait envoyer une correspondance à l’ARP, demandant un vote de confiance à ses nouveaux ministres. Il brûle ainsi la politesse au chef de l’Etat qui s’était empressé de le désavouer. Trois scénarios s’ouvrent ainsi pour l’improbable issue de la crise politique qui dévaste depuis plusieurs mois la jeune démocratie tunisienne. Tous semblent être défavorables à BCE.

  • Et si l’ARP disait oui ?

Le premier est que l’ARP n’accorde pas sa confiance à la liste des nouveaux ministres de Youssef Chahed. Mathématiquement et sur le papier, Youssef Chahed et ses alliés sont en mesure d’avoir les 109 voix nécessaires au passage de la liste des 18 ministres et secrétaires d’Etat. Selon les chiffres actualisés de l’ARP, Ennahdha dispose de 68 députés, la Coalition Nationale, dite de Youssef Chahed, dispose de 40 députés et Machroua Tounes dispose de 14 députés. Au total, ce serait 122 députés qui voteraient la confiance au nouveau gouvernement. Les 4 mariages et 8 enterrements, faits lundi soir par le chef du gouvernement, lui assureraient un passage «les doigts dans le nez», sauf complication de dernière minute.

  • Et si BCE disait non et bloquait le gouvernement ?

Une fois le vote de confiance accordé, le même article 89 de la Constitution oblige le gouvernement à repasser par la case Chef de l’Etat, devant lequel il doit prêter serment et jurer d’œuvrer avec dévouement pour le bien de la Tunisie, de respecter sa Constitution et ses lois, de veiller à ses intérêts et de lui être loyal.

Extrait de l’article 89 de la Constitution de 2014
Extrait de l’article 89 de la Constitution de 2014

Logiquement et à moins de se désavouer, BCE devrait recevoir en cérémonie officielle les mêmes ministres dont il avait auparavant refusé la nomination. Il devra aussi signer le décret de nomination des nouveaux ministres.

Refuser de le faire le mettrait alors dans une difficile situation de non-respect de la Constitution qu’il avait lui-même juré de respecter et bloquerait le nouveau gouvernement. La Constitution n’évoque pas non plus ce genre de Casus-belli, ni la manière de le dépasser ou de le résoudre. Il ne lui resterait alors qu’à invoquer l’article 99 de la Constitution. Il est vrai qu’il avait affirmé, en septembre 2018, qu’il n’utilisera pas cet article, mais sans oublier d’y ajouter un «pour l’instant». Or, même dans le cas où il le ferait, l’équilibre des forces au sein de l’ARP lui ferait perdre face.

  • Et si le chef de l’Etat démentait sa propre porte-parole et s’inclinait ?

Perdre face, c’est le 3ème scénario qui se profile. Une fois le vote de confiance acquis pour ses 18 nouveaux ministres, Youssef Chahed devra attendre la cérémonie de prestation de serment, étape aussi importante pour son passage à l’action que la publication au Jort pour une loi votée au Parlement et tout aussi important que le décret de nomination.

Le chef de l’Etat se trouverait alors dans l’obligation de désavouer tout son staff, démentir sa porte-parole et recevoir les nouveaux ministres. Il se désavouerait alors lui-même et condamnerait son parti à l’échec lors des prochaines élections, législatives et présidentielles, qui se tiendront en décembre 2019. Gageons pour l’instant que BCE sortira prochainement sur les écrans d’une des chaînes TV qui ne l’aura pas entre temps accablé, pour discourir sur le sujet. Que pourrait-il alors dire?

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A fin août 2018, selon les derniers chiffres d’un ministère des Finances qui n’est pas porté sur la communication, le solde budgétaire ou différence entre recettes propres et dépenses hors principal de la dette de l’Etat tunisien, était déficitaire de 2,643 Milliards DT. Force est cependant de constater qu’à la même période de 2017, ce déficit dépassait les 3,884 Milliards DT.

Les choses s’améliorent donc, certes à tout petits pas, même si ce déficit budgétaire s’était plutôt creusé de quelque 400 MDT, en août 2018 par rapport à juillet de la même année. On reste tout de même loin des 4 et 5 Milliards DT de déficit budgétaire des années 2014, 15 et 16. Le ministre tunisien des Finances, Ridha Chalghoum prévoyait, dans la loi des finances 2018, de terminer l’exercice 2018 avec un déficit budgétaire qui restera en dessous des 5 %, soit 5,216 Milliards DT.

Cette amélioration, en août dernier, du déficit budgétaire est essentiellement due à la nette progression des recettes propres de 19,4 % autant qu’à la hausse de 15,2 % des recettes fiscales qui ont fait un bond de plus de 2 Milliards DT en un seul mois, passant de 14,099 Milliards DT en juillet à presque 16,112 Milliards DT en août 2018. En y ajoutant les 800 MDT de plus en recettes non fiscales, la tirelire de l’Etat s’améliorait de 3 Milliards DT en un seul mois.

Une belle cagnotte qui s’explique, en premier lieu, par les efforts de recouvrement que fournissent les services fiscaux. Il ne se passe en effet rarement un exercice fiscal sans que l’on apprenne un ou plusieurs redressements fiscaux, rien que chez les entreprises faisant appel public à l’épargne qui publient leurs états financiers. Presque toutes les entreprises cotées en bourse y sont passées.

Dans le détail, la hausse des recettes fiscales tunisiennes ont essentiellement touché l’IS (Impôt sur les Sociétés) qui ont grimpé de 6,2 % en août dernier et devraient rapporter 2,454 Milliards DT à la fin de l’année en cours. En face, l’IR (Impôt sur le Revenu) a augmenté de 4,2 % en août dernier alors que l’impôt sur les salaires a baissé presque de 211 MDT d’un mois à l’autre et devrait continuer de diminuer d’un total de 528 MDT pour toute l’année 2018 comparativement aux résultats provisoires de l’exercice 2017.

La pression fiscale aura finalement augmenté pour les sociétés et diminué pour les fonctionnaires en 2018. Et ce seront ainsi essentiellement les entreprises et non pas les particuliers qui auront payé les pots cassés de la loi de finances 2018.

Des pots-cassés qui permettront au gouvernement de faire face, sur ses ressources propres, à la hausse de 4,1 % des dépenses de l’Etat, dont notamment les hausses de salaires qui ont été de 1,174 Milliards DT entre juillet et août 2018 seulement. La masse salariale devrait d’ailleurs dépasser les 14,751 Milliards DT prévus par la LF 2018, au regard des dernières augmentations signées avec l‘UGTT pour les entreprises publiques. Elle pourrait même s’alourdir en cas de nouvelles augmentations salariales pour la fonction publique.

Ce cadeau, fait par Ridha Chalghoum à son patron, le chef du gouvernement Youssef Chahed, sur le dos des entreprises et qui se confirme d’ailleurs dans la LFC 2018, devrait donner à Chahed, le souffle financier nécessaire pour améliorer le climat social, sans trop fâcher ses bailleurs de fonds dont on sait l’aversion contre toute nouvelle hausse salariale et stabiliser en même temps le déficit budgétaires à des niveaux raisonnables.

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Il était à Berlin et parlait au double titre de chef de l’Etat et président du Conseil national de sécurité (CNS). A ces deux titres, il y a des choses qui ne se disent jamais, ou du moins pas de cette manière. «Nous avions cru avoir vaincu le terrorisme. En réalité, j’espère que ce ne sera pas lui qui nous vaincra». Ainsi parlait hier Béji Caïed Essebssi, en réaction au dernier attentat terroriste qui avait frappé, lundi 29 octobre 2018, au cœur de Tunis et à quelques encablures du ministère de l’Intérieur, comme un triste rappel à l’attentat qui avait décimé un bus de la sécurité présidentielle en novembre 2015. Le propos était en tout cas résolument défaitiste, au bout de seulement quelques années de lutte, où la guerre se joue parfois sur des décennies.

La réaction a certes été faite à chaud, à quelques minutes de sa descente d’avion. Elle n’en était pas moins déplacée. Dite de la bouche même de celui qui gère toute la sécurité du pays, elle donnerait presque à comprendre que la Tunisie a presque baissé les bras et ne réussit en tout cas pas toujours à juguler ce fléau. Dite ainsi par lui, cette réaction n’est en tout cas pas de nature à remonter le moral des troupes, civiles et sécuritaires. Quelque part, la réaction présidentielle pourrait même avoir plu à ses commanditaires qui découvrent que le président de tout le CNS a été touché au plus profond de ses prérogatives. Un chef d’Etat, chef de la sécurité de tout un pays, ne devrait pas dire ça !

