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Khaled Boumiza

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Les banques tunisiennes semblent rester aussi performantes et enregistrent toujours plus de bénéfices. En effet, en 2018, les 17 banques, publiques, privées et de toutes tailles, ont dégagé un résultat net bénéficiaire de plus de 1,230 Milliard DT. Un chiffre qui dépasse celui de l’exercice 2017 (1,066 Milliard DT) de 164 MDT.

L’explication réside, partiellement, dans les emprunts de l’Etat en BTA, dans le coût de l’argent, vendu par la BCT aux banques moins cher que le Taux directeur et revendu par les banques à leurs clients, plus cher qu’à l’achat. L’explication est aussi dans le taux d’intérêt, augmenté par les banques, suite à l’augmentation par la BCT de son taux directeur. Il se pourrait cependant, à en croire Marouane El Abassi, que 2019 signe la fin d’une époque pour la grande majorité des banques tunisiennes.

«L’année 2019 sera une année morose pour les banques de la place à cause de la rareté des liquidités», dans la mesure où leurs bénéfices devraient baisser et qu’elles ne gagneront pas autant d’argent qu’en 2018, a ainsi dit en substance, lundi 13.5.2019 lors d’une séance d’audition tenue par la commission de la législation générale à l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), le gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), Marouane El Abbassi.

  • Aux banques de se désintoxiquer de l’addiction au refinancement

Ce dernier pourrait très bien n’être qu’un simple lanceur d’alerte, pour que les banques tunisiennes changent dès maintenant leur business model et s’orientent plus vers une meilleure diversification de leurs ressources. En quelque sorte se désintoxiquer de l’addiction aux ressources faciles du refinancement, et elles ont entamé cette cure.

En effet, «au cours du quatrième trimestre de l’année 2018, le besoin moyen des banques en liquidité a poursuivi sa croissance, mais à une cadence moins accentuée que les trimestres précédents de l’année, augmentant de +481 MDT seulement en variation trimestrielle, contre +1.689 MDT, +1.724 MDT et +1.821 MDT respectivement aux troisième, second et premier trimestres de l’année, pour atteindre 16.161 MDT en moyenne. Ce ralentissement porte la marque d’une nette diminution des besoins des banques de 342 MDT au dernier mois de l’année 2018», remarquait déjà la note de conjoncture de la BCT.

Il n’en demeure pas moins vrai qu’il existe un réel problème de manque de liquidités en Tunisie. Le gouvernement tempère ce constat, car il est l’une des causes de l’assèchement de cette liquidité, par le volume de BTA émis sur la place financière locale. Un gouvernement qui plus est emprunte pour financer un budget dont les différents paiements et règlements retourneront ensuite dans le secteur parallèle, le consommateur ne croyant pas encore aux nouveaux moyens de paiement, notamment électroniques.

A ces ponctions gouvernementales répétées, et en One-Way, de la liquidité, il faudra ajouter l’énorme somme d’argent qui a toujours été hors des circuits bancaires traditionnels. Et d’ailleurs même pour l’Etat le volume des BTA a baissé, à cause du coût de ces ressources qui devient élevé, privant du coût les banques d’une partie des bénéfices.

Pour 2019 donc, les banques devraient voir baisser leurs encours de crédits, et donc leurs marges. Elles devraient donner moins de crédits, pour simple cause de cherté de ce crédit. Pour ce qu’elles donneront, elles le feront sans le filet de sécurité de la BCT qui devrait, au contraire, jouer le rôle de gendarme.

D’autres analystes sur la place boursière, pensent cependant, que les banques continueront à gagner de l’argent, qu’elles ont encore de la marge notamment la marge d’intérêt. Les marges d’intérêts des banques sont encore assez confortables et que les anciens crédits accordés par les banques, génèreront encore des intérêts pour de longues années encore. L’un d’eux a même estimé qu’elles ont encore 500 points de base de marge. «Il n’ y aura certes plus des taux de croissance des bénéfices de 20 %. Mais je mets ma main au feu qu’il y aura toujours croissance à 10 % ou un peu moins», affirme un autre intermédiaire boursier.

Pour l’instant, les indicateurs du 1er trimestre 2019 des banques, montrent plutôt une continuité dans la hausse. Il faudra attendre les bilans intermédiaires des six 1ers  mois de l’exercice 2019, pour trancher quant à la véracité de ce Warning du gouverner de la BCT, dont l’objectif pourrait n’être que d’attirer l’attention sur la nécessité de changer de modèle.

  • La BCT resserrera ses contrôles et sera plus vigilante

Cette crise de liquidité devrait, en plus, être accélérée par le contrôle que compterait faire la BCT sur la qualité du service, les risques de transformation et notamment le respect du ratio «Loan-to-Deposit» d’un max de 120 % alors qu’il était à 150 et même à 170 % chez certaines banques, conduisant à des risques de transformation. Des banques pourraient même être classées en PDR (Payeur de dernier ressort) et ne seront plus au même niveau que les banques en matière de refinancement auprès de la BCT.

Cette dernière compterait aussi, selon nos informations, resserrer encore plus le refinancement. Cela ne sera cependant pas fait par une nouvelle hausse du taux directeur. Elle n’en aurait jusqu’à présent pas besoin. En effet, avec un TMM à 7,83 % (Chiffre au 15.5.2019) et l’inflation à 6,9 %, la BCT réalise pour la 1ère fois un écart positif de 90 points de base, et l’argent est vendu plus cher que l’inflation. Un scénario qui traduit une meilleure cohérence de la politique monétaire, actuellement conduite en Tunisie.

  • Des banques plus inventives et mieux rémunératrices des dépôts

Les banques tunisiennes sont ainsi appelées à changer de modèle économique. Un modèle qui compte jusque-là sur les ressources des dépôts de la clientèle. Des ressources non rémunérées, ou mal rémunérées, à l’image d’une épargne dont la rémunération ne couvre même pas le coût de l’inflation. Un nouveau modèle dont la naissance pourrait même être en césarienne et occasionner des dégâts. Mais un nouveau modèle où les banques doivent mieux s’armer pour la collecte des ressources les moins chères.

Les lignes de crédits de bailleurs de fonds étrangers qui ciblent par exemple les PME ne coûtent pas cher, mais ne rémunèrent pas les banques comme elles le souhaiteraient. Elles gagneraient cependant à se faire mieux connaitre et mieux utilisées par les banques tunisiennes.

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Les résultats des échanges commerciaux de la Tunisie avec l’extérieur, aux prix courants durant les quatre premiers mois de l’année 2019, montrent que les exportations ont augmenté de 16,5% (+32,8% durant la même période de l’année 2018). C’est ce que rapporte l’INS, qui précise que les exportations ont atteint le niveau de 15776,3 MDT contre 13542,6 MDT durant les quatre mois de l’année 2018.

  • La Tunisie exporte plus, mais importe aussi plus, de phosphate

De même, ajoute l’INS dans un communiqué en date du 10 mai 2019, les importations ont enregistré une hausse de 18,7% (+21,3% durant la même période de l’année 2018). Les importations ont ainsi atteint la valeur de 22113,1 MDT contre 18628 MDT durant les quatre premiers mois de l’année 2018. Et l’INS d’en déduire que le déficit de la balance commerciale tunisienne s’est établi à un niveau de 6.336,9 MDT contre 5085,4 MDT durant les quatre premiers mois de l’année 2018.

La balance commerciale tunisienne restait, à fin avril 2019, fortement marquée par l’évolution du secteur des phosphates, que le gouvernement reste jusqu’ici incapable de maitriser. En effet, l’amélioration de 16,5 % des exportations le doit beaucoup à l’accroissement de 87,7% dans le secteur des mines, phosphates et dérivés. Une hausse pour réguler l’optimisme de certains Conseillers, en-de-ça des meilleurs niveaux de juillet 2016 ou juillet 2018. Ajoutons à cela le fait que la hausse de 18,7 % des importations, la balance commerciale tunisienne le doit aussi à une augmentation de 38,1 % du secteur des mines et phosphate.

Autres détails, dans ces chiffres du commerce extérieur tunisien, pour les 4 premiers mois de 2019 : D’abord les exportations en produits d’alimentation, qui baissent de 12 %, alors que l’importation augmente de 18,6 % ; ensuite les importations en biens de consommation qui augmentent de 15,7 %. La Tunisie en a importé plus qu’en 2018 et plus qu’en 2017. Mais cela pourrait être dû à un effet Change.

  • La Tunisie importe moins de Turquie

Remarquons, tout de même, dans une lecture des chiffres du commerce extérieur tunisien par pays, que les chiffres des échanges commerciaux de la Tunisie avec la Turquie semblent connaitre un changement, plutôt positif, en ce début d’année 2019.

En effet, à fin décembre 2018, la Tunisie avait importé pour 2,740 Milliards DT de marchandises de la Turquie et n’y avait exporté que pour l’équivalent de 433 MDT. Trois mois plus tard, en mars 2019, les importations tunisiennes de Turquie n’étaient plus que de 0,710 Milliard DT et les exportations à 0,053 Milliard DT. Avril 2019, un mois plus tard, les importations tunisiennes de Turquie ont coûté 0,992 Milliard DT et les exportations vers la Turquie montaient à 88 MDT.

Ainsi, si les importations tunisiennes de Turquie semblent avoir marqué le pas et se situent désormais loin des 2 Milliards DT de 2018 (peut-être aussi à cause de la dépréciation de la monnaie turque), les exportations tunisiennes vers la Turquie n’arrivent toujours pas à rivaliser. On est certes un peu mieux que les 53 MDT, mais on reste aussi loin, très loin des 433 MDT de décembre 2018. Cette nouvelle morphologie est d’ailleurs attestée même par les chiffres, en kilogrammes, des importations et des exportations tunisiennes, de et vers la Turquie.

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La première a inauguré un siège flambant neuf de 30 MDT, a creusé son déficit de plus de 10 MDT en une année, et doublé les rémunérations de ses deux principaux dirigeants qui sont le DG et son adjoint. La seconde, dirigée par un retraité qui rempile chaque année, baissait aussi ses résultats et augmentait la rémunération de ses dirigeants. La 3ème aussi, devenue presqu’invendable pour un Etat tunisien qui essaie, vainement depuis quelques années, de se débarrasser d’un canard devenu boiteux.

Les deux autres sont des filiales tunisiennes de prestigieuses banques arabes. Des filiales qui n’arrivent pourtant pas à suivre l’exemple de la maison-mère. Et lorsqu’elles ne sont pas petitement bénéficiaires, elles sont carrément déficitaires.

Et toujours la même remarque. Les responsables de ces banques installées en Tunisie sont très bien payés (parfois dix fois plus que leurs collègues tunisiens) et chaque année augmentés, parfois quel que que soit le résultat. Le monde de la banque a ses raisons que la raison ignore et que le déposant tunisien paie de sa poche !

  • A 2.000 DT/J, un DGA payé 5 fois plus que le DG, pour une banque qui quadruple son déficit

En effet, à la clôture de l’exercice bancaire de l’année 2018, le résultat net de la BTL (Banque Tuniso-libyenne) était déficitaire de 14,484 MDT contre -3,292 MDT en 2017. La banque creuse ainsi, et pas de peu mais de presque 11 MDT en une seule année, son déficit.

Le REB du même exercice était pourtant en hausse, passant à 52,9 MDT en 2018 contre 41,5 MDT en 2017. Le PNB baisse cependant de 2 MDT. Deux postes, des provisions de correction de 13,47 MDT et une masse salariale de 17,479 MDT amèneront à un résultat d’exploitation déjà déficitaire de presque 21 MDT. Et pourtant, dans cette banque mixte, le DG tunisien touchait une rémunération de 364 mille DT alors qu’il ne percevait que 153 mille DT l’exercice précédent. Son adjoint, libyen de nationalité, touchait lui par contre 730 mille DT alors qu’il ne percevait en 2017 que 589,8 mDT.

Conclusion, pour cette banque où l’Etat tunisien est actionnaire avec l’argent du contribuable, les résultats baissent et les baisses se dégradent, mais les rémunérations augmentent et s’améliorent !

La démesure libyenne est, peut-être, plus perceptible chez l’Alubaf (une banque libyenne, résidant en Tunisie, fournissant des services aux entreprises non résidentes et aux sociétés commerciales internationales). En 2018, le résultat net était de 3,626 MUS$ contre 3,004 MUS$ une année plus tôt, après un PNB de 10,791 MUS$, en hausse par rapport aux 8,920 MUS$ de 2017.

Selon les propres commissaires aux comptes, la rémunération du DG est libellée en USD, avec un montant de 581.528 US$. Convertie en DT, la rémunération du DG de l’Alubaf (1,746 444 MDT) pourrait sembler énorme. Comptabilisée en USD, elle reste cependant raisonnable au vu des résultats. On notera aussi que cette banque libyenne vivait, à l’heure de la clôture du bilan, un contrôle fiscal approfondi, pour les années 2015,2016 et 2017 et qui n’a pas encore donné objet à notification financière.

  • Un DG retraité, 2 fois reconduit, à 13 mille DT/Mois pour un tout petit résultat

Pour la Stusid (Société tuniso-saoudienne de banque), devenue la «Tunisian Saoudi Bank» et qui terminait l’année avec liquidité négative de plus de 55 MDT, ce n’est pas de nouveau la perte, mais plutôt un bénéfice qui fond comme neige au soleil, dans un banque mixte dirigée par un retraité. Le DG avait été, pour la seconde fois, reconduit et attend un 3ème mandat d’après retraite depuis le 19 avril 2019. Sa rémunération est augmentée, mais ses résultats ne suivent pas.

