AccueilLa UNETunisie : Quand l’Etat taxe à outrance… et n’en démord pas !

Tunisie : Quand l’Etat taxe à outrance… et n’en démord pas !

Déjà affublée du titre de pays le plus fiscalisé en Afrique, la Tunisie n’est pas près de s’en dépêtrer en s’offrant une nouvelle loi de finances où le contribuable est inconsidérément sollicité. En taxant comme à son habitude à tout-va, le gouvernement serait à la toute rigueur dans son droit d’invoquer l’indigence de ses ressources et ses béants trous de trésorerie pour le faire, mais beaucoup moins pour remplir comme il se doit son office de redistributeur des revenus. On comprendrait tout aussi bien qu’il s’échine à mobiliser assez de recettes pour payer les salaires de ses fonctionnaires : 14751 millions de dinars contre 14300 MDT en 2017 et 13164 MDT en 2016, et pour rembourser le service de ses dettes à hauteur 7972 millions de dinars alors que cela lui en coûtait 7090 MDT en 2017 et 5198 MDT en 2016, comme le mentionne formellement la version officielle du projet de la loi de finances pour 2018. Mais, le rouleau compresseur fiscal a toujours le vent en poupe avec une imposition qui est vécue par une large majorité des Tunisiens, singulièrement les salariés, comme une punition plutôt que comme une contribution citoyenne consentie.

Il est vrai que pour l’heure, il ne s’agit que d’un projet, naturellement éligible à des amendements que le Parlement pourrait introduire dans un sens comme dans l’autre, faut-il déjà s’en convaincre, mais la rhétorique fiscale générale sera largement indemne, comme on l’avait vu lors des précédents marathons budgétaires. Et il est inscrit dans l’ordre des choses parlementaires que l’on s’offusque, que l’on dise son fait au gouvernement et  qu’on le décrie dans les grandes largeurs et sous toutes les coutures, mais vu le rapport de force sous la coupole de l’Assemblée des représentants du peuple, il y a fort à parier que « l’honneur sera sauf ».

Les même causes produisent les mêmes effets

Les même causes produisant les mêmes effets, il sera en fait difficile au gouvernement de lever le pied fiscal au motif récurrent et majeur que l’économie tunisienne, telle qu’elle s’ordonne, a du mal, beaucoup de mal à accoucher d’une architecture propice à une croissance qui puisse créer de l’emploi et inciter à l’investissement. Et avec une bonne part de Tunisiens plus prompts à grogner qu’à travailler, et des politiciens qui font pire, on ne pourra jurer de tout sauf d’un épilogue commode.

Dés lors que les choses sont appelées à rester en l’état pour ne pas dire empirer, le gouvernement n’aura d’autre choix  que de mettre le curseur sur ce qui est regardé comme  le moyen le plus sûr et le plus facile pour faire rentrer de l’argent dans ses caisses, l’impôt. C’est, d’ailleurs, une étiquette qui lui colle à la peau depuis des décennies. L’OCDE vient de nous le rappeler dans son dernier rapport intitulé « Statistiques des recettes publiques en Afrique » où la Tunisie est présentée en filigrane comme le pays qui conserve le bonnet d’âne du plus fiscalisé en Afrique, plus est depuis 1995. La pression fiscale, autrement dit le ratio impôts-PIB y est le plus élevé en Afrique : 30,3%, un taux qui exprime le total des recettes fiscales, y compris les cotisations de sécurité sociale, en pourcentage du produit intérieur brut. Seuls le Maroc et l’Afrique du Sud, certes dans une moindre mesure, lui tiennent compagnie dans cette catégorie peu enviable, alors que des pays moins réputés affichent des ratios beaucoup plus bas ; par exemple, la République démocratique du Congo, est créditée de 10,8%.

Des chiffres qui interpellent

Le rapport de l’OCDE relève un paramètre à maints égards atypique dans un pays où les caisses sociales sont au bord de la faillite. On aurait peine à croire que la Tunisie a enregistré la plus forte progression des recettes de cotisations de sécurité sociale en pourcentage du PIB, soit 3.6 points de pourcentage, au cours de la période 1995-2015, à cause notamment de l’élargissement de la couverture du régime de retraite tunisien depuis 2002. Pire, la Tunisie affiche la deuxième plus forte hausse en Afrique, équivalente à 2.3 points de pourcentage, des recettes de l’impôt sur le revenu des personnes physiques. Et ce n’est pas tout. Considérons avec les tourments qui s’y attachent les chiffres que voici : la Tunisie est le pays où la part des recettes provenant des cotisations de sécurité sociale est la plus élevée (29.5 %) et celles issues des impôts sur les biens et services plafonnent à 35.8 %. La part des recettes de TVA y est de 19.8 % et la valeur des amendes et pénalités en pourcentage du PIB y a progressé, passant de 0.15 % en 2011 à 0.97 % en 2013, avant de retomber cependant à 0.43 % en 2014. On imagine mal qu’avec une pression fiscale si forte, les prestations auxquelles les Tunisiens ont droit sont si insuffisantes, pour ne pas dire par endroits lamentables.

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