On attend encore une réaction officielle du gouvernement tunisien au récent accord paraphé par les parties libyennes en conflit, à Skhirat, prévoyant la fin des combats, la formation d’un gouvernement d’union nationale et la tenue de nouvelles élections. Force est de reconnaître que le cas est embarrassant et même semé d’embûches, la Tunisie ayant deux pieds en Libye, un à Tobrouk et un à Tripoli.
Officiellement et autant qu’il émerge des déclarations et prises de positions du gouvernement et de la présidence de la République, la Tunisie est «fermement opposée à toute solution militaire et attachée à une Libye unie et pacifiée». Et comme l’avait indiqué le président de la République, Béji Caïd Essebsi, la Tunisie est même prédisposée à «jouer un rôle de médiation et à intervenir, au moment opportun afin de convaincre les parties prenantes à opter pour le compromis et éviter l’exacerbation du conflit ». Seulement, ces bons offices ont été confisqués pour être menés par le Maroc et ont abouti à une issue en demi-teinte sous la forme de paraphe d’un accord qui n’a pas été avalisé, faut-il le souligner, par le parlement de Tripoli.
En l’absence d’une réaction officielle tunisienne, c’est le responsable des relations internationales au mouvement Ennahdha, Rafik Absesselem qui s’est fendu de la sienne. Dans une interview à l’agence de presse turque Anadolu, il a regretté que la Tunisie n’ait pas joué un rôle plus actif dans la résolution de la crise. «La Tunisie aurait pu abriter les séances de dialogue entre les parties au conflit qui se déroulent dans d’autres pays. Nous étions les mieux placés pour le faire ne serait-ce qu’en raison de notre proximité géographique avec ce pays», a-t-il dit déplorant que « le gouvernement de Mehdi Jomaa n’ait pas observé une stricte neutralité dans le conflit alors que nous devions rester à égale distance de toutes les parties».
Un petit ouf de soulagement !
L’ONU et les Européens ont été prompts à saluer la signature de l’accord « de paix » en Libye par l’une des deux parties rivales mais le chemin vers la réconciliation s’annonce encore « long et difficile » dans ce pays très divisé.
En proie au chaos depuis la chute du régime de Kadhafi, la Libye compte deux Parlements – et deux gouvernements – qui se disputent le pouvoir, l’un basé à Tripoli et l’autre à Tobrouk (est), ce dernier étant le seul reconnu par la communauté internationale.
En dépit de l’absence des représentants du Parlement de Tripoli, soutenu par Fajr Libya, une coalition de milices en partie islamistes, les parties libyennes ont paraphé cet accord de sortie de crise après plusieurs mois de négociations sous l’égide de l’ONU. Ainsi, il manquait à l’appel cet élément incontournable du puzzle: le pouvoir en place à Tripoli, dominé par les «thouars» qui font la pluie et le beau temps à travers le territoire de l’ex-Jamahirya.
Le pouvoir adverse n’est pas logé à meilleure enseigne dans la mesure où l’un et l’autre n’ont aucune influence ni autorité sur les chefs de tribus qui disposent, chacune, de milices qui sont souvent hors de contrôle et agissent au gré des intérêts du moment. Le partage des ressources naturelles (pétrole, gaz, etc.) est au cœur de ces divisions et luttes qui s’expriment, depuis la chute de l’ancien régime de Kadhafi fin 2011. Cela explique, en partie, la multiplication des milices qu’aucune partie n’a réussi à convaincre de déposer les armes et à participer au dialogue politique, considéré comme l’unique solution au problème libyen. C’est pourquoi des cadres politiques libyens auraient déjà commencé à étudier une autre voie politique pour éviter à leur pays la scission. En effet, des cadres libyens sont en train d’étudier l’option d’un État fédéral, dans le respect de la composante sociale et tribale, en raison de l’impasse à laquelle a abouti le dialogue politique inter libyen, parrainé par l’ONU.
Mais aucun acteur n’ose, pour le moment, évoquer une telle possibilité, dans un contexte sécuritaire marqué par l’entrée en jeu de l’organisation terroriste de l’État islamique (Ei/Daech). L’implantation de Daech en Libye est une menace pour tous les Libyens qui sont impliqués dans le processus de paix onusien. Mais sauront-ils dépasser leurs rivalités politiques et faire front commun contre Daech ?
C’est ce qui appellerait la « paix des braves ». Les dirigeants politiques libyens en seraient-ils capables ?








