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Khaled Boumiza

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Il y a quelques années, Feu Slim Chaker alors ministre des Finances, nous confiait une malheureuse anecdote. Il signait alors, en présence de l’ancien chef de gouvernement et de l’ancien Secrétaire Général de l’UGTT, un accord pour une énième augmentation salariale. Conscient des véritables capacités du budget et manifestement désolé de la signer, il se retourne alors vers le SG de l’UGTT et lui dit qu’il est en train de parapher une augmentation pour laquelle il n’a pas l’argent. La réponse de l’ancien SG de l’UGTT a été glaçante d’indifférence. «C’est votre affaire, pas la nôtre», répondit-il alors au ministre des Finances.

D’un SG à l’autre de la même puissance syndicale, toujours en guerre contre le gouvernement et contre la privatisation des entreprises publiques déficitaires, alors qu’elle avait déjà vendu ses propres entreprises, la réaction à la même question de la hausse des salaires est pratiquement la même.

Hier encore, le 18 avril 2018, le nouveau SG de la même UGTT quittait «très remonté», diront certains médias et «claquant le porte» rapporteront d’autres, la réunion des signataires du Document de Carthage. Taboubi aurait refusé de parapher le nouveau document de Carthage, à cause d’une clause qui stipule que le gouvernement est lié aux engagements signés depuis 2011 à condition d’en avoir les moyens.

L’ancien comme le nouveau SG de l’UGTT n’en ont cure des possibilités financières d’un Etat qui s’endette pourtant pour payer des salaires dont la masse casse désormais tous les records internationaux par rapport au budget de l’Etat. Ce qui les intéresse, c’est uniquement les augmentations salariales, directes ou indirectes par le biais des conventions annexes ou avenants. Le 30 avril 2015, l’UGTT avait pourtant accepté et signé qu’elle ne demandera pas de nouvelles augmentations pour 2015 et 2016 et ne revendiquera pas d’augmentation, au titre des primes spécifiques, pour les années 2016, 2017 et 2018 !

Et quand bien même existerait-il des milliards en fiscalité, impayés et dettes non recouvrées, ce sont des sommes qu’il n’est jamais possible de recouvrer dans une ou deux années. Les banques, publiques et privées, tunisiennes dont les plaintes en justice traînent depuis une dizaine d’années ou plus pour recouvrer une partie seulement de leurs dettes, le savent. L’UGTT le sait aussi, mais s’en balance royalement !

Il semblerait que l’UGTT, qui en veut toujours au gouvernement de ne pas respecter ses engagements, ne tient pas elle-même à sa propre signature. On pourrait ainsi lui ajouter que se disant partenaire socio-politique du gouvernement, elle se soucie peu et même très peu au vu de ses réactions, des capacités financières de tout un pays qu’elle sacrifie sans états d’âme sur l’autel du bien-être immédiat de ses employés actifs, et aux dépens surtout des dépenses d’investissements par l’Etat pour donner aux régions déshéritées le «Développement» à chaque fois revendiqué à cor et à cri. Une UGTT enfin qui applique à la lettre l’adage populaire du «donnez-moi maintenant et tuez-nous demain». La Tunisie mérite-t-elle une telle organisation syndicale ? Des syndicalistes nationalistes tels qu’Ahmed Tlili (derrière Taboubi dans la photo) ou Habib Achour devraient se retourner dans leurs tombes à la vue de ce que fait l’UGTT de 2018 !

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La Régie Nationale des Tabacs et des Allumettes (RNTA) et la Manufacture des Tabacs de Kairouan (MTK) constituent les deux principaux acteurs du secteur du tabac qui est un monopole de l’Etat en Tunisie. «S’appuyant sur une stratégie ambitieuse, une organisation performante et un développement continu, le secteur totalise 21.800 emplois directs et indirects,
un chiffre d’affaires de 261 MDT en 2010 et 1.623 tonnes de tabac en feuilles récoltées localement». Là, s’arrête la présentation de l’entreprise sur son site officiel.

Comme beaucoup d’autres entreprises publiques avant ladite révolution, cette entreprise de monopole faisait des bénéfices qui avaient culminé à 5,3 MDT en 2008 malgré le déficit de sa filiale de Kairouan, mais versait tout de même d’énormes sommes au budget de l’Etat qui ont dépassé le 1 Milliard DT en 2008 aussi. Cela relève cependant du passé et la RNTA fait désormais des pertes, de grosses pertes, dont le cumul dépassait, en 2016, les 186 MDT.

Cette année-là et après presqu’une décennie de bénéfices plus ou moins importants, elle doublait ses pertes qui passaient de 28,697 MDT en 2015 à 64,182 MDT l’année d’après. Son chiffre d’affaires passait, pourtant, de 252,356 MDT en 2015 à 289,815 MDT. Mais sa valeur ajoutée chutait de presque la moitié, passant de 36,274 MDT à seulement 15,813 MDT. Et du coup, son excédent brut d’exploitation devenait négatif et se multipliait, passant de -18,825 MDT à -41,931 MDT.

Avec ses 21.800 employés et qui recrutait encore et toujours en 2017, l’entreprise devrait rester, selon des chiffres du contrat de performance signé avec l’Etat et qu’Africanmanager a consultés, déficitaire jusqu’à au moins 2020. Ceci, en raison notamment des charges d’exploitation qui explosent chaque année plus, passant de 344,551 DT en 2016 à 538,641 MDT en 2020 et des charges financières qui approcheront les 13 MDT. Si ce programme réussissait, ce qui n’est pas sûr au vu de la mauvaise gestion de ce secteur, le déficit se rétrécirait peut-être pour arriver à 7,2 MDT en 2020, mais la RNTA n’en restera pas moins déficitaire. Ledit contrat prévoyait en effet une hausse de 44 % du taux de rendement du parc industriel en 2018 et une augmentation d’au moins 5 % du rendement des employés. Ce qui, dans la conjoncture actuelle sociale notamment, est loin d’être acquis.

On précise à ce sujet que la RNTA a un volume de salaires qui a été multiplié par deux en l’espace de 5 ans, passant de 28,3 MDT en 2010, à 56,9 MDT en l’année 2016 et cela, bien que le nombre des employés ait été diminué.

Le SG de l’UGTT expliquait cet état financier délabré par le non-renouvellement des équipements. On découvre, pourtant sur le site de la RNTA, qu’elle avait installé de nouveaux équipements (deux lignes de confection paquetage et une empaqueteuse) en septembre 2009 pour ramener la production d’un type de cigarette qui n’existe plus sur le marché, à 285 millions de paquets par an. Sur le même site, on apprend que la régie avait déjà procédé à au moins 5 augmentations successives entre 2010 et 2012, des prix de ses cigarettes.

C’est tout cela, la RNTA, devant la vente de laquelle l’UGTT et Noureddine Taboubi, mettent «77 milles de lignes rouges» comme il le disait dimanche dernier à Sfax. C’est aussi cela, le monopole de l’Etat qui ne lui rapporte presque plus rien par ses pertes cumulées et son nombre d’employés qui ne cesse d’augmenter, que le SG de l’UGTT présente comme l’affaire du siècle qui rapporterait … cinq milliards DT ou le 1/6ème du budget de tout l’Etat !

Avec un nombre d’employés du secteur public, car la RTNA et sous tutelle directe du ministère des finances, de plus de 21.800 personnes qui paient leurs cotisations syndicales à l’UGTT, on comprend mieux l’opposition de la centrale syndicale à faire passer ce grand nombre d’adhérents au secteur privé.

Une entreprise qui plus est minée par un marché parallèle, corrosif, corruptif et hautement spéculatif, dans lequel les détournements d’’autorisation de débits de tabac sont monnaie courante et un moyen d’investissement pour certains autres corps de métier. En octobre 2016, le journal La presse remarquait que «les réseaux de contrebande sévissent au sein même de la Régie du tabac et avec la complicité de certains partenaires et intermédiaires, ayant des rapports agissants avec des responsables de l’entreprise ou encore en s’approvisionnant directement auprès de certains, qui disposent de licences d’exploitation et qui préfèrent céder leur quote-part hebdomadaire de cigarettes moyennant une majoration, à ces vendeurs sous-traitants». No Comment. Mais aussi cela l’entreprise publique que voudrait garder l’UGTT !

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photomontage
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A la fin du mois de février 2018, le total des recettes de l’Etat a été de 5,971 Milliards DT. Les revenus de l’Etat ont ainsi augmenté de 23 % par rapport à la même période de 2017. Dans ces recettes, on trouve 3,749 Milliards DT de recettes fiscales, en hausse aussi de 9,2% par rapport à 2017. Tout ce qui a été récolté, en recettes fiscales et non-fiscales, ressources d’emprunts et de trésorerie a été déjà dépensé pendant la même période.

Remarquons, en parlant de fiscalité, que l’impôt sur le revenu (IR), bénéfices et gains en capital, a rapporté jusqu’à fin février dernier la somme de 1,493 Milliards DT, que les taxes sur la propriété ou impôts sur le patrimoine ont rapporté à l’Etat la somme de 88,4 MDT, sans oublier les 1,676 Milliard DT en impôts sur les biens et services.

En face, les dépenses de gestion ont totalisé, à la fin février 2018, la somme de 3,261 Milliards DT, dont 2,755 Milliards DT de salaires et rémunérations pour les deux premiers mois de l’année en cours, sans compter les autres salaires, sous forme de crédit d’impôts et de crédit CNSS.

On remarquera que ces rémunérations changent d’un mois à l’autre, selon le même document. Ils sont de 1,545 Milliard DT en janvier et deviennent 2,755 Milliards DT sans qu’on explique comment, lorsqu’on les multiplie par deux à fin février. Pourtant, pour toute l’année en cours, la LF 2018 parle de 14,751 Milliards DT. Passons !

Toujours dans la rubrique des dépenses de gestion, les dépenses en biens & services de l’administration ont totalisé 236,1 MDT, auxquels il faudra ajouter les 269,3 MDT d’autres interventions et transferts. Et entre le total des recettes et dons (3,297 Milliards DT) et le total des dépenses & prêts, le solde budgétaire des deux premiers mois de l’année en cours se trouve déjà déficitaire de 985,1 MDT, un déficit qui a doublé par rapport à janvier 2018, où il n’était que de 489,1 MDT. Ce déficit ne devrait pourtant terminer 2018, qu’avec un total de 5,216 Milliards DT représentant 4,9 % du PIB, contre 6,1 % l’année dernière !

Dans le total des dépenses, 77,1 % ont été des dépenses de gestion courante. Les dépenses de développement, dites aussi dépenses en capital, n’ont été que de 22,9 % ou un total de 794,7 MDT, dont seulement 489,3 MDT en investissements directs. C’est donc un budget 2018 qui donne toujours la part belle dans ses dépenses à celles à caractère social et très peu à l’investissement, seul capable de créer les emplois dont il reste redevable. Un début d’année budgétaire donc presque dans la même lignée que celui de 2017, même avec quelques petites baisses. On ne sait pas encore, avec tout cela, si le gouvernement va pouvoir tenir les engagements auprès de ses bailleurs de fonds.

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Noureddine Taboubi, SG de l’UGTT, affirmait récemment sur les ondes d’une radio privée que 70 % des impôts sont payés par les salariés et que les 30 % restants proviennent des entreprises pétrolières, d’assurance et de téléphonie. Il affirmait aussi que le reste des entreprises économiques, parmi lesquelles les médecins, les avocats et même les journalistes, ne payaient que les 5 % restants.

Intervenant le lendemain, sur les ondes de la radio privée, Taboubi qui a été piqué par les commentaires des chroniqueurs de la RTCN alors qu’il était en voiture, a répété en indiquant qu’il parlait «dans un cadre scientifique clair», que 70 % des revenus fiscaux du pays proviennent des salariés, 90 % des 30 % restants sont payés par 5 % des entreprises que sont les sociétés pétrolières, les banques, les assurances, les télécommunications.

Cette rengaine des salariés qui paieraient plus au Fisc que tout le reste des contribuables tunisiens n’est pas nouvelle. On la retrouve dans tous les éléments de discours du SG du puissant syndicat tunisien, à chaque fois qu’il se met en campagne de négociations pour de nouvelles augmentations salariales. La vérité est pourtant toute autre et Taboubi prend quelques libertés dans l’explication.

  • 3,2 millions de salariés, contre 158 mille contribuables PM

Disons d’abord, pour parler chiffres issus des sources officielles au ministère des Finances, que le pays compterait quelque 2,3 millions contribuables salariés des deux secteurs, public (dont 630.000 fonctionnaires) et privé, dont les impôts sont directement retenus à la source.

