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Khaled Boumiza

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Photo Mosaïque fm

Un incendie s’est déclaré à l’aube du 21 février 2018 vers 4 heures 30 dans un bureau des frontières et de stockage appartenant à la douane à Rades, il a causé la destruction d’appareils électroniques et électriques. N’étant pas le premier du genre, on se demanderait presque si, comme les Tunisiens eux-mêmes, les bureaux de la Douane ne seraient pas devenus inflammables !

Une source bien informée auprès de la Douane tunisienne a déclaré le mercredi 21 février 2018 à Africanmanager que l’incendie dans ce qui ne serait qu’un simple bureau de la Douane est d’origine accidentelle, précisant que seuls des appareils électroniques et électriques ont été endommagés.

Notre interlocuteur, qui a préféré de garder l’anonymat, nous a cependant affirmé que l’entrepôt sous douane au port de Rades qui a été ravagé par les flammes, lors de la visite de Youssef Chahed, est d’origine pour le moins douteuse.

Nous rappelons que l’entrepôt en question, contenait des pneus interdits à l’importation, ainsi que du matériel électroménager et des vêtements de luxe. Cet entrepôt, en fait un magasin-cale, est généralement destiné à alléger l’encombrement des marchandises dans le port et soumis à la gestion douanière. Il appartient à une société de transit tuniso-française installée dans la région.

La même source nous a confié que l’incendie qui avait par contre touché en 2015 un dépôt de la douane au port commercial de Sousse était un moyen pour camoufler certaines opérations suspectes, ajoutant qu’aucune enquête n’a été engagée par les autorités concernées, jusqu’à présent. Et notre source d’affirmer que «d’énormes pertes financières ont été recensées et estimées à des milliards de dinars».

Ces trois derniers incendies ne sont cependant pas les premiers incidents. Un autre entrepôt de la Douane avait déjà cambriolé en juillet 2017. Ces actes de vandalisme, non fortuits, pourraient aussi ne pas être les derniers. Selon nos sources, ce serait en fait une dizaine d’incendies qui se seraient déclarés chez différents bureaux de la Douane, depuis la révolution. Il ne serait pas impossible, selon des experts, que le feu ait été toujours utilisé soit pour détruire des preuves, soit pour passer des marchandises confisquées chez des contrebandiers pour perte et profit, alors qu’elles étaient déjà récupérées par les mêmes contrebandiers.

Cette pratique consistant à incendier des locaux publics n’est pas nouvelle. Pendant les troubles de 2011, 45 recettes des finances avaient été incendiées et pillées. Pas moins de 750 de kilos d’or et 704 kilos d’argent, déposés par des particuliers en hypothèque de microcrédits, ont été ainsi volés. L’instruction serait toujours, depuis 2012, en cours… !

Des postes de police et de la Garde Nationale ont été aussi plusieurs fois incendiés. Pendant la révolution, un tribunal a connu le même sort. Les causes restent toujours inconnues et les malfaiteurs parfois relaxés. Il n’est pas exclu, selon les experts, que cette pratique de la terre brûlée fréquemment pratiquée contre des institutions de l’Etat serve d’alibi pour faire disparaitre des preuves, d’enquêtes policières ou des dossiers de justice. Juste avant la révolution, en août 2010, les équipements de la Douane à Ras-Jdir ont été incendiés et pillés, en contestation d’une taxe de passage de 150 DT par véhicule en transit. Selon une étude de l’ITES, pas moins de 51 kilos d’or, des devises et des marchandises d’une valeur de 4 MDT ont été volés

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Syndicaliste, de père en fils, le ministre tunisien de l’Energie, des Mines et des Energies renouvelables, détruit le mythe de l’abondance pétrolière, s’adresse aux investisseurs dans ce domaine et dit tout, par le chiffre, sur le pétrole. Mais pas que ça !

Khaled Kaddour parle à Africanmanager des prochains AO et concessions dans le solaire, annonce pour cette année la 1ère centrale à Tozeur. Il parle aussi du marché énergétique parallèle et donne aussi des détails sur l’énergie pour tous et les 4.000 compteurs intelligents à Sfax. Interview :

Très peu de permis, trop peu de production et donc trop peu d’exportation aussi

La production tunisienne est effectivement très faible. Elle est actuellement de l’ordre de 40.000 barils par jour, contre 10 mille Barils/j en 2010. La consommation locale étant le double de la production, la Tunisie enregistre un déficit énergétique de l’ordre de 50 %, avec une augmentation de la consommation entre 5 et 6 % par an, due notamment à l’amélioration de la qualité de vie du citoyen. C’est pour cela que l’axe principal de notre stratégie en la matière reste la sécurité de l’approvisionnement et travailler, pour cela, avec un horizon à plusieurs temporalités, car les investissements en énergie sont très lourds avec une moyenne de 5 ans pour la réalisation et même plus lorsqu’il s’agit de l’entrée en production d’une découverte pétrolière.

Alors que vous parlez de pétrole, il y avait combien de concession avant la révolution et combien sont-elles devenues et y a-t-il une demande sur la Tunisie ?

Le nombre des concessions a en effet diminué. On réalisait, en moyenne, 20 puits par an. En 2015 et 2016, nous n’avons fait aucun forage pétrolier. Les forages ont timidement repris en 2017, grâce notamment au renouvellement de 2 permis pétroliers. Force est de faire remarquer que les sociétés pétrolières ne se bousculent pas au portillon pour la Tunisie. On a plusieurs Blocs libres et quand bien même ferions-nous des appels d’offres, la demande n’existe presque pas, surtout après l’obligation de passage de toute demande dans ce sens par l’ARP, sans oublier les perturbations sociales de plusieurs concessions et les recrutements, imposées et non ciblées, qui ont fortement impacté la demande de concessions pétrolières et qui ont aussi fait exploser les coûts de l’investissement et diminué l’attractivité du site Tunisie.

Qu’y a-t-il de prévu pour 2018, en matière de concession et l’impact sur la production ?

En 2018, il est prévu d’accorder 8 nouvelles concessions, entre prolongations et nouvelles. Il me faut ici mettre l’accent sur la visibilité à donner à l’investisseur sur une période minimale de 10 années et sur le temps que requiert l’entrée en production. Notre objectif est désormais de stabiliser la production au niveau actuel de 40.000 barils par jour, en tenant compte des travaux de «Work-Over» des puits existant. Faire de nouvelles grandes découvertes, à l’image d’El Borma ou d’Ashtart durant les années 70, est désormais chose presqu’impossible.

Si, comme vous le dites, les investisseurs ne se bousculent plus, pourquoi l’Etap ne s’y mettrait-elle pas et se cantonne-t-elle jusqu’ici dans le rôle de partenaire de concessions étrangères ?

L’Etap s’y était déjà essayée en 2010, avait foré un puits et n’y avait rien découvert. Avec Sonatrach l’algérienne, c’est une petite découverte en Algérie et ils sont partenaires dans une concession au large de la ville de Mahdia. Le forage a débouché sur des indices de quantités marginales qui ne justifiaient pas la mise en production. D’autres forages sont par ailleurs prévus sur cette même concession commune pour diminuer le risque. La question qui se pose est de savoir si l’Etat a la capacité de mettre 50 MDT dans une concession qui peut ne pas être rentable ?

Les privés tunisiens ne sont-ils pas intéressés par le pétrole ?

Il y en a, comme le groupe Toumi qui débute avec 3 puits où il a déjà fait des découvertes, mais en petites quantités.

Juste pour rire. Pourquoi n’êtes-vous pas en train de creuser pour mettre à jour le lac de pétrole sur lequel la Tunisie nagerait selon certains «experts » ?

Si cela existait, ça se saurait et on aurait vu les compagnies pétrolières étrangères courir les Blocs de prospection et se bousculer au portillon pour trouver ce pétrole.

Revenons aux choses sérieuses. La Tunisie est importatrice d’un pétrole dont le coût a augmenté et dépassé les prévisions de la loi de finances 2018. A-t-on toujours les moyens d’assurer le provisionnement du pays ?

On doit le faire et on est obligé de le faire. Nous importons du gaz pour l’électricité et continuerons d’importer les produits pétroliers …

Où vont alors toutes ces importations, en plus de celles du marché parallèle, alors que la production industrielle n’augmente pas ?

Le marché parallèle, en matière d’essence, ne représente que 15 à 20 % de la consommation et l’impact n’est visible que dans les villes du Sud tunisien ou certains kiosques menacent même fermeture. Pour l’électricité, nous assurons l’approvisionnement, domestique et professionnel, en important 50 % de nos besoins. Nous parvenons donc, parce qu’il le faut, à assurer la continuité de l’approvisionnement, malgré la hausse des prix. Il faut savoir, à ce propos, que la caisse de compensation a été dotée de 1.500 MDT pour faire face et que chaque dollar d’augmentation internationale des prix par bail (159 litres) coûtera 121 MDT au budget de l’Etat. Le problème est plutôt dans les revenus de l’Etat pour faire face et payer la facture en Dollars. C’est pour tout cela que, stratégiquement, nous avons opté pour les énergies renouvelables.

Où en est donc le plan solaire et où en est l’appel d’offres pour la concrétisation de ce fameux plan ?

Le développement des énergies renouvelables est un axe stratégique pour le pays. Un choix, certes volontariste, mais impérieux, même si la technologie ne permet pas encore le stockage. Nous avons ainsi, pour l’accélération du programme des énergies renouvelables qui a fait l’objet d’un séminaire présidé par le chef du gouvernement, lancé un 1er appel d’offres international. Il est en phase de dépouillement des offres. Les résultats de cet AO seront connus le 15 mars 2018. 69 entreprises y ont pris part et il porte sur la mise en place d’une capacité de 70 MGW en énergie solaire et 60 MGW dans l’éolien. Le 15 avril 2018 aussi, on lancera les concessions pour une capacité qui sera, soit de 200 ou 600 MGW. Chaque projet à donner en concession portera sur un minimum de 100 MGW, pour de grandes centrales solaires dans les régions du Sud tunisien qui permettront aussi de créer des emplois dans les régions intérieures du pays. On pense aussi à des projets de stockage de l’énergie solaire dans le cadre du PPP (Partenariat Public-Privé). Les premiers projets devraient voir le jour en 2018, sachant que la Steg a déjà démarré la construction d’une centrale de 10 MGW à Tozeur. La Steg a déjà terminé la construction de l’infrastructure et le matériel a déjà été importé.

Avez-vous reçu des demandes pour de grands parcs solaires, comme on en entend parler ?

Avec des parcs à 100 MGW, tel qu’en fait déjà l’Etat et notre programme de 1.000 MGW à l’horizon 2020, pour une capacité de 8.000 MGW de la Steg, l’effort est important. Pour les propositions, ce n’est pas d’idées de projets dont nous avons besoin, mais de projets concrets, y compris le business plan (BP) et le financement, le tout dans le cadre d’appels d’offres. Certains se sont en effet présentés pour des projets qu’ils espéraient de gré à gré. Cela est impossible. On a eu en fait deux propositions pour l’exportation de l’énergie solaire, sans présenter ni un BP, ni le financement des câbles de transport de cette énergie. Pour le seul petit câble, que compte construire la Steg avec un financement européen et en coopération contractuelle avec la société italienne «Terna» et le soutien des deux Etats et de l’UE, il va falloir un investissement de 600 M€. Ce n’est pas sérieux ! Pourquoi ne participeraient-ils pas à nos AO et à nos concessions ? On ne les y retrouve pas par contre.

Votre ministère évoque, en parlant de stratégie énergétique, des notions comme la gouvernance et l’équité. Comment cela va-t-il se traduire en Tunisie ?

Cela veut dire, pour l’équité énergétique, que nous devons faire de telle sorte que l’électricité soit toujours disponible, pour tous, partout, avec la qualité requise et à des coûts acceptables pour les couches populaires. C’est pour cela que nous entamons cette année un programme de financement de l’installation du photovoltaïque pour les familles à revenus modeste. Le financement de l’installation sera pris en charge par le fonds de transitions énergétiques pour les familles à modeste revenu dont le niveau de consommation est inférieur à 100 MGW/mois pour les aider à mieux supporter leur facture énergétique. Le stockage étant encore coûteux, il ne lui restera à payer que sa consommation en dehors des jours ensoleillés.

Pour la gouvernance, cela se traduira notamment par l’installation de nouveaux compteurs électriques intelligents. Appelé «Smart-Grid», ce programme sur lequel travaille actuellement la Steg démarrera prochainement dans la région-témoin. Ces nouveaux compteurs électriques intelligents devraient permettre à chaque citoyen de connaitre sa consommation de manière instantanée et à la Steg d’en faire le relevé à distance. Le projet comprendra l’installation de 4.000 compteurs et le choix s’est fixé sur la région de Sfax, avant généralisation sur tout le territoire. La transparence de la facture, est un élément important de la gouvernance. Transparence aussi à travers la prochaine révision du code des hydrocarbures.

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Le nouveau siège, flambant neuf, d’une banque aux bénéfices d’épicier (Photo AM)

Le Directeur Général de la Banque Tuniso-Libyenne, Zouhaier Ouakaa, vient de lancer une invitation aux médias tunisiens pour couvrir l’inauguration en grande pompe du nouveau siège de la banque, au Centre Urbain Nord qui, dit son communié, «sera rehaussée par la présence de plusieurs personnalités politiques et économiques». Et la même source d’ajouter que «ce nouvel espace s’élevant dans un bâtiment moderne, impulse une véritable culture de marque orientée client et renforce le réseau de la banque par un 15ème point de vente». On vous laisse admirer le lien fait par la direction entre le bâtiment et la culture de marque ! Il est vrai que c’est désormais dans le luxe d’un nouveau siège flambant neuf, en marbre et sur plusieurs étages, d’un coût de quelque 30 MDT, que le DG et son DGA siègeront désormais !

Pour la petite histoire, la BTL, créée en 1984 en tant que banque de développement, est devenue à partir du 20 octobre 2005 une banque universelle, «offrant ainsi tous les produits et services proposés par les banques commerciales tunisiennes, tout en capitalisant sur sa grande expérience acquise en matière de financement du commerce extérieur, en dinar tunisien et en devises», selon le texte de l’invitation. Le même texte affirme que «la BTL a entrepris avec succès durant ces dernières années un plan de développement stratégique qui lui permet aujourd’hui de se positionner en tant que banque commerciale à dimension régionale, au service des opérateurs tunisiens aussi bien sur le marché local qu’à l’international». Jetons donc un œil sur le bilan de la banque.

  • Un tout petit bénéfice d’une moyenne 37,5 mille DT … par agence et un RN en yoyo

En fait, à la fin de l’exercice 2016 de cette banque mixte, le résultat net était juste de 562.123 DT, ou la moitié d’un petit (pour une banque digne de ce nom) million DT. Avec la quinzaine de points de vente ou d’agences de cette banque, cela reviendrait à un résultat net ou bénéfice, par agence, de juste 37.474,86 DT … par an ! En poussant le raisonnement par l’absurde un peu plus loin, on trouvera que le bénéfice quotidien, par agence, est juste de … mille deux cent quarante-neuf dinars !