Président de la République, BCE a aussi quelque peu profité d’un terrible drame national pour régler des comptes politiciens. Or, ce n’était ni le bon lieu, ni le bon timing. Aigri et s’emmêlant les pinceaux, BCE fait un dérapage d’une méchanceté inédite et déplacée pour un homme de son rang. «Le climat politique était malsain. Nous étions préoccupés par tel et tel parti politique, par telle et telle personne, qui restera sur le fauteuil ou qui le quittera, et ce ne sont pas là les vrais problèmes de la Tunisie (…). Et il est nécessaire que le responsable [Ndlr : Suivez son regard] qui a le sens de l’Etat s’en occupe et s’y attèle», disait BCE, comme pour expliquer l’attentat ou peut-être pour en accuser quelqu’un.

On serait presque tenté de comprendre, par ces propos, que le «terrorisme pourrait avoir ses raisons que la raison devrait comprendre et accepter». Dans d’autres Nations, on ne discute même pas avec les terroristes et on croit ferme et on le dit que rien, absolument rien, ne justifie le terrorisme. BCE avait manifestement raté une occasion de se taire et avait retourné contre lui-même ces mots qu’il avait un jour dits à Moncef Marzouki par la parabole de la paille et de la poutre : «Il s’est tu une éternité et proféré un blasphème (سكت دهرا و نطق كفرا)». Un président de la République ne devrait pas dire ça !

  • Les deux graves bourdes de Youssef Chahed, passées sous silence.

Quoiqu’on dise, la réaction du chef du gouvernement au même drame, aura finalement été plus emprunte d’optimisme et surtout de sérénité face à l’adversaire. Youssef Chahed a certes quelque part minimisé l’évènement, mais force est de rappeler qu’il ne parlait pas qu’à son peuple, mais aussi aux terroristes et leurs commanditaires !

Une semaine plus tôt, le chef du gouvernement et seconde partie du même Exécutif avait pourtant brillé par son absence. En effet, toute la blogosphère avait descendu en flammes la députée Nahdhaouie Yamina Zoghlami qui avait porté secours à une personne interdite de voyager. Bravant les lois de la Nations et tous ses règlements, et au mépris de l’autorité de l’Etat, la Zoghlami avait fini par obtenir ce qu’elle voulait, c’est-à-dire la levée immédiate de l’interdiction de voyage d’un homme recherché dans une affaire en lien avec le terrorisme. Grande gueule, la députée s’était même permise le luxe de téléphoner de l’aéroport au chef du gouvernement et à son ministre de l’Intérieur pour les obliger à céder à son chantage public.

Personne n’avait pourtant rien dit sur la réaction du chef d’un gouvernement qui casse ses propres codes, sur simple coup de téléphone. Ce même gouvernement avait pourtant toujours refusé de céder sur d’autres interdictions de voyager, imposées par exemple à des hommes d’affaires pour des délits financiers et pour des raisons médicales. L’un d’eux a même été interdit d’opération de chirurgie cardiaque et risque depuis quelques mois de mourir faute de soins et par manque de matériel nécessaire dans les cliniques tunisiennes, et le chef du gouvernement avait refusé d’intervenir en sa faveur. Peut-être lui faudrait-il l’intervention de la députée d’Ennahdha. Une manière en tout cas de le laisser ainsi à la merci du parti islamiste. Et l’homme d’affaires en question est loin d’être le seul dans ce cas ! Il est vrai que par les temps qui courent, il vaudrait mieux être accusé de terrorisme qu’être homme d’affaires ! Et le chef du gouvernement n’est pas à cette bourde près.

Une dizaine de jours plus tôt éclatait en effet l’affaire des trois anciens ministres de l’Intérieur et d’Ahmed Smaoui, un ancien perspectiviste du temps de Bourguiba et ancien ministre du Tourisme entre autres. Au mépris de toutes les lois internationales, l’IVD de Sihem Ben Sedrine, dont les activités et l’existence même avaient officiellement cessé depuis le 31 mai 2018 sur décision de l’ARP, avait décidé de les traîner devant la même justice qui les avait pourtant définitivement acquittés.

Eclatait alors de nouveau la polémique sur la durée de vie de l’IVD. Et on découvrait que le chef du gouvernement aurait signé un accord, avec Sihem Ben Sedrine, prolongeant la durée de vie de son IVD, à l’encontre même de la décision de l’ARP où personne n’avait accepté de lui accorder un jour de plus au-delà du 31 mai 2018. Il n’est pas ainsi exclu qu’on lui alloue même un budget dans la loi de finances 2019.

De nouveau, le chef du gouvernement s’illustre par son mutisme et ne consent toujours pas à s’expliquer sur cette bourde politique. Elle devrait pourtant le rattraper, puisque les députés de Nidaa Tounes ont promis de tout bloquer jusqu’à ce qu’il s’en explique. On n’est pas sorti de l’auberge !

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Youssef Chahed serait-il le visionnaire que personne ne croirait ? Le 29 mai 2018, en effet, le chef du gouvernement tunisien affrontait publiquement son ennemi politique du moment et accusait le fils du chef de l’Etat et fondateur de Nidaa Tounes, Hafedh, de détruire le parti.

Il y a trois jours, en effet, l’UPL qui ne remportait qu’un seul siège à l’ANC et 16 sièges à l’ARP, en 2014, annonçait sa fusion avec le second parti de la majorité parlementaire à l’ARP. Théoriquement donc, l’UPL n’existerait plus, bien qu’aucune annonce de dissolution n’ait été faite jusque-là. La fusion absorption, de l’UPL par Nidaa, n’est donc théoriquement pas terminée. Publiquement, le Nidaa des Caïed Essebssi a vécu !

Moins de 24 heures après, Slim Riahi devient secrétaire général de Nidaa Tounes. Ce dernier change ainsi de main, le parti de celui dont le parcours avait été jalonné par les démissions (de l’UPL d’abord et du second Club de Football de la capitale tunisienne) et les démêlées avec la justice, reprenait tout le parti.

Du coup, le nom de Hafedh Caïed Essebssi n’existe plus, dans aucune des structures du nouveau parti qui semble vouloir garder le nom de Nidaa Tounes et n’y aurait qu’un rôle honorifique, tout comme son père qui deviendrait président honoraire de Nidaa. Ce faisant, Le parti des Caïed Essebssi n’est plus, et devient celui de Slim Riahi. Le roi est mort, vive le roi !

  • Dénigrement ou rappel de faits ?

Cela ressemblerait presque à un marché entre Les Caïed Essebssi et Riahi. Lors d’une conférence de presse tenue, samedi 20 octobre, sur fond de rumeurs en lien avec sa situation juridique et financière, Riahi dément tout marché avec BCE. La même semaine aussi, Maghreb confidentiel fait état de «manœuvres» de Riahi avec ses créanciers et notamment l’Amen Bank qui aurait chargé son avocat «d’organiser, le 29 octobre, la mise aux enchères d’un terrain de 44 000 m² de la société situé à l’Ariana, au nord de Tunis », indiquant que Riahi, dont le «bloc parlementaire rejoignait l’alliance soutenant le premier ministre Youssef Chahed, pense que ce dernier est à l’initiative de l’instruction judiciaire. Mais Riahi semble avoir obtenu, depuis, des garanties encore meilleures du président Béji Caïd Essebssi». Slim Riahi nie tout en bloc et dément, dans une très brève discussion sur son compte des réseaux sociaux avec Africanmanager, tout ce qui concerne ses relations avec la banque, affirmant laconiquement que ce n’est que «fausse propagande diffamatoire».

  • Fusion-absorption, et après ? Encore un recours au «vote utile» ?

Tout cela est pour l’instant accessoire par rapport au chamboulement de la scène politique tunisienne, issu du torchon qui brûle toujours entre chef d’Etat et chef de gouvernement. On attendra pour savoir si cette «alliance contre nature» pour certains, portera ses fruits sur l’affaiblissement du gouvernement de Youssef Chahed. Le plus important est de savoir, plutôt deviner l’impact de cette «dispute de tambourineurs, en bisbille le matin pour se réconcilier le soir», comme dirait le dicton tunisien.