Précisons aussi le reste des contribuables, toutes professions confondues, il est exactement de 785.000 personnes, dont 627.000 personnes physiques, tous métiers confondus, et 158.000 personnes morales (PM) ou sociétés…

Tout cela dit, les ressources de l’Etat pour l’année 2017 en impôts directs ont été établis à 8,710 Milliards DT et baisseront de 3,6 % en 2018. Dans ce chiffre, l’impôt sur les revenus n’a été en 2017, que de 6,119 Milliards DT et sera en baisse de 3,1 % en 2018. Dans ce total de l’impôt sur les revenus, l’impôt sur les salaires n’a été que de 3,968 Milliard DT pour 3,2 millions de salariés, d’où l’effet des 70 % qui reste à préciser. Ce n’est donc pas le montant qui est à retenir, mais le volume des salariés.

Une petite opération de calculette, pour diviser le montant des 3.968 MDT des impôts sur les salaires par le nombre total des salariés qui est de 3,2 millions, donnerait à peu près un impôt annuel de 1.240 DT par salarié.

  • Qui paie le plus d’impôts ?

L’impôt sur les sociétés a rapporté, en 2017, 2.581,6 MDT. A diviser par 158.000 personnes morales que sont les entreprises, toutes tailles et secteurs confondus, on en arrive à une moyenne d’un peu plus de 16.339 DT par personne morale, sachant que les entreprises industrielles qui sont les plus gros employeurs ne sont que de 79.250 selon l’INS.

En moyenne, les entreprises payent donc plus d’impôts que les salariés. Il ne faut pas oublier qu’en plus de l’IS, les chefs d’entreprises payent aussi l’impôt sur le revenu. Et à soustraire, le total de l’impôt sur les salaires (3,968 Milliards DT) du total de l’impôt sur les salaires (6,119 Milliards DT), on se rend compte de la mauvaise lecture des chiffres par le SG de l’UGTT.

L’impôt sur les sociétés pétrolières n’a rapporté en 2017 que 740 MDT grâce aux grèves et autres mouvements sociaux, toujours soutenus par l’UGTT et qui ont impacté leurs revenus. Les sociétés, autres que pétrolières, dont les banques, les assurances et autres dont parlait le SG de l’UGTT ont payé en 2017 un total d’impôts de 1,841 Milliards DT, c’est-à-dire la moitié de tout ce qu’avait rapporté l’impôt sur les salaires.

Les chiffres sont têtus, comme dirait le proverbe.

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Voici, en théorie (Photo du bas), ce à quoi devrait ressembler la gente féminine capable de voter pour le parti islamiste Ennahdha, lors des prochaines municipales. Des femmes généralement enturbannées de foulards, et ne laissant paraître de leurs corps que les mains et le visage, en application d’une version modernisée de la Chariaa. Des femmes qui croient encore qu’Ennahdha est le parti de Dieu et qu’il est fait d’hommes qui ont peur de Dieu, dans un lectorat fait essentiellement de petites gens, pieuses et croyant suivre ainsi les préceptes de l’Islam.

Costard chic bleu marine, et cravate rose parée d’un pin à l’effigie du drapeau tunisien et micro à la main, le chef d’Ennahdha change de look et part à la pêche aux nouvelles ouailles féminines qui changeraient le look de tout son parti aussi. Des femmes modernes, librement vêtues, certes croyantes, mais loin de suivre les préceptes d’un Islam à la Nahdha.

Faute d’adhérentes directes, qui atténueraient l’âpreté d’une image faite d’anciens prisonniers avec leurs années de braise creusées dans les traits de leurs visages, barbus et tamponnés au front, comme un symbole de piété qui les ferait reconnaître le jour du jugement dernier et leur donnerait accès direct au paradis et ses “houris”, ce que cherche désormais le Cheikh c’est une nouvelle race de fans au féminin.

L’objectif de cette nouvelle stratégie de communication visuelle a aussi amené le parti islamiste à s’ouvrir sur ce qu’il appelle les «indépendants». Des candidats, et surtout des candidates qu’aucun autre parti ne courrait, tant les places sont déjà distribuées entre coquins et copains. Des candidats auxquels Ennahdha offre l’opportunité de faire la une de ses nouvelles listes électorales pour les prochaines municipales. Des candidats et surtout candidates qui confirmeraient qu’Ennahdha n’est pas faite que de Nahdhaouis, mais s’ouvre à tout le monde. Nous avons contacté les services de communication du parti Ennahdha pour connaître le taux de présence des femmes sur les listes de ce parti pour les municipales, ainsi que celui des «indépendants». On attend toujours la réponse !

Mais le véritable enjeu de cette «ouverture», ce sont les femmes dont le vote a été déterminant lors des législatives et des présidentielles de 2014. Les femmes dont le rôle a aussi été déterminant dans la lutte de la société civile contre les tentatives du parti islamiste au sein de la Troïka en 2011 et jusqu’à 2013 de changement du modèle sociétal de la Tunisie. Tête de pont de cette nouvelle Ennahdha dont le vieux leader tente de colorier l’image, Rached Kheriji s’engage désormais dans une tentative de hold-up sur les «femmes de Béji Caïed Essebssi», des femmes qui avaient fait la réussite de BCE et de son parti. Cela, d’autant qu’il semble désormais être «tendance» de se prendre en «Selfie» aux côtés de celui qu’on dessine comme l’homme fort de Tunisie et ce dernier n’y rechigne pas, se laisse faire et publie même ces images sur sa page fb officielle.

Il faut se rendre à l’évidence. Une partie des Tunisiennes, comme les Tunisiens, semblent avoir la mémoire courte. Elles semblent avoir déjà pardonné, bien avant le Tribunal Administratif qui a effacé tout de leurs anciens casiers judiciaires, à celui qui a le pied dans l’étrier du pouvoir, plus vite que celui qui en a été descendu. Des femmes qui ont vite fait d’oublier son livre «Entre le Coran et la réalité des musulmans» où Rached Kheriji parle longuement de la femme comme d’un objet sexuel et dont il faisait même la promotion, le 7 mars 2015 sur sa page facebook officielle. Elles semblent aussi avoir oublié l’enquête parlementaire sur les réseaux d’envoi d’enfants tunisiens dans les zones de guerre, qui n’a pas encore donné ses résultats. Elles ont aussi oublié Le Bardo et d’autres lieux de manifestations contre le parti islamiste, conduites par des femmes. Mais cela est une autre histoire !

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Jeune quadra (44 ans exactement) et à peine 9 mois à la tête de l’UIB, cet énarque et agrégé d’économie qui a travaillé pendant 10 ans à l’Inspection générale de la Société Générale, est en fait un homme du sérail de l’UIB. Il l’avait rejointe dès 2015, en tant que directeur du programme de liquidité. Une année après, il est déjà DGA de la banque. C’est dire qu’il en connaît tous les arcanes, ce qui lui permet, en juillet 2017, d’en devenir le DG. Fort du bon héritage légué par son président du conseil d’administration, Mondher Ghazali a déjà une feuille de route claire. Son ambition, dont il parle à Africanmanager, c’est de «continuer sur les prochaines années à faire croître nos revenus à un rythme soutenu, supérieur à 11% par an, à abaisser notre coefficient d’exploitation en dessous de 45%, à maintenir un niveau de ROE (Return On Equity) supérieur à 20%». Interview :

 La banque vient de clôturer l’exercice 2017 avec un PNB en croissance et un RN en hausse de 18,8 %. Quels ont été globalement les moments forts et les leviers de cette croissance ?

Les résultats enregistrés en 2017 sont le fruit de la stratégie de croissance saine et rentable de l’UIB, fondée sur un modèle équilibré couvrant l’ensemble des marchés des particuliers, des professionnels et des entreprises, sur une gestion rigoureuse des coûts et des risques et sur une priorité forte accordée au développement du capital humain. L’ensemble de nos métiers contribue à l’accélération de la croissance et aux bonnes performances financières.

En ce qui concerne la banque de détail, nous avons une position de leader que nous continuons à consolider avec détermination en étendant notre réseau (5 nouvelles ouvertures d’agences en 2017), en améliorant sans cesse l’expérience client et en misant sur l’innovation, comme c’est le cas avec notre application mobile primée aux Tunisia Digital Awards 2017. Dans la banque d’entreprise, nous franchissons chaque année un nouveau palier, en développant notre dispositif de Centres d’affaires dédiés aux entreprises et en capitalisant sur nos expertises reconnues notamment en matière de Trade Finance, de Cash management, de financements structurés et d’accompagnement de nos clients en Afrique. Une expertise qui se nourrit, également, de notre appartenance à un grand groupe international et qui a été couronnée par le prix 2018 décerné par Global Finance à l’UIB en tant que meilleure banque en Tunisie en matière de financement du commerce international.

Comment se sont comportés les principaux ratios de la banque, notamment celui de la liquidité, de risque et celui des NPL ?

L’ensemble des ratios et seuils réglementaires prévus par les circulaires de la BCT, qu’il s’agisse de la division et de la couverture des risques ou du ratio de liquidité, sont respectés par l’UIB avec une marge confortable au 31/12/2017, et l’ont été tout au long de l’année 2017.

En particulier, le taux de créances classées (NPL) a significativement régressé à 8,1% fin 2017 contre 9,4% fin 2016, avec un taux de couverture de 77% (incluant les agios réservés) qui figure parmi les meilleurs du secteur bancaire. D’autre part, le ratio de solvabilité s’est amélioré de plus de 20 points de base à 11,13% et le ratio «Tier One» de 50 points de base à 8,1%, démontrant la capacité de l’UIB à générer, grâce à sa rentabilité et à la bonne maîtrise de ses risques, les fonds propres nécessaires pour poursuivre et accélérer encore son développement au service de ses clients et de l’économie.

Quel est le degré de dépendance de l’UIB vis-à-vis de la BCT en matière de refinancement et d’injection de liquidités ?

Avec notre base large de dépôts de la clientèle, qui affiche une des meilleures croissances du secteur, et notre accès dans de bonnes conditions aux marchés des capitaux (interbancaire, obligataire et bailleurs de fonds internationaux), notre recours au refinancement de la BCT est remarquablement limité. En moyenne annuelle, il ne dépasse pas 1% de la taille de notre bilan ou encore 0,5% du volume global d’intervention de la BCT.

Quelle est la position de la banque en matière de financement de l’économie et dans quelles niches en particulier ?

A l’UIB, nous mettons le financement de l’économie et l’accompagnement des besoins de nos clients au cœur de notre mission. Avec un accroissement annuel de plus de 800 MDT, nous nous positionnons en 2017 comme la 2ème banque privée, par le volume additionnel de financement de l’économie. Une performance qui témoigne de la bonne dynamique de conquête commerciale et de la confiance renouvelée de nos clients.

Avec notre modèle économique équilibré, couvrant l’ensemble des marchés des particuliers, des professionnels et des entreprises, ces financements sont très diversifiés et nous enregistrons des gains de parts de marché sur tous les segments. Partenaire de longue date des grandes entreprises dynamiques et acteur de premier plan sur le marché des particuliers, l’UIB accorde également une grande attention aux marchés de la PME et des professionnels, sur lesquels nous visons un doublement de nos encours de crédit en 3 ans. Nous organisons d’ailleurs depuis fin 2017 et tout au long de 2018 à destination des professionnels et des PME, en partenariat avec Proparco, une grande série de journées d’information et de formation à travers tout le territoire, pour rapprocher nos services de nos clients, améliorer leur accès aux financements et les conseiller dans leurs stratégies de croissance et d’investissement.

La banque a recommencé à distribuer du dividende après un certain nombre d’années d’absence. Estimez-vous que l’UIB a terminé sa restructuration et sa transformation, ou lui reste-t-il d’autres étapes à faire ?

L’UIB a repris la distribution des dividendes en 2015 au titre de l’exercice 2014 et n’a cessé depuis, de restituer à ses actionnaires une part croissante de sa rentabilité retrouvée. Cela a été le signal que nous avons clairement tourné une page en restructurant et en adaptant notre bilan, notre organisation et notre modèle économique et opérationnel, désormais totalement centrés sur le client. Nous avons mis en place les bases d’une maîtrise rigoureuse des risques et des coûts, un préalable à tout processus de développement durable qui fait, aujourd’hui, partie intégrante de notre culture d’entreprise. La phase de restructuration entamée en 2008 est donc derrière nous et l’UIB a ouvert une nouvelle page de son histoire, une page de conquête et de différentiation matérialisée par les objectifs ambitieux de notre plan stratégique 2017-2020.

Cela étant, nous considérons que dans un secteur bancaire en pleine mutation, la transformation et l’adaptation sont un exercice permanent et qu’il faut sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier pour continuer à anticiper, de manière agile et efficiente, les évolutions majeures de notre environnement, qu’elles soient technologiques, réglementaires, sociétales ou environnementales, et répondre aux nouvelles attentes de nos différentes parties prenantes.

Vous venez de prendre les rênes de la Banque. Quelle sera votre feuille de route ?