Notons aussi que ce résultat de 2016 a été divisé par quatre par rapport aux 2.225.962 DT de l’exercice 2015. A la fin 2016, selon ses états financiers qui ont été publiés sur le site du CMF, le résultat d’exploitation baissait déjà et passait de 38,058 MDT en 2015, à 37,922 MDT en 2016. Automatiquement, le PNB passait de 25,084 MDT en 2015, 22,598 MDT en 2016. Cela donnait un résultat d’exploitation de 0,677 MDT en 2016, après les 2,249 MDT, une année auparavant. L’année 2016 aussi, la banque doublait, dans le négatif, les flux de trésorerie issus de ses activités d’investissement. Ces derniers passaient ainsi de -7,379 MDT en 2015, à -14,942 MDT en 2016. Autant dire que les investissements de la BTL étaient toutes perdantes.

Cela ne va pas plaire à ses dirigeants qui nous en voudront d’avoir fait semblable lecture des résultats qui les rendraient si fiers, jusqu’à ameuter la presse locale pour célébrer les nouveaux bureaux mais, en fait, la banque tuniso-libyenne a toujours eu de petits résultats qui évoluaient en yoyo. La BTL était déjà déficitaire en 2003, de 48,628 MDT. Déficitaire aussi de 3,068 MDT en 2004. Ses bilans n’affichaient aucun résultat pour les années 2005, 2006, 2006, 2007 et 2008 (un tiret dans la case RN du bilan, comme pour dire «rien à déclarer). En 2009, la banque renoue avec les bénéfices, mais avec juste 0,148 MDT. Ce bénéfice remonte à 3,115 MDT en 2010. Il remonte encore à 4,674 MDT en 2011, pour replonger, en 2012, dans le déficit à 2,613 MDT. Elle aggrave son déficit à 5,888 MDT en 2013, fait ensuite avec un bénéfice de 6,052 MDT en 2014, pour le ramener à 2,225 MDT en 2015 et le diminuer encore plus en 2016.

Le bilan de la BTL que nous livrons ici aux connaisseurs, fait aussi état, en 2016, de 28,175 MDT en dépôts de clients qui étaient négatifs de -23,046 MDT, une année auparavant ! Le flux de trésorerie issu de l’exploitation était de 24,560 MDT, après avoir été négatif de -21,267 MDT en 2015 ! Le flux de trésorerie, issu de l’activité d’investissement était négatif de presque -15 MDT, après avoir été négatif de -7,379 MDT. La BTL finit aussi l’année 2016 avec une liquidité positive de plus de +20 MDT, une liquidité multipliée par 10 par rapport en une seule année, dans une banque qui ne réalise pourtant qu’un petit bénéfice d’épicier du coin et toujours en yoyo !

  • La direction reçoit le double du bénef de l’année, en salaires !

Il y a cependant lieu de noter que les charges annuelles de l’équipe de direction (PDG 134.935 DT +DGA 545.777 DT hors voiture de fonction, ou le triple de la rémunération du PDG qui est Tunisien + Membres du conseil 335.750 DT) représentent pour toute l’année 2016 une somme totale de 1.016.462 DT. Force est ainsi de remarquer que les seules rémunérations ou charges de l’équipe de direction de cette petite banque représentaient presque deux fois le total des bénéfices !

La part de l’Etat tunisien sur ses 100 MDT de capital, devenus 30 MDT seulement en 2004 pour résorber les pertes, puis augmentés à 100 MDT en 2013, n’est que 281 petits mille DT.

Juste pour le Benchmark, la Banque mixte Tunisie- Emirats étant déjà à la vente, nous nous arrêterons à l’exemple la Stusid, une autre banque mixte tuniso-saoudienne, où ce sont 197.937 DT en rémunérations pour toute la direction, en face d’un résultat net positif de 5,339 MDT.

Sûre d’elle-même et de l’effet de cette nouvelle bâtisse, la direction de la Banque tuniso-libyenne affirme avoir «ainsi développé une grande expertise en matière d’accompagnement des exportateurs et des importateurs tunisiens en relation d’affaires avec la Libye, mais également avec le reste du monde. Son ADN reste naturellement le financement du commerce extérieur avec la Libye». Elle admet enfin que «au vu du contexte politique actuel, cette dernière n’est pas en condition de générer assez de revenus». Elle voudrait pourtant s’engager, avec ce genre de bénéfices, dans une «nouvelle politique d’extension continuelle de son activité, qui se concrétisera par l’ouverture de 6 à 7 agences par an. La banque prévoit également l’ouverture en 2018 d’un nouveau siège à Tripoli, et ce pour être plus proche des opérateurs tunisiens désireux de s’implanter en Libye». Peut-être le pourrait-elle, grâce aux 13 MDT de salaires pour les 260 employés.

L’invitation à la presse termine en indiquant que «The Sky is the limit (Traduisez, le ciel est la limite) est la devise guidant son nouveau Directeur Général, insufflant, pour le moins qu’on puisse, un nouvel élan à cette institution. Affaire à suivre…».

Peut-être qu’il parlait des rémunérations des dirigeants de la banque. Peut-être aussi, parce que cette banque semble plutôt marcher sur la tête et que ses limites s’orienteraient ainsi vers la terre et non vers le ciel. C’est pourtant une banque où l’Etat tunisien est actionnaire et où il met l’argent du contribuable !

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Le secteur tunisien du phosphate est, de nouveau et pour la énième fois à l’arrêt, pour une querelle sur la liste des admis dans un concours de recrutement. A chaque publication de listes des admis au concours de recrutement, ce sont les recalés qui s’insurgent et finissent toujours par imposer un nouveau concours qui est, à son tour et à chaque fois, contesté. Et c’est, de nouveau, tout un pan de l’économie tunisienne qui, plus est, était fort pourvoyeur en devises à travers ses exportations, est paralysé par des mouvements sociaux, devant lesquels tous les gouvernements le sont tout autant. Le 10 mai 2017 pourtant, le chef de l’Etat tunisien, Béji Caïed Essebssi avait promis de ne plus tolérer le blocage des sites névralgiques. Impuissant, comme le reste du gouvernement, le ministre de l’Energie, pourtant ancien syndicaliste et fils de syndicaliste, ne peut que se rendre à cette triste évidence.

  • 500 emplois fictifs dans les sociétés de l’environnement

«Cela dure depuis sept ans et ça ne va pas s’arrêter», dit Khaled Kaddour à Africanmanager, cela surtout que tant la CPG que le Groupe Chimique ont atteint la limite de leurs capacités de recrutement. «Dans l’industrie phosphatière tunisienne, le nombre de ceux qui perçoivent rémunération a triplé. Je ne veux pas parler de salariés, tant est important le nombre de ceux qui perçoivent salaire et ne travaillent guère pour atteindre désormais 13.500 personnes», nous a indiqué le ministre tunisien de l’Energie et des mines. Et d’ajouter, certainement sans trop y croire, que «cela ne peut plus continuer». Le ministre indique que «cette démarche de recruter des gens dans les sociétés de l’environnement [Ndlr : Par ailleurs des sociétés fictives, offrant de l’emploi fictif] ne peut plus continuer. Cela a créé plusieurs problèmes et désormais, tous veulent travailler dans l’environnement, car ils sont payés sans travailler».

Lorsqu’on lui rappelle que c’est un ancien syndicaliste, fils de syndicaliste, qui parle, il rétorque que «le syndicat est contre ça. L’Union régionale de l’UGTT de Gafsa dit qu’il n’est pas raisonnable de payer des gens qui ne travaillent pas». Et lorsqu’on lui rappelle, aussi, qu’on n’a pas encore vu de communiqué de l’UGTT condamnant cette pratique, Khaled Kaddour corrige que «ce que demande l’Union régionale, c’est de rendre effectives les sociétés de l’environnement» au titre desquelles ces employés sont payés et de leur trouver un emploi réel, ce qui s’est révélé, force est de le constater, impossible à faire.

  • 113 plaintes, non jugées, pour obstruction au travail

De tout cela, Khaled Kaddour est conscient, comme il est conscient que tous ces salaires sont payés, alors que la production de phosphate ne cesse de diminuer. Selon l’INS, la valeur ajoutée du secteur des mines a enregistré une régression de 15,9 % durant 2017. En janvier 2018, le volume d’exportation du même secteur a baissé de 20,8 % par rapport à janvier 2017, mois pendant lequel les exportations phosphatières ont régressé de 25,4 % par rapport au mois de janvier 2016. Une prise de conscience qui a poussé «la CPG à introduire 113 plaintes auprès de la justice en 2017, pour motif d’obstruction au travail». Aucune de ces 113 plaintes n’a été jugée. Une situation face à laquelle le ministre de l’Energie et des mines ne peut qu’être désolé et de répéter à qui voudrait bien l’entendre que «cela ne peut plus continuer. Il n’est plus permis d’arrêter le travail, quelles qu’en soient les raisons». Et Khaled Kaddour d’essayer de raisonner les responsables, en leur demandant, en guise d’appel de détresse, «depuis 7 ans que vous arrêtez le travail et perturbez la production. Avez-vous pour autant trouvé à travailler ? Non. Et si vous continuez à le faire, vous n’allez pas non plus travailler [Ndlr : dans la compagnie]. Comment pourrions-nous attirer d’autres investissements, tant de l’Etat que des privés ? Dans cette conjoncture, nul n’investira».

  • Des projets préparés et financés par l’Etat, pour essayer de résoudre la crise, avec l’application de la loi en dernier ressort

Pour l’instant, la situation est dans une phase de discussion, dira le ministre, en constatant que l’arrêt de la production, plutôt que de permettre la création de nouveaux emplois, a fortement impacté les travailleurs de la compagnie, la région et l’économie nationale. «Ce que je pense, c’est qu’il nous faut changer le schéma de développement de la région, avec l’Etat qui est prêt à encourager l’investissement privé et l’initiative privée en matière de petits projets avec une prise en charge de l’autofinancement de ce genre de projets pour les jeunes de la région». Et après avoir constaté que les jeunes de la région ne se décident toujours pas à franchir le pas de l’initiative, le ministre tunisien de l’Energie et des mines, Khaled Kaddour, franchit lui-même un nouveau pas. Il offre un accompagnement ciblé, par Délégation et par quartier. «Il nous faut trouver des experts dans l’accompagnement de ces jeunes, qui les aident à identifier les projets, les y préparent, les accompagnent dans toutes les démarches de création de ces petits projets, et les financements sont garantis». Faute de solution pour mettre fin aux arrêts du travail dans le secteur des mines, Khaled Kaddour est ainsi en train de trouver des projets, ficelés et prêts à l’emploi, avec un financement garanti par l’Etat. Le ministre finira par nous indiquer qu’une «équipe ministérielle étudie actuellement les meilleurs moyens de faire, en définitive, respecter la loi. Nous devons y arriver. C’est inévitable, car il faut appliquer la loi pour tous ceux qui bafouent l’invulnérabilité l’entreprise et les décisions seront prises, après avis du chef du gouvernement», dit le ministre de l’Energie et des mines à Africanmanager, dans un sursaut de sévérité, à l’égard des fauteurs de troubles.

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L’économie tunisienne, sous le gouvernement d’union nationale, finit l’année 2017 avec une croissance de 1,9 %. Elle fait ainsi mieux de 0,9 points que 2016. A la manière du verre vide versus verre plein, il y a deux manières de lire ce chiffre. Mais il y a aussi des évidences.

Pour le verre plein, il est indéniable que le, ou devrions-nous dire les gouvernements Youssef Chahed ont fait mieux que celui de son prédécesseur, Habib Essid. On pourrait même être un peu plus indulgent avec Youssef Chahed, et dire qu’il a réussi son pari de faire repartir la croissance.

Pour le verre vide, on pourrait dire qu’il n’a pas réalisé ses prévisions. Et si on voulait l’enfoncer un peu plus, on pourrait dire aussi qu’il n’a pas tenu parole et n’a pas encore su trouver la recette d’une croissance beaucoup plus vigoureuse. Les prévisions, comme les promesses, n’engagent que ceux qui les font, qui sont généralement aussi ceux qui y croient le plus. Youssef Chahed, qui prévoyait 2,5 %, n’est pas le seul dans ce cas. La Banque Mondiale prévoyait pour la Tunisie une croissance de 2,3 %. Les deux étaient, manifestement, plus optimistes que l’immobilisme tunisien, de toutes les parties, avec toujours aucun rebond, ni dans la production, ni dans la productivité, ni dans la création de richesses et de plus-value. Mais revenons à nos moutons (de panurge, dirons-nous) et décryptons froidement cette croissance de 1,9 %.

«Les origines de la croissance, on peut les étudier, d’abord au niveau de la contribution des forces de la demande à la croissance», dit le professeur universitaire et économiste Fethi Nouri. Ce dernier constate que «les secteurs introvertis, destinés au marché intérieur, ont contribué avec près de 1%. Quant aux secteurs extravertis qui sont destinés à l’extérieur, ils ont contribué à hauteur de 0,9%. Les activités non marchandes ont contribué, de leur côté, avec 0,3%. Par contre, les secteurs agricole et extractif ont freiné la croissance de -0,2%».

Et Fethi Nouri, qui parlait à Africanmanager, de continuer : «au niveau sectoriel, les secteurs suivants ont contribué respectivement : +1,6% pour le secteur des services, +0,4% pour les activités marchandes, une croissance vite absorbée pour le même taux par l’industrie non manufacturière. Le reste des secteurs ont apporté le reste de la croissance».

Le professeur Nouri estime donc que c’est là «une croissante lente et atone, qui peine à sortir de la trappe des faibles croissances entre 1 et 2%. C’est donc une croissance qui ne résout pas les problèmes et essentiellement ceux du chômage et des déséquilibres macro-économiques globaux. Une croissance, qui ne procure pas suffisamment des recettes fiscales, ce qui explique que nos recettes propres stagnent à un niveau inférieur à 75%. C’est une croissance qui n’a pas su profiter de la déprécation du taux de change du dinar tunisien pour booster l’exportation». Une croissance atone aussi non créatrice d’emplois, l’autre grand défi de tout gouvernement. En 2017, comme l’a indiqué l’INS, la morosité économique a quand même pu créer 10.400 nouveaux chômeurs et augmenté, même de peu, le taux de chômage qui passait de 15,3 % en 2016 à 15,5 % à la fin de l’exercice 2017.

Il faut dire aussi que la productivité tarde à revenir à son niveau antérieur pour accompagner la croissance et atteindre un seuil meilleur. Force est aussi de remarquer que cette croissance est lestée par un contexte social, très tendu, lequel représente un véritable frein qui empêche d’atteindre le rythme souhaité pour venir à bout des problèmes majeurs de l’économie tunisienne. Mais il y a aussi les reformes qui tardent à se mettre en place, à cause notamment des goulots d’étranglement administratifs.

