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Khaled Boumiza

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L’argent du FMI a été versé dans le compte de trésor de l’Etat et commence déjà à être dépensé. Ce qui est sûr, c’est que cela augmente les réserves en devises du pays, déjà passées à 102 jours. Autrement, lorsque le ministre conseiller de Youssef Chahed commente, il estime que «cela donne aussi de l’aisance au marché ». Et Taoufik Rajhi d’ajouter «on est bien parti, avec la seconde revue j’espère, pour le déblocage de la seconde tranche du prêt du FMI, la Banque Mondiale devrait bientôt débloquer une aide de 500 MUSD, 400 Millions d’euros de l’Union Européenne, 100 Millions d’euros de l’AFD, 150 Millions d’euros de l’Allemagne, 250 MUSD de la BAD. Tout cela va alléger la pression sur le Dinar tunisien et rassurer le marché».

Pour que cela se réalise, il faudrait au GUN rempir les 7 critères de mise en place des réformes demandées par le FMI. Force est de faire noter que ce n’est pas le FMI qui voulait donner crédit à la Tunisie, mais que c’est la Tunisie qui est allée le demander, lorsque s’étaient taries chez elle toutes les autres sources de ressources. Il est tout aussi bon de rappeler que les réformes demandées par le FMI et même posées comme conditions sont les mêmes que le pays devait mettre en œuvre depuis 2011 et n’y est pas arrivé. Ce sont aussi les seules conditions capables de redresser l’économie de la Tunisie, la rendant capable de générer de la croissance et rembourser ses dettes.

Beaucoup de choses ont été faites, dans le public comme dans le privé, comme cette inspection sur site des fondamentaux de 5 banques privées réalisée par la Banque Centrale, pour s’assurer de la stabilité générale du système bancaire tunisien et dont les résultats ont été positifs. D’autres choses doivent être faites, en prévision de la prochaine revue de l’évolution des réformes en Tunisie, par le FMI en octobre 2017. Beaucoup aussi de ce qui reste à faire n’est plus du ressort du gouvernement.

«Trois lois, par exemple, sont encore et toujours à l’ARP dont l’une, celle de la loi organique du budget, depuis 2015, mais aussi celle de la haute instance de lutte contre la corruption et celle sur l’intérêt excessif. Chez le ministère des Affaires sociales, le repère de l’identifiant unique social, pièce maîtresse pour le ciblage des compensations, traîne depuis 2013», précisait le ministre conseiller Taoufik Rajhi dans une interview exclusive accordée à Africanmanager. Il avertit même que «les 3 lois qui sont encore dans les tiroirs de l’ARP doivent être adoptées et publiées sur le Jort avant le 18 octobre, date de la prochaine revue du FMI».

Et lorsqu’on sait aussi que cette question cruciale de ciblage de la compensation est prise en otage par des enquêteurs du ministère des Affaires sociales, qui demandent une augmentation salariale de 500 DT, on se rend compte de la difficulté parfois d’apporter de l’argent au budget de l’Etat, par la faute même de ses propres citoyens !

Auprès du ministre conseiller, on apprend qu’il n’y aura aucun nouveau recrutement en 2018 dans la fonction publique, à l’exception d’un taux de remplacement de 25 % des départs à la retraite. «L’année prochaine devrait aussi voir commencer le redéploiement des fonctionnaires, lequel sera fait par décret en voie de finalisation. Ce redéploiement ne concernera que les 649 milles fonctionnaires publics et non les entreprises publiques», précise l’homme qui veille à ce que les engagements de la Tunisie avec ses bailleurs de fonds soient tenus, pour assurer que leur soutien continue.

2018 devrait être aussi l’année de la maîtrise de la masse salariale, question cruciale dans la relation FMI-GUN. Et Rajhi d’expliquer que cela suppose d’arrêter la politique populiste de recrutement, un programme de départ volontaire à la retraite, un programme de départ négocié à la retraite. Mais le plus important sera de «rationaliser les négociations salariales», dit le ministre conseiller qui va plus loin et explique que «il faut désormais que les augmentations soient liées à la productivité, l’inflation et autre». Cela est pour l’instant, il l’admet, la politique du GUN. On ne connait pas encore l’avis et la réaction de l’UGTT, avec qui des négociations seront à ce propos certainement menées.

2018 ce devrait aussi être une plus grande pression des services fiscaux pour plus de recouvrement. Le GUN table déjà sur un surplus de 300 MDT en recouvrement des arriérés de dettes fiscales, «estimées à 7 Milliards DT dont 50 % resteront irrécupérables et dont 1 Milliard DT chez les entreprises confisquées», précise l’homme de tous les chiffres et de toutes les douloureuses qu’il devient de plus en plus difficile de retarder. Le GUN ne s’oublie pas et planche sur un rabotage de ses dépenses. «On a ainsi stabilisé les dépenses des Biens et Services au même niveau que celui de 2017», indique Rajhi.

Bonnes nouvelles, «on ne peut plus toucher le barème de l’impôt qu’on venait juste de revisiter et l’alléger, hors de question de toucher l’impôt sur l’investissement et la contribution conjoncturelle de 7,5 % ne sera pas reconduite en 2018».

Mauvaise nouvelle par contre pour le consommateur, car «il devrait y avoir deux points de croissance de la TVA, dont un ira aux caisses sociales, l’augmentation des droits de consommation sur un ensemble de produits» prédit encore le grand manitou de l’économie chez Chahed. Mais ce n’est pas tout. 2018, sera, c’est sûr, l’année de l’augmentation des prix du carburant. Rajhi rappelle à cet effet que le système d’ajustement automatique, mis en place depuis 2016 n’avait était appliqué qu’une seule fois. Deux augmentation devaient être faites et ne l’ont pas été. En 2018, elles le seront. Bonjour les dégâts sur les bourses des citoyens !

 

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Il y a quelques jours, le Conseil d’administration du FMI (Fonds monétaire international) achevait la première revue du programme économique de la Tunisie appuyé par un accord au titre du Mécanisme Élargi De Crédit (MEDC). L’achèvement de la revue permet aux autorités tunisiennes de tirer l’équivalent de 227.2917 millions de DTS (Droits de tirages spéciaux), qui est l’unité de compte du FMI, mais dont le rendu en USD peut varier, vers le haut ou vers le bas, en fonction du taux de change du dollar américain. Pour cette tranche, déjà encaissée par la BCT, c’est environ 319 millions de dollars, représentant un peu moins de 8 jours d’importation. Le 15 juin, les avoirs nets en devises remontaient ainsi à 102 jours d’importation, contre 94 jours la semaine dernière.

En contrepartie de ce crédit, le gouvernement s’était engagé à faire les réformes nécessaires qui devraient pérenniser les capacités de la Tunisie à rembourser cette dette. Il devait ainsi «réduire le déficit budgétaire pour stabiliser la dette publique en-dessous de 70 % du PIB à l’horizon 2020, tout en augmentant les dépenses d’investissement et les dépenses sociales», comme le rappelle le dernier communiqué du FMI. Mais aussi assurer un «resserrement de la politique monétaire et un assouplissement plus accru du taux de change », des mesures qui «contribueront à contenir l’inflation, améliorer la compétitivité et préserver les réserves internationales».

⦁ Un nouveau calendrier pour les crédits du FMI

Le FMI rappelle aussi que «pour parvenir à un rééquilibrage budgétaire propice à la croissance et soucieux de la dimension sociale, il sera essentiel de mettre en œuvre les mesures fiscales prévues pour 2018 et la nouvelle Direction des Grandes Entreprises, deux initiatives qui auront pour effet de renforcer l’équité fiscale».

Deux mesures fiscales majeures devraient ainsi figurer dans la Loi de Finance 2018 et concerner la TVA et l’impôt sur la plus-value immobilière. On notera par ailleurs que le communiqué du FMI parle déjà de la LF 2018, comme s’il en connaissait déjà le contenu. Au fait, il s’agirait plutôt d’un document qui a été remis au FMI par l’ancienne ministre des Finances, qui retrace les engagements tunisiens et a été mis à jour par l’équipe de négociation.

On lit aussi dans le dernier communiqué du FMI que son Conseil d’administration a «approuvé la demande de dérogations des autorités à l’égard de la non-observation de critères de réalisation sur les réserves internationales nettes, les avoirs intérieurs nets et le déficit budgétaire primaire». Il s’agit en fait de l’accord du FMI à la Tunisie, suite au retard pris par certaines réformes.

⦁ Où iront les 319 MUSD du FMI cet été ?

 Mais le Conseil d’administration du FMI a aussi «approuvé la demande des autorités pour rééchelonner l’accès aux ressources en six versements semestriels». En fait, la tranche de crédit devant être décaissée en octobre 2016 ayant sauté, la Tunisie a demandé à en répartir le montant sur le reste du programme. A partir de mars 2018 donc, les montants semestriels que devra empocher la Tunisie à l’issue de chaque revue augmenteront et seront décaissés, si tout va bien, selon un nouveau calendrier.

Pour la somme qui sera déboursée au cours de ce mois de juin 2017 (319 MUSD représentant 775, 192 MDT au cours de ce jour), précisons d’abord qu’elle sera versée au budget de l’Etat, même si elle pourrait figurer sur le tableau des réserves en devise qu’affiche la BCT.

Nous croyons par ailleurs savoir qu’une partie devrait être «dinarisée», ou convertie en Dinars, pour donner à l’Etat les moyens de lever le pied en matière d’endettement intérieur à travers les BTA (Bons de Trésors assimilables). Une mesure qui ne devrait pas trop plaire aux banquiers, dont certaines profitent de la manne des BTA pour réaliser d’importants bénéfices hors-exploitation. La «dinarisation» ne devrait cependant pas dépasser les 200 MUSD.

Le reste devrait d’abord aller payer deux très importantes factures incontournables : D’abord celle de l’importation des céréales et l’autre pour le gaz. On ne connait pas les montants, mais on nous assure que la seule facture de gaz pour la maison Tunisie pourrait bien «bouffer» large partie du crédit en devises. Des sources évoquent aussi l’imminent remboursement d’un crédit étranger qui pourrait être aussi payé sur les fonds du FMI. A la BCT, on nous assure cependant que le montant de ce remboursement est déjà provisionné et n’aurait donc pas besoin d’être tiré sur le crédit FMI.

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Ce n’est pas pour répéter ou parodier Yassine Brahim à la veille du passage de Riadh Mouakhar devant la justice. C’est presque. Ce n’est pas pour parler du limogeage d’Elyes Gharbi. C’est presque. En effet, le détail de cette affaire, entre dit et non-dit, vérités et mensonges des deux parties, nous semble moins intéressant que la signification de ce geste administratif qui a perdu de sa superbe régalienne. Un geste par ailleurs attendu et le nom du remplaçant de Gharbi, connu depuis plusieurs semaines, sinon quelques mois. C’est à croire que l’on n’en attendait que le prétexte !

Le chef du gouvernement vient en effet de signer la décision de limogeage d’Elyes Gharbi, son propre et unique candidat, il y a quelques mois, pour ce même poste de PDG de l’ETT (Etablissement de la télévision tunisienne). S’il avait alors besoin de le soutenir, il donnerait, par son limogeage, la preuve qu’il s’était trompé. Il se trompe de nouveau en le renvoyant de cette manière qui fait depuis polémique.

Dans une déclaration radiophonique, le président de la Haica (Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle) a critiqué ce limogeage et a estimé qu’il est «contraire aux principes de conduite que l’instance veut établir dans le domaine de l’audiovisuel en Tunisie», ajoutant qu’il l’a «appris par un courrier, qui ne contient aucune explication des motifs de ce limogeage, alors qu’en tant que président de la Haica, il devait en être informé avant son annonce».

Ce n’est cependant pas la 1ère fois que Youssef Chahed, si tant est lui qui aurait pris la décision, agit de cette manière peu cavalière, presqu’insultante, avec les médias publics. Il y a quelques semaines encore, il limogeait le SG de l’Etablissement des radios, l’accusant entre les lignes de mauvaise gestion, sans en apporter les preuves. Le limogeage avait pour but d’en nommer un autre, mais ce dernier ne semblait pas être content de son nouveau poste et le quitta de lui-même, 2 ou trois jours après sa nomination. Bien avant, c’était un nouveau PDG d’un des plus importants médias écrits publics. Un homme, avec tout notre respect, sans aucune connaissance du domaine des médias et de la presse. Celui qui l’y a mis, non plus. Il n’avait pourtant rien appris de l’échec du passage de son prédécesseur, comme lui étranger au domaine.

Par ce limogeage, qui ne sera pas le dernier, les règlements de comptes n’étant pas encore finis pour ceux qui sont dans le cercle de la communication du chef du gouvernement, ce dernier continue de traiter les médias publics par-dessus la jambe. A l’écoute et au partenariat, pour le bien de la communication de l’Etat, il préfère agir par nomination et révocation, sur la base de profils qui n’ont que quelques fois et parfois très peu de connaissances du monde des médias et leur gestion, pourtant très particulière. Des profils, soit parachutés, soit recommandés. Mais jamais choisis sur la base de véritables critères et cadrés par des contrats programmes.

Des médias publics que la Primature considère comme de simples fauteuils à donner en cadeaux, qu’elle refuse de contrôler alors qu’elle contrôle leurs budgets, auxquels elle préfère le privé et dont elle refuse jusqu’ici de se départir comme pour Shems ou Assabah. Une mauvaise gestion caractérisée qu’est celle de Youssef Chahed et de ses sbires, du domaine des médias.

Une mauvaise gestion qu’on retrouve dans la gestion même de la communication de la Primature. Une gestion «à la va comme je te pousse», en dehors de toute stratégie, mise noir sur blanc, avec un volet, ô combien important pour un GUN qui passe de crise en crisette, qui est celui de la communication de crise. Un plan, s’il existait, ce dont nous doutons tant est anarchique cette communication de l’Exécutif, ne le serait qu’entre les planches du tiroir du bureau dont les occupants ne font pas la différence entre communicateur et attaché de presse et où le PR est une question de copinerie et non de professionnels et de professionnalisme.

