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Tunisie-Corruption : Youssef Chahed à l’épreuve des écuries d’Augias

C’est un Youssef Chahed droit dans ses bottes, sûr de lui-même et décidé comme jamais à nettoyer les écuries d’Augias de la corruption, qu’on a retrouvé ce dimanche sur les colonnes de deux quotidiens de la place, Assabah et La Presse, pour parler de sa croisade contre cette pandémie nationale. Le ton est martial, le projet sans tache, le soutien franc et massif, le chef du gouvernement est à mille lieues de son apparition furtive et au pied levé sur les écrans de télévision, un certain 24 mai au soir, pour annoncer qu’il déclarait la guerre à la corruption et engager les Tunisiens à choisir entre cette dernière et l’Etat. Dilemme cornélien ou choix de Sophie, c’est aux côtés de L’Etat que les Tunisiens ont vite fait de se ranger, fournissant à Chahed l’assise sans laquelle il pulvériserait ses chances de tenir tête et sévir contre les caïds de la corruption, leurs protecteurs, forcément des politiciens, et leurs protégés.; Dans cette campagne, Youssef Chahed qui préfère dire politique d’Etat, compte beaucoup sur les juges auxquels il a fixé la lutte anticorruption comme la « priorité absolue de notre politique pénale ». D’ailleurs, il précise en avoir parlé avec le ministre de la Justice qui s’est réuni avec les procureurs généraux et les magistrats du parquet pour faire en sorte que la lutte anticorruption soit une priorité.; A la vérité, c’est là l’aune à laquelle sera déterminé le sort de cette expédition contre la corruption, et le chef du gouvernement semble bien prendre soin de ne pas aller aux casse-pipes, car, explique-t-il, « un Etat ne saurait combattre la corruption sans une batterie de mesures législatives. Une stratégie tous azimuts a été adoptée. En premier lieu, nous avons érigé la lutte anticorruption en priorité de la politique pénale de l’Etat. Puis nous avons attaqué le volet législatif avec les lois sur l’origine des biens acquis, la loi sur les informateurs en matière de corruption, la mise en place d’institutions telle que l’Instance nationale de lutte contre la corruption (Inlucc) présidée par Me Chawki Tabib, munie de prérogatives inédites, disposant d’agents de police judiciaire et pouvant procéder aux perquisitions et descentes sur le terrain ».; En toute discrétion !; S’y ajoute l’adoption, en décembre 2016, du projet de loi soustrayant au pôle judiciaire financier les affaires de droit commun afin qu’il se concentre sur les affaires de corruption, outre la cooptation de 500 nouveaux magistrats, la création des tribunaux administratifs dans les régions, une première depuis l’indépendance. Un arsenal juridique qui s’est mis en place, Incluant une batterie de mesures législatives, l’adoption de la stratégie nationale de la lutte anticorruption, le renforcement de la magistrature à différents niveaux, les confiscations et les arrestations des coupables ainsi que d’autres actions prévues. Autant d’actions qui ont culminé aux yeux de l’opinion avec l’arrestation des grands chefs de la contrebande. Cela a généré un choc psychologique dans l’opinion, se félicite Youssef Chahed.; Abordant la philosophie et les ressorts de cette guerre anticorruption, le chef du gouvernement affirme qu’ « elle que ne vise aucune personne en particulier mais elle n’excepte aucune personne compromise dans la corruption. Elle ne protègera personne ». Il expliquera que « notre but est de mettre en pièces les systèmes de la corruption et du triptyque terrorisme-corruption-contrebande et évasion fiscale. C’est un système observable partout, notamment dans les régions. Même les protestations sociales sont mises à profit par ce système. Les terroristes aussi en profitent ». Au demeurant, il s’agit de démonter les mécanismes de ce système et ce n’est guère sélectif, précise Chahed car les huit personnes arrêtées jusqu’ici ne sont guère des enfants de chœur mais de grosses pointures de la contrebande.; On retiendra enfin des déclarations de Youssef Chahed que la machine mise en place pour détricoter la galaxie de la corruption ne l’a pas été en deux temps trois mouvements. « Pour l’ensemble des arrestations, les enquêtes préliminaires ont pris des mois. J’y présidais et nous y avons travaillé en totale discrétion, dans le secret le plus absolu», a-t-il confié.

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