La Tunisie est en effet à quelques mois de deux évènements majeurs. Le 1er devrait avoir lieu en janvier prochain, s’il se confirmait. Il s’agirait du 1er congrès constitutif de Nidaa Tounes. Certains de ceux qui sont récemment retournés chez Nidaa, comptent sur cet importante échéance partisane pour restructurer le parti, en chasser définitivement le fils du fondateur, redorer le blason du parti qui tient sa notoriété de son opposition au parti islamiste d’Ennahdha. Restera alors à savoir si Slim Riahi y restera après les élections des congressistes de Nida, s’il va être accepté ou repoussé par les apparatchiks du parti, les partisans de la première heure et les jeunes loups. Mais aussi l’impact de cette fusion-absorption sur les adhérents et ceux qui l’avaient quitté, estimant que Nidaa Tounes avait trahi leur confiance.

La Tunisie est aussi, à quelques mois de l’autre évènement politique majeur, que seront les prochaines législatives et présidentielles de 2019. Pour l’instant, le mouvement Ennahdha est donné vainqueur, presque sans conteste avec tous les changements qui pourraient intervenir au niveau de la société et le «Way of life » de tous les Tunisiens. Il ne fait, non plus, presqu’aucun doute qu’à l’exception d’un nouveau Nidaa Tounes, aucun autre parti ne sera capable de faire face aux islamistes, en l’absence d’un futur Macron tunisien. Il y aurait donc à parier que les Tunisiens pourraient de nouveau être appelés au «vote utile» en 2019.

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Installé au 17ème étage de «la Tour de la Nation», par la grande baie vitrée du somptueux ancien bureau de Zine El Abidine Ben Ali dans l’ancien siège du tout puissant RCD, Mabrouk Korchid a le tout Tunis à ses pieds. N’est-il pas le gardien de tout l’immobilier de l’Etat ?

L’image se veut le symbole fort d’une révolution qui aurait ainsi repris la Tunisie d’entre les mains de l’ancien Etat. Tour de la Nation, l’ancien siège de l’ancien RCD, le deviendra véritablement en mars 2018, lorsqu’il accueillera l’espace culturel et touristique avec une exposition permanente, touristique et culturelle, faisant ainsi le lien entre ministère du Tourisme et maison de la culture, à quelques encablures les uns des autres.

  • Korchid, ministre, homme de médias, propriétaire foncier et homme d’affaires à la fois

Renvoyé du lycée secondaire de Médenine, il termine ses études à Kébili où il réussira en bac science. Il choisira pourtant de faire la faculté de droit, avec un œil sur l’Institut de presse où il voulait aussi faire journalisme. Avocat et «l’un des deux meilleurs pénalistes du pays» comme il se plaît à dire de lui-même, il réalisera bien plus tard son rêve, en montant après la révolution avec quelques autres avocats dont il refuse de citer les noms, une société de presse. Ministre, «sur proposition du Palais» tient-il à préciser, il quittera la direction du journal «Al Hassad», mais sans y vendre encore ses parts, comme il le précise lui-même. Homme de Droit, il doit savoir ce qu’il fait !

Loin de vivre aux crochets du gouvernement, Mabrouk Korchid dispose de deux bureaux d’avocat, à Tunis et Médenine, mais est aussi un homme d’affaires. Il est propriétaire foncier dans les oliveraies, possède une importante huilerie au bled, depuis 2000, qui produit 75 tonnes d’huile par jour. il est promoteur immobilier et sa femme gère sa propre agence de voyage depuis 2008. «J’ai intégré le gouvernement, financièrement bien couvert et cela me permet de faire mon travail de ministre d’une façon sereine», se plaît-il à dire, comme pour se distinguer du reste des membres du gouvernement. Coïncidence, cet étalage de sa situation financière que le secrétaire d’Etat fait sans trop de pression de notre part, intervenait le jour même de l’entrée en application de la loi sur la déclaration du patrimoine de tous les responsables tunisiens dans plus d’un secteur.

  • Un Nationaliste arabe, réconcilié avec BCE, et qui endosse certains dossiers

Politiquement, Mabrouk Korchid se définit comme «Nationaliste arabe» et certains de ses frères d’armes sont ses partenaires en affaires. Son entrée dans le gouvernement est intervenue après la position prise lors de la visite de BCE à Djerba en 2011, où il s’était rangé contre ceux qui lui en voulaient sur la question de Salah Ben Youssef le Nationaliste. Korchid dit avoir accepté le poste, «car c’est un ministère que je pouvais comprendre facilement, son travail étant en grande partie de nature juridique, et y faire des réformes qui me tenaient à cœur. Et d’ailleurs, si c’était un autre poste, j’y aurais réfléchi à deux fois».

Sans le vouloir, Mabrouk Korchid est en train d’endosser un dossier dont, ni la genèse, ni les dernières péripéties, n’ont été de son fait. Il s’agit essentiellement du dossier de la BFT et du litige qui est en cours avec la Cour d’arbitrage international du Cirdi. Il nous annonce, à ce propos, que «je suis en train de faire une action de conciliation entre les deux parties au conflit, à propos des dommages-intérêts décidés en jugement par le Cirdi». Corollaire de cet épineux dossier, son conflit avec l’ancien ministre CPRiste des Domaines de l’Etat Salim ben Hamidane qui fait l’objet de poursuites judiciaires, sans être arrêté.

  • Le ministre qui a fait plus de 60 % de ses réformes

Et des réformes, qu’il dit «nécessaires pour le développement économique et pour régulariser des situations sociales bloquées depuis des dizaines d’années ». Ces réformes, il estime en avoir fait, à hauteur de plus de 60 % de ses attentes et programmes, même s’il reste d’autres comme les Habous qui représentent 90.000 hectares, dont les terres «Sialine» et «Ghayadha» au Nord de Sfax ou le village de Souassi, ou encore le Habous Aziza Othmana qui engloberait presque le tout Mahdia. Korchid dit avoir présenté le projet d’un décret qui n’est pas passé, pour cause de discussions avec le ministère des Finances sur le prix de cession de ces terres aux personnes qui y habitent depuis des dizaines d’années.

Ses réalisations, ce sont surtout les 30.000 hectares de terres domaniales qu’il a pu récupérer d’entre les mains de privés. Et cela ne s’arrête pas. Il ne se passe rarement un jour sans que la rédaction ne reçoive un communiqué de presse faisant état d’un nouveau lot de terrain récupéré par les services de son ministère.

C’est aussi lui, et il en parle avec beaucoup de fierté pour l’Administration, qui a engagé la numérisation de l’immobilier de l’Etat et en a déjà fait la cartographie numérique accessible à partir du site du ministère. C’est aussi lui qui a édité la revue des domaines de l’Etat. Il est tout aussi fier, au nom du gouvernement, d’être celui qui a restitué le plus de terres à leurs propriétaires, titres de propriété en main.

Et lorsqu’on lui fait remarquer qu’en deux années d’exercice, son image est celle d’un recouvreur des domaines e l’Etat plus que celle d’un ministre qui devrait se concentrer sur les procès de l’Etat et les gagner, il insiste que «c’est un signal fort, en ces temps de faiblesse de l’Etat, qui maîtrise les détails». Pour les procès «ils sont en cours normalement, entre les bonnes mains d’une administration dédiée et on les gagne». Il évoque aussi la rapidité de production de documents. «On produisait 50 contrats par an. On en est désormais à 150 contrats de propriété délivrés en l’espace de 4 jours seulement en moyenne nationale et 10 jours pour Tunis, contre 3 mois de délais auparavant. Cela veut dire que l’administration du ministère a changé et carbure désormais à plein régime».

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Une délégation du Sénat américain a récemment visité la Tunisie. Peu d’informations ont filtré à propos des objets et objectifs de cette visite. La visite a pourtant beaucoup fait parler d’elle sur les réseaux sociaux. Non pas par les déclarations ou les déplacements faits par cette délégation, mais par LA visite qui n’a pas été faite au siège d’Ennahdha, devenu pourtant, depuis 2014, la Mecque des ambassadeurs étrangers et des délégations de tous pays. Une non-visite qui a été traduite par un froid dans les relations d’Ennahdha avec les USA et la possibilité que ce froid diplomatique se traduise par un gel pure et simple et pourquoi pas de la mise du parti islamiste sur la liste des organisations terroristes, étant une branche de la confrérie des «frères Musulmans», à la faveur de la nouvelle politique américaine de l’ère Trump.