Youssef Chahed a peut-être réussi à redonner des espoirs de relance à l’économie. Il a peut-être réussi à redonner espoir aux Tunisiens de croire qu’ils pourront se débarrasser de la corruption. Il n’a cependant pas toujours réussi à devenir le communicateur dont l’Etat       a besoin, ni à faire de la communication un support pour son action et un booster pour son image. Encore moins à restructurer les médias publics que ses proches accusent de tous les maux du pays, pour éviter que tous ceux en prennent la responsabilité se cassent les dents comme c’est le cas depuis 2011. Les restructurer aussi, pour permettre à ceux qui en auront la charge, de réussir à les redresser et d’en faire un véritable service public et concurrentiel.

A l’image de ces échecs, Youssef Chahed n’a pas non plus réussi à trouver ceux qui le conseilleront dans le sens d’une meilleure communication institutionnelle, qui prenne le peuple à témoin, qui lui dise ce qu’il faut qu’il connaisse pour le suivre. Force est ainsi de constater que, jusqu’ici, sa mauvaise communication empêche toujours Youssef Chahed d’être le chef de gouvernement qu’il n’a pas su entièrement être.

De là, il n’est pas étonnant qu’il agisse ou qu’il laisse agir ainsi et de cette manière brutale et grossière avec les quelques bons professionnels du métier qui acceptent encore de sacrifier leurs intérêts pour ceux de l’Etat.

 

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Le même jour où le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, confirmait son intention de mener la lutte contre la corruption jusqu’au bout, en frappant fort dans la fourmilière de la Douane, tombait une information comme une douche froide sur tous ceux qui ont soutenu Chahed dans cette lutte.

En effet, un juge du tribunal de 1ère instance de Tunis annonçait son refus de désigner un administrateur judiciaire sur les biens confisqués d’un des contrebandiers interpellés dans la première vague des personnes concernées par la lutte contre la corruption. L’information nous a été confirmée hier soir par le ministre des domaines de l’Etat, tutelle de la commission de confiscation. Il s’agirait, selon certaines sources, de l’ancien Douanier et ex-candidat aux présidentielles de 2014, Yassine Channoufi.

Cette décision du juge en question ne remet en cause en rien le processus de justice qui concerne la personne interpellée, qui est d’ailleurs toujours assignée à résidence dans un endroit inconnu sur décision administrative du ministre de l’Intérieur, comme l’y autorise l’article 5 du décret n°78-50 du 26 janvier 1978, sur l’Etat d’urgence.

La décision du juge n’est pas non plus définitive. «Le chargé du contentieux de l’Etat attend de recevoir copie officielle de cette décision de justice pour en prendre connaissance, voire éventuellement les demandes du juge, y répondre si nous le pouvons, sinon faire appel de cette décision», précise Mabrouk Korchid à Africanmanager.

Selon la même source, le même juge aurait statué sur des affaires similaires et concernant d’autres personnes interpellées et confisquées, en faveur des demandes du Chef du contentieux de l’Etat et aurait accepté, lundi dernier, de désigner un administrateur judiciaire sur leurs biens confisquées. Deux jours plus tard, mercredi 14 juin, c’est un jugement contraire qui aurait été prononcé par le même juge et qui aurait demandé un jugement attestant que les charges pesant sur l’interpellé justifient la confiscation.

Ce jugement est en effet une première du genre, puisque Channoufi comme le reste des huit personnes interpellées, a vu tous ses biens confisquer au titre du même décret-loi de 2011 qui avait alors touché plus d’une centaine de personnes des familles de l’ancien chef d’Etat tunisien et aucun juge n’avait jamais demandé les documents requis par le juge devant qui est passé Yassine Channoufi. Jamais alors aucune demande du chef du contentieux de l’Etat sur la désignation des administrateurs judiciaire n’avait été refusée ou conditionnée à aucun autre document ou jugement.

Un tel jugement, bien que non définitif et qui pourrait passer par l’appel et la cassation, pourrait tout de même constituer le 1er Couac de la campagne de lutte contre la corruption, lancée depuis quelques jours par Youssef Chahed et qui l’a porté au pinacle de la confiance et de l’estime des citoyens tunisiens. Un Couac, surtout s’il venait à être confirmé en appel et en cassation et pris comme jurisprudence, pour le reste des interpellés et de tous ceux qui pourraient l’être à l’avenir.

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Trois mois et demi à la tête d’Al Karama Holding et déjà de nouvelles perspectives qu’il présente à la question essentielle de l’avenir des confisquées, des dizaines d’entreprises qui faisaient les beaux jours des familles de l’ancien régime. Février dernier, ce professionnel de l’investissement financier et des fonds d’investissements, spécialiste des marchés Boursiers, chercheur spécialiste des questions de la liquidité et de la volatilité des marchés financiers organisés et membre de plusieurs commissions nationales traitant des questions qui se rapportent à l’éthique et au développement des marchés de capitaux en Tunisie, passait de la Bourse à Al Karama. Juin 2017, Adel Grar affirme que le «rôle de la Holding, qui a acquis des parts dans certaines confisquées par l’Etat, est de gérer ces sociétés au vu de les préparer pour la cession et mettre en vente ces sociétés, les remettre dans le secteur privé, tout en pensant à leur pérennité et tout en veillant à choisir les conditions optimales de vente. Elle n’a nullement vocation à gérer pour le compte de l’Etat».

  • On ne vendra qu’après négociation avec nos partenaires dans les confisquées

Dans le portefeuille de 65 entreprises, groupées en 27 Holdings, d’El Karama, toutes ne vont pas bien. En bon vendeur, Adel Grar précise donc que «l’état de ces entreprises n’est que le reflet de la réalité de l’économie tunisienne». Il n’en demeure pas moins vrai que la vente va à pas de fourmi. Sur les 65 entreprises qu’elle gère, seules 6 ont pu être vendues. Le nouveau DG d’Al Karama explique cela par les conditions de reprise des confisquées par Al Karama et le temps nécessaire à leur remise en état et dans les conditions de cession. Cela ne l’empêche pas de dire, «sur un plan purement personnel» comme il tenait à le préciser, qu’El Karama «aurait pu mieux faire et accélérer un peu la cadence des cessions d’entreprises», d’autant que la manière de vendre et le timing sont décidés par Al Karama. Ce n’est qu’au montage final de l’action de cession qu’intervient ou non l’accord de la commission de gestion des biens confisqués.

C’est ainsi que la vente des confisquées connait un coup d’accélérateur. Du coup, ce sont 17 entreprises qui sont désormais proposées à la vente (Voire notre document ci-dessous).

Sur cette liste, il faudra d’abord ajouter la Banque Zitouna et préciser que la STTG est l’entreprise qui était propriétaire de l’hôtel Le Palace de Belhassen Trabelsi avant sa confiscation et qui sera aussi vendu, avec la franchise Hilton. Cette liste contient 17 entreprises, mais n’est pas définitive. Le PDG d’Al Karama est plus réaliste et table plutôt sur 13 ventes d’ici fin 2017 et uniquement 3 ou 4 susceptibles d’être cédées en bourse.

Il faut dire qu’à sa prise de fonction à la tête d’Al Karama, Grar s’était engagé sur des recettes d’au moins 400 MDT de ces ventes, contre les 200 MDT déjà encaissés, comme il l’a confirmé à Africanmanager.

  • Zitouna oui, Nouvel Air pas encore

Pour le reste, les négociations sont à un stade avancé pour la vente des 10 % d’Ooredoo qui ne le sera pas sur la cote de la bourse de Tunis, incapable d’absorber une telle opération et dont l’apport financier ira en 1er lieu aux banques créditrices, aux concessions automobiles Ford et Hyundai et au groupe Bina de Carthage Cement. Adel Grar tient à préciser ceci : «nous sommes une institution sérieuse. Nous détenons des participations, parfois avec des partenaires extérieurs à notre Holding que nous respectons et qu’on respecte. On ne met donc à la vente qu’après avoir négocié avec nos partenaires et dans un cadre consensuel».

Toutes les entreprises confisquées ne seront pas vendues par appel d’offre. Certaines le seront à travers la bourse de Tunis. «Il y aura des cessions sur la bourse, de sociétés qui se portent bien et qui sont dans un bon trend haussier, car je préfère mettre sur la bourse des entreprises qui ont une belle histoire à raconter pour l’avenir», précise Adel Grar, mystérieux et sans autre forme de détail sur la liste des prochaines vendues en bourse. A titre personnel et non celui de PDG d’Al Karama, Grar nous confie qu’il verrait bien «Zitouna Takaful» sur la cote de la bourse de Tunis. Déjà en bourse, on imagine aussi que les 36 % de la société Adwya seront cédés en bourse, puisque la liste d’Al Karama évoque déjà une offre à prix ouvert (OPO).

  • Assabah, Shems FM et Newrest sur la liste

Sur la liste des prochaines cessions, on retrouve aussi les deux sociétés d’oliviers, le journal Assabah et SPTP, qui est la société propriétaire du Palais Sidi Bou Saïd de Sakher El Materi. Mais aussi la Ceramic de Slim Zarrouk et Shems FM, d’une des filles de l’ancien président tunisien. Cela, sans oublier les parts de l’Etat dans les sociétés du groupe Alpha de Belhassen Trabelsi, 3 entreprises où l’Etat n’est pas le seul actionnaire et où il est déjà en négociation avec ce partenaire qui est un homme d’affaire vivant actuellement en France. Et enfin la société de Catering Newrest.

On sait aussi que la société «Nouvel Air Tunisie» où Al Karama ne détient que 28,3 % confisqués auprès de Belhassen Trabelsi ne fera pas, pour l’instant, partie de la liste des confisquées à vendre. Les négociations avec les autres partenaires, notamment le groupe de Feu Aziz Miled, n’ont même pas encore commencé.

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La BFT (Banque Franco-Tunisienne), une affaire qui date de 1989 lorsque la STB a pris le contrôle de la banque, donnant le point de départ à une série de procès entre l’Etat tunisien et la société «ABCI Investments» de l’ancien dirigeant de cette banque, le Tunisien Abdelmajid Bouden. Des procès, tant devant la justice tunisienne que devant le tribunal arbitral international dit CIRDI. Une affaire aussi qui a fortement évolué à l’ombre de la révolution, amnistiant l’homme d’affaires tunisien et impliquant désormais un ancien ministre des Affaires foncières de la Troïka.

 «A la venue au pouvoir du GUN, nous n’avions constaté aucune activité nouvelle dans le dossier de la BFT. Le dossier était déjà clos, bien avant l’avènement du GUN et le Cirdi avait déjà pris le dossier en main. Tout ce qui a donc été fait dans ce dossier, rédactions de rapport et plaidoiries, l’a été avant la venue du GUN», affirme l’actuel ministre des domaines de l’Etat, Mabrouk Korchid, avocat de son Etat. Et le secrétaire d’Etat de préciser encore que «le seul élément, dans ce dossier de la BFT, qui a été traité par le GUN, a été la définition de l’impact de la plainte déposée par le Parquet contre 5 anciens responsables, dont l’ancien ministre Salim Ben Hamidane». C’est en fait le tout dernier rebondissement dans l’affaire BFT. Il faisait suite à une tentative de règlement à l’amiable, manifestement non autorisée par le gouvernement tunisien.

 –          «J’ai été contacté par l’ABCI et j’ai refusé de leur parler»

«Une des parties de ce dossier avait alors fait opposition auprès du Cirdi arguant que la plainte auprès des tribunaux tunisiens contre les 5 responsables pourrait impacter l’issue de l’arbitrage. Ce à quoi nous avions alors répondu que la plainte tunisienne en pénal n’a aucun lien avec le litige géré par le Cirdi et que l’Etat tunisien avait par conséquence toute latitude et tout le droit de se porter partie civile auprès de la justice tunisienne», indique le ministre Korchid à Africanmanager. Le 14 avril 2017, le Cirdi donnait raison à la partie tunisienne et déboutait la partie étrangère, dans une affaire où informations et intox se mêlent savamment. Le ministre tunisien répondait en fait ainsi à un écrit du journal en ligne français «Maghreb Confidentiel», prêtant au GUN l’intention d’influencer le verdict attendu du Cirdi et accusant d’un échec de la stratégie de Korchid dans le traitement de ce dossier. «Par conséquent, parler d’un échec du GUN ou du ministre des domaines de l’Etat  n’a aucun sens car le GUN n’a aucune responsabilité procédurale directe dans ce dossier», se défend le ministre des domaines de l’Etat.

Et le ministre Korchid de révéler à Africanmanager : «j’ai moi-même refusé tout contact avec la partie adverse, malgré les tentatives répétées de l’ABCI et de Mr Bouden de prendre contact avec moi et avec d’autres institutions de l’Etat et le harcèlement qui s’en est suivie. Je n’ai rien à dire avant de savoir si la responsabilité de ce litige va incomber ou non à l’Etat tunisien. Parler alors de dommages matériels était indécent et irraisonnable».

 –          Pas de négociation avant le jugement sur la responsabilité

Selon le Secrétaire d’Etat, chargé des Affaires foncières et des domaines de l’Etat, les chances que la Tunisie l’emporte face à l’ABCI sont de 50-50. Il refuse cependant de parler d’autre chose à propos de ce dossier, avant que le Cirdi ne se prononce sur la responsabilité de l’Etat dans cette affaire. «Ce n’est qu’alors que nous entrerons en négociation pour les dommages matériels après les avoir évalués à partir de données réelles et matérielles», soutient Korchid mordicus, pour qui il ne fait jamais «mettre le tapis avant de bâtir la mosquée» [Ndlr : Proverbe tunisien] ou de refaire l’erreur de 2012.