Elle s’inscrit pleinement dans la continuité de cette stratégie de conquête et de différentiation que nous avons lancée début 2017 et que nous menons en tandem avec M. Kamel Néji, notre Président du Conseil d’administration. Cette stratégie s’articule autour de 4 axes :

  • Etre une banque relationnelle de référence en Tunisie, reconnue pour son expertise et l’engagement de ses collaborateurs, faisant bénéficier ses clients et l’économie de l’envergure internationale et des innovations du Groupe Société Générale ;
  • Poursuivre l’adaptation de notre business model et l’élargissement de nos offres avec une stratégie de conquête sur les marchés de l’Entreprise et de la clientèle Haut de Gamme, tout en renforçant notre leadership sur le marché des Particuliers avec une part de marché de 15% ;
  • Optimiser en permanence notre modèle opérationnel en termes de qualité, d’efficacité, de maîtrise des risques, de conformité et d’innovations à la faveur de l’engagement de nos collaborateurs et des opportunités offertes par les mutations technologiques ;
  • Poursuivre le développement de notre capital humain en cultivant nos talents et en affirmant l’exemplarité de nos valeurs managériales et diffuser encore davantage notre culture banque responsable, chaleureuse et ouverte sur son environnement.

Cette feuille de route devrait nous permettre de continuer sur les prochaines années à faire croître nos revenus à un rythme soutenu, supérieur à 11% par an, à abaisser notre coefficient d’exploitation en dessous de 45%, à maintenir un niveau de ROE (Return On Equity) supérieur à 20% et à pérenniser la tendance haussière du dividende versé à nos actionnaires. Surtout, elle vise à nous permettre de poursuivre notre ascension dans le palmarès des banques tunisiennes, d’être la banque préférée sur nos marchés et de continuer à inspirer fierté et sens de l’engagement à nos collaborateurs.

La BCT vient récemment d’augmenter son taux directeur, impactant ainsi le coût du crédit en général. Pensez-vous que cela pourrait impacter l’activité bancaire en général et ses résultats et ceux de l’UIB en particulier ?

Les mesures de resserrement de la politique monétaire prises par la BCT fin décembre 2017 (élargissement du corridor de part et d’autre du taux directeur à 100 points de base) puis début mars 2018 (hausse du taux directeur de 75 points de base à 5,75%), sont destinées à juguler l’accélération de l’inflation enregistrée depuis plusieurs mois. Une mission qui est au cœur du mandat de la Banque Centrale. Elles auront pour conséquence de ramener les taux d’intérêts réels, qui étaient négatifs, à des niveaux plus en adéquation avec la phase du cycle économique dans laquelle nous nous trouvons.

Traditionnellement, la hausse des taux est plutôt favorable aux résultats des banques. L’impact sur l’activité bancaire dépendra toutefois, en grande partie, de la dynamique qu’insuffleront ces décisions en matière de collecte des dépôts. Car, il ne faut pas oublier que la hausse des taux s’est accompagnée d’une hausse de la rémunération de l’épargne. Si ce mouvement souhaitable – surtout s’il est soutenu par les mesures favorisant le « Decashing » de l’économie – s’opère, il aura pour conséquence une amélioration de la liquidité bancaire, une réduction de l’intervention de la Banque Centrale et, in fine, une plus grande focalisation des banques sur leur rôle d’intermédiation au bénéfice du financement de l’économie.

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La cession de 49% du capital de la Tunisian Foreign Bank (TFBank), la seule banque tunisienne de droit français, n’a pas pu être concrétisée. C’est ce qu’ont confirmé à Africanmanager des sources sûres proches du dossier.

Il semblerait que le premier appel d’offre lancé en novembre 2017 n’aurait attiré que deux offres. La 1ère est celle d’un investisseur chinois et qui a été disqualifié car n’ayant pas versé la garantie nécessaire exigible dans la procédure.

La seconde offre aurait été faite par la société «Asel Télécom» de l’homme d’affaire Anis Bouajina, qui est par ailleurs partenaire de «Laycamobile» à l’international. Avec Bouajina dans cette offre, il avait aussi deux autres partenaires tunisiens. Il s’agit d’abord de la société CERI (Compagnie Eurafricaine de Réalisations Industrielle) du groupe Ben Nasr dont le fondateur est Abdelaziz Ben Nasr. Il y a ensuite Madame Sonia El Khéchine qui, selon nos informations, n’aurait aucun lien avec la société concessionnaire automobile de la famille du même nom. Le groupe Poulina avait auparavant démenti toute intention de racheter la TFBank, comme il est rapporté par des sites étrangers.

Selon nos sources, l’appel d’offre a été fait dans la transparence la plus complète et dans le respect des instructions initiales de la Carep de ne céder que 49%.

Rappelons aussi qu’une fois le processus de l’appel d’offre finalisé, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), qui est l’autorité de régulation bancaire en France, aura son mot à dire sur les critères d’éligibilité pour le rachat de la banque.

Force est ainsi de se demander quel est l’avenir d’une banque qui perd chaque année plus d’argent et qui pourrait perdre une opportunité de sauver sa peau, et celle des finances de l’Etat tunisien, en s’obstinant dans son option pour un partenaire étranger difficile à trouver au lieu d’un partenaire qui pourrait apporter les capacités financières qui pourraient permettre à la banque de changer de modèle de développement économique.

En effet, selon son rapport financier pour l’exercice 2015 (sur son site Internet on n’a pas trouvé mieux), le résultat d’exploitation était déficitaire de 12,473 M€ et le résultat net était déficitaire de 12,797 M€, malgré un PNB en progression de 4,5 %.

Les autorités tunisiennes, qui espéraient un partenaire stratégique étranger pour la TFBank, pourraient aussi, selon nos sources, être amenées à revoir le pourcentage de capital offert à la vente, pour essayer de rendre cette vente plus attractive. Pour l’instant aucune annonce officielle.

En tout état de cause, le TFBank reste sous le contrôle de l’ACPR. Tout retard dans le choix d’un futur partenaire stratégique pourrait face à la situation financière de la banque l’amener à retirer l’agrément de la banque à la Tunisie. Il reste à espérer enfin que le cas TFBank ne devienne pas un cas BFT !

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Elle, c’est une organisation syndicale dont les adhérents ne dépassent pas les 500 mille dans le secteur public et qui ambitionne 15 % des employés du secteur privé. Ses revenus dépassaient, en 2016, la somme de 14,6 MDT, avec une dette de 22,4 MDT ou presque deux fois ses revenus. C’est donc, elle aussi, une organisation endettée.

Elle est financée par des prélèvements sur salaires, opérés par le gouvernement qui les lui reverse, et à hauteur de 17 % via un fonds extrabudgétaire financé par le patronat, qui est son rival, et qui n’a jamais cherché à abroger cette loi bourguibienne de 1975.

C’est enfin une organisation syndicale unique dans le monde, car c’est la seule qui dirige tout un pays, nomme et licencie et s’oppose à toute tentative d’un redressement de l’économie dont elle tire pourtant sa subsistance à travers les adhésions des employés.

Promue parmi un quatuor «Prix Nobel de la paix», elle mène depuis le dernier changement à sa tête, une guerre sans merci contre le gouvernement d’union nationale qui avait été adoubé, à maintes fois lors d’au moins trois passages à l’ARP, par les députés de la Nation. Une guerre de la terre brûlée, comme lors du dernier discours de son SG à Bizerte en mars 2018, où il se lâchait contre presque tout le monde, y compris les députés.

  • Ne privatisez pas, car moi j’ai vendu l’Amilcar et l’AMI assurance

Dans cette guerre que Noureddine Taboubi qualifie de sociale, son cheval de bataille est l’entreprise publique. Un ensemble de 102 entreprises, dont le cumul des pertes dépassait le 1/6ème (6,5 milliards DT) de tout le budget de l’Etat (32 milliards DT) et où la masse salariale ne laissait pratiquement rien au bénéfice. Pire, les pertes de ces entreprises publiques sont chaque année couvertes par des subventions de chez le contribuable dont Feu Farhat Hached disait «Peuple je vous aime» !

L’UGTT, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, clame à cor et à cri qu’elle est contre la privatisation de ces entreprises publiques. L’organisation syndicale qui refuse toute concurrence de la part des syndicats en place comme l’UTT ou la CGT avec le soutien anti-démocratique et anticonstitutionnel (article 35 de la Constitution) du gouvernement, a pourtant vendu aux privés ses bijoux de famille. L’UGTT a privatisé ses propres biens et ne les a même pas restructurés pour en garder les emplois. C’était d’abord le cas d’un des fleurons du tourisme, l’hôtel Amilcar, dont les conditions de vente font partie d’une vaste enquête judiciaire. C’est ensuite son entreprise d’assurance AMI (Ancien Ittihad), où elle n’est désormais présente qu’à travers une petite portion du capital de 9,5 %. L’UGTT dit aussi croire en la jeunesse et appelle le gouvernement à en faire autant. Elle a pourtant placé un ancien SG à la retraite, Abdessalem Jrad. Elle devançait ce ministre qui placera un retraité à la tête de deux confisquées.

Le refus par l’UGTT de toute idée de cession ou même de restructuration des entreprises publiques dans sa guerre contre le gouvernement d’union nationale, va désormais jusqu’à vouloir interdire la vente, même les entreprises confisquées.

Le cas, croyons-nous savoir, aurait été évoqué par un de ses SG adjoints pour la banque Zitouna. Certains PDG d’entreprises confisquées à vendre se rangeraient même aux côtés des syndicats de leurs sociétés qui refusent la vente des confisquées.

  • Recrutez encore plus, car moi je serre la ceinture

L’UGTT tanne, toujours plus chaque année, le gouvernement, pour recruter toujours plus de fonctionnaires. Ce n’est pourtant pas elle qui pourrait donner l’exemple, même avec un budget de plus de 14 MDT.

«La direction administrative et financière a veillé, depuis le congrès de Tabarka 2011, à geler les recrutements et à bien gérer les situations de retraite, conventionnelle ou anticipée, et ce dans le but de maîtriser le coût élevé des agents et employés de l’Union», pouvait-on lire à la page 23 du document de son rapport financier pour les exercices de 2012 à 2016.

L’UGTT diminue même les effectifs de ses employés. En 5 ans, le nombre d’agents et employés a ainsi baissé de 73 personnes, à raison de 14 personnes par an. Et alors qu’elle se fiche de l’augmentation de la masse salariale de la fonction publique, entre 2012 et 2016, la masse salariale des agents et employés de l’UGTT n’a pas trop bougé. Elle est ainsi passée de 5,122 MDT en 2012, à 5.476 mille DT quatre années plus tard.

  • Je suis d’accord sur la privatisation, mais je suis contre !

La restructuration financière des EP (Entreprises Publiques) ne se fait pourtant pas ex nihilo. Elle fait partie d’un document officiel préparé par et avec toutes les parties concernées. «Ce livre blanc est le fruit d’un travail concerté et engagé depuis deux ans suite à une consultation générale avec les experts, partis politiques et parties prenantes, à savoir, l’UGTT [Ndlr : La seule à disposer du droit de représentativité parmi les quatre syndicats ouvriers de la place], l’UTICA [Ndlr : le patronat officiel], la Connect [patronat non reconnu de manière officielle], l’UTAP [Ndlr : Représentant les agriculteurs], notamment », pouvait-on lire en préface dudit livre blanc. «Ce dernier retrace les quatre axes stratégiques de la réforme des entreprises publiques qui sont la refonte du système de gouvernance globale des entreprises publiques, la réforme du système de gouvernance interne des entreprises publiques, la promotion du dialogue social, de la responsabilité sociétale et de la gestion des ressources humaines et la restructuration financière des entreprises publiques», dit encore le document, fait avec l’aide de l’UGTT.

«Il consacre aussi le principe général d’avoir des entreprises publiques compétitives et pérennes avec une situation financière saine qui préserve l’intérêt de l’Etat, l’entreprise et des employés. La démarche se base sur une approche du cas par cas avec une priorité pour les entreprises en difficulté dans un cadre consultatif avec les partenaires économiques et sociaux». Mieux encore, ce livre blanc qui a été fait avec le syndicat ouvrier, parle bien de privatisation (terme utilisé 5 fois dans le livre blanc) comme l’un des moyens de restructuration des EP (Pages, 13,18, 34 et 54 dudit livre blanc, qui n’est pas qu’en langue française, au cas où les «UGTTistes» ne comprendraient pas la langue de Molière !).

Le syndicat ouvriers et ses dirigeants se rueraient-ils dans le brancard et renieraient-ils la parole donnée et leur accord ? Serait-ce aussi juste un des outils de la guerre UGTT-GUN ? Ou est-ce aussi simple et bête qu’un «حلال علينا حرام عليكم» qui se traduirait par un «faites ce que je dis, pas ce que je fais », comme dirait un arabophone comme Taboubi.