Ce froid, si une telle signification de la non-rencontre de la délégation américaine avec Rached Ghannouchi se confirmait, a relancé le débat interne et local, sur la guerre froide entre les deux parties de l’Exécutif tunisien, la Présidence de la République et la présidence du gouvernement. Le président français vient en tous cas de jeter une nouvelle pierre dans la mare.

A Erevan, en Arménie, où il présidait l’ouverture des travaux du sommet de la Francophonie, en plus de la journaliste tunisienne qui l’apostrophait d’un «tu as bien parlé», c’est cet instant où le chef de l’Etat français s’adressait à son homologue tunisien, Béji Caïed Essebssi, qui a le plus fait parler la blogosphère tunisienne.

«Je veux ici souligner le courage du président Essebssi, qui, alors que nous vivions la montée des obscurantismes et de celles et ceux qui voudraient enfermer tout un continent dans une lecture déformée d’une religion, s’est dressé et avec courage, et a pris encore ces dernières semaines des textes fondamentaux pour le droit d’être libre, les droits des femmes, le droit dans le mariage, le droit dans l’héritage… Alors que tous les autres avaient peur, alors que les obscurantistes disaient de ne pas le faire, le président Essebssi l’a fait et nous devons le soutenir dans ce combat. Nous serons là, Président. Ne cédez rien, ne cédez rien dans ce combat. Vous venez d’un pays où l’indépendance a été faite par un grand Président, qui a éduqué les femmes et les hommes, les petites filles et les garçons. Vous venez d’un pays qui a été un exemple dans la francophonie et dans la conquête de l’Afrique. Vous venez d’un pays qui nous rend fiers et nous a rendu fiers. Alors nous continuons à être là !». Ainsi parlait, ce matin en Arménie, Emmanuel Macron, l’initiateur du «Macronisme» et dont beaucoup en Tunisie prêtent l’intention de cloner l’actuel chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed.

Et si les 176 mots de Macron étaient plus qu’un hommage à de simples intentions, force est de remarquer que la France soutiendrait alors un chef d’Etat qui ne détient presqu’aucun pouvoir et que beaucoup des idées par lesquelles il s’était illustré n’ont jusque-là pas dépassé le niveau des propositions. Car les propositions de la Colibe, tout comme celles de l’amendement de la loi sur l’héritage, restent du domaine du chef du gouvernement. Mais peut-être que la France, ne saisissant pas encore les réelles intentions politiques futures de Youssef Chahed, aurait décidé d’appuyer BCE qui cache mal son désir de rempiler pour les prochaines présidentielles, face à un Ghannouchi représentant des obscurantistes que citait Macron selon les Tunisiens et qui s’est déjà déclaré.

Politisés jusqu’à la moelle, lisant même entre les mots et pas seulement entre les lignes et croyant être au centre des intérêts du monde, beaucoup de Tunisiens ont tout de même interprété ce passage élogieux à l’endroit du chef de l’Etat tunisien, dans son discours d’Erevan, comme un appui politique direct à Béji Caïed Essebssi.

Si cela était le cas, la position française aurait fait un virage à 360 degrés, par rapport à tous ses ambassadeurs en Tunisie, depuis 2011. Mais peut-être aussi qu’ils finissent par prêter attention à tout ce qui se dit sur une probable implication d’Ennahdha dans les assassinats politiques de Belaid et de Brahmi.

En politique, tous les gestes comptent. On oublierait alors l’accolade du même Macron à Youssef Chahed, lors de sa dernière visite en Tunisie et ce «Je veux que tu réussisses» qu’il lui aurait lancé en le quittant. Mais «la politique est aussi l’art de mentir à propos», disait Voltaire depuis bien des siècles.

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Le jour même de son entrée en exercice en mai 2010, Orange Tunisie signait son premier partenariat avec Sup-Com de Tunis, pour la création d’une Chaire de télémédecine. Octobre de la même année, Orange Tunisie mettait en place une stratégie RSE. Le vocabulaire n’était pas encore connu dans le monde de l’entreprise et encore moins chez ses concurrents. C’est dire que l’opérateur se plaçait, dès ses premiers pas, dans une autre logique que celle simplement de vendre des puces et de connecter des personnes, par téléphone et par Internet.

La stratégie qu’essaie de copier désormais d’autres opérateurs, consistait à mettre l’innovation numérique au service du développement socio-économique, en phase avec la vision du gouvernement. Les objectifs sont l’inclusion par le numérique, l’ancrage de cette nouvelle culture dans la société tunisienne, de soutenir la création d’emplois, d’accompagner les startups tunisiennes et de stimuler l’innovation.

  • 3ème en PdM Mobile et unique en RSE

En Tunisie à fin juillet 2018, l’opérateur était classé 3ème sur le Mobile avec une PdM (Part de Marché) de 25,9% à 4,5 points de l’opérateur historique TT et à presque 15 points du leader du marché Ooredoo, dans un parc global de plus de 14,743 millions d’abonnés. A la fin du second trimestre 2018, Orange qui fêtait son 8ème anniversaire de lancement le 5 mai dernier affichait un chiffre d’affaire de 156,9 MDT en téléphonie et Internet, toujours en 3ème place en seulement huit années d’existence.

Orange est un opérateur téléphonique français, en Tunisie et un peu partout en Afrique, mais pas que.

Il est, par exemple, jusqu’ici le seul opérateur téléphonique fortement impliqué dans l’action sociétale, appliquant sur le terrain et dans le silence le principe de la RSE (Responsabilité sociétale de l’Entreprise). Cela, par des actions au nombre indéfini, en faveur de la femme, de l’éducation, de la formation, de l’emploi, de l’employabilité, de la création d’entreprise notamment. Fortement soutenu par sa maison-mère, il dépense sans compter et refuse de dire combien, partant du principe que lorsqu’on aide les autres on n’en fait pas objet de communication.

  • 13 maisons digitales pour 767 femmes rurales formées et qui vendent leurs propres produits          

Pour l’exemple, vendredi 17 août 2018, à l’occasion de la Fête de la Femme, Orange inaugurait en Tunisie la 9ème Maison Digitale pour l’autonomisation économique des femmes à Mahdia, avec l’appui de la Fondation Orange et en partenariat avec le CIFE (Conseil International des Femmes Entrepreneures).

Le Programme des Maisons Digitales de la Fondation Orange vise à rendre des femmes, ayant souvent un projet entrepreneurial, résidant aussi bien en zones rurales qu’urbaines, plus autonomes, à travers des formations ciblées pour développer leurs potentiels au numérique. La Maison Digitale urbaine de Mahdia est gérée par le CIFE Mahdia et devrait permettre à 60 femmes, entrepreneures ou ayant des idées de projets dans l’artisanat et l’agriculture, de renforcer ou de développer leurs projets et idées par des formations en nouvelles technologies, commercialisation de produits en ligne, webmarketing…, prévues durant toute l’année.

L’ouverture de 13 autres Maisons Digitales rurales et urbaines dans les régions – notamment dans le sud du pays – est par ailleurs prévue d’ici la fin de l’année et tout au long de l’année 2019, pour arriver à un réseau de 22 Maisons qui vont contribuer, par et grâce au numérique, à l’empowerment des femmes tunisiennes. 14 maisons digitales sont déjà en activité, en partenariat avec 8 ONG, et 767 femmes en ont bénéficié.

Et parce que l’éducation doit être accessible à tous et que le numérique doit être une chance pour chacun, Orange Tunisie, avec le soutien indéfectible et par la présence à tous ses évènements, a lancé le Programme Ecoles Numériques, en partenariat avec le Ministère de l’Education et la Fondation Orange. Sur l’ensemble du territoire, l’opérateur a équipé gratuitement les écoles primaires de kits d’éducation numériques, en tablettes, serveurs Raspberry, contenus numériques scolaires et périscolaires…
Le programme cible des écoles situées dans des régions très enclavées en proposant une solution simple, efficace et qui n’a pas besoin de connexion internet. Ainsi, les élèves se familiarisent avec le numérique lequel leur permet d’améliorer leurs résultats scolaires à travers une méthode d’enseignement ludique par les TIC.