A la fin de 2018, le résultat net de 285 mille DT était en effet en baisse de plus de presque 2 MDT d’un coup, après les 2,222 MDT de 2017, pour un PNB de 50,7 MDT et REB de 1,519 MDT miné par deux postes. Le premier, de 15,1 MDT en provisions de correction. Le second, de 22,179 MDT pour les salaires d’une banque qui a fait depuis un plan social assez coûteux. Le DG, reconduit pour la 3ème fois successive après sa retraite, percevait presque 13 mille DT (Brut) par mois en rémunération. Cette dernière était cependant en hausse, malgré les résultats qui laissaient beaucoup à désirer (155,336 mille DT de rémunération par an. En hausse par rapport aux 124,069 mille DT par an en 2017).

Cela n’a rien à voir avec l’autre présence bancaire saoudienne en Tunisie, Albaraka Bank. Le résultat net de cette dernière pour l’exercice 2018, était de 4,222 MDT contre 4,089 MDT en 2017 et après les 3,2 MDT de 2016. Un résultat, somme toute, qui justifierait les 706.968 DT de rémunération annuelle du DG, et son doublement ou presque par rapport aux 434 mille DT de 2017.

Un dossier aurait été constitué pour la cession des parts de l’Etat dans cette banque qui consomme plus qu’elle ne rapporte. Une partie saoudienne, déjà installée sur la place et qui semble avoir la baraka, serait fortement intéressée.

Moins vendable que la précédente banque, la BTE (Banque Tunisie Emirats) n’est pas mieux lotie que la TSB. En effet, l’exercice 2018 s’était terminé avec un RN (Résultat net) de 950 mille DT, pour un PNB (produit net bancaire) de 48,446 MDT, grevé par 2 postes. D’abord des dotations aux provisions et corrections de 12,498 MDT. Ensuite, une masse salariale de 24,293 MDT qui représentait la moitié du PNB. La banque reste certes bénéficiaire, mais reste aussi une petite banque qui n’intéresse pas beaucoup de monde, puisqu’elle n’arrive toujours pas à se vendre.

Au total, les deux DG qui s’y étaient succédé en 2018 ont reçu la somme totale de 177 mille DT. Une rémunération déjà intéressante même en brut. Mais aussi une rémunération qui était en hausse malgré les petits résultats. En effet, en 2017, cette rémunération (toujours en brut) était de 126 mDT.

  • QNB ou le DG qui perçoit une rémunération presqu’égale à tout le bénéfice de la banque

Notons par ailleurs, alors que nous parlons de banques arabes installées en Tunisie, le cas de l’ABC. Banque Internationale filiale du Groupe Bank ABC fondé en 1980 à Bahreïn ; elle réalisait en 2018 un RN (Résultat Net) de 1,974 MDT pour un PNB (Produit net bancaire) de 24,884 MDT et après 40,588 MDT de PEB. Le PNB était essentiellement miné par les 12,339 MDT de frais du personnel. Parmi ce personnel de la banque, le DG. Il recevait en 2018 une rémunération de 719 mille DT, en baisse par rapport aux 769 mDT de 2017. Le RN aussi était en baisse par rapport aux 201 MDT de l’exercice 2017. Ceci expliquerait ainsi cela. Ce n’est pas le cas de la TQB qui choisit de gâter son DG malgré ses piètres résultats.

Anciennement TQB, vendue à la qatarie QNB, la filiale tunisienne de la QNB qui déclarait un actif de 229,1 Milliards USD, n’enregistrait en 2017 qu’un tout petit bénéfice de 1,882 MDT, pour un PNB de 49,844 MDT. Ce dernier était cependant miné par 3 postes. 7,8 MDT pour les dotations aux provisions et corrections, 9,8 MDT frais généraux d’exploitation et 25,9 MDT en frais du personnel. Parmi eux, le DG percevait, en 2017, une rémunération global de 1,709 MDT, presqu’autant que tout le bénéfice de toute la banque !

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La célébration, en cette année 2019, de la fête nationale de l’agriculture et de la pêche, coïncidait avec le 53ème anniversaire de l’évacuation des anciens colonisateurs français des terres agricoles. Ces deux fêtes coïncidaient, de plus, avec toute la polémique née des accords, non encore signés, de l’Aleca entre la Tunisie et l’Union Européenne.

Une polémique qui a pris, il y a quelques jours, un tour sulfureux, après qu’un député du tout petit parti des agriculteurs, a poussé le coup de gueule jusqu’à menacer de fusiller le chef du gouvernement sur la place publique.

Les propos détestables, hautement condamnables (ce que, au passage, n’a fait que le parti Tahia Tounes) et même passibles de prison du député (sauf qu’il a l’immunité, le braillard), devraient pourtant pousser le chef du gouvernement à bien écouter ce cri de détresse, à tort ou à raison, très mal exprimé d’un agriculteur « ours mal léché» et mal converti en politique ». Et pourtant, l’objet de sa grossière, impolie et rustre menace, est loin d’être la source d’inquiétude pour le seul député.

Une soixantaine d’années après la nationalisation des terres agricoles des colons français, la plaie agricole tunisienne ne s’est pas toujours refermée et est loin de cicatriser. Pour le Tunisien, la terre est sacrée, sa vente à l’étranger est interdite et doit faire l’objet d’une autorisation du gouverneur. A plus forte raison, lorsqu’il s’agit de terre agricole.

Economie essentiellement basée sur l’agriculture et les services, la Tunisie a finalement cédé aux sirènes européennes pour l’entame de négociations, pour un Accord de Libre Echange Complet et Approfondi (Aleca). La Tunisie et l’Union Européennes avait signé, en 1995, un accord d’association qui ne prévoyait que le démantèlement des tarifs douaniers sur les produits commerciaux. Avec l’Aleca, les négociations devraient aboutir à éliminer les tarifs douaniers et toutes les protections, pour l’agriculture et les services. Les deux mamelles de l’économie tunisienne.

Il ne fait aucun doute que la Tunisie tirera commercialement profit de ces nouveaux accords. Mais il ne fait, non plus, aucun doute que l’économie tunisienne n’est nullement prête pour ces négociations et qui, plus est, ont lieu au mauvais moment, celui d’une crise économique et financière.

Une très mauvaise conjoncture qui fragilise énormément les capacités de négociation de la toute petite Tunisie avec la grosse entité européenne. D’autant que cette dernière est aussi un des principaux bailleurs de fonds de la Tunisie, et une entité en mal de croissance et inquiète de l’avancée du géant chinois. Une Europe où l’agriculture est fortement compensée et où le souci de la concurrence a maintes fois poussé à la destruction des récoltes. Des récoltes vites remboursée par les instances de l’Union Européenne. Il est important de savoir à cet égard que le budget de la politique agricole commune (PAC) 2014-2020 est de 362 milliards d’euros sous forme de subventions aux agriculteurs européens. Une pratique qui crée des distorsions de concurrence souvent considérées comme contraire aux intérêts des pays en développement, dont la Tunisie.

En face donc, une agriculture tunisienne aux terres morcelées, pas toujours propriétés des agriculteurs, qui ne permettent pas ou mal l’accès au crédit bancaire. Une agriculture qui n’a pas les moyens de sa politique, entre les mains de petites gens et non, ou presque, soutenue par l’Etat qui la laisse seule, sans protections légales, entre les dents de certains gros industriels qui dominent les marchés. L’exemple est celui du lait, à 75 % selon le conseil de la concurrence, entre les mains d’un seul opérateur. Une agriculture tunisienne donc, qui a fort peur de disparaître face aux géants agricoles européens.

En 1995, la Tunisie avait donné à son industrie le temps de se mettre à jour et à niveau, avant de lui démanteler les protections tarifaires et avait même financé cette mise à niveau. L’agriculture tunisienne ne devrait-elle pas aussi avoir un tel temps de répit et aux mêmes financements. Elle devrait aussi être mieux et plus protégée contre les grands groupes industriels et commerciaux, avant de la leur donner en pâture.

C’est, à notre avis, tout cela le sens caché des menaces de l’ours mal léché Tebbini. Un sens que ne doit pas occulter le comportement rustre et impoli du député. Un comportement qui ne devrait pas non plus empêcher le chef du gouvernement de bien écouter le message et de bien y répondre. Youssef Chahed y a certes répondu, ce dimanche, à l’occasion de la journée de l’agriculture.

La réponse reste pourtant atrophiée par le grand déficit de communication sur ce sujet délicat de l’Aleca. Mais aussi, manifestement, par l’absence de stratégie de négociation avec le géant européen, qui y pousse la Tunisie au très mauvais moment.

De plus, mettre l’avenir de tout un pan de l’économie tunisienne, qui représente à lui seul au moins un point de croissance par an, entre les mains d’un seul ministre, ne nous semble pas une bonne idée. Il existerait bien une plateforme multisectorielle chargée de faire remonter les doléances de tout le monde aux négociateurs.

Il nous semble plus logique, la sensibilité de la chose agricole étant ce qu’elle en Tunisie, de constituer un groupe de négociateurs directs, formé de compétences représentatives des différentes parties (pourquoi pas même politiques, puisque ce sont elles qui tiennent l’ARP qui devra ratifier l’accord de l’Aleca). Ce groupe devrait aussi être renforcé par le travail de groupe de lobbying international en faveur des positions et des demandes tunisiennes. Cela, sans oublier la constitution d’un solide «Plan B», avec d’autres forces économiques, comme la Chine ou les Etats-Unis d’Amérique. Un groupe encore, qui devra communiquer, périodiquement, avec le grand public, sur le déroulement de ces négociations qui touchent, il ne faut pas l’oublier, la sécurité alimentaire de tout un pays.

Il ne faut pas, non plus, oublier l’autre secteur qui sera fortement perturbé, à moins qu’il n’ait été auparavant mis à niveau et convenablement préparé, qu’est le secteur des services. Jusqu’à présent, en effet, l’Aleca n’est qu’un accord de dupes. Rustre et fortement chahuté par sa campagne électorale avant terme et aussi par sa rivalité agressive avec Youssef Chahed, Fayçal Tebbini n’aura pas su bien dire tout cela. Espérons que le chef du gouvernement saura, par contre, bien écouter au-delà des menaces, rectifier le tir en matière de stratégie de négociation et surtout intensifier la communication sur ce sujet.

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Le tabac en Tunisie, ce sont 14.000 autorisations de vente, toutes données par les autorités régionales et où on retrouve des patentés improbables, avec des situations sociales loin de les faire classer parmi les mal lotis du pays. Ceux qui font du commerce de tabac sont pourtant généralement estimés à 60.000 personnes, dont seulement 7.000 le font avec autorisation légale, pour quelques 50.000 détaillants et grossistes. Le commerce parallèle des cigarettes serait ainsi exercé par les 53.000 autres.

Le tabac en Tunisie est une affaire de gros, très gros sous. C’est d’abord un marché d’un milliard de paquets par an, toutes marques confondues, locales et étrangères. Avec un chiffre d’affaire de 400 MDT en 2017 ; la seule RNTA (Régie Nationale du Tabac), qui a le monopole avec la MTK (manufacture de tabac de Kairouan), représente 74 % de ce marché. Le reste (26 %) est entre les mains du marché parallèle.

Un marché parallèle que le ministère des Finances aurait facilement pu endiguer, s’il avait autorisé la vente des cigarettes par les grandes surfaces tunisiennes. Ces dernières sont demandeuses, et le président de leur chambre professionnelle se serait même entretenu avec le PDG de la RNTA à ce propos. Une vente en grandes surfaces faite de manière contrôlée, en ce sens qu’elle pourrait se faire en toutes petites quantités pour la consommation personnelle, pourrait très bien briser l’échine de toute la chaîne de commerce parallèle.

Le ministre Ridha Chalghoum ne voudrait encore rien en savoir. Il se contente d’empocher les 2 Milliards DT de taxes que rapporte le tabac au trésor public, et préfère parler des nouvelles trois lignes de production (60 MDT d’investissement) pour une capacité de 150 millions de paquets par an, qui retomberont de nouveau dans les mailles des spéculateurs.

  • L’Etat ordonne à la RNTA de vendre à perte les cigarettes étrangères 

Ce que peu de Tunisiens savent aussi, c’est que la RNTA, qui produit ses propres cigarettes et en dégage un bénéfice important, est aussi chargée de l’importation des cigarettes étrangères. En 2017, la RNTA a vendu en Tunisie quelque 51,5 millions de paquets de cigarettes étrangères de toutes les marques les plus connues. Elle en avait dégagé un chiffre d’affaire de presque 52,949 MDT, mais une marge négative d’un peu plus de 27,809 MDT.

L’explication de cette marge déficitaire se trouve dans le fait que c’est le ministère des Finances qui détermine, par arrêté ministériel, le prix de vente des cigarettes étrangères par la RNTA au public. C’est donc l’Etat propriétaire de la régie nationale du tabac qui ordonne à l’importateur exclusif de vendre les cigarettes étrangères à perte, c’est-à-dire en-dessous du prix de revient.

Du jamais vu dans le monde et plus spécialement dans l’industrie et le commerce des cigarettes où cette activité est généralement source de gros revenus. La Tunisie, petit Etat qui s’endette, subventionne presque tout pour ses citoyens, y compris la cigarette et surtout étrangère. C’est aussi comme si l’Etat tunisien encouragerait la consommation des cigarettes étrangères, en vendant à perte ce qu’il achète en devises, au même titre que le pain, le lait ou le sucre. L’Etat tunisien subventionne ainsi la maladie, importée !

