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Khaled Boumiza

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Le plan de cession des entreprises confisquées s’accélère pour permettre à l’Etat d’empocher les 500 MDT au moins comptabilisées dans le budget de l’Etat pour l’exercice 2018. Après la cession de 19 biens et sociétés, Al Karama en est déjà à l’étape suivante. Deux sociétés agricoles, «Zitouna filahya 1 & 2», ont déjà été vendues et 11 autres cessions sont en cours où chaque processus demande 10 à 12 mois pour se terminer. Al Karama est actuellement dans la dernière phase de cession de 5 à 6 sociétés confisquées, dans la phase intermédiaire pour 6 autres et en phase de début pour le reste.

Le 1er lot à être proposé à la vente, comprend la STTG, gérante de l’hôtel Le Palace, la radio Shems FM, le journal Dar Assabah, la banque Zitouna et sa société d’assurance islamique Takaful, Carthage Cement, la concession automobile Hyundai et la ferme agricole Al Baraka.

Ces entreprises sont en dernière phase. Cela veut dire les travaux préparatoires menés par la banque d’affaires, l’identification des investisseurs qui passeront par le screening, pour éviter les risques de blanchiment d’argent ou de liens avec les personnes confisquées, l’annonce publique de cette liste d’investisseurs pré-qualifiés qui auront accès à la Data-Room et l’attente des offres finales sous plis à remettre en mains propres.

Le processus pour ces entreprises sera définitivement clos d’ici septembre 2018. La vente au mieux disant, pour un montant qui devra obligatoirement être supérieur à la valorisation qui demeurera secrète jusqu’au jour d’ouverture des offres, ne deviendra cependant effective qu’après accord définitif de la commission nationale de gestion des biens confisqués qui est présidée par le chef du gouvernement lui-même.

Désormais véritable place de marché, par les transactions de blocs d’actions sur appels d’offres, Al Karama a mis au point des mesures de performance dont le 1er indicateur est le nombre d’investisseurs réellement intéressés et semble y avoir réussi au vu du nombre des prétendants aux deux meilleurs ventes. Et depuis quelques années, les hommes d’affaires, tunisiens et étrangers, courent les confisquées.

  • Carthage Cement, une opportunité régionale pour 5 investisseurs étrangers

Pour Carthage Cement, Al Karama en a reçu cinq. Il s’agit, comme déjà annoncé depuis avril dernier, de l’Ominum marocain, de deux cimentiers espagnols (Cementos Portland et Cemolins), de deux portugais Secil et Cimento avec les cimenteries de Gabès dans un seul consortium et du maltais Eurocem. Des informations couraient que cette entreprise qui agirait pour le compte de l’Etat, pourrait être accompagnée par un homme d’affaires tunisien jusque-là connu dans le secteur automobile. Contacté par Africanmanager, ce dernier a catégoriquement démenti.

Avec l’Etat tunisien, l’homme d’affaires Lazhar Sta vendra aussi toutes ses parts dans Carthage Cement, bien que n’étant pas concerné par la confiscation mais dans une démarche de consolidation de la vente des parts de l’Etat.

Selon des sources proches du dossier, ce nombre de prétendants dénote d’un intérêt grandissant des investisseurs pour ce marché de cession des entreprises confisquées et une confiance dans le système Al Karama par les règlements, transparents et bien appliqués, et les procédures mises au point pour mener à bien chaque opération. Un marché qui se révèlera un des moyens de relance de l’investissement dans des entreprises, peut-être mal acquises, mais bien conçues, bien positionnées dans leurs marchés et bien dirigées.

Pour le cas de Carthage Cement, il est important de noter que le projet initial comprenait un ensemble d’autres projets complémentaires, dont l’emballage en carton et d’optimisation de la consommation d’énergie par le fuel alternatif, sans oublier le projet de ciments spéciaux, ce qui en fait un des meilleurs outils de production dans le bassin méditerranéen. Nous croyons d’ailleurs savoir que tous les investisseurs intéressés par CC en disent beaucoup de bien et développent à son propos une vision régionale stratégique pour approvisionner même l’Afrique en clinker et en ciment et s’y préparent pour la réouverture du marché de la reconstruction de la Libye.

  • L’intéressante liste des prétendants de la Zitouna

Pour le deal sur la banque Zitouna, Al Karama a reçu 7 soumissionnaires très intéressés. Force est de remarquer qu’elle a beaucoup investi au cours des dernières années, faisant appel à des cabinets de stratégie et d’intégration et d’informatique, pour devenir la banque que pas moins de 7 groupes et consortiums convoitent. On y trouve la banque ATB en tant que chef de file qui agirait pour le compte de sa maison-mère, ou qui pourrait faire appel à ses actionnaires de référence pour mieux se positionner sur le marché de la finance islamique carrément par une filiale et autrement que par une simple fenêtre ou guichet de finance islamique. Parmi les short-listés, on retrouve aussi le groupe de Fethi Neifar, propriétaire de la société Super Mousse, et déjà actionnaire à Carthage Cement, sans oublier la société Majda déjà présente à travers l’hôtel Cigale et qui avait racheté l’hôtel Dar Naouar. Pas moins de 3 Marocains (BCP, CIH et la CDG) font aussi partie des short-listés et qui nourrissent des ambitions africaines dans une stratégie d’expansion qui dépasse la Tunisie.

A côté, il y a aussi un consortium, conduit par Swicorp à travers la société «Alfa Lux» et la société «Amana Sarl» dont le gérant est Nabil Triki (autre que l’homme d’affaires originaire de Sfax) qui travaille chez le groupe Swicorp, la société Moulin Holding de l’homme d’affaires originaire de Sfax qu’est Nabil Triki et qui possède déjà 21 % de la Zitouna, le koweitien CTKD et une petite banque malaisienne, la Rusd Investment Bank, en tant que partenaire technique. Une longue et intéressante liste de prétendants qui ne manquera certainement pas d’attiser la compétition pour l’acquisition de la banque Zitouna et son assurance Takaful.

On notera que le groupe fondateur de la banque a beaucoup évolué. C’est ainsi que le groupe Chaïbi ne fait plus partie des actionnaires de la Zitouna, tout comme la BID qui avait déjà vendu ses 21 % au groupe de Nabil Triki au prix de 4,1 DT l’action ou un total de 100 MDT ; le groupe de Kais Mokhtar y est entré et Poulina y restera, même si ce n’est qu’avec un petit pourcentage. Le prix d’achat des actions de la BID deviendra ainsi une sorte de prix-plancher au-dessous duquel le prix de vente des 69 % de l’Etat tunisien ne pourra pas descendre. Une transaction qui avait fait en son temps la joie d’Al Karama.

On notera aussi que cette vente devra avoir, après l’ouverture des offres et le choix du mieux offrant, l’accord de la BCT qui est l’autorité de régulation. L’investisseur choisi devra par la suite y déposer un dossier de demande d’agrément pour l’acquisition de 69 % de la banque et un autre dossier de demande d’agrément auprès de la CGA pour l’assurance Takaful. Le deal d’acquisition de ces deux institutions financières, ne sera clos qu’une fois les agréments donnés par la BCT et la CGA qui jugeront de la capacité technique des investisseurs à gérer ces deux entreprises selon des critères complémentaires à ceux d’Al Karama.

  • Poulina intéressée par Le Palace, Bayahi par Shems et Abdennadher par Assabah

Pour la STTG, Al Karama a reçu deux investisseurs intéressés par la reprise de l’hôtel Le Palace. Un intérêt accru, malgré l’obligation d’investir quelques autres 15 M€ pour la mise de cette importante unité hôtelière en conformité avec les normes Hilton. Il s’agit de la branche immobilière et touristique du groupe Poulina, en plus du groupe français Alliance où il y a déjà des investisseurs tunisiens et qui est présent localement dans l’hôtellerie et dans le golf.

Deux investisseurs aussi, intéressés par Shems FM, qui sont le groupe Bayahi à travers la société d’investissement du groupe, la CFI, et le groupe de l’homme d’affaires Aziz Zouhir à travers sa société Proserv. Dans le domaine des médias aussi, Dar Assabah intéresse le consortium Sanimed, Sotemail et Somocer de Lotfi Abdennadher, Raouf Cheikhrouhou qui en était un des propriétaires et la société Tunisie Assistance. Dans le cas de ces deux médias, la HAICA a eu son mot à dire et a donné son agrément pour le choix des présélectionnés.

  • … et d’ici la fin 2018, une nouvelle fournée de petits bijoux

Avant la fin de l’année, ce sera le tour de 100 % de la société concessionnaire de Ford qui est la société «Alfa-Ford», la société «La Ferme» à Utique sur la route de Bizerte, ancienne propriété de Belhassen Trabelsi qui est une ferme couvrant plus de 150 hectares d’arbres fruitiers et de céréales, vallonnée et comprenant deux lacs pour l’arrosage, des chambres frigorifiques et même une petite unité de transformation en jus des fruits de la propriété.

Viendront ensuite Plastec Technologie, l’Archevêché qui gère deux sociétés à Sidi Bou Said, 30 % de la société Adwya qui est cotée en bourse et un bloc de 50 % de trois sociétés faites en joint-venture. Il s’agira de «Newrest Tunisie» qui cartonnerait dans le domaine du catering malgré les limitations qui lui ont été faites dans la région du Sud tunisien au nom de la discrimination positive, l’agence de communication «Havas Tunisie» qui était légèrement déficitaire en 2017 et «Jet Multimédia», en bénéfice haussier et qui innove même dans le domaine des jeux sur Internet

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Illustre inconnu politique avant la révolution de 2011, Youssef Chahed était pourtant l’un des membres fondateurs, en avril 2012, du parti Al Joumhouri dont il ne gardera qu’Iyed Dahmani. Il adhère ensuite à Nidaa Tounes, en tant que membre du bureau exécutif et n’y sera jamais le bienvenu depuis le congrès de Sousse.

Le 6 février 2015, il est nommé secrétaire d’État chargé de la Pêche, dans le gouvernement Essid. Presqu’une année après, à la faveur d’un remaniement du même gouvernement, il devient en janvier 2016, ministre des Affaires locales. A ce poste et bien avant les élections municipales, il présentait déjà un projet de généralisation des municipalités, qui prévoyait la création de 61 nouvelles municipalités.

Le 1er août, il est proposé par le président Béji Caïd Essebssi pour succéder à Habib Essid à la tête d’un gouvernement d’union nationale. Vingt jours plus tard, il forme son gouvernement et le 26 août au soir, l’ARP lui accorde sa confiance avec 167 voix pour, 22 contre et cinq abstentions, sur 194 députés présents, devenant ainsi le plus jeune chef de gouvernement de l’histoire moderne de la Tunisie. Une sorte de Trudeau à la tunisienne, estimait-on alors, avant que ses ennemis ne commencent à avoir peur qu’il ne se prenne carrément pour un Macron. A la fin de sa dernière visite en Tunisie, ce dernier lui aurait tapoté sur l’épaule en lui glissant un «je veux que tu réussisses». Il n’y aurait manifestement pas que Chahed qui ait entendu ces mots.

En août 2017 déjà, lors d’une émission télévisée, le président du parti islamiste tunisien Rached Ghannouchi annonce qu’il ne souhaite pas que Chahed se porte candidat à l’élection présidentielle de 2019. La peur d’un Chahed président n’est cependant pas uniquement celle d’Ennahdha. Nida Tounes et son secrétaire exécutif et fils de son fondateur, l’ont aussi.

  • Chahed et l’amer apprentissage de la politique

Août 2016, c’était en fait un chef de gouvernement, presque néophyte en politique, qui prenait alors les rênes d’un pays devenu pratiquement ingouvernable, dans un système de gouvernance où personne n’avait toutes latitudes de gouverner et tout le monde pouvait aussi le faire. Le tout, dans une sorte de «je te tiens par la barbichette…», entre un chef d’Etat aux pouvoirs constitutionnellement limités, un chef de gouvernement balisé et bridé par le document de Carthage 1, et une ARP qui considère le chef de gouvernement comme son supplétif de service. Une ARP capable de passer à la casse des projets de loi pour des crédits BAD (190 MDT remboursables sur 19 ans dont 7 années de grâce et un taux d’intérêt des plus faibles), ou d’en reporter un autre (71 M€ pour le projet de la Tunisie Numérique), car présentés par des ministres d’Ennahdha.

Poussé, comme un apprenti nageur dans la mer houleuse des 290 partis politiques, Youssef Chahed avait passé sa première année à essayer d’éviter les écueils de chacun, à gérer les crises et les crisettes, d’El Kamour à Kerkennah, entre celles provoquées par les déboutés des législatives de 2014 et celles des partis amis et alliés et entre sociales et politico-sociales.

Entouré de Conseillers qui sont loin de faire l’unanimité ou même simplement d’être aimés ou même encore d’avoir les compétences politiques et politiciennes, Chahed ne réussissait pas toujours à devenir le maître-nageur qu’il lui fallait être pour accomplir son mandat de chef de gouvernement. Et vogue la galère !

C’est alors que commencent les pressions, notamment sur le chef de l’Etat pour se débarrasser d’un chef de gouvernement qui comprenait finalement que la politique du consensus, prônée par le chef de l’Etat et le chef du parti islamiste, et la forte mainmise de la puissante centrale syndicale sur le document de Carthage, ne laisseront jamais se mettre en place les réformes, économiques et financières devenues nécessaire dans un pays dont les ressources propres rétrécissent comme une peau de chagrin.

Un Chahed, sans appui politique de la part du groupe parlementaire de son propre parti qui était fissuré entre anti et pro Hafedh Caïed Essebssi. Un chef de gouvernement qui s’était alors essayé à l’appui sur le principal partenaire social qu’est l’UGTT jusqu’à découvrir que les habitant de la place mohamed Ali (siège de l’UGTT) ne défendent que le droit à de nouvelles augmentations salariales. Et un Chahed qui finit par faire copain-copain avec Ennahdha malgré ses desseins socio-politiques dont il est conscient. On suppose qu’il avait alors finit par comprendre que la vraie crise en Tunisie est politique, son point focal était Nida Tounes qui se prépare à une passation.

Les pressions pour déloger Youssef Chahed de La Kasbah, deviennent plus lancinantes, lorsqu’il entreprend, pour les besoins de ces réformes, de tenir tête à une Centrale syndicale devenue véritable Etat dans l’Etat. Faisant preuve d’une résilience inattendue, tant de l’UGTT que de son propre parti politique qui lui en voulait d’une mauvaise distribution, selon Nidaa Tounes, des sièges dans le gouvernement et dans tout l’appareil de l’Etat. Une résilience qu’il puise, d’abord dans le contact direct avec une population avide de solutions pratiques pour ses problèmes personnels et qui se rendait de plus en plus compte que ce n’est pas Béji Caïed Essebssi qui gouverne, mais réellement le chef du gouvernement.

Une résilience qu’il renforce, lorsqu’en mai 2017, il donne le coup d’envoi d’une grande opération anti-corruption en débutant avec l’arrestation de Chafik Jarraya suivie de celles de plusieurs autres hommes d’affaires tels que Yassine Channoufi et autres. Cette initiative, préparée dans le secret depuis plusieurs mois, provoque une vague de soutien public et d’opinions favorables de la part des Tunisiens. L’idée de Youssef Chahed et de son entourage, était en fait d’arriver à se confectionner, à défaut d’appuis politiques, une ceinture de sécurité populaire qui le rendrait, même temporairement, indéboulonnable et au moins victime de la lutte anticorruption, si son mentor se décidait malgré tout à le chasser de la Kasbah.

Entretemps, les couloirs bruissent de plus en plus des relents, inodores, incolores et invisibles dans les vidéos de leurs rencontres, de relations tendues entre un chef de l’Etat soudé à sa famille et un chef du gouvernement tancé par ses adversaires de tous bords. Fortement irrité, comme lors des fuites de réunions de Nida où il était vilipendé en présence du secrétaire exécutif de son propre parti, Youssef Chahed commençait à se méfier de ses «amis» jusqu’à découvrir que ces «amis» avaient même pénétré certains cercles de pouvoir et arrivaient, selon nos sources, à prendre connaissance de certaines informations confidentielles dites dans des réunions à portes closes. L’homme apprenait assez vite et commençait à réagir, mais résistait.

  • La tentative de «coup d’Etat» politique au sérail BCE et la réplique 

Ses détracteurs passent alors au «Plan B». Naissance est ainsi donnée, au «Document de Carthage 2». Ce dernier devait dessiner une nouvelle feuille de route, économique et politique. Sur les 96 points dudit Document, les parties prenantes buttent sur le 64ème, un point relatif à la gouvernance de cette nouvelle feuille de route et où la tête de Youssef Chahed était demandée sans détour. Les premiers à la revendiquer sont l’UGTT et le Nida Tounes du fils du chef de l’Etat Hafedh Caïed Essebssi. Ce dernier poussera le bouchon jusqu’à le revendiquer dans deux Posts sur sa page fb.

Désormais assez bien formé par la pratique quotidienne du pouvoir où il passait plus de temps à parer aux coups qu’à travailler, selon nos sources, il aurait manifestement décidé de défendre ses chances. Youssef Chahed se refuse ainsi à faire le Jésus et sort le 29 mai 2018 sur les écrans pour accuser le fils du président d’avoir détruit Nida et d’être la cause principale de la crise politique en Tunisie. La guerre est ainsi déclarée entre les deux hommes, même si, aguerri et encouragé par le sentiment général qu’il n’a fait que dire tout haut ce que toute la Tunisie pensait tout bas, il entame ensuite de retourner Nida Tounes contre son destructeur. Il commence ainsi par réunir à Dar Dhiafa, le 13 juin 2018, un certain nombre de députés de Nida, dont le chef du groupe parlementaire Soufiene Toubel. Il finira par les retourner, lorsque ce même groupe se réunit en bureau politique, et publie un communiqué de presse en date du 11 juillet 2018, où il se proclame comité exécutif seul responsable de la direction du parti. Exit ainsi, selon le même communiqué, Hafedh Caïed Essebssi. On devra attendre le congrès de Nida Tounes, prévu pour le 29 septembre 2018, pour voir si le «coup d’Etat politique» de Youssef Chahed a réussi. S’il va l’être , Chahed assurera ainsi le retour entre ses mains du parti et s’assurera l’appui inconditionnel au gouvernement du bloc parlementaire de nida Tounes. Entretemps, l’apprenti politicien qu’il était en 2016, sera devenu Maître de son domaine et pourrait ainsi s’assurer l’appui nécessaire à son programme économique et financier.