75 écoles déjà équipées, avec 18.327 élèves bénéficiaires qui ont reçu 420 heures de formation sans oublier les 1.225 enseignants et directeurs formés aussi par les 112 collaborateurs bénévoles impliqués. Résultat : des résultats scolaires qui s’améliorent de manière notable, sous le suivi constant d’Orange Tunisie, et un taux d’abandon scolaire qui chute de 60 % et des écoles, au fin fond de la Tunisie, qui deviennent numériques, grâce notamment aux 50 tablettes contenues dans chaque valise de matériel informatique éducatif, y compris le serveur pour les données éducatives qu’utilisent les instituteurs.

  • Le combat quotidien, pour une croissance équilibrée et créatrice de valeur

Acteur économique tunisien majeur, l’opérateur téléphonique qui monte s’est donné pour objectif de «créer de la richesse partagée, d’avoir une croissance équilibrée créatrice de valeur pour l’ensemble de nos parties prenantes. Nous devons donc contribuer au développement socioéconomique de la Tunisie et être au service de toutes ses populations».

Il considère ainsi, et le fait savoir sur son site Internet, que son «rôle est d’abord de promouvoir l’employabilité et de soutenir les jeunes talents porteurs de projets technologiques socialement innovants, en un mot, d’inclure le plus grand nombre par le numérique pour participer dès aujourd’hui à la construction de la Tunisie de demain».

Derrière l’entreprise, un homme des anciens temps certes, mais qui croit en les valeurs des nouveaux temps qu’impose la nouvelle conjoncture que vit la Tunisie. Marwane Mabrouk investit en effet encore dans l’entreprise en poursuivant son combat judiciaire contre la confiscation qu’il a toujours considéré comme injuste, il a néanmoins maintenu et poursuivi le développement de l’entreprise.

Une entreprise qui offre de l’emploi à 1.200 personnes de manière directe et 4.500 de manière indirecte, dont un grand nombre de titulaires de diplômes universitaires. Une entreprise qui ne gagne toujours pas d’argent, mais gagne en notoriété dans le domaine social et sociétal. Une entreprise qui aide à l’enseignement en mode 21ème siècle, qui forme dans le numérique. Une entreprise qui ne donne pas le poisson mais apprend comment le pêcher. Les jeunes Tunisiens de la Startup «TryBionic» l’ont compris. L’équipe a contribué à la fabrication d’une prothèse bionique semi-intelligente destinée aux personnes amputées d’un membre supérieur. Il a été couronné lors du dernier «Orange Summer challenge» et sera même accompagné pour la commercialisation de son invention.

  • 11 000 codeurs formés, 650 déjà recrutés, 3 incubateurs, des ODC, des OTC et des Fab Labs

A la remise des prix de l’édition 2018 de l’Orange Summer Challenge présidé par Marwane Mabrouk, cette initiative qui fêtera bientôt son 10ème anniversaire, qui «s’est très vite accompagnée de l’idée de créer une école du Code qui a participé à l’émergence d’une pépinière de qualité de plus de 600 ingénieurs qui ont trouvé rapidement le chemin de l’emploi en Tunisie et ailleurs. Le succès aidant, Orange Tunisie a ouvert trois nouveaux centres d’incubation, les Orange Tech Club, au Kef à Nabeul et Sousse». Une communauté de 11.000 codeurs, formés en partenariat avec 25 universités, par des experts nationaux et internationaux dans les ODC (Orange Developer Center) et les OTC (Orange Tech Clubs) au sein d’universités de toutes les régions du pays. Au bout de 28 journées de «Speed Recruiting», 95 % des 650 formés ont pu être recrutés par des entreprises, locales et étrangères. Et M. Mabrouk de saluer «le partenariat stratégique mis en place avec le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, qui a permis à 11.000 étudiants de 25 universités d’accéder à la connaissance des dernières tendances technologiques transmise par nos experts ». Et d’annoncer que «Orange Tunisie appuyé par le groupe Orange peut avoir la fierté d’être le premier initiateur d’une telle démarche RSE en Tunisie, démarche engagée dès le lancement de son activité d’opérateur télécom en 2010, et d’avoir entrainé avec elle toute une série d’initiatives RSE dans le pays».

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Première du genre, après une rencontre du chef de l’Etat, Béji Caïed Essebssi (BCE) avec le «Ider», (pour Leader, dans la bouche d’un député de Nidaa Tounes) du parti Islamiste Ennahdha, Rached Ghannouchi (RG), qui s’était déroulée dans un silence assourdissant.

Pour le Palais de Carthage, c’est comme si cette rencontre n’avait jamais eu lieu. Aucun communiqué, ni officiel, ni officieux, n’avait été publié à ce propos. Une rencontre pourtant qui intervenait après une réunion de la Choura d’Ennahdha qui avait décidé de maintenir son appui au chef du gouvernement et contre BCE et l’UGTT qui demandaient sa tête.

Première, dans le sens où ce n’est pas la présidence de la République qui parle du contenu de cette réunion RG-BCE, mais la porte-parole du parti de son fils Hafedh, la syndicaliste Ons Hattab. Dans un communiqué signé par elle, Ons précisait que la rencontre s’était déroulée «à la demande de RG» qui l’aurait informé des résultats des délibérations du Conseil de la Choura (et donc, de sa décision de maintenir son appui à son rival Youssef Chahed). Façon de dire que BCE, l’autre «Ider» d’un parti qui avait été «Ider» des législatives de 2014, ne reniait pas ce qu’il avait dit d’Ennahdha, qu’il s’en est aussi lavé les mains et ne chercherait pas à la retourner contre Youssef Chahed.

Et Nidaa Tounes d’ajouter, au nom du chef de l’Etat, comme s’il n’avait plus de service de communication ou de porte-parole, que «l’acceptation de la demande d’audience de RG entrait dans le cadre de son ouverture et son accord à rencontrer tous les citoyens». On comprendrait alors que BCE aurait reçu RG, non pas en tant que président de parti politique, mais en tant que simple citoyen. Et la porte-parole de Nidaa qui écoutait manifestement aux portes, d’ajouter que «la position officielle (Ndlr : De Nidaa) par rapport à Ennahdha, reste la fin du consensus tel que déclaré par BCE dans son discours du 24 septembre».

Parlant toujours au non de BCE, la porte-parole de Nidaa Tounes a précisé que «le chef de l’Etat a affirmé que ses relations personnelles avec RG n’ont rien à voir avec la position claire vis-à-vis d’Ennahdha». Fin de citation et fin, répétée au nom du père par le fils, du consensus BCE-RG.

  • L’Ider d’Ennahdha, saint ou simple d’esprit ?

Ne voulant certainement pas laisser le terrain vide au seul Nidaa, le parti Islamiste d’Ennahdha se fendait, lui aussi le lendemain, d’un communiqué sur le même sujet de l’audience BCE-RG. Et c’est un autre contenu, complètement différent, qu’on y retrouve. En effet silence d’abord sur qui a cherché à voir qui. Toujours selon le communiqué d’Ennahdha, «le président du mouvement a réitéré l’intérêt du mouvement pour l’option du consensus et de la consultation sur la scène politique tunisienne, en particulier parmi les institutions exécutives de l’Etat, augmentant ainsi les chances de surmonter les défis et offrant un climat approprié pour que les élections se déroulent dans les meilleures conditions». On comprendrait ainsi qu’Ennahdha tiendrait au consensus, mais à la stabilité gouvernementale aussi et que RG en a informé BCE.

Le communiqué d’Ennahdha n’a rien dit de la réaction de BCE aux propos conciliants de son vieux compagnon des chemins tortueux de la politique. On comprendrait cependant presque que BCE n’a pas rabroué RG, comme l’a fait bien comprendre le communiqué de Nidaa. «Pour sa part, le président a insisté sur son souci d’édifier l’État, de défendre l’intérêt public, de faire respecter la loi, et aussi son refus de tout dérapage. Le chef de l’Etat s’est aussi montré préoccupé par les difficiles conditions économiques et sociales du pays et de la nécessité de conjuguer tous les efforts pour les alléger. Le chef de l’Etat a aussi renouvelé son respect de toutes les composantes de la scène politique, y compris le parti Ennahdha ».