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L’Africa Investment Index 2018 vient d’être rendu public par «Quantum Global ». En présentation, le Managing Director Mthuli Ncube écrivait que «les investisseurs sont à la recherche des marchés les plus prometteurs pour y investir en soupesant les opportunités changeantes et les risques qui pèsent sur les pays. La décision finale d’investir est traditionnellement fondée sur l’analyse d’un complexe éventail de facteurs individuels mesurant les différents aspects des affaires, allant des conditions dans lesquelles l’investisseur se sentirait à l’aise dans un pays étranger, à la perspective macroéconomique globale. En d’autres termes, l’investisseur est attentif à un ensemble de maints indicateurs séparés le fondant à décider d’investir ou non dans un marché. Cependant, ce processus est à la fois coûteux et long».

La Tunisie est classée 24ème, même classement qu’en 2017, dans le «Africa Investment Index 2018», loin derrière le Maroc qui se classe 1er Africain et l’Algérie 3ème. Dans ce classement, l’Indice se base sur 13 indicateurs répartis en six grands facteurs clefs. Il y a le facteur de croissance (du PIB réel, investissement domestique, croissance économique), le facteur de liquidité (le taux d’intérêt réel, niveau de la masse monétaire), le facteur des risques (risque de change, note souveraine, taux de couverture des importations, niveau de la dette extérieure, situation de la balance courante). Mais aussi le facteur de l’environnement des affaires (rang dans le classement Doing Business), le facteur démographique (population totale) et le facteur de l’utilisation des réseaux sociaux (taux de pénétration de l’usage des réseaux sociaux).

Et si le Tunisien est un adorateur des réseaux sociaux, le reste des ratios de son économie réelle, restent détérioré depuis 2011. Avec une économie à 50 % parallèle, un PIB dont la croissance peine à atteindre les 2 %, une masse monétaire qui explose, un taux d’intérêt qui s’envolerait presque, dans une tentative de la BCT de juguler l’économie parallèle et de maitriser la consommation et l’importation de ce qui n’est pas essentiel pour l’économie. Mais aussi un DT qui glisse dangereusement devant les anticipations des propres opérateurs économiques tunisiens, qui l’empêchent de se stabiliser et déstabilisent par là même l’investissement direct étranger, une note souveraine qui n’arrête pas d’être dégradée rendant difficile l’accès aux marchés financiers internationaux à des coûts raisonnables, une dette extérieure qui représente plus de 70 % du PIB, une masse salariale qui bouffe le reste de ce PIB et des importations qui explosent avec une productivité qui diminue.

Force est de constater que ce sont tous ces facteurs qui ont fait que la Tunisie n’améliore pas son score, pour devenir attractive aux IDE. Des IDE qui pourraient booster ses exportations, équilibrer son commerce extérieur, créer plus d’opportunités d’emplois aux jeunes diplômés et des opportunités de partenariat pour les entreprises locales.

Force est tout autant d’affirmer que les classements de la Tunisie, dans ces livres de chevet de tout investisseur étranger, comme «l’Africa Investment Index», le «Forum de Davos» ou encore le «Doing Business», ne s’améliorera guère, tant que les fondamentaux économiques seront mauvais. Il n’y a, pour cela, qu’à regarder des indicateurs comme l’inflation, le déficit public et compte courant, d’où la nécessité des grandes réformes structurelles. N’eût été le sentiment patriotique qui anime chaque Tunisien, on pourrait presque se demander qui est le fou qui va mettre un centime dans un pays qui fait 10% de déficit courant et 6.2% de déficit budgétaire ?

Les réformes, pourtant entamées par le second gouvernement de la 2ème République, dans une conjoncture politique et surtout sociale où l’UGTT dont «The Economist disait qu’elle empêche la Tunisie d’avancer» tarde à jouer son vrai rôle de partenaire économique, en plus et avant le social. Une centrale syndicale qui est le principal contestataire du package de réformes, présenté par le GUN. Sans vouloir le savoir, elle se mettrait presque le doigt dans l’œil !

A méditer enfin cette conclusion de la dernière revue économique du FMI : «Le soutien continu de la communauté des donateurs pour les efforts de réforme de la Tunisie seront critiques dans le futur».

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On avait donné, dans notre édition du 23 mars 2018, un aperçu des plus grosses pertes et des plus grands cumuls de pertes des plus importantes entreprises publiques (EP). Il va de soi que beaucoup d’entre elles sont non-privatisables, dans la mesure où elles rendent un service public, comme la Steg ou la Sonede et même La Poste, qui plus est compensé par l’Etat. Impropres à la cession au secteur privé aussi, parce qu’elles représentent un régulateur de certains secteurs, comme les Offices des céréales et de l’huile où l’achat se fait pour réguler les prix. Et d’ailleurs, qui penserait à racheter de tels offices, et qu’en ferait-il ? Il n’a aussi, selon nos informations, été question de privatiser ou même d’ouvrir le capital d’entreprises comme la Steg ou la Sonede, ces deux entreprises étant les bras de l’Etat en matière d’infrastructure, pour l’énergie et l’eau.

  • Qui veut noyer son chien l’accuse d’avoir la rage

Le portefeuille d’entreprises publiques ne comporte cependant pas que ces entreprises ou ces Offices. Il comprend aussi moult autres EP, créées dans les années 60 et 70, lorsque l’Etat était le seul investisseur et le seul employeur. Des EP qui ont été oubliées par toutes les politiques de mise à niveau ou de réformes et dont les coûts sociaux dépassent les revenus et dans les secteurs desquels d’autres privés ont excellé.

Tourner donc le débat au tour de la question du sort de certaines EP, autour de telles entreprises pour mobiliser les travailleurs contre le gouvernement et ses projets de réformes structurelles, est un faux débat et une simple manœuvre de perversion politique, dans la guerre qu’entame l’UGTT contre le gouvernement, pour le changer. Non qu’elle ne s’entend pas avec lui, mais parce qu’il lui tient tête sur d’autres questions, relatives à de simples revendications matérielles.

Cumul des pertes des entreprises publiques entre 2015 et 2016 (MDT)
Entreprise publique / Année20152016Evolution salaires %
OCT (Office du commerce)-215,8-242,748,9
CTN (Société tunisienne de navigation)-65,6-55,368,1
SONEDE (Société de distribution de l’eau)-189,3-186,534,4
OACA (Office des aéroports)-7,7-30,167,8
Office de la Poste-41,2-71,072,9
RNTA (Société de production et de vente de tabac)-157,6-186,3100,7
Société Tabac Kairouan-97,0-105,270,8
ONH (Office de l’huile)-317,4-325,07,6
Ciment Oum El Kélil-4,7-24,984,8
Ciments de Bizerte (Société en bourse)-12,5-21,117,0
Somatra (Société de travaux publics)-135,7-139,9-11,6
Tunisie Autoroutes-37,4-36,9
Siphat (Fabrication de médicaments)-7,0-9,922,9
Allouhoum (Société de commerce de viandes)-25,4-27,324,6
Snipe (Société éditrice du quotidien La Presse)-6,4-8,816,6
BTS (Banque. Capital constitué par des donations, sous pressions)-1,6-16,574,5
Stsucre (Crée en 1961. Produit du sucre)-41,7-43,158,8
Sprols (Société de promotion immobilière)-7,5-7,51,7
SDD Djebel Djerissa-1,4-0,387,4
Société des Loisirs touristiques-1,6-1,7
AFT (Agence Foncière Touristique.)-12,5-13,2
Tap (Tunis-Afrique Presse)-1,5-1,716,4
Sotrafer-9,3-9,363,0
Office Télédiffusion-75,1-80,258,6
APIP (Ports et installations de Pêche)-15,1-15,758,8
AMSE (Agence Municipale qui gère les dépôts d’ordures)-4,7-3,8
Sonaprov (Protection des plantes)-2,4-2,4
SPG (Développement du Golf)-1,8-1,723,5
STIR (Raffinage de pétrole)-0,6-0,6
Total du cumul des pertes de 28 EP-1.497,5-1.668,6

En dehors de ces secteurs, stratégiques pour un consommateur tunisien qui vit sous perfusion de l’Etat par le biais des subventions, il est impensable que dans le pays de la liberté de la presse, l’Etat possède encore deux des plus importants organes de presse.

Curiosité, ces deux organes revendiquent fort leur indépendance, seulement de ligne éditoriale, mais pas financière. L’Etat, qui n’est même pas libre d’y nommer, est pourtant obligé chaque année de mettre la main dans la poche du citoyen pour donner les salaires de journalistes qui crient au scandale à la moindre directive de l’Etat unique bailleur de fonds !

  • Les canards boiteux qui ne gagnent rien et ne laissent pas les autres gagner

Mais l’Etat finance aussi la promotion immobilière où il fait concurrence au privé. Ce dernier fait de gros bénéfices, mais pas le Public. L’Etat finance aussi le ciment, dans un secteur où est rude la concurrence. Cette dernière fait de gros bénéfices et l’Etat finance les pertes de ses entreprises Publiques dans le secteur à Bizerte et Tejerouine.

L’Etat fabrique et vend le tabac, au nom d’un monopole du 19ème siècle et le subventionne même au nom des fumeurs. Une entreprise qui pourrait pourtant rapporter plus de 3 Milliard DT au trésor public si elle s’ouvrait sur le privé.

Il est tout aussi impensable que l’Etat intervienne même dans le secteur des travaux publics et fasse concurrence, en comblant les déficits de son entreprise publique dans le secteur. L’Etat tunisien, un des uniques au monde, qui possède même, depuis 1977, une entreprise chargée de la gestion de l’hôtel “Sidi Bou Said” qui est en fait une école d’application hôtelière, et du port de plaisance “Sidi Bou Said”, du palais “Essaada”, ancien palais présidentiel de Bourguiba, devenu siège de la municipalité de la Marsa. Par cette société, l’Etat tunisien gère même quelques buvettes à Carthage et au Bardo, ainsi que quelques plages aménagées qui n’existent plus depuis l’ancien régime et trouve même le moyen d’être déficitaire.

C’est aussi l’Etat propriétaire de la SNCFT, qui est propriétaire de la Sotrafer, entreprise qui fait la maintenance des voies ferrées. Les deux sont déficitaires, comme en donne un parfait exemple son site Internet qui est vide de toute donnée, quelle qu’elle soi. La société du Djebel Djerissa, théoriquement productrice de fer à Tejerouine près du Kef, est depuis quelques années en veilleuse et ne produit plus rien, selon le ministère de l’Energie, des Mines et des Energies renouvelables. Le cumul de ses pertes est pourtant de 87 MDT et ne devrait pas s’arrêter à ce chiffre.

  • Agir en contrats-programmes et enquêtes de satisfaction pour les rémunérations des PDG

Par souci social ou par mauvaise gestion, là où il intervient l’Etat ne génère que des pertes et ces dernières sont comblées par l’argent du contribuable. Autant de cadavres dans les placards de l’Etat et qui coûtent cher au contribuable. Des cadavres, aussi, qui demandent toujours des augmentations salariales. Les taux d’augmentation de la masse salariale des canards boiteux et des cadavres le prouvent.

Pourquoi l’Etat garde-t-il alors tous ces cadavres, économiques et financiers et continuerait-il à couvrir leurs pertes ? Une question à poser au chef de l’UGTT. Et pourquoi donc ce dernier ne voudrait-il pas les céder aux privés ? Il n’y a qu’à regarder l’état des hausses des salaires, en contrepartie de peu de travail et de rentabilité, pour comprendre.

Il faudrait aussi, au moins pour les EP de service public, que l’Etat les confie à de jeunes compétences et qu’il le fasse sur la base de contrats-programmes où le sondage du degré de satisfaction des usagers ou des récipiendaires de ces services publics devient la règle pour garder la place de PDG et un déterminant pour les rémunérations et les privilèges des dirigeants de ces entreprises.

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Vendredi dernier, toute la blogosphère tunisienne s’enflammait contre un député qui proférait des mots à connotation sexuelle, sans équivoque car il ne pouvait en ignorer le sens ni l’architecture dialectale tunisienne à laquelle ils sont généralement rattachés, contre le chef du gouvernement tunisien. Un Youssef Chahed, qui s’était certes distingué par la hauteur de son niveau et de son éducation par rapport à la bassesse de ce qu’il entendait stoïquement, mais qui souriait certainement jaune devant une Assemblée qui n’a pas bronché face à un tel comportement grossier. Un parlement qui se prend pour le nombril du monde et se permet un langage ordurier. Un parlement qui fait vomir, tant le langage utilisé par au moins deux de ses membres, est ordurier avec des deputes qui profitent de leur statut et de l’impunité dont ils bénéficient pour insulter les représentants de tout un État en mettant le grappin sur les mots les plus scabreux et les plus orduriers et qui accusent les représentants de tout un Etat de tout et de rien.