En 2018, la RNTA faisait un bénéfice de 4 MDT dans les cigarettes locales qu’elle produit et enregistrait une perte de 40 MDT dans le commerce des cigarettes étrangères, car elle est obligée de les vendre sur ordre des autorités, à perte !

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In fine, l’UGTT aura été le plus grand perdant, en matière d’image, de la dernière grève des carburants. Cette perception d’une UGTT antipopulaire et mal vue aurait été aisément confirmée par la 1ere institution de sondage d’opinion qui aurait eu le courage de le faire auprès des 1,7 million d’usagers des véhicules de transport, privés et professionnels.

La toute puissante centrale syndicale ouvrière tunisienne aura beau considérer, le 3 mai 2019, que la grève devenait illégale, elle sera désobéie par ses propres bases. Ces dernières tirent désormais, à leur manière, les leçons qu’elles veulent de la démocratie et mettent Noureddine Taboubi dans la mauvaise posture de casseur de grève, en acceptant la réquisition.

Les patrons enfonceront ensuite le clou de leurs adversaires, en mettant leurs parcs de camions à la disposition des militaires. L’UGTT a ainsi perdu, sur le plan de l’image auprès de la population, et toujours en matière d’image auprès de ses propres bases dont elle a cassé la grève !

Les résultats d’un tel sondage d’opinion, s’il avait été fait sur la perception de l’UGTT, ce syndicat qui se dit défenseur des intérêts de la Nation, auraient au moins permis de recadrer ce syndicat unique dans ses velléités de prendre part (certes de manière non encore claire) aux prochaines élections, notamment législatives.

  • Sondage d’opinion quand tu nous tiens !

Ce sondage d’opinion, qu’on ne verra jamais faire sauf par l’UGTT elle-même au risque de cloner les résultats de certaines élections d’avant-révolution, aurait certainement mis la centrale syndicale au raz des pâquerettes sur l’échelle des bonnes opinions, et lui aurait ôté toute envie de candidater. Mais allons plus loin et essayons de savoir qu’est-ce qui empêcherait cette organisation ouvrière de présenter des candidats, «indépendants» ou sous sa propre bannière ?

Théoriquement, l’UGTT ne pourrait pas candidater au titre d’organisation syndicale. Elle devrait soit se constituer en parti politique qui aurait alors un peu plus de 500 mille adhérents (moins qu’Ennahdha), soit faire candidater des «indépendants» qui auraient le soutien des 500 mille.

Il faudrait, pour cela, qu’elle se départisse de son indépendance et donne des instructions claires de vote. Ou enfin soutenir un parti politique. Dans ce dernier cas aussi, elle perdra son indépendance en tant qu’organisation professionnelle et défendant des intérêts professionnels.

  • L’argent, nerf de la guerre pour l’UGTT aussi, qui brûlerait le gouvernement

L’UGTT pourrait donc, comme en menacent de plus en plus ses dirigeants, rester intéressée par les élections de 2019. Elle ne pourra, théoriquement, pas prendre part sans risques. Celui de son indépendance est certes le plus important. Mais il y a aussi celui de perdre ses moyens financiers.

En effet, en assez grande partie, l’organisation syndicale est financée à travers un fonds créé en 1975 par Bourguiba et géré par la CNSS au profit du gouvernement qui en est le payeur. Ce fonds est constitué par des cotisations patronales. On imagine alors mal que l’UTICA consente à une telle utilisation de son argent et très mal que le gouvernement consente à financer les campagnes électorales de candidats de l’UGTT.

L’autre partie du budget de l’UGTT est constituée par les cotisations. Problème, celles-ci sont collectées par le trésor public tunisien qui les reverse ensuite, chaque mois ou annuellement, à la centrale syndicale. D’autres gouvernements tunisiens d’avant la révolution et plus spécialement de Bourguiba avaient essayé de couper ce cordon ombilical et y avaient échoué faute de courage politique. Celui de Youssef Chahed, si l’UGTT venait à décider de candidater, y sera obligé au risque d’être hors la loi.

Tout cela, sans compter le fait que, pour la 1ère fois de l’histoire de la Tunisie, la Cour des Comptes devra mettre son nez dans les bilans financiers d’une organisation syndicale véritable boite noire, non transparente pour le public et qui n’a jamais publié ses comptes ou ne s’est faite auditer par un organisme indépendant. Le risque électoral est ainsi trop grand pour l’UGTT.

  • L’UGTT ne peut-être qu’un simple spectateur, certes de poids en tant qu’électeur

Cette dernière restera donc une force, certes politique en face de gouvernements, tous faibles, aux mains tremblantes en matière politique dans son sens large, ou des gouvernements qui font trop de calculs sociopolitiques pour avoir le courage de faire ce qu’ils disent et même de dire ce qu’ils font. C’est une organisation syndicale qui a certes les moyens de ses politiques, mais nullement les moyens pour faire de la politique.

Crainte par les gouvernants, elle est protégée par les lois qui en font leur unique interlocuteur. Courtisée par les partis politiques et écoutée par les bailleurs de fonds de la Tunisie qui en ont marre de continuer à soutenir une transition économique qu’handicapent les freins des syndicats, elle reste mal vue par la presse étrangère spécialisée, comme un Prix Nobel qui tire le pays en arrière.

Force est de constater à la fin que l’UGTT est à l’image du dicton qui dit que ce sont ceux qui en parlent le plus qui en ont font le moins. Elle parle des élections, mais sait très bien qu’elle ne peut pas se permettre d’en être un acteur direct. Autrement, les partis politiques et l’ISIE seront certainement aux aguets de ses consignes et instructions de vote.

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En 2016, la compagnie nationale tunisienne de transport aérien, Tunisair, était déficitaire de 156,481 MDT. Un déficit qui avait plus que doublé par rapport à 2015, presqu’autant que les -157,890 MDT de 2011 et après le bénéfice de 2,341 MDT de 2010 et les +65.146 de 2009.

Le chef du gouvernement ne sera pas d’accord avec cette approche du poids de la masse salariale dans une entreprise publique, qu’il applique pourtant bien à la fonction publique et à tout le budget de l’Etat, mais les charges salariales de Tunisair en 2010 étaient de 148,294 MDT. Un an après, ce sont 168,154 MDT. Cinq années plus tard, en 2016, elles sont de 220,190 MDT.

  • Le coup mortel, malgré lui de Yassine brahim en 2011

Cette masse était déjà l’un des points faibles de Tunisair, lorsque le 1er gouvernement de ladite révolution, impose à l’ancien ministre du Transport Yassine Brahim (du 27 janvier au 17 juin 2011) de l’aggraver en lui imposant la décision de re-filialiser (l’accord a été signé le 3 février 2011 au ministère du Transport où Brahim n’avait que quelques jours) les différentes entreprises du groupe Tunisair en handling, technique, Tunisair Express et autres. Depuis, la compagnie ne s’était jamais relevée. Ses plans de redressement se modifiaient au gré des changements de sa direction générale et sont rarement passés en revue aux conseils des ministres des différents gouvernements depuis 2011. Des PDG très rarement aussi, soutenus par ces gouvernements, face à une pression syndicale qui étrangle l’entreprise, jusqu’à engendrer des querelles, en avions, entre les différents corps syndiqués. Un syndicat qui n’a jamais voulu ratifier les plans sociaux, remède qui pourrait avoir un effet, s’il avait été appliqué avant la gangrène et la métastase des maux, sociaux, économiques et financiers de Tunisair. Seule la Cour des comptes s’en occupera, en 2018 et sans que son terrible rapport ne convainque le chef du gouvernement de lui consacrer une réunion.

Hichem Ben Ahmed en avait promis un en avril dernier. L’idée ne semble pas encore séduire le chef du gouvernement, car il sait qu’il faudra pour cela qu’il fasse comme le Maroc qui avait alors injecté 150 M€ dans le capital de la RAM qui était en 2011 au bord du gouffre.

Chahed n’a pas l’argent nécessaire et il le disait clairement et crûment, la semaine dernière, à l’occasion du dialogue national sur le transport. «Lorsqu’on me dit que Tunisair nécessite 1,5 ou 1,2 MDT, il faut savoir de quoi on parle», dit-il d’un sourire moqueur. «C’est comme si on les avait et qu’on ne voudrait pas les donner pour remettre Tunisair d’aplomb», assène-t-il d’un air désolé et avec le ministre du Transport qui fait quelques fois office de souffleur. «Il faut comprendre les finances publiques (…) », explique-t-il encore. En mars dernier, le PDG de Tunisair évoquait un plan de redressement de plusieurs millions DT. D’autres PDG en avaient préparé avant lui. La réponse du chef du gouvernement est un niet sans appel. «J’ai vu les plans de redressement et je vous le dis. Ce ne sont pas de bons plans et plus des plans sociaux que de relance et de développement (…) des plans qui manquent de vision et pas assez ambitieux». Et d’ailleurs, Chahed ne voulait pas d’un plan de redressement avec plan social.

  • Le coup de grâce de Chahed en 2019

Et le chef du gouvernement qui faisait grief à la compagnie de parer au plus pressé qu’est la saison touristique, de lui couper les ponts et tout espoir d’un soutien gouvernemental et de lui asséner le coup de grâce. «Je vous le dis, dès maintenant. Il n’y aura pas les 1.200 MDT», dit-il à l’adresse des dirigeants de Tunisair, dont on ne voyait pas le PDG derrière lui dans le parterre, en levant les deux bras, les mains en signe de «pas un sous» («Le Flous Bahh»). A ses côtés, Hichem Ben Ahmed lui jette un regard résigné genre «il l’a dit».

Le chef du gouvernement qui ne peut rien donner, se permet pourtant de demander à Tunisair d’améliorer le taux des retards de ses avions, comme elle a pu lutter contre les vols de bagages, en lui opposant l’image du pays.

A Youssef Chahed, il ne restera qu’à envoyer un de ses conseillers à l’aéroport, sur le macadam pour les bagagistes et dans la tour de contrôle pour les retards, pour veiller à l’image de la Tunisie. A René Trabelsi, il ne restera qu’à revoir ses comptes et ses attentes de 9 millions de touristes pour 2019.

A la direction de se débrouiller financièrement pour trouver de quoi payer ses 1,065 Milliard DT de dettes et ses 229,245 MDT de salaires, avoir de quoi louer des avions et surtout, comme le voulait le chef du gouvernement, de quoi restaurer la compagnie et la développer, tout en clôturant positivement le bilan 2018. A Tunisair, il ne restera alors que les yeux de ses employés pour pleurer. A ses syndicats, il ne restera que leurs ceintures à serrer, leurs grèves à mettre en veilleuse et leurs manches à retrousser et le manche à bien tirer haut pour bien voler.

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En avril 2019, le monde apprenait, ébahi, l’improbable et inattendue victoire de l’humoriste ukrainien Volodymyr Zelenski, un ancien comédien qui campait le rôle d’un président en lutte contre la corruption dans une série ukrainienne. Avant lui, il y avait eu l’acteur américain Ronald Reagan qui campait des rôles de cowboy. Plus près de nous, il y avait eu en 2010 José Alberto Mujica Cordano, un homme d’État uruguayen surnommé «Pepe Mujica» et dit le président des pauvres. Un président qui préférait sa ferme au palais présidentiel et qui reversait la totalité de son salaire à un programme de logements sociaux.

L’histoire est ainsi ponctuée d’élus aux premières loges de la magistrature suprême de leurs pays, que rien ne prédestinait à de tels postes, tant ils étaient jusque-là en dehors de tous systèmes politiques et parfois même des antisystèmes de la politique telle qu’elle était pratiquée dans leurs pays respectifs.

L’adjectif antisystème, qualifie généralement des personnes, des groupes ou des partis politiques portant un discours critique envers les institutions politiques dominantes. Cela peut-être aussi une personne dont les agissements et les actes et actions restent en dehors du conventionnel et des conventions.

Les résultats des derniers sondages, aussi bien de Sigma Conseils que d’Elka Consulting, donnent en tout cas l’impression que le vote, pour les présidentielles, pourrait pencher pour les antisystèmes, comme ils avaient encensés, lors des dernières municipales, les indépendants et les avaient nominés pour la victoire. Tentative de décryptage de la liste des postulants à Carthage :

Kais Saied était un inconnu notoire en politique avant la révolution où il était assistant universitaire, plutôt rangé. Il en garde la rigueur et le discours didactique, avec les mots bien articulés dans un Arabe châtié et avec la diction de l’universitaire qui donne la forte impression de savoir de quoi il parle.

Et c’est ce discours «robotique» d’un homme de droit constitutionnel qui donne l’impression de l’anti-langue de bois. Personne n’ignore en plus que la Constitution reste jusque-là le nœud gordien de la vie politique en Tunisie et Saied s’y est attaqué avec conviction. Intransigeant et imperturbable dans son attitude, il est surtout le candidat de personne. L’homme qui sourit très peu, cultive aisément le mystère et donne l’impression d’être intouchable et imperturbable. Le contraire de presque toute la classe politique tunisienne. C’est tout cela qui lui permet, à notre sens, de développer le côté antisystème qui pourrait plaire et conquérir.