Force est de constater, après cette brève lecture croisée d’un même évènement qui n’en était pas un, que BCE a été présenté par le communiqué de Nidaa comme le chef de parti alors qu’il répète qu’il ne le préoccupe plus. Ennahdha l’a par contre présenté comme le chef de l’Etat qu’il est et en a ainsi parlé. Il y a des jours où l’on se demanderait dans quel parti se trouvent les simples d’esprit !

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Quelques remarques-repères pour commencer. Beaucoup l’ont dit à Youssef Chahed (YC). Si ses soutiens augmentent, ce n’est pas tant grâce aux résultats économiques de sa politique, qui tarderont de toutes les façons à venir quel que soit le chef du gouvernement en place, mais parce qu’un très grand nombre de citoyens en ont, désormais et même depuis quelques mois, marre de devoir se taper un nouveau chef de gouvernement, toute l’instabilité qui précède son choix et tout le statuquo qui viendra après son installation. Et si le fils du chef de l’Etat et son parti n’ont pas voulu croire en les vertus de la stabilité politique, c’est qu’elle ne leur profite pas pour l’instant.

L’une des choses pour lesquelles BCE (Béji Caïed Essebssi) admirait dernièrement RG (Rached Ghannouchi), c’est qu’il lui aurait dernièrement redit son souci de mettre la Patrie avant les partis. On ne sait pas si lui avait certifié la même chose. Le chef du gouvernement n’a en effet plus de parti, depuis que Nidaa Tounes a gelé son adhésion.

Il ne fait pourtant aucun doute que ni BCE, ni RG n’appliquent ce qu’ils disent ou aimeraient entendre de leurs concurrents. Et même la demande faite à YC de se dessaisir de son droit constitutionnel de candidater n’est pas tant pour l’obliger à mettre la Patrie au-dessus de Nidaa Tounes, qui ne l’accepte plus en son sein, mais juste pour l’éliminer avant terme de la prochaine course aux présidentielles.

On comprendrait que RG le demande à YC, puisque le chef du parti islamiste tunisien a déjà annoncé qu’il sera candidat aux présidentielles de 2019. On comprendrait moins que BCE soit plus appliqué que RG à obtenir le retrait de YC de la course, lorsqu’on sait son âge et qu’on se rappelle les différentes fois où il avait répété que la révolution a été faite par la jeunesse tunisienne et pour elle.

Le ferait-il pour son fils ou pour un autre candidat de son choix ? «Chaque chose en son temps. On en parlera une autre fois», avait déjà répondu BCE, lundi dernier à la journaliste d’El Hiwar Ettounsi, qui ébauchait cette question.

  • Paul Valéry et Karl Marx savaient déjà ce qui se passe en Tunisie

On aurait pu le dire nous-mêmes. Le rapporter tel que dit par un journal étranger, c’est essayer de traduire le ressenti de la situation politico-tunisienne hors nos frontières et chez nos bailleurs de fonds, alors que toute la sphère politicienne semble trouver cela normal.

«Les réformes économiques en Tunisie risquent d’être mises à l’écart par une querelle entre les principaux dirigeants», affirme à juste titre le site de Bloomberg à propos de ce qui se passe depuis quelques mois en Tunisie.

Citant l’analyste politique du cabinet de conseil londonien Energy Aspects Riccardo Fabiani, Bloomberg dit que «le résultat final, est que les manœuvres politiques avant les prochaines élections, auront la priorité sur toute autre chose. Tout espoir de réformes ou de mesures significatives sera anéanti».

Depuis quelques mois en Tunisie, en effet, on ne parle plus économie que dans l’urgence de faire face à une catastrophe, naturelle comme ce fut le cas à Nabeul, ou humaine comme à chaque fois que le FMI risque de fermer les portes de ses crédits à la Tunisie.

«La politique étant l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde», comme le disait l’écrivain et philosophe français Paul Valéry, la politique a repris le dessus en Tunisie depuis plusieurs mois et devient même le menu principal, sinon l’unique, de tous les plateaux TV et radio. L’explication réside, à notre sens, dans ce que disait depuis 1818 Karl Marx. «Toute classe qui aspire à la domination, doit conquérir d’abord le pouvoir politique pour représenter à son tour son intérêt propre comme étant l’intérêt général».

C’est le cas actuellement en Tunisie, selon nous, des partis politiques aux différentes organisations syndicales et patronales, et en tête l’UGTT qui voudrait refaire la révolution, sans oublier les différents lobbies à l’intérieur de l’ARP.

  • «Homme politique, c’est une profession où il est plus utile d’avoir des relations que des remords». Dixit : Coluche

Du coût, on oublie allègrement que c’est la banqueroute des caisses sociales qui est derrière les pénuries de médicaments et les retards des retraites. On oublie que c’est le déficit commercial et celui de la balance de paiement qui sont derrière la baisse de la valeur du Dinar tunisien. On oublie que ce sont les innombrables hausses salariales et les grèves interminables dans le bassin minier qui sont derrière le déséquilibre et le déficit budgétaire. On oublie enfin que c’est le manque de production et la disparition de la productivité qui sont derrière l’endettement et l’assèchement des ressources de l’Etat. Personne n’est plus disponible pour aider financièrement l’Etat et chacun utilise des arguments politiques et politiciens, pour expliquer ce refus, comme nous l’ont déjà signalé les Français lorsque le chef du gouvernement était allé à Paris demander leur aide.

Du coup, on oublie aussi toutes les réformes qui devaient redresser tout cela et remettre la croissance sur un bon trend haussier. Les deux pans de l’Exécutif se déchirent à satiété, l’un empêchant l’autre de se concentrer sur ce pourquoi il avait été choisi, pour pouvoir utiliser cette incapacité en argument politique pour le dégager. Les partis politiques, non concernés par ces disputes politiciennes, regardent et laissent faire, car incapables de faire. Les députés de l’ARP se retrouvent dans l’œil du cyclone de la guerre BCE/YC et n’ont plus le temps de se remettre à leur travail législatif, pour étudier et adopter, pour faciliter le travail du gouvernement à remettre l’économie tunisienne sur pied. «Pas moins de 92 projets de loi sont actuellement bloqués à l’ARP, ce qui freine tout projet de réforme. Parmi les projets bloqués, l’un en rapport avec l’inscription de la Tunisie sur la liste Gafi». C’est ce qu’a indiqué le chef du gouvernement, Youssef Chahed, le lundi 10 septembre 2018, en marge d’une réunion sectorielle avec des directeurs de journaux.

فبحيث dans la Tunisie de ladite révolution,، c’est en effet «le Parti avant la Patrie». Si ce n’est pas pour des raisons partisanes ou idéologiques, c’est pour des raisons purement personnelles. «Point à la ligne», comme disait le chef de l’Etat, lundi dernier à la télévision

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C’est un chef de l’Etat aigri face à ce qui se passe sur la scène politique, impuissant devant son fils et la crise de son parti, désenchanté par le chef du gouvernement qu’il a nommé. Il tentait, pendant 70 minutes, de ne rien laisser transparaître, en essayant, à plusieurs reprises, de prendre le dessus sur la journaliste en face de lui, jusqu’à parfois l’agresser après avoir essayé de la flatter par son discours sur la liberté de la femme et son rôle, qu’on redécouvrait hier soir sur Alhiwar Ettounsi.

BCE donnait l’impression de s’être trompé de plateau et pensait s’y trouver pour faire un discours et non pour répondre à des questions. «Je ne suis pas venu discuter avec vous, mais pour parler au peuple tunisien qui m’a élu. Et vous n’êtes qu’un outil pour …». Plus tard, il lui dira qu’elle ne comprend rien à la politique et la traitera même de partisane, l’obligeant à corriger avec le sourire, que «je n’ai aucun lien avec Ennahdha».

Pour lui, le processus démocratique est en danger, car il reste inachevé. Il dira plusieurs fois son inébranlable décision de le terminer. «Les élections se tiendront en temps convenu, je le confirme et j’y veillerai jusqu’à ma mort, comme je l’ai fait pour les municipales», annonce-t-il tout fier.