Tenant toujours bon, il préparerait la réplique qui prendrait la forme d’un remaniement qui pourrait apaiser certains de ses adversaires et lui donner le temps de terminer les réformes économiques qui donneraient une bouffée d’air frais à ses soutiens. Ce remaniement, selon nos sources, devrait d’abord concerner son propre cabinet d’où certains postes devraient disparaître, en plus de la disparition des postes de secrétaires d’Etat, et restructurerait le gouvernement sous forme de pôles, éco-financier et social notamment.

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Taoufik Rajhi est ministre en charge des grandes réformes. Il est aussi en charge du dossier des relations avec le FMI, un des principaux bailleurs de fonds de la Tunisie. Pour Africanmanager, il répond  à ceux qui font circuler que les relations du gouvernement tunisien avec le FMI se seraient détériorées.

Question : Tout d’abord vous venez de rentrer de Beyrouth où vous avez présidé la trentième session ministérielle de la Commission Economique et Sociale des Nations Unies de l’Ouest de l’Asie (ESCWA). Quels ont été les résultats ?

Réponse : C’était le tour de la Tunisie de présider pendant trois années cette commission. La réunion a été fructueuse et s’organise habituellement autour de Trois réunions ministérielles de discussion et des réunions parallèles d’experts. Nous avons débattu de la technologie face aux défis du développement durable. Nous avons adopté la déclaration de Beyrouth sur la technologie pour le développement durable qui serait la plateforme Arable des actions fédératrices dans le domaine permettant d’atteindre les objectifs de développement économique et social établis par les nations Unies.

Question : Et la Tunisie dans tout cela ?

Réponse : Au contraire nous avons fait la promotion de l’expérience tunisienne récente en matière de réformes dans le secteur et en particulier l’adoption du Startup Act qui est révolutionnaire à plusieurs égards. Le plus grand défi du monde Arabe est le chômage des jeunes diplômés et le développement de technologies chez les jeunes ne peut se faire que par l’encouragement de la création des startups.  Nous avons insisté sur le rôle de l’Etat d’investir dans l’infrastructure technologique mais aussi sur la réforme du cadre législatif comme la Startup Act en Tunisie mais aussi un cadre fiscal et financier incitatif en même temps que les structures de financement.

Question : Il y a eu beaucoup de désinformation ces jours-ci, sur la relation gouvernement-FMI, allant jusqu’au bruit sur la rupture, le non décaissement et l’annulation de la visite du Directeur de la région MENA. Qu’en est-il au juste ?

Réponse : J’ai suivi tout cela avec amertume car au moment où nous travaillons d’arrache-pied sur le redressement économique du pays et dans une période cruciale de réalisation des financements prévus par la loi de finance 2018, des contrevérités surgissent et parfois manipulées par des médias «professionnels».
Au contraire de tout ce qui a été dit, la visite du Directeur de la région MENA prévue le lundi 25 a été reportée pour le 26 juillet à cause de la visite du Roi de Jordanie à Washington le 25 juin. Il est inconcevable que le Directeur de la région soit à l’étranger au moment de la visite du plus haut responsable du dossier de son pays, qui est en difficulté.  En plus, la Revue était concluante depuis la visite des experts et même en termes de réalisation des objectifs quantitatifs et repères structurels, elle est de loin la meilleure, puisque c’est la première Revue où on ne demande pas de dérogation. En plus la date du Conseil d’Administration était fixée depuis un mois pour le 6 juillet et a été confirmé vendredi dernier avec ironie par le Chef de communication du FMI lors de la conférence habituelle. Personnellement, je prévois comme dans le conseil d’Administration de la Banque Mondiale le 27 juin une décision unanime d’approbation du rapport du staff qui a mis l’accent sur les progrès réalisés en matière de réformes. D’ailleurs je peux vous annoncer que la prochaine revue sera le 15 aout et elle sera concluante inshallah.

Question : Vos détracteurs vous répondent que le gouvernement ne fait qu’appliquer les dictats du FMI ?

Réponse : Cette assertion populiste est une insulte à la Tunisie et en particulier à l’Administration et me fait personnellement rire.  De grâce a-t-on besoin du FMI pour savoir qu’il faudrait réduire le déficit budgétaire, réformer nos caisses, maîtriser nos dépenses de compensation de l’énergie ou encore maitriser la masse salariale ? A-t-on besoin du FMI pour savoir qu’on doit impérativement réformer nos entreprises publiques, moderniser l’administration fiscale, améliorer la collecte d’impôt ? D’ailleurs nulle part vous trouverez une référence à la réforme des entreprises publiques ou les caisses sociales dans le programme du FMI ou la BM.
Parfois je m’amuse à lire que le FMI a demandé la privatisation des entreprises publiques, alors que cette question n’existe nulle part ni dans nos discussions ni dans les documents échangés. C’est de la désinformation et de la manipulation de l’opinion publique et cela nous fait dévier de l’essentiel qui est la réforme et la modernisation de l’Etat. Le FMI vient discuter cette politique budgétaire avec le gouvernement dans un dialogue constructif et d’égal à égal et nous finissons toujours par le convaincre. Sinon comment vous expliquez le paiement des augmentations salariales par le mécanisme de crédit d’impôt, le montant exorbitant de la compensation de l’hydrocarbure ou même le nouveau package social ?  Nous sommes conscients de nos problèmes et nous trouvons toujours des solutions et c’est comme çà que nous avons gardé le FMI à nos côtés,  alors que d’autres pays sont en rupture et en difficulté et dépêchent leurs hauts responsables à Washington pour convaincre. La politique budgétaire de la Tunisie est conçue par le gouvernement tunisien en toute indépendance et aux détracteurs de présenter l’alternative s’ils en ont.

Question : Il y a une avancée qui est celle de l’amélioration des recettes de l’Etat en traquant les fraudeurs, la corruption !

Réponse : Mais cela ne constitue pas en soi une politique budgétaire alternative. Les gouvernements successifs en sont conscients et ont amélioré l’arsenal juridique et répressif et les résultats sont meilleures, bien qu’il reste beaucoup à faire. En tout cas oui à la lutte contre les fraudeurs fiscaux, l’évasion fiscale, la corruption mais ceux qui pensent que les sommes récoltées vont servir à payer les salaires et la compensation de l’énergie se trompent. L’argent dégagé sera consacré aux pauvres et aux classes moyennes. Nous venons de le faire lorsqu’on a constaté une amélioration des recettes fiscales par un package social dont l’intégration de 35.000 familles nécessiteuses et la prime de 500 dinars pour les nouveaux étudiants des classes moyennes pour atténuer leurs dépenses de rentrée universitaire.

Question : Comment vous justifier alors  la hausse des prix de l’Energie ?

Réponse : La facture énergétique est un casse-tête pour les gouvernements tunisiens depuis la révolution. Cette année nous avons projeté dans la LF 2018  sur la base d’un prix du baril de 54$ un coût global de la compensation de l’Energie (gaz, électricité et hydrocarbure) de 2400 Millions. Le budget devrait supporter 1500 millions de dinars et le reste devrait être recherché par des politiques sectorielles et d’ajustement des prix à hauteur de 900 millions. Nous avons annoncé tout cela en décembre 2017 en indiquant qu’on fera un ajustement trimestriel avec la règle d’ajustement automatique des prix dont le passage à un ajustement mensuel était prévu pour juillet 2017 et reporté depuis à juillet 2018.

Question : Mais le prix du baril est loin des 54$ aujourd’hui.

Réponse : Comme le prix du Baril a augmenté dès le début de l’année, le Gouvernement a mis en place en février un task force que je préside qui est consacré au « Suivi des risques budgétaires de la hausse du prix du pétrole ». Nous avons fait une première révision en février sur la base d’un prix moyen de 62$ et nous avons estimé à ce moment le cout total à 3000 MDT et augmenté le poids supporté par le budget de 1500 MD à 2100 MDT pour ne pas affecter davantage le poids des ajustements sur les ménages. Malheureusement en mai et sur la base d’un prix moyen de 70$ la facture est montée à 4035 MD, ce qui est le double de ce qui est prévu par la LF2018. Encore une fois, nous avons décidé d’augmenter la part supportée par le Budget de 1500 et 2100 à 2700 MD soit 1100 supplémentaires supportés par le budget de l’Etat et non prévus par la LF2018 et qui sera financée indirectement par le contribuable tunisien.

Question : Qui va supporter l’augmentation du prix du baril de pétrole ?

Réponse : Le budget ne peut pas supporter plus et nous sommes résolus à ne pas aller au-delà de ce montant de 2700 MD en 2018 quel que soit le prix du baril et de monitorer de près le prix du baril mensuellement et faire les ajustements mensuels nécessaires avec la règle d’ajustement automatique. Notre prochaine évaluation de la situation est en octobre prochain pour voir quelles sont les décisions nécessaires pour rester dans l’enveloppe de 2700 MD. D’ailleurs, le Parlement nous a autorisé uniquement 1500 MD et nous sommes à 2700 DM et nous devons y aller à l’ARP pour une loi de finance complémentaire rien que pour ça. Personne n’accepte que tous les contribuables tunisiens paient 80% de la compensation de l’hydrocarbure au 20% des plus riches. On ne veut pas s’endetter pour payer la compensation de l’hydrocarbure mais pour les écoles, les universités, les hôpitaux, l’infrastructure…. OK.

Question :  Vous n’avez pas d’autres solutions pour résorber la facture énergétique ?

Réponse : Bien sûr que oui. Les énergies non renouvelables tout d’abord et nous avons commencé la rationalisation de la consommation énergétique, surtout pendant l’été y compris par l’administration. Les nouveaux produits non polluants comme le premium car il est inconcevable qu’on continue en Tunisie de consommer le gazoil alors qu’il est banni dans les pays européens et on peine à le trouver sur le marché international. Il faudrait aussi qu’on ait une politique énergétique qui respecte l’environnement et à mon avis il faudrait bannir progressivement le gazoil ordinaire en Tunisie et le remplacer par un produit moins polluant. En plus, le transport commun public et non public y compris les taxis doivent penser à la voiture électrique ou à gaz. Cela nécessite sûrement de l’infrastructure et des incitations mais l’Etat est prêt à le faire pour le bien du pays. Au lieu de négocier des tarifs, négocions stratégie de transport urbain conjointement avec une stratégie d’Energie propre. Ce sont les vraies questions à débattre dans le pays. Nous devons aussi développer des techniques financières de couverture contre risque de la hausse du prix du baril. J’ai mis en place une équipe qui réfléchit sur la question.

Question : Revenons à la question brûlante des retraités qui sont en grogne concernant le paiement de leurs pensions.

Réponse : Sur ce sujet, il y a un malentendu. Il y a deux problèmes. Le premier est celui des paiements des pensions de retraite des caisses de retraites et le second est celui de l’augmentation des pensions. Pour le premier, le problème est structurel et dû à la réforme de 1985 qui a tout fait pour distribuer l’excédent du système à cette époque et n’a pas prévu la transition démographique. Le gouvernement a donné la priorité à ce sujet et a assuré tout d’abord les retraites de 2016, 2017 et encore maintenant 2018 en injectant du transfert direct respectivement de 300 MD, 600 MD et autre cette année. Les difficultés de cette année étaient prévues et le gouvernement avec la participation des partenaires sociaux a préparé une réforme minimaliste mais les partenaires sociaux ont pris du temps pour valider les choix de la commission tripartite à leurs structures malgré de multiples rappels par le gouvernement. C’est la raison pour laquelle le gouvernement a validé les résultats de la commission tripartite et a envoyé la loi à l’ARP.  La loi était prête depuis l’année dernière et si on avait adopté cette réforme et si on l’avait appliquée depuis janvier on n’en serait pas là.  Alors il fait pas blâmer le gouvernement qui est en avance par rapport aux partenaires sociaux en matière de réforme des caisses et non plus pour son soutien financier au CNRPS pour combler son déficit structurel.

Question : Et pour les augmentations des pensions du CNSS ?

Réponse : Là aussi il y a deux problèmes celui de l’augmentation des pensions du CNSS qui se fait en fonction de l’augmentation du SMIG et celui des pensions du CNRPS qui se fait selon le mécanisme de péréquation. Pour le premier problème, le gouvernement est en train d’étudier la question et d’évaluer l’impact. En effet, le CNSS n’a pas les moyens de financer l’augmentation des pensions du CNSS  car déjà elle  a un déficit structurel et est en train de payer les pension actuelles en grignotant les cotisations de l’assurance maladie du CNAM. Toute décision d’augmentation du SMIG va se traduire par un déficit supplémentaire du CNSS d’où il est nécessaire de prendre la bonne décision mais aussi de l’accompagnera une réforme structurelle. La décision d’augmentation du SMIG est imminente.

Question : Et pour les augmentations des pensions du CNRPS ?

Réponse : Pour l’augmentation des pensions du CNPRS et au-delà du fait que la CNRPS n’a pas les moyens de payer les pensions en soi à cause du déficit structurel, on a eu un problème de la Cour des comptes qui considère que le crédit d’impôt n’est pas une augmentation salariale et par conséquent c’était une faute de gestion d’ajuster les pensions du CNRPS en conséquence en 2017. Rappelons que l’Etat a financé l’application de la péréquation en 2017 qui est proportionnelle à la moitié des augmentations salariales de 2017. EN 2018 nous avons eu le versement sous forme de crédit d’impôt de la deuxième moitié de l’augmentation de 2017 qui a été versée en trois mois (janvier, février et mars) et la dernière tranche de l’augmentation spécifique de 2018.  En temps normal, la CNRPS devrait appliquer la péréquation mais d’une part il n’a pas les ressources financières et d’autre part il se heurte à l’avis de la Cour des comptes. Nous travaillons sur une solution dans les jours qui suivent mais encore c’est l’Etat qui va supporter ce coût. La réforme du CNRPS est plus qu’une urgence, c’est vital. J’espère que l’ARP se saisira rapidement du dossier.

Question : On croit savoir que vous n’appréciez guère la hausse du taux directeur récente de la BCT ?

Réponse : Je n’aime pas du tout commenter la politique monétaire de la BCT car je crois profondément à l’indépendance de la BCT. Fondamentalement, il est légitime qu’une banque centrale s’attaque à l’inflation et peu importe la composante monétaire de l’inflation, la hausse du taux directeur est impopulaire en Tunisie car l’offre des banques tunisiennes en matière de taux d’intérêt du crédit est variable ( TMM+ un taux de marge) à part les banques islamiques et les crédits de plus de 15 ans. En théorie l’objectif de la hausse du taux directeur est de réduire l’octroi de crédit pour financer la nouvelle demande de crédit pour la consommation ou l’investissement. En Tunisie, nous voulons juste qu’elle freine les nouveaux crédits à la consommation et pas l’investissement. Or, comme les banques tunisiennes ne supportent que le risque de crédit et non de taux et n’offrent pas de taux fixes comme la majorité des pays, la majorité des emprunts sont à taux variables et par conséquent la hausse du TMM réduit le pouvoir d’achat des ménages qui ont des emprunts en cours et alourdit la trésorerie des entreprises. C’est un effet collatéral qui rend la décision impopulaire.

Question : Que Faire Alors ?

Réponse : Il faudrait changer la législation pour que les banques offrent aux ménages et entreprises des taux fixes à côté des taux variables dont leur variabilité est limitée comme dans les pays européens, d’autant plus qu’une courbe de taux permet de calculer la prime de risque. Ceux qui sont allergiques au risque choisiront l’emprunt à taux fixe et seront à l’abri de la hausse du TMM, les autres prendront le taux  variable à leurs risques et périls, même s’ils peuvent profiter en cas de baisse, mais tout cela enlèvera à la décision de la hausse du TMM le caractère impopulaire et elle deviendrait une décision technique de politique monétaire.

Question : Mais en tout cas la hausse du TMM  affectera les décisions d’investissement et au-delà la relance ?

Réponse : Vous avez raison et c’est la raison pour laquelle le gouvernement a décidé de développer des crédits à taux bonifié pour l’investissement des PME afin d’absorber l’effet néfaste de la hausse du TMM. Nous avons même souhaité une sorte de quantitative Easing ciblé à l’investissement des entreprises, ce qui a déjà été décidé. D’autres mesures suivront pour protéger l’investissement qui est le moteur de la croissance.

Question : On a l’impression que vous oubliez l’essentiel, qui est le social.

Réponse : Jamais. Le gouvernement a pris conscience dès janvier 2018 de la nécessité d’atténuer l’impact de l’inflation en augmentant l’allocation des familles nécessiteuses de 30 dinars, d’aligner les pensions dans le privé en-dessous de 180 dinars à ce seuil et de proposer le soin gratuit aux jeunes chômeurs. D’autres mesures ont été prises en Juin, elles concernent l’absorption en une seule fois de la liste d’attente, la prise en charge des abonnements scolaires de leurs enfants ainsi que la prime de 500 dinars pour les nouveaux étudiants afin d’alléger les dépenses des familles concernant la rentrée universitaire occasionnées par la réussite de leurs enfants au bac. N’oubliez pas que deux augmentations salariales programmées ont été servies pendant les quatre premiers mois de 2018. La moitié de l’augmentation de 2017 qui a été servie en janvier, février et mars et l’augmentation spécifique de 50-40 dinars par mois en avril 2018. S’il est possible de faire plus ça sera fait mais maintenant les contraintes financières sont au maximum.

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La dernière hausse du taux directeur de la BCT, expliquée par la logique du «Tout sauf l’inflation» qu’on retrouve en filigrane du communiqué de la BCT en date du 14 juin 2018, fait encore polémique et ses détracteurs mettent surtout l’accent sur les répercussions de cette seconde hausse en quelques mois sur l’investissement.

Africanmanager croit pourtant savoir, de sources financières concordantes, que la négociation pour cette hausse avec les équipes du FMI qui auraient estimé que la situation financière tunisienne est aujourd’hui accommodante plus que par le passé malgré les pressions budgétaires, était sur la base de 300 à 500 points de base. Ce seuil est jugé nécessaire par le principal bailleur de fonds international de la Tunisie, pour réussir à casser définitivement la spirale de l’inflation, assécher les crédits à la consommation et arrêter les importations non nécessaires, tous sources d’inflation. A l’instar du bombardier qui lance des contre-mesures, les autorités tunisiennes mettent en place depuis peu une batterie de mesures pour adoucir les effets de la hausse du TMM sur l’économie réelle.

  • Guichet PME, fiscalité de croissance et bonification

Et à ceux qui proposaient la mise en place de taux d’intérêt différenciés selon l’utilisation et des taux multiples, les sources financières d’Africanmanager ont estimé que les institutions financières n’y ont pas droit et agissent donc par le biais du refinancement du secteur bancaire auprès de la BCT.