On s’attendait certes que les députés se livrent à leur sport favori de dénigrement du gouvernement de Youssef Chahed, tant on était habitué aux joutes verbales du même genre d’un certain nombre de leur pairs qui n’avaient rien à envier aux pitrerie et clowneries d’un certain Brahim Gassas et qui l’ont de beaucoup dépassé en basses et viles remarques. Mais nul ne s’attendait à ce qu’il débite de tels mots, qui plus est après avoir brandi des sucettes comme un godemichet. A peine passés les mots de ce député qui disait au chef du gouvernement qu’il était incapable de conduire un âne, voici ceux, orduriers d’un autre qui menaçait de lui soulever les jambes !

Une sorte de langage, depuis quelques années, en cours à l’ARP, où l’opposition a toujours choisi de prendre pour cible le gouvernement quel qu’il soit au travers de termes parfois les plus vils, et qui en dit long sur le niveau du discours politique en Tunisie. Un discours plus dénigrant de l’autre que constructeur avec et pour l’autre. Un discours destructeur de l’actuel modèle sociétal, démobilisateur et démoralisant, économiquement nihiliste et socialement propagandiste. Un discours, celui de certains députés, qui s’inscrit volontiers dans la violence verbale et fait pour cela appel, sans vergogne et prenant cela pour du courage, à un langage bordélique et ordurier qui reflète l’image d’un cirque au bardo, avec quelques clowns de la démocratie pour amuser une galerie de faux héros de la politique. C’est cela, depuis 2011, la démocratie à la tunisienne de la révolution du jasmin

Des mots qui suscitent en tout cas la honte d’avoir une telle Assemblée, censée représenter le peuple, mais qui finit par l’en éloigner un peu plus chaque jour. Un sentiment que renforceront, dès le lendemain, les images retransmises en direct d’une Assemblée où des politiciens en viennent aux presqu’aux mains et aux mêmes altercations verbales, dans une indescriptible gabegie et où on entendait même un député, qui se dit terroriste et menace d’exploser l’ARP. Un aveu, qui pourrait bien lui valoir une interdiction de visa chez les ambassades occidentales !

«Encore une fois, Youssef Chahed et les membres de son gouvernement sont obligés de déserter leurs lieux de travail pour écouter, toute une journée durant, des “députés” dont l’impertinence le dispute à la suffisance et la médiocrité… Il est vrai que «Time Is Money» est une expression anglaise», commentait sobrement un internaute sur les réseaux sociaux. «A l’instant, et après avoir entendu l’intervention d’un député Miskin, je ne peux pas penser à un politicien, élu ou nommé, ou syndicaliste, que je recommanderais aux jeunes Tunisiens comme un modèle à suivre. Ils n’ont ni valeurs ni morale», commente, désemparé, un autre.

 

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Un des débats, actuellement en cours en Tunisie, est celui de l’état des entreprises publiques. Entre le chef du gouvernement que les bailleurs de fonds de la Tunisie tannent pour les restructurer et y mettre de l’ordre, et l’UGTT qui considère ces vaches à lait comme une ligne rouge et interdit qu’on y touche, sauf pour y injecter plus d’argent, 102 entreprises publiques restent plombées par les 6.500 MDT de pertes et dettes.

  • 9 cadavres économiques d’un coût de 1,079 milliard DT

Entre autres entreprises, les 9 entreprises, nationale et régionales de transport terrestre, sont celles qui mériteraient l’attention du ministre du Transport qui devrait se pencher mieux sur l’état, financier surtout de ces canards boiteux et ces gouffres d’argent public, sans presque aucune contrepartie en termes de qualité de service. Des entreprises, dont le cumul des pertes à la fin 2016, dépassait déjà les 1.000 MDT, et cela ne devrait pas s’arrêter. Des entreprises surchargées d’employés et qui traînent un parc vieillissant à vitesse grand V, car roulant sur une infrastructure routière faite de nids de poule, pour ne pas dire d’éléphants, qui ne sont jamais à l’heure, des entreprises dévalisées par les clients et grandes consommatrices de carburants et de pièces de rechange.

La plus importante de ces entreprises publiques de transport est la Transtu. Une entreprise qui employait 7.644 personnes à fin juin 2017. Une véritable armée de généraux, avec un taux d’encadrement de 64 % et seulement 36 % d’agents techniques. Une situation, essentiellement due à l’activation des accords conclus avec les syndicats qui donnent un droit aux promotions, de manière automatique et sans tenir compte des critères de compétence ou de productivité.

Une entreprise aussi, qui gère 1.070 bus dont la moitié dépasse l’âge de 10 ans, 300 autres bus d’occasion avec une moyenne de 18 ans d’âge et 72 % de moyenne de disponibilité. A cela s’ajoutent 134 voiture de métro de l’allemand Siemens dont l’âge balance entre 29 et 32 ans, un taux de disponibilité qui ne dépasse pas les 60 % et 55 Citadis françaises de 8 ans d’âge, ce qui explique son taux de 91 % de disponibilité.

  • Les 6 travaux herculéens pour un improbable redressement

C’est dire, dans tout cela, l’état du parc du transporteur routier national. Un état qui explique la baisse des revenus de la Transtu qui revenaient de 72 MDT en 2010, à seulement 53 MDT en 2016. En revanche, les charges d’exploitation passaient de 288 MDT en 2010, à 335 MDT cinq années plus tard. Derrière cette décélération, le nombre de ses employés qui est passé de 177 à 218, une hausse de 86 % par la grâce de la révolution. De pair avec cette hausse, une baisse vertigineuse de 26 % dans les résultats d’exploitation du transporteur national et des pertes qui doublaient presque, passant de -80 MDT à -149 MDT. Une baisse qui s’explique surtout par la stratosphérique hausse des charges du personnel de 86 % durant la même période. Pour la malheureuse anecdote, la Transtu est une entreprise déficitaire et qui traîne un énorme cumul de pertes de presqu’un milliard DT (914,8 MDT), la moyenne de la rémunération annuelle est égale à 18 salaires par an. A tout cela, s’ajoutent 757 MDT de dettes, dont 617 au profit de l’Etat et 140 MDT au profit des privés.

Qui osera, qui pourra arrêter cet énorme gâchis de deniers publics ? Qui osera remettre en cause, au moins et pour un temps, les privilèges sociaux que ni le rendement, ni la rentabilité et encore moins les grosses pertes n’expliquent. Personne. L’UGTT y veille.

Et quand bien même cela se ferait, il faudrait que l’Etat rembourse les 80 MDT de frais de transport, par la Transtu, de ses agents, et transforme ses 55 MDT de court en long terme. L’Etat devra aussi prendre à sa charge, au titre du budget, en fait, ses 133 MDT de dettes auprès des caisses sociales et de la Steg, lui faire abattement des 350 MDT de dettes fiscales, augmenter les tarifs de transport et mettre en place un plan social, si l’UGTT y consent et c’est très difficile, de 700 employés au moins ! Autant dire que ce sera impossible ou au moins des travaux herculéens et ce genre de personnage n’existe plus !

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Tout le monde est assis sur les privilèges et personne ne voudrait que les choses changent. Les fameuses «lignes rouges» du Président Noureddine Taboubi font barrage à toute tentative du gouvernement de changer le cours des choses.

Des entreprises qui exercent dans des secteurs concurrentiels et qui restent entre les mains de l’Etat. Des entreprises publiques aussi qui réalisent un bon chiffre d’affaires, avec une valeur ajoutée de plus de 6,5 Milliards DT, mais un résultat d’exploitation qui devient négatif, un résultat net qui devient une perte sèche de plus d’un Milliard DT, à cause notamment d’une masse salariale hypertrophiée qui avoisinait les 4 Milliards DT à la fin de 2015.

Pour le Benchmark, en 2016, le budget de l’Etat était fixé à 29,250 Milliards DT. Les pertes cumulées des EP (Entreprises publiques) représenteraient presque le 1/5ème de tout le budget. La masse salariale se situait, dans le budget, à 13 Milliards DT. A fin 2016, la masse salariale des seules EP était de 3.999,7 MDT, ce qui représenterait le ¼ de la masse salariale nationale. Résultat : l’Etat supportait, en 2015 déjà, presque 2,8 Milliards DT en primes d’exploitation, pour que les EP puissent payer les salaires. Des primes payées de la poche du citoyen.

Des pertes, disons-le, qui sont le cumul d’années de laxisme par rapport à des réformes qui deviennent désormais vitales mais aussi plus coûteuses, tant financièrement que socialement. Des pertes, dues aussi à des dizaines d’années de mauvaise gestion et surtout à 4 années de mauvaise politique salariale et d’emploi. Des années où des augmentations salariales ont été accordées et parfois même auto-accordées comme celle de l’ancien ministre Nahdhaoui de l’enseignement supérieure, sans commune mesure avec les moyens et les ressources et avec des procédés peu orthodoxes comme le crédit cotisation CNSS pour les employés de cette caisse ou en crédits impôt, comme pour le cas des fonctionnaires de l’Etat par les deux derniers gouvernements de Habib Essid et de Youssef Chahed. Deux chefs de gouvernement qui ont hyper-gonflé les rangs de la fonction publique et accordé des milliers d’emplois fictifs. Cela, sans parler des privilèges donnés à certaines EP et qui sont dignes des banques les plus bénéficiaires, comme à la Steg, la Sonede ou encore la Transtu. Des pratiques, en théorie, dignes des dossiers de l’Instance de lutte contre la corruption et le «Fassed».

  • Toutes ne sont pas perdantes

Toutes les EP, disons-le, ne sont pas déficitaires. Celles qui perdent de l’argent sont ce qu’on pourrait appeler les EP travaillant dans des secteurs stratégiques ou qui rendent des services qu’il est pratiquement impossible de confier au secteur privé. Des entreprises comme la Steg (électricité et gaz) ou la Transtu (transports terrestres), ou encore les caisses sociales et les deux entreprises du secteur du phosphate.

Dans cette liste, qui n’est que partie de la longue liste des 102 EP, on remarquera que l’année 2015 est une année fatale. Nombre d’entre elles enregistraient jusque-là des bénéfices. Les augmentations de 2015 briseront le dos (financier) de certaines d’entre elles. La situation des caisses est plus compliquée, mais sera aussi aggravée à partir de 2015.

  • De très grosses pertes, mais de très gros salaires aussi

Entre 2010 et 2016, les pertes cumulées sont énormes et dépassent les 6,5 Milliards DT. Le plus cumul est détenu par la Transtu, une entreprise travaillant dans un secteur concurrentiel, même si elle joue un rôle social indéniable où toute la concurrence n’est pas déficitaire.

Le lien entre pertes et masse salariale est tangible. Presque toutes les EP déficitaires comptent parmi les masses salariales les plus grosses en Tunisie. L’explication de ces grosses masses de salaires pourrait être dans le nombre d’employés. Elle est surtout dans le taux de changement de cette masse qui a presque doublé en cinq années de… révolution

A cette importante masse salariale, les EP n’ont pas su donner la réponse en productivité, en revenus et en bénéfices croissants. De grosses pertes que le contribuable paiera de sa poche. En face le groupe de pression syndical qui se tue à la défense des lignes rouges de leurs privilèges.

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On aurait pu paraphraser la fameuse phrase d’Ali Larayedh, lorsqu’il disait attendre les terroristes à l’avant et qu’ils avaient surgi par l’arrière, pour décrire ce qui s’est passé ce matin à l’ARP, mais cela aurait pu être mal interprété.

C’est devant 154 députés que le chef du gouvernement tunisien passait, ce vendredi 23 mars 2018, son 3ème Oral à l’ARP. Une audience que Youssef Chahed commence par un discours offensif. D’un pas sautillant et rapide, il escalade le podium, signe d’une nouvelle attitude, énergique, mais aussi sereine, qui se confirmera par la suite.

  • La surprenante attitude, défensive par l’attaque

Un discours qu’il commence par un verset de Coran, par lequel il voulait certainement répondre à ceux, comme l’UGTT et une partie de l’opposition, qui affirment son échec. «Lorsque Dieu vous accorde la réussite, vous ne serez jamais vaincu», disait-il avec fierté.

Et de suite, il évoque sans le dire le sujet qui fâche, celui des demandes de son départ, en le mettant dans un cadre politique, par un lien direct avec les prochaines élections municipale du 6 mai 2018. Et il commence son discours par une question : «Qui ne veut pas que les municipales n’aient pas lieu et qui fait qu’elles ne le soient pas» interpelait-il ainsi indirectement les députés représentant les partis politiques. Et de répondre, assuré mais sans détails comme toujours, que «Et moi, j’ai une partie de la réponse», mais en précisant que «certaines parties tablent sur l’échec du gouvernement, pour annuler les élections municipales», car elles sont sûres qu’elles n’en tireront pas les bénéfices attendus, pour dire qu’elles n’y réussiront pas.