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On s’attendait, comme le fera remarquer un député, à ce que le Gouverneur de la BCT s’illustre par son absence à la réunion de la commission des finances de l’ARP, consacrée ce mercredi 14 février 2018, à l’audition de la CTAF (Commission des Analyses Financières) sur la question de l’inclusion de la Tunisie par l’Union Européenne sur la liste des pays à haut risque en matière de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme. Entouré de la majorité des membres de la CTAF, Chedli Ayari enfile son costume de président de cette Commission, endosse la responsabilité de tout ce qu’elle a fait et se présente, presque serein à l’ARP.

C’est devant une salle comble qu’il cède d’abord la parole au SG de la CTAF, pour un «bref» aperçu, pour les députés de la commission présidée par Mongi Rahoui, banquier de son état, sur le GAFI, la seule autorité que reconnaît la BCT en matière de lutte contre le blanchiment et la seule habilitée à délivrer un quelconque classement en matière de respect des règles y afférant, selon le gouverneur Chedli Ayari. Ce dernier, s’est d’ailleurs, à deux reprises, demandé ce «que venait faire l’Union Européenne (UE) dans cette affaire». Pour lui, cette dernière est une autre juridiction dont le gouvernement est le seul vis-à-vis, et non la BCT. Et Ayari de nier même la compétence de jugement de la situation de la Tunisie en matière de lutte contre le blanchiment d’argent à l’Union Européenne. «Pour qu’elle le soit, il faudrait qu’elle vienne sur place en Tunisie», a-t-il dit, ce qu’elle n’a pas fait. Et d’ajouter même, comme pour dégager la responsabilité de la BCT du classement de l’Union Européenne, que «Bruxelles s’est donnée plus de prérogatives qu’elle n’en a». L’appréciation est du domaine du GAFI et ce dernier a amélioré le classement de la Tunisie !

  • Le dossier à charge contre le gouvernement !

Chedli Ayari a démontré , copie des correspondances à l’appui et sur écran du Data-Show, que la BCT a toujours tenu au courant le chef du gouvernement, à qui il revient la responsabilité de prendre les mesures, législatives et réglementaires, pour l’application des recommandations du GAFI qui auraient pu la sortir complètement de ce classement. On apprend ainsi que la BCT a émis entre 50 et 60 courriers, restés en majorité sans réponse de la part des services du chef du gouvernement. Il indique même que «le 3 novembre 2017, les mesures à prendre par chaque ministère, ont été identifiées au cours d’une réunion avec le chef du gouvernement». Leur mise en application aurait pu éviter l’inscription dans la liste de l’Union Européenne. Il n’en a été manifestement rien.

Le QR (Question & Réponses) et la discussion avec les députés, suite à cette démonstration, par le courrier, montrera une conscience collective de la commission des finances de l’ARP que le Gouverneur de la BCT est un simple bouc émissaire livré par le gouvernement à l’ARP, pour expliquer son limogeage avant terme et surtout, selon les députés de l’opposition, d’Ennahdha et d’un député de Nida Tounes. Selon eux, le but de cette manœuvre est de cacher les défaillances du gouvernement dans la gestion de ce dossier de la liste des pays à haut risque en matière de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme. Gouvernement qui serait, selon la majorité des intervenants, le seul, sinon le co-responsable dans cette affaire.

Ils n’oublieront pas, comme l’a fait le président de la séance Mongi Rahoui, d’égratigner Chedli Ayari, sur sa politique monétaire et son impact sur la situation économique. Il finira pourtant par dire que la CTAF est «un lanceur d’alerte et c’est au gouvernement de traiter les défaillances», pour démontrer encore que le Gouverneur de la BCT n’est qu’un simple bouc émissaire !

  • Hannibal et le GAFI

On apprendra aussi, de la bouche de Lotfi Hachicha, SG de la CTAF, que le GAFI avait par exemple demandé à la Tunisie de mentionner les ADM (Armes de destruction massive) dans la loi concernant la lutte contre le terrorisme et que cette mention avait été retirée par l’ARP qui devra l’ajouter.

On apprend aussi, de la même source, qui égrenait cette fois les efforts faits en Tunisie pour la lutte contre le blanchiment d’argent, qu’une opération de pistage des flux d’argent en cash transitant par la Tunisie, dite «Opération Hannibal», avait été lancée pendant l’été 2014 en coopération avec la Grande-Bretagne , et qu’elle avait permis de déceler les failles du système tunisien de contrôle de ces flux, dont une petite partie restait en Tunisie. Il annoncera ainsi la prochaine mise en place d’une plateforme qui permettra une meilleure surveillance, à grande échelle et en temps réel, de tous les mouvements de transfert d’argent en cash à travers toutes les institutions, douane et banques comprises.

Analyste en chef, Chakib El Adib, donnera ensuite illustration des notes accordées à la Tunisie par le GAFI en matière de conformité à ses recommandations et qui ont changé, entre le 4 novembre 2017 et le 27 janvier 2018, le classement de la Tunisie, de juridiction à haut risque à juridiction sous surveillance. Un changement qui a été rendu possible par le seul jugement pour crime de blanchiment d’argent rendu par la justice tunisienne. Ce qui reste trop peu, selon El Adib, pour améliorer l’appréciation du GAFI des améliorations faites par la Tunisie dans le ratio de l’efficience des mesures prises. Une efficience, dont la responsabilité revient à la justice et à la police.

  • L’affaire «Marhama» et le dossier de la BTE

Longuement, l’élue de l’ARP Leila Chettaoui parlera à titre d’exemple, de l’affaire de l’association «Qatar Al Khairiya» et de ses liens suspects avec l’association «Marhama» d’aide aux familles des anciens prisonniers politiques, des millions DT déposés dans ces comptes et des retraits qui en ont été faits en cash. Elle indique aussi que le ministre Mehdi Ben Gharbia avait dit que ce dossier serait entre les mains de la justice. Elle se demandera par la suite par quel hasard alors, le ministère des Affaires religieuses a-t-il pu signer, en décembre 2017, une convention avec cette même association « Marhama», dont le ministre Ben Gharbia a dit que son affaire est en justice ?

Notons aussi, dans ce déballage de soupçons de blanchiment d’argent, cette affaire de la BTE, rapportée par Samia Abbou. «Les employés de la banque nous en ont fourni les preuves écrites», a précisé sans autres détail la député Abbou.

  • Le dernier coup d’éclat de Chedli Ayari

Cette séance d’audition de la CTAF et de la BCT sur leur responsabilité dans le classement de la Tunisie, par l’Union Européenne, sur la liste des pays à haut risque en matière de blanchiment d’argent, a été aussi marquée par le coup d’éclat de Chedli Ayari. Conforté dans sa position de bouc émissaire du gouvernement de Youssef Chahed qui demandait sa tête à l’ARP, Ayari se rebiffe. Juste avant que les députés ne sortent pour une pause, il prend la parole pour dénoncer toute la campagne orchestrée, sans dire par qui, pour lui faire porter le chapeau de Youssef Chahed. “C’est mesquin, c’est petit, c’est vil. Je suis dégouté, je ne reste pas“. Démis par Chahed, il aurait ainsi préféré donner sa démission à l’ARP dont il a dit tirer sa légitimité.

Ce coup de gueule du ci-devant gouverneur de la BCT semble être le dernier. Sur demande du chef du gouvernement, Ayari a rencontré ce mercredi après-midi 14 février 2018, Youssef Chahed qui a entretemps fait une déclaration à Shems FM, en guise de «calumet de la paix».

Il n’est pas impossible, après que les deux hommes auront manifestement enterré la hache de guerre, que Chedli Ayari ne se présente plus, demain jeudi, à la plénière de l’ARP. Il éviterait ainsi que cette plénière ne se transforme en débat sur la politique de Youssef Chahed et sur la responsabilité de son gouvernement dans la crise avec l’Union Européenne, et se limitera à un simple vote sur la personnalité du nouveau Gouverneur de la BCT.

Khaled Boumiza

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La Tunisie est désormais sur la liste des pays à risque en matière de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme. Contrairement à la liste des paradis fiscaux, la Tunisie n’en sortira pas de sitôt, pour la simple raison que, pour l’Europe qui a été plus dure à ce propos que le Gafi, laisser libre cours au blanchiment de l’argent pour le retrouver dans les circuits de financement du terrorisme, est nettement plus dangereux que de faire fructifier, même illicitement, dans les paradis fiscaux. Le danger est d’autant plus grand pour l’Europe que celui du terrorisme est à ses frontières du Sud, dont les pays du Maghreb.

En Tunisie, cette question de blanchiment et de financement du terrorisme est un secret de polichinelle, il faut l’avouer. Les médias tunisiens et même les députés de l’ARP en ont parlé et en parlent, bien avant l’Union Européenne, depuis 2011. L’enquête parlementaire, ouverte depuis longtemps et jamais refermée sur les réseaux de transfert des djihadistes tunisiens vers des pays comme l’Irak ou la Syrie, ne pouvait ignorer que ce réseau était financé par d’autres réseaux d’argent blanchi. L’hallali fait autour du financement des campagnes de plus d’une personnalité, lors des dernières présidentielles, avait aussi évoqué, même sans le dire, l’argent venu d’en-dehors de la Tunisie. Plus d’une fois aussi, plus d’un lanceur d’alerte avait évoqué sur les plateaux TV les cas de plus d’une association dont les fonds seraient douteux. Pourquoi s’offusquer donc maintenant que le partenaire économique qu’est l’Union Européenne le découvre et veuille lutter, sans états d’âme, pour se prémunir contre le danger de voir financer des actes terroristes sur son sol ?

  • Que sont devenus les 500 dossiers de la Ctaf à la justice ?

La Tunisie était donc parfaitement au courant de ce risque, et la structure de la BCT, la CTAF (Commission tunisienne des analyses financières) en l’occurrence, travaillait déjà sur ce dossier. Pas moins de 500 dossiers de ce type ont été traités et transmis à la justice tunisienne. Pourquoi alors dormiraient-ils encore ou peut-être seraient-ils encore en cours d’investigations approfondies auprès de la justice ? Pourquoi le pôle judiciaire et financier ne communiquerait-il pas sur ces 500 dossiers et n’aiderait-il pas à donner plus de visibilité sur ce sujet à une Union Européenne qui a encore des doutes sur la volonté de la Tunisie de lutter contre ce fléau du blanchiment d’argent ?

La justice, il faut le dire, reste pour le moment un peu trop focalisée sur d’autres dossiers, il est vrai, de moindre importance. Le dernier exemple est celui du jugement dans une affaire, dite d’emploi fictif dans une entreprise publique cotée en bourse. Loin de vouloir défendre quiconque, leurs avocats le feront mieux que nous, on se limitera à se demander pourquoi cette personne uniquement, alors que d’autres, hiérarchiquement et politiquement mieux placés que lui, ayant bénéficié, comme lui, de largesses de l’ancien régime et d’emplois fictifs comme lui dans des entreprises publiques, comme lui, restent couverts par l’immunité. Des milliers de personnes sont, depuis 2011, dans la même situation que lui. Des millions DT ont été versés par l’Etat pour des emplois fictifs, dans des structures fictives, comme les sociétés de l’environnement. Seraient-ils, eux aussi, immunisés car intervenant après la révolution ? La justice tunisienne ferait-elle du «deux poids, deux mesures» ? Pourquoi le Parquet ne s’expliquerait-il pas à ce sujet comme c’est le cas dans toutes les démocraties ?

  • Qu’attend le « Superman» de la guerre contre la corruption pour demander des comptes ?

Reste donc la question des plus de 250 partis politiques et des milliers d’associations qui engagent directement la responsabilité du gouvernement dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le risque de financement du terrorisme.

Presqu’aucune association, à ce qu’on sache, n’a jusqu’ici communiqué ses états financiers, audités par commissaires aux comptes, aux Secrétaire général du gouvernement, comme les y oblige le décret-loi de 2011. Pourquoi le gouvernement ne sommerait-il pas, enfin, ces associations de le faire, de leur fixer un deadline, au-delà duquel elles pourraient être interdites d’exercice ? De quoi aurait peur le gouvernement de Youssef Chahed pour traîner jusqu’ici le pas devant les réfractaires à la loi et même les hors-la loi ? Serait-ce de découvrir le pot aux roses de certaines de ces associations qui auraient des choses à cacher pouvant les mettre en lien avec des partis politiques de la place et peut-être même au pouvoir ?

Le même raisonnement, les mêmes reproches à Youssef Chahed et les mêmes appréhensions quant à de possibles liens avec le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, sont valables pour les partis politiques. La grande majorité d’entre eux n’a pas non plus publié ses états financiers. Pourquoi alors le chef du gouvernement ne les sermonnerait pas et ne les met-il pas encore dans l’obligation de le faire ? Ce silence du gouvernement pourrait pourtant être compris comme complice !

La claque magistrale de Patrice Bergamini à Rached Ghannouchi, faut-il le remarquer aussi, ne concerne pas qu’Ennahdha. Cette dernière, à propos de laquelle l’ambassadeur européen se demandait «est-ce que ce soir, il y a un responsable politique qui me demande qu’ensemble avec la Tunisie, qu’on arrête de focaliser sur les questions de blanchiment d’argent et du financement du terrorisme ? » est partie intégrante du gouvernement de Youssef Chahed. Le, disons-le clairement, laxisme du chef du gouvernement sur cette question du blanchiment d’argent cacherait-il une peur qu’on découvre l’inavouable et une volonté, même contrainte, de protéger Ennahdha, partenaire de Nidaa Tounes dans le pouvoir ? N’est-il pas de notoriété publique que le plus gros gibier de la guerre contre la corruption de Youssef Chahed était en relation d’affaires avec certains partis politiques de la place et même au pouvoir ?

On ne saurait le penser. C’est ce qui nous dicte le devoir de demander au gouvernement d’agir, de demander des comptes aux partis politiques et aux associations, de donner des signaux à une Europe qui durcit le ton, et de contribuer à tranquilliser le partenaire européen pour qu’il sorte la Tunisie de cette seconde liste, plus méchante que la première ! Entendra-il raison ?

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S’enthousiasmer n’est pas chose aisée pour un journaliste. D’abord parce qu’à forcer de plancher sur des sujets de toutes sortes, au quotidien, on acquiert la placidité du médecin et la froideur du chirurgien – une froideur salutaire pour le malade, car le geste en devient plus précis ! -, ensuite parce qu’on entend beaucoup parler, chez les hommes d’affaires, de projets économiques bancables, et on en voit peu qui daignent investir juste pour l’autre et sans aucun but lucratif. Mais pour Badreddine Ouali, à la tête de l’une des plus importantes sociétés d’informatique à l’échelle internationale, Vermeg, (les Tunisiens ne font pas légion dans ce domaine !), mais qui ne fait pas que dans le lucratif et investit dans l’humain, nous allons faire – allez, pour une fois – une exception. L’envergure du bonhomme le vaut bien, et vous allez très vite en convenir.