Mabrouk Korchid explique à ce sujet que «alors que l’Etat tunisien militait pour faire valoir sa non-responsabilité dans cette affaire qui remonte aux années Bourguiba, d’autres personnes discutaient au nom de l’Etat tunisien et accordaient le droit à des compensations financières pour des personnes dont on ne savait même pas si elles avaient raison et alors que le litige sur la responsabilité n’a pas encore été tranché».

Cette affaire de la BFT n’est malheureusement pas la seule à laquelle fait face la Tunisie dans les couloirs du Cirdi. Cette Cour internationale d’arbitrage, relevant de la Banque mondiale, planche aussi sur un autre litige, cette fois-ci entre l’Etat tunisien et une entreprise pétrolière suédoise. «Il me semble qu’on s’achemine vers un règlement amiable. Il est actuellement en phase de compensation. L’Etat tunisien y a droit et l’entreprise suédoise aussi. Un jugement a été déjà prononcé et nous oblige à compensation, mais nous avons aussi des montants dus à récupérer. Nous avançons donc vers une solution amiable négociée». C’est ce que confirme Mabrouk Korchid.

 

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Lui, c’est le DG de l’ATB, l’homme dont l’image collerait presque à celle de l’Arab Tunisian Bank. C’est aussi le DG qui reste alors que changent les présidents de conseils d’administration de la banque et le responsable qui fait face aux escrocs et gagne en justice.

Issu, comme beaucoup de ses pairs, de la BCT, il a fait les beaux jours de la banque, tant par les résultats que par la conduite du changement. Avec Ferid Ben Tanfous, Africanmanager a parlé, bien sûr des résultats de la banque, mais aussi de son environnement et de ceux qui voudraient lui faire du mal, sans jamais y parvenir. Interview.

Pourquoi le résultat de la banque pour l’exercice 2016 s’est-il un peu affaissé ?

Ce qui est important à constater, c’est que les fondamentaux de la banque ne se sont pas dégradés. Au contraire, ils se sont même améliorés. Nous avons misé sur la consolidation des structures de la banque et de ses ratios prudentiels. Nous avons ainsi privilégié la couverture des risques et une application plus stricte des règles de classification des créances, ce qui nous a amené à faire plus de provision, pour la 2ème année consécutive.

Peut-on ainsi dire que la baisse du résultat net était un choix délibéré ?

On peut en effet le dire, dans la mesure où nous n’avons pas voulu privilégier l’expansion aux dépens du risque. Deux éléments ont en fait pesé sur le PNB. D’abord notre conservatisme au niveau du marché des Bons de Trésor et pour mieux maîtriser notre portefeuille crédit. Ensuite, un plus grand effort en matière de provisions et continuer à consolider nos actions en matière de couverture des risques.

Ce souci de renforcer la couverture des risques ne serait-il pas dû à une possible qualité détériorée de votre portefeuille ?

Au contraire, notre portefeuille reste parmi les meilleurs de la place, avec un taux de créances non-performantes stabilisé à 8% contre 7,8 % pour l’exercice précédent. Augmenter les provisions, cela peut aussi être par un simple déclassement de certaines créances. On a ainsi gardé le même taux de créances classées que l’année dernière et nous sommes largement au-delà des 70 % en matière de couverture. Le plus de provisions, on le retrouvera d’ailleurs dans les résultats de l’année prochaine

Vous évoquiez plus haut ce conservatisme sur les Bons de Trésor. Avez-vous baissé vos investissements dans ce genre de papier ?

Nous avons plutôt reconstitué notre portefeuille, sans pour autant l’augmenter.

Vous avez pourtant gagné assez d’argent sur cette niche d’investissement qui s’avère être une véritable manne financière pour plus d’une banque !

Nous sommes restés au même niveau de l’exercice 2015. Nos gains, contrairement à d’autres banques, se sont plutôt stabilisés.

Parlez-nous justement de 2017. Quelles sont vos prévisions à ce propos et est-ce que le résultat net va augmenter de nouveau ?

J’espère bien. Avec une meilleure politique de recouvrement et moyennant une meilleure production, nous devrions y arriver sans problèmes et même être à des chiffres largement supérieurs à ceux de 2015 (un PNB de 200,1 MDT et un RN de 57,6 MDT).

La dernière décision de la BCT, d’augmenter pour la seconde fois successive en une année son taux directeur, pourrait-elle avoir un impact sur l’activité bancaire, dont l’ATB ?

Peut-être aura-t-elle cette année un effet positif par l’augmentation des revenus des intérêts de la banque. La quasi-totalité de nos crédits sont indexés sur le TMM. Si ce taux augmente, nos revenus aussi. Bien entendu il devrait y avoir aussi une augmentation des charges mais avec un effet légèrement décalé. Mais à mon sens, cette décision n’impactera pas cette année l’activité bancaire. Peut-être l’année prochaine, tout en rappelant que le taux d’intérêt n’influe pas forcément sur la décision d’investissement. C’est l’une des composantes certes, mais pas l’essentielle.

Que prépare l’ATB à ses clients pour 2017 qu’ils ne savent déjà à travers ses indicateurs trimestriels ?

2017 devrait être l’année de la consolidation à l’ATB, surtout au niveau des produits basés sur la digitalisation. Nous avions déjà lancé le Mobile Banking dans un format plus sécurisé et qui a été le 1er à recevoir la certification Iso 27003. Consolidation aussi de certains produits au niveau Retail. Mais la nouveauté pourrait être la consolidation du segment PME qui sera redéfini sous la forme d’un métier à part, des produits à part, une organisation et des procédures à part.

Est-ce à dire que l’ATB évoluera de banque des particuliers à une banque des PME ?

Au contraire. On restera dans tous les segments, mais on donnera beaucoup plus d’importance à la PME avec plus d’innovation pour ce segment.

Et donc plus d’argent alloué aux PME ?

Oui certainement, car c’est un segment très porteur et qui mérite une nouvelle approche, plus de fonds, plus de ressources humaines et de nouveaux produits spécifiques. Ça sera ainsi notre prochain cheval de bataille pour 2017 et 2018.

L’ATB est-elle, comme le reste du secteur bancaire, en demande croissante de liquidité auprès de la BCT et pourquoi ?

Oui et cela va de soi. La pression sur la liquidité n’est plus un secret chez toutes les banques de la place. Cela est d’abord du au marché parallèle. Il y a beaucoup de liquidité qui circule en dehors des circuits réguliers du secteur bancaire, mais aussi un tas d’autres éléments, dont la baisse des exportations, qui ont contribué à l’assèchement de la liquidité et ramené ainsi, pour toutes les banques, le ratio de liquidité à 80 % alors qu’il devrait être à 100 %.

Sept ans après la révolution et plusieurs années après la restructuration du secteur bancaire, financière pour le public et juridique par la nouvelle loi bancaire, trouvez-vous que le secteur bancaire est enfin assaini ?

Assaini à 100 % non. On a toujours besoin de nouvelles mesures, ne serait-ce que pour le taux des créances classées qui est d’une moyenne de 15 % pour le secteur ou même de 8 % pour l’ATB, qui reste élevé par rapport aux standards internationaux où le taux varie entre 3 et 5 %.

Mais, faut-il le rappeler, la situation des banques est le reflet de l’économie et de la situation des entreprises. Il reste donc des actions à mener, tant au niveau du secteur bancaire que celui de l’entreprise et de toute l’économie réelle du pays et qui sont du ressort du gouvernement. Vouloir assainir les banques, c’est d’abord assainir toute l’économie.

Comment vous la trouvez, justement, cette entreprise. On parle, macro-économiquement, de prémices de reprise. Les voyez-vous pointer chez les entreprises tunisiennes ?

Les entreprises sont trois catégories. D’abord celles qui sont saines, dans des secteurs porteurs et dont les dirigeants sont des professionnels. Bon an mal an, elles s’en sortent, se sont développées après la révolution et s’en sortiront.

Il y a ensuite des entreprises, publiques et privées, qui doivent disparaître, car impossible à remettre en selle quels que soient les efforts pour y parvenir. Il faudra, au contraire, accélérer le processus de leur disparition. Or, la réglementation actuelle ne le permet malheureusement pas et n’aide pas à ce processus de mise en faillite, de cession ou de disparition. Contrairement à la croyance générale, le ratio de faillite est un indicateur de bonne santé économique. Plus vite elles disparaissent, plus vite il y aura recyclage, car la disparition juridique de l’entreprise ne veut pas dire disparation de l’outil de production, mais un simple transfert. Le processus, judiciaire notamment et qui dure dans le temps avec une moyenne de 10 ans, n’aide pas à résoudre ce genre de problème.

La 3ème catégorie d’entreprise est celle qui a un marché porteur, dispose d’un potentiel de développement mais manque de fonds propres, d’organisation fiable ou présente d’autre faiblesses et pour lesquels les moyens, la technique et l’expertise de sauvetage ne sont pas encore développés dans nos banques.

Il y a quelques mois, l’Arab Tunisian Bank a été l’objet d’une campagne sur FB à répétition, de dénigrement de la part d’un ancien client de la banque qui affirme même avoir fait saisie sur certains biens de la banque. Qu’en est-il au juste ?

Lorsque quelqu’un essaie d’obtenir des crédits auxquels il n’a pas droit, ou d’en obtenir d’autres sans honorer les anciens, ou pire encore renier ses engagements les plus clairs, la banque qui se respecte doit résister et défendre ses droits, surtout face à des personnes qui font du contentieux avec les banques une stratégie en amont et en aval. Cette stratégie n’aboutit à rien en fin de parcours et l’issue est une impasse. Les attaques par des moyens bas sont des formes d’intimidation punissables pénalement qui n’aboutissent à rien et le public sait bien distinguer entre le bon grain et l’ivraie.

L’ATB est convaincue qu’elle obtiendra gain de cause en raison de la solidité de ses arguments et de son honnêteté. Elle n’a jamais perdu à la fin une affaire en justice en raison de sa droiture et elle a une confiance absolue en la justice tunisienne avec ses différents degrés. On a commencé dans le contentieux auquel vous faites allusion à obtenir des jugements en notre faveur.

 

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L’Etat s’endette. Ce n’est plus un secret, cela devient même une nécessité. Il s’endette, tant de l’extérieur que de l’intérieur. Pour l’exercice 2017, le budget prévoyait de lever un peu plus de 6 Milliards DT sur les marchés financiers internationaux. Mais aussi d’en lever 2,4 Milliards DT sur le marché local. L’outil utilisé dans ce cas est le BTA, ou Bon de Trésor qui sont exclusivement achetés par les banques de la place. Un outil qui ne fait pas que le bonheur du ministère des Finances, mais aussi et surtout celui des banques.           En effet, on retrouve l’effet de ce papier dans les bilans des banques et certaines en font un des moyens les plus prisés de réaliser des bénéfices, presque «le doigt dans le nez».

  • La manne des BT de l’Etat, pour les banques

A bien y regarder en effet, le PNB (produit net bancaire) des banques tunisiennes est essentiellement constitué de taux d’intérêt, «à mon sens encore relativement bas, avec un coût de l’argent qui n’est pas en phase avec sa rareté», commente le gouverneur de la BCT lors d’une précédente interview. Dans cette même rubrique du PNB, il y a cependant l’apport de la manne des bons de trésor.

En effet, aujourd’hui lorsque l’Etat a besoin d’aller sur le marché domestique pour emprunter de l’argent ou pour combler une partie de son déficit commercial, il le fait par le biais des Bons de Trésor (BT). Les seules à les acheter sont les banques.

Il est cependant bon de remarquer qu’elles achètent à 7,5 % et même parfois à 8 % d’intérêt, un risque souverain et hautement garanti qui ne souffrirait presqu’aucune possibilité de non-paiement, celui de l’Etat. Ce qu’on sait moins, c’est qu’une fois acquis, les banques, qui ont par ailleurs ont un accès illimité au crédit de la BCT, présentent les BT comme collatéral ou garantie à la BCT, pour accéder au refinancement de la BCT. Elles empruntent alors au taux de 4 %.

Ce faisant, les banques échangent les BTA en liquide avec 4 points de différence en taux d’intérêt. Dans le langage des économistes, on appelle cela le «Carry Trade». Une manne maintes fois dénoncée par la BCT qui n’y fera pourtant rien, le besoin de l’Etat étant le plus fort.

  • Des dizaines de sanctions et des amendes en MDT contre les banques

Depuis la nouvelle loi bancaire, la BCT a repris en main les banques. Elle contrôle désormais, de manière stricte, tout et rien ne s’y passe en dehors de ses directives et sans son assentiment. La BCT a désormais un droit de regard sur la nomination des directeurs ou même des commissaires aux comptes. Tout y est passé au crible, comme les bilans et les rapports des commissaires aux comptes, sans compter les inspections régulières qui passent tout à la loupe et prennent des sanctions. «Nous prenons des dizaines de sanctions, facilement une quarantaine par an, mais on n’en parle pas». Des sanctions, par exemple, pour une liquidité qui est insuffisante, lorsqu’elles donnent des prêts en dehors des normes fixées par la BCT, si elles sont super-concentrées en matière de crédit, en cas de non-respect du ratio de solvabilité. «J’ai des Cerbères à la BCT et tout le temps nos inspecteurs sont sur le terrain, pour les inspections sur place et sur pièce. Les rapports d’inspection, j’en signe une dizaine par jour et il y a quelques fois de grosses amendes, en millions de dinars, qui leur sont imposées et qui restent conséquentes même par rapport à la taille d’une banque. Des amendes qui vont au Trésor».

Manifestement, la BCT règne et fait régner la loi dans les rangs du secteur bancaire. Les banques ne font pas ce qu’elles veulent et sont sanctionnées chaque fois qu’il le faut.