Questionné s’il compte candidater, BCE dit comme à son habitude la chose et son contraire. «J’ai le droit de candidater», affirme-t-il, avant de se raviser pour dire que «cela dépendra des conditions et on en parlera en temps voulu». Et le chef de l’Etat d’adresser une pique à celui dont il avait dit quelques instants auparavant que «malheureusement les préparatifs pour les présidentielles ont commencé deux années avant l’heure et on ne peut empêcher personne de candidater, car c’est un droit constitutionnel (…)», que «j’encourage tous ceux qui voudraient le faire. Mais il n’est pas sûr que tous ceux qui se porteront candidats réussissent et ce n’est pas tous ceux qui y ont droit, qui doivent postuler. C’est selon la conjoncture». Suivez, si vous y parvenez, son regard.

  • Droit dans ses bottes de père, BCE dédouane son fils et le met en garde, sans lui conseiller de partir

«Je le connais celui-là », dit-il en scrutant la photo de son fils Hafedh Caïed Essebssi. Et de répondre à la remarque de Meriem Belkadhi sur les difficultés de Nidaa Tounes qu’il a mis entre les mains de son fils, en dédouanant ce dernier. «Tous les partis sont dans le même état », citant l’exemple du parti du «Professeur» et «Docteur Moncef Marzouki», selon ses dires, et dont le mouvement a explosé en mille morceaux.

Et BCE de recentrer ensuite ses propos. «Nidaa Tounes n’est certes pas dans la meilleure de ses formes. Mais le problème n’est pas Hafedh en lui-même. C’est un citoyen comme les autres et mon fils, quand il est à la maison. Ailleurs, c’est un Tunisien comme les autres». Façon de dire qu’il n’est en aucun cas responsable de ce qu’il fait ou de ce qu’il est devenu, avant de démentir tout ce qui se dit sur l’héritage politique ou le népotisme. «Tout cela est faux et c’est injuste» en prenant le Coran à témoin, avant d’ajouter que «ce n’est pas moi qui ai nommé mon fils à Nidaa Tounes, et je ne suis pas content de son rendement, comme pour le reste des partis politiques. Je ne le défends pas pour autant. Nidaa, je l’ai quitté et depuis, je n’y ai plus remis les pieds par respect à la constitution».

  • «Attention aux Monastiriens ». Dixit BCE à HCE

Et si HCE n’était pas le fils du président, y resterait-il, l’interroge la journaliste. «Et qu’est ce qui empêche ceux qui n’en veulent plus de le lui dire et de le changer», lui répond BCE, toujours droit dans ses bottes de géniteur. Un sentiment qui le pousse instinctivement à mettre en garde son fils, contre ses ennemis. Et de lui dire, après un rappel historique de ce qu’avaient fait les Monastiriens à Bourguiba, que «les gens de Monastir sont contre toi [Ndlr : Allusion faite aux deux députés de Monastir qui s’étaient retournés contre HCE, notamment Jalel et Anis Ghédira]. Si tu veux m’écouter, faits attention à eux. Ils ont dégagé Bourguiba avant toi. Si tu veux sortir, faits-le en toute dignité, avant qu’on te dise …».

Il changera pourtant de sujet, lorsque la journaliste lui demande s’il conseillait à son fils de quitter Nidaa Tounes. Plus haut, il disait que «personne n’est irremplaçable. Même s’ils partaient tous les deux [Ndlr : Youssef Chahed et Hafedh Caïed Essebssi], la Tunisie ne s’en ressentira pas. Point à la ligne. La Tunisie regorge de compétences, nettement meilleures. Je ne pleurerais pas s’il le faisait, mais je ne lui conseillerai rien», dit-il avant de botter en touche lorsque la journaliste insiste. «Posez-moi une autre question», lui dit-il.

  • Chahed, l’épine dans le pied de BCE qui ne sait trop comment l’enlever

De Youssef Chahed, chef du gouvernement, il dira «c’est moi qui l’ai choisi et je crois avoir bien fait. Il fait son devoir autant qu’il peut. Qui lui a demandé de partir ? Personne. Moi je n’ai pas de problèmes avec lui. C’est moi qui l’ai amené. Je suis le responsable, mais je n’ai pas les outils pour l’assumer». Un discours d’une rare perplexité, digne d’un Bajbouj. Le chef de l’Etat, y encense son rival qu’il voudrait de tout cœur partir. Il endosse la responsabilité de l’avoir nommé, mais regrette à la fois de le faire, en invoquant le manque de moyens pour le renvoyer.

Suite aux questions insistantes de Meriem Belkadhi, il finira par dire ce qu’il a vraiment sur le cœur à propos de Youssef Chahed. «Le chef du gouvernement n’est pas élu. Sa légitimité vient de l’ARP. Ceux qui veulent son départ, car il n’a pas une bonne gouvernance, ne sont pas n’importe qui et ne sont pas du petit nombre. Ennahdha a dit non. Je lui ai conseillé d’aller à l’ARP requérir un vote de confiance. Lui, il ne veut pas. Je ne peux pas l’obliger à partir. Il n’a pourtant pas de légitimité. S’il va à l’ARP, il aura son vote de confiance. Je l’espère pour lui. Si l’ARP le lui accorde, tout le monde se taira. Il le peut, d’autant qu’il dispose d’un bloc parlementaire suffisant avec Ennahdha». Et s’adressant à YC, «S’il vous plait, allez à l’ARP et fermez ce dossier (…). On croirait presque que BCE serait content que l’ARP maintienne le chef de gouvernement dont il ne veut pourtant plus. Il pousse même le bouchon plus loin, en affirmant sur un ton des plus convaincus, que «si j’avais quelque chose contre lui, j’aurais invoqué l’article 99 de la Constitution. Mais on ne m’y poussera pas et je ne le ferai pas».

  • BCE, le Kasparov de la scène politique tunisienne

Apparait ensuite BCE le stratège et magnifique joueur d’échecs en politique, lorsqu’il laisse planer un doute sur sa décision de ne pas faire appel à l’article 99. «Peut-être un autre jour, mais aujourd’hui, non et il n’y a rien de définitif en politique. Tout peut changer».

BCE avoue ainsi son impuissance à renvoyer Youssef Chahed. Mais n’exclut pas de le faire, si les conditions changeaient. Ces conditions se résument dans la fin du consensus entre lui et Rached Ghannouchi de manière soudaine et surprenante. «A la demande d’Ennahdha, le consensus est fini. Ennahdha s’est lavé les mains de Béji Caïed Essebssi et les relations BCE/RG sont rompues entre nous, à la demande d’Ennahdha. On commence une nouvelle aventure et je n’y suis pour rien», dit-il plein de remords, de remontrance et de non-dits et manifestement très touché par la position du chef d’Ennahdha lors de leur rencontre et dont rien pourtant n’a filtré. Par la même occasion, BCE retourne la veste contre son ami de Paris et voudrait, ce faisant, redonner espoir aux partisans de Nidaa Tounes, mécontents de l’alliance Ennahdha-Nidaa, que leur parti a entendu leur message et rectifie ses choix en conséquence.

BCE n’a donc certes pas pu dégager son «fils indigne », mais ne désespère pas encore de le faire. Il suffirait de peu et le doute persiste, d’autant qu’Ennahdha a vite fait de réagir à la colère de BCE, par un communiqué où il réaffirme son attachement au consensus avec le chef de l’Etat. Youssef Chahed aura ainsi gagné, une bataille, mais pas la guerre avec Béji Caïed Essebssi !

  • L’UGTT. L’autre carte de BCE contre Youssef Chahed

Dans cette guerre froide entre BCE et Chahed, le chef de l’Etat tient aussi une autre carte. Il s’agit du puissant syndicat. «On ne peut pas ignorer UGTT, c’est un pilier du pays. Je soutiens l’UGTT pour ses revendications légitimes», dit-il avec une assurance qui laisserait presque croire que la centrale syndicale est en parfaite harmonie avec une partie de l’Exécutif et à la fois contre la seconde partie du même Exécutif.

Le conflit est actuellement à son apogée entre gouvernement et UGTT, sur les questions des salaires des fonctionnaires et de la restructuration de l’ensemble des entreprises publiques, lourdement déficitaires. Et c’est à ce sujet que l’UGTT a annoncé une grève générale. BCE montre même qu’il a tout sous contrôle à ce sujet. «Attendons voir si elle va avoir lieu. La menace de grève ne vaut pas grève. La grève générale est un casus belli. Ils [Ndlr : les syndicats] doivent tenir compte des intérêts des gens».

Cela ayant été dit, BCE montre à Chahed et ceux qui le soutiennent qu’il n’a pas tout perdu de ses pouvoirs et qu’il pourrait, s’il le voulait, lui éviter l’affrontement avec l’UGTT. Il n’en fait pas moins une carte dans son jeu politique.