En effet, pour cause de problèmes de liquidité et manque de ressources en épargne, les banques s’adressent à la BCT pour se refinancer, et nous croyons savoir que la Banque centrale de Tunisie mettra bientôt à leur disposition ce qui est déjà convenu d’appeler le «guichet PME », lequel devrait entrer en activité d’ici la semaine prochaine au plus tard. On leur permettra ainsi l’accès à une facilité préférentielle de refinancement proche de 6,75 %, sur une période de 6 mois, mais seulement au titre du financement des PME, obligeant ainsi les banques à ne financer que la petite et moyenne entreprise et donc à financer la production et la création de l’emploi et non plus la consommation ou les situations de rente.

On rappelle à ce sujet qu’à l’initiative de lAPTBEF, la hausse du TMM épargnera les crédits de logement et que la nouvelle «fiscalité de croissance» devrait être annoncée à l’occasion de la prochaine LF complémentaire, pour une mise en œuvre à partir de l’exercice 2019. On devrait ainsi s’acheminer, sans impact budgétaire notable, vers l’institution de 3 taux de l’IS, c’est-à-dire 35, 25 et 13 % et affirmer que ces taux ne seront pas changés après 2019.

Nos sources évoquent aussi une ligne de crédit de 200 MDT sur 5 ans, dont 20 à 25 MDT serviront à la bonification de 2 points, pour les crédits aux PME et aux entreprises en difficulté. Ces ressources seront soit d’origine internationale à travers un pool financier dont ferait partie l’AFD et qui pose le problème du risque de change qui crée un problème au ministre des Finances, soit dans le budget de la prochaine loi de finances complémentaire. Couplée au resserrement du financement pour qu’il aille dans le secteur productif, la mesure pourrait avoir un bon effet sur l’économie tunisienne et endiguer le crédit à la consommation,lequel baissera beaucoup.

  • Inflation & Prévisions 2018

Sous l’effet des deux dernières hausses du taux directeur de la BCT, la Tunisie escomptait une baisse de l’inflation au 4ème trimestre 2018, n’eut été la hausse du prix de baril de pétrole. Les autorités espéraient ainsi terminer l’année en cours à 7,2 % d’inflation, on la terminera peut-être à 8,2 % d’inflation, selon des sources financières concordantes, la baisse restant la première des priorités de la BCT.

Force est de constater qu’il faut désormais que les Tunisiens s’habituent au fait que si l’inflation augmente, le taux directeur suivra. Ancrer l’anticipation de l’inflation, devrait aussi être une ligne directrice majeure dans l’intervention de la BCT en matière de politique monétaire. Certains experts estiment même que La BCT avait géré l’instabilité politique et avait quelque peu retardé des hausses qui devaient être faites. Elle devrait ainsi désormais faire montre de son indépendance et agir sur le taux directeur, dès que l’inflation montera.

L’ARP devra aussi laisser passer le projet de loi sur l’amnistie fiscale et l’amnistie de change. L’Etat devra frapper un peu plus fort sur le secteur informel par le biais de la Douane. Il faudra aussi que toute la classe politique et tous les partenaires sociaux intègrent le coût de la non-réforme et de la non-prise de décisions dans leurs calculs, politiques et économiques.

La marge de manœuvre devenant de plus en plus restreinte, une certaine maturité se développe à l’ARP. On le constate comme pour la question des NPL et le passage des 3 DG de banques publiques devant les députés, et qui devrait faire que plus d’une réforme passera comme celle des caisses sociales.

  • Ce que la Tunisie aura et ce qu’il lui faudra faire

Il faudra aussi faire pression sur les circuits de distribution pour baisser les prix. Il faut encore bien étudier l’impact de l’inflation sous-jacente, hors prix administrés et produits frais, qui tire les prix vers le haut. S’occuper aussi des situations de rente de certains hommes d’affaires et tout mettre en œuvre pour recréer les conditions de la résilience et y pousser tout le monde, pour ne pas arriver à un scénario de rupture si rien ne change dans la conjoncture et le refus de toute transition économique. Il faut savoir se confronter à nos propres démons et y réussir.

Sauf complication politique qui brouillerait la visibilité politique pour les bailleurs de fonds qui l’ont ainsi signifié aux autorités financières et monétaires tunisiennes, la Tunisie devrait recevoir, le 26 juin 2018, 500 MDT en appui budgétaire de la Banque Mondiale au rebours de tout ce qui se dit de contraire en Tunisie et recevoir aussi les 250 MDT du FMI en juillet prochain suite à la conclusion de la dernière Revue.

A Tunis, on reste malgré tout optimiste et on escompte terminer 2018 avec un déficit budgétaire en baisse d’un point. «On est à 6.2 et on devrait terminer à 5.2 », assure une source financière à Africanmanager. On devrait aussi assister à une nouvelle hausse des prix de l’essence et des carburants en général, dont l’électricité et le gaz avant la fin 2018 aussi.

La Tunisie devrait également, sauf nouvelle hausse du prix du baril ou complication sécuritaire, terminer avec un taux de croissance de 3 %, malgré la prévision de seulement 2.5 du FMI, après 2.5 sinon plus pour le second trimestre 2018, ce qui confirmera un maintien de la croissance. C’est ce qu’affirment nos propres sources.

  • Remettre les pendules à l’heure de la priorité économique absolue

Jusqu’ici, le politique a primé sur l’économique et même les bailleurs de fonds, comme le FMI et la BM, s’étaient laissé aller à cet état des choses, ne mettant pas assez de pression sur la Tunisie et même bloquer les aides dès 2012, pour pousser le pays à réaliser les réformes qui deviennent désormais, non plus urgentes mais vitales.

En ces temps-là, on était bien soutenus par nos partenaires, comme les deux garanties américaines de 500 M$ du temps d’Obama, car tout le monde pensait que la transition politique s’achèverait en 2014 et que le pays s’occupera dès lors de réussir sa transition économique. Le pétrole coûtait alors moins cher et une entrée, dès 2014, dans les programmes de transition énergétique aurait pu sauver la situation. Ce reproche a été fait aux bailleurs de fonds, qui en sont conscients et l’acceptent amèrement, mais n’entendraient plus s’y plier, ce qui explique par exemple le durcissement des conditions du FMI lors de la dernière Revue et sa menace même, non officielle, de renvoyer la Revue au mois d’octobre 2018 et donc le décaissement d’une nouvelle tranche du crédit, si la stabilité politique venait à être ébranlée par un nouveau changement de gouvernement.

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Dans un déni, presque complet, des impératifs de la transition économique et empêtrée depuis plusieurs semaines dans les jeux et les enjeux partisans de la transition politique qui n’en finit plus, la Tunisie se trompe de priorités.

La population rêve de football. Nidaa et l’UGTT rêvent de dégommer Youssef Chahed et unissent pour cela leurs forces. Le ministre des Finances et la BCT rêvent que le FMI et la BM débloquent les 750 MDT nécessaires à la survie de l’Etat. La ministre du Tourisme rêve de millions de touristes qui sauveraient la saison 2018. Le ministre de l’Agriculture rêve d’une nouvelle campagne exceptionnelle d’huile d’olive qui sauverait le PIB. Hammadi Jbali et son ancien patron Rached Kheriji rêvent de Carthage et annoncent avant temps leurs candidatures aux prochaines présidentielles de 2019. Youssef Chahed rêve de retourner les Nidaïstes du fils à son père Béji. Et tout ce beau monde a oublié que la Tunisie avait été classée sur la liste noire et que toute la Tunisie en avait pour cela voulu à Youssef Chahed, qui s’était fâché avec l’ancien gouverneur de la BCT, ce dernier auditionné par l’ARP qui finit par virer Chedli Ayari en promettant de tout faire pour sortir de la liste noire.

Le dossier du GAFI (Groupe d’action financière) qui avait déjà explosé, en avril dernier à la face du gouvernement, risque désormais de le tuer, l’ARP et toutes les forces opposées au chef du gouvernement qui y sont aidant. Entre le 24 (c’est-à-dire le dimanche prochain) et le 29 juin 2018, c’est une réunion interne d’évaluation du GAFI qui se tiendra à Paris, en l’absence de la partie tunisienne, pour étudier le chemin fait par la Tunisie depuis et décider du sort de la Tunisie sur la liste des pays susceptibles d’être fortement exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme. Ladite réunion se penchera aussi sur les documents qui lui ont été transmis et relatant les dernières avancées de Tunis pour se plier aux recommandations de l’organisme international de lutte contre le blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme.

  • Qui dénoncera enfin les risques de l’attentisme de l’ARP ?

Contrairement à ce qui a été dit par d’autres médias, aucune délégation de la Ctaf (Commission tunisienne des analyses financières) ne sera présente à cette réunion. Parmi les avancées qui seront mises en avant, un meilleur encadrement des “professions à risques” (avocats, experts-comptables, banquiers, etc.) et le renforcement des prérogatives des autorités de contrôle.

On apprend pourtant qu’au moins deux réformes et pas des moindres n’ont pas encore été réalisées et pourraient décider le Gafi à ne pas sortir la Tunisie de la liste noire. Il s’agit, en premier lieu, comme l’ont confirmé à Africanmanager deux sources officielles contactées et ayant requis l’anonymat, du projet de loi sur la transparence du registre national des entreprises, réclamé par le GAFI et qui roupille encore à l’ARP. Cette dernière, manifestement plus intéressée par les richesses accumulées par leurs pairs tunisiens auxquels ils voudraient couper les cordons de la bourse, a estimé «plus urgent» son autre projet sur l’enrichissement.

L’autre projet de loi qui balancerait aussi entre La Kasbah, la Ctaf et Le Bardo concerne l’amendement à la loi organique sur le blanchiment n°2015-26 d’août 2015, sur le financement et la prolifération des armes de destruction massive. Les trois parties ne s’entendraient pas encore sur la terminologie et le sens des mots à mettre dans le projet de loi.

La balle est donc, essentiellement, dans le camp de l’ARP et des députés, dont beaucoup feraient semblant d’oublier cette échéance du Gafi et la rechute de la Tunisie dans la liste noire, qui pourraient leur donner l’occasion, au mieux de faire tomber le gouvernement de Youssef Chahed, et au moins de le questionner dans une audience publique qui pourra être l’occasion rêvée de faire son procès politique, après qu’il a refusé, en avril dernier, d’y être présent.

Le chef du gouvernement, pour sa part, semble aussi avoir oublié cette échéance et le risque qu’elle pourrait faire courir à son gouvernement. Pourquoi se tait-il encore en sachant à qui incombe la responsabilité du retard de différentes réformes ?

  • Le dossier de la BFT aussi

Les projets de loi concernant le Gafi ne sont pourtant pas les seuls à dormir dans les tiroirs de l’ARP. Ceux concernant les réformes demandées par le FMI et ceux dont il a pris engagement avec les 3 DG des banques publiques et concernant les crédits carbonisés dorment aussi dans les tiroirs de l’ARP. Pourquoi ne le dénonce-t-il pas et continue-t-il de se taire ?

En fait, Youssef Chahed ne se tait pas que sur ce dossier, une autre grosse échéance d’un très fort impact financier sur les finances de l’Etat reste toujours sous silence, comme un secret de polichinelle : Il s’agit de l’affaire de la BFT (Banque franco-tunisienne). Des sources étrangères font état que «l’exécutif de Youssef Chahed vient de constituer un pool de cinq avocats tunisiens» pour défendre la Tunisie. Selon ces mêmes sources, il s’agirait de l’ancien ministre de la Justice Farhat Horchani, d’Ahmed Ouerfelli «qui avait officié au poste de conseiller juridique de Moncef Marzouki», qui avait «assisté Tunis dans son arbitrage contre Lundin» et l’a perdu et enfin du cabinet Chiheb Ghazouani.

Le peuple qui pourrait être appelé à payer de sa poche les milliards DT de dommages demandés par les anciens propriétaires de la BFT ne sait pratiquement rien des développements de cette affaire qui engage pourtant ses propres finances et risquerait de faire chanceler son budget. Le droit à l’information est garanti par la Constitution. Mais ce n’est manifestement pas ce gouvernement qui va l’appliquer !

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La Pharmacie centrale de Tunisie (PCT), centrale d’achat des médicaments pour tout le pays, a depuis deux mois un nouveau PDG. L’ancien a été changé en pleine crise de médicaments, mais ce n’est pas de lui que parlait le ministre Imed Hammami, lorsqu’il annonçait le 13 avril dernier sur une radio privée qu’une enquête était en cours sur un grand dossier de corruption au sein de la PCT. Ce dossier fait d’ailleurs suite à un rapport du CGF et l’enquête se poursuit encore.

Le dernier en date, Aymen Mekki, a ainsi hérité de l’unique centrale d’achat de médicaments en Tunisie d’un chiffre d’affaires moyen de plus de 1,3 Milliard DT, mais qui a terminé l’exercice 2017 avec un important déficit. Surtout, il a hérité de 440 MDT de dettes auprès des hôpitaux publics, dont 60 MDT auprès du CHU de Sfax, 37 MDT auprès de l’hôpital Charles Nicolle de Tunis et 9 MDT auprès de l’hôpital régional de Kasserine qui ne paie plus rien depuis janvier 2017. Dette aussi, de 440 autres MDT, auprès de la CNAM qui ne rembourse pas car elle n’est pas payée par les caisses sociales, défaut qui fait l’essentiel de son déficit.

En face, la PCT doit l’équivalent en devises, de la somme de 480 MDT à ses fournisseurs étrangers. Cette somme devrait même atteindre les 700 MDT d’ici la fin de l’exercice 2017. Impayée par ses clients tunisiens, qui sont les hôpitaux, les EPS, les CHU dont elle est l’unique fournisseur en médicaments, tant sur le marché local que de l’étranger, la Pharmacie Centrale de Tunisie est en état de cessation de paiement de ses fournisseurs. Les clients consomment en quelque sorte gratis ce que la PCT leur importe en devises. Et si les fournisseurs locaux pouvaient patienter ou étaient plus facilement payables, les laboratoires étrangers sont inflexibles et usent de tous les moyens de pression pour se faire rembourser, y compris les retards de livraisons et l’intox comme pour le cas des pilules contraceptives.

Ainsi, et contrairement à ce qui avait été dit, jusques et y compris par le ministre de la Santé, la Tunisie n’est pas black-listée, car la notion de black-list n’existe nulle part. «Il y a eu plutôt des assureurs, comme la Coface ou Euler-Hermès, qui assuraient les importations tunisiennes en médicaments auprès des laboratoires étrangers. Prétextant la mauvaise situation financière de la PCT, elles ont refusé l’assurance, ce qui oblige la PCT à agir par lettre de crédit, ce qui revient à un paiement au comptant selon les disponibilités de liquidités», explique Aymen Mekki pour Africanmanager.

  • Indisponibilité de certains médicaments certes, mais aucune indisponibilité de traitements

Pour l’instant, «l’effort se concentre actuellement, tant à la PCT (Pharmacie Centrale de Tunisie) qu’au ministère, sur la disponibilité des médicaments. Cela veut dire veiller à ce qu’il y ait toujours un traitement disponible pour toute maladie. On peut y arriver soit par médicament similaire, comme le générique, soit par un autre protocole. C’est ce qui fait qu’on s’en sort généralement bien jusqu’ici», indique ainsi notre source officielle. Et le nouveau PDG de la Pharmacie Centrale de Tunisie de d’affirmer, en réponse à ceux qui crient à tous ceux qui voudraient bien les entendre, que «ce que je peux assurer, c’est que nous disposons déjà et que nous disposerons toujours d’un traitement pour chaque maladie. Cela peut être par le médicament demandé, par médicament similaire ou par générique». C’est ainsi que le taux d’indisponibilité de traitement reste très faible et même impossible actuellement en Tunisie. Et Mekki de certifier même que «il n’y a pas de grande tension sur les médicaments des maladies chroniques. Là où nous avons un niveau d’alerte médicamenteuse assez important, c’est pour les médicaments des maladies rares et les produits importés pour ces maladies».

Toujours plus soucieux de calmer les tensions anticipatrices des malades et des clients, le premier responsable de la Pharmacie centrale en Tunisie admet l’indisponibilité de certaines marques de médicaments, mais pas l’indisponibilité de traitements pour toutes les maladies. Il explique, pour Africanmanager, l’indisponibilité de certaines marques par deux causes. «La première est qu’elles sont indisponibles au niveau international. La seconde est le non-paiement de certains laboratoires étrangers, par la PCT qui ne dispose pas d’argent».

  • Certains laboratoires font pression, par limitation de livraisons !

Aymen Mekki révèle même que «ces laboratoires font ainsi pression sur la PCT, en limitant les livraisons de certains médicaments. Ajoutez à cela les difficultés de planification de production chez certains fabricants tunisiens de médicament, suite à des difficultés financières propres qui les empêchent d’acheter la matière première». Ils sont 3 ou quatre dans ce cas, dont le laboratoire où l’Etat est actionnaire. Le PDG de la PCT n’en affirme pas moins que «malgré ses difficultés financières, la PCT a toujours payé les industriels tunisiens du médicament et ce sont les problèmes internes de certains d’entre eux qui créent des perturbations au niveau de la livraison et donc pour les malades ou les hôpitaux. Pour certains, nous avons appliqué la loi qui nous autorise à acheter ailleurs en faisant supporter la différence de prix sur le laboratoire défaillant. Mais ce n’est pas là la bonne solution. Nous tenons à acheter tunisien et en dinar tunisien. Nous avons un certain nombre de dossiers de ce genre que nous suivons. Certains laboratoires tunisiens s’étaient plaints en justice et cette dernière a donné raison à la PCT».

  • Tous les laboratoires étrangers seront payés, avant la fin 2018

Le 11 juin 2018, un CIM décidait l’injection de 500 MDT dans les caisses de la PCT. Les ministères des Finances, du Développement et de la Santé et la BCT, ont été chargés d’étudier les moyens de cette injection, ainsi que des procédures de mobilisation des ressources nécessaires et la définition des           montants à mobiliser et les lieux de cette mobilisation. «La situation des finances publiques tunisiennes étant ce qu’elle est, il se pourrait que la PCT sorte sur les marchés, local ou international, pour un prêt qui couvrirait ses besoins, avec la garantie de l’Etat», annonce le PDG de la PCT à Africanmanager. Pour cela, il faudra bien sûr attendre que l’ARP adopte le projet de loi ou de décret qui sera présenté par le gouvernement à cet effet.

Lors du même CIM du 11 juin, décision avait été prise de garantir à la PCT le versement de 50 MDT par mois, en paiement des médicaments livrés aux hôpitaux publics, «à l’exception des EPS et des CHU qui devront payer de leurs propres budgets», précise encore Aymen Mekki pour Africanmanager. Cette injection devrait permettre de soulager la situation de la PCT avec ses fournisseurs étrangers et y ramener un regain de crédibilité. Mais aussi soulager le marché local et le patient tunisien, qui sont actuellement sous stress. Ce qui est sûr, selon le PDG de la PCT, c’est que «le paiement des laboratoires étrangers se fera nécessairement avant la fin de l’année, comme s’y est clairement engagé le gouvernement lorsque nous avons rencontré les représentants de ces fournisseurs».

