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Tunis : L’état d’urgence….et après!

La Tunisie, coutumière du régime de l’état d’urgence, vient de s’en payer un , le 5ème depuis l’Indépendance, tous motivés par des développements sécuritaires et des troubles sociaux exceptionnels, autrement dit, des situations pré-insurrectionnelles où l’Etat s’arroge les prérogatives d’édicter des mesures tout aussi exceptionnelles, quitte à restreindre les libertés publiques voire y porter atteinte.

C’est là que loge toute la polémique et enflent les craintes attachées à l’état d’urgence. Le président de la République, Béji Caïd Essebsi, en semblait amplement conscient lorsqu’il a affirmé, samedi, dans son adresse aux Tunisiens leur annonçant cette mesure, que « la Tunisie est aujourd’hui en état de guerre » et surtout que si des attentats similaires à celui de Sousse se répétaient, l’Etat s’effondrerait.

En déployant tout ce zèle pour défendre la déclaration de l’état d’urgence, BCE semblait à des années-lumière de la position qui était la sienne le jour de l’attentat de Sousse et plus tard alors que , obstinément, il ne voulait pas entendre parler de pareille mesure, au grand dam du gouvernement et de ses conseillers. Mais le fait est que les trois défis d’ordre sécuritaire, social et économique, invoqués par le chef de l’Etat pour justifier l’instauration de l’état d’urgence ont partie liée avec la vérité et la réalité du terrain politique. C’est plus nettement le cas du volet social touché par des vagues successives de grèves touchant, plus est, des secteurs stratégiques, et en face desquelles le gouvernement apparaît comme frappé de paralysie.

Mais le cri de ralliement qu’il a lancé a porté largement sur les dangers induits par le terrorisme auxquels le pays est de plus en plus exposé. « Le terrorisme a gagné nos villes » s’est-il alarmé ajoutant que « si la Tunisie est menacée, c’est parce qu’elle a instauré un Etat civil et s’est dotée d’un régime républicain », a-t-il indiqué.

Sérieusement menacée par l’Etat islamique, la Tunisie soutient un modèle diamétralement opposé aux thèses défendues par Daech, a-t-il expliqué précisant que cette décision a été prise en raison de la persistance de la menace terroriste contre la Tunisie et de la propagation de ce phénomène vers d’autres pays arabes.

Tout en mettant en garde contre la situation précaire qui prévaut en Libye et ses conséquences sur la Tunisie, le président de la République a tenu à rappeler que la Libye n’a plus un Etat. « Composée désormais de groupes armés en conflit, la Libye est prédominée aussi par des acteurs régionaux et internationaux dont chacun cherche à servir un agenda bien déterminé », a-t-il expliqué.

Dans le même contexte, le président de la République a mis l’accent sur les difficultés auxquelles fait face la Tunisie dans la protection des frontières avec la Libye.

« La protection et la sécurisation de plus de 500 kilomètres de frontières avec la Libye exigent la mobilisation de grands moyens et de matériels modernes que la Tunisie n’en dispose pas aujourd’hui », a-t-il souligné. « Aucun pays n’est à l’abri de la menace terroriste », a affirmé Caïd Essebsi qui a plaidé, à ce propos, en faveur de la mise en œuvre d’une coopération internationale anti-terroriste.

Toutefois, les menaces sur les libertés publiques n’ont occupé qu’une part dérisoire dans l’allocution du chef de l’Etat qui s’est borné à réaffirmer « l’engagement de la Tunisie à lutter contre le terrorisme dans le respect de la liberté d’expression et de la presse et des droits de l’Homme », estimant « indispensable de prendre en considération les menaces terroristes qui pèsent sur la Tunisie lors de l’exercice de ces libertés ».

Au-delà de l’impact de l’état d’urgence sur les libertés publique avec son cortège de mesures dérivées, la question majeure et cruciale qui se pose est de savoir si ce dispositif a désormais vocation à être appliqué strictement et sans concession ou s’il va emboîter le pas au laxisme et aux maintes formes de relâchement qui ont entaché la mise en œuvre et le respect de l’état d’urgence sous la troïka.

M.L.

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