Ouali a rencontré Xavier Niel au dernier Forum économique tuniso-français. De cette rencontre, et avec l’appui d’Emanuel Macron, est née l’idée d’une «Ecole 42» pour la Tunisie. L’idée a très vite fait du chemin, portée par une fondation et qui sera… complètement gratuite pour tous ! Une première en matière d’apprentissage en Tunisie !

  • Born To Code ?

L’information en a d’abord été donnée lors d’un entretien du chef du gouvernement, Youssef Chahed, avec Xavier Niel, un homme d’affaires et grosse fortune française. L’homme y a fait juste allusion, lors de cette rencontre. Mais le projet a vite fait d’avancer.

«L’Ecole 42 est une école totalement gratuite. Ce n’est pas une affaire, ce n’est pas une entreprise, ce n’est pas un business, ce n’est pas un investissement. C’est une institution qui ne peut marcher qu’à fonds perdus. Structurellement, c’est quelque chose dans lequel, on ne peut collecter de l’argent auprès des étudiants, du tout, ni auprès des futurs employeurs. C’est quelque chose à but non-lucratif et du 100 % mécénat. Ça sera donc, zéro paiement pour les étudiants». C’est ce qu’a déclaré Badreddine Ouali à Africanmanager.

Du coup, c’est la Fondation Tunisie pour le développement qui porte le projet 42. C’est en fait une fondation française dont le conseil d’administration comprend la Prix Nobel Wided Bouchammaoui, et qui a une filiale en Tunisie, avec pour président Badreddine Ouali, qui va porter l’Ecole 42. La même fondation finance une ferme thérapeutique pour handicapés à Sidi Thabet et finance la partie internationale de Smart Tunisie. «On fera, pour Ecole 42, appel à des financeurs internationaux, solliciter l’Etat, les organismes multilatéraux amis de la Tunisie. La participation sera bien sûr à fonds perdus», précise le président de la fondation et futur dirigeant de «42 Tunisie».

Il faut aussi remarquer que c’est Xavier Niel qui fournira la technologie, les outils pédagogiques, les vidéos de cours et les serveurs.

  •  Qui pourra entrer, sans rien dépenser à l’Ecole 42 de Tunisie et quand ?

Toujours selon Ouali, «il faut d’abord que l’étudiant le veuille et qu’il ait la tournure d’esprit pour faire ça». Il est vrai que les codeurs sont presque une classe à part de jeunes doués. La caractéristique de cette école, c’est que l’entrée s’y fait sans aucun diplôme requis, sauf d’avoir 18 ans révolus, et tout y est gratuit, même pas de droits d’inscription. Ouali l’affirme. Après cela, «il y a deux étapes dans la sélection. La 1ère se fait on-line par des tests de logique, d’intelligence, etc. Après, il y aura des entretiens avec les présélectionnés lors de la 1ère étape, il y aura des entretiens et ensuite une période d’immersion qu’on appelle à l’Ecole 42 «la piscine» où ils seront appelés à travailler sur des projets, pour tester leur endurance à travailler jour et nuit sur leurs projets. L’admission finale se fera à la sortie de la piscine», explique encore le 1er responsable de l’Ecole en Tunisie.

  •  Au plus tard, en 2019, l’ouverture et les inscriptions

Après autant de détails, sur ce projet porteur d’un autre modèle d’éducation, à bâtir en Tunisie après sa réussite en France et ailleurs, on se demande quand est-ce que cela deviendra possible. «Il faut d’abord trouver le local, l’équiper, recruter les étudiants. On n’a pas encore de planning arrêté, mais on va quand même essayer de faire ça cette année. Ce qui est sûr, c’est qu’elle sera opérationnelle en 2019, mais on va essayer que tout soit prêt, qu’elle ouvre les portes et qu’il y ait les premiers étudiants cette année 2018», répond, sûr de lui et sûr de l’appui des autorités tunisiennes, l’homme d’affaires et mécène Badreddine Ouali.

42 est déjà en train de rechercher un terrain pour l’école, de préférence dans la ville de Tunis. Seule exigence et pas des moindres : il devra être dans un endroit facile d’accès et pas cher en matière de transport. Il devra aussi être, car n’offrant aucune autre commodité de logement ou de nourriture, dans une région, de préférence dans la ville et où la nourriture et le logement ne sont pas chers du tout, pour des étudiants qui n’ont pas d’argent et dont le temps et l’énergie seront déjà complètement bouffés par l’apprentissage du Code et par leurs projets.

Khaled Boumiza

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Les mauvaises nouvelles s’égrènent depuis le début cette semaine. Après l’inflation à presque 7 % qui n’a semblé émouvoir personne, tant elle était attendue, voilà la Tunisie mise de manière officielle par la même Union Européenne (UE) dans une nouvelle liste noire, celle des pays exposés au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme. Un nouveau coup dur, après la liste des paradis fiscaux, qui risquerait d’avoir de graves conséquences pour l’économie d’une Tunisie, déjà en crise financière aigue.

  • BCT, le bouc émissaire tout désigné

La 1ère victime de cette nouvelle liste est le gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), Chedli Ayari, dont la tête était déjà demandée par diverses parties, dont l’UGTT. Dogmatiquement monétariste, alors que le gouvernement préférait un Keynésien acquis à la politique de relance, il avait pourtant fait plutôt du bon travail, dans la limite des missions qui lui sont assignées par les statuts de l’institut d’émission. Echaudé par le résultat du vote au sein de l’UE en faveur de l’inclusion de la Tunisie dans la liste des pays exposés au blanchiment d’argent, contre l’avis de l’instance internationale spécialisée qu’est le GAFI, le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed a décidé d’accélérer les procédures de limogeage de Chedli Ayari et a déjà annoncé son successeur à la tête de la BCT, dans l’attente de l’accord de l’ARP. Une ARP qui montera certainement sur ses grands chevaux et demandera certainement une enquête sur cette nouvelle «médaille de la honte» décernée à un pays qui a pourtant été couronné par la médaille de l’honneur du Nobel de la paix. Une ARP aussi, qui n’a d’ailleurs pas conclu sa première enquête sur les péripéties de l’entrée de la Tunisie dans la liste des paradis fiscaux, avant qu’elle n’en sorte, bien que le point focal ait été clairement identifié.

  • Le blanchiment d’argent. Ce n’est pas une nouveauté en Tunisie !

Nous n’entrerons pas dans les détails de l’inclusion dans la liste des pays exposés au blanchiment d’argent et la gestion, désastreuse disons-le, de ce dossier, partagée entre deux institutions, le gouvernement à travers le ministère des Finances qui aurait rempli convenablement cette fois son rôle, et la présidence de la République à travers le ministère des Affaires étrangères qui n’aurait pas excellé dans la défense du dossier tunisien devant l’aile droite de l’UE. Ce n’est pas le propos. Il nous semble plutôt qu’il est temps pour la Tunisie de se poser certaines questions et d’en assumer pleinement la responsabilité.

La Tunisie n’avait pas besoin, en premier lieu, qu’on lui rappelle qu’elle est exposée au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme. Elle le sait très bien. Un rapport avait été établi depuis avril 2017, par la BCT dont on fait désormais le bouc émissaire, évaluant clairement et sans détour les dangers en la matière. Un autre rapport, en date de 2015, a été publié par la BCT et présenté au chef du gouvernement. Cette dernière était en négociation, avec ce que cela suppose en échange d’information, avec le GAFI, qui lui a même décerné un satisfecit quant aux progrès faits en la matière, comme en a fait part le 1er février 2018 un communiqué de la BCT. La Tunisie fait donc des progrès. Mais l’UE reste intransigeante à ce sujet, même avec ses propres membres. La Tunisie ne semble pas l’avoir compris, ni d’ailleurs les changements au sein de cette institution européenne.

  • La Ctaf a fait ce qu’elle pouvait. Et la justice ?

La Commission Tunisienne des Analyses Financières (CTAF), instituée par l’article 118 de la loi organique n°2015-26 du 7 août 2015 relative à la lutte contre le terrorisme et à la répression du blanchiment d’argent, est une Cellule de Renseignements Financiers de type administratif. Elle est cependant tenue à l’obligation de réserve. Elle identifie, après analyses, tous les dossiers et les transmet à la justice à laquelle il incombe de trancher. Plusieurs fois questionnée, par nos soins entre autres, elle assure qu’elle a instruit plus d’un dossier et tout transmis à la justice. Cette dernière, peut-être submergée, n’aurait jusqu’ici pris aucune décision. Une ou deux, ou même plus, décisions de justice auraient peut-être tranquillisé le partenaire européens sur l’engagement, clair et sans faille de la Tunisie dans sa démarche de lutte contre le blanchiment de l’argent et contre le financement du terrorisme, dans un pays où plus d’un donneur d’alerte avait pourtant évoqué de tels faits. La Tunisie reste, en la matière, réactive et peine à devenir active.

  • Quid des centaines d’associations, dites caritatives !

La Tunisie, c’est aussi des dizaines d’associations créées après la révolution, et qui ne sont pas toutes philanthropiques, caritatives et altruistes. La création de ces associations relève juridiquement du gouvernement et il y a même un ministre en charge de ce dossier. A plus d’une occasion, des révélations ont été faites sur l’activité de certaines d’entre elles, fortement soupçonnées de financement, pour le moins illicite pour ne pas dire en lien avec le terrorisme. Peu d’enquêtes ont été diligentées.

Loin d’être désinformés, les ambassadeurs européens n’ont certainement pas manqué de relayer ces informations à leurs hiérarchies qui en ont sans aucun doute tenu compte dans les votes de leurs représentants. Loin d’être mal informés, les responsables tunisiens ont peut-être, par manque de volonté politique ou à leur corps défendant, fermé l’œil ou fait comme les singes de la sagesse, mais ils ne pouvaient pas ne pas être au courant. Ils, ou c’est encore la justice, ont laissé faire et ils viennent de recevoir, en pleine figure avec l’entrée dans cette nouvelle liste, le boomerang de leur partenaire et ami, l’Europe. C’est pour tout cela que nous mériterions presque ce qui nous est arrivé et que la Tunisie ne pourrait en vouloir qu’à elle-même !

 

NB : Les liens des deux rapports, sont de la BCT et sont sans danger, malgré le Warning de Microsoft

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Grande institution financière bien qu’elle n’en ait pas les statuts, Entreprise publique, sans pour autant être sous tutelle du ministère des Finances, la Caisse des Dépôts et Consignation (CDC), est peu connue, bien qu’elle soit le plus gros bras financier du gouvernement. Elle a pourtant cinq ans d’âge et Boutheina Ben Yaghlane en est la seconde DG.

Avec ses 5 Milliards DT, c’est aussi l’Entreprise qui a le plus grand actif sur la place. Bénéficiaire, elle investit et fructifie l’épargne de La Poste. Dans ses cartons, des projets de partenariats publics-Privés (PPP) de grande envergure. Mais aussi, un «fonds des fonds» pour les Start-Up qui attend l’accord de l’ARP et un aussi grand fonds, pour les énergies renouvelables. C’est de tout cela qu’elle a parlé à Africanmanager. Interview :

Est-ce qu’il y a de l’argent chez la CDC ; d’où provient-il et à quoi est-il utilisé ?

Je vais le dire, d’une manière aussi directe que votre question, oui. La CDC étant le bras financier de l’Etat, on lui a confié la mission de sécuriser et de fructifier essentiellement l’argent de l’épargne postale et des consignations. En total actif, cela dépasse les 5.000 MDT et en fonds propres nets, cela représente 257 MDT avec un résultat net pour 2016, bénéficiaire de 59,3 MDT, avec une évolution de 65 % par rapport à 2015 où on avait fait un bénéfice de 33 MDT, grâce notamment à une reprise de provisions sur des billets de trésorerie pour Bina Corp. Nous serons bénéficiaires aussi pour 2017, même si ça ne sera pas au niveau de 2016. L’épargne représente 4900 MDT, ce qui ne constitue qu’une partie de l’épargne. Par décret, on ne peut en tout cas pas utiliser plus de 14 % de l’épargne nationale. La CDC n’en est déjà, en investissement, qu’à moins de 10 %. Notre investissement dépasse les 300 MDT, dans des actions d’appui à l’initiative publique comme à l’initiative privée, à travers des FCPR, des FCP actions pour dynamiser la bourse, dans des projets cotés et des emprunts obligataires.

On en veut généralement à la CDC de ne pas s’impliquer dans le sauvetage financier des entreprises publiques qui vont mal ?

La Caisse participe, en fonds propres, dans des opportunités d’investissement qui devront être, à long terme, rentables. Comme on utilise des ressources sacrées, nous n’avons pas le droit de financer des projets qui rapporteraient des coûts moindres, par rapport à celui de nos ressources. C’est cela notre modèle d’investissement, qui doit respecter les règles prudentielles de gestion.

Etes-vous en train de dire qu’essayer de sauver des entreprises publiques en difficulté présente un risque pour la CDC ?

J’y arrive. Pour les entreprises publiques, nous n’avons aucun problème à y entrer. Mais la discussion qui a été faite au niveau de la présidence du gouvernement à ce propos, c’est que la Caisse agit de manière indirecte à travers la constitution d’un fonds pour la restructuration des entreprises publiques. En fait, les EP ne nécessitent pas uniquement un apport financier, mais surtout une certaine restructuration. La CDC a donné son accord pour financer ce fonds, à hauteur de 50 % dans ce fonds de 1.000 MDT. La décision finale devra être prise par le gouvernement, qui est certainement en discussion avec les partenaires sociaux. Nous avions été consultés, en tant qu’acteur public, et nous avions donné notre avis et nous sommes prêts à participer au sauvetage des entreprises publiques. La CDC est, par ailleurs, intervenue, en 2013, pour sauver Carthage Cement et sauver l’argent du Pool bancaire, en injecter 42,3 MDT dans Bina Corp

Si vous aviez à le faire, vous choisiriez quelle EP ou quel secteur d’activité ?

Après actualisation de notre stratégie d’investissement, nous voulons être, en premier lieu, dans des projets structurants, tels que les ports, les aéroports, les hôpitaux, assainissement dessalement …

Vous n’êtes, entre temps, nulle part, si l’on excepte le port en eau profonde d’Enfidha, alors qu’on voit s’intéresser à ces projets structurants, des investisseurs étrangers…

La CDC est déjà partenaire, en PPP institutionnel, dans le projet de pôle de compétitivité. Les deux projets en PPP contractuel, qui se préparent pour cette année chez la CDC qui sera dans le tour de table financier, sont un projet de dessalement des eaux de mer à Sfax et un autre d’assainissement à Gabès.

Vous n’êtes pas dans des projets d’énergie photovoltaïque, comme celui de Tozeur. Pourquoi ?