  • Dans 3 ans, la PCT atteindra l’équilibre financier et un prochain AOI au Dinar constant

Tout en essayant de gérer, à tête froide et de manière rationnelle et par un autre discours, la pénurie de certains médicaments en Tunisie, le PDG de la PCT met au point un nouveau Business plan (BP) qui puisse garantir le redressement financier de l’unique centrale d’achat nationale de médicament. Ce nouveau BP prévoit qu’en 2021, la PCT arrive à équilibrer les comptes, réalise ses premiers bénéfices en 2022 et dégage même assez de liquidités, en 2023, pour engager un plan d’exportation vers l’Afrique en partenariat avec le Cnip (syndicat des industriels de médicaments).

En attendant aussi, la PCT se penche désormais sur l’amélioration de la gestion du stock, action qui pourrait permettre un gain de 3 à 4 %. Cela deviendra possible à travers la prochaine numérisation de tout le secteur de la santé, du bon de commande de la PCT, à la gestion de ses stocks et ceux des hôpitaux, en passant par les polycliniques de caisses sociales où les détournements et les débordements ont fait l’objet d’un lourd rapport de la Cour des comptes. Le plan de numérisation a déjà été décidé par le dernier CMR du 11 juin 2018, suite à la visite du chef du gouvernement dans un hôpital de l’Ariana. Le ministre de la Santé a d’ailleurs requis 100 informaticiens pour ce grand projet et le gouvernement lui a donné accord pour une trentaine.

La PCT planche aussi sur la planification des achats en fonction de demandes planifiées des clients, pour éviter l’impact de la course aux commandes sur les prix des médicaments. Nouveauté dans ce domaine, le prochain lancement d’un appel d’offres international pour l’achat de médicaments ayant des similaires en Tunisie, au Dinar constant et payables en euros. Ce prochain appel d’offres international concernera une liste de plus de 70 produits.

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«Le Premier ministre Youssef Chahed a la baraka des hommes d’Etat promis à un bel avenir, commente émerveillé un diplomate européen en poste à Tunis depuis plusieurs années. En deux temps trois mouvements, celui qui était donné pour politiquement fini a su se réinventer un destin national en triomphant de Hafedh Caïd Essebssi et en terrassant le tout puissant ministre de l’Intérieur Lotfi Brahem. Il faut reconnaître que Youssef Chahed a non seulement de la ressource et de l’énergie, mais qu’il est également totalement imprévisible, avoue un conseiller du président de la République». Ainsi commentait le journal en ligne français «Maghreb Intelligence», en évoquant la démission par le chef du gouvernement tunisien de son ministre de l’intérieur (MI), Lotfi Brahem.

⦁ Qui a décidé du départ de Brahem ?

La même source rappelle que ce changement du MI, le second dont Youssef Chahed se débarrasse presque dans les mêmes conditions (Comme Hédi Majdoub à Bouargoub où Chahed supervisait une opération antiterroriste, Brahem a été oublié à Tunis lorsque Chahed s’envola pour Kerkennah. Les deux apprendront leur démission par la presse), avec l’accord du chef de l’Etat, Béji Caïed Essebssi (BCE), dont le journal dit qu’il «semble volens nolens suivre son Premier ministre dans tous ses desideratas». BCE avait en effet reçu le même jour son chef du gouvernement, comme il l’avait reçu avec le sourire après sa sortie médiatique contre le fils du chef de l’Etat. Tout cela fait dire à certains que BCE reprendrait les choses en mains et serait en train de redresser la situation. A d’autres, comme Maghreb Intelligence, il fait dire que c’est le chef du gouvernement Youssef Chahed qui mènerait désormais la danse et serait même arrivé à «faire manger BCE dans la paume de sa main», comme dirait un dicton tunisien.

A en croire la même source, Brahem aurait été mis de côté car devenu «encombrant ministre qui se prédestinait à un rôle des plus importants dans un très proche avenir (…) et proche des cercles benalistes, et dont certains amis étaient connus pour leurs activités borderline». Suivez le regard, vers la région dont est originaire l’ancien MI.

Suivent ensuite, dans le pêle-mêle, des raisons que rapporte la même source : le fait que Brahem serait «pointé du doigt par plusieurs pays européens qui lui reprochaient son laxisme dans sa gestion de l’immigration clandestine» et qu’il se serait «beaucoup rapproché des Américains par l’intermédiaire de personnalités du Golfe», une information déjà distillée par le même journal en ligne depuis novembre 2017 dans le cadre d’une campagne visant déjà Brahem.

D’autres sources qui nous sont propres et qui ont requis l’anonymat font état d’un différend entre Caïed Essebssi et Chahed à propos de cette démission. Selon ces sources, Chahed se serait plaint mercredi auprès du chef de l’Etat qu’il ne pouvait plus travailler avec Brahem. BCE aurait mis comme condition son remplacement par l’actuel ministre de la Défense, tout en sachant qu’Abdelkerim Zbidi n’acceptera pas. Nos sources évoquent aussi un fort ressenti de Youssef Chahed contre son ministre de l’Intérieur qu’il accuserait de travailler pour le compte de son rival BCE Jr, Hafedh fils de Béji. Cela, sans oublier les mauvaises relations de Brahem avec les Islamistes d’Ennahdha, nouveau soutien de Chahed contre Hafedh. Où est la vérité dans tout cela ? Ce n’est certainement pas le chef du gouvernement qui le dira devant l’ARP, qui ne l’auditionnera pas à propos de ce mini-remaniement !

⦁ Hammadi Jbali n’avait pas licencié Larayedh en septembre 2012

Ce qui semble être sûr dans tout cela, c’est que l’affaire du naufrage de Kerkennah n’était qu’un alibi et que le licenciement de Brahem a certainement été décidé depuis le fameux «avertissement de 48 heures» pour coffrer Neji Gharsalli, comme si l’actuel MI connaissait sa planque et ne voudrait pas l’arrêter. Salir avant de faire partir, est la règle tunisienne pour des remaniements qui ne seront jamais officiellement expliqués.

Dans un Post sur sa page officielle, le député Mongi Rahoui estime que lier la démission de Brahem avec le naufrage de Kerkennah est un leurre. «L’incident de Kerkennah n’est pas le seul dans l’histoire de plus d’un ministre de l’intérieur. Pourquoi ne pas avoir démis d’autres ministres sur lesquels, pesaient même des soupçons de corruption ?».

Il est vrai qu’un drame pareil avait eu lieu du temps du président temporaire Moncef Marzouki et du gouvernement de Hammadi Jbali. Ce dernier n’avait pas licencié le ministre de l’Intérieur Ali Larayedh et le chef de l’Etat intérimaire s’était contenté de jeter un bouquet de fleurs en mer en hommage aux défunts de la route de Lampedusa en septembre 2012. Le député Nahdhaoui Mohamed Ben Salem qui avait appelé au départ de Brahem, en réponse au naufrage de Kerkennah, devrait s’en rappeler


Les relations tendues entre Chahed et Brahem ne sont un secret pour personne en Tunisie et son désir de voir quitter son gouvernement date depuis le début de l’année. Et s’il n’avait pas pu le dégommer, il lui aurait à maintes reprises mis les bâtons dans les roues en refusant beaucoup de ses propositions de nominations diverses dans son propre département.

Avocat et ancien Nidaa, Nizar Ayed voit le bon côté de cette sortie du gouvernement de Brahem et semble fortement croire en le potentiel politique de cet homme qui a, il est vrai, été l’un des artisans de la lutte anti-terroriste. Selon Ayed, cette sortie lui permettrait de «ne pas endosser le poids de l’échec du gouvernement Chahed, de tirer profit de la grande popularité acquise depuis l’affaire de la femme islamiste venant d’Allemagne, de ne plus être contraint à mettre ses propres ambitions politiques lors des prochaines échéances électorales comme le demandent certains partis politiques. Cela lui laisse enfin une année et demi pour bien se préparer, ce qui est un délai dont ne disposeront pas des ministres qui redeviendront d’illustres inconnus dès leur sortie du gouvernement».

Ce qui est notable, c’est que cette démission n’avait pas laissé insensibles les réseaux sociaux tunisiens qui ont, en grande majorité, refusé la décision de Youssef Chahed. Pour la première fois, la rue tunisoise était sortie mercredi soir protester, non pas contre le ministre de l’Intérieur, mais en sa faveur.

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Les réussites des forces de l’ordre tunisiennes (police et Garde Nationale ou GN) en matière de lutte contre le terrorisme, sont indéniables. Ce sont d’ailleurs ces réussites dans la lutte à temps réel ou par actions anticipatives, qui ont participé à la réémergence de la Tunisie sur la carte des destinations touristiques les plus demandées pour l’été 2018. Il ne fait pas non plus, pour nous, de doute que la contribution à cette réussite du ci-devant ministre de l’Intérieur, Lotfi Brahem depuis qu’il était à la tête de la GN, est loin d’être négligeable. Ce n’est manifestement pas l’avis du chef du gouvernement qui a fini par sacrifier Lotfi Brahem. Certains diront qu’il aurait donné sa tête en cadeau à Ennahdha qui devient presque le seul soutien au gouvernement de Youssef Chahed.

Mise à part et en plus de la contribution des hommes de ces deux corps d’agents de sécurité, il y a l’effort financier consenti par le budget de l’Etat. Comme le montrent ces chiffres officiels, entre 2010 et 2017, le budget du seul ministère de l’intérieur (MI) a augmenté de 131 %, passant de 1,1 Milliard DT à 2,55 Milliards DT. Et si on y ajoutait le ministère de la Défense, le budget de la Tunisie en matière de sécurité totalisait 4,573 Milliards DT à la fin 017 et signait une hausse de 139 % par rapport à ce qu’il était en 2010. Ces chiffres confirment, si besoin est, que l’Etat tunisien a renforcé ses moyens matériels et humains dans sa lutte, non seulement contre le terrorisme, mais aussi contre tous les autres fléaux qui ont accompagné la révolution, comme la migration clandestine et son pendant djihadiste. Malgré la différence des objectifs, ce phénomène de migration clandestine est organisé par des circuits qui ne diffèrent pas beaucoup de ceux qui organisent la migration djihadiste. On a même vu des terroristes recherchés emprunter ces mêmes circuits pour rejoindre d’autres «territoire de Djihad» supposé, en Europe.

Maintenant, quelques remarques de grande importance en matière de sécurité, à l’occasion de la douloureuse affaire du bateau de migrants clandestins qui a chaviré entraînant la mort de dizaines de personnes au large de Kerkennah, qui appellent nécessairement quelques questions :

  • D’abord, cette information tenue de la vidéo de la dernière visite du chef de gouvernement mardi dernier à Kerkennah. Ile, anciennement rebelle et maintes fois point de base de départ de bateaux pirates avec des migrants clandestins, elle ne comprend qu’un simple poste de police avec 20 agents le matin et 16 la nuit, avec seulement 7 GN et cela ne suffit pas, comme l’avait dit à Youssef Chahed le chef de poste. On apprend, dans la même vidéo, que les postes de police de Kerkennah, incendiés depuis la révolution, n’ont pas été remis en l’état. Et le ministre de la Défense qui accompagnait Youssef Chahed, de s’étonner avec un «depuis 8 ans ?!». La question est donc de savoir où est parti tout l’argent du budget du MI et à quoi a-t-il servi ? Pourquoi Chahed ne découvrait-il qu’hier ces éléments de sécurité ? Quelque chose cloche !
  •  Ensuite. Se rappeler de la désastreuse gestion de l’affaire Petrofac par le gouvernement de Youssef Chahed, quelques mois à peine après son entrée à La Kasbah en 2016. N’est-ce pas à l’occasion de cette affaire que des cars de police ont été jetés en mer, que des dépassements de citoyens avaient porté de graves atteintes à la sécurité de l’île ? N’est-ce pas l’actuel ministre des Affaires sociales qui avait négocié le sauf-conduit à tous ceux qui avaient porté les graves atteintes à la sécurité de la région et qui avait conduit à faire d’elle un «No-Security-Land» ? Le chef du gouvernement, ses anciens MI pensaient-il que les organisateurs de circuits de migration clandestine allaient oublier qu’il leur offrait désormais Kerkennah comme plateforme idéale de leur sale boulot ? Pourquoi n’avait-il pas fait le suivi de ce dossier ? Pourquoi ne s’était-il pas assuré, depuis 2016, que la sécurité reprenne de plain- pied sur l’île et accepté le vide sécuritaire sans brocher depuis plus de 18 mois ? Quelque chose cloche !
  • Enfin, il est tout aussi utile de rappeler que l’issue de la fameuse enquête parlementaire sur les réseaux d’organisation des filières djihadistes, qui sont loin de n’avoir aucun lien avec les réseaux d’organisation des filières migratoires, devient de plus en plus incertaine. La députée qui s’en était occupée et avait défrayé la chronique avec ses déclarations accusatrices tonitruantes, est passée à autre chose et tout le dossier s’est perdu dans les couloirs de l’ARP (Assemblée des Représentants du Peuple). Comme entre contrebande et terrorisme, le lien est pourtant clair entre réseaux djihadistes et réseaux des filières migratoire. Chahed & Co l’ont-ils oublié ou ne le savaient-ils pas ? Pourquoi les services de renseignement n’arrivent-ils pas, comme l’a fait par exemple un journaliste de l’AFP, à identifier ces réseaux ? Les journalistes sont-ils plus efficaces que les services de renseignement ? Quelque chose cloche !

Tout cela dit, il nous semble utile d’attirer l’attention sur la récupération politique, déjà engagée, du drame de Kerkennah. Mais aussi, de la récupération sociale du même drame par certaines ONG, qui feraient mieux d’engager un profond travail de moralisation de cette pratique auprès des familles des victimes, présentes et à venir , qui sont le seul soutien financier aux migrants clandestins.

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Il y a quelques jours sur une radio privée, un député de Nidaa Tounes et ami de son directeur exécutif, disait que «nous avions demandé à Youssef Chahed de nous donner une seule réalisation qu’il a faite durant son mandat et qu’on pourrait mettre en valeur ».

Quelques jours plus tard, le FMI lui répondait indirectement, en confirmant que «l’économie tunisienne a montré des signes de reprise au premier trimestre de cette année. La croissance économique à 2,5 % (en glissement annuel) était la plus élevée depuis 2014, grâce à une forte production agricole et des exportations dynamiques. Le déficit du compte courant s’est quelque peu amélioré, à la faveur d’un taux de change plus flexible. Les flux d’investissements directs étrangers ont également repris, et le nouveau guichet unique pour les investisseurs “Tunisia Investment Authority” améliorera encore le climat des affaires. Les réformes prévues pour renforcer la gouvernance et améliorer l’accès au financement permettront à la reprise à créer plus d’emplois dans le secteur privé». Et comme le lien est généralement direct entre croissance et emploi, le taux de chômage était, pour la première fois depuis 2016, descendu au-dessous des 15,5 %.

C’est certes trop peu, mais on relèvera aussi que le nombre des diplômés chômeurs de l’enseignement supérieur a enregistré sa première baisse depuis 2016, de 3.9 mille jeunes, pour un taux de chômage s’ établissant à 29.3%, contre 31 % pour le premier trimestre 2016, année durant laquelle le même taux avait même culminé à 31,9.

Force est donc de reconnaître que quelque chose a été fait cette année 2018 par le gouvernement de Youssef Chahed. Ce n’est pas le Pérou, mais le début d’un semblant de rétablissement. Les bailleurs de fonds le lui reconnaissent. Pas les siens de chez Nidaa Tounes.

  • Pas d’augmentations salariales, mais une augmentation des prix des carburants

«L’équipe du FMI est d’accord avec la banque centrale qu’un resserrement supplémentaire des conditions monétaires est nécessaire pour réduire l’écart entre les taux d’intérêt et l’inflation ». Cela devrait, en principe et bien que le conseil d’administration de la BCT l’ait retardé le mois dernier, se traduire par une nouvelle hausse du taux directeur. Une telle décision fera certainement le bonheur des banquiers, mais moins celui des consommateurs, des nouveaux et même des anciens accédant au crédit de consommation dans ses divers produits.

En ce qui concerne le financement de ce qui reste du budget 2018, le FMI qui raisonne ici sur le de court et très court terme, définit les trois priorités qu’il traite de «saillantes à court terme ». En premier lieu, «poursuivre les efforts visant à réduire les subventions à l’énergie qui favorisent de manière disproportionnée les plus aisés». Avec la hausse des prix du pétrole, il est à craindre que la Tunisie ne termine pas l’été 2018, sans une nouvelle augmentation des prix de l’essence, du gaz et de l’électricité.

Il faut rappeler à cet égard que le budget 2018 n’avait prévu qu’une enveloppe de 1.500 MDT de compensation pour les produits pétroliers. La Tunisie qui subit depuis peu un véritable choc pétrolier (baisse du Dinar et hausse du baril), avait déjà opéré deux augmentations qui n’ont rapporté que 230 MDT. Or, au prix de 70 USD le baril, la compensation nécessitera 4.000 MDT qu’il faudra nécessairement trouver pour boucler le budget.

En second lieu, «contenir la masse salariale du secteur public, qui est proportionnellement parmi les plus élevées au monde ». Cela voudra dire qu’il n’y a aura très probablement pas de nouvelles augmentations salariales pour au moins 2018 et 2019. L’équipe du FMI a dit cela aux responsables et experts de l’UGTT qui ont bien écouté sans broncher. Lâchera-t-elle pour autant quelque peu la pédale sur un chef du gouvernement qu’elle n’a pas pu dézinguer et qui résiste jusque-là à toutes ses campagnes médiatiques ? Plus d’un expert pense pourtant que tout nouvel accord d’augmentation salariale précipiterait le pays vers la banqueroute.

Et en dernier lieu, «adopter le projet de loi sur la réforme des retraites pour améliorer la viabilité financière du système de sécurité sociale». Sur ce dossier là aussi, l’attitude de l’UGTT et désormais même ses nouveaux ennemis de Nidaa Tounes après que Chahed lui a foncé dedans, sera primordiale.

Nous croyons savoir, de notre côté, qu’un CIM se penchera dès le début de la semaine sur le projet de loi sur la retraite dans le secteur public. Il portera sur une hausse de l’âge minimum de la retraite à 61 ans à partir de 2019 et à 62 ans pour 2020, avec même 3 ans supplémentaires qui restent optionnels. Ce projet de loi, notons-le, a été mis au point par une commission tripartite, Gouvernement, Utica et UGTT. S’il passe en CIM, il faudra en attendre le sort à l’ARP.