Mais si Saied semble, vocalement antisystème, il n’arrive toujours pas, à notre sens, à prouver qu’il pourrait aussi parler comme tout le monde, le langage de tout le monde et qui le rapprocherait du Tunisien lambda. La didactique finit toujours par lasser et la culture impressionne. Mais ne permet pas de briser les distances avec les foules qui constituent la majorité des électeurs.

Nabil Karoui était déjà à la tête de Nessma bien avant la révolution et pourrait être rattrapé par sa propre Histoire, en ce sens qu’il avait été dans l’ancien système. Communicateur hors pair, homme de médias et certainement touché au plus profond de lui-même par le drame familial qu’il a vécu, il a appris à maîtriser ses excès et il a développé l’image d’une mère Theresa au masculin. L’homme sait manier les foules et leur parler, mais jusque-là seulement par l’image. Or une campagne, c’est surtout l’art de parler en direct aux foules, non par les foules. Nabil Karoui, qui n’a par ailleurs pas encore fait son coming-out politique, reste pour l’instant porté par l’affaire de l’interdiction de Nessma qui semble lui avoir confectionné cette image d’antisystème, car le Tunisien adore les victimes et s’y identifie aisément. Antisystème, il l’est peut-être jusqu’ici par sa lutte contre le système qui lui aurait fait injustice dans l’affaire Nessma.

Mohamed Abbou est presque l’ombre de sa tonitruante et insolente jusqu’à l’impolitesse de sa femme Samia qui reste malgré tout cela au ras des pâquerettes des sondages. Création médiatique à force de plateaux TV, le mari profite de l’aura du renom de son épouse, qu’il arrive tout de même à renforcer par un discours plus rationnel et moins brouillon que celui de sa femme.

La mauvaise image CPR chez les leaders d’opinion notamment, celle d’un parti fait de rancuniers contre toute la classe politique qui ne les avait pas soutenus dans leur différend politique avec Ben Ali. L’image d’un parti, plus destructeur que constructif, le poursuit et l’empêcherait presque de cultiver le côté antisystème constructeur. La seule construction de la classe politique, dont est issu Abbou, est l’ANC et un régime hybride pour une Tunisie ingouvernable.

Abbou n’est pas un antisystème. Il est anti-régime et c’est toute la différence. L’image qu’il reflète est peut-être proche d’une certaine classe de pensée politique, mais loin de beaucoup de classes sociales. Il est peut-être plus «blanc» que d’autres, mais l’homme est loin d’être pauvre ou «Zawali».

Le Tunisien adore les chevaliers aux blancs chevaux, mais monte rarement leurs montures, étant lui-même plus proche du plancher des vaches que des cieux et ayant plus les pieds sur terre que les preux guerriers des causes perdues et surtout des phénomènes dont il se nourrit lui-même et dont il s’accommode généralement facilement.

Abir Moussi était dans le système de l’avant révolution. Ce dernier n’ayant pas changé, elle reste donc théoriquement dedans. Elle se fait même fort de rassembler ceux qui représentaient l’ancien système, les «Ezlem» que dénigrent, fuient comme la peste ou s’en cachent et les cachent «honteusement», d’autres.

Ce qui la distingue et fait son côté antisystème, c’est d’abord le fait d’être l’unique femme à vouloir briguer Carthage. C’est ensuite son positionnement, plus tranché que les autres, sur la question d’Ennahdha qui symbolise un modèle, politique et sociétal, que refuse toujours la majorité des Tunisiens. Elle surfe aisément sur la vague, en l’absence de position ciselée de ses rivaux sur la relation avec le parti islamiste tunisien. Ses rivaux flirtent, fricotent, ou ne l’écarteraient pas, avec lui. L’histoire des élections tunisiennes, a cependant démontré que la politique peut avoir ses raisons que la raison ignore !

Femme et contre Ennahdha, semblent être ses deux plus importants atouts, dans une société où le rôle des femmes a été déterminant pour équilibrer les forces lors des élections de 2014, même si elle se déclare contre l’égalité successorale. Elle reste pourtant assez fragilisée par son passé politique, où son engagement politique dans l’ancien système était visible. Moussi semble l’assumer et c’est ce qui lui a permis de rassembler les anciens d’un ancien système que beaucoup regretteraient presque.

De Moncef Marzouki et d’autres anciennes figures, on ne parlera pas. L’urne des bulletins de vote en Tunisie a maintes fois prouvé qu’elle ne reprend pas ceux qu’elle avait rejetés. Comme lui, Néji Chebbi en avait plus d’une fois fait l’amère expérience. Le vote en Tunisie, est un vote de faciès et non un vote de programme. A cela, il faut ajouter que l’électeur tunisien commence à prendre conscience du peu de poids du président de la République dans l’Etat tunisien et ses centres de pouvoir.

Reste Youssef Chahed. Lui, c’est le système en lui-même. Celui que tout le monde dit combattre et qu’il critique, parfois en étant parmi ceux qui en profitent le plus. A supposer qu’il se jette dans la gueule du loup électoral, il n’aura pas plus de chance de l’emporter que les autres et peut-être pas plus que Kais Saied qui trône depuis quelques mois aux premiers postes des sondages d’opinion.

Son seul faire-valoir pourrait être son bilan. Mi-figue mi-raisin, qui a certes ses réussites, mais qui reste incompris par la masse des électeurs, tant les conséquences des réformes qu’il a conduites ont été dures pour les consommateurs, les contribuables et les retraités.

Son seul atout reste le fait qu’il connaît le système de l’intérieur et pourrait savoir, si le pouvoir lui en serait donné, comment l’améliorer. Il ne sera pas un antisystème, il rendra seulement l’actuel mieux vivable et un peu plus juste. Il ne remportera peut-être pas la guerre contre la corruption, mais la contiendrait dans des proportions tolérables.

Youssef Chahed disait, dans son discours télévisé du 17 février 2019, que «le gouvernement a touché le système mafieux en Tunisie». L’opportunité lui reste encore offerte de faire encore une offre antisystème, s’il réalisait une nouvelle opération, contre ce système mafieux dont il parlait. Saisira-t-il cette opportunité ?

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La grève des transporteurs de carburants n’est pas la première, ni une première en Tunisie. Ses raisons financières comme toutes les grèves depuis 2011 sont peut-être justifiées. Personne ne peut le dire, car personne ne connaît les coulisses des négociations, les vraies demandes des grévistes et les parties concernées par cette grève. Ni le SG de la Fédération du transport de l’UGTT, Moncef Ben Romdhane, ni le DG des carburants Hazem Yahyaoui, ne voulaient répondre à nos appels téléphoniques et à nos demandes d’explication des tenants et aboutissants de la grève illégale. Tous se murent dans le silence de leurs cellules de crise pour des négociations qui intéressent pourtant des millions de citoyens.

La distribution des carburants en Tunisie est essentiellement détenue par le secteur privé. Ce sont ainsi quelque 800 stations-service sous différents labels, dont 2010 sont propriété, directe ou indirecte, de la SNDP. Ces stations sont desservies par un parc national de quelque 250 camions, dont 6 de la SNDP. Le reste est la propriété d’entreprises privées.

Les camions en grève seraient ainsi au nombre de presque 240, puisque les 6 camions de la SNDP n’ont pas fait grève. La grève aura ainsi empêché la distribution de 30 millions de litres, si on tient compte du fait que la consommation moyenne quotidienne de la Tunisie est de 10 millions de litres par jour.

  • Qui fait grève et contre qui ?

La grève est observée par les conducteurs des camions de transport des carburants et non par les stations-service. Ces conducteurs sont syndiqués chez l’UGTT et regroupés au sein de la fédération du transport (ouvriers), une des plus dures en matière syndicale. Ces conducteurs travaillent dans des entreprises privées et pour le compte de petits patrons, regroupés en chambres syndicales au sein de l’Utica (patronat).

Il y aurait aussi un «Fonds de répartition géographique» dont le rôle reste flou dans cette négociation et qui serait pourtant une des parties financières les plus intéressées par l’incidence financière des négociations.

La dernière grève, qui est par ailleurs la 3ème du genre depuis le début de l’année 2019, a été faite par les camionneurs des transporteurs privés et a touché, par ricochet, la SNDP. «Cette dernière a tout de même pu assurer un service minimum, entre 10 et 20 %, pour son propre réseau de 210 stations-service où elle a privilégié celles à grande affluence du Grand-Tunis et sur les grands axes routiers, avec ses 6 camions», selon ce qu’a dit Nabil Smida PDG de la SNDP, le seul à daigner communiquer.

La grève a pris en otage plus de 1,272 millions de véhicules privés et 458 mille utilitaires (chiffres de 2017) pour indisponibilité forcée de carburants. Une grève qui empêche citoyens, privés et professionnels, de vaquer à leurs occupations, de se déplacer, de fournir des biens et des services, comme le transport des malades, les hôpitaux, les cliniques, les urgences, les taxis ou les louages.

Des personnes sont, peut-être, décédées faute de soins urgents, mais personne n’en fera le compte. D’autres ont probablement manqué leurs avions, des marchés ont été mal approvisionnés et une perte énorme, en chiffres d’affaires de transport ou de vente de carburants, a été aussi enregistrée. Personne n’en parle, non plus.

L’effet le plus visible, ce sont ces centaines de particuliers, exaspérés et pris en otage par une interminable grève de l’UGTT devenue illégale, jusqu’ici de 3 jours, bidons en mains, faisant la queue devant les stations-service et espérant quelques litres d’essence pour dépanner leurs véhicules en panne sèche aux abords des routes. Rappelons, pour la petite histoire, que cette pratique est interdite pour les stations-service.

  • Que demandent les grévistes ?

Les grévistes demanderaient l’application d’une convention complémentaire. La chose a été faite et signée. Ils demandent aussi le doublement de plus de 400 chauffeurs de camions, par des accompagnateurs, payés au même titre, salaires et avantages, que les chauffeurs. L’incidence, en termes de masse salariale de ces deux revendications, sont claires et rogneront les marges des transporteurs. Il n’est plus alors exclu que, de leur côté, ils fassent bientôt grève !

Ce qui s’est passé, c’est que les négociateurs de l’UGTT et de l’UTICA ont accepté l’accord. Mais pas leurs adhérents. L’UGTT a même considéré illégale la prolongation de la grève et accepté, de manière complètement inhabituelle, la décision gouvernementale de réquisition des camions de l’armée pour casser la grève des transporteurs de carburants. Manifestement donc, l’UGTT ne maîtrisait pas sa base, ou alors faisait-elle illusion à des fins d’amélioration des conditions de négociation.

Ce qui est sûr, c’est que les raisons, purement matérielles et syndicalistes, ont pris le pas sur la raisons d’Etat et celle de la collectivité publique. L’UGTT, en tant que corporation ou en tant qu’individus, arrive in fine à faire ce qu’elle veut, prend en otage tout un pays et un large pan de l’économie.

Que ferait-elle si elle devenait une force politique au sein de la prochaine ARP, puisqu’elle ne fait plus mystère de sa prochaine participation aux législatives de 2019 ?

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Publié sur le site du CMF et donc public, le bilan 2018 de la banque Zitouna, avant qu’elle ne soit vendue en janvier 2018, pour tout l’exercice 2018, a été caractérisé par une hausse de plus de 51 MDT de son total bilan (233,976 MDT contre 182,622 MDT à fin 2017). Hausse aussi de plus de 62,5 MDT en produits d’exploitation et charges d’exploitation bancaires, qui passaient du simple (61,354 MDT) au double (112,925 MDT).

La baisse, d’un peu moins de 2 MDT en dotations diverses, a été vite avalée par les charges du personnel qui bondissaient de 7 MDT en une année. Résultat des courses : c’est pourtant un PNB qui baissait de 3 MDT et un bénéfice qui fondait de 4,3 MDT.

Vendue depuis le début de l’exercice 2018, à 370 MDT avec sa filiale en assurance, pour le groupe qatari «Majda Tunisie», la banque considérait jusqu’à la clôture de l’exercice l’Etat tunisien et la holding El Karama comme faisant toujours partie de ses actionnaires. Dès février 2018, la banque fait l’objet d’un contrôle fiscal sur la TVA de la période allant de 2011 à 2017. La Zitouna en sortira avec un redressement de 3,923 MDT qu’elle ne remettra pas en cause et payera en totalité.

Sans autre explication, les commissaires aux comptes notent que la banque a enregistré des pertes, dites extraordinaires, de 47.000 DT. On ne sait pas, non plus, à quel taux, mais on retrouve dans le bilan un crédit de 228 mille DT accordé par la banque à son DG. Sans explication dans le bilan, on remarque que l’IS de la banque a baissé d’autant. Après les 9,278 MDT de 2017, la banque n’a versé au trésor public, au titre de l’impôt sur les sociétés, que 1,813 MDT.

La banque ne l’explique pas dans son bilan, mais on remarque que les dépôts des clients n’ont augmenté que d’à peine 500 mille DT en une année (2,828 MDT contre 2,356 MDT en 2017). Cela signifierait-il un déficit de confiance des Tunisiens dans la finance islamique ? Ou un déficit de communication de la banque sur la différence entre finance traditionnelle et finance islamique ? Ou simplement un déficit de travail sur le terrain pour récolter plus de dépôts ?

Ce qui est certain, c’est que le résultat final (dépôts des clients qui bougent très peu) prive la banque d’un matelas de ressources, celles des clients, généralement de moindre coût par rapport aux ressources traditionnelles.