On n’a pas été sollicités. En fait, il y a deux manières de faire. Soit nous cherchons nous-mêmes les projets et on le fait, soit nous sommes sollicités. Pour les énergies renouvelables, qui font partie de nos axes stratégiques d’accompagnement des transitions majeures du pays, dont l’énergétique écologiques et la numérique et digitale. Nous sommes en phase finale de mise en place, avec Steg énergie renouvelable, d’un fonds pour les énergies renouvelables qui ne pas pourrait être de moins de 100 MDT. Nous sommes en voie de mise en place d’un «fonds des fonds» pour les start-up et l’innovation, pour un montant de 100 M€. La CDC y entrera à hauteur de 20 % et va à la recherche d’autres bailleurs de fonds qui seront dans un tour de table commun pour financer d’autres fonds, en «Early-stage» ou en «Later-stage», une fois la règlementation pour les start-up sera adoptée par l’ARP. Nous offrirons ainsi le meilleur véhicule de financement à nos «startuppers». En fait, avant d’entrer dans un quelconque projet et faire appel aux bailleurs de fonds, il y a un travail préalable à faire en amont. Lorsque nous voyons, aujourd’hui, que le pilier réglementaire est encore en voie d’être en place, cela nous handicape et c’est le cas du PPP. Il existe depuis 2015. Il y pourtant des difficultés de mise en place et nous avons donc des difficultés à mettre en place des PPP en contractuel. Il y a un travail de formation, de sensibilisation de nos institutions, qui aurait dû être fait en préalable, car la démarche de projet est différente, entre financement de projets par des bailleurs de fonds et financement PPP. C’est pourquoi, pour les projets de dessalement et d’assainissement, nous parlons de projets pédagogiques. En définitive, la loi est une chose, la concrétisation en est une autre …

Et à qui la faute ? Celle de l’Administration ?

… Je n’attaque personne. Je dis simplement qu’il faut bien préparer le terrain pour une mise en place convenable de toute loi. Toute seule, cette dernière ne sert à rien. Les choses doivent être faites en concomitance et des fois, cela prend un peu trop de temps. On a une loi pour les PPP, mais pas de projets en PPP contractuel, car leur mise en œuvre prend du temps. Pour la transition numérique, nous réfléchissons loi et financement en même temps, pilier réglementaire et pilier financier, et cela nous fera gagner énormément de temps. C’est tout le travail sur lequel planche la CDC. Pour qu’elle devienne un tiers de confiance, il faut du temps. Aujourd’hui, les banques partenaires, notre réseau de sociétés de gestion et nos partenaires institutionnels, nous font confiance. La graine est mise en terre, les résultats viendront. C’est ainsi qu’avance, par exemple, notre programme «Anava Tunisie», qui sera financé, en partie, à travers le fonds des fonds de 100 M€ qui financera une dizaine de fonds, lesquels financeront à leur tour les Start-Up, notamment technologiques. A ce sujet, nous sommes en train de préparer les cahiers des charges, les critères et les règles à respecter pour faire réussir ces Start-Up. Nous prévoyons qu’il deviendra effectif à la mi-2018. On attend cependant toujours le vote du projet du nouveau cadre réglementaire des Start-Up par l’ARP. Un cadre qui permettra de faire, par exemple, la différence entre PME et Start-Up, avec des mesures fiscales et un règlement spéciaux. On aura, alors, l’équivalent de la loi pour les investissements des PME, mais pour les Start-Up et qu’on a appelé la Start-Up Act, dont on dit que ce sera l’équivalent de la loi 72 du 21ème siècle.

Vous êtes en train d’utiliser l’argent des épargnants tunisiens pour investir. Est-ce vous comptez rémunérer leur argent ?

Il y a eu, en 2013, signature d’un contrat tripartite entre La Poste, la CDC et le ministère des Finances qui régit ce rapport de rémunération. La convention dit que les ressources de La Poste sont mises à la disposition de la CDC qui rémunère cette épargne. Elle n’évoque pas une rémunération autre que celle qu’elle reçoit de La Poste. Nous aspirons à faire bénéficier les épargnants de nos bénéfices et nous travaillons avec La Poste sur la mise en place de nouveaux produits communs, entre autres, qui devraient permettre de générer une meilleure rémunération pour les épargnants.

Où iront les 59,3 MDT de bénéfices de la CDC pour 2016 ?

Ils seront réinvestis. Même si elle est Entreprise publique, la CDC n’est pas régie par la loi de 89 pour les EP et n’est pas sous la tutelle du ministère des Finances et ni souveraine dans les choix des projets où elle investit. On travaille actuellement sur les 2 projets en PPP, dessalement et assainissement et on a fait notre entrée dans le capital du projet du port en eau profonde d’Enfidha.

Quels sont les projets de la CDC qui se concrétiseront en 2018 ?

D’abord, le fonds des fonds pour les Start-Up. Ensuite, celui des énergies renouvelables. On devrait les boucler sous peu et ce sera la fierté de la CDC. On n’oubliera pas les deux prochains PPP, dessalement et assainissement. Revenez me voir en janvier 2019 (petit rire qui en dit long sur les prétentions de la présidente de la CDC), on fera le bilan !

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Chedly Ayari, qu’on croit généralement détenteur du «bâton de Moïse»           et derrière lui toute la BCT qu’on croit être la Cour des miracles, est devenu le bouc émissaire de tout le monde, et dernièrement du secrétaire général de l’UGTT qui se laisse aussi embarquer dans la cabale.

Tout le monde veut son départ et beaucoup attendent impatiemment le mois de juillet prochain, date d’expiration du contrat d’Ayari, pour prendre sa place. Mais ce n’est pas une première. Avant Ayari, Mustapha Kamel Nabli avait essuyé les mêmes critiques, aussi incongrues les unes que les autres.

Dans une déclaration à la presse, le jeudi 25 janvier 2018, le SG de l’UGTT, Noureddine Taboubi demandait la tête du gouverneur de la BCT. Dans un pays, classé 1ère démocratie dans le monde (on serait presque tenté de s’arrêter là !)… arabe, c’est son droit d’exprimer son opinion que lui garantit la «meilleure constitution au monde ». C’est plutôt les griefs que nourrit Taboubi contre Ayari qui sont pour le moins…étranges pour celui qui parle au nom de 500.000 ouvriers et qui dispose d’un des plus importants think tanks du pays du jasmin flétrissant.

Selon cette déclaration du patron des travailleurs, Ayari serait responsable de «la dégringolade du Dinar, de la baisse de 1 jour des réserves en devises et de la détérioration de la situation économique générale en Tunisie». Rien que cela !

On remarquera au passage que Taboubi n’est en cela que l’écho de ce que répètent, depuis des années, tous les adversaires du gouverneur de la BCT. Bien avant lui, Mustapha Kamel Nabli avait fait l’objet de la même cabale politique, qui a fini par faire perdre à la transition économique de la Tunisie, l’éminent économiste qu’il était, et le fin connaisseur des arcanes des finances internationales qui a longtemps travaillé à la Banque Mondiale.

A ce dernier, on reprochait officieusement son refus de laisser le gouvernement de Hammadi Jbali disposer librement de l’argent de la vente des 35 % de Tunisie Télécom et officiellement l’attribution par l’agence de notation américaine «Standard and Poor’s» de la note de la dette à long terme « BB » à la Tunisie.

Dans ce cas comme dans l’autre, il est utile de rappeler ce que stipule la Constitution à propos du poste de Gouverneur de la BCT. Pour le licencier, il faudra donc s’adresser à l’ARP et y convaincre 108,5 des 2015 députés (50 % des voix plus une).

Article 78 de la Constitution :

Le Président de la République procède, par voie de décrets présidentiels à la nomination du Gouverneur de la Banque centrale sur proposition du Chef du Gouvernement et après approbation de la majorité absolue des membres de l’Assemblée des représentants du peuple. Il est mis fin à ses fonctions selon les mêmes modalités ou à la demande du tiers des membres de l’Assemblée des représentants du peuple et l’approbation de la majorité absolue de ses membres.

Sans vouloir porter atteinte à qui que ce soit, l’UGTT, rapide à la détente, et ses membres au sang bouillonnant, il nous parait utile de lui conseiller de lire les statuts de la BCT, pour s’y informer des réelles missions et prérogatives de l’Institut d’émission. L’organisation syndicale et son chargé de communication (là on va bientôt se faire insulter), pourront ainsi y découvrir que la conduite de la politique économique est du seul ressort du gouvernement et … de ses partenaires, dont l’UGTT.

Ce n’est pas la BCT qui décide de l’augmentation des prix des biens et services. C’est le GUN, choisi par les signataires de l’accord de Carthage, dont l’UGTT et certains partis qui appellent au départ du gouverneur. Ce n’est pas la BCT qui a dévalué la monnaie locale, mais les opérateurs économiques, réels et informels, dont certains bénéficient de couverture. La BCT décide certes du taux d’intérêt, mais c’est dans la droite ligne de sa mission de veille au dérapage de l’inflation. Ce n’est cependant pas cette institution qui décide de la dette. Elle en reçoit l’ordre du gouvernement, sous le contrôle de l’ARP, et c’est ensuite cette dernière qui décide du montant, de l’intérêt et de la maturité.

Neji Jalloul, directeur général de l’Institut tunisien des études stratégiques (ITES) a affirmé dans une déclaration accordée mercredi 31 janvier 2018 à Mosaïque Fm, que «la crise financière ne sera pas résolue si on remplace le gouverneur de la BCT, si on le remplace même par Einstein rien ne changera ! Tout le monde devrait assumer la responsabilité de cette crise qui concerne tous les Tunisiens, alors, soit on en sort ensemble, soit on s’y enfonce ensemble ». Il n’est en effet un secret pour personne que la crise économique tunisienne est d’abord une crise de travail, de production et de productivité. Comme pour tout chef de gouvernement, tout autre gouverneur de la BCT se retrouvera devant les mêmes difficultés, contraintes, pressions et tensions. Einstein, pour reprendre Jalloul, ou même Adam Smith, père de l’École classique et de l’économie moderne, ou encore le Nobel de 1990 Sharpe William, n’y pourraient rien s’ils n’étaient pas soutenus dans les mesures, douloureuses et incontournables et connues de tous, que nécessitent une telle situation, économique et financière, plus que serrée. Qui est en fait responsable de la situation de crise économique aigue et pourquoi cherche-t-on un coupable ?

Jalloul ou n’importe lequel des économistes tunisiens non politisés, dira comme lui que «la dépréciation du dinar ainsi que la chute des réserves en devises reflètent la dégradation de la culture du travail. On est encore dans un discours électoraliste et il est temps, aujourd’hui, de penser à l’avenir du pays et de prendre des mesures difficiles, douloureuses et audacieuses qui vont nous permettre de dépasser la crise économique qui s’amplifie de plus en plus» et que il y a « un manque de responsabilité politique ».

C’est là, à notre sens, qu’il faudra chercher la véritable cause de tout ce qui se passe en Tunisie et les véritables boucs émissaires sur lesquels devraient, l’UGTT comme beaucoup d’autres parties, déverser leur colère et demander le départ. Les Municipales, qui sont le véritable enjeu de toutes les déclarations, qui se font contre l’un ou l’autre des gouvernants, montreront si le peuple a appris la leçon.

Adorateur du chanteur Léo Ferré, je réécouterais bien volontiers ses mots !

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Le président français, Emanuel Macron, est venu, il a vu et à notre sens il a convaincu. D’abord par son humilité, surtout en face de l’expérience d’un alter-ego qui a plus de 50 ans d’âge que lui. L’attitude, plutôt chaleureuse, avec le Selfie décontracté à Carthage par exemple, parfois complice même des deux hommes, comme lorsqu’ils se tenaient la main, en aura finalement démenti plus d’un sur la personnalité des deux chefs d’Etat et la nature des relations entre la Tunisie et la France. Mais ensuite, par l’attitude moins «donneuse de leçons» d’un président qui a maintes fois donné la nette impression de mieux connaitre le pays qu’il visite et surtout mieux le comprendre qu’une large partie d’une certaine presse française, la conjoncture, nationale et internationale de son premier partenaire économique et sa frontière du Sud. Cela, en évitant les conjectures et allant plusieurs fois jusqu’à faire remarquer au chef de l’Etat tunisien qu’il parlait sous son contrôle, comme lors de la conférence de presse conjointe au palais de Carthage.

Contrairement à ses rencontres avec d’autres chefs d’Etats, africains et même occidentaux, Emanuel Macron est allé jusqu’à défendre la Tunisie en matière de respect des droits de l’homme. C’est ainsi, lors de la 1ère conférence de presse conjointe, que le chef de l’Etat français qui répondait à la question d’un journaliste français qui demandait «si la Tunisie pouvait toujours être considérée comme «un exemple à suivre», en termes de démocratie, après des brutalités policières lors de récents troubles sociaux et dont a fait état l’ONG Human Rights Watch (HRW), répondait que «avec beaucoup d’humilité, cette même association a dénoncé parfois ce qui se passait en France ! Je n’ai pas l’impression que nous soyons le pays ennemi des droits de l’homme, quoiqu’en disent certains de vos confrères qui perdent le sens de la hiérarchie et des propensions». Et d’ajouter que «parfois nous avons tendance, à confondre les gravités et à considérer qu’une dénonciation vaut toutes les autres (…). Il fut un temps (en se retournant vers BCE) où la démocratie n’était pas au rendez-vous ici-même. Mais enfin, si nous voulons aider les démocrates dans les situations difficiles, il serait bon que nous confrontions nos principes au réel en permanence, car c’est ça gouverner avec la démocratie avec les temps du terrorisme et de la difficulté». Des paroles qui ne feront pas le bonheur de beaucoup de «droit-de-l’hommistes» et d’autres qui comptaient sur les ONG étrangères pour porter un coup à la jeune démocratie et ses chances économiques, selon des observateurs locaux.

Macron va même plus loin, dans ce qu’on pourrait appeler une sorte de mea-culpa par rapport à ce qui est arrivé en Libye, voisin de la Tunisie et cause de beaucoup de ses déboires, politiques et économique, en disant : «Sommes-nous totalement sans liens avec ce qui s’est passé en Libye et les conséquences subies par la Tunisie ? Je n’en suis pas persuadé !»

Sinon, le reste de la visite du chef de l’Etat français avait des allures de Marathon et menée au pas de charge, entre Carthage, La kasbah, le Bardo et le Forum économique notamment. Cela ne l’a pas empêché de prendre un bain de foule. Un clin d’œil comme un message aux touristes français, leur disant que le pays est sûr et qu’ils peuvent y revenir. Beaucoup, parmi les jeunes présents, lui criaient «le visa Monsieur le Président». Il y répondra, face à la journaliste Meriem Belkadhi, en disant que «si vous voulez bouger, que vous avez un projet académique, entrepreneurial ou en tant qu’étudiant, je veux qu’on généralise, ce qu’on est en train de faire avec les pays du Maghreb et quelques pays africains, le visa de circulation, qu’on allège les formalités qui facilitent l’aller-retour, tout en nous assurant régulièrement que vous faites bien ce pourquoi vous êtes venus». Visa oui donc, mais cadré. Il est vrai que la question de la libre-circulation reste toujours au cœur même des discussions sur l’ALECA dont la France est membre.

