Paradoxalement, l’exceptionnelle récolte oléicole de cette année a fait jaser dans les chaumières. L’abondante production et toutes ses activités dérivées et associées comme la collecte ont vite fait de poser problème pour les oléiculteurs qui se sont retrouvées avec d’excessives quantités sur les bras. Les prix bas ont fait le reste.
Il n’en fallait pas davantage pour nourrir la fureur des agriculteurs qui, pour se faire entendre, se sont mobilisés au tour de cris de ralliement tels que » Notre sécurité alimentaire, c’est notre souveraineté « , » Non à la marginalisation de l’agriculture « , « L’agriculture, ou est la discrimination positive ? ». Des slogans scandés, ce mercredi, lors d’un sit-in observé devant le siège du ministère de l’Agriculture, des ressources hydrauliques et de la pêche.
Il s’agissait plus précisément de tempêter contre les difficultés rencontrées par la filière oléicole et surtout la baisse des prix de vente sur le marché local qui constituent » un appui aux spéculateurs au détriment des sacrifices consentis par les agriculteurs « , selon L’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP).
Les agriculteurs ont appelé à la démission du ministre de l’Agriculture Samir Taieb, accusé de » corruption et de menacer la récolte d’olives en baissant les prix sans tenir compte des coûts de production « . Ils ont, en outre, critiqué » le laxisme des autorités face aux revendications des oléiculteurs » et contesté la dégringolade du prix de l’huile d’olive qui a atteint dans certaines régions les 3,5 dinars le litre, un prix moins cher que celui de l’huile végétale.
La quête de nouveaux marchés
Abattu et triste, un agriculteur de Sidi Bouzid, cité par TAP, a fait un fervent plaidoyer pour la protection de la récolte d’huile d’olive afin de préserver la sécurité alimentaire de la Tunisie « qui ne doit pas rester dépendante des marchés européens ». D’autres agriculteurs ont appelé l’Etat à intervenir pour chercher de nouveaux marchés qui pourront absorber le surplus de production d’huile d’olive.
Pour le membre du bureau exécutif de l’UTAP, Néjib Fatnassi, c’est le ministre de l’Agriculture qui a fixé le prix de l’huile d’olive. « Ce prix ne couvre même pas le coût de production « , a-t-il dit estimant que 7,500 dinars le litre est un prix raisonnable pour toutes les parties. Il a, dans ce cadre, appelé l’office de l’huile à fixer un prix de référence afin de préserver les droits des agriculteurs et de l’état.
L’Office national de l’Huile s’est engagé, quant à lui, à poursuivre ses achats d’huile d’olive auprès des oléiculteurs et des propriétaires des huileries pour absorber l’excédent de production. Il ne lui en est pas moins reproché de « ne pas assumer comme il se doit son rôle de régulation » et de fixer des prix jugés trop bas par rapport aux coûts de production et aux sacrifices consentis.
L’UTAP avait déjà refusé catégoriquement les prix de vente de l’huile d’olive, proposés par l’ONH (5,6 dinars/litre), estimant que ces prix « font le bonheur des spéculateurs au détriment des producteurs ».
L’organisation appelle, par ailleurs, à adopter un prix de pas moins de 7,5 dinars/litre, soit entre 8 dinars et 8 dinars 500 millimes « pour préserver une marge de bénéfice au profit de l’agriculteur ».
Les effets secondaires d’une récolte d’exception
S’y ajoutent les prix de plusieurs intrants entrant dans la culture et la transformation des olives qui ont connu une envolée inquiétante. En fait, le secteur de l’huile d’olive implique deux secteurs, à savoir l’agriculture et l’industrie. Les agriculteurs fournissent des quantités d’olives – dont la cueillette se fait dans des conditions difficile compte tenu de la pénurie de main-d’œuvre – et les propriétaires des huileries qui sont chargés de la trituration et du conditionnement de l’huile d’olive avant sa commercialisation sur le marché local ou son exportation à l’étranger.
A noter que l’ engagement de l’ONH a été pris après la décision de l’Etat, à l’occasion du Conseil ministériel restreint, tenu le 20 décembre 2019, d’accorder sa garantie pour un financement supplémentaire à hauteur de 100 millions de dinars, destiné aux achats de l’ONH.
La saison actuelle de l’huile d’olive s’annonce excellente en Tunisie. La production nationale devrait plus que doubler. Selon les prévisions, elle sera portée à 350 mille tonnes, cette saison 2019-2020 contre seulement 140 mille tonnes la saison écoulée 2018-2019.
AM & TAP