  • Le souci des familles vulnérables, nouveau credo du FMI

Mais nouveauté aussi, le FMI fait de la question de «transferts accrus aux familles les plus vulnérables, afin de les protéger de l’impact de la hausse des prix, accompagneront les efforts de réforme», une des conditions, fermes et essentielles, paraît-il, pour l’accès de la Tunisie à ce qui reste du prêt d’assistance financière. Une condition par laquelle le FMI voudrait faire montre, non seulement d’un souci de bancabilité de ses recommandations, mais aussi d’un souci majeur de leur impact social, en poussant son débiteur à y accorder l’attention qu’il faut.

Youssef Chahed avait déjà annoncé le 14 janvier dernier l’augmentation des primes servies aux familles nécessiteuses, la couverture médicale aux chômeurs et le principe d’une pension de retraites d’un minimum de 180 DT. Cela ne semble pourtant pas satisfaire le FMI qui en demanderait plus pour les pauvres, selon nos informations. Le gouvernement serait d’ailleurs en train de plancher sur de nouvelles formes de transferts aux familles nécessiteuses qui seraient au nombre de 280 mille.

On ne peut terminer sans rappeler que le FMI n’avait pas proposé d’aider la Tunisie, mais avait été sollicité à cet effet, la Tunisie ayant tout dépensé après sa révolution, en oubliant de se remettre au travail et d’arrêter les grèves dans tous les secteurs. Cela dure depuis 8 ans.

Comme tout bon banquier, le FMI se doit de s’assurer que son débiteur reste bancable et tente, par ses recommandations, de le remettre en état de pays sa dette, par des mesures qui restent par ailleurs nécessaires, même si le FMI ne les avaient pas exigées.

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C’est un Marocain de naissance et un Tunisois d’enfance, puisqu’il a fait ses études à l’école primaire de Mutuelleville à Tunis. Le professionnel de finance qu’il était devenu a, pendant 18 ans, roulé sa bosse professionnelle à l’étranger et au DOM, en passant par les places financières américaine et anglaise. Sa dernière nomination à la tête de la BTK, filiale du groupe français BPCE (Banque Populaire & Caisse d’Epargne) en août 2016, est presque un retour de l’enfant prodige.

Dans cette interview du DG de la BTK, Bernard Fremont s’attarde surtout sur le pourquoi de sa nomination, le PMT ou plan moyen terme pour redresser cette ancienne banque mixte tuniso-koweitienne. La banque était déficitaire, mais elle commence déjà à se relever. Interview :

 Depuis qu’elle a été rachetée par la BPCE, la BTK n’a pas été toujours déficitaire. Qu’est-ce qui s’est passé pour qu’elle le devienne, et deux années de suite ?

A l’instar d’autres banques de la place qui ont eu à le faire, la BTK a entrepris, depuis mon arrivée, un programme de restructuration qui passe par un assainissement de ses comptes, dans la perspective de la préparer aux différents enjeux comptables et réglementaires, qui sont ou se mettront prochainement en place en Tunisie. La banque se met aujourd’hui dans ces nouveaux dispositifs et adopte une nouvelle organisation, pour pouvoir répondre aux besoins de l’économie tunisienne de demain.

 Le cru 2017 de la banque a été en totalité à la baisse, de l’exploitation au résultat net, en passant par la liquidité qui a été négative. Quid de tous ces ratios !

A mon arrivée, un audit complet de la banque a été réalisé. Une nouvelle organisation a été mise en place et un plan stratégique moyen terme a été établi sur les exercices 2017 à 2020. Celui-ci est suivi rigoureusement. Nous le respectons. Il suppose, sur le plan purement comptable, de provisionner ce qui doit l’être, et permettre ainsi à la BTK de rebondir rapidement et d’assurer son développement futur.

 C’est comme si vous étiez en train d’affirmer, ou devrions-nous le comprendre ainsi, que cette situation est voulue ?

Voulu n’est pas forcément le bon terme. En tout cas, les travaux que nous menons sont une nécessité et préparent bien l’avenir.

 En 2017, la BTK était déficitaire et vous provisionnez pourtant moins, puisque vos provisions ont diminué de 51,7 MDT par rapport à 2016 qui était aussi déficitaire

Nous avons provisionné de manière importante en 2016. Nous avons moins provisionné en 2017. Ceci traduit tout simplement les efforts remarquables entrepris par les collaborateurs de la BTK. Nous avons même été en avance sur ce que nous avions budgétisé. En 2018, le coût du risque poursuivra son amélioration grâce à l’assainissement de notre portefeuille. Dans la conjoncture économique particulière que traverse la Tunisie, je pense que ce qui a été réalisé par les équipes de la BTK en l’espace de moins de 2 ans, est du domaine de l’exploit.

Est-ce que le recouvrement a pu vous mettre à l’abri de la hausse des coûts des ressources ?

En 2017, notre coût des ressources a été meilleur que celui budgétisé.

L’action sur le recouvrement a certainement permis de l’améliorer. Egalement, une gestion rigoureuse de notre ALM, une conquête de flux alliée à un développement de nos dépôts à vue ont aussi largement contribué à la maitrise de nos coûts de ressources.

 Comment se comporte le ratio NPL et à quel niveau est-il désormais ?

Il est encore à un niveau qui reste insuffisant et sur lequel nous continuons à travailler pour le ramener au niveau des normes de la place.

 En quoi consiste en fait ce PMT et quels sont ses objectifs ?

L’augmentation de capital souscrite par tous nos actionnaires nous a permis de consolider notre structure financière et de respecter l’intégralité de nos ratios réglementaires, Tier 1 et 2. Il en est de même pour notre ratio de liquidité.

Ce nouveau contexte nous a permis de nous relancer sur les clientèles que nous ciblons, Corporate, Retail et de gestion privée.

Nous avons également rénové de nombreuses agences et la campagne d’image dernièrement faite permettra de le faire savoir.

Enfin, une révision de notre offre produits et services nous permettra d’offrir d’avantage de qualité et d’expertise et donc de générer davantage de commissions pour la banque. Tout le travail d’organisation de la BTK que nous menons actuellement, doit permettre au process et au work-flow de se mettre progressivement en place et être le plus efficace possible.

 Quand-est-il prévu, selon votre business plan, que la banque retourne à la profitabilité ?

Ce retour est prévu pour 2019. Ceci dit, rien ne nous empêche de l’anticiper. La motivation des équipes est là et l’envie de revenir à des résultats positifs est très forte chez nous. Le nouvel esprit qui anime toute l’équipe BTK, jeune et dynamique, dégage une forte volonté d’aller de l’avant, de respecter ce PMT et même de le devancer.

 En attendant, comment se sont comportés les différents ratios de la banque, pour le 1er trimestre 2018 ?

Les chiffres sont encore provisoires, mais la MNI est en croissance de 21 %, ce qui est tout à fait remarquable dans le contexte actuel ; le PNB s’affiche en croissance positive, le coût du risque est une nouvelle fois en très forte amélioration. Les premiers éléments que nous avons sur le 1er trimestre 2018 augurent de résultats qui peuvent nous satisfaire et nous mettre en avance par rapport au PMT d’ici la fin de l’année, si nous continuons sur cette lancée.

 Vous avez constaté, comme toute la place, que l’atmosphère au sein de la BTK avait été secouée par l’information de cession d’un nombre de banques filiales africaines du groupe BPCE. Est-ce que cette décision du groupe est encore valable en 2018 ?

Les médias se sont effectivement fait l’écho de cette information. C’est un sujet qui concerne les actionnaires de la BTK [Ndlr : Dont l’Etat tunisien]. En tant que Directeur général, j’ai la mission de mener le plan stratégique de la banque.

 On suppose donc que la vente ne se fera pas avant l’arrivée à terme du plan stratégique, car on vendrait mal une banque qui perd de l’argent !

Comme je viens de vous l’indiquer, ma mission est de conduire le PMT et si possible d’anticiper sur la performance et le résultat affiché dans le PMT. En règle générale, lorsque vous achetez une entreprise, c’est plutôt son futur que vous regardez.

 Il est donc inutile de vous demander s’il y a déjà des acheteurs, tunisiens ou étrangers, intéressés par la reprise de la BTK, car vous n’êtes pas à ce niveau de connaissance !

Je suis évidemment en lien étroit avec les actionnaires sur ce sujet. Mais il ne m’appartient pas de communiquer à leur place.

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Il s’était tu pendant toutes les réunions de Carthage et continué, en silence, son travail de chef de gouvernement, supportant stoïquement mais dignement les coups de griffe et même les coups de couteau de l’héritier de Nidaa Tounes, faisant ainsi honneur à son poste d’homme d’Etat. Sans que l’on s’y attende et en l’absence du chef de l’Etat et père du directeur exécutif de Nidaa, Youssef Chahed décide de sortir de son silence. Il décide, en plus, de s’attaquer directement et nommément à celui qui lui a consacré deux Statuts fb pour descendre son bilan en flammes et demander sa tête sans détours.

L’intervention télévisée de Youssef Chahed, mardi 29 mai 2018, en aura définitivement étonné plus d’un. D’abord et surtout parce qu’elle était directe, frontale et nominative contre l’héritier du parti, au nom duquel il gouverne, quoique pas de manière directe, mais à travers le Document de Carthage. Un parti, qui, comme il le dira, «ne ressemble plus à celui auquel j’ai adhéré en 2013». La remarque aurait d’ailleurs pu être faite par les milliers d’adhérents et de sympathisants qui avaient voté en 2014 et qui s’étaient maintes fois déclarés trahis par le fondateur Béji Caïed Essebssi et l’héritier Hafedh Caïed Essebssi (HCE). «Ceux qui dirigent ce parti, et à leur tête Hafedh Caïed Essebssi et ceux qui l’entourent, ont démoli le parti et poussé grand nombre à le quitter», disait Youssef Chahed dans une attaque frontale à HCE et les deux ou trois politicards qui font partie de son premier cercle d’influence. Un constat que font aussi désormais tous les adhérents de Nidaa et même toute la scène politique et qui a été derrière tous les schismes et les départs qui ont divisé et affaibli ce qui était le parti de la majorité. Un parti que ne ressemble à rien, qui n’a même pas tenu son congrès constitutif. Un parti sans structures claires et précises et dont certains bureaux régionaux n’ont presque jamais ouvert leurs portes. Un parti qui ne mobilise plus à l’extérieur et démobilise même au-dedans.

Cela, toute la Tunisie le savait et Youssef Chahed n’avait à la limite fait que dire en public ce que même le fondateur de Nidaa Tounes connaissait et n’osait pas dire. Mais Youssef Chahed avait-il raison de le dire ? Devait-il quitter son piédestal d’homme d’Etat et de chef de gouvernement et s’abaisser à répondre,utiliser son image et son aura de chef de gouvernement, pour laver le linge sale de son propre parti en public ? Beaucoup, même de ceux qui ont applaudi son intervention, pensent qu’il n’aurait pas dû le faire, sans pour autant lui dénier le droit de le faire.

Youssef Chahed et son gouvernement font, depuis quelques mois, l’objet d’une campagne de dénigrement, de diffamation, d’intox, de pression, aux fins de les déloger de la Kasbah. Derrière la campagne il y a ceux-là mêmes qui l’y avaient nommé au titre d’un organe, le Document de Carthage, complètement anticonstitutionnel. Les causes sont multiples et varient selon les parties qui veulent sa tête. Pour Nidaa, il s’agit principalement de fauteuils voulus et non donnés. Pour l’UGTT, il s’agit d’augmentations salariales que le chef du gouvernement ne pouvait plus donner. Pour l’UTICA, il s’agit de mesures, fiscales et économiques, qui lestent les coûts de production du patronat et affaiblissent son potentiel de compétitivité. C’est en quelque sorte le détail économique et financier de la feuille du «Document de Carthage 1» qui a ligué presque tout le monde contre Chahed, y compris ses frères d’armes à Nidaa Tounes.

Il était donc normal que le chef du gouvernement se défende, et il n’avait pas complètement tort de le faire ainsi. En effet, s’il est vrai que le linge sale de Nidaa était une affaire, d’abord familiale et ensuite interne, il n’en demeure pas moins vrai que c’est cette crise interne de Nidaa qui n’a jamais pu lui donner assez de pouvoir pour appuyer son candidat, et a obligé le fondateur Béji Caïed Essebssi à lui chercher une ceinture de soutien. Il est vrai aussi que la crise interne de Nidaa, obligé de s’allier à Ennahdha, a été derrière la mise en place de la politique de la concertation, qui a été à son tour derrière l’instabilité politique générale. Nidaa est trop faible pour gouverner seul. Ennahdha est trop vulnérable pour s’y livrer. Aucun d’eux n’a assez de pouvoir pour diriger le pays et la concertation ne permet que de donner des demi-solutions à des problèmes multidimensionnels et urgents. C’est là que la crise interne de Nidaa a fortement impacté la stabilité politique et les capacités du gouvernement à concrétiser son programme d’action économique.

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Ne tenant manifestement pas à être l’outil qu’utiliseront ses détracteurs pour renvoyer Youssef Chahed de la Kasbah, le locataire de Carthage a, le lundi 28 mai 2018, suspendu le «Document de Carthage» ou DC, et renvoyé sine die les concertations qui devaient aboutir à une nouvelle feuille de route pour le chef du gouvernement. Les mots étant importants, Saïda Garrach a parlé d’une suspension et non d’un arrêt. Auquel cas Youssef Chahed devrait partir, le DC étant le document fondateur de son gouvernement d’union nationale. Il n’en demeure pas moins que le gouvernement de Youssef Chahed n’en est plus un.

De suite, le Taboubi de l’UGTT annonce son retrait de cette structure de gouvernance virtuelle de la Tunisie de la seconde République. Un retrait dont la seule explication est l’incapacité de la toute-puissante et omnipotente centrale syndicale ouvrière à faire plier le président du conseil d’administration de l’entreprise Tunisie, Béji Caïed Essebssi, et le reste des membres du conseil d’administration et renvoyer le DG de l’entreprise, Youssef Chahed.

De fait, l’UGTT perd le deuxième round de son bras de fer avec le chef du gouvernement, le second à lui tenir tête après Mehdi Jomaa, quoique pour une plus longue période, et Hafedh Caïed Essebssi (HCE) en perd un round. De fait aussi, Youssef Chahed reste à la Kasbah et on ne parle même plus de remaniement ministériel. Une claque magistrale pour l’UGTT et pour HCE. Ce dernier se met ainsi, depuis le 9 mai 2018, date de son communiqué, à flirter avec l’UGTT. Comme s’il séchait les larmes de dépit de Noureddine Taboubi, HCE affirmait dans le même communiqué que «l’UGTT [est] l’un des piliers du consensus social». L’alliance a changé de bord.

  • Retour au point de départ. «نرجعوا فين كنا» avait un jour dit Bourguiba

Cela aura tout simplement coûté quelques mois de la vie d’un pays au bord de la banqueroute et plusieurs mois de retard dans la mise en œuvre des réformes par lesquelles l’économie donnait déjà en avril les premiers signes d’une légère reprise. Nous en voulons pour preuve le changement de qualité de la petite croissance de 2,5 %, qui n’est plus issue de la consommation, mais de secteurs productifs. Cela aura quand même coûté une confirmation par Fitch Rating de la notation négative de Moody’s. Cela a encore coûté un € désormais à plus de 3 DT, une thésaurisation plus accélérée qui aggravera la crise de liquidité, une inflation à 7,7 % liée à la hausse des prix et l’envolée du coût de l’argent, et des réserves en devises en baisse. Le tout du à l’attentisme créé par les appels au changement de gouvernement. Des effets de l’instabilité politique que niait le fils du chef de l’Etat lorsqu’il demandait la 1ère fois la tête du candidat de son propre parti au poste de chef de gouvernement en 2016.

Ceux qui connaissent l’UGTT savent cependant pertinemment que l’organisation a la tête dure et n’a pas encore dit son dernier mot. Il devient plus que probable qu’elle relance sa campagne anti-Chahed, directement ou indirectement et qu’elle s’oppose de façon plus véhémente à son programme de réformes économiques. Il n’est donc pas exclu qu’elle mette au point un programme de mouvements sociaux, grèves, sit-in notamment, pour enrayer l’action d’une «persona non grata».

  • Un train peut en cacher un autre  

Reste à deviner ce qui s’est passé dans la tête du président nonagénaire pour qu’il lâche celle dont il disait que rien ne se faisait sans elle. Aurait-il décidé de battre en retraite face à la campagne anti-Document de Carthage, de plus en plus considéré comme anticonstitutionnel et un véritable «Shadow Cabinet» ? Aurait-il été finalement irrité par les deux dernières campagnes, menées par son fils sur les réseaux sociaux, pour obtenir le départ de l’actuel chef de gouvernement alors qu’il avait signifié qu’il n’était pas question de le changer ?

Dans un cas comme dans l’autre, ce qui reste du magistère de Youssef Chahed jusqu’aux prochaines d’octobre 2019 ne sera pas facile, ni pour lui, ni pour l’économie, encore moins pour la société tunisienne. Maintenu bon gré mal gré à la tête du gouvernement, Chahed reste lié par les engagements donnés aux bailleurs de fonds avec à leur tête le FMI et par les réformes promises.

Or, s’il a gagné ses bras de fer avec l’UGTT et le fils du fondateur du parti Nidaa Tounes, Youssef Chahed perd une large part de la marge de manœuvre dont il devrait disposer pour faire passer ses réformes, en face de formations politiques qui s’étaient finalement déclarées incapables, lundi 28 mai 2018, de s’entendre sur les mesures à adopter pour faire face à la crise économique aiguë dans laquelle s’englue le pays.

  • Que peut-il désormais se passer ?

Il y a d’abord lieu de remarquer que sitôt l’annonce faite par Saïda Garrach de la suspension du DC, le conseiller Noureddine Ben Ticha s’empresse de préciser que cette décision de BCE est provisoire. On comprendrait alors que la décision de BCE de le suspendre n’était qu’un coup de tête et que, retrouvant ses esprits, le nonagénaire chef de l’Etat tunisien aurait envoyé son conseiller entrebâiller de nouveau la porte des négociations, peut-être par une autre composition du DC ou avec de nouvelles conditions.

En attendant, il se murmure que le fils préparerait quand même un nouveau coup de force contre son père. A deux reprises, Hafedh Caïed Essebssi aurait réuni les ministres de Nidaa après la rupture du jeûne. A l’un des menus, un coup à la Yassine Brahim. HCE penserait en effet à demander aux ministres de Nidaa Tounes de démissionner en bloc du gouvernement, ce qui obligerait Chahed à repasser par la case ARP pour un éventuel vote de confiance qu’il pourrait retourner contre lui. Coup bas et combines pour faire tomber le gouvernement auraient ainsi déjà repris. “Business as usual” !