En procédant ainsi, Youssef Chahed adoptait une défense offensive devant ceux qu’ils savaient venir pour le descendre, lui et son bilan, en flammes, et mettant les députés, et par là toute la place politique, devant le choix entre l’instabilité politique que génèrera son départ, rien que par le fait du temps que devront durer les discussions et les négociations pour le choix d’un remplaçant, et la stabilité qui permettra un déroulement normal des prochaines municipales.

Plus tard dans le discours, le chef du gouvernement tunisien lance une pique aux politiciens de l’ARP qui équivaut autopromotion de sa personne. «La différence entre un homme politique et un homme d’Etat, c’est que le premier se soucie des élections et le second se soucie des générations futures», leur lance-t-il avec un sourire qui provoque un petit tumulte dans la salle. Content de son effet, il appuie sa citation par un «N’est-ce pas» !

A ceux qui critiquent son bilan, Youssef Chahed commence par rappeler la conjoncture sécuritaire où il avait pris le pouvoir, citant les différentes opérations terroristes, comme pour en signaler l’absence au cours de son ministère pour mettre en exergue la plus belle réussite sur le plan de la sécurité et pour interpeller, toujours plus offensif, les députés sur le paradoxe qui est le leur. «D’un côté vous louez les réussites dans la lutte contre le terrorisme, et de l’autre vous parlez de notre échec. Au GUN, nous sommes fiers de notre réussite», les tance-t-il, presque avec défiance, dans le silence de l’hémicycle.

  • «Je n’accepterais pas d’être un faux témoin»

Après quoi, Chahed se lance dans un rappel des différentes mesures, prises par son gouvernement, pour redresser la situation économique, dans les domaines de l’exportation, de l’agriculture, de l’investissement, de l’artisanat, la simplification des procédures administratives, etc., et dont il dira qu’elles «commencent à donner leurs fruits », prenant à témoins «la hausse du PIB, la baisse du chômage, la croissance de l’export, les 8 millions de touristes attendus en 2018 avec un taux de Booking de 100 %». Et de finir par un «la machine redémarre et recommence à tourner», comme pour demander aux députés «où est donc le problème ?».

Pour Chahed, le problème reste dans l’état des finances publiques où la difficulté est structurelle. Et la réponse à ce problème, ce sont les réformes structurelles, comme celle des caisses sociales, des entreprises publiques et des dépenses. Il annonce, à l’occasion, avoir déjà déposé un projet de loi pour la réforme de la CNRPS et un projet de décret pour la CNSS.

Toujours sur sa lancée offensive, il tance encore l’ARP (Assemblée des Représentants du Peuple), en leur rappelant que «au diagnostic, tout le monde est d’accord. Et lorsqu’on voudrait passer à l’action, c’est un allez voir les autres». Et de leur rappeler que «c’est désormais l’impasse et le coût de la non réforme sera plus important que celui de la réforme et il est urgent de prendre une décision, car l’avenir de la Tunisie est plus important que les calculs politiques».

Youssef Chahed ira même plus loin, en poussant un petit coup de gueule qui voudrait dire, presqu’une menace qui ne dit pas son nom : «Je n’accepterais pas d’être un faux témoin [Ndlr : Témoin est la traduction littéral de son nom].

Il termine son discours par répondre, notamment à l’UGGT, qui l’accuse d’emprunter la voie d’un libéralisme sauvage lorsqu’il s’agit des entreprises publiques et leur improbable privatisation, en martelant : «je ne suis pas un libéral». Et pendant plusieurs minutes, il égrènera les mesures et décisions à caractère social, dans ce qu’il dit être «la philosophie et la vision» de son gouvernement. On n’oubliera pas de signaler que Youssef Chahed a évoqué la crise entre le syndicat de l’enseignement et son ministre de l’Education nationale, et de le soutenir en assurant : «nous avons demandé au ministre de prendre les mesures nécessaires», en parlant de la décision de Hatem Ben Salem de retenir les salaires en réponse à la rétention des notes trimestrielles par les enseignants.

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A 62 ans, le ministre est loin d’être un sinistre et encore moins un inconnu pour le ministère de Bab Bnet où il avait déjà officié pendant 3 années. De nouveau à la tête du département de l’Education nationale depuis septembre 2017, Hatem Ben Salem est en effet, pour ne pas faire plus long, Docteur d’État en droit de la faculté de Droit et des sciences politiques et économiques de Paris. Il est aussi agrégé en droit public de la faculté de Droit et des sciences politiques et économiques de Tunis.

Force est de reconnaitre que «le Mec en a sérieusement dans la caboche». Et pourtant le 6ème ministre de l’Education ne semble pas encore plaire à ces Messieurs de l’enseignement, secondaire notamment. Dans un Post de Fakhri Smiti sur les réseaux sociaux, le second de Lassaad Yaacoubi disait que «il sait qu’il ne restera pas à la tête du ministère, dès le prochain remaniement».

  • L’ombre de Jalloul le gladiateur plane sur Bab Bnet

Ayant muté avec le tonitruant Naji Jalloul dont le syndicat a fini par avoir la peau après que son chef de gouvernement l’a lâché, il prenait en fait la suite d’un véritable guerroyeur lorsqu’il sait qu’il est dans son droit et celui de la Nation.

Un Jalloul qui tenait très bien le bras de fer avec le syndicat ouvrier et savait gagner des batailles, dans une guerre où l’enjeu est civilisationnel et générationnel, et même sociétal. Des enjeux d’autant plus importants et déterminants qu’ils interviennent dans une conjoncture marquée par une baisse spectaculaire du niveau de l’enseignement et des enseignés. Un Jalloul qui rendait presque coup pour coup à un syndicat qui avait créé un bouillonnement politico-médiatique, sans précédent, pour pousser le chef du gouvernement, Youssef Chahed, à se débarrasser de celui qui a été le seul à s’attaquer à la manne, pour les Instits, des cours particuliers et a pu entamer, certes dans le tumulte, un projet de réforme qu’il ne terminera pas.

C’est tout cet historique de guerre et de guéguerres entre ministère et syndicats qui fait la toile de fond de la relation du nouveau ministre de l’Education nationale avec son ancien rival, un syndicaliste pourtant qui ne fait plus l’unanimité parmi ses pairs et qui fut un temps l’ennemi public N°1 des parents d’élèves.

  • Ben Salem en prend sur la gueule, jusqu’aux menaces

Manifestement moins guerroyeur que son précédent, nettement moins médiatique et médiatisé que lui, moins frontal aussi dans ses prises de position et ses déclarations, Hatem Ben Salem fait de nouveau face au même Lassaad Yaacoubi et aux mêmes demandes, financières surtout, du syndicat des enseignants.

Des demandes que ses patrons de l’UGTT avaient pourtant signés, depuis 2015, pour ne plus en faire. Comme il a fait fi de la décision de justice de rendre les notes trimestrielles, une action de contestation qui met pourtant en grand danger les inscriptions des élèves tunisiens dans les grandes écoles étrangères, le syndicat des enseignants du secondaire a fait fi de la signature de l’ancien secrétaire général de l’UGTT qui avait même signé un accord pour le retrait des journées de grèves des salaires.

Devant le danger, pour l’avenir des élèves tunisiens, le ministre de l’Enseignement décide d’engager le combat avec les mêmes armes. Les enseignants retenaient les notes des élèves, le ministère retiendra les salaires des enseignants. Ces derniers dégainent de suite d’autres armes, plus vils et plus sales, il faut le dire : Des menaces et des insultes. La dernière est prêtée à un enseignant, qui s’adresse à Hatem Ben Salem avec des mots, que nous avons préféré flouter, qui n’ont rien à voir avec la bienséance d’un enseignant qu’on comparerait à un prophète mais plutôt avec l’impolitesse des personnes grossières. Hatem Ben Salem a reçu le message et publié lui aussi un Post sur les réseaux sociaux où il prend acte des «intimidations et des menaces», préférant insister sur le fait que «l’Etat restera au-dessus de tout le monde et se tuera au combat pour que l’école publique reste le phare».

La comparaison pourrait ne pas avoir lieu d’être entre les deux personnalités différentes des deux ministres, il n’empêche que Hatem Ben Salem est désormais attendu au tournant par le Syndicat des enseignants, et pour la suite de ce bras de fer par des parents d’élèves qui n’ont que le ministère pour défendre leurs droits.

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Avec 77 jours de retard, le ministère tunisien des Finances a publié, le 16 mars 2018, les résultats, quoique provisoires, de l’exécution du budget de l’Etat pour l’année 2017. A sa lecture, force est de constater que le GUN (Gouvernement d’union nationale) a tenu ses prévisions et ne les a pas dépassées, ni dans les recettes, ni dans les dépenses.

Il avait prévu, dans un budget qui avait été fait presqu’à la hâte par un gouvernement qui avait pris les rênes du pays en août 2016, quelque 34,455 Milliards DT de total ressources. Il en fera 34,290 Milliards DT. Ce sont les ressources propres qui auront finalement fait quelque peu défaut, puisqu’il en prévoyait 24,125 Milliards DT, mais n’en fera que 23,891 Milliards DT. Les recettes fiscales étaient pourtant presque conformes aux prévisions de la LF 2017 (21,250 Milliards DT), avec des réalisations de 21,186 Milliards DT seulement. En impôts directs, le GUN tablait sur 8,7 Milliards DT. Il n’en fera que 8,5 Milliards DT. L’impôt sur les revenus a pourtant plus rapporté que prévu et l’impôt sur les salaires a même dépassé de presque 61 MDT les prévisions. Mais c’est l’IS qui rapportera moins que prévu, notamment du côté des entreprises pétrolières. Suivez son regard vers les mouvements sociaux.

Petites défaillances aussi du côté des recettes non fiscales. On prévoyait 2,875 Milliards DT. On n’en récoltera que 2,704 Milliards. Les revenus de commercialisation de carburant ont rapporté un peu moins que prévu (609,5 MDT contre 615 MDT prévus), les revenus des participations publiques devaient rapporter 300 MDT, ils n’en feront que 261,8 MDT ; la confiscation devait rapporter 200 MDT, elle n’en fera que 145 MDT. Au total, c’est un manque à gagner de 170 MDT. Le GUN tiendra, tout de même, ses prévisions pour une pression fiscale de 21,8 %.

Côté dépenses de gestion, force est de constater que le GUN s’était un peu laissé aller à la dépense, même si au total, il en aura fait 108 MDT de moins que prévu dans la LF 2017. Il devait pourtant donner 14,300 Milliards DT en salaires, il en donnera 14,352 Milliards DT. Il devait dépenser 1,086 Milliards DT en biens et services, il en dépensera 1,113 Milliards DT. Il devait dépenser 5,912 Milliards DT en interventions & transferts, il en casquera 54,6 MDT de plus.

Le GUN tiendra tout de même ses promesses en dépenses d’investissement et fera même un peu plus que prévu. Il prévoyait 5,7 Milliards DT de dépenses en capital, il fera finalement 5,729 Milliards DT et au lieu des 2,507 Milliards DT d’investissements directs, il en fera 2,570 Milliards DT. Il avait prévu 1,436 Milliards DT en financements publics, il en fera finalement 1,826 Milliards DT. Il n’en reste pas moins vrai que, dans l’application du budget 2017, les dépenses de gestion représentaient 78,5 % du total et que les dépenses sociales représentaient 45,6 % contre seulement 29 % pour les dépenses à caractère économique.

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La Tunisie a célébré, en petite pompe, ce mardi 20 mars 2018, le 62ème anniversaire de son indépendance. Au palais de Carthage, ministres, députés, anciens chefs de gouvernement (pas tous), notables de tous les domaines et la presse étaient assis dans une salle dont la voute dorée commençait à donner des signes de fatigue. Quelques versets de Coran, l’hymne national et tout le monde s’assied pour écouter le discours d’une heure de temps du chef de l’Etat.

Un discours en grande partie ronronnant, comme si tout allait bien chez Mme La Marquise, et aux relents d’une histoire dont peu se souviendraient des détails et des personnages, alors que Béji Caïed Essebssi se fait un plaisir de la raconter.

Un discours, surtout, dont l’intelligentsia du pays attendait beaucoup, au vu des débats qui traversent la sphère politique tunisienne, en ces temps de crise, politique, économique et financière et dont on attendait une annonce qui contribuerait à secouer la torpeur politique et à redonner espoir aux 79,9 % des Tunisiens qui sont gagnés par la frustration comme il le dira lui-même.

  • Les anecdotes d’un discours du genre «Circulez, il n’y a rien à voir» !

Mais commençons par ces quelques anecdotes, qui ont ponctué ce discours et qui ont fait rire, certainement jaune. En premier lieu, car indicative de l’état dans lequel se débat la première révolution du monde arabe, c’est l’histoire d’un chef d’Etat occidental, l’américain Donald Trump, qui lui a envoyé le message suivant : «J’ai deux choses à vous dire. Une bonne et une moins bonne. La bonne, c’est que vous êtes une démocratie. La moins bonne, c’est que vous êtes une démocratie. Comprenez bien le sujet. Chacun composera la musique qu’il veut», disait le message. Il est vrai que la démocratie est d’abord une culture et BCE dira dans son discours du 20 mars 2018 que «il faut avouer que nous n’avons pas cette culture». Il aurait été plus avisé de rappeler que le poète Charles Baudelaire disait que «le noir est l’uniforme de la démocratie». On y sera peut-être le 6 mai prochain.

