Les travaux du dialogue national sur l’emploi ont démarré ce mardi 29 mars à Tunis, en présence du chef du gouvernement Habib Essid, du secrétaire général des Nations-Unies Ban ki-moon, le directeur général de l’OIT Guy Ryder et de plusieurs membres du gouvernement et des représentants des partis politiques.
Il s’agit de trouver des solutions et d’élaborer une vision claire à même de réduire le taux de chômage tout en dirigeant les demandeurs d’emplois vers des métiers d’avenir prometteurs, au lieu des solutions classiques à leur tête la fonction publique et le secteur public.
Cette initiative revêt une importance particulière étant donné qu’en Tunisie près de 100 mille nouveaux demandeurs d’emploi s’ajoutent chaque année à la liste des chômeurs qui ne cesse de grossir et constitue une charge très lourde pour le gouvernement. Chiffre à l’appui , le taux de chômage grimpe 15.4% et le pays compte actuellement 618 mille chômeurs parmi l’ensemble de la population active, soit environ 4.2 millions contre une croissance faible de l’ordre de 0.8% en 2015.
« Un tel constat exige la multiplication d’efforts de tous les acteurs, ce qui permettra d’élaborer une feuille de route pour le gouvernement à court, moyen et long terme », a déclaré le chef du gouvernement à l’ouverture de ce dialogue.
D’après lui, « le chômage ne se résout pas uniquement pas les efforts du gouvernement. Il nécessite la participation de tous les acteurs sociaux, politiques et des différentes composantes de la société civile pour pouvoir créer une plateforme commune ».
Un avis partagé par le secrétaire général de l’UGTT, Houcine Abassi. Ce dernier a jugé nécessaire de lutter contre le travail précaire et le secteur informel tout en exigeant l’accélération de l’adoption d’un conseil national du dialogue social.
« Il est temps d’agir surtout que le modèle du développement actuel n’est pas en mesure d’attirer l’investissement et de créer de l’emploi sans oublier l’absence d’une politique intégrée qui tient compte des potentialités des régions », a-t-il estimé.
Batterie de mesures pour réduire le chômage
Pour ce faire, une série de mesures a été annoncée à l’occasion de ce dialogue national.
Prises par le comité du pilotage, ces mesures touchent essentiellement l’emploi, l’entreprenariat, l’économie sociale et solidaire, le cadre réglementaire et institutionnel.
Parmi ces mesures, il, y a la formation et la réhabilitation des demandeurs d’emploi afin de répondre aux besoins du marché du travail. A cela s’ajoute, la création d’une structure unique qui veillera sur la création des projets et l’augmentation des incitations en faveur des entrepreneurs.
D’autres mesures ont été arrêtées dont notamment la mise en place d’une réglementation unique définissant l’économie sociale et solidaire tout en cherchant à trouver les outils de financement permettant la création d’entreprises sociales et solidaires.
Outre ces mesures, il a été décidé d’élaborer un texte juridique pour utiliser le tissu associatif dans le chômage et l’accompagnement des demandeurs d’emploi en les impliquant dans différentes activités et services liés à l’augmentation de l’employabilité.
Pour le cadre réglementaire et institutionnel, le comité de pilotage a décidé la création d’un Conseil supérieur de la promotion de l’emploi sous la direction de la présidence du gouvernement et dont la mission sera d’évaluer les initiatives permettant la promotion de l’emploi.
Un enjeu et une responsabilité internationale
Dans le même contexte, Guy Ryder a fait savoir que le chômage n’est pas propre à la Tunisie, mais il s’agit d’un enjeu et d’une responsabilité internationale.
C’est pour cette raison que cinq éléments demeurent incontournables pour mieux répondre aux besoins des demandes d’emplois, selon ses dires.
Il s’agit de l’importance d’intégrer les objectifs et les cibles en matière d’emploi dans les cadres nationaux de développement et dans les politiques économiques et les stratégies sectorielles..
Le deuxième est relatif au processus de formulation qui doit s’appuyer sur des politiques de l’emploi multidimensionnelles, adaptées aux conditions et contextes nationaux. Ces politiques doivent être suivies, évaluées et appuyées par des ressources naturelles.
De même, le potentiel du dialogue social doit être pleinement exploité tout en promouvant la coordination avec des partenaires internationaux..
Guy Ryder évoque aussi la promotion de l’emploi de proximité comme dernier élément. D’après lui, c’est un axe important d’intervention à travers l’exploitation du potentiel des territoires surtout en matière de création et de développement des PMEs
De son côté, Ban Ki-moon a assuré que la communauté internationale soutient toujours la Tunisie pour qu’elle puisse réussir sa transition, mais aussi relever les défis confrontés dont notamment le chômage, considéré comme un phénomène préoccupant qui menace le développement.
Est-il possible de relever ce défi ? Sur cette question, le gouverneur de la BCT, Chedly Ayari, s’est dit optimiste quant à la capacité du gouvernement de gagner ce challenge surtout qu’il a entamé le processus de reformes économiques.
Les chômeurs n’attendent rien
Au-delà les objectifs recherchés par les parties prenantes, les chômeurs ne semblent pas apprécier cette initiative. « Ce genre de dialogue n’apporte rien de nouveau puisque la Tunisie a connu des événements pareils », a dit Cherif Khraifi, l’un des fondateurs de l’union des diplômés chômeurs (UDC)..
D’après lui, « toute démarche sera certainement vouée à l’échec, si elle n’inclut pas la révision du modèle de développement ».