 

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Les états financiers pour l’exercice 2016, chez la banque marocaine de droit tunisien Attijari Bank, font apparaitre un total bilan de 6.874.283.000 DT et un bénéfice net de 110, 228 MDT. La banque a en effet ramassé plus de 489,2 MDT en produits d’exploitation, dont 305,8 MDT en intérêts et revenus assimilés. Un des postes de gain aura été le portefeuille d’investissement (BTA notamment). La valeur brute de ce portefeuille au 31 décembre 2015 était de 449,1 MDT. Une année plus tard, il est valorisé à 454,3 MDT.

Malgré des charges d’exploitation en hausse de plus de 19 MDT, dont presque 9 MDT en majorations salariales, Attijari finit l’exercice avec un PNB de 316,8 MDT et un bénéfice de 107 MDT, lui aussi en hausse de 15,9 MDT par rapport à 2015. Les liquidités de fin d’exercice baissaient cependant aussi de plus de 150,2 MDT.

La banque est aussi connue (ses chiffres le disent) pour être une banque qui «prend plus qu’elle ne donne». Comme d’autres banques, étrangères mais de droit tunisien, Attijari donne à sa banque-mère au Maroc plusieurs millions DT au titre de conventions d’assistance diverses. Pour l’exercice 2016, selon ses états financiers, c’est un montant total de presque 11 MDT, au titre de 5 conventions avec d’autres filiales de la Wafa Bank.

  • Attijari Wafa BANK Europe

En vertu de la convention conclue le 1er Mars 2010 et modifiée le 19 Mars 2012 entre Attijari Bank Tunisie et Attijari Wafabank Europe, avec laquelle la banque a des administrateurs communs, cette dernière assure à travers son réseau d’agences le rôle de relais entre Attijari Bank Tunisie et les clients tunisiens résidents en Europe en matière d’information, de présentation de l’offre bancaire et l’intermédiation dans la distribution des produits et services. Ces services sont rémunérés par une commission intitulée « commission d’activité TRE ». La charge comptabilisée par la banque au titre de l’exercice 2016 s’élève à 1,784 MDT et le montant qui figure au passif de la banque au 31 décembre 2016 s’élève à 2,369 MDT.

  • Attijari Africa : Assistance technique :

Dans le cadre de la convention conclue entre Attijari Bank et Attijari Africa le 1er janvier 2015, la banque a constaté une charge au cours de l’exercice 2016 de 771 mille DT en rémunération des services d’assistance technique fournis. Le passif s’élève au 31 décembre 2016 à 1,856 MDT.

  • Wafa Salaf

Dans le cadre de la convention conclue le 9 Mai 2012 avec Wafa Salaf, avec laquelle la banque a des administrateurs communs, et ayant pour objet la mise à disposition pour le compte de la banque du savoir-faire, de l’assistance technique, du conseil et tout autre service relatif au fonctionnement interne en matière notamment d’optimisation du processus d’octroi des crédits, de la mise en place d’une plateforme de recouvrement, du pilotage et du suivi et du contrôle des risques.

En contrepartie des prestations fournies, Attijari Bank s’engage à verser une rémunération calculée en fonction du temps passé et du niveau de responsabilité et de qualification professionnelle du personnel proposé. Une refacturation sera opérée pour les frais engagés par Wafa Salaf au titre des frais de transport et des «per diem». La facturation se fera mensuellement à termes échus. Le prix de référence des honoraires est fixé à 400 Euros par jour. Aucune intervention n’est réalisée au cours de l’exercice 2016. Mais ça viendra !

  • Attijariwafa Bank, banque-mère d’Attijari Tunisie

Dans le cadre de la convention conclue entre Attijari Bank qui est une banque tuniso-marocaine et Attijariwafa Bank, le montant qui figure au passif de la banque au 31 décembre 2016 s’élève à 4,795 MDT relatif aux services d’assistance technique et de conseil. Cette convention a été remplacée depuis le 13 février 2015 par la convention d’assistance technique conclue avec Attijari Africa.

  • Attijari Africa

Une convention a été signée le 1er janvier 2015 entre Attijari Bank et Attijari Africa ayant pour objet la mise à disposition pour le compte de la banque de l’assistance technique, du conseil et tout autre service relatif à la définition de la stratégie globale de la banque.

Le montant des prestations d’assistance technique est défini et facturé semestriellement par Attijari Africa sur la base des charges consommées durant le semestre. En contrepartie des prestations fournies, Attijari Bank a constaté une charge au cours de l’exercice 2016 de 771 mille DT. Le montant figurant au niveau du passif de la banque est de 1,856 MDT.

  • La BCT dit non !

«La Banque Centrale de Tunisie a invité la banque, par lettre en date du 09 mai 2017, à sursoir à la comptabilisation d’une reprise des provisions sur l’une de ses relations. Attijari Bank a décidé de modifier ses états financiers pour répondre à la demande de la BCT. Ces états financiers modifiés présentent un total bilan de 6 868 803 KDT et un bénéfice net de 107, 077 MDT».

Il s’agirait en fait, selon nos informations, d’une sommation de la BCT à cette banque, de maintenir son volume de provision au niveau des années antérieures, après qu’Attijari a fait état d’un volume injustifié amoindri, suite à l’acquisition d’un bien immobilier.

  • Un Staff de direction à 2,2 MDT par an

Dans cette banque aussi les rémunérations du staff dirigeant sont une des plus hautes du secteur bancaire privé tunisien. Entre DG et DGAs, c’est une rémunération annuelle d’un peu plus de 2,2 MDT

Extrait du rapport des commissaires aux comptes sur les états financiers de l’exercice 2016

La moitié est celle du DG. «Par ailleurs, le Directeur Général bénéficie d’une voiture de fonction avec la prise en charge des frais d’utilité, des frais de téléphone, des frais de scolarité, des frais de logement et de billets d’avions», indiquent les commissaires aux comptes de la banque. Les DG ne sont pas moins lotis en matière d’avantages. Rappelons que la banque avait en 2017 connu des grèves, les salariés accusant leur direction de «deux poids deux mesures avec ses salariés», peut-être par manque de compétences. Nous ne le croyons pas, mais c’est le DG marocain qui le disait il y a une année, au cours de son intervention à l’AGO de l’exercice 2015.

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On voudrait ne pas le croire, mais cela pourrait être l’une des explications à donner à l’assoupissement de la campagne anti-corruption, déclenchée il y a 15 jours (23 mai, date de l’interpellation de Chafik Jarraya) et qui ne donne plus de nouvelles sur son évolution devant les tribunaux.

Une semaine en effet, après le début de ce qui pourrait s’avérer n’être qu’une campagne, le chef de l’Etat tunisien, Béji Caïed Essebssi (BCE), ancien chef du principal parti au pouvoir, Nida Tounes et partenaire déclaré du chef de l’autre parti au pouvoir, Rached Ghannouchi d’Ennahdha, recevait des représentants des deux partis.

Pour Nida, BCE recevait son fils, BCE Junior, accompagné du président du groupe parlementaire. Même composition pour la délégation d’Ennahdha. Officiellement, c’est aussi le même message qui aurait été donné. «Nul n’est au-dessus de la loi, quelle que soit sa position» pour Nida et «les Nahdhaouis sont des citoyens comme le reste des Tunisiens» pour Ennahdha.

Les deux messages semblent être directement liés à la campagne d’interpellation d’hommes d’affaires que beaucoup espéraient s’élargir à leurs ramifications et dérivés politiciens. Officieusement, les deux mêmes messages, alors qu’il ne s’agissait encore que d’interpellations sur la simple base de soupçons, étaient expliqués comme étant des signaux forts, de la part du chef de l’Etat tunisien, en faveur de la poursuite de la lutte anti-corruption menée par le chef du gouvernement issu de son ancien parti.

Une autre explication circule cependant depuis peu, à propos de ces deux rencontres, avec son fils BCE Jr et son partenaire, depuis 2014 à Paris, Rached Ghannouchi. Une explication qui dit, au contraire de la 1ère, que son but était de tranquilliser les deux piliers du GUN qu’aucun lien ne sera fait entre affaires et politique. Plus d’un, parmi les interpellés, auraient été vus, plus d’une fois, dans les locaux de Nidaa. Ennahdha ne devrait pas être exempte de tels liens suspects.

Cela, d’autant plus que l’effervescence des premiers jours de la campagne d’interpellations et qui avait alors enfilé les prises et ranimé le décret-loi de la confiscation pour qu’il touche les biens des nouveaux interpellés était drastiquement tombée.

A croire désormais que la corruption en Tunisie, dont tous, politiciens, juristes et ONG locales et internationales, disaient qu’elle se serait démocratisée et toucherait plus de personnes qu’avant la révolution, se serait résumée dans les sept ou huit personnes interpellées ! A croire aussi qu’aucun lien n’existe plus entre l’argent sale de la contrebande et des richesses mal acquises, la politique et les médias, ou que les voies passantes s’étaient automatiquement bouchées ou l’ont été !

Or, même un simple d’esprit ne pourrait jamais croire que les interpellés l’ont été sur de simples soupçons, non confortés par des dossiers issus d’enquêtes minutieuses et détaillées qui aboutiraient à l’inculpation et à l’incarcération des prévenus. Leurs liens avec les facilitateurs se serait-ils soudainement désintégrés, les pistes déjà brouillées et les preuves effacées, pour qu’on n’annonce aucune interpellation dans les rangs des seconds couteaux, les sbires, les facilitateurs et autres ripoux ?

Le chef du gouvernement, dont on se rappelle la mine grave lors de cette déclaration à la sauvette devant le palais de La Kasbah où il était question d’un choix cornélien entre Etat et corruption, aurait-il rencontré des pressions de la part de certaines forces, occultes ou connues, qui lui auraient ouvert les yeux sur l’étendue de l’impact des interpellations sur l’administration et les sphères politiques s’il venait à passer à la vitesse supérieure?

La contrebande étant, d’abord, une infraction douanière dont l’issue peut-être simplement financière, il n’est pas exclu que certains des 8 interpellés soient bientôt relâchés. Certains de leurs avocats battent déjà les tambours pour cela. Seule semble être scellée l’affaire de Chafik Jarraya. Youssef Chahed en tirera certainement une quelconque notoriété, mais certainement plus de foudres que de feux d’artifice.

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Un projet de loi, encore dans les tiroirs du 1er ministère, introduira bientôt de nouvelles mesures qui devraient révolutionner la politique de change en Tunisie. Des nouveautés, en partie déflorées par le gouverneur de la BCT lorsqu’il annonçait le 16 mai courant devant l’ARP un projet de loi sur les bureaux de change.

Ce que n’avait alors pas dit Chedli Ayari, c’est d’abord que ces nouveautés devraient faire partie intégrante d’une loi, plus spécifique et qui devrait faire polémique, par le seul fait qu’elle portera une amnistie de change, la 3ème tentative du genre en Tunisie et qui ont presque toutes fait choux blanc. Le gouvernement de Youssef Chahed, dont les finances sont à court de devises, y travaille et améliore chaque jour son projet pour s’assurer les conditions d’un plus large attrait de cette denrée financière rare et dont pourtant, selon les chiffres de la douane, il s’en trouve des milliards DT dans le circuit informel tunisien. Selon les chiffres de la douane, rien que pour les 6 premiers mois de l’année 2016 et après soustraction des importations des exportations, il est resté en Tunisie l’équivalent de presque 2,5 milliards DT.

Cette masse d’argent en devises qui circule en Tunisie, en dehors des circuits légaux, est donc en violation flagrante du code de change. Beaucoup aimeraient certainement déclarer ces devises sans faire l’objet de soupçons à la Ctaf (Commission des analyses financières au sein de la BCT). Selon la dernière version, faite en étroite collaboration entre la BCT (Banque Centrale de Tunisie) et le gouvernement, le simple fait de déposer cet argent en devises, dans un compte bancaire tunisien, accompagné d’une simple déclaration sur l’honneur quant à la saine origine de cet argent, devrait ouvrira les portes d’un quitus fiscal, après un impôt libératoire de 5 % de ce montant.

  • Statut offshore, ou de financier de l’Etat. A vous le choix

Une fois dans le compte bancaire et l’argent en devises rentré dans le circuit légal, on pourrait proposer au dépositaire de l’investir dans un projet quelconque en Tunisie avec le statut d’investisseur non-résident au même titre qu’une personne étrangère venue investir en Tunisie, lui permettant de récupérer ses dividendes en devises dans son compte bancaire.

La même chose s’il décidait de liquider son affaire et user de ses divises, même pour ses besoins en Tunisie et comme bon lui semble pour aller à l’étranger, y acheter un appartement ou y organiser les études de ses enfants. On pourrait aussi lui proposer de faire le commerçant en import-export et lui accorder la licence d’un commerçant étranger domicilié en Tunisie.

Un CMR du GUN, dédié au sujet sans en faire un objet de communication, aurait même accepté d’ouvrir la possibilité aux Tunisiens qui acceptent de rapatrier leurs devises et de les intégrer dans le circuit officiel en Tunisie d’acheter les Bons de Trésor, en devises mais aux mêmes conditions accordées aux banques et aux prix concédés aux banquiers, c’est-à-dire à 7 % et même à court terme, c’est-à-dire sur une période de moins de cinq ans à déterminer. Tout cela suppose, bien sûr, des conditions d’éligibilité à ces nouvelles offres de statuts alléchants, dont le volume du montant en devises régularisé !

  • Rapatriez vos devises et faites en commerce

On va plus loin, dans ce projet de loi en préparation à La Kasbah, pour jouer la totale liberté de disposition de l’argent en devises déclaré et mis dans un compte bancaire en Tunisie. L’objectif est d’installer celui qui se décide à rapatrier ses devises dans la confiance pour éviter qu’il ne reparte avec son argent après l’avoir fiscalement blanchi et qu’il n’aille l’investir ailleurs. Le projet qui sera présenté devrait retenir cette direction du libre usus et fructus.