La seconde anecdote, c’est lorsque BCE se met à lire à ses invités à Carthage les vœux que lui ont envoyés par quelques chefs d’Etat occidentaux, à l’occasion de la célébration de la fête de l’indépendance, et qui lui fait tirer la conclusion que «nous avons une bonne image chez les grands de ce monde» et de s’étonner que cette image ne soit pas bonne à l’intérieur, en se demandant, avec une mimique d’incompréhension, «pourquoi, qu’est-ce qui s’est passé ? Nous avons pourtant fait des élections, nous avons un président et une Assemblée élus et un chef de gouvernement nommé et c’est ça la voie démocratique». BCE devrait alors donner ces messages au ministre des Finances et au Gouverneur de la BCT, pour qu’ils puissent en faire bon usage lorsqu’ils iront faire le roadshow sur les places financières étrangères pour récolter les emprunts nécessaires au fonctionnement, pour ne pas dire à la survie, de l’Etat.

On finira par cette 3ème anecdote, toujours racontée par le chef de l’Etat tunisien à Carthage, en ce 62ème anniversaire de l’indépendance de la Tunisie, d’autant qu’elle a trait à la situation du Dinar tunisien. «J’ai tenu une réunion avec lui et cette réunion avec vous, Monsieur le Gouverneur, m’a fatigué», racontait-il en faisant référence à sa rencontre, le 16 mars 2018, avec le gouverneur de la BCT venu lui remettre son rapport. Que diront alors les Tunisiens ? BCE pourrait, peut-être, «écouter le Facebook», comme il le disait en prolongeant le «ou» dans le rire général, pour le connaitre. Il consacrera ensuite quelques minutes de son discours pour égrener les mauvaises performances économiques et qui expliqueraient certainement mieux le haut taux de frustration chez les jeunes.

  • Je ne prendrai aucune initiative

Sinon, le discours de BCE n’a rien apporté en nouvelles annonces, à l’exception peut-être de clles d’un projet de loi sur la cour constitutionnelle et d’une réflexion sur l’amendement de la loi électorale. Un discours qui a aussi démenti tous ceux qui attendaient une annonce sur l’amendement de la Constitution et même plus. A ce sujet, le chef de l’Etat tunisien sera catégorique. «Je ne prendrai aucune initiative pour changer la Constitution, car c’est elle qui m’a fait élire et elle doit être respectée», a-t-il ainsi dit. Il coupe ainsi court à toutes les rumeurs qui lui prêtaient l’envie de traiter de ce sujet dans son discours qu’il tenait 20 mois (comme il en a fait lui-même le compte) avant la fin de son mandat.

Auparavant et dans une légère digression sur les travaux de la commission des partizs signataires de l’Accord de Carthage et le sort de Youssef Chahed qu’il ne nommera pas tout au long de son discours, il dira que «quelle que soit la personne qui devra rester ou partir, il faudra qu’on en [Ndlr : La réunion des signataires] sorte avec le consensus», confirmant ainsi le choix d’une gouvernance collégiale et par consensus.

On aurait pu attendre, s’il voulait vraiment changer une Constitution qui constitue désormais un élément de blocage, notamment pour l’action gouvernementale, qu’il annonce un référendum qui jetterait la base d’une quelconque révision et préparerait le terrain, en 2019, qui est l’année d’extinction de l’interdiction de sa révision pendant cinq ans. On aurait pu aussi attendre que BCE fasse usage de l’article 80 de cette Constitution qu’il refuse de retoucher, pour annoncer l’état de péril, économique et financier, et donne au chef du gouvernement, l’actuel ou le prochain, les moyens de sa politique. Désormais c’est sûr, BCE ne fera rien à ce sujet, ni maintenant, ni pendant les 20 mois qui lui restent à la tête de l’Etat.

Entre une ARP qui fait ce qu’elle veut et quand elle le veut bien, un Exécutif dont les deux composantes s’annulent, l’un par le peu de ses prérogative et l’autre par une politique de consensus qui empêche tout gouvernement de gouverner, sans oublier une Centrale syndicale qui empêche de tourner en rond et devient un Etat dans l’Etat, la transition politique et le rebond économique de la Tunisie trainent en longueur. On n’est pas sorti de l’auberge. Il suffit au chef de l’Etat sa fierté face aux «grands de ce monde» qu’il reçoit, une fois par an, en messages… Fecebooook peut-être !

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Les réserves tunisiennes en devises s’assèchent à vue d’œil. Elles ne sont plus que de 10,846 Milliards DT, ou 76 jours d’importation. Le décaissement par le FMI, de la 3ème tranche de prêt, met du temps à se réaliser. Les réformes demandées par les bailleurs de fonds, FMI, BM, BAD et autres, prennent du retard, trop de retard avec les tergiversations de l’UGTT. La stabilité politique est de nouveau remise en cause par les signataires du Pacte de Carthage qui menacent le GUN et mettent en grand danger la résilience financière et monétaire de tout un pays.

C’est de tout cela que celui que l’UGTT appelle l’homme du FMI, Taoufik Rajhi, qui est le ministre chargé des grandes réformes, a parlé à Africanmanager. «Actuellement, on est à la fin du processus de décaissement de la 3ème tranche du crédit du FMI. On rappelle que l’accord initial avec le fonds consistait à avoir deux revues économiques par an. On n’en a fait qu’une seule par an et donc un décaissement par an. La 3ème tranche qui devait, en principe, être décaissée en janvier 2018 a enregistré un retard, dû à des processus internes propres au FMI et à la préparation de certaines statistiques, par la Tunisie et qui concernent l’exécution du budget 2017 qui ne pouvaient être faites qu’en février 2018. Il y avait eu, en décembre 2017, une déclaration d’experts du FMI, concernant la conclusion de l’accord. On attendait cependant la préparation, par le FMI, du rapport à envoyer au conseil d’administration du FMI, ainsi que, de la part de la Tunisie, l’envoi du MFP (Mémorandum de politique économique et financière) du gouvernement tunisien, qui indique ses engagements en matière politique monétaire, financière et budgétaire. C’est désormais chose faite, signée et envoyée le vendredi dernier par le Gouverneur de la BCT au CA du FMI. Ce dernier se réunira le 23 mars pour examiner le rapport de son Staff et le MFP. Il y aura décaissement, si l’issue est favorable».

  • La Tunisie demande au FMI d’accélérer les décaissements. Quatre au lieu d’une seule          

Taoufik Rajhi annonce aussi une nouveauté dans les négociations de la Tunisie avec le FMI sur le déblocage de ce qui reste des 2,9 Milliards USD. Il affirme ainsi que «la nouveauté, c’est que comme on a eu des retards dans les décaissements, le gouvernement tunisien a demandé un Frontloading ou pré-approvisionnement. Il nous reste au fait 2,2 Milliards USD, en crédits à recevoir du FMI, avec un dernier décaissement en avril 2020. Au rythme actuel de deux décaissements par an, on n’y arrivera pas. C’est ce qui explique notre demande de Frontloading par quatre décaissements par an, divisés en 9 trimestres. Si le FMI est d’accord, nous devrions avoir quatre décaissements en 2018, chacun de 250 MUSD, le 1er en mars, le second en juin, le troisième en septembre et le dernier en décembre 2018, ce qui nous fera un décaissement de 1 Milliard USD au lieu de 700 MUSD. Mais on aura aussi quatre revues économiques du FMI par an, au lieu au lieu d’une comme c’est actuellement le cas. Les revues seront certes serrées, avec des engagements de court terme, clairs et réalisables. C’est ainsi que nous avons demandé à ce que la prochaine revue économique se fasse en mai prochain».

  • Et les Followers, suivront-ils ?

Interrogé sur le reste des bailleurs de fonds de la Tunisie dont les crédits prennent quelque retard, le ministre chargé des grandes réformes affirme à Africanmanager que «le rôle du FMI est très important pour le reste des bailleurs de fonds internationaux. Il joue celui d’agence de notation des pays pour le reste des bailleurs, comme la Banque Mondiale, la BAD (500 MUSD), l’Union Européenne (500 MUSD) qui exige toujours l’accord avec le FMI, la KFW (200 MUSD), les institutions internationales et même les investisseurs privés. C’est ce qui explique que la Tunisie tient toujours à avoir le FMI de son côté. Cela, sans oublier qu’avec l’avis favorable du FMI, nous serions plus confortables pour la prochaine sortie sur les marchés financiers internationaux, car il donne un signal très important aux marchés financiers, démontrant que la Tunisie est sur une bonne trajectoire pour les réformes, ce qui atténuera aussi, un tant soit peu, l’effet négatif de la dernière notation de Moody’s».

  • Les 4 reproches de Moody’s qui risque d’influencer la décision du CA du FMI

Interrogé sur l’impact que pourrait avoir la dernière dégradation de note, faite par l’agence de notation Moody’s, Rajhi explique à Africanmanager que «la dernière dégradation de la note souveraine de la Tunisie par Moody’s était en fait basée sur quatre éléments. Trois sont des éléments de réformes majeures et un élément de politique. Dans le 1er, l’agence de notation a reproché à la Tunisie d’avoir une masse salariale trop élevée. Cela requiert une réforme de la fonction publique, qui n’est pas encore achevée il faut le dire. Moody’s reprochait aussi à la Tunisie le retard dans la réforme des caisses sociales, avec 2,5 Milliards DT de déficit, structurel pour la CNSS et la CNRPS. Le 3ème reproche est relatif à la dette des entreprises publiques, qui est désormais de 12,5 Milliards DT, garantis par l’Etat. Cela appelait une réforme des entreprises publiques, qui traîne encore. Le 4ème reproche et qui aussi justifie la dégradation de la note tunisienne, c’est l’instabilité politique. Le gouvernement travaille actuellement sur les trois premiers et les réformes qui y sont requises».

  • Les problèmes et leurs solutions resteront les mêmes, quel que soit le gouvernement

Les quatre éléments de reproche sont pourtant toujours là, tant sur le manque de réformes économiques que sur l’instabilité politique ou les dernières demandes de remaniement et même de changement pur et simple de gouvernement. Cela, alors que le 3ème décaissement du FMI tarde à venir, n’arrange pas les choses. Interrogé pour savoir si la Tunisie reste, malgré cela, en situation favorable pour ce déblocage qui est vital pour les finances du pays, Taoufik Rajhi indique à Africanmanager que «au gouvernement, nous avons convaincu l’équipe du FMI de notre volonté d’aller de l’avant dans les réformes. Certaines ont été déjà insérées dans la LF 2018, avec un engagement ferme de réduire le déficit budgétaire à 4,9 %. Ils ont été aussi, nous le pensons, par notre sérieux dans la réforme des caisses sociales et on a un projet de loi pour la réforme de la CNRP et un projet de décret pour la réforme de la CNSS, sans oublier la stratégie de réforme des entreprises publiques. Le mangement du FMI ne serait pas allé en CA s’il n’avait pas été convaincu du sérieux et de la volonté du gouvernement d’aller au fond des réformes. Pour l’aspect politique, il est certes interne, mais il nuit aux discussions du gouvernement avec le FMI et les partenaires internationaux. C’est pour cela que la stabilité pourrait énormément aider dans ces discussions.

Maintenant, qu’il y ait remaniement, partiel ou total, changement du gouvernement ou pas, les problèmes et les solutions sont les mêmes. Les problèmes, ce sont la réforme des caisses sociales, la maitrise de la masse salariale, la réforme des entreprises publiques. Et quel que soit le chef du gouvernement et son gouvernement, ils devront toujours faire face et résoudre, sans attendre, tous ces problèmes. Les solutions aussi sont connues et on n’invente pas la roue» !

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Jour de gloire chez les concessionnaires automobiles tunisiens, mais aussi pour toute l’économie nationale. Depuis cinq années, fervents dénonciateurs d’un marché parallèle qui rogne leurs parts et leurs marges, ainsi que celles de l’Etat en fiscalités diverses et qui met en danger aussi le consommateur tunisien, les concessionnaires automobiles viennent de remporter une bataille. Le 13 mars 2018, une date certainement à marquer d’une pierre blanche pour le secteur, le gouvernement mettait en exécution la promesse qui leur avait été faite de lutter efficacement contre le marché parallèle des véhicules légers. Un véritable coup de massue dans la fourmilière d’un marché parallèle, devenu synonyme d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent. Une décision, disons-le, courageuse, dans une conjoncture où le lobby, commercial et notamment parlementaire, du FCR est puissant.

