Jamais la popularité du chef du gouvernement tunisien n’a été aussi haute. A peine la campagne anti-corruption lancée, que certains comparent à la fameuse opération italienne des années 90 «Mani Puliti», que la toile s’est enflammée d’un soutien inconditionnel et euphorique pour Youssef Chahed. Fait rare : celui de ce juge qui pleure en direct à la télévision (Al Hiwar, mercredi 24 mai), en évoquant ce que beaucoup appellent un véritable coup de maître.; Mis à part les partis grincheux, comme celui de Hamma Hammami, qui est connu pour son opposition à tous et à tout, presque toute la scène politique a vite fait de s’aligner derrière celui qui était, quelques semaines auparavant voué aux gémonies et dont plus d’un parti d’opposition demandait publiquement la tête.; Même le patronat a fini par prendre ses distances avec une certaine partie de la caste des hommes d’affaires, indiquant dans un communiqué rendu public ce jeudi 25 mai 2017 qu’il «ne défendra pas ceux qui n’appliquent pas la loi», et de crier haut et fort son soutien à la campagne d’interpellation, sans toutefois oublier d’appeler à «faire la distinction entre homme d’affaires transparents du secteur formel et ceux qui dépassent la loi».; Il est vrai que le patronat a plus d’une fois dénoncé et décrié le secteur informel qui se nourrit d’un marché parallèle en lien direct avec la contrebande, objet principal de la campagne d’interpellation. Il est vrai aussi cependant qu’au moins une petite partie de ce même patronat mêle savamment formel et informel.; * Naissance, ou résurgence, d’un chef; Ce qui est beaucoup plus important, c’est qu’un mois à peine après avoir quitté; Tataouine; sous les sifflets et les huées et 15 jours après la petite manifestation demandant son départ, Youssef Chahed est arrivé à recadrer son image et à se remettre prestement dans les habits de l’Homme d’Etat, en faisant montre d’un courage politique presqu’inédit dans les annales de la politique en Tunisie depuis plus de 25 ans.; Le visage grave, lors d’une très brève déclaration, hier soir à La Kasbah, Youssef Chahed a enfin incarné les aspirations d’une très large partie de la révolution, jeté une belle brassée d’huile sur le feu, sacré mais éteint, d’une grande partie d’une jeunesse tunisienne qui désespérait de voir l’ancien système Ben Ali disparaître et ne plus jamais renaître, pour que rejaillisse l’espoir d’une Tunisie meilleure.; Par ce coup de torchon dans le milieu des trafiquants de tous genre, des contrebandiers et de tous les nouveaux riches de l’après révolution, celui dont beaucoup ne donnaient pas cher de sa peau de politicien et jeune loup édenté de la politique arrive à s’auréoler du jasmin de la véritable révolution que ses concitoyens attendaient depuis 7 ans et à se glisser dans une sérénité qu’on imagine cacher l’énorme stress né de la conduite d’une telle opération, dans les habits d’un chef.; * Et maintenant ? Mani Puliti ou trêve du guerrier ?; Les noms et les têtes tombent les uns après les autres, toujours plus grands et financièrement plus lourds. La liste s’allonge au fil des heures dans un chapelet, qui inspire plus de peur que de dévotion et les réseaux sociaux s’ingénient à trouver les descriptifs les plus hilarants, pour décrire l’état d’esprit de certains milieux d’affaires.; Une liste pourtant jusqu’ici non-officielle, mais fuitée à petites doses et dans le silence, au fil des interpellations pour ne pas précipiter le cours des investigations. Un procédé médiatique qui risque pourtant de créer l’amalgame, rien qu’à travers les homonymies et les erreurs de précipitation.; Mais une liste aussi que beaucoup espèrent désormais s’allonger beaucoup plus, pour toucher les ramifications politiques de certains des barons de la contrebande interpellés. Beaucoup attendent que la campagne anticorruption mue et se transforme en une campagne «mains propres». Chez les Italiens pendant les années 90, l’opération «Mani Puliti» s’était étendue aux politiciens et avait alors fait tomber plus d’une tête.; L’argent ne vaut en effet rien sans le pouvoir. Et le pouvoir c’est la politique, dans les antichambres des partis et dans les couloirs de l’ARP, pour la Tunisie. Ces derniers ont maintes fois résonné d’accusations et d’appels à enquêter. Echanges d’accusations entre partis sur le financement de certains d’entre eux avaient aussi, maintes fois, défrayé la chronique. Un financement pas toujours saint, et qui demande enquête. Certaines des grosses têtes qui seraient tombées ont des allées et venues connues dans les bureaux de plus d’un parti. C’est cela, à notre sens, le sujet du second épisode de l’actuel coup de torchon qui doit dès maintenant être mis en scène.; Attention cependant, Chahed entre en guerre. Une guerre sans merci, car «lorsque l’argent sale est en jeu les canons des armes finissent toujours par avoir la diarrhée». Dixit l’écrivain Souleymane Boel.