«Je ne sortirai que pas la grande porte. J’assume mes responsabilités. 1,737 millions de voix m’ont choisi et je continuerai à exercer mes prérogatives». Dixit Béji Caïed Essebssi que tout oppose encore à Youssef Chahed. Pour beaucoup d’observateurs, BCE a raté son oral et aurait mieux fait de se taire. Il n’en reste pas moins vrai que le vieux briscard de la politique n’a pas encore dit son dernier mot. Pour le pays, «Business as usual». Pour les politiciens «The war-show is going on» !

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Que va-t-il encore dire ?

Le chef de l’Etat devrait donner une nouvelle interview, comme d’habitude à une chaîne TV privée, comme s’il voulait encore déconsidérer les médias publics. Comme d’habitude aussi, l’interview devrait être enregistrée et on le déplore. On craint cependant qu’elle soit faite en direct, car on n’est pas sûr qu’il ne dérape pas, comme il l’a presque toujours fait avec la presse locale.

Autre souci, le fait que le nonagénaire chef d’Etat oublie de parler de la catastrophe naturelle qu’ont connue quelques unes des régions du pays qu’il dirige et pour qui, l’empathie ne suffira pas, mais qui ne comprendra pas que le chef de l’Etat ne le fasse pas. Au cas où cette interview serait diffusée comme il est prévu sur Elhiwar Ettounsi lundi à 19, et aborderait la crise politique et la guéguerre entre son propre fils et Youssef Chahed, elle marquera discordance totale entre un chef de l’Etat, sur ses « trentains »(terme originel dont est tirée l’ expression « sur ses trente-et-un »)l devant les caméras et qui palabre de questions presque familiales, et un chef de gouvernement en jean et blouson, dévoué à la tâche sur le terrain, consolant ses concitoyens et s’employant à trouver des solutions à leurs problèmes.

Le chef du gouvernement, ce matin du 23.9.2018, à Nabeul et Takelsa et au siège du gouvernorat

A quelques 32 ans moins 3 jours, c’est presque la même image d’une fin de règne, lorsqu’en cette fin de septembre 1986, le premier ministre d’alors, Rachid Sfar, accompagné du ministre de l’Intérieur Zine El Abidine Ben Ali, se rendait en bottes dans les zones sinistrées de la même ville de Nabeul, pour y constater les dégâts et essayer de trouver des solutions.

Mais revenons à nos moutons ! Le chef de l’Etat tunisien parlera donc ce soir. Mais que va-t-il dire ?

Tout le monde s’accorde à penser qu’il sera sur Elhiwar pour parler de la crise politique, nationalement partisane, de la guerre de son fils Hafedh pour dégager Youssef Chahed, ainsi que de la grave crise que vit le parti qu’il a imprudemment légué à son fils. Contre ce dernier, se lègue même grand nombre de membres de Nidaa Tounes. Son propre porte-parole appelle désormais à ce que HCE quitte Nidaa.

BCE parlera certainement aussi du chef de gouvernement. Un Youssef Chahed qui a repris du poil de la bête, qui a su et pu résister à toutes les tentatives visant à le congédier de La Kasbah, comme le constatent aussi bien ses amis que ses ennemis. Certains prédisent que BCE pourrait, lundi soir, annoncer vouloir recourir à l’article 99 de la Constitution. BCE pourrait perdre son pari sur le vote de confiance et Youssef Chahed pourrait s’y être déjà préparé par l’important bloc de députés qu’il s’est constitué sur le dos de Nidaa Tounes où les démissions s’étaient rapidement succédé la semaine dernière. Il pourrait aussi remporter son pari, si le parti islamiste Ennahdha décidait à la dernière minute de faire faux bond, totalement ou en partie, à Youssef Chahed.

BCE pourrait aussi annoncer que son héritier Hafedh décidait de quitter son poste de directeur exécutif et de s’en remettre au vote du prochain congrès. Mais cela reste fortement improbable. Sinon, il devrait passer la plupart de l’interview à «bajboujer», à tourner autour du pot, à éviter les questions pièges et à ne donner que l’illusion de réponses claires et déterminées. BCE n’a pas trop de marge pour décider en lieu et place de Youssef Chahed et de l’ARP. Et il le sait !

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L’ONU met son nez dans la loi de finance ! Et puis quoi encore !

Le Rapporteur Spécial des Nations Unies sur le droit de réunion pacifique et d’association, Clément Nyaletsossi Voule, effectuera une visite officielle en Tunisie du 17 au 28 septembre 2018. «Mon but est d’identifier les progrès effectués depuis la révolution de 2011 en matière d’exercice des libertés de réunion pacifique et d’association ainsi que les défis rencontrés afin de garantir la pleine jouissance de ces droits par le peuple tunisien», a déclaré le Rapporteur spécial Clément Voule. Et le responsable onusien de préciser que «un certain nombre de questions seront examinées [Ndlr : pendant cette réunion organisée à l’initiative tunisienne, précise le bureau de l’ONU à Tunis pour Africanmanager], telles que la loi de finance 2018 qui a provoqué les manifestations de janvier de cette année. En outre, le projet de loi relatif au registre national des entreprises ainsi que le décret-loi 88-2011, qui régit les associations en Tunisie, constitueront également des points centraux de la visite». Ça, c’est une première mondiale. On n’a pas encore vu, d’après nos connaissances journalistiques, l’institution onusienne mettre le nez dans les lois financières, même du plus pauvre ou du plus dépendant des pays africains et encore moins de l’Asie ou l’Europe !

Pourquoi alors Clément Nyaletsossi Voule ne viendrait-il pas désormais siéger au Conseil des ministres, se prendre un bureau chez le ministre des Finances ou même siéger à l’ARP, pour veiller à ce que la prochaine loi de finance ne perturbe pas le libre exercice des libertés de certains Tunisiens, mécontents de tout, qui ne travaillent pas et ne laissent pas les autres travailler ?

Cette autre liberté n’intéresse-t-elle pas l’ONU dont d’autres institutions (FMI et Banque Mondiale) financent un pays où certains usent et abusent de certaines libertés jusqu’à mettre en grave péril ses chances de reprise économique et de sortie de la grave crise financière, pour que le FMI et la BM puissent convenablement récupérer leurs crédits sans mettre en péril son indépendance comme en 1881 ? N’est-ce pas de l’interventionnisme pur et simple dans la liberté du gouvernement de prendre les mesures nécessaires au développement de l’économie du pays ?

Clément Nyaletsossi Voule notera-t-il dans son prochain rapport que la liberté de chacun s’arrête là où commence celle des autres ? Y parlera-t-il du droit de grève qu’utilise depuis quelques années la centrale syndicale primée par le Nobel de la Paix, pour empêcher aussi bien la transition politique qu’économique de la Tunisie ? Les témoignages internationaux de ce dérapage sont pourtant nombreux. Y prêtera-t-il attention lorsqu’il rencontrera, peut-être, Noureddine Taboubi et son UGTT qui avait tout fait pour éliminer le droit au travail dans la Constitution et même de réglementer le droit de grève, pour qu’il ne devienne pas l’instrument de destruction économique qu’il est désormais en Tunisie ?

Va pour la liberté de disposer de son corps pour les gays et lesbiennes, comme le voudrait l’Europe. Va aussi pour toutes les libertés contenues dans le rapport de la Colibe. Mais Voule ira-t-il parler aux associations de défense des libertés qui s’étaient trompées en prenant le parti de terroristes, libérés après la révolution et qu’on a vite fait de retrouver derrière d’autres actes terroristes après la révolution aussi ? Parlera-t-il à ces autres associations de défense de je-ne-sais-quoi et de leurs libertés d’embrigader des jeunes pour tous les foyers de tension du monde ? Cela aussi est une liberté. Voule la défendrait-elle, alors que son ONU voit chaque jour les dommages sanglants de ces associations dans la chair et sur la liberté des populations du Sahel et même en Libye voisine ? L’ONU n’avait-elle pas applaudi aux interventions, américaine et française, en Libye et les dégâts qu’en a subis et subit encore la Tunisie où il vient contrôler le bon exercice des libertés ? Contrôlerait-il aussi la bonne application de ces libertés et en ferait-il mention dans son rapport ?

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