La Tunisie de Kais Saïed vit depuis quelques jours une grave crise de carburants dans le silence assourdissant de tout l’Exécutif, dont une partie a été vilipendée sur les réseaux sociaux pour s’être déplacée pour une foire, avec force cortèges, alors que le citoyen lambda louvoie entre une station-service et une autre à la recherche d’un litre d’essence. Le manque de carburant devient même depuis quelques jours en Tunisie, un motif valable d’absence du travail.
Caustiques, les réseaux sociaux tunisiens disent s’attendre désormais à une prochaine visite de Kais Saïed à Médenine, où il s’arrêterait en bord de chemin sur la route menant à la frontière avec la Libye pour y faire le plein pour son cortège de gardes du corps, chez les contrebandiers de l’essence, et faire la démonstration que l’essence y est moins chère, et que toute la crise des carburants n’est que complotisme.

Et c’est dans le pays du « bonheur intérieur brut », expression utilisée il y a quelques mois par le chef de tout l’Etat tunisien pour critiquer les agences de rating et leurs prévisions en matière de PIB, que la colère gronde. L’exemple de Bizerte, où le Maire de la ville a refusé de parer la ville de décoration pour célébrer la fête de l’Evacuation, considérant cela comme des dépenses de mauvaise gestion dans l’actuelle conjoncture économique et financière que vit la Tunisie, est à plus d’un titre édifiant.
- La gabegie des déclarations contradictoires
Une crise, aggravée par les déclarations contradictoires des responsables, tant en amont qu’en aval, du secteur. Le 10 octobre 2022, la chargée de Com du MIME (ministère de l’Industrie, des mines et de l’énergie) déclarait que « il n’y a pas, et il n’y aura pas de pénurie de carburants » (ar). Le même jour, le SG de la fédération syndicale du pétrole à l’UGTT, déclarait que « le stock stratégique est désormais de 7 jours après avoir été de deux mois » (ar).
Deux jours plus tard, la Pdg de la Stir, Fakhta Mahouachi qui ne parle que sur ordonnance, confirmait presque cela en indiquant sur l’une des radios privées, que « le stock stratégique est à son niveau le plus bas (ar) ». Elle expliquera, sur une autre radio de la place, que « des circonstances, internes et exogènes, ont poussé le pays à puiser dans ses stocks », promettant une amélioration dans les prochains 24 heures après déchargement d’un tanker à Bizerte (ar). Déchargement qui se fera avec du retard, selon les dires du Pdg de la SNDP (Distributeur public de carburants). Le 13 octobre, la ministre Neila Gounji promettait pourtant trois tankers de pétrole en route vers la Tunisie (ar)
Une journée auparavant, le 12 octobre 2022, le SG de la fédération du pétrole de l’UGTT promettait la fin de la crise le jour-même, celui où la chambre syndicale patronale des stations-services affirmait que « la crise n’est pas terminée » et que « les quantités distribuées seront écoulées en une heure de temps (ar) ».
- Qu’est ce qui est certain ?
La grande certitude, est que s’il y a crise, elle est d’abord de communication, dans un pays ignorant toute notion de communication de crise, et où les dirigeants directs du pays, chef de tout l’Etat et cheffe de gouvernement, ne disent rien, et au mieux ne disent pas tout.
Kais Saïed n’a en tête que ceux qui complotent, contre lui et l’Etat, et se préoccupe plus de ceux qui utilisent les voitures de fonction pour assister à des réunions de l’opposition, que de l’état des réserves en carburants ou autre. Et s’il lui arrivait de s’en préoccuper, il refuse d’en parler ou de laisser sa cheffe de gouvernement le faire.
A la Kasbah, c’est au compte-gouttes pour les ministres, et l’absence de toute coordination préalable pour le reste des second-couteaux qu’on jette dans la cage des lions des radios et autres plateaux TV. Le résultat est une gabegie indescriptible, qui ne fait qu’attiser les anticipations du consommateur.
L’autre certitude, est que l’Etat ne dispose pas toujours à temps pour acheter des carburants, pour combler son déficit d’infrastructures de stockage et encore moins pour les achats en anticipation de crise. Et la dernière certitude, et non des moindre, est que quelque part quelqu’un est en train de mentir au peuple. Et cela rappelle les paroles de cette chanson de Maurane, où elle dit « Mentir, il te faut mentir. Étrange plaisir à tous les temps. Mentir pour nous étourdir, nous trahir. Mais si gentiment. Mentir, tu n’es qu’un enfant. Tu veux te grandir mais tu mens. Mentir sans en rougir. N’importe comment. Oui tu mens, tu mens, tu mens ».








