AccueilLa UNETunisie : Des pertes supplémentaires pour l’Etat dues à la préretraite

Tunisie : Des pertes supplémentaires pour l’Etat dues à la préretraite

Déjà sérieusement délabrée, la situation des caisses sociales va en recevoir encore un coup suite à la décision du gouvernement de dégraisser le secteur public par le départ volontaire de 50.000 fonctionnaires, dès cette année. Une source gouvernementale a affirmé à Africanmanager que ce plan de préretraite va se traduire par des pertes supplémentaires pour la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale (CNRPS) en raison de la régression des cotisations que cessera de payer ce contingent d’assurés sociaux. Elle a estimé que pareille mesure accentuera également la crise des caisses sociales qui se trouveraient ce faisant sous la menace de la faillite, car le déficit dont elles souffrent plafonne déjà à 664 millions de dinars pour s’établir à 491 millions de dinars en tenant compte du soutien apporté par le budget de l’Etat, chiffré à 800 millions de dinars entre 2016 et 2017.

D’après les plus récentes statistiques, ce déficit dépassera les 534 millions de dinars l’année prochaine au cas où des solutions urgentes et radicales n’auraient pas été trouvées et mises en œuvre. C’est la situation financière de la CNRPS qui est jugée la plus difficile eu égard à la chute sans précédent de ses liquidités due aux états financiers négatifs enregistrés tout au long des dernières années, pour déboucher sur un déficit estimé à 346 millions de dinars qui grimpera à 440 MDT au titre de 2016 et à 598 MDT en 2017. C’est le portefeuille pensions qui est à l’origine de ce déficit dont les résultats négatifs se sont élevés en 2015 à quelque 408 millions de dinars puis à 508 MDT en 2016, alors que les prévisions tablent sur 672 millions de dinars en 2017, d’après les chiffres obtenus par Africanmanager.

Déclarations contradictoires

La détérioration continue des finances des caisses sociales a donné lieu à d’ incessants appels pour des réformes urgentes autant qu’à des déclarations entachées d’évidentes contradictions de la part du gouvernement. Des ministres plaident pour le relèvement de l’âge de départ à la retraite tandis que d’autres soutiennent que la solution loge dans les départs volontaires des fonctionnaires au cours des années à venir.

La préretraite a été expliquée par les pressions sur les finances publiques auxquelles est soumis le gouvernement de Youssef Chahed, le poussant à geler cette option qui a , par le passé, fait couler beaucoup d’encre et a été énergiquement rejetée par l’Organisation ouvrière l’UGTT, dans la mesure où elle est contraire aux orientations générales du budget de l’Etat pour les prochaines années mais aussi aux engagements pris auprès du Fonds monétaire international, notamment celui de ramener la masse salariale de 14% actuellement à 12% à l’horizon 2020.

Quid de l’UGTT

C’est en tout cas ce qui explique le choix des départs volontaires, lequel s’inscrit dans le cadre des réformes fondamentales de nature à contribuer à réduire l’énorme masse salariale dont le taux compte parmi les plus élevés au monde (13,5%). Selon les déclarations de l’ancien ministre de la Fonction publique et de la gouvernance, le gouvernement incitera les fonctionnaires au départ volontaire en leur offrant des incitations et des avantages tels que le bénéfice de leurs actuels salaires pendant deux années et l’aide à obtenir des prêts bancaires pour le lancement de leurs propres projets. Il est prévu que 15.000 fonctionnaires quitteront la fonction publique en 2018, un nombre qui passera à plus de 50.000 en 2017, 2018 et 2019.

Ces développements interviennent alors que vont reprendre les négociations avec l’UGTT, dirigée par une nouvelle direction, qui conserve néanmoins les mêmes noms qui étaient chargés du volet relatif à la couverture sociale.

L’un d’eux, le secrétaire général adjoint chargé de la Sécurité sociale à l’UGTT, Abdelkrim Jrad, a, d’ailleurs affirmé à la presse que l’Organisation ouvrière s’est bien préparée pour mener des négociations sur la situation des caisses sociales, plaidant en tout premier lieu pour un « diagnostic unanime » entre les différents intervenants dans la crise des caisses sociales.

En ce qui concerne la retraite anticipée dans le secteur privé, il a souligné que 20% des ouvriers qui quittent le font pour des raisons matérielles et ce sont autant de cotisations perdues pour la caisse.           « Autrement dit, les caisses sociales sont, d’une part, en train de perdre des cotisations et doivent, d’autre part, honorer leurs engagements avec les nouveaux et anciens retraités», explique-t-il.

Ce faisant, ajoute-t-il , citée par la même source, la baisse du nombre des actifs, suite à ces départs massifs, ne pouvait que creuser davantage le déficit des caisses sociales.

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