Le résultat net ou le bénéfice en baisse, la banque Zitouna le doit à un DG payé à 1,4 Mille DT par jour (508.54 DT par an, ou 42.378 DT/mois), assisté d’un DGA à 458 DT/J et supervisé par un Conseil d’administration rémunéré à 726,8 DT/J, tous membres confondus. Notons, comme le font les commissaires aux comptes, que les rémunérations indiquées au tableau ne tiennent pas compte du montant de la prime d’intéressement relative à 2018, qui s’est élevée à 157.917 DT.

Notons aussi que les charges de l’exercice 2017, en rémunération du DG, n’étaient que de 452.121 DT. La rémunération annuelle, et certes en brut comme le reste, du DG a ainsi été augmentée de 56.420 DT (en brut aussi) entre 2017 et 2018 et sa journée de travail, pour développer la 1ère banque islamique de Tunisie, passait de 1,255 DT, y compris les dimanches, à 1400 DT par jour en brut.

Le bilan de la banque, dont le conseil d’administration a la responsabilité, n’explique pas les raisons de cette hausse de 4.700 DT par mois. A elle seule, cette augmentation de 4.700 DT par mois est égale au salaire d’un Secrétaire d’Etat et représente plus de 12,5 fois le Smig après augmentation de 2018. Mais c’est peut-être à cause de l’inflation, pour lui permettre de faire face à la hausse du coût de la vie, comme tout bon citoyen tunisien quoi…

La rémunération du DGA a cependant été diminuée de 61 mille DT sur l’année. Pas loin de l’augmentation du DG. Par contre les membres du conseil d’administration se voyaient augmenter leurs rémunérations d’un total de 5 MDT. Ainsi, la masse salariale de toute la direction de la banque Zitouna passait de 0,944 MDT à 1,103 MDT. Peut-être pour avoir inventé le produit du siècle qui est le crédit pour financer la «Omra». Rappelons que le résultat Net de l’exercice 2018 n’était que de 15,634 MDT, contre 19,974 MDT en 2017.

«Banque Zitouna, des valeurs à partager». Le slogan ne précisait pas la signification du mot «Valeurs» : Morales ou en monnaie sonnante et trébuchante ?

La morale de l’histoire est que certains salaires de dirigeants tunisiens, par ces temps de difficultés financières généralisées, est loin d’être morale !

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Les Tunisiens, hommes d’affaires surtout, mais aussi particuliers, ont été presque surpris, mais positivement, par la dernière appréciation du Dinar tunisien, essentiellement vis-à-vis de  l’Euro et du Dollar américain. A la date du 23 de ce mois d’avril 2019, selon le tableau publié sur le site internet de la BCT (Banque Centrale de Tunisie), l’Euro qui était à près de 3,5 DT n’est plus qu’à 3,36 DT. Réagissant à chaud, un chef de salle de change tunisien aurait dit que «avec tout l’optimisme possible sur cette période, je n’aurais jamais été optimiste à ce point». Croisons les doigts, ou devrait-on dire, prions Dieu !

L’USD, qui était aussi à plus de 3.07 DT, n’est plus qu’à 2,99 DT. Il s’agit d’une appréciation du dinar d’environ 10 figures en moyenne sur l’euro et le dollar selon le jargon bancaire, ou de 3%.Tous, ou presque, croyaient en une intervention monétaire de la BCT, pour remonter le cours de change que certains accusaient, avec la BCT, de tous les maux économiques de la Tunisie. Certains avaient en effet fait le lien entre la baisse des réserves de devises à 77 jours d’importation et l’appréciation subite du Dinar.  La BCT avait certes payé la 1ère tranche de 250 MUSD du prêt qatari de 1 Milliard USD le 18 avril 2019, mais n’avait pas dépensé d’autres devises pour intervenir directement et corriger le taux de change.

–          La BCT décrypte et explique, cas concrets et chiffres à l’appui

«Le Dinar est juste en phase de retracement et est en train de récupérer du terrain», commente le DG des finances extérieures à la BCT, Béchir Trabelsi pour Africanmanager. Il a ajouté  qu’il «s’est déjà déprécié de manière importante, et a réussi à impacter une bonne partie de la demande d’importation». Cela fait que la Tunisie serait en train de payer de moins en moins son déficit commercial en devises.

Il faut remarquer aussi la relative baisse des prix de l’énergie qui a contribué à alléger la valeur en dollar de la facture énergétique, explique Béchir Trabelsi. Pour les 3 premiers mois de 2018, le déficit énergétique était de 567 MUSD. A la fin du 1er trimestre 2019, une année après, il n’est plus que de 464 MUSD. Une baisse, donc, de quelque 100 MUSD.

La seconde explication de cette appréciation du Dinar versus les deux plus importantes devises de règlement, résiderait dans «le retour à la croissance, en termes de recettes, de certains secteurs pourvoyeurs de devises, comme le tourisme et plus timidement le phosphate».

Mais il n’y a pas que cela. En effet, selon la même source, le marché des changes a bénéficié « depuis le début de l’année de  plusieurs flux entrants en devises. D’abord, l’argent de la privatisation de la banque Zitouna et sa filiale d’assurance, ensuite des tirages sur des lignes de financement privé. Tout a été vendu contre Dinars», alimentant par là même la liquidité sur le marché. «Il y a aussi l’apport en devises des sociétés pétrolières, pour payer leurs taxes et impôts du 1er trimestre 2019, qui ont aussi fait des rentrées de devises, transformées par la suite en Dinar. On a aussi enregistré l’achat de Dinars contre devises, par des TO étrangers, pour payer les avances pour Booking auprès des hôteliers tunisiens».

Il ne faut pas, non plus, oublier l’effet positif du «Staff Level Agreement», accordé à la Tunisie par le FMI, et qui est généralement interprété comme un signal positif aux places financières internationales et partant, au reste des bailleurs de fonds de la Tunisie qui sont aussi ses «followers». Ce document, notons-le, a crédité a Tunisie de perspectives favorables en terme de croissance et d’un satisfécit quant au réformes qui devaient être menées pour le redressement économique et financier.

–          Une tendance qui se confirmera, ou une appréciation conjoncturelle ?

Ce n’était que le marché, qui semble ainsi avoir tiré les leçons de toutes les dernières mesures, économiques et monétaires, du gouvernement et de la BCT, et s’être adapté et autorégulé.  «Derrière, disons-le à tous ceux qui en ont douté un temps, il y a toutes les mesures, structurelles, prises en matière de refinancement, comme le ratio du «Loan-To-Deposit» et notamment la hausse des taux d’intérêt, qui a aussi rendu plus cher le dinar pour se procurer des devises et a quelque part rationalisé l’achat de devises par les entreprises tunisiennes. Il s’agit ainsi des effets positifs de toute la politique monétaire restrictive de la BCT, qui est en phase de rationaliser la distribution du crédit en Dinars, ce qui permet de mieux maîtriser la demande en termes d’importation ».

Interrogé par Africanmanager si l’appréciation du Dinar face aux deux principales devises est une tendance qui va se confirmer ou s’il ne  s’agit que d’un repli conjoncturel, Béchir Trabelsi reste réaliste, sans pour autant se départir d’un certain optimisme. «Elle est conjoncturelle. Mais on n’est pas à l’abri de bonnes surprises.».

Encore faut-il que la Tunisie continue à rationaliser ses importations, à améliorer ses exportations et introduire certaines réformes, comme l’adoption du projet de loi sur l’amnistie de change.

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Les états financiers de la BTK, filiale de la française BPCE, au 31 décembre 2018, faisaient ressortir un total bilan de 1,580.450 Milliard DT et un déficit de l’exercice s’élevant à 7,727 MDT contre un résultat, toujours déficitaire, de 39,696 MDT en 2017.

Notons qu’à l’exploitation et malgré un PNB en hausse de plus de 16,3 MDT, le résultat était déjà déficitaire de 22,645 MDT. Il était essentiellement plombé par les 35,3 MDT de «dotations aux provisions et résultat des corrections de valeurs sur créances, hors bilan & passif».

Le résultat a aussi été plombé par «les provisions constituées par la Banque jusqu’au 31 décembre 2018 qui s’élèvent à 15,788 MDT et les dotations aux provisions au titre de l’exercice 2018 qui totalisent le montant de 3,693 MDT, sans oublier la dotation spécifique sur Carthage Cement de 6,809 MDT».

  • Elle se redresse, mais pas avec assez d’adresse !

On remarquera que, bien qu’elle soit désormais en phase de redressement, comme pourrait en témoigner l’importante baisse du déficit, qui a été divisé par cinq en une année (7,7 MDT en 2018, contre 39,7 MDT en 2017), on croirait presque que cette banque, certes de droit tunisien, «se tunisifie» encore un peu plus dans son bas-bilan. Comme la Tunisie, elle donne plus de salaires qu’elle n’en peut et s’endette toujours plus, sans chercher les ressources à bas prix.

Première constatation : les charges d’exploitation bouffent plus de la moitié du PEB (produit d’exploitation bancaire). Un PEB qui évolue (+20,9 MDT), mais pas assez pour couvrir la hausse des charges d’exploitation (+4,653 MDT) et les stabiliser.

Deuxième constatation : un bilan largement handicapé par le poids des salaires du personnel. En effet, chez la BTK, les 33,729 MDT de frais de personnel ont représenté la moitié du PNB. Ces frais ont augmenté de presque 3 MDT.

Mais les charges générales d’exploitation aussi ont augmenté de presqu’un MDT. Le tout, sans compter qu’autant de dotations aux provisions des corrections de valeurs sur créances (35 MDT comme en 2017) pourrait signifier une mauvaise gestion du dossier des créances à la clientèle. Où était donc passée l’expertise française en la matière ?

  • Elle s’endette plus auprès de la BCT, mais réduit les voiles en crédits !

Dans le haut de bilan on remarquera, par exemple, que les dépôts et avoirs de la clientèle, ressources réputées à bas prix, n’ont presque pas changé entre 2017 (838,502 MDT) et 2018 (828,489 MDT) et on dirait même qu’ils ont légèrement baissé.

Un effort supplémentaire, pour donner confiance aux prospects et augmenter les dépôts de la clientèle et qui n’aurait manifestement pas été fait, aurait pu contribuer à baisser la dette de la BTK envers la BCT (129,397 MDT à fin 2018), qui a même doublé d’une année à l’autre (+84,364 MDT par rapport à 2017). Il est vrai que le coût de l’argent à la BCT est plus bas que l’inflation. Pourquoi alors la banque n’a pas usé de cet artifice, pour faire comme tout le monde, vendre l’argent de la BCT plus cher et en tirer bénéfices ? Ce qu’on remarque par contre, c’est que c’est une banque qui préfère réduire les voiles sur un secteur comme le leasing (-2,841 MDT), au lieu de soutenir ce secteur en crise latente.

  • 700 DT/J au DG, qui divise le déficit par 5

Baisse donc, chez la filiale de la français BPCE en 2018, pour les créances sur la clientèle. Avec la hausse des taux qui fait le bonheur de plus d’une banque en Tunisie, la BTK a préféré baisser l’encours de ces crédits à la clientèle (1.292 MDT contre 1.198 MDT l’année 2018, soit une diminution de 94,515 MDT), se privant ainsi de bénéfices à réaliser sur ces crédits. Entretemps, on remarquera que les créances impayées ont augmenté de 15,490 MDT, dont la moitié en impayé sur le principal. Mauvaise gestion des crédits et mauvaise sélection des clients ?

Dans les frais du personnel, on retrouve les 627 mille DT de rémunération du DG, en brut et sans compter les 162 mille DT de charges sociales. Notons aussi que «la rémunération du Directeur Général est composée d’une rémunération fixe annuelle brute et d’une partie variable conditionnée par l’atteinte des objectifs qui lui seront précisés. Il bénéficie aussi, du remboursement des frais exposés dans le cadre de l’accomplissement de son mandat sur présentation de facture, d’une enveloppe forfaitaire annuelle à l’effet de couvrir les frais de transport aérien des membres de sa famille, de l’attribution de deux véhicules de fonction avec chauffeurs, de la prise en charge de ses frais de consommables et de gardiennage ainsi que des frais d’installation dans son logement de fonction».

Sans vouloir remettre en cause la compétence de quiconque dans cette banque, où l’Etat tunisien est encore actionnaire, on ne peut s’empêcher de se demander, même avec notre degré de connaissance des finances qui n’a rien à voir avec celui du DG de la BTK, si avec une rémunération mensuelle, brute mais sans charges sociales, de 52.250 DT équivalents à 1.741 DT par jour en brut, un DG ne pourrait pas faire un peu plus que baisser le déficit ! L’opération est peut-être simplette et avec des raccourcis, mais les chiffres ont la tête dure !

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Il y a deux ans, jour pour jour, le chef du gouvernement tunisien annonçait le démantèlement de l’usine polluante de la Siape à Sfax. La décision restera non exécutoire et compte, depuis le 20 avril 2017, parmi les promesses non tenues de Youssef Chahed. On comprend désormais pourquoi il ne l’a pas fait et pourquoi il ne le fera pas. L’UGTT s’y oppose et elle l’a dit, le 20 avril 2019, à sa manière des gros bras.

