D’abord ce chiffre rapporté lors de l’Open Sigma 2017, pour parler de la situation des caisses de retraite. En effet, ce sont 59 % (Taux national) des jeunes de 18 ans et plus qui ne sont affiliés à aucune des caisses. 25 % sont chez le secteur privé (CNSS) et 13 % chez le public (CNRPS). Le taux des non-affiliés est le plus haut (77 %) dans les régions du Centre-Ouest, suivi du Sud-Est (70 %) et du Sud-Ouest (66%). Des chiffres qui disent au moins qu’il y a encore du chemin à faire en matière d’affiliation à des caisses que tout le monde sollicite, avant de penser peut-être à la réforme !
Le problème des caisses en Tunisie réside essentiellement dans l’inversement de la pyramide des âges, avec à la clé plus de retraités que d’actifs, réduisant ainsi l’apport de ces actifs dans un système tunisien de retraite qui finance les pensions de retraite par l’apport des actifs inscrits dans les deux caisses par un système dit de répartition.
Plus sollicités que fournies en liquidités, les caisses de retraites (CNSS pour le secteur privé et CNRPS pour le public) s’appauvrissent. Interrogé en septembre 2016 par Africanmanager, le DG de la sécurité sociale au ministère des AS, Kamel Maddouri, avait indiqué que «la situation est inquiétante» et que «le déficit des caisses sociales risque d’atteindre 938 millions de dinars à la fin de l’année en cours pour s’établir à 1326 millions de dinars en 2017», plus à la CNRPS avec un déficit de 789 MDT qu’à la CNSS avec un déficit de 409 MDT à la date de l’interview.
Force est cependant de noter que le souci des caisses de retraite et la réflexion sur leur réforme n’est pas nouvelle, mais se sont accélérés après la révolution, suite notamment au fléau du recrutement intempestif après la révolution. Cette réflexion sur la réforme a essentiellement tourné autour de deux axes : D’abord l’allongement de l’âge de départ à la retraite jusqu’à 62 ans et même plus, ou l’augmentation des cotisations.
La discussion autour des 2 thèses, entre gouvernement, UTICA, UGTT et Députés, n’a jamais cherché à savoir l’avis des concernés que sont les employés. Dans un récent sondage d’opinion, rendu public à l’occasion de l’Open Sigma 2017, on a pour la première fois permis de connaître l’avis du public, même si ce sondage n’a posé que la question de la prolongation de l’âge de la retraite.
C’est ainsi que 59 % des personnes sondées se sont prononcées contre cette prolongation. 32 % ont été pour une prolongation facultative et uniquement 9 % s’étaient déclarés favorables à une prolongation obligatoire. On ne sait pas s’il y a un lien, mais le même Open Sigma 2017 a déclaré que pour 44 % des Tunisiens, la valeur travail est moins importante depuis 2011.
Toujours est-il que cette question de la prolongation de l’âge de la retraite avait fait les étincelles d’une guéguerre entre UGTT et gouvernement Essid. Et ce n’est que tout récemment, lors de son discours du Samedi 15 janvier, que l’actuel chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, a, brièvement, évoqué cette question, pourtant stratégique et majeure. Pour lui la situation des caisses sociales «n’a pas besoin d’être philosophe». Selon lui, les solutions sont au nombre de 3 : «Soit l’augmentation de l’âge de la retraite, soit l’augmentation des cotisations, soit l’institution d’une TVA sociale».
Ce dernier point est presque passé inaperçu. C’est pourtant la 1ère fois qu’un haut responsable évoque une telle disposition, les deux autres étant connues. Cela reviendrait à mettre en place une nouvelle taxe pour financer le déficit de la CNSS et de la CNRPS. Cette taxe prendrait la forme d’une nouvelle Taxe sur la Valeur Ajoutée qui pourrait grever un produit de consommation quelconque ou de grande communication, devra être supportée par le consommateur, récoltée par les entreprises et reversée au trésor. On imagine alors son impact sur les prix et le pouvoir d’achat des Tunisiens. On imagine aussi, dans un pays généralement hostile au Fisc et volontairement fraudeur de TVA, les difficultés à récupérer cette taxe.