L’idée, aussi acceptée par le GUN, pour mieux appâter le dépositaire et éviter qu’il ne dépense ses devises ailleurs, serait de lui accorder la possibilité d’ouvrir et de tenir bureau de change. Il pourra ainsi, en dehors des circuits traditionnels et au même titre que les banques, faire commerce de devises selon la loi de l’offre et de la demande et là où il le choisira. Cette opportunité devrait aussi être ouverte tant aux personnes physiques qu’aux personnes morales.

Et s’il ne veut rien de tout cela, il pourrait se voir offrir de laisser ses devises dans un compte, de simple dépôt à court ou à moyen terme, rémunéré à 3 ou même 4 % en dinar convertible. Toujours plus loin, le différentiel par rapport au taux ambiant pourrait même être financé par l’Etat. Le but est de s’assurer que ces devises restent en Tunisie et qu’elles soient utilisées dans des projets qui profitent tant à l’investisseur qu’à l’Etat. On nous assure enfin que toutes ces offres pourraient être aussi faites aux Tunisiens disposant de devises, non pas dans des comptes ou coffres à l’étranger, mais aussi dans des coffres en Tunisie. Restera alors le détail des conditions d’éligibilité. Wait & See donc !

 

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Jamais la popularité du chef du gouvernement tunisien n’a été aussi haute. A peine la campagne anti-corruption lancée, que certains comparent à la fameuse opération italienne des années 90 «Mani Pulite», que la toile s’est enflammée d’un soutien inconditionnel et euphorique pour Youssef Chahed. Fait rare : celui de ce juge qui pleure en direct à la télévision (Al Hiwar, mercredi 24 mai), en évoquant ce que beaucoup appellent un véritable coup de maître.

Mis à part les partis grincheux, comme celui de Hamma Hammami, qui est connu pour son opposition à tous et à tout, presque toute la scène politique a vite fait de s’aligner derrière celui qui était, quelques semaines auparavant voué aux gémonies et dont plus d’un parti d’opposition demandait publiquement la tête.

Même le patronat a fini par prendre ses distances avec une certaine partie de la caste des hommes d’affaires, indiquant dans un communiqué rendu public ce jeudi 25 mai 2017 qu’il «ne défendra pas ceux qui n’appliquent pas la loi», et de crier haut et fort son soutien à la campagne d’interpellation, sans toutefois oublier d’appeler à «faire la distinction entre homme d’affaires transparents du secteur formel et ceux qui dépassent la loi».

Il est vrai que le patronat a plus d’une fois dénoncé et décrié le secteur informel qui se nourrit d’un marché parallèle en lien direct avec la contrebande, objet principal de la campagne d’interpellation. Il est vrai aussi cependant qu’au moins une petite partie de ce même patronat mêle savamment formel et informel.

  • Naissance, ou résurgence, d’un chef

Ce qui est beaucoup plus important, c’est qu’un mois à peine après avoir quitté Tataouine sous les sifflets et les huées et 15 jours après la petite manifestation demandant son départ, Youssef Chahed est arrivé à recadrer son image et à se remettre prestement dans les habits de l’Homme d’Etat, en faisant montre d’un courage politique presqu’inédit dans les annales de la politique en Tunisie depuis plus de 25 ans.

Le visage grave, lors d’une très brève déclaration, hier soir à La Kasbah, Youssef Chahed a enfin incarné les aspirations d’une très large partie de la révolution, jeté une belle brassée d’huile sur le feu, sacré mais éteint, d’une grande partie d’une jeunesse tunisienne qui désespérait de voir l’ancien système Ben Ali disparaître et ne plus jamais renaître, pour que rejaillisse l’espoir d’une Tunisie meilleure.

Par ce coup de torchon dans le milieu des trafiquants de tous genre, des contrebandiers et de tous les nouveaux riches de l’après révolution, celui dont beaucoup ne donnaient pas cher de sa peau de politicien et jeune loup édenté de la politique arrive à s’auréoler du jasmin de la véritable révolution que ses concitoyens attendaient depuis 7 ans et à se glisser dans une sérénité qu’on imagine cacher l’énorme stress né de la conduite d’une telle opération, dans les habits d’un chef.

  • Et maintenant ? Mani Pulite ou trêve du guerrier ?

Les noms et les têtes tombent les uns après les autres, toujours plus grands et financièrement plus lourds. La liste s’allonge au fil des heures dans un chapelet, qui inspire plus de peur que de dévotion et les réseaux sociaux s’ingénient à trouver les descriptifs les plus hilarants, pour décrire l’état d’esprit de certains milieux d’affaires.

Une liste pourtant jusqu’ici non-officielle, mais fuitée à petites doses et dans le silence, au fil des interpellations pour ne pas précipiter le cours des investigations. Un procédé médiatique qui risque pourtant de créer l’amalgame, rien qu’à travers les homonymies et les erreurs de précipitation.

Mais une liste aussi que beaucoup espèrent désormais s’allonger beaucoup plus, pour toucher les ramifications politiques de certains des barons de la contrebande interpellés. Beaucoup attendent que la campagne anticorruption mue et se transforme en une campagne «mains propres». Chez les Italiens pendant les années 90, l’opération «Mani Pulite» s’était étendue aux politiciens et avait alors fait tomber plus d’une tête.

L’argent ne vaut en effet rien sans le pouvoir. Et le pouvoir c’est la politique, dans les antichambres des partis et dans les couloirs de l’ARP, pour la Tunisie. Ces derniers ont maintes fois résonné d’accusations et d’appels à enquêter. Echanges d’accusations entre partis sur le financement de certains d’entre eux avaient aussi, maintes fois, défrayé la chronique. Un financement pas toujours saint, et qui demande enquête. Certaines des grosses têtes qui seraient tombées ont des allées et venues connues dans les bureaux de plus d’un parti. C’est cela, à notre sens, le sujet du second épisode de l’actuel coup de torchon qui doit dès maintenant être mis en scène.

Attention cependant, Chahed entre en guerre. Une guerre sans merci, car «lorsque l’argent sale est en jeu les canons des armes finissent toujours par avoir la diarrhée». Dixit l’écrivain Souleymane Boel.

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Aucune information officielle n’a filtré à propos de l’interpellation de l’homme d’affaires Chafik Jarraya, ni sur celle de l’ancien douanier converti aux affaires Yassine Channoufi, qui s’était aussi essayé au poste de chef d’Etat, sans succès, en 2014. L’Etat tunisien se mure dans le silence. Peut-être aussi dans un «Silence on tourne».

L’assignation de Jarraya a été officieusement prêtée aux unités spécialisées de la Garde Nationale. Invité mardi soir sur la chaîne TV Al Hiwar, le porte-parole de la Garde Nationale, Khalifa Chibani, a nié avoir connaissance d’une telle interpellation. Même déni à ce  propos de la part du pôle judiciaire antiterroriste. Dans une déclaration mardi à la Tap, le porte-parole du ministère public près le tribunal de première instance de Tunis, Sofien Selliti, avait affirmé que «le parquet de Tunis près le Pôle financier et le Pôle de lutte contre le terrorisme n’a pas eu connaissance de l’affaire et n’a pris aucune décision pour l’arrestation ou le placement en garde à vue. En vertu de la loi, une telle décision ne peut être prise qu’une fois que le parquet a rendu une ordonnance».

  • Où est Chafik Jarraya ?

A La Kasbah, siège du gouvernement, qui semble avoir fuité l’information de l’interpellation de Jarraya, notamment à certains journalistes, on se refuse aussi de confirmer ou d’infirmer de manière officielle cette arrestation, pourtant faite en public dans un café où il avait ses habitudes dans la région du Lac. Personne n’a donc, officiellement, interpellé Jarraya et personne ne sait où il se trouve. Cela revient presqu’à dire qu’il est libre, mais invisible !

Officieusement, l’homme d’affaires, régulièrement soupçonné de liens avec le neveu de l’ancienne première Dame de Tunisie, Leila Ben Ali, Imed Trabelsi, qui ne l’a pourtant pas cité nommément lors de son dernier passage public à l’IVD, aurait été arrêté pour des affaires liées au terrorisme. Tout aussi officieusement, on l’accuserait de financement des dernières manifestations de la région du Kamour au sud tunisien et qui ont dérapé vers le pillage et l’incendie de plusieurs bâtiments et voitures de la Garde Nationale.

Par la voie de Khalifa Chibani, ce corps sécuritaire paramilitaire se dit par ailleurs particulièrement visé par les violences de Kamour, à cause de ses réussites sur le plan de la lutte contre la contrebande, une activité fortement liée à la lutte antiterroriste.

Selon un ancien juge qui a requis l’anonymat, l’interpellation de Jarraya et sa «disparition» s’explique par le fait qu’elle aurait été opérée dans le cadre de l’article 5 du décret n°78-50 du 26 janvier 1978, sur l’Etat d’urgence.

Selon ledit article de ce décret toujours en vigueur, «le ministre de l’Intérieur peut prononcer l’assignation à résidence dans une circonscription territoriale ou une localité déterminée, de toute personne, résidant dans une des zones prévues à l’article 2 dont l’activité s’avère dangereuse pour la sécurité et l’ordre publics desdites zones». L’article 8 du même décret donne possibilité d’ordonner des perquisitions à domicile, de jour et de nuit, ce qui semble avoir déjà été fait pour Jarraya, selon des informations de presse.

On remarquera que cette disposition est la seule et unique à avoir été appliquée, depuis la mise en place de l’Etat d’urgence en 2011 et ses renouvellements récurrents. On remarquera aussi que le chef du gouvernement, Youssef Chahed, qui était accompagné de son ministre de la Justice, a effectué dans la matinée du mercredi 24 mai 2017 une visite au siège du pôle judiciaire et financier. Officiellement, c’est juste «une visite d’inspection au cours de laquelle il s’est réuni avec les magistrats pour faire le point sur les difficultés qu’ils rencontrent». On ne peut cependant ne pas faire le lien entre cette visite et l’interpellation opérée dans des circonstances exceptionnelles régies par l’Etat d’urgence.

  • L’Etat devra subvenir aux besoins de la famille de Jarraya

Précisons aussi que l’article 1er de ce décret indique que «l’état d’urgence peut être déclaré sur tout ou partie du territoire de la République, soit en cas de péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public, soit en cas d’évènements présentant par leur gravité le caractère de calamité publique». Ce décret, un artifice juridique imaginé en janvier 1978, ne fait par ailleurs aucune allusion à la durée de la mise en résidence, même s’il stipule que l’affaire doit au final atterrir au parquet qui doit être saisi.

Précisons encore que le deuxième paragraphe de l’article 5 oblige l’administration à subvenir aux besoins de Jarraya et sa famille. Il est ainsi dit que «l’autorité administrative doit prendre toutes dispositions pour assurer la subsistance de ces personnes ainsi que celle de leurs familles».

Sans que l’on sache le pourquoi de cette arrestation ou cette assignation à résidence, si elle se vérifiait, elle avait soulevé une vague d’optimisme quant à l’action d’un gouvernement taxé de laxisme et une vague de soutiens à Youssef Chahed et de sympathie avec son GUN.

Le risque pour le GUN, si l’affaire faisait pschitt et que Jarraya & Co n’auraient pas été interpellés ou auraient été relaxés, comme certaines sources commencent déjà à le susurrer, c’est un dur retour de manivelle médiatique, une désillusion et une bourde que Chahed serait seul à supporter.

Et si cette arrestation s’avérait réelle, elle supposerait l’arrestation d’autres comparses, politiques et immunisés cette fois, pointés du doigt par maints ministres dans l’affaire Kamour. Or, rien de tel n’a jusqu’ici été signalé, ni même fuité.

  • D’autres interpellations et un autre cadre

L’interpellation de Jarraya, qui a surpris toute la Tunisie et toute la blogosphère, a aussi été suivie par d’autres. Beaucoup de noms ont été cités. Les plus connus restent jusqu’ici, sans qu’il y ait une quelconque confirmation officielle et sous le sceau de la présomption d’innocence, l’ancien douanier et ancien candidat au poste de chef d’Etat en 2014 Yassine Channoufi et l’homme d’affaires Néjib Ben Ismaïl.

Nous pensons cependant que l’interpellation de ces deux derniers, si elle se vérifiait, n’aurait pas de lien avec celle de Jarraya. Ancien douanier, Channoufi pourrait avoir fait les frais de l’enquête ordonnée par le chef du gouvernement après les déclarations d’Imed Trabelsi et ses franches accusations contre la Douane. Homme d’affaires en import-export, Ben Ismaïl pourrait tomber dans le cadre de la même enquête.

Différents témoins avaient fait état, en fin d’après-midi du mardi, d’un défilé de grosses voitures et d’hommes chargés de dossiers, du côté de la caserne d’El Aouina dans la banlieue nord de Tunis. La seule réaction officielle à ce qu’ont rapporté des citoyens, c’est l’annonce par l’OACA d’une opération blanche qui se préparerait à El Aouina sise dans l’arrière-cour de l’aéroport de Tunis Carthage. Sinon, aucune information officielle sur ces deux interpellations. A La Kasbah, comme à Bab Bnet (siège du ministère de la Justice et des 3 tribunaux), c’est «Circulez, il n’y a rien à voir» !

  • Pourquoi maintenant ?

Dans ce silence officiel assourdissant de coulisses, force est de se poser des questions sur le timing de ces interpellations, si toutefois elles se vérifiaient. Elles sont en effet intervenues suite à deux évènements. D’abord le témoignage, certes controversé, d’Imed Trabelsi. Ensuite, les manifestations de Kamour, à Tataouine.

Serait-il alors possible de rendre justice à ces deux évènements comme étant «un mal pour un bien» ? On se demande aussi si le gouvernement de Youssef Chahed se serait enfin réveillé face à ce qui existe en Tunisie, depuis au moins sept ans, ou ce qui se serait passé si Imed Trabelsi n’avait pas parlé et si Kamour ne s’était pas révoltée contre l’autorité de l’Etat.