  • Marzouk en éclaireur sur le terrain des syndicats

Samedi dernier, un incident, politico-syndical, met à nu la délicatesse de ce dossier pour le gouvernement. Un dossier qui devient du jour au lendemain l’objet de surenchères politiques et syndicalistes. «Nous organisions une marche protestataire pacifique [Ndlr : En faveur de la fermeture de l’usine du groupe chimique, inaugurée depuis 1952]. Pourquoi est-ce que le syndicat qui décide, qui fait une campagne pré-électorale et qui ne le fait pas. Et lorsqu’il décide, est-ce avec des bâtons qu’il le dit ? Qui êtes-vous ? Un Etat au-dessus des lois ?», s’indignait Mohsen Marzouk président de Machroua Tounes, allié du parti de Youssef Chahed Tahia Tounes, à l’adresse de l’UGTT. On ne sait pas si Marzouk savait ou non que l’UGTT est depuis 2012 un Etat dans l’Etat et qu’en essayant de faire de la politique à Sfax, son fief, elle marchait sur les plates-bandes du puissant syndicat que son partenaire Youssef Chahed ménage depuis 2016 ?

On ne sait pas, non plus, si Marzouk n’avait pas coordonné avec Chahed, pour essayer de reprendre la main sur un dossier que l’UGTT considère sien. Cela, d’autant plus qu’elle compte avoir son mot à dire dans les prochaines législatives d’octobre 2019. Y perdre la main, c’est pour l’UGTT perdre un argument électoral et une preuve contre Youssef Chahed qu’elle pourrait brandir lors de sa propre campagne électorale.

  • Tahia se fait tirer les marrons par la patte du syndicat

Pansant ses blessures face aux protestations des brigades de la centrale syndicale, et corporelles aussi, quoique légères, Mohsen Marzouk évoque, sur les ondes d’une radio privée, de «dirigeants régionaux de l’UGTT, à la tête de milices armées, préparées aux fins de faire obstruction à la marche de son parti», précisant même que «c’est le SG de l’UR de l’UGTT de Sfax qui encourageait, lui-même l’attaque». Sous l’emprise de la colère, il promet sans trop y croire que «cela ne restera pas impuni».

De suite, c’est le parti Tahia Tounes qui se fend d’un communiqué de soutien à Machroua Tounes et son président et Tahia de «demander au chef du gouvernement, Youssef Chahed, de mettre en exécution sa décision de fermer le site de la Siape dans les plus brefs délais».

  • UGTT endosse, par mauvais calculs, le mauvais rôle d’anti-fermeture de la Siape

Du coup, c’est le propre parti politique du chef du gouvernement, ainsi que l’éventuel partenaire de Tahia Tounes, qui poussent [Enfin dirait-on après deux ans] Youssef Chahed à tenir sa promesse. Et c’est, du coup aussi, l’UGTT qui, par mauvais calculs politiciens et par réflexe de banditisme socio-politique, qui se retrouve dans les habits de l’anti-fermeture de l’usine qui pourrit la vie de tous les habitants de la région de Sfax et de l’ennemi de l’environnement dans la région.

Ce décryptage des évènements de samedi dernier à Sfax, qui est par ailleurs loin d’être surréaliste, révèle au moins quelques faits. D’abord que les campagnes électorales ont réellement démarré avant terme. Ensuite que ces campagnes sont prêtes à faire feu de tout bois, y compris de questions qui touchent à la santé de régions entières, quitte à s’opposer à la résolution de ces questions pour pouvoir se présenter en leur unique « résolveur ». Enfin, que l’UGTT commence à marquer ses fiefs et refuse désormais que d’autres partis empiètent sur ses platebandes ou tentent de faire campagne dans ses chasses gardées.

Force est de noter avec tout cela, que les politiciens font mieux la politique que les syndicats qui font ainsi montre d’un manque flagrant d’expérience. A Sfax, en effet, Machroua Tounes et Tahia Tounes auront finalement joué un tour à l’UGTT, l’obligeant à montrer, dès maintenant, ses griffes de prochain concurrent électoral. Au passage aussi, ils lui auront fait endosser le mauvais rôle, celui de l’ennemi des habitants de Sfax. La politique ne se fait pas qu’avec les gros bras et l’UGTT l’avait appris, de manière, bouffonne, burlesque et avec beaucoup de ridicule, samedi, à ses dépens !

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Il y a quelques semaines, nous écrivions que Youssef Chahed vivait un dilemme, qui l’empêcherait presque de bien dormir (bien qu’il y ait assez de problèmes, de crises et de crisettes en Tunisie pour qu’il ne dorme pas du tout même).

Hier soir, à une heure d’écoute de choix, juste avant le programme le plus vu de la Wataniya 1 qu’est le Journal de 20 heures, Youssef Chahed semblait avoir à moitié résolu son dilemme du «to Be or not to BE» à la tête du parti dit du gouvernement, Tahia Tounes.

Ses services de communication avaient auparavant donné l’alerte, distillant les raisons de cette intervention télévisée du chef du gouvernement, un temps pour «donner la feuille de route des six prochains mois» et un autre pour «annoncer une nouvelle initiative».

Beaucoup avaient espéré que Chahed jette enfin l’éponge, des suites de toutes les pressions par tous les moyens, vrais, faux, politiquement corrects ou immoraux. D’autres avaient craint qu’il ne quitte la barre, un peu trop tôt pour s’assurer de remporter les prochaines bagarres. D’autres encore attendaient qu’il se consacre enfin à son parti Tahia Tounes et sorte de La Kasbah, tant qu’il y a dans son bilan quelque chose de positif dont l’image du parti pourrait tirer profit en guise de faire-part pour les cérémonies électorales d’octobre de novembre 2019.

  • Dilemme éthique à moitié résolu et discours à valeur de programme électoral

Lui, depuis son 2ème bureau de «Dar Dhiafa» comme pour signifier une distance avec le lieu de pouvoir qu’est La Kasbah, il jette d’entrée un bref «Salam alikoum» et entame un discours électoral par excellence. Un discours cependant fait au titre de chef de gouvernement. Un choix dont ses proches semblaient connaître d’avance la vraie finalité et dont ils assument, sans le dire, les risques quant aux critiques acerbes qu’il allait soulever chez l’opposition, toutes tendances confondues.

Sans se résigner encore à faire son «coming-out» politique, Youssef Chahed semblait avoir déjà résolu en partie son dilemme éthique. Il ne divorce pas encore de La Kasbah, il se rapproche simplement un peu plus de sa compagne Tahia Tounes. Il ne le cite pas dans ce discours, il parle seulement comme s’il en était déjà le candidat. Youssef Chahed préfèrerait ainsi faire le grand écart. Situation indéniablement inconfortable, où il reste perdant à tous les coups.

Rester à La Kasbah, son bilan déjà souffrant de beaucoup de critiques, parfois loin d’être infondées, est toujours mal interprétée par une population aux abois ; c’est aussi rester à la merci d’un quelconque évènement néfaste.

Partir chez Tahia Tounes, il perd le contact avec la realpolitik, perd ses moyens et serait dans un parti parmi plus de 260 autres. Cela, d’autant plus que la visibilité de son parti, pauvre en matière de stratégie de communication, reste étroitement liée à celle de son statut de chef du gouvernement où le moindre mal qu’on lui ferait deviendrait un bien.

Offensif d’emblée dans son discours du 17 avril 2019, le chef du gouvernement commence par évoquer sa dernière mésaventure du 4 avril à l’ARP, lorsqu’il y était allé pour parler de la crise du secteur de la santé, et qu’il expliquait par les revendications excessives des syndicats et des patronats qu’il accuse de faire du chantage et par les campagnes pré-électorales. Et de suite, il assure son refus de se soumettre aux pressions d’un Push-Out aux raisons électorales. «Tout cela ne doit pas arrêter le pays, car le gouvernement s’attèlera au cours des 6 prochains mois, en plus de réussir les élections, à réaliser notre feuille de route», a-t-il dit, en guise de passerelle pour parler de son programme, électoral sans le dire, et qu’il appellera «les priorités du pays qui touchent le quotidien des citoyens».

  • Un Roadmap, ou un «Road-trip» ?

Son programme électoral, il l’a inscrit sans le dire, dans la continuité de ce qu’il avait déjà entrepris depuis 2016, sans grosses annonces supplémentaires ni détails, sans oublier de rappeler ses «réussites» en premier. Des réussites que beaucoup lui déniaient depuis des mois et pour qui il ne s’était pas privé de rappeler les faits avérés, en martelant «notre vision de la politique est l’action»

D’abord les prix et il parlera des campagnes de lutte contre la spéculation. Ensuite les examens, toujours sous la menace d’enseignants jamais contents. Mais encore la prochaine saison touristique, sans y oublier les TRE.

Il ne se privera pas de rappeler la réussite de son gouvernement (Touchons du bois) en matière de sécurité. Parmi ses priorités en roadmap, l’amélioration de l’environnement de l’investissement [Clin d’œil aux patrons] par une loi à voter, oubliant que l’ARP lui bloque depuis 2 ans l’autre loi sur l’urgence économique. Il promet que «beaucoup de projets d’infrastructure démarreront au cours des 6 prochains mois», préférant oublier que pendant la prochaine période estivale, tout le pays, administration et entreprises incluses, se détourne généralement du travail vers les fêtes (Aïd El Fitr et Aïd du mouton) et les plages. Le tout, sans oublier que dès le retour des vacances, tout le monde n’aura d’yeux que pour les législatives.

Le RFR marche à pas de tortue, le port d’Enfidha rame encore dans les marées de l’administration et le plan solaire a à peine reçu ses premières autorisations. Chahed se voulait certainement, comme tous les politiciens lorsqu’ils promettent, optimiste. Un peu plus concret, il évoque El Amen social et Ahmini, pour le volet social de son programme. Il promet deux prochains dialogues interactifs, sur l’agriculture et le transport. En aura-t-il le temps si son parti engageait sa campagne électorale et aura-t-il la tête à ça, sans risque de se voir accuser encore d’utiliser les moyens de l’Etat pour sa propre campagne ?

En somme, une feuille de route ou «Roadmap» où les promesses presqu’impossibles à concrétiser en si peu de temps (6 mois) risqueraient d’en faire un simple «road-tip».

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La délégation tunisienne (notamment le gouverneur de la BCT et le ministre des Finances) chargée de la poursuite des discussions avec le FMI, dont la 5ème Revue s’était terminée à Tunis en demi-teinte, mais s’accordant tout de même sur la nécessité de donner un temps supplémentaire aux négociations, est finalement rentrée bredouille, avant que son principal bailleur de fonds ne lui accorde le «Staff Level Agreement» ou SLA (Accord au niveau des experts).

L’optimisme certes règne, mais le SLA reste une étape cruciale dans le process du crédit Stand-by d’appui à l’économie tunisienne. Cela, d’autant plus que ce précieux sésame était généralement obtenu à Tunis, Sitôt achevée la Revue.

Notons que le SLA, ou accord au niveau des experts, est un document essentiel avant le passage des résultats de la Revue au Conseil d’administration du FMI qui devra statuer sur le déblocage des 250 Millions USD de crédit du FMI à la Tunisie.

Seul Taoufik Rajhi, celui que certains de ses collègues appellent «Kassaagi», du nom du célèbre prestidigitateur tunisien des années 70, est resté pour terminer les négociations. Or, à la date de ce mercredi 17 avril 2019 matin, la Tunisie attendait toujours le fameux «LSA» qui devrait tranquilliser tout le monde quant aux capacités financières du pays.

  • L’effet Kassaagi aurait convaincu le FMI

Les négociations auraient achoppé sur plusieurs questions. D’abord, sur le volume de la masse salariale qui dépasse désormais les 12,4 % du budget, plafond initialement fixé entre le gouvernement et le FMI. Ce changement d’objectif aurait été finalement accepté par le FMI qui se serait contenté de recommander juste la «maîtrise de la masse salariale».

Il s’agissait ensuite de démontrer la capacité de la Tunisie à stabiliser le déficit budgétaire à 3,9 %, l’inflation et la balance de paiement. L’enjeu, pour la délégation tunisienne, était de démontrer aux limiers du FMI la capacité à colmater le trou financier de 1,8 Milliard DT des caisses sociales.

Cela devrait être possible, dès les premiers effets, en juillet prochain, de la toute récente loi sur le prolongement de l’âge de la retraite. En y ajoutant CSS (Contribution Sociale de Solidarité) et la fin des crédits d’impôts (donnés sous formes d’augmentations salariales en 2017 et 2018) qui devrait de nouveau renflouer les caisses sociales en cotisations, sans oublier les 250 MDT à allouer aux caisses, sur le budget de l’Etat. Non budgétisé dans la LF 2019, ce montant sera ponctionné sur la 5ème tranche du crédit FMI. Le programme semble en tout cas avoir ainsi trouvé approbation de la part du FMI.

L’autre défi était de stabiliser les situations financières de la Steg et de la Stir (Société Tunisienne des industries de Raffinage) pour ce qui concerne le coût de l’énergie, et qui représentent pour les bailleurs de fonds, des risques budgétaires énormes. L’idée, trouvée par «Kassaagi», était de faire un mélange Hedging-meilleures politiques d’offres. Le Hedging, une assurance de 8 Millions de barils à 65 $ l’unité, a été fait depuis décembre 2018, par le biais de la Stir, et devenu un cas d’école cité en panel par le directeur du trésor au FMI. La Stir devra maîtriser la distribution du gaz domestique (700 MDT de compensation) qui est détourné par les industriels, les commerçants et les taxistes notamment et la stimulation de politiques d’offres chez la Steg. Le mélange devra encourager les privés à produire de l’énergie, améliorer sa consommation spécifique, mieux lutter contre la fraude et récupérer ses 10 % d’impayés. Là aussi, l’effet Kassaagi aurait fonctionné.