Rappelons d’abord que «FCR», ou Franchise pour Changement de Résidence, est un régime fiscal spécial accordé aux TRE leur permettant d’importer deux véhicules en cas de retour définitif de l’étranger. Avant le 13 mars 2018, le véhicule, bénéficiant d’une exemption partielle, pouvait s’acquitter de 25 ou 35 % des taxes et droits de douane selon la cylindrée de la voiture importée, et pouvait être immédiatement vendu. Il est immatriculé RS (Régime suspensif) en cas de non-paiement des droits et taxes et reste donc incessible. S’il paie soit 25 ou 35 de 35 % seulement des droits et taxes dus, il est immatriculée en TU. Si la seconde voiture est achetée en devises auprès d’un concessionnaire local, elle est cessible après paiement uniquement des droits et taxes en dinars. (Télécharger ici le décret gouvernemental)

Contrairement à tout ce qui pouvait être dit sur les réseaux sociaux, le régime dit de FCR n’a pas été abandonné. Les TRE garderont leurs privilège, mais avec quelques changements. Des changements, dont le but essentiel est de mettre fin au trafic, à l’achat comme à la vente, du privilège du FCR. Lutte aussi contre l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent à travers les circuits parallèles du commerce de voitures.

Il y a cinq jours, en effet, un décret gouvernemental est publié au Jort (Journal officiel), qui abroge l‘alinéa «B» de l’article 3 de l’arrêté N° 197 de l’année 1995 fixant les privilèges fiscaux accordés aux Tunisiens Résidant à l’étranger (TRE) et les conditions de leur bénéfice, modifié par l’arrêté N° 1343 de l’année 2016. Désormais ainsi, le privilège fiscal (exemption partielle des droits et taxes) aux TRE est accordé, à la condition que le véhicule ( voiture ou moto), ne soit pas vendu ou cédé avant l’extinction d’un délai d’un an à partir de la date d’enregistrement. Lors de l’enregistrement sous matricule RS, doit figurer sur la carte grise la mention «incessible à partir de la date d’immatriculation tunisienne. Les nouvelles dispositions s’appliqueront aussi, si les voitures sont achetées auprès des concessionnaires locaux.

Le même décret gouvernemental permet, par ailleurs, aux propriétaires de véhicules bénéficiant du régime d’exemption partielle et importés sous le régime du FCR, de régulariser leur situation jusqu’au 31 décembre 2018.

  • Un marché morose, impacté par la loi de finances 2018

Autrement, les dernières statistiques de l’ATTT (Agence Tunisienne du Transport Terrestre) relatives aux immatriculations de nouvelles voitures, ainsi que l’état des ré-immatriculations durant les 2 premiers mois 2018, laissaient voir une baisse importante de 14 % sur tout le marché des véhicules légers (VL). Seuls 7.880 nouveaux véhicules (VP + VU) ont été immatriculés, contre 9.178 à pareille période de l’exercice 2017. Une baisse généralisée derrière laquelle on retrouve les dernières augmentations fiscales introduites par la loi de finances 2018. Une baisse due à l’augmentation des prix des voitures. Une baisse des ventes de voitures, qui si elle se confirmait pour toute l’année 2018, devrait aussi impacter le montant des taxes (impôt et DD) perçues par le trésor de l’Etat tunisien.

La baisse a été plus importante pour les véhicules particuliers (VP), avec 21 % de moins en voitures immatriculées, avec 5.023 nouvelles voitures particulières, contre 6.366 en pareille période 2017. En VP, Toyota a été la voiture la plus vendue et ses immatriculations ont même bondi de 177 %, contre une baisse de Renault, 2ème VP la mieux vendue, de 34 % de ses immatriculations. En 3ème place des meilleures ventes, en 2 mois 2018, c’est la Sud-coréenne Kia, qui a immatriculé 500 VP, en hausse de 11 %. Avec 426 nouvelles immatriculations, Citroën se classe 4ème dans les plus grosses ventes, Hyundai 7ème et Fiat 9ème sur le podium des 10 meilleures ventes.

En face, le nombre de véhicules utilitaires (VU) immatriculés en 2 mois 2018 a augmenté de 2 %, avec notamment la Mahindra qui booste ses ventes de 18 % et la Ssangyong dont les ventes bondissaient de 54 % en 2 mois 2018. Il ressort de la lecture, par concessionnaire, des meilleures ventes en 2 mois 2018 que c’est Afrique Auto qui tient le haut du podium avec 1.278 nouvelles immatriculations, devant Ennakl qui ne fait que 717 nouvelles immatriculations malgré un portefeuille de 5 marques, suivi par Artes, Aures, BSB et Stafim.

Khaled Boumiza

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En 2011, lorsque les trois tentatives de Putsch contre Ben Ali s’étaient télescopées et que le soulèvement a abouti au résultat que l’on sait, l’Administration tunisienne avait su résister et trouver les réflexes salvateurs qui avaient empêché l’édifice Tunisie, économique et social, de s’écrouler. D’anciens responsables avaient alors quitté leurs lits pour organiser le transport et le transfert de milliers de personnes, tunisiennes, libyennes, égyptiennes et d’autres nationalités qui déferlaient, fuyant une Libye embrasée, vers une Tunisie à peine sortie de plusieurs journées de révolution destructrice.

Des ingénieurs de la STEG avaient bravé couvre-feu et manifestations de rues pour maintenir les centrales d’électricité en activité, des transporteurs avaient continué à travailler pour assurer la continuité de l’approvisionnement en carburants. La même chose chez la société des eaux, SONEDE, ou encore chez les trois opérateurs téléphoniques. Pendant des mois, l’Administration tunisienne avait tenu tout un pays à bras-le corps et l’avait maintenu debout et en activité et rien n’a manqué, ni à la population, ni à ses invités malgré eux, transfuges d’une autre révolution dans un pays voisin.

Les nouveaux venus sur la terre de la révolution avaient avoué cette performance de l’Administration, mais lui tenaient rigueur en même temps d’avoir empêché que le pays sombre dans le chaos administratif, comme ils en avaient le dessin. Leur dessin était de pouvoir construire un «autre pays», soit comme ils en rêvaient dans leur délire révolutionnaire, notamment religieux, soit par soif de revanche à l’endroit d’un ancien pays qui ne les avait pas soutenus et ne les avait pas défendus dans leur lutte contre Ben Ali. Et c’est dès 2012 que commenceront les tentatives de purge, qui prendront par la suite d’autres formes, plus conformes à l’esprit d’une révolution recadrée par ses soutiens, politiques et financiers, locaux et internationaux.

  • Les menacés sans preuve

Le vendredi 13 avril 2012, le ministre de la Réforme administrative, Mohamed Abbou, annonçait aux journalistes : «nous allons éloigner les gens qui sont notoirement suspects, ou connus pour leur corruption ainsi que ceux pour qui les preuves de corruption existent», annonce sans ambages le ministre CPR, qui ajoute «nous avons déjà effectué des changements administratifs pour éviter ces personnes suspectes (…). Nous allons poursuivre l’assainissement du département. Une liste est en train d’être constituée (…). Ceux qui font l’objet de soupçons seront traduits devant les conseils de discipline et ceux dont les preuves de corruption sont déjà établies seront traduits en justice», menaçait-il alors. Abbou a démissionné, mais pas la volonté de toute la nouvelle caste politique de faire le vide autour d’elle. D’anciens PDG ont ainsi été chassés, littéralement pied au derrière, de leurs bureaux, des Directeurs mis au frigo, d’autres persécutés jusqu’à être poussés à recourir aux certificats médicaux de l’hôpital psychiatrique Errazi de la Mannouba.

D’anciens prisonniers politiques, cadres ou simples employés renvoyés, même de façon légale, mais recyclés dans les nouveaux partis en place (Ennahdha et le CPR de Moncef Marzouki), ont été remis en selle. Le reste se terre depuis et s’auto-castre administrativement, refusant toute initiative et même la simple signature d’une quelconque décision ou document, de peur qu’on ne leur mette sur le dos un quelconque dossier de l’ancien régime et qu’on leur réserve le même sort.

D’autres, comme ce nouveau DG d’une banque publique qui traîne encore devant le pôle judiciaire où il a été dernièrement convoqué pour de longs interrogatoires à propos d’une affaire de l’ancien temps, regretteraient presque d’avoir quitté leurs anciens boulots à l’extérieur du pays. D’autres, comme dans le domaine de la finance, refusent les postes de responsabilité qui leur sont offerts.

  • Les Corbeaux font la pluie et le beau temps

Tout de suite après la révolution, la Tunisie avait inventé le crime du «Fassed», un mot dont la signification en langue arabe englobe un ensemble de crimes et délits, personnels, moraux, financiers, de gestion et un tas d’autres choses. En langue françaiss, c’est la corruption, la prévarication et concussion à la fois.

L’idée de lui consacrer une commission d’enquête est d’ailleurs, paradoxalement, de Zine El Abidine Ben Ali même. Depuis, les enquêtes de tous genres ne se sont jamais arrêtées et n’ont épargné personne. Une Instance nationale de lutte contre la corruption (INLUCC) sera installée et outillée comme une haute autorité d’inquisition.

A entendre son président, l’avocat Chawki Tabib, on croirait volontiers que tout le monde en Tunisie est corrompu jusqu’à preuve du contraire, du petit au grand fonctionnaire, en passant par les gouvernements et tutti quanti. Tabib est de tous les plateaux TV et de toutes les radios et n’épargne personne ou presque, et évoque chaque fois un nombre plus grand de dossiers sans donner de noms, faisant ainsi planer le soupçon sur tout le monde.

Et pour mieux alimenter les tiroirs de l’Instance avec plus de dossiers de soupçons, on met en place une loi qui protège les dénonciateurs et on décerne même désormais des attestations de bonne dénonciation lors de cérémonies de décoration. Certains d’entre eux se couvrent en plus des médias pour mieux dénoncer, parfois à tort et à travers, sans cacher les noms et les endroits, avant même l’enquête sur la véracité des soupçons. Reprenant le système policier de l’ancien régime du fameux «Istoufida», traduisez «on croit savoir», la dénonciation devient le sport national de tous les mécontents, tous les renvoyés et tous ceux qui n’avaient rien gagné de la révolution, relayés par les réseaux sociaux qui veulent faire passer, sans vergogne, les vessies pour des lanternes.

Une lourde atmosphère, de suspicion, de corbeaux, plane depuis 2011 sur la Tunisie et fait régner la peur parmi tous les corps de métiers, pointant du doigt sans la nommer l’Administration tunisienne à toutes ses échelles et ses échelons. Une atmosphère d’autant plus lourde que la justice, lente, très lente à la détente, reste muette sur le sort des milliers de dossiers de Tabib, en face de centaines de corbeaux et de centaines de milliers de pages d’allégations d’une INLUCC qui fait aussi la pluie et le beau temps.

  • Eradiqués dans le silence des prisons

Entretemps, presque toute la famille des Trabelsi, qui personnifiait la corruption comme il a été dit à la population tunisienne, est pratiquement décimée, pour ne pas dire exterminée. Adel Trabelsi qui était hospitalisé en janvier 2011 aurait été débranché le jour de la révolution. Moncef Trabelsi est décédé en prison en 2013. Ayant subi une chirurgie au cerveau, il est remis en cellule moins de 24 heures après l’opération chirurgicale pour mourir quelques jours plus tard. Le mari de Jalila Trabelsi, sœur de Leila, n’a pas reçu les soins nécessaires. Il est mort peu de temps après sa libération. Faouzi Ben Ali décédé aussi. Il aurait été débranché quelques jours après la révolution, selon sa famille. Soufiene Ben Ali, neveu de l’ancien président tunisien, n’aurait pas reçu les soins nécessaires lors de son incarcération. Ses deux ans de prison lui ont coûté récemment la vie. Tout dernièrement, Mourad Trabelsi, atteint d’un cancer des poumons, essuyait le refus d’être soigné. Presque aveugle, entre la vie et la mort, il reste en prison. Avant, de petits enfants avaient été mis sur la liste des recherchés par Interpol, car ils suivaient simplement leur père, certes qui fuyait et un grand-père empêché de voir ses petits-enfants alors qu’il n’était plus interdit de voyager.

Entretemps aussi d’autres anciens politiciens de l’ancien régime décédaient quelques années après leurs passages dans la case prison d’où ils étaient pourtant sortis blanchis. Des noms comme Abdelaziz Ben Dhia et le Doyen Lazhar Bouaouni, objet d’un virulent harcèlement judiciaire qui le mènera au cimetière. D’autres sont toujours maintenus sous enquête et interdits de voyage. Avant, il y avait l’homme d’affaire Jilani Daboussi, dont la famille fait toujours procès des conditions de son décès.

Et maintenant, que vont-ils faire encore et pourquoi le harcèlement de l’Administration se poursuit-il et cet assassinat de l’Administration et de toute volonté chez elle de participer à relever le pays et à le remettre sur pied ?

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