La vidéo de l’audience du chef de l’Etat, le 4 octobre 2021, avec Youssef Bouzakher, président du conseil supérieur de la magistrature, a été supprimée de la page de la Présidence. Mais elle tourne encore sur plus d’une page des réseaux sociaux. Tout comme celle de la cheffe du gouvernement, où le chef de la magistrature suprême avait tenu les mêmes propos.
La présidence de la République n’a fourni donné aucune explication sur cette disparition des deux vidéos, qui semblait faire suite au démenti officiel de TV5 au sujet du nombre de 1,8 million de manifestants pro-Saïed. Un crédo qu’il répétait lui-même fièrement au cours de cette audience, comme pour essayer de démontrer que le peuple est avec lui et l’amener à suivre le mouvement populaire. Réellement une fausse information telle que le démontre TV5Monde (On va bien sûr dire que la presse française mentirait encore), qu’il avait aussi triomphalement répétée devant sa cheffe de gouvernement Nejla Bouden, qui ne cachait pas sa joie et présentait ses félicitations à son chef de tout l’Etat.

- Une justice, pas toujours acquise «القضاء موش مضمون»
Devant le président du conseil supérieur de la magistrature, par ailleurs précédée par une audience accordée au président de la Cour des Comptes, Kais Saïed était en colère, et cela était très perceptible dans le ton de sa voix. En colère contre une certaine justice. « Il n’est pas possible de concrétiser les aspirations des citoyens, sans une justice équitable (…). Et il est impossible de purifier le pays, sans purifier la justice, et le peuple veut la purification du pays, et la justice doit jouer le rôle historique qui est le sien dans cette étape, pour la purification du pays », disait le chef de tout l’Etat tunisien sur un ton, tout aussi belliqueux que contrarié de voir la justice ne pas le suivre sur ce sentier escarpé de l’épuration professionnelle.
Et Kais Saïed, obligé de remarquer après plus de 2 mois de son 25 juillet 2021 que la justice ne lui est pas garantie, de hausser un peu plus le ton, passant de l’appel au sermon, presqu’à la colère et à la rage. « Il n’est pas possible de s’abriter derrière quelques procédures ou règles qui font l’objet de détournement, pour ne pas arrêter ceux qui ont commis des crimes contre les Tunisiens », disait-il, le maintien sévère face au patron des juges qu’il toisait presque du regard.
Et Saïed de tanner encore un Bouzakher silencieux, les mains croisées sur son fauteuil, et l’expression cachée par son masque sanitaire, en ajoutant que « il n’est pas possible que les dossiers croupissent t pendant des années dans les tiroirs (des tribunaux), car il y a un nombre de parties qui s’étaient infiltrées dans le corps de la justice, comme le ferait un cancer. Il y a des criminels qui s’infiltrent dans les palais de justice, nombre de circonscriptions dans les quatre coins du pays ».
Le chef de tout l’Etat prend même à témoin le juge Bouzakher, en lui disant que « vous le savez, et tous les juges le savent, le Parquet est censé s’autosaisir de ces affaires, dès prise de connaissance ». Ce qu’il ne fait que pour les petites affaires, et ce que lui reproche ainsi Kais Saïed qui regretterait presque de n’avoir pas pris le Parquet aussi sous son bras.
- Un réquisitoire, loin d’être injustifié
Rappelons-le, Kais Saïed avait essayé de prendre, parmi le bouquet de pouvoir qu’il s’était octroyés le 25 juillet 2021, le Parquet et l’avait alors annoncé. Il semblerait pourtant qu’il se soit, ou qu’on l’en ait dissuadé. Toujours est-il que cela sera sucré par la suite du Read-Out officiel de la déclaration du 25 juillet.
Le réquisitoire du chef de tout l’Etat contre le système judiciaire est ainsi lourd de mots en accusations crues et directes, et de sens aussi. Il n’en traduit pas moins un état de fait, et si besoin est, confirmé par des affaires comme celles du juge Béchir Akremi et Taïeb Rached, tous deux placés en résidence surveillée depuis fin juillet 2021, et tous deux faisant l’objet de lourdes accusations dans un rapport de l’inspection du ministère de la Justice. A cela, s’ajoutent les tout aussi lourds dossiers des assassinats politiques de Chokri Belaïd et de Mohamed Brahmi. Deux dossiers qui font toujours l’objet d’éternels renvois.
Et la justice est ainsi restée non acquise au chef de tout l’Etat, contrairement à la police et à l’armée. Un état de fait, qui hypothèque lourdement la concrétisation de ce que réclame « Achaâb Yourid » de Saïed. Et un état de fait, dont il ne peut que parler, certes avec des mots clairement accusateurs, mais sans plus. Depuis 2011, et même après le 25 juillet, la justice fait ce qu’elle veut, ou peut-être ce qu’elle peut. Planté en plein centre de l’avenue Bourguiba, l’historien, économiste, démographe, précurseur de la sociologie et homme d’État d’origine arabe, Abderrahmane Ibn Khaldoun criait toujours ce matin que « la justice est le fondement de toute civilisation العدل أساس العمران ». Vainement dans un pays d’autistes !









La justice est divisée, il y a les corrompus et il y a les juges honnêtes et sincères « Chourafa ». Alors, il faut travailler avec les juges propres et honnêttes, les autres dans le frigos pour le moment avec suspension de leurs avantages en les controlant. On recrute de nouvelles candidatures juristes jeunes et patriotes avec le redéploiment des fonctionnaires de la justice avec une formation militaire. Les affaires lourdes comme le dossier des assassinats et des criminels seront transférés à la justice militaire y compris ceux des juges corrompus.
Le nettoyage de la justice est une demande formelle « de Chaab yourid ». La tâche n’est pas facile mais il faut commencer et donner un bon signal au peuple et au bailleurs de fonds.
Dieu avec vous monsieur le Président KS, et nous aussi avec vous pour continuer votre oeuvre à la bourguibienne.