Il a caressé les Tunisiens dans le sens du poil, mais il les a surtout confortés sur l’appui de celle qui a été, quelque peu, derrière une partie des déboires de leur révolution, avec son «si vous échouez, nous échouerons» et l’appui au travail du chef de l’Etat et surtout au chef du gouvernement, Youssef Chahed. Il a aussi beaucoup parlé de francophonie. Et si cela avait ravi ceux qui voient dans la langue française et les langues étrangères un outil de développement des affaires et un outil de formation et d’ouverture sur l’extérieur, cela a certainement déplu à ceux qui traitent les francophiles tunisiens de «restes de la francophonie» ou selon eux «حثالة الفرنكوفونية».

Pour le volet économique, le package français d’aide à la Tunisie a été de 280 M€ et une promesse de doubler les investissements français en 5 ans. Il en a certainement déçu quelques-uns. Nous savons pourtant qu’officiellement la Tunisie n’avait pas bâti des châteaux en Espagne sur les résultats de cette visite d’Etat, même si, officiellement, on estime ses résultats très positifs. Ce n’est en effet pas à La Kasbah que déplairait le discours d’un Emanuel Macron qui dirait presque «aidez-vous et on vous aidera» et qui appliquerait presque, par les types d’aides, telles que l’Alliance Française, les 3 accords universitaires ou encore l’Ecole 42 et la Station F, l’adage japonais disant «Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours». Macron dira, sur Al Hiwar Ettounsi, que «aucune convention ne fait une relation économique. Ce sont les femmes et les hommes qui les font. Nous, on donne le cap». Cela ira droit au cœur de ceux qui, et ils ne sont pas peu, pensent que trop de dettes sans travail n’amènera pas de croissance et que toute dette sans croissance n’est qu’endettement.

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Selon les données provisoires de la BCT, les avoirs nets en devises ne cessent de dégringoler. Au 31 janvier 2018, ils étaient à 87 jours d’importation (contre 107 à la même période de l’année écoulée). Les réserves en devises, viennent de débuter le mois de février avec un retrait d’un jour, en importation, par rapport à la fin janvier. Avec 11.905 MDT au 1er février 2017, le stock des réserves en devises de la Tunisie ne représentait plus que 86 jours d’importation. Où sont les devises stockées à la Banque Centrale de Tunisie ? Comment sont-elles dépensées ? Sont-ce les dettes dont le remboursement siphonne le plus le stock, ou les importations de produits courants, parfois même de première nécessité ?

Selon nos informations, c’est le déséquilibre entre les exportations et les importations qui a porté un coup de massue à des réserves en devises déjà malmenées par les déficits jumeaux, celui de la balance commerciale et celui de la balance de paiement. En décembre 2017, la Tunisie exportait pour 3,455 Milliards DT et importait pour 4,685 Milliards DT.

Les flux des échanges commerciaux de la Tunisie avec l’extérieur, aux prix courants, ont atteint durant l’année 2017 les valeurs de 3.4426,6 MDT en exportations et 5.0018,7 MDT en importations contre respectivement 29145,6 MD et 41746,8 MD l’année 2016.

D’après les chiffres en notre possession, pour le seul mois de janvier 2018, les payements se sont élevés à 659 MDT. Aussi, les principales dépenses du service de la dette publique et des produits de première nécessité ont représenté 11 jours d’importation en termes brut, uniquement au cours du seul mois de janvier.

Et contrairement aux voix qui pointent du doigt le service de la dette comme étant le premier siphonneur de devises, ces dernières s’établissent à 219 millions de dollars, contre celles relatives aux importations du groupe énergie (STIR et STEG) qui accaparent le gros morceau avec 310 millions de dollars. Aussi, s’ajoutent à la liste les 58 MUSD et 72 MUSD consacrés, respectivement, à l’importation de blé et de médicaments. Des médicaments dont la seule importation représente généralement une journée entière d’importation.

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La France, un des rares pays européens avec lequel la balance commerciale tunisienne est excédentaire, avec un taux de couverture des importations (7.515 MDT) par les exportations (10.516 MDT) de 140 %. Une France, amie, dont le nombre de touristes n’avait cessé de baisser depuis 2011, passant de 1,385 million à 571 mille l’année dernière. Une France amie de la Tunisie, dont le stock d’IDE représentait à la fin 2017 quelque 16 % du total des IDE en Tunisie, avec 3.355 MDT pour 1.410 entreprises et 138.408 emplois. C’est Emmanuel Macron, président de cette France, qui est attendu, mercredi à Tunis pour une visite d’Etat de deux jours, en passage pour le Sénégal.

Selon un communiqué standard de la présidence de la République, «cette visite vient traduire la volonté qui anime les deux pays de renforcer la coopération bilatérale et d’en diversifier les domaines. Elle vient aussi à consacrer la tradition de concertation politique entre les deux pays autour des questions d’intérêt commun».

Cette visite sera le premier déplacement du jeune Macron en Tunisie, depuis son investiture à la magistrature suprême en mai 2017. Il y rencontrera le président de la République, Béji Caïd Essebssi, le chef du gouvernement, Youssef Chahed et le président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Mohamed Ennaceur.

Macron prendra part, avec Chahed, au Forum économique tuniso-français. Il s’agit là d’une rencontre d’affaires, organisée par la Chambre tuniso-française de Commerce et d’Industrie (CTFCI) et les Conseillers du commerce extérieur de la France. Le 1er février, Emmanuel Macron prononcera un discours lors d’une séance plénière extraordinaire à l’ARP.

La visite du président français sera ponctuée par la signature d’une série d’accords de coopération dans des domaines prioritaires, apprend-on de même source. Il sera accompagné par de nombreuses personnalités dont des ministres, des parlementaires, des universitaires, des hommes d’affaires et de médias, lit-on dans le même communiqué.

En fait, selon nos informations, qui est déjà venu à Tunis pour y faire campagne auprès des Français avant même l’officialisation de sa candidature à la présidentielle, devrait voir la signature de pas moins de 8 protocoles et conventions financières, d’un montant global de 200 M€, dont une partie pourrait être en dons.

On y retrouverait notamment le complément d’une ligne de financement des PMI-PMI tunisiennes, une conversion d’une seconde tranche de dettes, d’un montant de 30 M€, en projets de développement. Mais aussi un financement pour améliorer les conditions de vie des populations dans 146 quartiers de zones urbaines défavorisées, un possible fonds destiné au financement de projets de proximité portés par de jeunes compétences tunisiennes. On parle également de la création d’une Université franco-tunisienne pour l’Afrique et la Méditerranée. Tout cela sans oublier d’autres intentions pour un renforcement de la lutte contre le terrorisme, le financement du terrorisme et la radicalisation.

Notons enfin qu’une vingtaine d’entreprises françaises opérant dans les secteurs de l’industrie, l’énergie, les infrastructures, l’environnement, les services, la santé et l’agriculture accompagneront Emmanuel Macron, sous la houlette de l’Agence “Business France”. Ces entreprises souhaiteraient développer et renforcer leurs activités en Tunisie, selon un communiqué publié, mardi 30 janvier, par l’Ambassade de France en Tunisie.
Pour le Directeur du Bureau Business France de Tunis, Olivier Pradet, «l’accroissement des échanges commerciaux avec les pays de l’Union Européenne et l’ouverture vers l’Afrique permettra à la Tunisie de s’imposer progressivement comme un hub régional à partir duquel les entreprises françaises, souvent en partenariat avec des entreprises tunisiennes, pourront se développer vers l’Afrique».

Rappelons, tout de même, qu’en ouverture de la conférence «Tunisia 2020» qui s’était tenue en décembre 2016 à Tunis, l’ancien Premier ministre français Manuel Valls avait pris l’engagement de «soutenir massivement la Tunisie» et même dit «l’an dernier, notre pays avait annoncé le plan d’assistance d’un milliard d’euros d’ici à 2020. Nous voulons aller plus loin. Dans les années à venir, l’Agence française de développement investira au minimum 250 millions d’euros chaque année en Tunisie». Il avait ajouté ceci : nous mettrons «toutes nos forces dans la bataille pour que le parcours exemplaire que vous menez depuis 2011 soit aussi synonyme de sécurité, de développement, de croissance, de prospérité et de justice sociale». Une année plus tard, Macron apporte 200 M€ dans ses bagages !

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On s’attendait, pour le discours du chef du gouvernement à l’occasion de la conférence «Opportunités pour tous, croissance, emploi et inclusion dans le monde arabe», organisée à l’initiative du FMI, du FMA, du FADES et du Gouvernement marocain, que Youssef Chahed mette l’accent sur ce que devrait faire le Fonds monétaire international pour aider les pays qu’il soutient à faire passer les pilules des mesures draconiennes qu’il conseille, pour redresser leurs économies et rester solvables. L’idée ne serait pas saugrenue, tant le directeur du département Moyen-Orient et Asie centrale du FMI, Jihad Azour, a versé dans le genre, dans son dernier article.

Plutôt digne et préférant montrer ce que la Tunisie compte faire pour elle-même d’abord, Youssef Chahed a préféré rester dans l’optimisme qui l’enveloppe depuis peu, à la comparaison notamment des ratios économiques et sociaux avec des pays concurrents de la Tunisie (Nous y reviendrons), et mettre l’accent sur ce que compte faire son pays pour s’en sortir. Une sorte de discours de la méthode qu’il compte suivre pour sortir de l’ornière.

«Nous sommes déterminés en Tunisie, à faire réussir notre expérience, aux plans politique et économique», a soutenu le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, mardi dernier à Marrakech, et «le gouvernement comptera, pour cela, sur ses propres moyens financiers et sur le soutien de ses partenaires stratégiques» a-t-il ajouté sans sourciller. Devant la DG du FMI qui prônait ce qu’elle ne faisait pas, Chehed a égrené ainsi les principales réformes engagées en Tunisie, mettant d’abord en exergue comme il en avait peu le choix le volet de la transition politique. «La Tunisie a réussi sa transition politique, en jetant les bases d’un pays démocratique, comme en témoigne son classement, comme étant le seul pays libre du monde arabe», a-t-il déclaré à juste titre et devant un parterre de pays arabes qui ne pouvaient certes en dire autant.

Rattrapé ensuite par la réalité de la situation économique et financière de son propre pays et qui fait désormais du FMI un de ses principaux bailleurs de fonds et rend ses aides incontournables, il convient que la «Tunisie souffre encore, de difficultés économiques, à cause du dysfonctionnement des moteurs de croissance».

Cette réalité vite dite, il se met à parler, avec sérénité, de ce qu’il compte faire et de ce qu’on pourrait appeler la méthode Chahed pour résorber la crise et pour absorber les effets sociaux de ces mesures. «La Tunisie a mis en place une série de réformes portant sur les finances publiques, l’amélioration du climat des affaires, l’impulsion de l’investissement, et aussi, la mise en place de programmes sociaux, à même d’améliorer le bien-être des citoyens».

Parmi ces programmes, Chahed a surtout parlé du projet de loi relatif à la sécurité sociale. Ce dernier vient d’être déposé à l’Assemblée de Représentants du Peuple (ARP). Il y attend son tour, parmi un nombre incalculable d’autres projets de lois (PL) dans la liste des 96 PL en attente chez une ARP plus prompte à questionner le GUN, sur presque des futilités, par rapport à des PL qui rendraient l’action du GUN plus facile et ses actions plus visibles. Les principaux objectifs, du PL relatif à la sécurité sociale, sont pourtant d’assurer un revenu stable aux familles nécessiteuses, une couverture sociale et de santé à l’ensemble des habitants et un logement pour chaque famille.

Devant Christine Lagarde, directrice d’un fonds qui s’intéresse plus aux résultats financiers des économies qu’il soutient, Youssef Chahed parle de la Tunisie, comme d’un pays qui «œuvre à assurer un climat sécuritaire adéquat, à améliorer le climat des affaires et à veiller à multiplier les opportunités d’emploi destinées aux jeunes». Il assure même que «la croissance économique est un critère important pour mesurer le développement d’un pays, mais qu’il n’est plus suffisant, dans la mesure où la prospérité d’un peuple s’impose aujourd’hui comme un pilier indispensable pour assurer la stabilité sociale, et partant économique et politique dans la région arabe». Et si on devait retenir une seule chose de ce discours de la méthode, pour un pays soutenu par le FMI, ce serait bien cette dernière phrase.

Pour l’agence de presse officielle tunisienne Tap, Youssef Chahed indique que le projet de loi relatif à la création d’un programme de sécurité sociale, qui vient d’être soumis à l’ARP, s’inscrit parfaitement dans cette approche. «Une fois adoptée, la loi permettra d’asseoir une base sociale minimale en faveur de toutes les couches de la population de manière à assurer un revenu minimal stable pour tous les Tunisiens, y compris les chômeurs, les retraités dont la cotisation sociale est faible ainsi que pour les employés dont le revenu est inférieur au SMIG», a-t-il précisé. En fait, ce programme permettra d’assurer des conditions de vie dignes pour chaque Tunisien, grâce à une couverture sociale et de santé globale pour tous et offrira à toutes les familles la possibilité d’acquérir un logement à des conditions avantageuses.

Le chef du gouvernement tunisien a aussi fait savoir que son gouvernement agira autrement, contre le phénomène du chômage. «Nous allons changer notre approche de traitement de ce phénomène, d’autant plus que 40% des chômeurs tunisiens sont des diplômés de l’enseignement supérieur» a-t-il dit, ajoutant que «le gouvernement mettra en application les principaux axes de la stratégie nationale de l’emploi et évaluera tous les mécanismes employés dans le cadre du Fonds de chômage en vue de de les ajuster et leur conférer davantage d’efficacité».

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La Tunisie est sortie de la liste des Paradis fiscaux. طاح في البير أو طلعوه , ce qui veut dire «il est tombé dans le puits et ils l’ont sortie», pouvons-nous dire, en parodiant un dicton tunisien. L’information deviendrait presque anodine lorsqu’on voit que le Panama, symbole même et icône des paradis fiscaux comme la preuve en a été donnée par les «Panama Papers», a aussi été enlevée de cette même liste. Une liste, qui plus est, a été faite par les ministres des Finances d’une Europe qui ont, dès le début, décidé qu’aucun pays de l’Union Européenne n’y figurera. Ce faisant l’Europe, qui s’érige en gendarme mondial contre l’évasion fiscale, applique aux autres ce qu’elle n’applique pas à elle-même. On pourrait même reprendre ce dicton anglais qui disait : «The friar preached against stealing when he had pudding in his sleeve», ce qui veut dire «le moine prêchait contre le vol quand il avait du boudin dans sa manche».

