Mercredi 29 septembre 2021, et à la surprise générale, tant pour le timing que pour la personnalité choisie, le chef de l’Etat tunisien Kais Saïed chargeait la doctorante en géologie, et sans compétences connues en économie, Nejla Bouden, de constituer un nouveau gouvernement. Et si l’accueil politique fut plutôt mitigé, mis à part le refus attendu d’Ennahdha et de Hamma Hammami [ar], celui des réseaux sociaux est visible, et penche plus vers la confiance mesurée que vers le refus. Plus nuancée, même si elle reste sur le trend du préjugé favorable, est la réaction des marchés locaux qu’internationaux. Seul hic, la presse française qui vire parfois à la misogynie.
- Timidement positif est l’accueil de la Bourse et des marchés internationaux
D’abord, la réaction de la place financière tunisienne, même si elle est plutôt atone.
Le Tunindex a en effet terminé la séance du jeudi 30 septembre 2021 en légère hausse de 0,25 %, et de 0,30 % pour l’indice des 20 grandes entreprises cotées sur la bourse de Tunis. Hier mercredi, jour même de la nomination de la nouvelle cheffe, « le marché a changé de trajectoire au terme de cette séance, gagnant 0,3% à 7266,24, dans un volume de 3,9 MDT », estimait l’analyste boursier Tunisie Valeurs.
Même accueil, positif mais timide, sur les marchés financiers internationaux où se transigent les Obligations tunisiennes. Hausse il y a certes de la qualité du papier Tunisie, mais marginale, nous disent les experts. « Le marché attend plus de stabilité politique, moins de grèves, des mesures pour soutenir l’investissement étranger, autrement, le pays va encore s’endetter et ne pourra pas soutenir le Dinar », nous indique un expert du marché de la dette d’Etat qui requiert l’anonymat.
La même source nous assure qu’« qu’elle ne voit pas de risque de « default » sur le court terme. D’abord, on n’a pas de grosses échéances à payer avant 2022- 2023. Et ensuite, dans tous les cas, la Tunisie ne peut pas sortir sur les marchés. Donc c’est la case confiance du FMI qui compte ».
Niveau évolution du change du Dinar, le trend baissier du cours de la monnaie tunisienne s’est aujourd’hui quelque redressé. Selon le site Boursorama, la baisse de 0,73 % du 29 septembre 2021 s’est quelque peu atténuée à -0,10 % seulement, restant à 3,252 euros pour un Dinar, contre 3,255 une journée auparavant, et 3,278, une journée avant la nomination de la Cheffe Nejla Bouden.
- Entre humour, parfois noir, et Alléluia, les réseaux sociaux fêtent la Merkel tunisienne
« Une géologue pour gérer un pays à la jonction de plusieurs plaques tectoniques (ou un pays en pleine érosion) » disait Selma Lakhoua. « Angela Merkel n’est pas une économiste, mais une physicienne. Et pourtant elle a dirigé l’Allemagne pendant 16 ans », se félicite un autre internaute, qui comparait déjà Nejla à Angela Merkel.
Homme de médias, Karim Ben Amor se pose avec humour si « on a touché le fond ? Non on creuse, on creuse, on vient même de recruter une géologue pour mieux creuser… La « Tanbira » idéale pour certains. Bon courage madame Bouden ». Et toujours dans la même vanne de l’humour, parfois noir comme il est de coutume sur les réseaux sociaux, le jeune entrepreneur Yassine Ben Abdallah trouve que « après une série de séismes politico-économiques, une géologue à la tête du gouvernement… »
Plus sérieux, Ali Nakai trouve cette nomination « dans la logique des choses. !!! Vous voulez un gouvernement. En voilà un et, qui plus est, serait probablement inédit dans la même logique que le 25 juillet. Une femme, sexagénaire, pur produit de l’école de la République, originaire d’une ville musulmane ancestrale, aguerrie aux rouages de l’administration, portée sur les programmes dédiés aux jeunes et experte dans les questions sismiques est chargée de le former. Ne lui cherchons pas des failles dans son CV. Ça ne rime à rien. Sur la question économique, les grandes théories ne valent pas grand-chose face à la stabilité, à la confiance et à la visibilité. Sur les problèmes de société, qui mieux qu’une femme en serait sensible. Sur les affaires de politique étrangère, le tout se joue sur notre façon de communiquer. Pour ce qui en est de « la démocratie naissante « , le Président la tient par la main. Il n’y a pas à s’en soucier. Pour le reste, même si par malheur, il y aurait un séisme, la nouvelle cheffe du Gouvernement semble bien outillée. Bon vent, Madame ». Connaisseur ayant beaucoup côtoyé les grosses têtes de ce pays, Samir Marrakchi estime quec’est un« Bon choix du chef du gouvernement. En se basant sur son CV, elle est la mieux armée de tous ceux qui l’ont précédée depuis 2011. Et elle a l’avantage d’être une femme sérieuse et travailleuse. Bon vent et bon courage ».
De son côté, l’ambassadeur Karim Jamoussi rappelle à juste titre que «en Tunisie, 67% des Doctorants sont des Femmes. 68% des Diplômés du Supérieur sont des Femmes. 71% des Etudiants en Master sont des Femmes… Quoi de plus normal que d’avoir une Femme Tunisienne Cheffe du Gouvernement. Bonne chance à Nejla Bouden et bravo à la valeureuse Femme Tunisienne ». Ancien patron des patrons et qui en a vu des vertes et pas mûres en matière de CDG, dont il avait côtoyé un grand nombre, que « Mme Nejla Bouden Romdhane cheffe du Gouvernement Tunisien. Elle va réussir parce que c’est une femme et apolitique, elle n’a pas le droit à l’échec et toute la Nation doit l’aider ». Et pour la blague réaliste, notons ce postillon de l’ancienne député Sabrine Goubantini qui se demandait sur le respect de quoi vont jurer les prochains membres du gouvernement. La Constitution gelée, ou l’article 117 du président Kais Saïed ?