  • Une composante sociale ajoutée au programme, acceptée par le FMI

La délégation tunisienne aurait aussi réussi à ajouter une composante sociale d’une valeur de 200 MDT en transferts et à convaincre le FMI de l’utilité d’un package de mesures sociales, à financer à travers son crédit, qui devra accompagner le reste des mesures, financières et économiques entendues entre les deux parties. Le FMI a cependant maintenu sa vision monétariste dogmatique de la maîtrise de l’inflation par le biais de l’augmentation des taux de crédit, sans en redemander une nouvelle.

Au final, la délégation tunisienne semble avoir convaincu le FMI à Washington, de la stabilité de la situation de l’économie tunisienne, même s’il lui faudra encore du temps pour se redresser et devenir auto-immune. «Tout va bien», a conclu Taoufik Rajhi pour Africanmanager. «Les questions fondamentales, du déficit budgétaire, de l’endettement et de l’inflation, ont été maîtrisés par la Tunisie, grâce à la politique économique, suivie par l’actuel gouvernement et le FMI en est désormais convaincu et a même accepté l’ajout d’une composante sociale dans son programme pour la Tunisie», a-t-il affirmé, assuré qu’il ne rentrera pas sans le LSA qui ouvrira la voie au déblocage des 250 MUSD.

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Pour des raisons électorales, qui concernent aussi la centrale syndicale UGTT comme l’avait dit son SG à plusieurs reprises, les grèves ont repris de plus belle en Tunisie. La grève se démocratise même, puisque tout le monde peut la faire en dehors de toutes règles. La grève se généralise aussi puisque les patrons s’y mettent aussi, pour tirer les marrons du feu (par les pattes de la chatte, dirait le proverbe local). Il était d’usage de lire les grèves comme des actes de revendications, salariales d’abord et concernant parfois les conditions de travail.

  • La grève, ennemi de la croissance, avec force légale désobéissance

La Tunisie a atteint le stade où la plus grande menace pour la stabilité ne tient plus aux rivalités politiques autour de l’identité religieuse, mais aux aspirations sociales et économiques inassouvies et sans lendemain. Le constat a été fait, depuis janvier, par l’EFCFR dont nous parlions dans un article précédent.

Avec le nouvel engagement, politique et électoral, de la centrale syndicale qui se politise et ne cache plus ses envies d’avoir un rôle dans les prochaines élections et même d’avoir ses propres listes, force est d’interpréter les grèves comme un acte politique aussi et même de concurrence électorale.

L’UGTT avait signé les dernières augmentations salariales du secteur publique, promettant de ne plus rien demander pour 2019 et 2020. Ce sont pourtant 15 préavis de grèves, pour le seul mois d’avril et toutes dans le seul secteur du transport, qui sont sur le bureau du ministre du Transport. Un secteur névralgique pour l’économie de tout le pays.

Or, ces préavis concernent le transport, terrestre, maritime et aérien. Autant dire des actions à tenter pour paralyser une économie qui peine à se relever, comme le confirme son principal bailleur de fonds, le FMI, attaqué de toutes parts par l’UGTT, du terrorisme qui avait déjà paralysé et asphyxié le tourisme. Le secteur touristique reste cependant sous la menace des grèves.

  • Les patrons s’y mettent, pour tirer les marrons du feu

Jusque-là en Tunisie les forces ouvrières étaient les seules à user et abuser des grèves. Elles ont réussi à augmenter leurs salaires, mais pas leur pouvoir d’achat. La théorie du «plus d’eau, plus de farine» a fini par rendre non maitrisable l’inflation et faire des commerçants notamment des ogres insatiables.

Reconnues non-maitrisables, notamment par tous les gouvernements successifs, les grèves attirent de plus en plus le patronat. De manière indirecte par le biais de quelques lock-out, et indirectement par le recours au stratagème de celui qui utilise la patte du chat (en l’occurrence l’UGTT) pour tirer les marrons du feu. Différentes grèves seraient en effet depuis quelques semaines poussées presqu’en cul de sac. L’idée serait de faire remonter le différent jusqu’au gouvernement, pour moyenner l’accord contre certaines revendications patronales, qui ne donnent rien directement avec le gouvernement. Cela à moins que, comme l’UGTT, le patronat ne soit devenu incapable de maîtriser ses troupes. Cela aussi sans oublier la concurrence que se livrent, depuis quelques années, UTICA de samir Majoul et Conect de Tarak Cherif.

La grève devient pourtant et sans qu’aucune partie n’y fasse attention l’arme de destruction massive. L’économie tunisienne a, jusqu’ici, survécu au terrorisme dont le 1er grand coup visait le tourisme à Sousse. Elle combat la contrebande, dont le lien avec le terrorisme est évident, et il ne se passe pas un jour sans que tombe un contrebandier dans les filets, soit de la douane, soit de la Garde Nationale. La grève reste un mal incurable et devient l’arme de destruction massive (ADM) à laquelle ont désormais recours les forces, internes, qui essaient depuis 2011 de mettre la Tunisie à genoux, en cassant son économie et en détruisant ses finances, certains pour bâtir un autre modèle sociétal, d’autres pour réaliser les gains qu’ils ne sauraient faire dans un Etat où règne la loi.

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La Tunisie devient, avec le silence des autorités compétentes, le paradis des banques étrangères. Certaines, comme la QNB, achètent actifs et passifs et restent sous le régime du minimum d’impôt pour raison d’assainissement des crédits carbonisés.

D’autres, comme l’UBCI et Attijari Bank, font décider par les conseils d’administration, où les partenaires étrangers sont majoritaires, des conventions d’assistance de tout genre. Des conventions, sur lesquelles leurs banques-mères se sucrent royalement, sans compter leurs parts du bénéfice. Des conventions d’assistance qui donnent la nette impression que les cadres bancaires locaux ne vaudraient presque rien, ne disposeraient pas des compétences requises et devraient ainsi rester en éternelles situations d’apprentissage.

Pour le cas d’Attijari, filiale tunisienne de la marocaine AttijariWafa Bank et dont les états financiers, individuels pour l’exercice 2018 d’Attijari Bank, font apparaître un total du bilan de 8 568,568 MDT et un bénéfice net de 144,931 MDT, on recensait, en 2018, au moins 5 conventions d’assistance.

Notre source ce sont les états financiers mêmes de la banque, cotée en bourse et dont l’action finissait la semaine dernière avec une baisse de 0,29 %, impactée depuis quelques semaines par l’affaire de l’enquête douanière dont elle fait toujours l’objet.

  • Les conventions d’Attijari avec sa banque-mère

Une convention a été signée le 27 mars 2017 entre Attijari Bank et Attijari Wafasalaf, avec pour objet la mise à disposition pour le compte de la banque du savoir-faire, de l’assistance technique, du conseil ainsi que de tout autre service relatif au fonctionnement interne en matière notamment d’industrialisation du crédit à la consommation. Le montant du à Attijari Wafasalaf, figurant au niveau du passif de la banque au 31 décembre 2018, s’élève à 260 mille DT.

Dans le cadre de la convention conclue entre Attijari Bank et AttijariWafa Bank Maroc, autorisée depuis mars 2007 et modifiée en juin 2008, le montant qui figure au passif de la banque au 31 décembre 2018 s’élève à 4,795 MDT relatif aux services d’assistance technique et de conseil.

Une convention conclue le 1er Mars 2010 et modifiée le 19 Mars 2012 entre Attijari Bank Tunisie et AttijariWafa Bank Europe (avec laquelle la banque a des administrateurs communs) et autorisée par le conseil d’administration du 5 juin 2012. Cette dernière assure à travers son réseau d’agences le rôle de relais entre Attijari Bank Tunisie et les clients tunisiens résidents en Europe en matière d’information, de présentation de l’offre bancaire et l’intermédiation dans la distribution des produits et services. Ces services sont rémunérés par une commission intitulée «commission d’activité TRE». Cette commission est négociée annuellement et on n’en connait pas le montant.

Une autre convention entre Attijari Bank Tunisie et AttijariWafa Bank Europe a été signée le 15 décembre 2017 et autorisée par le conseil d’administration du 09 Février 2018, en vertu de laquelle AttijariWafa Bank Europe assure la mission d’offrir et de distribuer en France ses services bancaires exécutés en Tunisie pour les clients tunisiens résidents à l’étranger à travers son réseau en Europe. La charge comptabilisée par la banque au titre de l’exercice 2018 s’élève à 868 M€ [Ndlr : Le grand M est généralement utilisé pour Million !] soit 3,540 MDT et le montant qui figure au passif de la banque au 31/12/2018 s’élève à 9,139 MDT, dit pourtant le rapport des CC de la banque.

Une convention a été signée le 1er janvier 2015 entre Attijari Bank et Attijari Africa, avec pour objet la mise à disposition pour le compte de la banque de l’assistance technique, du conseil et tout autre service relatif à la définition de la stratégie globale de la banque.

En contrepartie des prestations fournies, Attijari Bank a constaté une charge au cours de l’exercice 2018 de 448 M€, soit 1,827 MDT. Le montant figurant au niveau du passif de la banque est de 4,625 MDT.

Au final, ce sont 18,559 MDT qui seront sortis en devises, par la banque marocaine de droit tunisien, des réserves tunisiennes en devises, pour le Maroc. En 2017, c’était déjà plus de 10 MDT en conventions.

  • La rémunération de l’ancien DG d’Attijari dépassait les 1,5 MDT

Les obligations et engagements de la banque marocaine, de droit tunisien, Attijari Bank, envers les dirigeants (charges sociales comprises), se détaillent comme suit :

  • La rémunération et avantages accordés au Directeur Général est composée d’une indemnité fixe et d’un bonus annuel variable selon la réalisation des objectifs. Par ailleurs, le Directeur Général bénéficie d’une voiture de fonction avec la prise en charge des frais d’utilité, des frais de téléphone, des frais de scolarité, des frais de logement et de billets d’avion.
  • La rémunération du Directeur Général Adjoint chargé des activités de support se compose d’une indemnité fixe et d’un bonus annuel selon la réalisation des objectifs. Par ailleurs, le Directeur Général Adjoint bénéficie d’une voiture de fonction avec la prise en charge des frais d’utilité et de la prise en charge des frais de logement et de billets d’avion.
  • La rémunération du Directeur Général Adjoint chargé de la banque de détail se compose d’une indemnité fixe et d’un bonus annuel selon la réalisation des objectifs. Par ailleurs, le Directeur Général Adjoint bénéficie d’une voiture de fonction avec la prise en charge des frais d’utilité et de la prise en charge des frais de téléphone.

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Le congrès de Nidaa Tounes a débuté à Monastir. Premier coup de théâtre, il se délocalise à Tunis. Deuxième coup de théâtre, il se scinde en deux. L’un s’enfuit à Hammamet et l’autre retourne à Monastir. Au 1er round de Monastir, les choses auraient déjà plutôt mal démarré et on y parle d’empoignades.

Un des anciens lieutenants et meilleurs appuis de HEC décide alors de lui jouer un tour, pour l’écarter, se faire élire à sa place et prendre les habits du sauveur du parti du président Essebssi.

Celui que son ancien copain a largué, commet alors un huissier de justice pour arrêter le congrès de Tunis, qui avait déjà procédé à l’élection du Comité central pour lequel il s’était porté candidat et n’y avait obtenu qu’une seule unique voix, la sienne.

Le même jour, HEC se fait élire à Monastir à la tête du comité central d’un parti qui aura ainsi fait deux congrès en même temps et élu deux comités centraux. Jusqu’à présent, on ne sait pas quel congrès le père du petit soutiendrait. On ne sait pas, non plus, s’il serait possible d’appeler ce que Toubel a fait à Hammamet une rébellion, un renversement ou une révolution et si cette action avait été préméditée (par qui alors ?) et avec l’assentiment ou le silence de qui ?

Ce qui sûr, c’est que Nidaa Toiles aura été crédité d’une première internationale en matière d’organisation de congrès de partis politiques. Un parti qui tient deux congrès et élit, tout aussi «démocratiquement» l’un que l’autre, deux instance dirigeantes.

Il aura aussi fait une démonstration des plus éclatantes au niveau mondial, en matière de démocratie électorale. Cela, à quelques mois de deux autres élections majeures, censées devoir s’organiser dans la plus transparente des transparences et dans le respect des vraies règles démocratiques.

C’est l’image qu’offrait, en cette fin de week-end de la 1ère quinzaine du mois d’avril, le parti politique de la «petite majorité» parlementaire, et qui voudrait remporter la majorité des sièges qui lui permettrait de gouverner, face à Ennahdha et au parti du chef du gouvernement, si tant est vrai le résultat du dernier sondage d’opinion de Sigma conseil, qui l’avait donné au coude à coude avec Ennahdha.

Un parti, ou plutôt deux partis politiques d’un même Nidaa Tounes, l’un présidé par le frondeur Soufiene Toubel, et l’autre par l’indécrottable Hafedh Caïed Essebssi. Le congrès, constitutif, qui devait être celui du rassemblement des forces centristes, comme le voulait son créateur le père Caïed Essebssi, ne fait cette fois-ci pas que des fissures. Il a carrément divisé Nidaa en deux.

Ajoutons à tout cela tous les micmacs révélés par Issa Hidoussi, à propos des agissements de la présidente du comité d’organisation en ce qui concernait les recours contre la liste des membres du comité exécutif et des pressions qu’aurait subies Hidoussi, vous découvrirez un ensemble de margoulins dans un congrès de marchands de tapis. On comprendrait alors la décision de l’homme d’affaires Ridha Charfeddine de démissionner du comité d’organisation, de l’ARP et de tout le parti.