A la Tunisie, pays dépendant de l’aide de ceux qui se présentent comme ses partenaires et voudraient même s’assurer l’ouverture totale de toutes ses frontières, terrestres et aériennes, sans lui donner la liberté de circulation, on ne pourra que suivre les paroles de Saint-Mathieu qui disait : «Observez donc et faites tout ce qu’ils vous diront, mais ne faites pas ce qu’ils font, car ils disent ce qu’il faut faire et ne le font pas». Charles De Gaulle disait que «les Etats n’ont pas d’amis. Ils n’ont que des intérêts».

Tout cela dit, il est temps, à notre sens, d’abord d’arrêter de nous auto-flageller et d’arrêter la mascarade des commissions d’enquêtes* à la recherche de l’alibi qui accablerait le gouvernement de Youssef Chahed, car les vrais enjeux de cette liste, dans laquelle l’Europe a fait entrer la Tunisie pour l’en vite sortir, sont ailleurs. Il n’est en effet un secret que pour les experts de la fin du monde et pour les politiciens véreux que les véritables enjeux de cette liste sont la concurrence fiscale et la concurrence économique entre entreprises de pays différents.

  • Paradis fiscaux. Des enjeux d’entreprises et d’emplois

La Tunisie a été jetée dans la poubelle des paradis fiscaux, à cause des avantages fiscaux qu’elle donne aux entreprises étrangères et à tous les IDE qui choisissent la Tunisie, soit pour s’installer soit pour délocaliser. Les investisseurs étrangers n’étant pas de simples philanthropes ou des amis de la Tunisie, simplement pour la bonté de ses habitants, son soleil radieux et ses belles plages. Ils sont, aussi et surtout, des hommes et des femmes d’affaires qui cherchent à gagner en Tunisie plus qu’ils ne le feraient dans leurs propres pays. Ceux qui viennent en Tunisie cherchent des conditions, économiques, sociales et fiscales, meilleures que celles qu’ils ont dans leurs pays.

La Tunisie n’est par ailleurs pas le seul pays à accorder certains privilèges pour attirer les investisseurs. Prenons le dernier exemple français en date et qui a même fait l’actualité. S’adressant, mardi 23 janvier 2018, aux salariés de Toyota après sa réunion avec le gratin des hommes d’affaires du monde, le Président français, Emmanuel Macron, a indiqué que «si Toyota décide d’investir 300 millions et de créer 700 CDI ici, c’est parce que vous êtes bons».

  • L’exemple qui détruit le mythe

Dans un article en date du même jour, le journal français «La Croix» recadre le chef de l’Etat français, dit la vérité et affirme que «c’est aussi grâce aux grosses subventions publiques : l’Etat a apporté à Toyota 15 à 20 millions d’euros, la région Hauts de France 11 millions, le Fonds européen de développement régional (Feder) 9 millions, l’agglomération 5 millions».

On se poserait donc ainsi la question de savoir si Toyota ou tout autre investisseur étranger serait venu en France s’il n’y avait pas les incitations financières. Dans le même article, le président de la région, Xavier Bertrand, donne la réponse, en anticipant sur ceux qui le critiqueraient, et en assurant : «certains peuvent me dire que 11 millions c’est trop, mais non, car derrière il y a des emplois». Si elle le pouvait, la France d’Emmanuel Macron ferait rentrer les 585 MDT d’investissements français en Tunisie qui font que, à part créer de l’emploi, la balance commerciale avec la France soit excédentaire avec la Tunisie. Et si elle le pouvait l’Union Européenne, 1er partenaire commercial de la Tunisie, ferait rentrer les 136,7 MDT d’investissements allemands et les 97,6 MDT d’investissements italiens en Tunisie. L’investissement est création d’emploi, une denrée rare dans des pays européens en crise et où les enjeux électoraux se font surtout sur l’emploi. Pour la Tunisie aussi l’enjeu est de 400 mille emplois créés par les entreprises exportatrices.

  • Que peut le petit poucet tunisien devant ses «faux» amis européens ?

La Tunisie n’a pas les moyens de la France et de l’Europe pour attirer les IDE avec les grosses subventions dont elles disposent. Pays endetté jusqu’au trognon, pour donner des salaires, payer les retraites et essayer de favoriser le développement, le levier fiscal reste son unique moyen pour faire concurrence à certains pays de l’Europe de l’Est, qui sont aussi à la recherche d’IDE. Pays dont l’économie est basée sur l’export, que pourrait-il donner d’autre que les avantages fiscaux pour encourager Airbus, par exemple, à faire construire partie de ses avions en Tunisie et la réexporter vers la France ?

A trop vouloir tout avoir, le beurre, l’argent du beurre et… de la crémière, l’Europe deviendrait presque le faux ami d’une Tunisie qui tente de se relever de plus de 20 ans d’une non-démocratie qu’elle a pourtant encouragé à mettre par terre, à redresser l’économie d’un pays qui est pourtant son dernier bastion devant l’invasion de milliers de migrants de tous genres !

Il reste pourtant à cette Tunisie de faire preuve de plus d’habilité dans la négociation, de plus de lobbying auprès des sages, car il en existe, de cette même Europe, pour défendre ses intérêts économiques et sa stabilité sociale !

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Elyes Jouini est une tête bien connue en Tunisie. C’est un mathématicien, universitaire franco-tunisien membre de l’Institut universitaire de France et Prix du meilleur jeune économiste de France dès 2005. Depuis, se suivent les distinctions internationales.

Juste après la révolution, il est nommé ministre chargé des Réformes économiques et sociales au sein du 2ème gouvernement provisoire tunisien. Il quitte cependant ce poste le 1er mars 2011, à la suite de la démission de Mohamed Ghannouchi, pour reprendre ses activités d’enseignant chercheur. «Je ne suis pas Robin des Bois, mais je pense que la contribution fiscale aujourd’hui des plus aisés est très inférieure à leur capacité contributive et qu’à l’inverse, les classes moyennes font aujourd’hui face à une inflation importante», a-t-il dit à Africanmanager, lorsque nous l’avions rencontré à la conférence de la Biat, le 17 janvier à Tunis. Interview :

Vous connaissez bien la conjoncture économique, les ratios, qu’est-ce qu’il faudrait en faire ?

Je pense qu’il faut avoir déjà un projet et un programme de long terme. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, les décisions semblent en tout cas être prises au jour le jour et qu’il n’y a pas de vision partagée. Il est très important, non seulement que le gouvernement ait une vision, mais surtout une vision partagée, qui soit aussi portée par l’ensemble des acteurs politiques, économiques, pour pouvoir se projeter. Et c’est là que nous aurons des négociations sociales qui soient respectueuses du projet et qui permettront par la suite de relancer l’économie.

Je pense qu’il y a des sujets fondamentaux à aborder en profondeur. En premier lieu, la question de la fiscalité. Nous avons une fiscalité injuste. Il faut alors une meilleure répartition de la charge sociale. Il faut travailler à réintégrer progressivement tout le secteur informel dans le secteur formel. On n’y arrivera pas simplement avec le bâton. Il faut aussi la carotte pour amener ce secteur informel à contribuer, lui aussi, à la création de richesses et au financement de l’Etat.

Concernant la fiscalité et comme vous l’avez reproché à l’expert invité par la BIAT, il semblerait qu’il faille, selon vous, prendre chez les riches pour donner aux pauvres ?

Oui certainement. Je ne suis pas Robin des Bois, mais je pense que la contribution fiscale aujourd’hui des plus aisés est très inférieure à leur capacité contributive et qu’à l’inverse, les classes moyennes font aujourd’hui face à une inflation importante. Ces classes moyennes gagneraient à avoir un peu plus de pouvoir d’achat, tout en réduisant la fiscalité qu’ils supportent. On sait bien que, lorsque l’on est dans la catégorie des 10% les plus aisés, lorsqu’on a du patrimoine, on a énormément de possibilités pour contourner la fiscalité. Il faut donc arriver à trouver des modalités plus justes de sorte que chacun contribue en fonction de ses moyens.

Prendre des riches pour donner aux pauvres, n’est-ce pas aussi diaboliser les créateurs de la valeur ajoutée ?

Non. De toutes les façons, c’est le principe même de l’impôt, c’est que l’on prend à tout le monde.La question qui se pose est de savoir est-ce qu’on est en train de prendre à chacun en fonction de ses capacités contributives ? Est-ce qu’un taux de 30% est plus juste ou moins juste qu’un taux de 28 et de 32% ? C’est l’équilibre des forces sociales qui définit le bon niveau.

Aujourd’hui, nous sommes dans la situation des inégalités qui sont criantes, aussi bien les inégalités régionales que les inégalités entre individus.

On sait bien que le principe même de la stabilité de l’économie et de sa pérennité, c’est d’avoir une classe moyenne solide sur laquelle on puisse s’appuyer. C’est dans l’intérêt même des riches, même si je n’aime pas utiliser le mot riche, mais dans des catégories qui ont aujourd’hui un patrimoine important pour préserver leurs propres patrimoines. Ils ont intérêt à ne pas avoir une révolution ou des mouvements sociaux qui soient particulièrement violents et là, le partage ne se fera plus en fonction de la règle de droit mais d’une manière sauvage.

On le voit bien, aujourd’hui, dans les exactions qui sont commises dès qu’on a la moindre manifestation. Si on veut éviter tout ça, il faut qu’on redéfinisse des règles. Et si on redéfinit les règles pour qu’elles deviennent acceptables par tous, on ne sera plus dans cette course indéfinie à l’augmentation de salaire où finalement aujourd’hui, les entreprises sont en train de dépenser de plus en plus concernant des augmentations salariales non-productive parce que le prix de l’emploi qu’elles payent ne correspond pas à la valeur de marché. En revanche, il faut laisser fonctionner les mécanismes de marché et ensuite faire une redistribution qui assure une pérennité de ces mécanismes de marché.

Parlons des dernières mesures de la BCT concernant le commerce extérieur et aussi le dinar. Vous disiez, lors de la dernière rencontre économique de la Biat, qu’il s’agit de fausses bonnes mesures. Pourquoi !

Lorsqu’on décide de ne plus financer l’importation de certains produits, cela veut dire quoi ? Cela veut dire que nous laissons importer ces produits par ceux qui ont une assise financière suffisante. Cela veut dire aussi qu’on va diminuer l’importation de ces produits et qu’on va concentrer certaines importations entre les mains de ceux qui ont une assise financière suffisante. Ils vont donc se trouver en situation de quasi-monopole et pourront donc renchérir, puisqu’ ils ne sont plus financés et qu’ils se financent eux- mêmes. Ils vont faire monter les prix de leurs produits importés et qui sont bien sûr plus chers et que le citoyen ou le consommateur va payer ce différentiel.

Et pour la valeur du dinar par rapport aux deux principales devises que sont l’Euro et le Dollar ?

S’agissant de la question du dinar, moi je pense que malheureusement, on n’avait pas le choix. De toutes les façons, maintenir un dinar plus élevé qu’il ne l’est aujourd’hui, aurait consommé toutes nos réserves de change parce que le seul dinar aurait été soumis à des attaques du marché. Là c’est simplement la réalité des prix. Et si on veut lutter contre la chute du dinar, nous sommes appelés à reprendre l’investissement, à favoriser l’épargne et à relancer l’économie pour que le dinar retrouve des couleurs. Mais on ne peut pas le maintenir artificiellement. On ne peut pas avoir seuls raison contre le marché.

La solution c’est donc, selon vous, de le laisser péricliter ou de suivre les conseils du FMI ?

Ce n’est pas un conseil de la part du FMI. L’analyse du FMI n’est que, pour une bonne part, suffisante lorsqu’il dit que la baisse du dinar va améliorer la compétitivité. Je pense aussi que ce n’est pas vrai. La baisse du dinar va diminuer les importations oui. On va donc permettre d’améliorer le déséquilibre de la balance, mais il faut bien voir que si la baisse du dinar est le résultat d’autres choses, ce n’est pas quelque chose qu’on a décidée parce que cela faisait plaisir à telle ou telle partie de baisser le dinar. Le dinar baisse, parce que notre économie est en mauvaise santé et ce n’est qu’en relançant l’économie que l’on pourra remonter le cours du dinar. Mais ce n’est en tout cas pas en cassant le thermomètre que l’on va guérir le malade.

Entretemps, on le laisse flotter ou on le dévalue carrément ?

De toutes les façons, il est flottant. Donc, on peut penser qu’aujourd’hui il est à peu près à sa valeur du marché. Si l’économie ne redémarre pas davantage, il continuera, progressivement, de baisser.

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On pourrait comprendre de sa Note sur les évolutions économiques et monétaires, publiée en décembre 2017, que la BCT (Banque Centrale de Tunisie) avait une perception plutôt négative des résultats économiques de la Tunisie. Ladite Note intervenait, plus est, après une évaluation plutôt positive faite par le chef du gouvernement, Youssef Chahed, quelques jours auparavant. Le gouverneur Chedli Ayari ne le laissait en tout cas pas voir. «Pour 2017, moi je voudrais m’accrocher au fait qu’on a fait, en matière de croissance économique, le double de ce qu’on avait fait en 2016. C’est de la petite croissance, mais je ne boude pas mon plaisir », a-t-il dit à Africanmanager, en marge de l’interview qu’il nous accordait sur le Blockchain.

Il se fait même défenseur du budget de l’Etat, préparé par le GUN (Gouvernement d’union nationale), lorsqu’en réponse aux critiques de manque de vision du budget et qu’il est déjà dépassé dans les prévisions sur lesquelles il a été fait par les hausses, notamment du prix des devises et du pétrole, Ayari répond que «on lui fait [le budget économique 2018] porter ce qu’il n’est pas censé porter. Le budget économique n’est pas un document de stratégie économique. C’est un simple document comptable de recettes et de dépenses. Aucun budget au monde n’est censé contenir une vision. Au temps T, tu es obligé de confectionner un budget sur la base de l’information disponible à ce temps T et dont personne ne connaissait alors les évolutions». Il se permet cependant de faire lui-même une critique de connaisseur. «Mon seul reproche est qu’il fallait « hedger », utiliser les instruments de couverture financière quand on fait un budget. Mais ça n’existe pas chez nous. Or, il faut le faire pour se couvrir contre les hausses des taux de change, taux d’intérêt etc…».

Entre temps, l’inflation galopait. De 5,7 % en août 2017, elle terminait, en glissement annuel, à 6,4 % quatre mois plus tard. Pronostiquée par le FMI à 4,5 % en 2017, elle est ensuite corrigée à 6,3 %. Pour 2018, le FMI dit qu’elle sera de à 6,1 % et entrerait ainsi dans un trend baissier. Elle est ainsi, selon la même source, prévue à 4,2 pour 2019 et à 3,9 pour 2020. L’inflation, faut-il le rappeler, constitue l’essentiel de la mission de la BCT, comme le stipule l’article 2 de ses statuts.

