George Orwell disait que «parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre». Essid répétait, depuis janvier, que «nous ne pouvons pas d’un coup de baguette magique tout régler en même temps ». Trois mois plus tard, il réglait pourtant les problèmes des chameaux d’une baguette magique. Quatre jours après le CMR des chameaux, il formulait le vœu pieu «que « les projets bloqués d’une valeur de 10 milliards de dinars (seront) éperonnés pour dynamiser l’économie et l’activité économique». Il faudra pourtant qu’il fouette d’abord les chameaux pour que la réalisation avance plus vite.
En attendant, il y a des chiffres auxquels personne ne voudrait s’intéresser et auxquels les médias accordent peu, très de temps et de plateaux TV. Et pourtant, ce sont ces chiffres qui mesurent le vrai parcours de la «Révolution» dont les politiciens se gargarisent et la population pâtit.
La réussite d’une révolution se juge à l’aune de deux plans : le politique et l’économique. Sur le premier, la Tunisie de l’après Ben Ali a fait le choix du régime parlementaire que beaucoup regrettent, tant il freine l’action du gouvernement pour une sortie de crise. Avec la révolution aussi, la Tunisie est devenue démocratique et son classement en a rebondi de 37 points. Corollaire de cette démocratisation de la vie politique, le classement de la Tunisie parmi les nations en matière de liberté d’expression s’est amélioré de 31 points, jusqu’à faire désormais peur aux politiciens et jusqu’à l’abus des fois aussi. Tout le monde peut tout dire de tout ce qu’il veut, y compris le propre porte-parole du gouvernement lorsqu’il souhaitait, comme par ailleurs bon nombre de Tunisiens atteints du syndrome de Stockholm, le retour de l’ancien président !
Il se trouve cependant que, au moins pendant les cinq premières années, ni la démocratie, ni la liberté, à la tunisienne, ne donnent à elles seules, à manger à une population qui dit avoir fait révolution à cause du chômage, pour l’emploi et le développement économique.
Pendant ces cinq années, en effet, l’économie tunisienne n’en finit pas de s’inscrire dans le rouge et dans un trend baissier de tous les indicateurs qui en faisaient jadis une expérience réussie, entre l’économie du marché et l’économie solidaire. Un côté que les «révolutionnaires» ont vite fait d’enterrer, avec l’UTSS (Union Tunisienne de Solidarité Sociale) qui ne manquait aucune occasion de pallier aux effets du climat ou de la pauvreté avec les tonnes de produits qu’elle distribuait. Mais aussi le fameux fonds «26/26» qui fait désormais partie de l’histoire malgré les deux contrôles de gestion qui y avaient été faits et qui n’y ont rien trouvé à redire !
La preuve est faite dans ces quelques indicateurs du développement économique, ramassés par l’éditeur logiciel «Targa Consult». Des indicateurs qui montrent, d’abord, l’enfoncement du déficit budgétaire, l’envolée de la dette publique qui frôle désormais les 52 % du PIB, un PIB dont la croissance s’affaisse depuis 2012, affaiblie par l’instabilité politique et les attentats terroristes, mais aussi par les arrêts, intempestifs et répétés, de la production dans presque tous les domaines. L’investissement étranger baisse aussi, suivant l’attentisme de l’investissement privé tunisien. La pression fiscale monte à 23 % en 2014 sous les besoins pressants du budget de l’Etat. Le Tunisien lui-même, doutant de la capacité de l’économie à rebondir, consomme tout, n’épargne que peu et sa participation au PIB n’est plus que de 11 %.
L’argent que récolte l’Etat par le biais de la fiscalité ou à travers les emprunts, est chaque année depuis 2011 «bouffé» par les salaires. Le budget de fonctionnement ne représentait en 2011 que 59,9 % des dépenses. En 2016, ce sont 63,8 %. En 2010, la masse salariale était de 6,7 milliards DT. En 2011, elle était de 7,6 milliards DT. En 2013, elle est de 13 milliards DT. Tout cela, ne semble pour l’instant pas trop inquiéter le chef du gouvernement qui ne semble pas avoir de stratégie claire pour renverser la vapeur. Il en trouvait pourtant une, lors d’un CM, le 21 mars, pour le secteur des chameaux et il inscrit même cela dans le prochain plan quinquennal !!
En attendant, tous les indices de développement qui faisaient de la Tunisie une terre d’investissement et la Mecque des IDE, s’affaissent. 69ème sur le Doing Business en 2010, la Tunisie n’est plus que 75ème. La Tunisie qui campait sur sa 36ème position de l’indice de compétitivité globale du Forum de Davos, y perd 60 places en 5 ans. Il y a cinq ans, la Tunisie que bâtissait pendant 50 ans Bourguiba était 81ème sur l’indice du développement humain. Elle dégringole de 15 places. Même la corruption, contre laquelle s’étaient élevés 11 millions de personnes, gagne du terrain et malgré les deux hautes instances qui «luttent» et le ministère nouvellement créé par Habib Essid pour les aider à en endiguer l’inexorable montée, gagne du terrain chaque jour plus et n’épargne plus aucune couche de la société ni aucun métier.
Vive la Révolution ! Vive aussi la race des camélidés. La race humaine et ses problèmes attendront !
*Graphiques de Targa Consult