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Fort édifiante aura finalement été, pour les hommes d’affaires présents et il n’y avait pas peu, la rencontre organisée jeudi dernier par la Biat. L’idée était de présenter son partenariat avec la BMCE (Banque marocaine du commerce extérieur) qui a fait son rebrand en BOA (Bank of Africa).

La rencontre a débuté par les sages paroles de deux experts.

Georges Desvaux de McKinsey et Amine Bouabid DG de la BOA brossent un tableau fort prometteur des potentiels, économiques et commerciaux de la Tunisie et du Maroc et des perspectives, tant en matière de croissance qu’en capacités manufacturières, tout aussi prometteuses que présentent ces deux économies qui découvrent, par ce partenariat bancaire, qu’elles ont besoin l’une de l’autre pour aller et prospérer sur un continent que tous s’accordent pour dire qu’il est l’avenir, Afrique.

  • Le Maroc, un pays outillé pour l’Afrique

Desvaux et Bouabid s’attardent, comme pour faire rêver les hommes d’affaires présents sur ce que pourrait représenter pour eux et leurs entreprises un tel marché. C’est d’abord, pour la région de l’UMOA (Union monétaire ouest-africaine : Bénin, Burkina Faso, Côte-d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo), une monnaie unifiée ancrée à l’euro, une croissance moyenne de 6,8 %, un potentiel d’importation de 31 Milliards USD et 24 Milliards USD en export, qui se fournit à 18 % en Afrique. Des importations à 18 % en produits alimentaires, 25 % en produits d’équipement.

Au Maroc, la balance commerciale avec l’Afrique est excédentaire. Plus important, le Maroc où l’investissement à l’extérieur est libre à hauteur de 5 millions d’euros et soutenu par un fonds d’accompagnement de 20 millions d’euros, ce pays consacre 40 % de ses IDE à l’Afrique subsaharienne. Ce n’est pas le cas de la Tunisie, ni dans le plafond de liberté d’investir à l’extérieur, ni dans l’accompagnement à l’extérieur qui est inexistant, notent les experts.

  • Les bons conseils d’un Tunisien en Afrique

La rencontre africaine de la Biat devient plus intéressante, lorsque le PDG de la SCET, une entreprise tunisienne qui prolifère et prospère en Afrique et qui y fait une croissance à deux chiffres, donne gracieusement ses conseils aux intéressés par l’Afrique.

Pour faire comme lui, il conseille la proximité avec le client, c’est-à-dire de s’installer sur les lieux et non d’y aller uniquement pour les affaires. «La proximité avec le client permet de prospecter en amont et de remporter des contrats», dit ainsi Slaheddine Ben Said. Ce dernier conseille «une cellule de veille auprès des bailleurs de fonds et des réseaux de partenaires, sans oublier le soutien de la Biat».

Il n’oublie pas d’alerter sur les risques. D’abord, celui de la concurrence des Africains eux-mêmes «qui apprennent vite le métier et qui deviennent moins chers». Cela, sans oublier les problèmes de gouvernance et de recouvrement.

  • La voie sûre du couple «Biat-BOA»

C’est en partant de ces constats de spécialistes que ce qui pourrait être le couple maghrébin Tunis-Rabat (comme le couple Paris-Berlin pour l’Europe à certains égards et comme aime à la penser l’ambassadrice du Maroc présente à cette rencontre), a pensé à unir les forces de deux de leurs meilleures banques, la Biat, première (et unique banque privée totalement tunisienne) banque de la place à plus d’un titre, et la BOA,ex-BMCE, cette banque marocaine, présente dans 17 pays africains, se prévaut d’un total bilan de 7.813 millions d’euros, d’un résultat net de 113 millions d’euros. Deux banques qui, conscientes des avantages des échanges d’expertises et de savoirs faire, signaient le 18 mai une convention de partenariat. Un partenariat qui donne naissance à une nouvelle plateforme dédiée à faciliter l’introduction des opérateurs des deux pays, chacune à part ou en tandem, sur le marché africain. Il suffirait donc désormais à tout opérateur tunisien, intéressé par l’Eldorado africain des affaires, d’adresser sa demande à la Biat qui s’occupera, de Tunis mais par le biais de toutes les antennes africaines de la BOA, de lui assurer prospection, identification du créneau, du partenaire et même du financement. Le couple Biat-BOA lui fera même lecture des risques, pays et opérateur local, économiques et financiers. L’étude se fera ainsi, à partir de Tunis, mais de bout en bout de la chaîne commerciale et financière, pour que son projet, d’investissement ou de vente, soit le plus sûr et le plus rentable. Désormais ainsi, la voie de l’Afrique passe par la Biat et sera balisée par la BOA. Le pont vers l’Afrique est désormais jeté. Que demande le peuple … des investisseurs !

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Il confesse que l’augmentation du résultat de la BNA ne vient pas que de l’exploitation. Mais il donne des explications qui tiennent la route. Il affirme qu’il ne distribuera pas de dividende avant 2019 et en donne les raisons. Il s’explique finalement, dans cette interview exclusive, qu’il vendra de l’immobilier en 2018, mais probablement plus de bière. Habib Belhaj Gouider, DG de la BNA en toute sincérité.

On remarque que le résultat a presque fait un bond faramineux de 452,16 % en une seule année. Est-ce de l’exploitation ou autre chose ?

Ce n’est pas uniquement de l’exploitation, sans que cela soit uniquement autre chose. Réparti entre récurrent et non-récurrent, le résultat se répartit en 55 MDT de récurrent et 85 MDT en titres de participation. Cela, sachant qu’en 2015, nous avions déjà intégré dans nos résultats la vente de certains titres de participation.

 C’est donc, pour la seconde année consécutive, que vos résultats sont boostés par des plus-values de cession ?

Le but était de couvrir, d’une manière conséquente, les risques inhérents au portefeuille, tout en dégageant un résultat bénéficiaire de 25 MDT. Cela veut dire que l’activité récurrente était négative, puisqu’on avait fait une plus-value de cession de 90 MDT l’année dernière. Cette année 2016, l’activité récurrente est bénéficiaire de 55 MDT, ce qui fait la différence. En valeur absolue, par rapport à l’année dernière, nous étions déficitaires de 60 MDT.

 Remarquons aussi que vous n’auriez pas été aussi bénéficiaire en 2016 si vous aviez suffisamment couvert vos risques, comme le voudrait la législation en place.

La couverture des créances accrochées et des risques est de 60 % sur toutes les classes. La Banque Centrale dit qu’il faut atteindre 70 %. Nous y sommes déjà, sur la Classe 4. Nous sommes certes moins couverts sur les autres classes de risque, de 20 % sur la classe 2 et de 50 % sur la classe 3. Nous avions cependant cédé 85 MDT du portefeuille des créances carbonisées à notre filiale de recouvrement et les avons couverts en totalité. Nous avons ainsi diminué nos provisions de couverture, en espérant que le recouvrement en sera fait ultérieurement. Au niveau du provisionnement, je pense que le portefeuille de la BNA est assez provisionné. Nous avons même dépassé ce qui était inscrit dans le business plan au titre du provisionnement.

Par ailleurs, comme on devait être à 7 % en matière de «Tiers 1», ou fonds propres de base, on était obligés de vendre une partie de notre participation au capital de la SFBT. Sans le souci du «tiers 1», on n’aurait pas vendu et on se serait contenté d’un RN de 55 MDT.

 Et même à 140 MDT de RN, la BNA ne distribue toujours pas de dividende, depuis 3 ans. Vos actionnaires ne s’impatienteraient-il ?

Il y a anachronisme entre vendre du patrimoine dans le but de respecter la réglementation et distribuer un dividende. Cela ne se fait pas. Les actionnaires ont raison. Ils savent cependant que les deux exemples de réussite en matière de plans d’assainissement de banques n’ont rien distribué pendant 6 ou 7 ans. La BNA est dans la même logique, mais ne sera pas dans la même périodicité.

 ON s’attendrait donc, vu que le plan d’assainissement de la BNA devrait finir en 2020, à ce qu’il n’y ait pas d’ici là de distribution de dividende ?

On pourrait gagner une année et pourquoi ne pas faire de distribution de dividende pour l’exercice 2019. Ce qui nous semple beaucoup plus important, c’est que l’action BNA prenne petit à petit de la valeur avec les bons résultats que nous faisons. Le même phénomène a d’ailleurs été enregistré chez d’autres banques qui ont connu un assainissement.

 Lors de votre 1ère communication financière en 2016, vous évoquiez une sortie du secteur immobilier, une sorte de «Pierre-Exit», et vous ne l’avez finalement pas fait alors qu’il y a des «cadavres dans le placard». Vous aviez entamé un «Bière-Exit» sans le terminer. Que va faire la BNA de son portefeuille ?

Des cadavres dans le placard à la BNA, côté immobilier, ceci n’est pas totalement vrai. Pour le «Brexit», nous étions, l’année dernière, dans une logique de regroupement des filiales immobilières dans une sorte de Holding. A partir de cela et après l’accord du conseil d’administration, nous pourrions statuer sur une cession partielle. Entretemps, il y a eu la nouvelle loi bancaire qui nous interdit de posséder au-delà de 20 %, ce qui fait perdre toute viabilité à la stratégie de Holding. Nous aurons donc, au cours 2018, cédé une partie des filiales immobilières pour être conforme à la loi en la matière et jusqu’à ne plus être qu’à 20 % de manière directe dans chaque filiale immobilière.

Pour la bière, on a cédé deux bons paquets d’actions en 2015 et 2016 pour être dans les normes du «tiers 1». Si nous continuons à avoir cette activité récurrente qui dégage du cash et de la richesse, le Conseil d’administration étudiera la question, soit de réduire ou de céder. Mais aujourd’hui, on n’a plus la même impression que les autres années.

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Les premiers résultats de l’enquête-emploi menée au 1er trimestre 2017 dégagent un léger recul du taux de chômage de 15,5% au 4ème trimestre à 15,3% actuellement. «Le nombre de chômeurs estimé pour le premier trimestre 2017 s’établit à 625.6 mille du total de la population active, soit un taux de chômage de 15.3% et ce, contre 632.5milles chômeurs pour le quatrième trimestre 2016 et un taux de chômage de 15.5%». C’est ce qui ressort des résultats de l’enquête nationale de l’emploi de l’INS.
Les demandes additionnelles ont en effet été de 7 900 alors que les créations nettes d’emplois se sont élevées à 14 800 postes, d’où un taux de satisfaction de la demande additionnelle de 187% au 1er trimestre 2017 contre 81% au 4ème trimestre 2016 et seulement 77% au 1er trimestre 2016.

Selon l’INS (Institut national de la statistique), «la répartition des occupés selon les secteurs d’activités est de 51.9% dans le secteur des services, 18.3% dans le secteur des industries manufacturières, 15.0% dans le secteur agriculture et pêche et 14.8% dans le secteur des industries non manufacturière». Par genre, il est de 12,4 % chez les hommes et de 22,7 % chez les femmes.

L’universitaire et spécialiste du monde du travail Mongi Chaabane [Ndlr : Nous reprenons ci-dessus ses graphiques] relativise certes en disant que «le taux de chômage au niveau des diplômés du supérieur reste relativement élevé (+31%), [Ndlr : Il aura quand même baissé de 0,4 point]», et explique que «les créations se font plutôt au niveau de la main d’œuvre peu qualifiée (surtout que la croissance du 1er trimestre a été générée par le secteur agricole et le tourisme)».

Cette bonne nouvelle, même relative, sur le plan du chômage, qui recule un tant soit peu, s’ajoute à celle révélée hier quant à un rebond de la croissance à 2,1 % contre 1 % seulement pour tout l’exercice 2016 et même 0,7 % pour le 1er semestre 2016. Une nouvelle qui a fait certes le bonheur de plus d’un membre du gouvernement de Youssef Chahed, même si la croissance n’était due principalement qu’au secteur agricole (+4,9 % de valeur ajoutée), alors que la contribution du secteur des industries mécaniques, traditionnellement créateur d’emplois, baissait de 1,1 %.
Mais ne boudons pas ce plaisir de voir enfin s’inverser certaines courbes de l’économie et ne soyons pas plus grincheux qu’il n’est permis pour un pays qui avait connu deux importants attentats terroristes qui ciblaient directement son économie et qui en était arrivé à importer ses légumes frais d’une Libye en guerre et qui en est à s’endetter auprès du FMI pour payer ses salaires !

On pourrait, à ces deux chiffres et à d’autres comme ceux du tourisme et du commerce extérieur où le déficit de la balance revient en avril à 1.271,7 MDT après les 1.368,3 de mars, ne pas donner la paternité de cette amélioration à Youssef Chahed et son GUN. Il reste tout de même indéniable que l’économie tunisienne confirme sa résilience et affirme son rebond.

Ce rebond économique reste certes léger, mais il n’en est pas moins un rebond et qui est, à ne pas en douter, le fait de toutes les forces vives du pays et qui se fait malgré les énergies amorphes et dont certaines essaient même de tirer le pays et son économie vers l’arrière.

Cette amélioration des ratios économiques de la Tunisie demandera certainement confirmation et consolidation et non destruction, même si elle intervient pendant le mandat d’un Youssef Chahed que beaucoup veulent descendre du fauteuil de La Kasbah.
L’UGTT [Ndlr : Croisons les doigts pour qu’elle ne revienne pas sur sa position] l’a compris et ne demande plus qu’il parte, elle appelle plutôt les partis politiques qui s’étaient mobilisés pour demander son départ à assumer leurs responsabilités et à pousser vers ce qui contribue au retour de la croissance, seule créatrice des richesses que tout le monde veut partager avant terme, et à la pérennisation des résultats de ces toutes premières années de démocratie.