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Il travaille beaucoup, apparaît peu et n’est pas facile à l’interview. C’est qu’il est conscient de l’immensité de la tâche herculéenne pour laquelle il a signé en acceptant le poste de DG de la plus grande, mais aussi la banque publique au plus lourd cumul de pertes et qu’il doit pourtant, recapitaliser, restructurer et relever.

En contrepartie des 750 MDT injectés par l’Etat dans la STB, Samir Saied avait signé un contrat programme sur 5 ans. Il en est à mi-chemin et les résultats attestent un début de réussite. Il sait cependant que les termes de son contrat pourraient ne pas être respectés par l’Etat, qu’il lutte à armes inégales avec ses concurrents du Privé, et il tire la sonnette d’alarme, en s’excusant auprès des petits actionnaires et en demandant à ses principaux débiteurs, les hôteliers, de soutenir la banque. Sera-t-il entendu ? Interview :

A mi-parcours de la nouvelle stratégie, où en êtes-vous dans son application ?

Nous en sommes, en effet, à mi-parcours. On travaille, de manière intensive, sur 159 projets et 45 chantiers et qui couvrent l’ensemble des fonctionnalités de la banque. On a pris de lourds engagements. Mais je préfère pécher par excès que de faire le minimum et par défaut. Certains chantiers avancent lentement, d’autres commencent déjà à donner leurs fruits. Mais globalement, nous avançons. Nos résultats sont supérieurs à ce qu’on avait planifié, mais les années à venir ne seront pas nécessairement plus simples, ni plus faciles pour la banque. J’évoque ici le problème du recouvrement et plus spécialement la problématique de l’article 96 du code pénal et la nécessité de mettre les banques publiques sur le même pied d’égalité avec le privé dans les questions du transactionnel, de la résolution et de l’abandon. Cette question a été soulevée devant l’ARP et j’ai lu que mon collègue de la BNA en a parlé dans une interview sur Africanmanager, je n’y reviendrai donc pas. Cela ne m’empêche pas de rappeler qu’il était prévu, lorsque nous avions élaboré le contrat programme avec les autorités publiques, qu’à fin décembre 2016 au plus tard, l’interprétation de l’article 96 pour l’application bancaire soit clarifiée. Cela n’a pas encore été fait.

 

Cela faisait-il partie du deal avec le gouvernement, lorsqu’il avait accepté de financer le plan de recapitalisation de la banque ?

En effet. Je ne critique pas l’article 96 et ce n’est pas mon rôle. Je parle uniquement de son interprétation pour les banques publiques qui sont soumises à la loi bancaire. Cela devait être réglé par la BCT. Nous avançons dans la mise en application de notre contrat programme, alors que ce point reste toujours en suspens. Je sais et je les en remercie, que les cadres du ministère des Finances ont fait l’effort de mettre au point un projet de loi dans ce sens et qui a été soumis à l’ARP. Il y a manifestement une peur de prise de décision, compréhensible certes, alors que certains collègues sont toujours sous enquête judiciaire à ce propos, mais ce point reste un élément de perturbation pour le plan de restructuration de la banque qui risque de ne pas avoir le même degré de performance dans sa seconde moitié, si cette question de l’interprétation de               l’article 96 n’est pas définitivement traitée.

J’ai aussi parlé, lors de la dernière communication financière du jeudi 10 mai 2018, de la question des dettes du secteur touristique chez la STB. Je ne comprends pas pourquoi on n’applique toujours pas les propositions contenues dans le «livre blanc», comme l’avait déjà annoncé le chef du gouvernement. Je ne comprends pas, non plus, l’hésitation à accorder l’avantage fiscal aux entreprises hôtelières pour les encourager à recapitaliser et sauver les unités qui en ont besoin. Des unités, par ailleurs, déjà identifiées et listées …

 Elles sont au nombre de combien ?

On parle d’une soixantaine d’unités hôtelières tout au plus pour la STB. Les montants ne sont pas énormes, mais l’impact l’est. Ce sont des dettes classées et ne peuvent donc pas bénéficier de crédits bancaires, et la seule issue pour ces unités hôtelières reste l’augmentation de capital. Des ressources qu’elles ne peuvent pas mobiliser, le secteur touristique tunisien étant encore classé à risque. L’avantage fiscal exceptionnel, même pour une ou deux années, reste la seule issue pour relancer ces entreprises et les remettre en condition de remboursement de leurs dettes. Le bénéfice sera immense, pour la banque, pour l’emploi, pour les entrées de devises et pour tous les secteurs connexes du tourisme.

 Un des points d’audit importants évoqués par les commissaires aux comptes, a été celle des créances qui s’élèvent à plus de 9.950 MDT et les provisions constituées, en couverture de ce risque, de seulement 1.369 MDT. Il semble ainsi que cette question des NPL reste encore l’un des défis majeurs pour la banque, à mi-parcours de sa nouvelle stratégie de relance !

Effectivement, c’est le grand handicap qui nous empêche, aujourd’hui par exemple, de recourir aux lignes de financement extérieur et d’améliorer ainsi le coût des ressources de la STB. Les bailleurs de fonds sont très regardants sur le taux de PNL. On a beau essayer d’expliquer qu’on a un taux de couverture parmi les plus élevés de la place avec 74 % de taux de couverture des créances classées, on nous répète que ce taux reste élevé et qu’on ne peut accorder de ligne de crédit extérieur à la STB. On a vainement expliqué que la cause en est le lourd héritage des dettes de la BNDT-BDET et que cet héritage mis à part, le taux des créances classées du seul portefeuille de la STB ne dépasserait pas les 15 %.

Aujourd’hui, nous sommes en mauvaise posture, car en concurrence avec le secteur privé qui peut avoir ce genre de ligne de crédit à coût moindre alors que nous, banque publique avec un lourd héritage, ne pouvons y accéder. Du coup, nous sommes handicapés, au départ par les NPL et ensuite par l’écart qui se creuse avec les banques privées, et on n’est plus à armes égales pour l’accès à des ressources pas chères. A cela, s’ajoute l’effet de l’article 96.

 Mais il n’y a pas, chez la STB, que ces ratios-là qui vont encore mal

A ma connaissance, les autres ratios sont en amélioration. Le PNB s’améliore, le RBE se consolide, le RN aussi, avec le «Return On Asset». A simuler l’élagage du coût du plan social et l’effet des provisions additionnelles sur des hôtels front de mer à haute valeur financière récupérable dans un laps de 3 à 4 ans, nous aurions 17 % en «Return On Equity» comme les meilleures banques de la place et on doublerait même le ratio «Return On Asset» de 0,9 à 1,8 %. La réalité est cependant autre. On lèse certes la rentabilité de l’année, mais on reste confiants que cela va s’améliorer.

Le seul, en vérité lié à la série de handicaps évoqués plus haut, c’est le «Tiers 1». Le fait qu’on n’a pas pu faire recouvrement escompté de nos créances, a rendu ce ratio un peu plus serré. On n’y est pas moins bons que d’autres banques. Il reste cependant un ratio qu’on surveille de près et nous nous adaptons, en cherchant à améliorer et diversifier notre offre de placement et d’épargne, pour essayer d’y remédier au plus tôt.

En fait, je ne travaille pas sur des résultats pour 2017, 2018 ou même 2019, mais sur de meilleures perspectives pour la banque, en 2022 et même 2023, car toutes les réformes engagées, qui sont structurelles et profondes, ne donneront leurs fruits qu’à long terme. C’est en fait un message aux actionnaires pour leur dire que je suis désolé de ne pas distribuer les dividendes ou d’améliorer, de manière immédiate et spectaculaire, le cours de l’action STB. Je pense, pourtant, que le cours de l’action de notre banque se portera de mieux en mieux et les analystes financiers finiront par reconnaître que nos réformes placeront la STB nécessairement et à moyen et long terme dans un trend résolument haussier.

 Si vous tenez à insuffler plus d’optimisme et d’espoir chez vos épargnants, il suffirait de réguler comme ils vous le demandent. Chose que vous refusez !

Je ne refuse pas. En fait, je ne crois pas que créer un mécanisme pour acheter puis vendre du papier STB, puisse être la solution idoine pour relever l’action. Ma conviction profonde est que la solution radicale reste le travail sur le long terme. Dans un marché mature, les analystes finiront par le détecter et l’annoncer. D’autre part, il est pratiquement impossible, à cause du gros montant des reports différés, de procéder à une régulation de l’action STB sur la cote. Je ne donnerais donc pas de faux espoirs et je dirais plutôt que la STB ne distribuera pas de dividende, ni cette année, ni celle qui suivra, pour ne pas dire plus ; toutefois la valeur boursière finira par s’apprécier.

 Déjà que pour 2018, les provisions devront fortement impacter vos résultats, qui devraient ainsi être diminués de 90 MDT, comme vous l’aviez annoncé au cours de votre dernière communication financière

Je le confirme hélas. Ceci étant, je relance mon appel aux hôteliers pour qu’ils comprennent la situation dans laquelle se trouve la STB et qu’ils se tiennent plutôt à ses côtés et procèdent au paiement des sommes à recouvrir qu’on négocie avec eux. On ne demande pas la totalité de l’argent de la banque, mais le montant nécessaire pour économiser les provisions additionnelles. Autrement, le RN 2018 de la STB ne sera pas brillant, je le crains.

 En 2017, vous avez quand même fait de beaux gains en BTA et atteint le cumul de 1068 MDT !

Il est essentiellement dû aux efforts faits en 2016 par la banque publique qu’est la STB au profit de l’Etat, en tant que SVT. Je ne revendique pas la paternité de ces bénéfices, car c’est de l’argent facile pour une banque dont le rôle reste l’intermédiation et où le bénéfice doit provenir de l’exploitation. Signalons toutefois que ce gain demeure réversible en cas de hausse du taux long. Mais je dois agir, pour qu’on ne soit pas dépendant des BTA. Nous allons ainsi, autant que faire se peut, essayer d’être acteur dans la création d’un marché secondaire et vendre petit à petit ces BTA.

 Vous disiez, justement, vouloir les céder au PME et TPE. Comment ?

C’est ce qu’on va essayer de voir avec la Bourse et tous les professionnels de la place, comment animer un marché secondaire, pour alléger la charge des BTA sur les banques qui se retrouvent en fait à faire du «Crowding-Out» contre un rôle essentiel d’intermédiaire entre déposants et demandeurs de crédit. Et d’ailleurs, l’esprit du contrat programme qui me lie à l’Etat, est de gérer la banque de manière professionnelle, exactement comme le privé, et moi, je ne crois pas efficace, pour la banque, d’utiliser l’argent des déposants pour acheter des BTA au détriment d’un financement sain de l’économie, notamment les PME-TPE et les professionnels, pas les particuliers via les crédits à la consommation et pas les grands groupes qui ont d’autres opportunités sur le marché financier. L’objectif principal est de se désengager progressivement des BTA à travers la création et l’animation d’un marché secondaire.

 Pourquoi ne pas refuser de prendre des BTA ? Et d’ailleurs, pourriez-vous le faire ?

On peut et c’est ce que nous avions fait partiellement en 2017. Notre croissance en BTA n’a ainsi pas dépassé les 4 à 5 %. Ça m’a créé quelques moments tendus dans des négociations serrées.               Je remercie, à l’occasion, les responsables du MF (Ministère des Finances) et à leur tête Mr le ministre des Finances, qui a été compréhensif et a même contribué à maintenir l’appétit du MF. Mais je ne peux pas non plus faire la politique l’autruche. Je vis en Tunisie et je connais parfaitement la situation. Nous avons bénéficié de 750 MDT et je ne peux pas être cassant à ce sujet. On se doit de contribuer quand il le faut, mais à des doses homéopathiques et raisonnables et ne plus faire les 28 % de PdM dans les BTA de l’année 2017.

 

Quelles perspectives dessine Samir Saied pour la STB ?

Petit à petit, c’est une nouvelle STB qui émerge du plan de restructuration et qui sera mise en place dans un délai de cinq ans. Une STB moderne, rajeunie où l’élément féminin prend le dessus, comme on le voit dans les résultats des différents concours de recrutement que nous organisons, avec 70 % de taux de réussite. Nous sommes déjà dans la parité homme-femme et je pense que l’année prochaine, elles seront plus nombreuses, ce qui fera la fierté de la STB et fera quelque part son avantage dans la transformation qu’elle engage vers le digital. Si le Livre Blanc est mis en exécution, son impact sur les finances de la banque sera d’importance. Et si le recouvrement réussi et que l’article 96 est modifié et que l’Etat fait un dernier effort en matière d’avantage fiscal pour les hôteliers, les résultats de la STB suivront. Je rappelle que, côté chiffres, la STB a déjà fait plus que ce qui a été planifié. C’est déjà +25 % en PNB pour le 1er trimestre 2018 et on table d’ici fin d’année sur +20 % et peut-être plus. Tout en rappelant que l’effort de provision impactera nécessairement le résultat 2018. Je n’oublierais pas l’effort fait par les employés de la STB en matière de productivité et nous avons entamé une expérience pour l’introduction d’une partie variable, dans la rémunération des employés, selon le résultat. Pour les épargnants actionnaires, je rappelle que la banque devra, avant toute distribution de dividende, éponger les 640 MDT de pertes en report. J’en suis désolé pour eux, mais je suis sûr qu’ils sauront attendre que les finances de leur banque soient assainies.

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Alors que toute la scène politique tunisienne grouillait de nouveau de palabres au sujet du sort du gouvernement de Youssef Chahed, ce dernier terminait la semaine en audience avec le chef de l’Etat, parlant de «la situation générale dans le pays et les derniers préparatifs pour le mois du Ramadan et la saison estivale touristique», selon le laconique communiqué du palais de Carthage.

Il faut dire que le mauvais résultat de Nidaa Tounes, le parti du chef du gouvernement tunisien, n’a pas contribué à faire taire les critiques quant à sa gestion et à ses résultats, bien au contraire. Ceci, même si les électeurs des Municipales 2018 ont mélangé les enjeux entre législatives et municipales et ont sanctionné tout le monde dans un «ni-ni» résonnant d’abstention.

Toujours est-il que la question du sort de Youssef Chahed et de son gouvernement revient au devant de l’actualité. Dada de Noureddine Taboubi qui n’avait arrêté sa campagne anti-GUN (gouvernement d’union national) que le temps de constater l’amer échec de son bras de fer avec Chahed sur la question des enseignants du secondaire, cette question redevient d’actualité, après les municipales et à une année des législatives et des présidentielles.

  • BCE ferait-il d’une pierre deux coups ?

Il semblerait, croit-on savoir, que le chef de l’Etat entre les mains de qui se trouverait désormais le sort du chef du gouvernement, pourrait être tenté de faire d’une pierre deux coups et même plus. D’abord donner le coup d’envoi à la restructuration du parti politique qui l’a propulsé à Carthage. Une restructuration qui devient plus que nécessaire, vitale pour Nidaa Tounes afin de préserver ses chances de résistance à la prochaine vague d’élections, celle des législatives et celle de la présidentielle. Une restructuration qui devrait commencer par le retour en son sein de tous les enfants prodiges qui l’avaient quitté, depuis que Nidaa Tounes a été confié à BCE Jr. L’éloignement de ce dernier pourrait se faire, selon nos sources, à travers la nomination de Youssef Chahed à la tête de Nidaa, d’autant que l’actuel chef de gouvernement aurait gardé de bonnes relations avec tous les enfants prodiges et pourrait les convaincre de retourner au bercail, afin d’éviter que ne sombre le parti-mère, dont les fameuses fissures n’avaient pu donner naissance qu’à des formations politiques sans perspectives, tels qu’en font foi les résultats des municipales 2018.

Faisant ainsi, BCE pourrait contenter tous ceux qui avaient quitté Nidaa, à cause de leurs désaccords avec Hafedh Caïed Essebssi ou BCE Jr dont l’échec aux municipales a démontré le grave déficit de charisme et l’incapacité à rendre à Nidaa le pouvoir fédérateur de tous ceux qui sont contre les visées expansionnistes d’Ennahdha et lui redonner l’éclat des années d’après la révolution de 2011.

Avec Chahed à la tête de Nidaa en lieu et place de BCE Jr, le patriarche de Nidaa et chef de l’Etat qu’il est, contentera aussi tous, chez les partenaires sociaux et les partis politiques de l’opposition notamment, qui demandent le départ de Youssef Chahed et revendiquent un nouveau chef de gouvernement pour le nouveau Pacte, ou Document de Carthage, censé être la nouvelle feuille de route pour tout gouvernement.

  • Chahed, entre élagage de son gouvernement et délestage

Un second scénario de sortie de crise politique serait aussi en voie de maturation chez le locataire de Carthage. C’est un scénario qui pourrait assurer la stabilité politique, quoiqu’aléatoire, dont a nécessairement besoin toute la scène politique pour se reconstruire après le tsunami des municipales qui a fait naître la nouvelle force politique des indépendants.

Un scénario aussi, qui pourrait lui permettre de caresser son actuel partenaire politique qu’est Ennahdha, en évitant d’évincer un Youssef Chahed contre le départ duquel s’est récemment prononcé le leader d’Ennahdha. Cela, tout en amadouant le courroux de l’UGTT contre lui, en lui accordant le minimum, c’est-à-dire un remaniement qui pourrait emporter un certain nombre d’actuels ministres, conseillers et secrétaires d’Etat.

L’exercice de délestage, couplé à un élagage, pourrait aussi être de nature à calmer certaines ardeurs et éviter de déstabiliser les relations du pays avec ses bailleurs de fonds et perturber le programme de réformes structurelles, qui reste une nécessité absolue, quels que soient le gouvernement ou le chef du gouvernement.

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En avril 2018, les prix à la consommation augmentent de 1,0 % après une hausse de 0,7 % enregistrée le mois précédent. Cette augmentation est liée principalement à celle des prix des articles d’habillement de 4,8 %, des biens et services divers de 1,2 %, du transport de 0,9% et de l’alimentation de 0,7 %.

Le taux d’inflation augmente à 7,7%, contre 7,6% enregistré le mois précédent et 7,1% le mois de février. Cette augmentation est expliquée essentiellement par la hausse des prix de l’alimentation de 8,9% et de transports de 10,5% en glissement annuel.

Une chaîne de magasin de grande distribution, MG ou Magasin Général en l’occurrence, essaie pourtant de freiner cette escalade des prix qui s’était faite en effet domino, sous l’impact de l’augmentation d’un certain nombre de taxes et d’impôts, comme notamment la TVA, répercutés sur le coût final des marchandises et où la distribution ne joue que le rôle de collecteur d’impôts au profit de l’Etat.

