Pour autant qu’on puisse le comprendre et s’en convaincre, l’Instance supérieure indépendante pour les élections, est décidée à s’atteler à la question de l’élection présidentielle de la manière la plus canonique possible, en tout cas, à l’abri des pressions politiques qui n’ont pas attendu la fin de la semaine de deuil national pour se faire jour. Pensant à raison avoir les moyens d’y arriver, l’ISIE a sentencieusement fixé le 15 septembre comme la date à laquelle seront tenues les élections présidentielles anticipées. On remarquera toutefois que le président de l’Instance, Nabil Bafoun, n’a pas été trop catégorique dans son annonce, utilisant la locution de facto et « date la plus proche possible ». Une marge, sans doute de quelques jours, qui devrait permettre à l’ISIE de déférer aux délais fixés par la Constitution en s’autorisant à prendre quelques petites libertés vis-à-vis des injonctions de la Loi fondamentale.
Bousculée par le temps, l’instance se retrouve face à une autre forme de pression, celle exercée par maints partis politiques et leurs candidats qui se plaignent de ne pas avoir la latitude suffisante pour préparer leurs programmes, leurs campagnes électorales, collecter les fonds pour leur financement, mettre en place la logistique nécessaire, bref être prêts pour disputer une bataille électorale , presque surgie de nulle part suite au décès du président de la République en exercice, Béji Caïd Essebsi. Un cas de force majeure, donc imprévisible et irrésistible, auquel il doit être répondu par un mécanisme d’exception, institué et détaillé dans l’article 84 de la Constitution de 2014.
La question d’antériorité
La singularité du cas de l’espèce dont il est question à l’heure qu’il est, tient au fait que la hiérarchie chronologique des scrutins, législatif et présidentiel, se trouve bouleversée. L’antériorité de la Présidentielle, forcément anticipée, est dûment établie par rapport aux Législatives. Cet agencement a été celui que Béji Caïd Essebsi a toujours appelé de ses vœux, mais au sujet duquel il n’a jamais été entendu, surtout par les partenaires du Dialogue national qui, pour des considérations propres à la conjoncture de l’époque, ont opté pour des élections législatives antérieures à la Présidentielle.
Comprenons et convenons qu’une élection présidentielle tenue en premier lieu a vocation à être tout bénéfice pour le parti qui a deux fers au feu, eu égard à l’effet d’entraînement que le premier scrutin aura immanquablement sur le choix des électeurs. Et l’expérience enseigne que cette configuration a rarement été prise en défaut là où elle avait été utilisée aux normes prescrites et à bon escient. C’est un avantage très recherché par les formations politiques en lice pour deux scrutins et dont on pourrait voir toute l’étendue sitôt seront ouvertes et connues les candidatures au scrutin présidentiel.
Seulement, l’interrogation qui se pose avec insistance est de savoir si les candidats, pris ainsi au dépourvu, auront le temps et les moyens de croiser le fer avec leurs concurrents et s’assurer des chances de l’emporter. Le président de l’ISIE affirme que l’actuel calendrier permettra de parachever tout le processus électoral au bout de 88 jours du démarrage du mandat présidentiel provisoire. Sans se garder d’assurer qu’il garantira également aux candidats le temps nécessaire pour préparer leurs dossiers et recueillir les signatures.
L’ISIE vs Machroû, Ennahdha, FP…
Des assurances qui ne sont pas entendues de cette oreille par maints candidats, déclarés ou en instance. C’est le cas du chef du mouvement Machroû Tounès, Mohsen Marzouk, qui plaide pour la fusion des deux scrutins, législatif et présidentiel, qui pourraient se tenir le 6 octobre, expliquant qu’il n’y a pas lieu d’accentuer la pression sur l’électorat en l‘appelant à se rendre aux urnes en trois occurrences distinctes et très rapprochées dans le temps alors qu’il est techniquement possible d’expédier l’affaire en deux temps uniquement.
D’autres partis comme le mouvement Ennahdha, estiment que « la réalité dicte de ne pas se conformer aux délais fixés », au motif que les élections doivent procurer l’égalité des chances pour tous. Plus explicitement, les élections ne doivent pas nécessairement avoir lieu en septembre. Un appel à l’ajournement des dates des élections et législatives et présidentielles auquel s’est joint le Front populaire par la voix de Hamma Hammami.
Il est peu probable que l’ISIE consente à bouleverser de façon si abrupte l’architecture de l’organisation des scrutins, présidentiel et législatif, une tâche à laquelle elle a solennellement affirmé à maintes reprises qu’elle est fin prête. Une façon d’assurer aux uns et aux autres et par-dessus tout aux électeurs que les échéances électorales seront menées rondement, et dans tous les cas de figures, nullement à la diable.
LM








