AccueilLa UNE39 jours de palabres pour rien !

39 jours de palabres pour rien !

Le 10 décembre 2019, cinq jours avant la fin du 1er délai pour l’annonce du gouvernement, le SG de l’UGTT Noureddine Taboubi [fr] déclarait que les consultations du chef de gouvernement missionné étaient une perte de temps. Jemli avait bien reçu le message de Taboubi, mais a continué à perdre, son propre temps peut-être, mais celui de tout un pays.

Il avait répondu par vidéo à Taboubi, et avait continué de palabrer à Dar Dhiafa. Jemli jouait manifestement alors la montre, répétant à satiété qu’il faisait à chaque fois des avancées, promettant chaque fois son gouvernement pour la semaine prochaine. Il répétait même qu’il était en train d’étudier les CV, alors qu’il ne faisait que discuter de la répartition des sièges entre les partis qui avaient accepté d’en être, et aussi des conditions des autres, pour accepter de siéger avec lui.

Trente-neuf jours après avoir pris sa lettre de mission chez le chef de l’Etat Kais Saïed, Jemli retourne une seconde fois à Carthage pour présenter un bilan, tout aussi négatif. Son costume et cravate noirs lors de son dernier point de presse de lundi, était de circonstance. Ce qui est sûr, c’est que Jemli n’a pas su entendre Taboubi. Ce dernier avait déjà expérimenté les fameuses réunions du Dialogue national, et connaissait très bien de quoi est faite la scène politique en Tunisie : un puzzle dont les parties ne formeront jamais une image complète et harmonieuse.

(Photo prise le 21.12.2019) Atmosphère glaciale à Dar Dhiafa : Mohamed Abbou scrute le plafond de la salle de réunion. Youssef Chahed presque condescendant et avec un petit sourire au coin des lèvres, fixant l’entre deux mains. Jemli fixé sur un Maghzaoui aussi fermé que ses doigts croisés. Ghannouchi triturant ses 2èmes lunettes, oubliant que porter des lunettes ne veut pas dire savoir lire. Cela promettait déjà depuis ce jour !

Ceci dit, le candidat d’Ennahdha pour diriger son gouvernement a perdu 39 jours, pour revenir à ce qu’il aurait dû faire depuis le début. Composer son propre gouvernement et le soumettre à l’ARP, ainsi que son programme pour sortir le pays de sa crise, et relancer toute son économie, sans oublier l’emploi pour les chômeurs, pour ne citer que cela. Jemli aura ainsi, définitivement et après prolongation, raté son premier coche !

«J’annonce dès maintenant, que je formerai un gouvernement de compétences nationales, indépendantes de tous les partis … Je dis bien et je le répète tous les partis». C’est ce que le candidat, de fait, du parti islamiste tunisien, Habib Jemli, qui s’avère un chargé de mission un peu trop bavard, a fini par annoncer lundi dernier, dans la salle silencieuse de Dar Dhiafa. A partir de là, différentes questions se posent.

  • Des questions, primordiales, pour le reste de la transition

La 1ère et qui va certainement donner du travail sur Google à ses adversaires, celle de l’indépendance des ministres qu’il va devoir trouver et proposer. D’abord à Ennahdha, qui est son sponsor officiel, et dont la base a toujours prêché pour des compétences politiques.

Conscient de ce gros défi, Jemli précisait lundi que «mes critères, sont la probité, c’est-à-dire les mains propres, et la capacité de gestion. Et s’il m’arrivait de me tromper, je corrigerai en cours de route, sans tenir compte des réactions de n’importe lequel des partis. Je n’aurai aucune hésitation, et ne demanderai aucun conseil de personne, pour révoquer tout ministre qui ne serait pas à la hauteur de sa mission, ou sur lequel pèserait le moindre soupçon». On pourrait presque s’écrier «Hourra !», ou «Eureka !».

Jemli temporise ensuite sur la question de la probité, sachant, par exemple, que Samia Abbou brandira certainement devant l’ARP des documents de tout genre, pour essayer de remettre en cause la probité de plus d’un ministre du prochain gouvernement de Jemli, comme elle l’a souvent fait. «Je ne suis pas un juge … Eh, et je ne connais pas l’inconnu. Il y aura probité tant qu’aucune décision de justice n’aura pas dit le contraire». Remarquons, d’abord, qu’entre soupçons d’accusation et décision de justice, il y a une grosse différence. Vers laquelle des raisons penchera donc Jemli dans le choix de ses ministres, lorsque tout le monde se mettra à fouiller, sur Google, les réseaux sociaux et les documents fuités de l’INNLUC et d’ailleurs, et ils le feront ?

La 2ème est pourquoi avoir fait des élections, suivies de recours en justice, et de proclamation du parti qui sera au pouvoir et aura l’exclusivité du choix du chef du gouvernement, pour en arriver après une quarantaine de jours d’attente, à un gouvernement, dit indépendant des partis qui ont remporté ces élections, dit aussi indépendant que le chef du gouvernement le dit, lui-même, d’Ennahdha, et formé de ministres tout aussi indépendants que lui-même ?

3ème et dernière question. Qui parmi les partis qui ont été «maltraités» et accusés d’avoir fait avorter toutes les tentatives de Jemli à former son gouvernement, ou simplement frustrés de ne pas en être ? Ce ne sera certainement, ni Ettayar de Mohamed Abbou, ni le MP (Mouvement Populaire) de Maghzaoui. A eux seuls, ils forment un bloc parlementaire de 42 députés. Cela, sans parler de la dernière position de Tahya Tounes de ne plus être concerné par une participation à un quelconque gouvernement Jemli. Il est, dès lors, très difficile pour Jemli de bénéficier de la fameuse «ceinture politique » qui lui garantirait le passage devant l’ARP.

Qu’en serait-il de la position d’Ennahdha (54 sièges) que Jemli exclurait presque d’un gouvernement qui ne sera plus fait de compétences politiques ? Il ne lui resterait alors que Qalb Tounes et El Karama. Mathématiquement, 38 pour Qalb Tounes + 21 pour EL Karama = 59 votes en faveur du prochain gouvernement. Il est vrai que, lors du vote, les intentions peuvent changer.

Ennahdha et ses bases accepteront-ils de voter en faveur d’un gouvernement où leur parti ne sera pas au pouvoir ? Principal opposant à Rached Ghannouchi et pas des moindres, Abdellatif Mekki [ar] criait déjà ce mardi dans un Post sur les réseaux sociaux, qu’il est contre un gouvernement de technocrates. Si oui, le prochain gouvernement Jemli pourrait être gratifié de 117 oui. Cela, à condition que le vote nahdhaoui se fasse en bloc. Sinon, retour à l’article 89 de la Constitution [fr]!

En définitive, force est de remarquer, après 40 jours ou plus en palabre, que Habib Jemli «يتعلم الحجامة في روس اليتامى», ce qui se traduirait par «apprendre la coiffure sur les têtes des orphelins !

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