On avait cru, à un certain moment de cette tragicomédie burlesque qui s’était déroulée en trois actes dans trois villes différentes, que cela pourrait être une scénographie bien structurée qui aurait été dirigée, comme un pantin, par le chef de l’Etat et chef historique de Nidaa Tounes, pour écarter «démocratiquement» son fils et résoudre ainsi tous ses problèmes de mains de maitre. Les partisans de Nidaa Tounes auraient alors sacrifié les moyens pour le résultat.

Ce dernier n’aura été qu’un désastre, politique pour Nidaa, et démocratique pour tout le pays, au sens de la mauvaise image donnée d’une scène politique tunisienne qui n’arrive toujours pas à considérer le jeu et les enjeux politiques en dehors des magouilles et des trafics partisans, des manipulations politiciennes et de la course aux fauteuils, quoiqu’en puissent être les moyens. La Tunisie était en crise, politique et économique. Elle est désormais en crise de moralité.

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En période pré-électorale, l’intox devient une arme de destruction massive utilisée par toutes les parties et tous les partis. Et si l’on tient compte de certaines annonces, faites par le gouvernement à propos de projets qui mettent encore du temps à se réaliser, on pourrait même inclure le gouvernement et son chef dans la liste. L’exemple de la dernière augmentation des prix des carburants, pourrait être un contre-exemple. Cela, dans la mesure où le ministre de l’Industrie a fait une grossière erreur de communication, qui n’aura eu d’effet que celui de mettre son patron dans l’embarras. Pour le député du Front populaire Mongi Rahoui, par ailleurs président de la commission des finances à l’ARP, ainsi que l’UGTT, qui ont fortement critiqué l’augmentation des prix des carburants, les deux étaient au courant depuis décembre, sinon novembre 2018, par le biais du texte de la loi des finances. Ils en avaient pris connaissance, les deux, et avant tout le monde. Les deux ne l’avaient alors pas critiquée. Leurs déclarations, à l’annonce de l’augmentation, deviendrait donc un simple jeu pour des enjeux politiques trop évidents.

  • Le comment du pourquoi

L’intox aura quand même son effet en mouvements populaires qui désarçonneront le gouvernement, parce que le citoyen ne retient que le train qui arrive en retard et que le lecteur ne retient que l’intox et oublie facilement le démenti, partant du principe que «il ne peut y avoir de craquèlement, sans un bris». Le tout dans une conjoncture de période pré-électorale et de manque de confiance entre l’Etat et le citoyen. Il faudra ajouter à tout cela la nouvelle gymnastique à laquelle s’adonnent, depuis la révolution, beaucoup de professionnels. Il s’agit des annonces de volonté délibérée et en dehors de toute règlementation de procéder eux-mêmes aux augmentations qui leur conviendraient. On retiendra, par exemple, celle d’une organisation patronale des chauffeurs de Taxis, dont le responsable vociférait dans une vidéo la décision de ses confrères d’augmenter eux-mêmes leurs prix aux compteurs, si le gouvernement ne leur donnait pas compensation de la hausse du prix du gasoil. On serait même tenté de mettre la dernière déclaration des bouchers de le faire, dans le même ordre d’idées. C’est que depuis un certain temps, professionnels et syndicats ont adopté la menace comme outil de revendication. Toutes ces déclarations sont donc, à notre sens, à mettre sur le compte de la surenchère, sur un chef de gouvernement que tout le monde sait en voie de candidater aux présidentielles et sur son parti, Tahia Tounes, qui prendra part aux prochaines législatives.

Il serait donc presqu’idiot de croire que les concernés, chef de gouvernement et son parti politique, ne soient pas conscients de ces enjeux et des jeux médiatiques des uns et des autres. Et c’est justement tout cela qui nous mène à dire qu’il est très peu probable que le chef du gouvernement autorise une autre augmentation, quelle qu’elle soit, après celle des carburants qui avait été déjà prévue depuis la loi de finances 2019, à la fin de 2018.

  • Le jeu et ses enjeux où le seul perdant est le citoyen

Tous, partis au pouvoir, l’opposition, le gouvernement et les partis en voie de candidater, savent très bien que toute nouvelle mesure ou décision impopulaire handicaperait fortement les chances de Youssef Chahed et son parti de faire bonne figure aux prochaines élections. Et quand bien même le gouvernement serait-il obligé, ou poussé, à faire des augmentations des produits des matières de base, comme cela a été «faussement fuité», ce serait son propre parti qui le lui interdirait. De là à comprendre aussi que toute l’opposition et même Nidaa Tounes ont compris l’importance de ces «fuites» dans l’enjeu des prochaines élections, le pas pourrait être facilement franchi pour dire qu’ils pourraient tous en user, l’ultime objectif. Pour beaucoup, pour ne pas dire tous, la fin justifie en effet les moyens.

Il nous reste cependant à rappeler l’histoire du berger qui criait au loup, ou fable d’Esope appelée aussi «Le berger mauvais plaisant». Et comme l’effet est aussi réversible, on terminera en citant cet autre adage connu disant «Tant va la cruche à l’eau, qu’à la fin elle se brise». Et il est évident qu’entre l’un et l’autre, la différence se fera par la communication. L’opposition, tous partis confondus, le sait. Pas encore le chef du gouvernement.

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Il ouvre son discours sur un verset du Coran, comme un clin d’œil aux égarés et enfants prodigues qui avaient quitté le «paradis » de Nidaâ Tounes, pour y retourner. Suivra une longue digression sur l’histoire de la création de son parti politique en 2012, dont il dit avoir été bâti sur 4 piliers qu’il énumèrera sous forme de piques, clins d’œil et appels du pied.

«Le premier est Destourien et personne ne nous donne de leçons sur notre appartenance au Néo-Destour et au Bourguibisme et surenchérit sur nous à ce sujet». Le message était manifestement destiné à Abir Moussi et son parti Destourien. Une manière de lui rappeler qu’elle ne peut s’accaparer cette tendance politique, dont elle fait un des piliers de son parti. Se lève alors la première vague de l’appel à se candidater, par un «le peuple veut Béji de nouveau», auquel BCE répond par un geste de la main qui pourrait vouloir dire, soit «parlez toujours», ou «peut-être».

  • BCE ménage Ennahdha et courtise la Gauche

Le second pilier, selon le président honoraire de Nida Tounes qui avait oublié qu’il était chef de tout l’Etat et aurait dû refuser l’étendard de Nidaâ à ses côtés avec le drapeau national et s’en tenir à un simple petit discours protocolaire, est «le pilier syndical qui a toujours été en première place». Un appel du pied à l’UGTT pour demander son appui et lui rappeler qu’il avait toujours été à ses côtés, tant dans les revendications salariales que dans sa demande d’écarter Youssef Chahed du gouvernement. Il ne faut pas oublier que le syndicat ouvrier avait maintes fois dit et assuré qu’il restera concerné par les élections. D’où l’appel du pied de BCE au syndicat et le pilier syndical de son parti dont il a parlé dans son discours de presqu’une heure de temps.

Le 3ème pilier, ce sont les indépendants, sur lesquels BCE, qui parlait par ailleurs au pluriel, passera rapidement, se contentant d’un «ils sont les bienvenus», pour passer vite au 4ème pilier qui est la Gauche. Les trois derniers piliers décrits par le fondateur de Nidaâ sonnaient ainsi comme des appels à rejoindre ses rangs, dans un discours qui n’avait, visiblement, rien à voir avec celui d’un chef d’un Etat de tous les Tunisiens, qu’ils soient de Nidaâ, des indépendants ou de la Gauche, tous par ailleurs, théoriquement anti-Nahdha et contre son projet politique et sociétal. Certains, comme la Gauche de Hamma Hammami, sont même connus pour être carrément anti-Nahdha.

  • Même le Coran, pour lui donner raison

Un discours, en fait, rassembleur certes, mais autour de son propre parti qui représenterait l’intérêt national et l’antre du centrisme dont se revendiquent d’autres partis adversaires, comme le «Badil » de Mahdi Jomaa ou Tahya Tounes de Youssef Chahed. BCE se permettra même le luxe de citer le Coran à propos du Centrisme dont son parti se voudrait le représentant, seul capable de «défendre les citoyens et le Centrisme», affirmait-il de son parti dont il disait qu’il n’est pas comme les autres, «avec des gens venus défendre seulement leurs intérêts». Le chef de l’Etat «oubliait manifestement que les problèmes de 8 ans de Nidaâ Tounes ont été créés par une seule personne, son propre fils», commentait pour nous un observateur, qui se dit indépendant, de la scène politique.

BCE aura finalement oublié un 5ème pilier, sur lequel reste bâti Nidaâ, comme en témoigneront certains passages de son discours partisan. Ce pilier oublié est la relation avec Ennahdha. «Tous les espoirs restent (…) sur ce congrès et surtout le rôle qui est le sien après ce congrès, pour rassembler toutes les forces du Centre, pour qu’on puisse faire face aux courants qu’il faut, sans que j’en dise plus». Force est de constater que tous les partis politiques se sont déjà positionnés en tant qu’adversaires d’Ennahdha. Nidaâ aussi, mais BCE la ménage dans son discours au moins à deux reprises, et refuse de la citer nommément. Il en a même loué sa «bonne chance, sa bonne gestion et sa bonne direction» pour avoir su garder intact son bloc parlementaire. C’était en fait pour rebondir sur une victimisation de son parti, «cible de tout le monde», a-t-il dit, par les débauchages d’autres partis et expliquer son impuissance à maîtriser la gestion parlementaire de l’activité gouvernementale.

  • Je ne veux plus être président. Mais qui sait !

Manœuvrier politique, BCE n’oubliera pas de parler de sa candidature, lorsqu’il affirmera que «nous sommes aujourd’hui dans une orientation électorale », après avoir certifié n’avoir jamais mis les pieds chez Nidaâ, «par respect à l’Etat et à la Constitution». A sa manière, lorsqu’il veut dire des choses sans les dire. «Tout est entre les mains de Dieu le Tout-Puissant. Je voudrai vous dire, en toute franchise, que je n’ai pas envie de candidater… Pas envie. De toutes les façons, chaque chose en son temps. La Constitution me donne droit à un autre mandat. Moi, je n’en ai pas envie. De toutes les façons, la Constitution a fixé les délais d’annonce de la candidature. On attendra donc ces délais». Plus «Bajboujien, tu meurs».

L’actuel chef de l’Etat aura ainsi dit, à ceux qui attendaient cela, qu’il ne candidatera pas. Mais, il ne l’aura pas dit d’une manière tranchée et définitive, ce qui lui procurerait l’alibi de revenir, sans reproches aucuns, sur ses paroles lorsque viendra le moment constitutionnel de le dire de manière officielle.

Il se moquera des sondages, par une petite mimique phonétique, «car je connais la vérité », dit-il, pour évoquer, à sa manière, l’accusation d’héritage à son fils de son propre parti. L’évocation de cette problématique, qui a été à l’origine de tous les problèmes de Nidaâ, de ses premières fissures et de son éclatement, aura cependant été faite en noyant le poisson. Dans son discours, qui n’avait manifestement aucun lien avec l’Etat, BCE prononcera une seule fois le mot «héritage», pour le noyer ensuite sous un flot d’autres mots à propos du 21ème siècle, de la lutte contre l’analphabétisme et de Bourguiba, de la démocratie, de la gratuité de l’éducation, de l’émancipation de la femme tunisienne et de son livre à propos de Bourguiba qui n’a pas été cité par un journaliste …

  • Où est passée la colère de BCE contre Youssef Chahed ?

Dans tout ce long discours, parce qu’il était partisan par excellence, les observateurs attendaient les piques de BCE au chef du gouvernement et chef de Tahya Tounes, Youssef Chahed. BCE n‘en décochera presqu’aucune. Il mettra même en valeur la participation de son gouvernement à la réussite du Sommet arabe. Et à la surprise générale, comme il le pressentait d’ailleurs et le disait même, le président honoraire de Nidaâ Tounes se fait l’avocat de la réintégration du chef du gouvernement dans les rangs de Nidaâ. Il est vrai que Youssef Chahed, dont l’appartenance à Nidaâ avait été gelée, n’a jamais annoncé clairement sa démission alors que ses proches lui créaient un parti politique propre. «C’est le fils de Nidaâ et je vous demande de le réintégrer ; je sollicite, dès maintenant, votre accord à ce propos». Pour l’instant, Hafedh CE a dit qu’il ne sera pas contre, Néji Jalloul a dit que la question ne sera pas posée au congrès et Ons Hattab a dit que la commission de réglementation le fera. Youssef Chahed et ses partisans et Tahya Tounes gardent pour l’instant le silence.

En attendant, personne ne comprendra le sens de ce «vœu pieu» de Béji Caïed Essebssi, alors que tout le monde était au courant de la profonde discorde entre les deux têtes de l’Exécutif et avait vu et entendu les maintes piques qu’il lui destinait à chaque occasion et la dernière était le 20 mars 2019. Les proches de Youssef Chahed y verront une tentative de discréditer son rival par rapport à ses frères d’armes au sein de Tahya Tounes. D’autres y verront une dernière tentative du fondateur de Nidaâ Tounes de récupérer ses soutiens et de fédérer toute la tendance politique centriste, pour bien contrer le seul ennemi, électoral, qui est le parti islamiste d’Ennahdha.

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