Le DG de l’enseigne, Hédi Baccour explique que «mise à part la TVA (+1%) et le droit de consommation (10 %), aucune autre taxe n’a été répercutée sur les prix. Mais ça, on n’y peut rien. Nous sommes des collecteurs au profit de l’Etat de ces taxes. Lorsque le fournisseur augmente ses prix, l’enseigne n’a pas d’autre choix que de répercuter cette augmentation au consommateur final». Et lorsqu’on lui fait remarquer que le chiffre d’affaires de MG a pourtant augmenté, Baccour explique que «chez MG, ce ne sont pas les marges qui augmentent, mais les charges qui s’améliorent. Et d’ailleurs, je peux vous assurer que les augmentations de marges, ne couvrent même pas les charges du personnel. A cela, s’ajoutent les très importantes évolutions des charges salariales. Nous faisons aussi face à de nouvelles augmentations des charges financières et on fait face à des taxes supplémentaires et de la contribution conjoncturelle».

Autrement, le Magasin Général qui est une chaîne de distribution du groupe Bayahi, milite à son échelle pour baisser le prix et pour que la Distribution tienne toujours compte du niveau de vie de ses clients. Comme en avait témoigné l’une des publicités, MG s’était en effet engagé à maintenir les prix de 300 articles, toujours moins chers que la concurrence. «C’est en effet notre engagement envers le client de baisser et de geler les prix de 300 articles, pendant 12 mois et il y a des organismes qui veillent à ce que ce ne soit pas une publicité mensongère. Pour le reste et comme tous les opérateurs, nous répercutons les taxes, dont nous ne sommes par ailleurs pas responsables, comme le 1 % de TVA», précise Hédi Baccour qui est le DG de MG, à Africanmanager.

Et lorsqu’on lui demande quel effet a eu cet engagement sur les ventes de MG, Baccour indique que «le client cherche ce genre d’opération, qui est par ailleurs combinée à une autre lancée en novembre 2017 par le ministère du commerce en commun avec les différentes enseignes du pays sur 60 articles et qui dure jusqu’à fin juin 2018. La chambre syndicale des grandes surfaces, dont je suis par ailleurs président, a signé cet accord sur ces 60 articles principalement alimentaires. A cette action collective, MG avait lancé sa propre action dénommée «Makina» qui dure depuis juillet 2017 sur un ensemble de 300 articles. A tout cela, s’ajouteront des actions de promotion, individuelles à chaque enseigne, pour le mois de Ramadan 2018. C’est l’ensemble de ces actions qui fera évoluer le chiffre d’affaire de MG. La continuité dans le temps du prix attractif que MG offre, fera que le client se retrouve et revienne toujours chez nous».

Cet engagement, par ailleurs tenu, de MG a en effet assez fortement impacté les prix dans la chaîne de magasins du groupe. «En moyenne, la baisse a été entre 6 et 7 % au profit du consommateur », précise le DG Hédi Baccour.

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Hédi Baccour est loin d’être un inconnu dans le domaine de la grande distribution. Il est même président de la chambre syndicale patronale des grandes surfaces en Tunisie. Il est aussi, depuis plusieurs années, à la tête de la société MG, rachetée en 2007 par le groupe Bayahi qui est l’une des plus importantes chaînes de grande distribution en Tunisie. En 2017, l’entreprise réalisait plus de 894 MDT en chiffre d’affaires et 22,1 MDT de bénéfice.

Avec le DG de MG, Africanmanager a surtout parlé de la politique du groupe en matière de prix, de l’effort qu’il fait pour en freiner la hausse pour ses clients. Mais aussi de Batam, d’Auchan qui pourrait constituer son prochain partenaire pour un Hyper et même de Mall. Interview :

Africanmanager : MG fait chaque année plus de bénéfice, dans une conjoncture économique toujours plus difficile d’une année à l’autre. Comment fait-il pour y arriver ?

Hédi Baccour : Même si le chiffre d’affaires (CA) ne bouge pas beaucoup, à MG on travaille beaucoup sur la marge et les charges. Ces dernières étaient gérées à un niveau central. Maintenant, tous nos points de vente sont des Business-Units (BU) qui traitent individuellement leurs produits et leurs charges en vue de leur amélioration. Ces BU ont accès à leurs comptes d’exploitation individuels, pour étudier ligne par ligne leurs produits et charges et vont travailler sur l’amélioration de la marge et de tous les indicateurs pour arriver à améliorer le cashflow global de la société. Le tout, par le Benchmark avec le reste des BU modèles, avec un accompagnement des directions support dans le siège.

Comment les marges pouvaient-elles augmenter dans une conjoncture économique générale difficile ?

Les marges proviennent de beaucoup de choses. D’abord, la différence entre l’achat et la vente. Mais aussi la démarque, le transport de marchandise par le service logistique. La marge sur un produit n’augmente pas, mais on travaille sur l’orientation du client vers les articles qui nous donnent de meilleures marges et travailler sur le Mix de vente qui donne les meilleures marges.

Nous lisons dans le bilan que le CA en vente était en hausse de 17 MDT, alors que le coût des marchandises achetées n’a augmenté que de 9,7 MDT.

Ceci est normal, car le Mix n’est pas le même et nous orientons le client vers les articles à meilleure marge.

De combien a été la contribution des revenus des placements financiers au bilan ?

A hauteur de 9 MDT. Mais on a aussi des charges financières.

On remarque dans le bilan 2017 que la rubrique «Clients et comptes rattachés» a beaucoup augmenté. Pourquoi ?

C’est l’effet tickets restaurants. Nos clients ont en effet la possibilité chez MG de payer leurs courses par ces tickets. Ces derniers mettent du temps pour que l’argent soit récupéré. C’est donc comptabilisé comme crédit-clients.

Il y a aussi la rubrique «fournisseurs et comptes rattachés» dont l’évolution avait quelque peu inquiété vos commissaires aux compte. Serait-ce à dire que vous avez des difficultés de paiement ?

Non. Mais nous travaillons sur la réduction des stocks pour réduire les encours fournisseurs.

Qu’est-ce qui explique l’augmentation des charges financières ?

Nous continuons à investir, on achète des fonds de commerce et on restaure les points de vente existants. Nous avons actuellement 71 points MG. Nous en avons ouvert 7 en 2017 et 5 à ouvrir en 2018. D’autres investissements sont faits sur les activités support, pour baisser les charges liées à l’exploitation.

Où en est votre ancienne expérience de vente en ligne ? L’expérience a-t-elle été abandonnée ?

En effet, nous avons arrêté cette expérience, car nous avons estimé que le support utilisé n’était pas le bon et le plus adéquat en termes de système d’information. On prépare actuellement la vente digitale dans un nouveau concept global pour les prochaines années. Nous ferons des tests de ce nouveau concept de vente digitale pour en mesurer la rentabilité ou y introduire les corrections qu’il faut pour y arriver. La gestion du contenu commercial se fera en interne et la partie technique sera externalisée sur des sites spécialisés. Pour le paiement, le client aura le choix du mode de paiement

A quel niveau se place MG en capacité concurrentielle par le prix ?

A poser cette question à dix opérateurs, chacun vous dira qu’il est le moins cher. Le juge ultime est le client. On a, évidemment, des indicateurs en interne qui nous permettent de savoir où nous sommes. Ce que je peux dire, c’est que tout le monde est logé à la même enseigne, mais que chacun a des articles moins chers que l’autre. Pour MG, nous répondons à un besoin client par des prix abordables et dans un rapport qualité-prix qui corresponde à ses attentes.

On précise la question. Une de vos publicités affirme que MG s’engage à maintenir les prix de 300 articles, toujours moins chers que la concurrence. L’avez-vous réellement fait ?

C’est en effet notre engagement envers le client de baisser et de geler les prix de 300 articles, pendant 12 mois, et il y a des organismes qui veillent à ce que ce ne soit pas une publicité mensongère. Pour le reste et comme tous les opérateurs, nous répercutons les taxes, dont nous ne sommes par ailleurs pas responsables, comme le 1 % de TVA.

Est-ce cet engagement a impacté votre CA, ou est-ce le Mix qui a permis d’en maintenir la hausse ?

Nous avons annoncé une évolution de 4,5 % du CA pour le 1er trimestre 2018, par rapport à une évolution moyenne de 2,2 % sur 2017 par rapport à 2016. Nous restons donc sur un trend haussier et sur la bonne courbe.

Quel effet a eu cet engagement sur les ventes de MG ?

Le client cherche ce genre d’opération, qui est par ailleurs combinée à une autre lancée en novembre 2017 par le ministère du Commerce en commun avec les différentes enseignes du pays sur 60 articles et qui dure jusqu’à fin juin 2018. La chambre syndicale des grandes surfaces, dont je suis par ailleurs président, a signé cet accord sur ces 60 articles, principalement alimentaires. A cette action collective, MG avait lancé sa propre action dénommée «Makina» qui dure depuis juillet 2017 sur un ensemble de 300 articles. A tout cela, s’ajouteront des actions de promotion, individuelles à chaque enseigne, pour le mois de Ramadan 2018. C’est l’ensemble de ces actions qui fera évoluer le chiffre d’affaires de MG. La continuité dans le temps du prix attractif que MG offre, fera que le client se retrouve et revienne toujours chez nous.

De combien a été la baisse des prix sur le panier des 300 produits chez MG ?

En moyenne, la baisse a été entre 6 et 7 % au profit du consommateur.

Vos prix, en général, varient-ils d’un point de vente à un autre, comme chez d’autres enseignes connues en Tunisie ?                                                                                                                     

Nous pouvons avoir des prix qui varient d’un magasin à un autre de l’enseigne, surtout si l’impact transport des marchandises, à travers nos fournisseurs, est important. A l’exception des articles administrés par l’Etat, on est généralement sur une tarification libre. Pour prendre l’exemple d’un produit importé, on est obligés de marger et le vendre plus cher, car il n’a pas la même rotation. C’est enseigné dans toutes les écoles de commerce. Plus il fait de rotation, moins il est cher à la vente. Pour le reste, nous, on travaille avec une marge d’environ 20 % et le jeu de la concurrence ramène toutes les enseignes à plus ou moins 20 %.

Est-ce que vous avez l’impression, en fixant la marge, de tenir vraiment compte du pouvoir d’achat du citoyen ?

Nous sommes obligés de le faire. Pour pouvoir vendre, il faut que notre politique des prix tienne compte des attentes du client.

Vos bénéfices augmentent pourtant chaque année plus, alors que le pouvoir d’achat du citoyen diminue !

Vous n’allez quand même pas nous reprocher de bien travailler. Chez MG, ce ne sont pas les marges qui augmentent, mais les charges qui s’améliorent. Et d’ailleurs, je peux vous assurer que les augmentations de marges ne couvrent même pas les charges du personnel. A cela, s’ajoutent les très importantes évolutions des charges salariales. Nous faisons aussi face à de nouvelles augmentations des charges financières et on fait face à des taxes supplémentaires et de la contribution conjoncturelle.

Toutes ces taxes sont-elles répercutées dans les prix ?

Non, mise à part la TVA (+1%) et le droit de consommation (10 %). Mais ça, on n’y peut rien. Nous sommes des collecteurs de ces taxes au profit de l’Etat. Lorsque le fournisseur augmente ses prix, l’enseigne n’a pas d’autre choix que de répercuter cette augmentation au consommateur final.

L’enseigne Batam a été rachetée en 2010 par MG. Etait-ce une bonne affaire ?       

Ce n’est pas une mauvaise affaire. Ce n’est pas, non plus, une excellente affaire. Sa part dans le CA du groupe MG dans le commerce de détail a été de 2,5 %, soit 23 MDT en individuel et reste tout de même rentable. C’est très difficile de faire mieux, car Batam exerce dans un secteur où il y a beaucoup de concurrence déloyale. Ses résultats s’améliorent cependant d’année en année et les ouvertures de cette enseigne aussi. Avant, les crédits n’étaient pas limités. Aujourd’hui ils le sont à 18 mois et 3.000 DT et nous voulons désormais détacher l’image de Batam du crédit vers celle d’une enseigne de distribution spécialisée dans l’électro-ménager et nous y réussissons. Depuis, Batam a pu ouvrir de nouveaux points de vente, comme à Jendouba, Gafsa, à Gabès, le Kef, bientôt à Sid Bouzid, tous des endroits où l’enseigne n’existait pas. Batam fait donc de l’expansion.

Où en est l’ouverture de l’hypermarché du groupe MG ?

Nous avons reçu, depuis 3 ans, un accord préalable. Nous travaillons dessus et notamment sur d’autres localisations.

Est-ce que l’enseigne française Auchan, qui est par ailleurs depuis 6 ans partenaire du groupe MG, sera la nouvelle enseigne Hyper du groupe ?

C’est probable, mais ce n’est pas acté.

Vous pourriez investir dans un Mall, dont Auchan serait l’une des marques ?

Oui, comme tout le monde !

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Le poids des créances classées, dites aussi douteuses ou NPL (Non Performing Loans), était évalué à 5.883 MDT à la fin de l’exercice 2017 chez les trois banques publiques tunisiennes, à savoir la STB, la BNA et la BH. Chez tout le secteur bancaire tunisien, il dépasse les 12,5 Milliards DT, dont 6.641 MDT chez le bancaire privé.

Chez les banques publiques, c’est la STB qui en supporte la plus grande part, avec 19,9 %, suivie par la BNA avec 16,7 % du total et la Banque de l’Habitat qui n’en enregistrait, à la fin 2017, que 1,291 Milliard DT représentant 10,3 % du total des NPL.

Une lecture sectorielle de cette énorme dette qui alourdi le secteur bancaire public tunisien, fait apparaître que le secteur touristique concentre 51 % des NPL de la STB, 28 % chez la BNA et 21 % chez la BH. Globalement, les créances douteuses du tourisme représentent 30 % de celles des 3 banques où elles pèsent 1,764 Milliard DT.

Derrière, c’est l’industrie, dont les créances douteuses totalisent 1,353 Milliard DT, représentant 23 % de tout le poids des PNL des banques publiques qui en souffrent à des degrés divers et dans des proportions plus ou moins égales. Et si la BNA supporte le plus gros contingent de PNL agricoles, avec 628,5 MDT représentant 30 % de toutes les créances douteuses qu’elle supporte (2.095 MDT), la BH n’est pas loin avec ses 23 % des PNL agricoles, qui ne représentent pourtant que 6 % de tout le poids des NPL sur le bancaire public.

Le taux de couverture des NPL par les provisions s’est certes amélioré chez les banques publiques. A la STB comme à la BNA, ce taux dépasse les 50 %. A la BH, il approche même les 80 %. La provision n’arrête cependant pas le recouvrement, même lorsque la banque cède certaines créances aux sociétés de recouvrement dont elles sont désormais toutes outillées et les garanties ne sont généralement pas synonymes de recouvrement immédiat des deniers public donnés en crédit.

Il reste que la négociation pour le recouvrement est généralement très difficile. Coûteux, plus long et pas toujours garanti quant à son issue, est le recours à la justice. Certaines affaires, connues et moins connues, durent depuis plus d’une dizaine d’années. En face, chez les banques privées, la notion d’accord transactionnel est depuis longtemps admise et appliquée. Elle ne permet certes pas de récupérer toute la dette, principal, intérêts et intérêts de retard, mais elle reste viable et rentable au vu de la dépréciation des garanties, comme par exemple dans le secteur du tourisme où la STB a gagné certains procès sans pouvoir vendre les garanties pour récupérer les dettes de l’Etat.

  • Témoignage d’un transfuge

Passant du secteur privé au secteur public, l’actuel DG de la BNA est ce qu’on pourrait appeler un «cas d’école» dans le secteur bancaire et en matière de traitement et de recouvrement des créances classées. Un projet de loi est actuellement à l’ARP sur cette question des NPL. Répondant à une question d’Africanmanager sur ce qui empêche encore le bancaire public de mieux recouvrer les créances classées qui sont évaluées à plus de 6 Milliards DT, il nous indique que «c’est en premier lieu, l’aspect réglementaire».

Récemment et avec d’autres premiers responsables de banques publiques, Habib Ben Haj Gouider et ses confrères ont eu l’opportunité d’être reçus par la commission des finances de l’ARP et de son président Mongi Rahoui, qui est lui-même un banquier de pure souche et plus est à la BNA. Selon lui, «les débats ont été, à mon sens, de haute voltige. Nous avions ainsi pu expliquer ce qui empêche les banquiers du secteur public de faire plus et mieux en matière de recouvrement ».

Y intervenant, il prend l’exemple d’une créance, aujourd’hui de 5 MDT, et dont le client débiteur vient vous demander un rabais de 500 mille DT et qu’il rembourserait alors toute la créance en one-shot. «Or, dans le public, il est interdit d’abandonner un millime du montant demandé, tant au niveau du principal que des intérêts de retard, mise à part la petite pénalité de l’intérêt du retard. Juridiquement, cela devient de la dilapidation de l’argent public, et celui qui le fait est passible de l’article 96 du code pénal qui punit la concussion, ainsi que de l’article 25 de la comptabilité publique [Ndlr : qui dit que l’abandon des droits et créances revenant à l’Etat ne peut se faire que par une loi] qui considère tout millime déposé dans une banque publique comme étant des fonds publics. La banque s’engage alors dans un processus judiciaire. Ce dernier est très long et n’est pas toujours garanti, entre 4 et 5 ans dans le meilleur des cas. Avec un taux d’actualisation de 7 %, que valent alors, sur 5 ans, les 5 MDT ? Après calcul, elles ne vaudront plus que 3,4 MDT. La banque perd ainsi de l’argent et n’en gagne pas et c’est cela la véritable dilapidation de l’argent public. A l’ARP, nous avions alors trouvé des députés très à l’écoute et qui nous ont assurés de leur appui au projet de loi soumis par le gouvernement introduisant la notion d’accords transactionnels. Il faut savoir arrêter les frais et récupérer l’argent. Imaginez alors qu’on puisse récupérer 2,3 ou 4 Milliards DT sur ces créances. On n’aura alors plus besoin de l’argent du contribuable pour recapitaliser les banques publiques. Cela enlèvera une épine du pied de tout le pays».

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Rien ne prédestinait cet homme de gauche, au début de carrière à la BCT mais qui en garde toujours quelques senteurs au cœur, à entrer dans l’antre même du capitalisme et devenir DG d’une des plus grandes banques privées tunisiennes.

Ferid Ben Tanfous était DG à la BCT, PDG de la BDET et de l’UTB en France, de la BNA et depuis 17 ans à la tête de l’ATB (Arab Tunisian Bank), une longévité qui a conféré beaucoup de stabilité à la banque qui est ainsi l’une des rares à distribuer depuis 15 ans des dividendes.