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Le 11 mai 2017, le site d’information français Maghreb Confidentiel, avec 3 correspondants tunisiens anonymes, écrivait que «Si Béji Caïd Essebssi (BCE) n’a finalement pas annoncé de remaniement, le 10 mai, Youssef Chahed reste en sursis ! Selon nos sources, le raïs du palais de Carthage est tombé d’accord avec le patron d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, pour écourter le mandat du Premier ministre. Selon ce deal, celui-ci devra rendre les clés de la Kasbah après le Ramadan, qui prend fin autour du 24 juin. BCE et le “cheikh” Ghannouchi se sont même entendus sur le nom de son successeur : sauf contrariété de dernière minute, il devrait s’agir de Fadhel Abdelkefi, récemment promu ministre des Finances, ce qui lui permet de se préparer… ». Un remaniement qui n’était en tout cas pas à l’ordre du jour, ce 10 mai.
Et la même source d’estimer que «la nomination d’Abdelkefi, originaire de Sfax, ravira les hommes d’affaires de la ville. Finançant aussi bien le parti présidentiel Nidaa Tounes qu’Ennahdha, ceux-ci estiment qu’il est temps que l’un des leurs devienne Premier ministre, poste traditionnellement réservé aux Sahéliens». Le 20 avril 2017 déjà, et sous le titre «Youssef Chahed poussé vers la sortie», la même source laissait entendre que «Ennahdha et Nidaa Tounes discutaient de l’opportunité d’abréger le mandat du Premier ministre, fragilisé par les mouvements sociaux». On ne sait pas si ces informations sont exactes ou une simple intox, ce qui n’est pas impossible dans le théâtre des ombres chinoises de la Tunisie depuis 2011.

⦁ Mehdi Ben Gharbia et Iyed Dahmani montent au créneau.

Interrogé par Africanmanager sur la réaction du GUN à ces propos, le chargé des relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et les organisations de droits de l’homme au cabinet du chef du gouvernement, Mehdi Ben Gharbia, a rappelé, dans un démenti qui ne dit pas son nom, que «Maghreb Confidentiel» avait aussi prédit le départ du ministre tunisien des Affaires étrangères et l’entrée au gouvernement de Slim Azzabi et rien de tout cela ne s’est passé. Il préfère ensuite rappeler l’amélioration des ratios de l’économie, qui indiquent au moins un frémissement de la reprise économique, en mettant en exergue le taux de croissance de 2,1 % pour le 1er trimestre 2017, annoncé par l’INS. Pour le reste, «nous avons un mandat du Pacte de Carthage, que nous sommes en train d’honorer, d’avancer sur les quatre grandes réformes et de gérer la situation sociale tendue en étant ferme sur les acquis et la suprématie de l’Etat. Nous combattons la corruption. La volonté y est, les résultats viendront et ces gens-là on les aura». Et de faire ensuite noter le manque d’alternative de l’opposition, en ajoutant que «on se demande le pourquoi de ce jeu-là qui consiste à vouloir refaire le gouvernement, alors qu’on n’a jamais eu de proposition, concrète et constructive de la part de l’opposition sur ce qu’il faudrait économiquement faire pour le pays». Pour ce qui est de l’avenir, à court ou à moyen terme, du GUN, Ben Gharbia rappelle la position du chef de l’Etat tunisien, le 10 mai, «lorsqu’il a clairement soutenu l’actuel chef du gouvernement», en précisant que «il n’est pas dans ses prérogatives, mais celles de l’ARP, de changer le gouvernement» et d’ajouter que «ceux qui ont été déçus par son soutien clair sont en train de le minimiser pour essayer de faire passer leurs vœux pour des réalités».

Iyed Dahmani, porte-parole de la Primature, qu’Africanmanager a aussi contacté par téléphone, pour commenter tout ce ramdam autour d’un improbable départ de Youssef Chahed et de son GUN a aussi versé dans la réponse par la démonstration des premières réalisations économiques de Chahed, en insistant sur le fait que «il faut consolider ce début de reprise et non le casser par un autre changement». Il est vrai en effet qu’un éventuel changement de gouvernement ne ferait que replonger la Tunisie et son économie dans une nouvelle phase d’instabilité politique et un retour du manque de visibilité qui cassera toutes ses premières réalisations, aussi peu sensibles soient-elles pour le moment et après un peu plus de 4 mois de l’entrée en exécution de son projet économique par la loi de finance. Un nouveau gouvernement signifiera, à ne pas en douter, plusieurs mois de débat sur son chef et ses ministres, alors que les municipales approchent à grands pas et alors que les bailleurs de fonds commencent à peine à faire confiance aux plans de sortie de crise du GUN.

Chahed en tout cas ne laisse rien transparaitre, enfilant les visites dans les régions, régularisant les situations foncières de plusieurs quartiers populaires, savoure ses bains de foule, travaille à redresser les mauvais indicateurs économiques et colmater les brèches des différents foyers de tension, dont toute la classe politique s’accorde à dire qu’elle n’est pas si spontanée que ça !

⦁ Campagne tambours médiatiques battants

Entretemps, des sources locales de journaux étranger battent depuis quelque temps et derrière l’opposition tunisienne les tambours du départ pour Chahed sur fond d’une marche contre le projet de loi sur la réconciliation qu’une partie de cette opposition voudrait retirer avant même son passage à l’ARP. Une marche de protestation dont la réussite a été remise en cause par le chiffre de 1200 manifestants donné par le ministre de l’Intérieur et démenti par les organisateurs qui avancent plus de 5.000 personnes.
De son côté, le site tunisien «Acharaa Al Magharibi» évoque des fuites de la réunion, jeudi dernier, de Youssef Chahed avec les signataires du «Pacte de Carthage», faisant dire à Hafedh Caïed Essebssi que «le gouvernement d’union nationale n’est pas éternel mais temporaire». Cette nouvelle fuite, si elle s’avérait vraie, ferait écho à celle où un député critiquait la composition du cabinet du chef du gouvernement et les autres critiques des participants à cette réunion de Nidaa Tounes, où était aussi présent Essebssi Jr, en direction de tout le GUN. A ce propos, Mehdi Ben Gharbia explique, dans une communication téléphonique avec Africanmanager : «j’ai une obligation de réserve et je ne peux donc rien confirmer ni commenter». Pour lui, «ce gouvernement a été voté par l’ARP. Il a connu un remaniement il y a deux mois. On a un pacte avec lui et on est en train d’avancer. On commence à faire de la croissance. Les indicateurs ne sont certes pas encore au vert, mais la courbe de la croissance commence à s’inverser vers le haut. Nous on assume notre responsabilité. Aux partis de l’opposition maintenant d’assumer les leurs».

⦁ L’UGTT à la rescousse de Chahed

Ce qui est certain, c’est qu’on cherche, depuis quelque temps, à descendre le GUN, à démonter son unité et à chasser Youssef Chahed de La Kasbah. Une partie de l’Iceberg réside dans les partis qui ont «animé» les manifestations de Tataouine et que plus d’un ministre du GUN a pointés du doigt. L’autre partie devrait se trouver dans les rangs des partis politiques qui ont refusé d’assister au discours du chef de l’Etat tunisien, le 10 mai dernier, durant lequel BCE avait soutenu, quoique du bout des lèvres, son poulain Youssef Chahed.
Ce dernier vient d’ailleurs de trouver un excellent appui, en la personne du SG de l’UGTT, Noureddine Taboubi, dont l’organisation syndicale est le pilier de l’institution du dialogue national. Dans une déclaration au quotidien «Al Arab Al Yawm», ce dernier affirme n’avoir aucune intention de demander le départ de Youssef Chahed, ajoutant que «la succession de gouvernements n’a pas donné de solutions». Il affirme par ailleurs qu’ils n’accepteront pas, à l’UGTT, que «la Tunisie devienne un laboratoire pour les gouvernements » et que «nous, à l’UGTT, nous appelons à réparer les erreurs et non à faire tomber les gouvernements et nous appelons les partis à assumer leurs responsabilité vis-à-vis de la situation que vit le pays». Cette position pro-Chahed suffira-t-elle à stopper l’élan de ses détracteurs et à calmer les ardeurs de ceux qui veulent sa sortie de La Kasbah ? Wait and See !

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On ne connait pas l’explication du choix du palais des congrès à une heure de pointe, en lieu et place du Palais de Carthage équipé de toute l’infrastructure nécessaire pour une diffusion télévisée en Live et disposant d’une salle cérémoniale imposante. Mais c’est en plein centre de la capitale que Béji Caïed Essebssi a choisi de parler. D’abord en tant que chef de l’Etat et ensuite en tant que président du Conseil national de sécurité.
Deux manières de lire ce discours «à la Bajbouj», c’est-à-dire tout aussi décousu que bien ordonné, ponctué d’anecdotes, comme lorsqu’il en a sympathiquement voulu à Foued Mbazaa (ancien chef d’Etat tunisien) d’avoir insisté pour qu’il occupe le poste de 2ème Premier ministre de l’après-révolution et ponctué de petits rappels historiques. Il n’a d’ailleurs pas dérogé à son habitude de commencer par un verset du Coran, même si au lieu de dire que «La Vérité est venue et l’Erreur a disparu. Car l’Erreur est destinée à disparaître», c’est l’apocryphe «La Vérité est venue et l’Erreur a disparu, car la Vérité est destinée à disparaître» qu’on a entendu. C’est certes un lapsus linguae, mais à bien analyser la conjoncture générale du pays, il a tapé dans le mille !
La première est celle qu’on a le plus entendue dans la salle où il y avait tout le gouvernement, les anciens chefs de gouvernement, les partis politiques avec à leur tête Rached Ghannouchi, qu’il a une fois pris pour témoin en parlant de manière fugace de leur 1ère rencontre à Paris, et mêmes d’anciens responsables comme l’ancien Premier ministre Rachid Sfar. Selon ce 1er décryptage du discours présidentiel, c’est du «Tout ça pour ça», ou «la montagne a accouché d’une souris». C’est pourtant, à notre sens, ne rien comprendre à la manoeuvre du vieux renard. Avec des insinuations, du dit et du non-dit, BCE en effet était venu avec plein de messages. Les uns pour répondre, les autres pour se défendre.

⦁ L’armée pour protéger les entreprises. La seule décision applaudie

Tout au long du discours (qui a duré près d’une heure), c’est un chef d’Etat au visage grave, presque fermé, encore hanté par les images de ce qui se passe au Sud du pays et les oreilles assourdies par les clameurs des mécontents du gouvernement, qui a parlé. D’une voix calme et décidée, un tantinet menaçant parfois, il n’entrera dans le vif du sujet qu’à la 23ème minute, pour annoncer, ou plutôt redire, la décision déjà annoncée depuis quelques jours par Youssef Chahed, de confier à l’armée nationale la tâche de sécuriser les entrées frontalières du Sud tunisien, des compagnies pétrolières, de toutes les ressources de l’Etat et en général de tout l’appareil de production. Menaçant, il ajoute : «je vous mets en garde. Lorsque l’armée prend une responsabilité, il sera difficile de traiter avec elle». Et d’ajouter, comme s’il désignait les protestataires : «Je vous avertis encore une fois. Nous savons que c’est une décision dangereuse, mais qui doit être prise. Car la première condition de la Démocratie est l’Etat de droit. Et s’il a quelques problèmes, c’est parce que nous, par laxisme, nous n’appliquions pas l’Etat de droit». Une décision fortement applaudie par l’assistance. A l’écran, on voyait surtout un ministre de la Défense content et un ancien chef de gouvernement islamiste, Ali Larayedh, le front ridé et les lèvres en «U» inversé, manifestement pas d’accord.
Une autre décision, celle de «restructurer le ministère de l’intérieur», passera presqu’inaperçue et il n’y reviendra pas lui-même, sauf pour l’expliquer par la fatigue des forces de l’ordre appelées partout et pour tout. BCE n’en avouera pas moins le laxisme de l’Etat, même de sa propre personne, le chef.

⦁ La réconciliation économique en filigrane

Sans vouloir le désigner en tant qu’objet principal de son discours et de toute la mobilisation officielle qui lui a été faite, son projet de loi sur la réconciliation économique a été le sujet qui a hanté tout le discours. Béji Caïed Essebssi défendra, bec et ongles, son projet. Il en parlera, surtout lorsqu’il évoque les manifestations et les protestations qui secouent depuis quelques jours le sud tunisien. Des protestataires dont il dira qu’ils présentent des demandes dont l’objectif final est de mettre l’Etat dans l’embarras, tant ils savent qu’elles sont impossibles à réaliser dans l’immédiat.
«Nous savons que ce n’est pas cela leur objectif», dit-il avec lucidité et clairvoyance des protestataires de Tataouine, dont il a donné lecture d’une lettre qui laisse clairement entendre qu’ils ne s’arrêteront pas, quand bien même toutes leurs demandes seraient satisfaites. Pour BCE, le développement, objet de toutes les demandes, ne viendra que lorsqu’on libèrera l’Administration de toute peur des poursuites, brandies depuis la révolution comme une épée de Damoclès sur sa tête.

Il dira aussi que «la démocratie est en grand danger», en référence à ceux qui menacent de descendre dans la rue pour éviter que le projet de loi passe devant l’ARP (Assemblée des Représentants du Peuple) et d’annoncer la désobéissance civile s’il venait à être adopté. «A tort ou à juste titre, le chef de l’Etat a présenté, dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles, une initiative et c’est à l’ARP, en laquelle nous avons confiance, de voir. Nous avons une Assemblée qui vote les lois et trace la route que nous devons emprunter, après le Chef de l’Etat. Si cela devient objet de suspicion, c’est toute la pyramide constitutionnelle et démocratique qui s’écroulera. Où va-t-on comme ça ?», sermonne-t-il, inquiet et indirectement menaçant, l’assistance du Palais des Congrès.