Sur LinkedIn, un autre réseau social plus professionnel, Mostafa Atamnia, « Legal Counsel looking for new challenges » estimait qu’ « elle est la première femme Premier ministre du monde arabe. C’est une journée historique en Tunisie et dans la région. Je suis sa réussite dans cet environnement très toxique, et je suis sûr qu’elle réussira là où beaucoup d’autres n’ont pas pu trouver le bon chemin pour sauver la Tunisie du chaos et des nombreuses crises politiques ».
- La presse française, entre scepticisme et misogynie
Sur la presse française, et comme d’habitude, c’est plutôt le dénigrement. « Kais Saïed flatte ainsi la classe populaire et les conservateurs – Kairouan est considérée comme la quatrième ville sainte de l’islam », estime le quotidien français Le Figaro dans son édition du 30 septembre 2021, commentant la nomination de celle que beaucoup de Tunisiens ont vite appelée « Angela Bouden » dans une traduction à la tunisienne du prénom de Nejla. Citant Selim Kharrat, membre de l’ONG al-Bawsala, qui surveille les politiques publiques, le journal écrit que « il n’était pas question pour Kais Saïed de prendre quelqu’un qui tentera de discuter son autorité. C’est une véritable allégeance qu’il cherche. Le fait qu’elle soit inconnue est également important. C’est un gage de propreté politique du point de vue du président. ».
Ce journal reste pourtant, presque objectif. Plus misogyne, à l’instar de la majorité des Français lorsqu’il s’agit de chefs d’Etat ou de gouvernements (On se rappelle ce qu’avait dû endurer Edith Cresson, unique premier ministre français du 15 mai 1991 au 2 avril 1992), Vincent Hervouet, commentateur politique sur la radio Europe1, disait, ce jeudi 30 septembre 2021 dans une chronique intitulée « Une femme Premier ministre, un tour de passe-passe un peu trop facile », et sur un ton qui cachait mal sa dérision, que « personne ne la connaissait, en dehors de sa famille et son bureau. Elle incarne désormais l’espoir et la dignité de la moitié du monde arabe, c’est-à-dire les petites filles, les femmes et les vieilles dames (…). Et le plus extraordinaire, c’est que cette inconnue est ordinaire. Son CV ressemble à un portrait-robot ».
La chaîne TV française « France 24 » qui a préféré citer Slaheddine Jourchi, généralement proche d’Ennahdha, qui disait à l’AFP que « quand on regarde le CV de cette dame, qui est géologue, sans autres spécialisations ni expérience dans des rôles sensibles, je ne sais pas dans quelle mesure elle saura s’attaquer à des problèmes énormes et complexes ».
Consultant en appui à la gestion, Mustapha Boubaya écrit sur le même réseau que « elle semble avoir lu toute la vérité du paysage, avant d’avoir pris le risque d’accepter la fonction. Maintenant, le Président n’a pas intérêt à ce qu’elle échoue. C’est sa dernière carte … à jouer »









Bonnes chances à la nouvelle cheffe de gouvernement et à tous les tunisiens qui espèrent voir le peuple au travail productif dans des ambiances différentes de celles des années 2011-2021. Des ambiances qui étaient marquées par l’anarchie et par l’irrespect des uns les autres et des lois divines et humaines. Des ambiances qui étaient marquées par l’impunité, par la corruption et par la fuite des capitaux financiers et humains.
1- J’espère que la stratégie qui s’annonce, s’oriente vers l’augmentation et la restauration des puissances intellectuelles et corporelles des Tunisiens, à savoir les différents types d’enseignements et la santé publique (physique et psychique).
2- J’espère qu’elle s’oriente vers le meilleur usage du temps au travail et en dehors du travail conventionnel.
Des lois méritent d’être mises en places pour juger ceux qui gaspillent le temps des tunisiens y compris celles de la circulation routière et sans perdre de vue le temps perdu en attendant le passage d’une personnalité politique. Le temps est d’une grande valeur et d’une première importance pour les pays veulent se développer et qui comptent sur leurs énergies humaines.
Aux années 70, les japonais comptaient les secondes et les dixièmes de secondes perdues aux circulations routières en vue d’économiser le carburant et de diminuer la pollution dans les villes. Il est vivement conseillé de prendre les avis des architectes, des urbanistes, des ingénieurs spécialisés et ceux des experts.
3- J’espère que la stratégie s’oriente vers l’amélioration du rendement individuel et collectif de la population au travail productif des richesses matérielles et immatérielles. Une confiance mutuelle est indispensable et à établir dans les plus bref délais. Des sourires sincères et significatifs sont fort bien appréciables de la part des politiciens et hauts responsables afin de dégager les tensions et la peur réelle ou imaginaire. Il faut faciliter l’évacuation des frustrations. Le Tunisien est de nature souriant, joyeux et ce, malgré la pauvreté matérielle de l’écrasante population.
Il est vivement souhaitable de développer le sport, les arts et les loisirs mérités, pour tous et aux moindres couts.
Rien ne se fait sans stratégie et sans ouverture sincère des responsables politiques et économiques sur les aspirations d’un peuple essoufflé depuis 2011. La facture de la démocratie dit-on ? Il nous reste une autre facture à régler. Celle nécessaire pour libérer nos ressources humaines et fossiles de la domination des colons et ce avec des moyens juridiques et pacifiques courageuses.
Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme (Mr.Lavoisier). Ne faut- il pas être conscient de nos transformations sociales, culturelles et économiques ?
« Le chien aboie et la caravane passe », Messieurs du Figaro.