Pour l’Institut d’émission, «tout montre aujourd’hui que l’inflation est appelée à augmenter. Les drivers qui tirent l’inflation vers le haut sont là et déjà acquis. C’est la hausse de la TVA, de la taxe à la consommation, des droits de douane, la hausse des salaires et la dépréciation de la valeur du Dinar. Tous tirent vers le haut, car il y a une demande qui reste stable qui rencontrera forcément une offre qui, même si elle sera abondante, sera tout de même coûteuse avec des prix qui vont monter», explique le Gouverneur de la BCT. Et d’ajouter que «la demande est localement, celle des secteurs publics et privé et internationalement, celle de l’exportation. Une possible augmentation des salaires en 2018 va avoir un effet sur la demande par l’effet de richesse qui poussera à une anticipation par la hausse de la consommation qui pèsera lourdement sur la demande. La demande extérieure pèsera, de son côté, sur l’exportation. Avec l’arsenal de mesures dont nous disposons, nous serons amenés à peser sur la demande intérieure, en rendant le crédit plus cher, d’où l’ajustement du taux directeur».

Comment le lui ordonnent ses statut, la BCT ne compte pas rester les bras croisés devant cette évolution annoncée. Interrogé sur un possible ajustement vers le haut du taux directeur de la BCT comme semblent en être déjà au courant divers acteurs économiques et financiers qu’Africanmanager a rencontrés, Chedli Ayari se borne certes à un «probablement» qui lui évite de verser dans un détail qui engendrerait une probable anticipation. Et lorsqu’on insiste, il ajoute que «la BCT est engagée dans une politique, celle de veiller à la stabilité des prix. Stabilité qui a pour ennemi principal l’inflation. La BCT va donc utiliser les instruments à disposition pour maîtriser l’inflation. Un crédit plus cher, c’est moins de circulation de cash, moins de pouvoir d’achat et moins de pression sur la demande. L’autre élément est le coût du refinancement».

L’effet de tous ces ajustements sur les prix ne devrait pas être perceptible avant le 2ème et même le 3ème trimestre 2018 et sera très partiel. «Implicitement, nous nous sommes donnés une inflation de 4 % comme objectif d’une inflation socialement soutenable et pour que la croissance bouge et marche, car nous estimons qu’une inflation nulle, cela ramène à la déflation. Nous considérons que l’ère d’une inflation de 3 % comme on en connaissait avant la révolution, est révolue». Wait and See, dirait l’expression anglaise !

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Souhaitant franchir un nouveau cap en matière de responsabilité sociétale et être un contributeur de choix dans le débat public autour de thématiques centrales socio-économiques, la BIAT a organisé, mercredi 17 janvier 2018, la première édition de ses conférences économiques autour de la thématique «Quels déterminants du décollage économique pour la Tunisie dans le monde d’aujourd’hui».

La conférence a été marquée par l’intervention de Lionel Zinsou, éminent économiste franco-béninois et par la participation au panel Elyes Jouini, vice-président de l’Université Paris-Dauphine et de Noureddine Hajji, Directeur Général EY Tunisie (Ernest & Young). Plus de 400 participants, leaders d’opinion, décideurs, financiers, femmes et hommes d’affaires, académiciens et étudiants ont échangé pendant plus de deux heures sur les préalables au décollage économique et les enjeux d’avenir de la Tunisie.

  • L’économiste qui parle autrement de la Tunisie

Incontestablement et surtout par la manière dont il a parlé de la Tunisie, Lionel Zinsou a été l’homme de la soirée. Connaissant très bien la Tunisie, parfaitement au courant de ses données économiques et financières les plus récentes et même des polémiques stratégiques qui en secouent toute la place économique et d’affaire, l’économiste en a étonné plus d’un. «Il parle de la Tunisie que nous connaissons» ?, se demandait un des présents, expert économique sur plusieurs plateaux TV tunisiens, à entendre toutes les bonnes choses qu’égrainait Zinsou sur le comportement de l’économie tunisienne et son optimisme quant à ses perspectives. Réagissant à ses propos, Noureddine Hajji finit par dire «ce soir, je dormirais certainement mieux».

Il est vrai qu’à l’entendre, on le nommerait bien «ministre du marketing économique de la Tunisie», tant il semblait bien connaître les points forts de l’ancienne Tunisie et les faiblesses de la nouvelle, et surtout comment y remédier. Tant aussi l’économiste de renom parlait bien de la Tunisie comme n’en ont jamais parlé ses politiciens, ses dirigeants et ses économistes, depuis plus de sept ans. A le croire aussi, on sortirait de sa conférence requinqué, plus optimiste et même fier de ce qui a été fait par la Tunisie, depuis 7 ans, dans la conjoncture, nationale et internationale, qui est la sienne.

Il fait d’abord la description de la Tunisie par le fonds d’investissement Abraj, en parlant du rachat des parts de Tunisie Télécom comme une «chance extraordinaire». Il parle de la vision, très positive, qu’ont les pays africains de la Tunisie, en tant que «centre de compétences en matière de TIC et de services de santé. On va chez vous pour rechercher des services médicaux de haute qualité. Dans le secteur tertiaire tunisien, on sait créer de la valeur ajoutée».

Il évoque avec étonnement le catastrophisme ambiant tunisien concernant le double déficit, commercial et de paiement, «qui font l’objet d’une hystérisation générale» et se demande pourquoi ne pas parler plutôt de «l’excédent commercial de la Tunisie avec l’Europe, qui est un indicateur de compétence et de compétitivité», de l’économie tunisienne, le «discours d’angoisse concernant l’endettement souverain, l’étranglement par le chômage et le marché parallèle. C’est cela le récit que j’entends». Et assène : «ce n’est pas vrai. La Tunisie est comme un pays de l’Europe du Sud. On est dans une économie de productivité. 6,5% de déficit du PIB, c’est juste plus que le critère européen et c’est classique pour un pays en développement». Pour lui, au final, ce qui se passe en Tunisie est tout à fait normal pour un pays qui a fait une révolution et sa situation économique n’est pas si catastrophique que ce qu’en disent les Tunisiens eux-mêmes.

Lionel Zinsou a plutôt souligné que la Tunisie traverse une phase unique et inédite de transition démocratique caractérisée par la multiplicité des défis d’ordre politique, sécuritaire, économique et social. «Malgré les difficultés rencontrées, l’Etat a su rester garant de l’ordre et tributaire d’un rôle d’impulsion économique. L’économie tunisienne a démontré sa résilience et encaissé des chocs assez importants endogènes et exogènes et le ralentissement de la croissance européenne et l’instabilité des pays voisins». Il trouvait même que «la trajectoire de la loi de finances 2018 est légitime et essaie de faire le moins de mal possible» et que la Tunisie est «assez disciplinée, par rapport à d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest » pour ce qui concerne la masse salariale dans le budget.

  • «Attention aux récits» et à l’image que vous donnez de vous-même !

L’économiste international attire donc l’attention sur les dangers du récit que font les Tunisiens d’eux-mêmes et de leur situation économique. Le récit angoissant, l’hystérisation, le catastrophisme qui pourraient fortement impacter des décisions d’investissements étrangers, pour un pays dont l’économie donne toujours de bons signaux de résilience et dont les perspectives lui paraissent toujours viables. Et lorsqu’on entend ce que dit une certaine opposition de la situation économique et de tout le pays et qui s’est notamment reflété dans la couverture de la presse française des dernières manifestations, ou comment la lutte contre la corruption a fini par donner l’image de tout un peuple corrompu, on ne peut que lui donner raison.

  • Il faut encourager les bénéfices des entreprises. Trop de Fisc tue le fisc

Lionel Zinsou a par la suite évoqué certaines pistes de solutions pour le rétablissement de la croissance économique en Tunisie en mettant en avant des solutions qui ont fait leurs preuves dans d’autres pays, en particulier en matière de réforme de la fiscalité, d’assainissement des finances publiques et de politique monétaire. Des approches parfois choquantes, mais selon lui rationnelles.

C’est ainsi que même s’il trouvait «classique» le double déficit, il se dit frappé par sa composition «frustrante» de plus de dépenses que d’investissement et qu’il explique par la baisse de l’épargne. «Dans la théorie économique, le déficit extérieur est une fonction stricte de ce déséquilibre. Si on n’a pas assez d’épargne pour financer l’investissement, on s’installe dans un déficit de paiement. La monnaie glisse. On a alors un problème d’inflation. On a donc du mal à remobiliser l’épargne pour financer l’investissement et on perd des chances de croissance. C’est là qu’il faut porter l’effort. Ré-encourager l’épargne, augmenter la rémunération de l’épargne et de l’investissement et les profits de l’entreprise. On a alors une chance de retrouver les niveaux de croissance dont on a socialement besoin. Cela demande de toucher aux banques publiques, d’encourager l’assurance, de collecter l’épargne de la diaspora tunisienne, d’augmenter les marges de l’entreprise, de ne pas accélérer la pression fiscale sur cette dernière et elles ont raison de dire que trop d’impôt tue l’impôt. La Tunisie est sur la trajectoire. Mais lui faut aussi prendre des mesures pour stimuler la demande des entreprises et leurs profits», a expliqué l’économiste dans une déclaration à Africanmanager.

  • Ouvrir le crédit bancaire au marché parallèle pour l’intégrer dans le formel

Il se dit «étonné que le gouvernement prohibe l’importation de certains produits», pour essayer de tacler le marché parallèle et que «les petits arrangements avec certains pays [Ndlr : la Turquie] est la pire des solutions». Pour Zinsou, la solution réside dans l’intégration du marché parallèle qu’il a appelé à ne pas diaboliser ou criminaliser et à le considérer comme une économie à part entière ; il faut lui offrir les solutions qui représentent un réel profit pour lui. «Plus de pression et de harcèlement fiscaux ne feront que l’éloigner plus du formel. Il faut lui donner les droits qu’il pourrait avoir dans le formel» pour l’attirer. Zinsou a même appelé les banques tunisiennes à s’ouvrir au financement du secteur informel pour l’attirer, petit à petit, vers le formel.

  • Vous ne financez pas les PME et TPE qui créent l’emploi

Pour la question du chômage, le banquier d’affaires puis PDG du fonds d’investissement Européen «PAI Partners» estime que le taux tunisien est au niveau moyen des pays de la Méditerranée et qu’il est bien meilleur qu’en Algérie, pourtant un pays pétrolier. Il s’adresse ainsi aux banquiers tunisiens pour leur dire que «vous ne financez pas des entreprises et micro-entreprises créatrices d’emploi et il y a donc des réformes à faire» à ce propos. Pour lui, «l’Etat doit se retirer du financement et se consacrer à garantir l’activité de ceux qui viennent investir». Pour le reste, la solution du chômage réside dans le financement des PME et des TPE (très petites entreprises).

Les solutions existent donc. Ce qu’il faudrait, c’est moins d’angoisse, moins de catastrophisme, moins de médisances, politiciennes et économistes, donner une meilleure image du pays par le récit qu’on fait de sa situation et croire en soi. A bon entendeur, salut !

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«Le temps est venu de trouver le courage de prendre les décisions appropriées et qui s’imposent loin des calculs politiques et électoraux étroits parce que cela n’a aucun sens de gagner des élections et de perdre une patrie». La citation est de la présidente sortante du patronat, Wided Bouchammaoui, dont le discours intervenait après celui du chef du gouvernement. Une citation qui laisserait croire que la patronne des patrons n’a pas trouvé, dans le discours inaugural de Youssef Chahed, toutes les réponses attendues par le patronat à ses problèmes. Des problèmes qu’elle avait pourtant énumérés lorsqu’elle avait dû se prononcer sur la loi de finances 2018.

  • L’appel au secours de l’UTICA…

Wided Bouchammaoui avait alors évoqué l’amélioration du climat des affaires, la lutte contre la contrebande et le marché parallèle, la réforme du système de compensation et la restructuration des entreprises. Elle avait aussi déploré que l’entreprise tunisienne devienne le chemin le plus court et le plus facile pour le gouvernement pour collecter des ressources supplémentaires et renflouer ses caisses, sans tenir compte des difficultés auxquelles elle fait face, rappelant à ceux qui ne voulaient pas l’écouter que «l’entreprise n’a plus le souffle pour supporter d’autres charges et impositions».

Dans une autre déclaration, faite en décembre dernier à une radio privée, elle mettait même en garde le gouvernement de Youssef Chahed, dont les relations avec Bouchammaoui avaient fini par quelque peu se dégrader, par un «ne vous attendez pas à de l’emploi ou à de l’investissement. Cette accumulation de taxes nous empêche de travailler sérieusement sur l’investissement (…). La Tunisie détient désormais l’une des plus grandes pressions fiscales de la région (…). 54% de notre économie est de la contrebande, dans le silence total des politiques».

A tous ces défis majeurs d’un secteur privé, sur lequel repose la quasi-totalité de l’investissement et la totalité de la création d’emploi, la fonction publique ayant déjà déclaré forfait pour le recrutement, Youssef Chahed a répondu par un ensemble de mesures administratives.

  • Et le «You talking to me ?»  du “Taxi-Driver” Chahed !

Il est vrai, certes, que le rôle de l’Administration dans l’investissement et dans l’amélioration des conditions d’investissement est important, mais il est peu probable que ces nouvelles annonces du chef d’un gouvernement encore très lent à la détente en matière de concrétisation des annonces change trop et assez vite. On se rappelle, par exemple, son annonce d’un plan d’urgence économique. L’urgence est devenue «pronostic vital engagé» et la promise loi n’est même pas engagée.

En fait, les mesures annoncées par Youssef Chahed devant le congrès de l’UTICA sont en grande partie une réponse au mauvais classement de la Tunisie, dans le classement du baromètre «Doing Business 2018» où notre pays est 88ème sur un ensemble de 190 Nations, loin derrière le Rwanda (41ème), la Turquie (60ème) et surtout le Maroc (69ème). Sur d’autres critères, comme la création d’entreprises, l’obtention de prêts ou encore le paiement des taxes et impôts, le classement de la Tunisie s’approche des derniers.

Concernant, justement, le paiement des taxes et impôts et compte non tenu des dernières mesures de la loi de finances 2018, le calcul de Doing Business estime que les taxes et impôts payés par une entreprise installée en Tunisie représentent 64,1 % du bénéfice brut. C’est là que le vrai bât blesse et que le patronat a raison.

En effet, il nous semble inutile de penser à alléger les procédures administratives de création des entreprises, s’il n’y a que peu ou prou d’investisseurs prêts à payer 64,1% de leurs bénéfices bruts au Fisc. On comprendrait même que les hommes d’affaires tunisiens aillent voir du côté du Maroc et s’y installent, alléchés par un taux n’est que de 49,8%.

Il est tout aussi inutile de raccourcir les délais de toutes les autres procédures administratives pour l’investisseur, lorsque ce dernier n’a plus de quoi investir, car c’est par les bénéfices que se fait l’investissement. Il est même inutile d’investir lorsque s’installer en parallèle vous exonère de toute taxe ou fiscalité et lorsque la contrebande rapporte, à ses barons comme à ses petites mains, plus d’argent que le salaire de tout autre investissement. En un mot, le 17 janvier 2018 au siège de l’UTICA, le chef du gouvernement a tout simplement raté le coche !

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