⦁ Fin de non-recevoir aux demandes de démettre Youssef Chahed

Le 1er sujet qu’il abordera, c’est une réponse à tous ceux qui demandent le départ de Youssef Chahed, prétextant sa défaite, ou des élections anticipée. «Tout le monde doit respecter le jeu démocratique (…). Il y aura des élections prochainement et que chacun s’y prépare (…). Mais lorsqu’on dit que cela suffit et que le gouvernement a failli et qu’on doit entamer un nouveau dialogue, autre que celui qui nous a valu le Prix Nobel de la paix et qui soit en-dehors de l’Exécutif et en-dehors du Législatif», dit-il d’un geste de la main, mimant le dédain de ceux qui le proposent [Ndlr : il évitera de nommer ceux qui sont derrière cette proposition, dont l’UGTT]. Et de reprendre avec un index menaçant et un visage fermé que «cela veut dire que le processus démocratique dans lequel nous nous sommes engagés était faux. Cela je ne l’accepterai pas. Les Tunisiens et tout le monde ne l’accepteront pas».
Une position qui coupe l’herbe sous le pied de tous ceux qui crient au loup, suivie d’un long silence dans la salle. Le public se rattrapera, par de timides applaudissements, lorsque BCE ajoute en guise d’anecdote que si un ami lui a dit que «c’est peut-être cela qui fera revenir la dictature et Halima reviendra à ses anciennes habitudes» et d’affirmer que «de toutes les façons, ne comptez pas sur moi pour aller dans ce sens [Ndlr : remplacer Youssef Chahed]. Laissez ceux que le peuple a choisis travailler».
Des applaudissements qui finissent pas faire réagir le concerné, resté placide, sans le sourire, contrairement à sa ministre de l’Energie. Prenant encore la défense de son poulain, BCE répondra à tous ceux qui demandent de changer tel ou tel ministre que «ce n’est pas raisonnable. C’est de la platitude. Mais je les comprends, car c’est malheureusement tout ce que le bon Dieu nous a donné», dit-il comme par pitié envers ces détracteurs. Aux premiers rangs, on voit sur les écrans Issam Chebbi remettre sa veste en place, Kamel Morjane les doigts sur le menton et Yassine Brahim se frotter les yeux [Ndlr : Ce sont ceux qui ont été filmés à ce moment-là].

Manifestement toujours en colère, BCE parlera avec indignation de la démission de Chafik Sarsar, qui était présent, le visage livide et fermé devant les propos du chef de l’Etat qui s’écriait dans sa direction et sans le nommer : «quelles que soient tes raisons personnelles, elles ne seront jamais plus importantes que les problèmes de la Tunisie».

BCE a dit beaucoup de vérités dans son discours, devant un parterre de politiciens qui persistera probablement dans l’erreur en donnant jusqu’ici la primauté à leurs intérêts propres par rapport à ceux du pays. Sitôt ce discours fini, ses détracteurs ne tarderont pas à faire abstraction de la raison d’Etat et à enterrer toutes les vérités qu’ils ont pourtant applaudies dans un déni complet de tout ce qui n’est pas leurs propres logiques partisanes. Ça nous ramène au lapsus linguae de BCE, qui ne savait peut-être pas à quel point il ne s’était pas tant trompé que ça, même s’il s’agit du Coran.

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Les jeunes de Tataouine veulent une part de 20 % des revenus du pétrole du Sud. Ils ne veulent ni emploi, ni développement, mais leur part du pétrole. Dans l’immédiat, ce sera un emploi par famille dans les sociétés du pétrole du coin. Les habitants de Kébilli se seraient réveillés, eux aussi, avec les mêmes demandes : 20 % des salines de Chat El Djérid.
La première campagne «Winou El Pétrole» ou «Où est le pétrole» a été lancée en 2015 sur les réseaux sociaux. La seconde descendit sur terre, transformant une manifestation sociale, d’abord contre les restrictions libyennes à la contrebande transfrontalière, ensuite pour la demande de l’emploi et le développement, pour enfin dévoiler sa véritable cause qui est l’accès direct aux ressources pétrolières et l’emploi dans les sociétés pétrolières installées dans la région.
Il s’avère aussi désormais clair, le Conseiller Ridha Saïdi et le ministre Mabrouk Korchid l’affirment et hier indirectement la ministre de l’Energie, que les mouvements sociaux de Tataouine n’avaient donc pas pour objet le travail et le développement.

⦁ Récupérés, retournés et embrigadés dans le laxisme des gouvernants

La grande majorité de la population de cette région avait été en effet politiquement récupérée et retournée par le «Harak» (Parti issu de la transformation du parti Congrès pour la République de Moncef Marzouki) et le parti «Wafa» de l’avocat Mohamed Abbou, qui menait une campagne contre le projet de loi de réconciliation économique. Cela fait dire à beaucoup d’observateurs que la résurgence de la demande de 20% du pétrole du Sud n’est qu’un moyen de pression contre la réconciliation économique.
Des années durant, ceux parmi les jeunes qui n’avaient pas été recrutés par les réseaux et les familles vivant de la Contrebande ont été «rebootés et formatés» par les Gourous de ces partis d’opposition ayant perdu les présidentielles et les législatives de 2014. Un nouveau dogme leur a été inculqué, comme un virus dans leurs systèmes d’information.

Ce dogme, qui a embrigadé ainsi les centaines de jeunes qui conduisaient à Tataouine les manifestations contre Chahed et le GUN, a pour fondement une idée simple, car partant d’une réalité historique. Le Sud a été une région oubliée par l’industrie tunisienne et donc par ce qui est communément appelé le «Développement». Partant de là, l’idée était de dire que les ressources du Sud, et donc le pétrole, auraient été pillées pour aller enrichir les régions côtières. C’est en effet, pour des raisons de logistique de transport et d’exportation, que s’étaient toujours entassés les investissements, locaux et IDE, sur la côte, de Bizerte à Sfax.

⦁ Ligne rouge, dites-vous. Et si on le leur donnait !

Youssef Chahed est allé dans le Sud. Il a vu, il a entendu et il a su. Il en est rentré, comme ses ministres, retourné. Des forces armées ont été, dès le lendemain de sa visite, envoyées sécuriser les installations pétrolières. Il passait ainsi aux actes, après avoir parodié les manifestants par son «Pas de recul», dit en arabe «Errakh la» qui n’était pas du goût de tout le monde et fait dire au porte-parole du GUN que «l’unité du pays est une ligne rouge».

Comme un poisson d’avril qui viendrait en mai et dans une sorte d’économie-fiction, on pourrait ainsi imaginer que le chef du gouvernement décide de donner raison aux demandeurs du pétrole. On imaginerait alors qu’il donnerait aussi 20 % des ressources hydrauliques de 3 ou 4 gouvernorats que traverse l’Oued Medjerda. Autant sur les rentrées du port de Bizerte à ses habitats par exemple, et la même chose pour les habitants de Ben Arous sur les rentrées financières du port de Rades. 20 % aussi des rentrées du secteur touristique aux habitants de Sousse et de Monastir et 20 % des ressources du phosphate aux habitants de Gafsa, tout autant sur les salines de Chat El Djérid aux gens de la région et ainsi de suite.

On imaginerait alors que le gouvernement offrira une colonne de forage aux jeunes de Tataouine qui deviendraient des chercheurs d’or noir, une pelleteuse à chacun des habitants de Gafsa pour vendre lui-même son propre phosphate, des compteurs de débit d’eau aux habitants du Nord et des parcmètres pour les habitants des régions touristiques pour faire le décompte quotidien des entrées et des sorties dans les hôtels de toute la région du Sahel et encaisser à la fin du mois. Les régions deviendront ainsi financièrement autonomes et leurs habitants de simples rentiers.

Ceux qui gouverneront ce futur conglomérat de districts autonomes (pétrolier, portuaire, touristique etc.), n’auront plus à se casser la tête pour quémander taxes, fiscalité et dettes. Il n’y aura plus d’employés ni fonctionnaires, car on deviendra tous actionnaires aux richesses, incommensurables de notre territoire où il y a, à en croire certains experts, or et pétrole, sans compter l’eau et autres ressources qu’on nous cache !
Cela supprimera le supplice annuel de la confection du budget pour construire des routes, des écoles ou des hôpitaux, surtout qu’on va vers une gouvernance régionale de ce petit territoire de 11 millions d’habitants, possiblement logeable dans la seule ville du Caire ou dans la moitié de la ville de Pékin. Plus besoin d’une ARP qui passerait une année à palabrer et à voyager gratos. Plus besoins de ces ministres qui touchent des milliers de dinars à glander et demander aux citoyens de travailler. Pourquoi pas !

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De nouveau, se font entendre en Tunisie les voix demandant le changement du chef du gouvernement et donc la chute du GUN (gouvernement d’union nationale). Il est vrai que Youssef Chahed commence un peu trop à s’enraciner et à s’approcher des 12 mois d’âge qui ont jusqu’ici été la norme de la longévité gouvernementale depuis 2011. Il est vrai aussi que, malgré toutes les critiques dont il a et fait l’objet, les faiblesses dont il a fait et fait toujours montre, le second chef de gouvernement de la 2ème République tunisienne commence à donner les premiers éléments tangibles d’une certaine réussite (bien que pas encore une réussite certaine) et les premiers frémissements d’une reprise économique.

L’homme a donné à tous ceux qui ont demandé. Des salaires jusqu’à faire exploser les caisses de l’Etat, des capitulations sociales jusqu’à créer un monstre syndical, des concessions politiques jusqu’à perdre presque le soutien de ceux qui ont signé le Pacte de Carthage dont il est issu, des ministres à ceux qui ont demandé leurs têtes jusqu’à perdre tout sens de solidarité gouvernementale et même des terres aux agriculteurs et aux habitants jusqu’à susciter des envies.

Il commence pourtant à avoir ce qu’il lui fallait pour mener à bien son mandat. Il a organisé un «Tunisia 20-20» qui commence, certes à peine, à donner ses fruits avec notamment les accords conclus avec le Fades (Fonds arabe de développement économique et social) et la BM (Banque Mondiale). Il a, quoiqu’on puisse en penser et malgré les lourds engagements salariaux du gouvernement Habib Essid, réussi de difficiles négociations avec le FMI.

La Tunisie commence à récolter les fruits de cette réussite avec les dizaines de millions DT qui commencent à pleuvoir du côté des «Followers» du FMI, comme la BM, la BAD (Banque Africaine de Développement), l’Union Européenne et d’autres. Les grands projets redémarrent, même s’ils restent quelque peu plombés par la complexité des procédures administratives et la tension sociale diminuée même si elle reste vive.

Un frémissement de la reprise «que nous ressentons, par les chiffres» disait optimiste, le 28 avril dernier, le ministre Fadhel Abdelkefi. Ce dernier faisait en effet état d’une hausse, en avril et non en février seulement, de 46 % de la production de phosphate, une hausse de 34 % dans le tourisme, une hausse des IDE (+18 % à 66 % dans les industries) et des investissements locaux, sans compter l’amélioration, en avril dernier, du déficit commercial.

Tout cela se passe, et c’est certes peu mais sans être rien, alors qu’on entendu de nouveau s’élever les voix pour demander le changement du GUN. Des voix qui viennent de l’opposition. Mais aussi, quoique plus enveloppées comme dans l’appui à tous ceux qui protestent pour un oui ou pour un non, d’autres partis comme chez Ennahdha et même Nidaâ Tounes. Des voix qui s’élèvent aussi chez l’autre partenaire du Pacte de Carthage. De nouveau, c’est l’UGTT (syndicat des travailleurs) qui évoque une nouvelle initiative de sortie de crise. De nouveau aussi, le chef de l’Etat tunisien, Béji Caïed Essebssi, annonce qu’il y ira de son grain de sel et on laisse fuiter chez la présidence de la République qu’il pourrait lui aussi annoncer une nouvelle initiative.

Loin de calmer les esprits, tout ce remue-ménage politicien ne fait que déstabiliser encore plus un GUN, déjà diminué, d’abord par les «fissures» du parti dont est issu Youssef Chahed et ensuite par les turpitudes d’Ennahdha qui joue au «je te soutiens, mais je soutiens aussi tous ceux qui te déstabilisent». Une déstabilisation politique qui intervient à 6 mois des prochaines élections municipales. Une déstabilisation politico-économique qui, si elle venait à se vérifier, emporterait aussi les légers battements de papillon d’une reprise économique qui commençait à peine à se dessiner.

Un autre chef de gouvernement ferait-il mieux ? Force est à ce sujet de noter que le handicap majeur de Youssef Chahed reste le type de gouvernance choisi depuis 2014. Un régime, ni parlementaire, ni présidentiel dans un semblant de «jeu de la barbichette» dans une atmosphère de «chiens de faïence» et où tous guettent le déroulement du «jeu des chaises musicales». Un Antoine Pinay (ministre de l’économie et des finances sous la 4ème république française) s’y casserait sûrement les dents lui aussi et même une Dame de fer comme Margaret Thatcher finirait par donner sa langue au chat. La situation, politique, économique, sociale et syndicale, lui aurait valu un Alzheimer précoce.

Chahed est-il, pour autant, irremplaçable ? Certes non. Ce qu’il faudrait avant tout remplacer, nous semble-t-il, c’est le régime politique en place en Tunisie depuis 2014. Faute de mieux, la Tunisie est condamnée à donner encore plus de temps, d’abord aux politiciens de délaisser le partisanisme au profit du nationalisme. Ensuite à la démocratie pour dépasser son premier concept à la Kadhafi et ses libertés incontrôlées, vers une définition où l’État veille au bon exercice de la liberté des citoyens, des citoyens qui respectent les lois et l’Etat qui les fait et enfin des citoyens qui pensent plus à l’intérêt de l’Etat qu’à leurs stricts siens propres. Et enfin, à l’économie de se restaurer, de se développer et de rebondir pour être le véritable garant d’une démocratie naissante et le véritable rempart contre ses dérives.

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