Avec Africanmanager, il a parlé de la situation de la banque, de ses résultats, de son positionnement, expliquant surtout le dernier important provisionnement. Interview :

AM : La banque vient de clôturer l’exercice 2017 avec un PNB en croissance. Quels ont été globalement les leviers qui ont rendu possible cette croissance, malgré la crise économique et financière en Tunisie ?

Ferid Ben Tanfous : Le PNB de l’ATB a enregistré une hausse de 11,3% en 2017, passant de 212 à 236 millions TND. Le PNB de l’ATB est réparti de manière sensiblement égale entre la marge d’intérêts, le revenu du portefeuille bons du trésor, le gain de change et le revenu du portefeuille investissement. Cette diversité des leviers de croissance a permis à la banque de maintenir un rythme continu de croissance annuel moyen de 9% au cours des 10 dernières années. C’est essentiellement cette diversité des sources de nos revenus qui a mis l’ATB à l’abri des turbulences économiques que connaît le pays depuis 2011.

Pourquoi l’ATB a-t-elle choisi de provisionner, au risque de mécontenter ses petits actionnaires ?

Nous comprenons qu’il soit légitime pour un petit actionnaire d’être mécontent d’une baisse du bénéfice. Seulement, il convient de rappeler que l’ATB est l’une des rares banques de la place à distribuer annuellement des dividendes depuis plus de quinze années et sans jamais faire défaut à ses actionnaires. Une distribution qui, d’ailleurs, confirme le statut du titre ATB comme valeur d’investissement et non de spéculation, puisque le Titre ATB offre l’un des meilleurs Dividend Yield du secteur avec un taux de 5,45% en 2017.

Certes, le résultat net de l’ATB en 2017 a enregistré une baisse par rapport à 2016, mais c’est une baisse due exclusivement à un effort exceptionnel de provisionnement (+60% par rapport à la dotation nette de 2016) et à la nouvelle contribution conjoncturelle de l’impôt sur les sociétés. Autant dire que les indicateurs d’activité de la banque continuent à progresser significativement avec une hausse de 12,3% des concours bruts à l’économie et de 14,8% des dépôts de notre clientèle. Les fondements du développement futur de la banque sont là, et elles sont bien solides.

L’effort de provisionnement est avant tout un effort de prudence en vue du renforcement des fondements d’un développement durable de la banque. Nous analysons l’évolution de notre environnement économique, nous tirons les leçons des plus importants indicateurs, et agissons en conséquence.

Quelle est la position de la banque en matière de financement de l’économie et dans quelles niches en particulier ?

L’ATB est un acteur majeur de l’économie nationale avec un volume global d’encours brut crédit de 4425 millions TND en croissance de 12.3% par rapport à 2016. A l’ATB, nous appliquons une stratégie de diversification et des risques crédits entre Retail et Corporate. L’ATB est de par son historique, une banque au savoir-faire Corporate largement reconnu par le secteur et apprécié par nos clients. En nous adressant à ce segment, nous veillons au respect de normes strictes de répartition des risques, nous pouvons nous targuer d’un côté, d’une offre qui adresse l’ensemble des secteurs économiques, et de l’autre côté, d’une politique de répartition qui fait qu’aucun secteur ne dépasse 6% de l’ensemble des engagements de la banque.

Comment se sont comportés les principaux ratios de la banque, notamment celui de la liquidité, de risque et celui des NPL ?

Le respect des normes prudentielles est une composante stratégique majeure pour l’ATB. Nous veillons dans notre gestion à respecter scrupuleusement les ratios prudentiels, nous avons terminé l’année 2017 avec un ratio de liquidité de 94,46% contre un taux minimum de 80% exigé par la BCT en 2017. Le ratio de solvabilité 2017 a atteint 10,86%, soit un taux supérieur à la limite minimale de 10%.

Notre taux de NPL reste largement inférieur la moyenne sectorielle. Le taux de couverture des créances classées par les provisions et agios réservés est également largement supérieur à la moyenne sectorielle.

Quel est le degré de dépendance de l’ATB vis-à-vis de la BCT en matière de refinancement et d’injection de liquidités ?

Les tensions sur les liquidités bancaires ne sont pas spécifiques à une banque en particulier ; le besoin de refinancement est endémique pour l’ensemble du secteur. Nous agissons quotidiennement pour réduire le recours à la BCT ; nous agissons à travers notre politique commerciale pour augmenter nos dépôts clientèle ; nous agissons aussi à travers le marché financier par l’émission de titres obligataires ; nous agissons enfin en nouant en garantissant l’éligibilité organisationnelle et financière de notre banque aux ressources spéciales proposées par les bailleurs de fonds internationaux à travers les lignes de crédit extérieures.

Ne pensez-vous pas que le bénéfice à distribuer doive surtout s’appliquer au bénéfice d’exploitation et exclure celui des BTA ?

Les bénéfices provenant des BTA ne sont pas une manne immorale pour être ainsi pointés du doigt. Les mécanismes monétaires à l’origine de ces bénéfices sont les fondements de l’activité bancaire en Tunisie et à travers le monde. Ces bénéfices sont les résultats d’une activité bancaire ordinaire, ils englobent un ensemble de charges et risques qui leur sont inhérents et que les banques doivent gérer et supporter. En outre, c’est une contribution des banques au financement de l’économie nationale à travers le financement de dépenses publiques. Il me semble injuste de sanctionner les actionnaires des banques avec ce type de réflexions infondées.

Quelle sera, en quelques points, votre feuille de route pour le prochain exercice que l’ATB engage déjà avec PNB en hausse de 12 MDT ?

La banque entame en 2018 son cinquième plan de développement stratégique « Ambitions 2020 ». Ce plan comporte un ensemble de projets structurants touchant tous les échelons de l’activité et l’organisation de la banque.

Nous entamons ainsi une transformation qui renforcera la place centrale du client dans notre organisation. Nous ambitionnons grâce aux compétences et au dévouement du personnel ATB de conquérir des nouvelles parts de marché en accentuant l’innovation, rehaussant encore plus la qualité de nos services et en diversifiant encore plus nos activités autant horizontalement que verticalement.

Comment pourrait-on, selon votre expérience dans le domaine bancaire, expliquer que les banques tunisiennes fassent autant de bénéfices et que des ratios, tels que celui des dépôts de la clientèle soient en continuelle augmentation, dans une conjoncture locale de crise économique et financière ?

Les banques tunisiennes affichent actuellement de bons résultats, mais il faut rappeler qu’après la révolution, il y a eu des banques qui ont affiché des résultats négatifs, plusieurs banques ont réalisé des augmentations de capital (depuis 2011, on a enregistré une augmentation de +0,961 Milliards TND pour les banques cotées) pour se restructurer et renforcer leurs fonds propres. Après ces mesures, il est normal que les banques repartent sur des bases solides, réalisent des bénéfices et paient leurs impôts.

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C’est une banque à petit flottant en bourse (17,8 %) et donc peu liquide, dont le capital reste dominé par le groupe Ben Yedder qui y pèse 61,5 %. Mehrez Riahi, DGA, s’en défend et parle d’une «gouvernance basée sur la collégialité dans la prise de décision et la mise au point des stratégies et l’indépendance du reste du groupe Amen qui ne s’implique qu’à travers la présence de quelques administrateurs dans le conseil de surveillance et des comités qui y sont rattachés». Conscient, comme le reste du directoire de l’Amen Bank, qu’elle souffre de cette image d’une banque familiale, il précise que dans l’opérationnel «le seul membre de la famille Ben Yedder, Karim, est membre d’un directoire de 4 personnes où les décisions sont discutées et prises d’une manière collégiale». Une banque aussi que certains considèrent comme sous-provisionnée, mais qui fait tout pour casser cette mauvaise image en consacrant, en 2017, le montant de près de 152 MDT entre provisions et agios réservés et ne compte pas s’y arrêter.

C’est aussi une banque qui est mal valorisée, en-dessous même de ses fonds propres (0,75 Milliards DT contre par exemple 2,5 Milliards DT pour la Biat), bien qu’elle réalise de très bons résultats (114 MDT, contre 90 MDT en 2016), mais qui souffre aussi du peu de communication ou d’une communication d’insulaires et conjoncturelle. Conscient de cette défaillance, alors qu’elle se transforme, s’améliore, s’adapte à la nouvelle conjoncture et introduit des nouveautés, en back comme en Front Office, son directoire décide d’aller de l’avant et de s’ouvrir aux médias. C’est ainsi que dans un entretien de 50 minutes, avec en face de nous 2 hauts dirigeants de la banque, Mehrez Riahi et Neji Ghandri, nous découvrons en effet une autre Amen Bank, qui fait son toilettage de bilan et même une restructuration de ses ressources et de ses utilisations. Une banque à la recherche de nouvelles ressources moins chères, qui lève le pied sur certaines niches et en force d’autres.

  • Diminuer les voiles sur le tourisme, privilégier le particulier et élaguer les dépôts chers

Mehrez Riahi évoque ainsi trois principales nouvelles orientations stratégiques. «D’abord, le rééquilibrage du bilan, à travers notamment l’élagage des dépôts chers et la restructuration de la composition des déposants de la banque. Cela en veillant à l’augmentation des dépôts à vue, des dépôts d’épargne et réduire la part des dépôts à terme qui sont plus chers. Mais aussi repenser la composition même des déposants, à travers l’augmentation de la part des particuliers et l’augmentation de l’entreprise aux dépens de celle des institutionnels et enfin, réduire les emplois à haut risque en rationnalisant l’octroi des crédits sur le double plan rentabilité et risque».

Plus explicite à ce sujet, Neji Ghandri précise en indiquant «nous prenons de plus en plus de parts de marché, dans la niche des particuliers qui achètent de l’immobilier, comme pour les produits Crédim, Credim Watani ou Credim Express, on se développe et on y est à la chasse des opportunités. Nous le faisons, avec les TRE et les professionnels de médecine, via le Pack Docteur, qui sont désormais des segments privilégiés tout comme les sociétés totalement exportatrices avec des offres personnalisées pour les opérateurs de cette niche et celles des pétroliers, de la pièce automobile qui sont des gisements excédentaires en trésorerie, ce qui nous intéresse côté ressources pour la banque. Il y a donc un changement certes, mais dans la continuité. Nous appliquons en fait le principe de la banque agile et proactive. On ne quitte pas l’entreprise qui représente d’ailleurs plus de 75 % de nos engagements, mais on y développe le recouvrement».

Cela n’a pas empêché l’Amen Bank d’opter pour le choix, que Riahi estime «stratégique», de marquer une pause vis-à-vis du secteur touristique. «Notre PdM y est déjà relativement importante et sa part de NPL y est aussi très importante, sans parler des difficultés que connait depuis quelques années ce secteur. C’est tout cela qui nous a amené à réduire les voiles, sinon bloquer tout financement du tourisme», explique le membre du directoire de la banque. La banque sera aussi «plus regardante sur les utilisations, favorisera le Retail, et sera plus sélective dans les engagements dans le secteur de l’immobilier qui pèse déjà plus que 13 % des engagements de la banque et qui demeure pour la banque un secteur prisé avec les promoteurs chevronnés et clients historiques de la banque et pour des projets qui bénéficient d’un très bon emplacement, en témoignent les nouveaux déblocages effectués en 2017 pour quelque 230 MDT en crédits supplémentaires. L’encours a en effet diminué et nous avons été plus actifs en suivi et en recouvrement». L’avis est ainsi lancé aux intéressés !

  • Faire du recouvrement une véritable filière qui rapporte, pour un toilettage du bilan

La seconde orientation stratégique de l’Amen Bank a été la création d’un nouveau process de recouvrement. Désormais, selon Riahi, «il ne se limite plus au recouvrement judiciaire classique et enregistre l’introduction d’un nouveau process totalement automatisé allant du recouvrement commercial en passant par le recouvrement dynamique pour finir avec le newlook du recouvrement judiciaire. Les fruits de cette nouvelle stratégie sont appelés d’abord à améliorer le stock et ensuite mieux gérer les nouvelles entrées de manière plus proactive».

Toujours plus dans le détail, Ghandri nous apprend que «avec l’aide du cabinet E&Y, nous développons le recouvrement commercial en véritable filière avec ses propres incentives, son système d’information et un système de suivi qui s’active dès la naissance de l’impayé et qui est suivi par ce qu’on appelle à l’Amen le recouvrement dynamique». Ce système est nouveau, bien que la banque ait quand même fait 52 MDT de recouvrement judiciaire, et 37 MDT de recouvrement dynamique qui n’a démarré qu’en Q4 2017 (langage de banquier qui veut dire le 4ème trimestre) et son impact ne sera visible qu’en 2018 et après. Pour ce faire, la banque a été obligée de faire une opération de cession-radiation, de 180 MDT (dont 172 MDT de cession). Objectif : «faire tomber le taux de NPL et toiletter le bilan, pour rester bancables pour les bailleurs de fonds étrangers qui exigent un bon ratio de NPL». Et Ghandri d’annoncer que «2018 sera l’année de recouvrement et non plus de cession-radiation».

  • Digitalisation et banque virtuelle. L’Amen y est, selon Riahi et Ghandri

Très versé sur les orientations stratégiques, Mehrez Riahi évoque ensuite une 3ème nouvelle ligne stratégique. C’est la diversification des sources de revenus de la banque, pour faire face à la baisse, d’une manière générale et pour tout le système bancaire tunisien, de la marge nette d’intérêt. Ghandri prend alors le relais pour préciser que «on entame ainsi la digitalisation de plusieurs métiers de la banque, la banque-assurance, les produits leasing qui viendront, le pôle banque d’affaire construit entre la salle de marché de la banque, Amen Invest et Amen Capital qui est gestionnaire de fonds. Ce pôle gère les fusions-acquisitions, les introductions en bourse, conseil en bourse et en restructuration. Il a d’ailleurs entamé sa nouvelle mission par un crédit syndiqué au profit d’Enda et fera cette année son véritable décollage».

La banque freinerait ainsi le rythme d’ouverture d’agences et on entre dans l’ère de la digitalisation. L’Amen Bank serait ainsi déjà dans l’ère du numérique, pas pour le simple plaisir de suivre le trend international. Mais aussi parce que ça rapporte. «D’abord dans le domaine de la compression des charges opératoires qu’il nous fait limiter, par l’automatisation qui amélioré note coefficient d’exploitation et qui commence à gagner du terrain chez nos clients», selon les deux banquiers qui affirment que 50 % des clients de l’établissement utilisent déjà quotidiennement la banque digitale. Et les deux membres du directoire, pas peu fiers, d’annoncer qu’Amen Bank a déjà lancé trois agences libre-service, deux à Tunis et une troisième à Sousse et compte en lancer d’autres prochainement. Il faut dire qu’à l’Amen, «la banque digitale représente des revenus de 4,5 MDT et devient ainsi un centre de profit et une source de revenus». L’Amen a aussi lancé, à en croire les deux dirigeants, «la banque virtuelle pour les jeunes et les technophiles. Elle permet déjà l’ouverture des comptes, l’exécution des opérations bancaires avec un décashing total et 100 % en ligne avec déjà 1600 clients depuis 2 ans», disent-ils tout en se gardant de parler du chiffre d’affaire de cette Amen First Bank.

Neji Ghandri aura le dernier mot pour affirmer, concernant les résultats de la banque au vu de ces trois nouveaux axes stratégiques, qui seront certainement contraints par l’entrée en exécution du fonds de garantie qui pèsera sur les charges et la diversification des revenus qui impactera positivement l’exploitation et le recouvrement qui impactera, positivement aussi, le haut de bilan que «on est confiant, mais on restera prudent, et on continuera à provisionner convenablement».

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Le Plan solaire avance et qui mieux est avec des compétences et des entreprises en grande partie tunisiennes. Suite à un appel d’offres qui a vu la participation de 64 entreprises, 6 entreprises ont remporté le deal pour la construction de centrales solaires de 10 MGW chacune et quatre autres entreprises ont remporté le marché, de 1 MGW chacun, le tout pour un montant total de 64 Millions €. On remarquera que certains participants, croyant qu’il s’agissait de concessions, avaient mis certaines conditions, comme celle d’une garantie de l’Etat et ils ont été écartés, le marché comprenant des autorisations pour des projets privés qui vendront leur production exclusivement à la Steg (Société tunisienne de l’électricité et du gaz).

Nous avions, dans une précédente information, fait état des adjudicataires de 6 centrales, dont l’Etap avec l’ENI (Photo gauche). Pour les petites centrales d’un MGW chacune, il s’agissait de la SMT Sud Multisevices, de Fatteh Nadia, qui est une jeune fille auto-entrepreneur (Photo de droite), d’un groupement entre Ameur & Abdelfatteh Hammouda et de Nasraoui Khaled.

Le ministre tunisien de l’Energie et des Energies renouvelables, Khaled Kaddour, qui avait distribué la semaine dernière les autorisations, a déclaré à Africanmanager : «nous avons eu des prix très compétitifs, avec une moyenne de 0,150 DT pour le KW vendu à la Steg, ce qui représente un très bon prix pour le consommateur final, dont la facture d’énergie sera baissée de manière conséquente».

En attendant, la première centrale photovoltaïque d’une capacité de 10 MGW sera l’œuvre de la Steg et sa production, qui débutera au cours de cette année 2018, sera consacrée à l’alimentation du réseau électrique de la ville de Tozeur dans le sud tunisien. Dans la même ville, la Steg devrait construire une seconde centrale de 10 MGW, sans compter la centrale privée de 800 MGW dont l’appel d’offre international (AOI) sera lancé incessamment, dont 50 MGW à Tozeur, ce qui donnera une capacité de 70 MGW pour la seule ville de Tozeur. Ces projets seront construits dans un seul parc qui devrait couvrir plusieurs hectares où les seuls 10 MGW nécessiteront une surface de 20 hectares.

Ce prochain AOI de 800 MGW devrait permettre la création d’une industrie nationale du solaire en Tunisie dont le socle sera l’industrie locale de fabrication des panneaux solaires, déjà existante et à des coûts très compétitifs.

Revanant sur l’AOI, Khaled Kaddour a expliqué qu’il contiendra deux nouvelles centrales d’une capacité de 100 MGW chacune et deux autres de 50 MGW chacune, ainsi que deux autres centrales éoliennes d’une capacité totale de 300 MGW. «Tous ces projets, privés et publics, seront installés sur des terrains appartenant à l’Etat, qui seront mis à notre disposition par le ministère des Domaines de l’Etat et qui seront donnés en concession», précise encore à Africanmanager le ministre tunisien de l’Energie et des Energies renouvelables, pour répondre à toutes les questions qui pourraient être soulevées dans ce sens, y compris par les constructeurs de centrales.

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