AccueilLa UNETunis : «Affamez la bête, elle vous suivra»

Tunis : «Affamez la bête, elle vous suivra»

deux derniers attentats qui ont secoué la Tunisie, n’a rien à voir ni avec l’histoire ni avec les croyances ou les idéologies. C’est un timing purement économique. Pour les professionnels du tourisme, le mois de mars marque en effet le début des réservations pour l’été. Juin, pour les hôteliers, c’est aussi le début de la haute saison qui s’étend jusqu’au mois d’août. Au Bardo, comme à Sousse, ce sont les étrangers qui étaient la cible prioritaire des terroristes. Les téléspectateurs se souviendront de ce témoin du carnage de Sousse qui racontait comment le meurtrier évitait les ressortissants locaux pour ne mitrailler avec le feu de sa kalachnikov que les touristes étrangers. La cible était donc le tourisme, une cible purement économique.

–        Du Taghout au tourisme, le terrorisme change de stratégie et de cible.

Le mois de mars dernier a ainsi marqué un véritable changement de cible d’un terrorisme religieux qui choisissait jusque là ses victimes parmi les forces de sécurité, police et armée, qu’il range sous le vocable de  «Taghout». Les meurtres s’accumulaient sans que ceux dont l’objectif a toujours été de faire tomber l’Etat et de prendre le pouvoir, ne parviennent à leurs fins. Attentat après attentat, meurtre après meurtre, le Tunisien a appris à vivre avec cette nouvelle réalité qui s’impose à lui. Pilier de ce nouveau mode de vie de la Tunisie de la révolution,  l’économie tunisienne montre aussi  des signes de résilience, malgré les grèves et les tensions sociales qui mettent à rude épreuve les finances de l’Etat. Grèves et sit-in mettent à mal toute l’industrie du pays. La production béquille et impacte les exportations. Les campagnes, telle que celles «Winoo El Pétrole» font fuir les sociétés pétrolières et réduisent drastiquement depuis quelques mois les entrées fiscales de l’Etat. L’Etat reste pourtant debout à manager la situation du manque de trésorerie par la dette, mais résiste et le moyen de sa résistance est économique. Le choix du tourisme pour essayer d’asséner  la dernière estocade à l’économie tunisienne, s’explique par son poids, d’abord social, par le nombre d’emplois et les entrées de devises.  Si ce secteur, déjà frappé à deux reprises, s’écroulait, c’est une importante part de l’économie tunisienne, pilier de sa résistance face aux sirènes de l’intégrisme religieux et de l’islam violent, qui volerait en éclats. Les «Ansar Charia», comme les Jihadiste de «Daech», comptent énormément dessus. En frappant le tourisme, ils essaient de précipiter la chute de l’économie tunisienne, affamer sa population et faire de l’islam, façon Daech, la seule issue de repli.

–        Résistera ou résistera pas ?

Il était un peu plus de 22 heures cette nuit du 26 juin, dans cette ruelle qui mène à la scène du crime, encore envahie par les journalistes et désertée par la police et l’armée. Sur la grande route d’El Kantaoui, des bus qui s’alignent, presqu’à l’infini, devant  certains hôtels de la région d’El Kantaoui à Sousse, où un attentat terroriste a fauché une quarantaine de personnes, entre Tunisiens et touristes européens. Les bus en question attendaient les dizaines de touristes qui ont décidé d’abréger  leur séjour en Tunisie. Hier soir, à l’aéroport de Tunis Carthage, comme à celui d’Enfidha, les avions se relaient, affrétés par les TO, pour rapatrier les dizaines sinon les centaines de touristes qui fuyaient un pays où le terrorisme a décidé d’en faire des cibles directes. Neuf appareils sur une vingtaine affrétés par les TO étrangers, avaient déjà atterri vendredi soir sur le tarmac de l’aéroport de Tunis-Carthage, pour rapatrier les touristes en urgence. Déjà malade des blessures de l’attentat du Bardo en mars dernier, le tourisme tunisien est désormais déclaré secteur catastrophé.

Le lendemain vers 10 heures du matin, une dizaine d’hôtel plus en bas, ces images en parfait contraste avec les premières, celles des touristes de la Résidence El Kantaoui, insouciants sur les quelques mètres de plage à quelques centaines de mètres à peine de l’hôtel Impérial, la veille, scène de crime d’un attentat terroriste.   Tout cela, sur fond d’informations faisant état d’avions anglais qui redécollaient vides de l’aéroport d’Enfidha, après que des touristes anglais, pourtant les plus touchés par l’attentat de Sousse, ont refusé d’être rapatriés.

Entre solidarité et fatalisme des touristes, devenus presque des «tous-risques», face à un terrorisme devenu phénomène planétaire, «the show is going on» à Sousse. La vie a déjà pris le pas sur la mort. Espérons que la même logique s’appliquera au tourisme tunisien.

Khaled Boumiza

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