L’expert auprès du département des études de l’Union générale tunisienne du travail, Abderrahmane Lahqua, a estimé nécessaire d’engager un dialogue social sur la réforme du système des subventions des carburants afin que le gouvernement ne se trouve pas en face de mouvements de protestation sociale en procédant de manière unilatérale à la mise en application de sa politique de suppression des subventions.
Dans des interventions à une rencontre sur le sujet, organisée par l’Observatoire tunisien de l’économie, l’expert Lahqua a indiqué qu’il y a un accord sur la nécessité d’introduire des réformes au système des subventions des carburants, compte tenu de la conjoncture économique et financière difficile que vit la Tunisie, insistant, cependant, sur l’importance de faire en sorte que cette réforme soit rationnelle.
Le gouvernement a en effet décidé, dans le cadre du Programme de Réformes Nationales, d’appliquer progressivement le régime des prix réels et la libéralisation de l’importation des carburants, lorsque ce niveau sera atteint, tout en maintenant le rôle dévolu à la STIR dans la garantie de l’approvisionnement et l’augmentation de la capacité du stockage, parallèlement à la rationalisation de la consommation des carburants.
Le gouvernement a convenu, en outre, de la révision du prix des bouteilles de gaz GPL à usage domestique de manière à parvenir en 2026 à l’application du régime des prix réels dans ce domaine également.
Selon le rapport présenté par l’Observatoire tunisien de l’économie, le gouvernement a procédé au relèvement des prix des carburants à hauteur de 15,9% en 2022 et ce taux aurait été 41% fin décembre 2022 en appliquant le système de l’augmentation automatique en fonction de l’augmentation des cours mondiaux du pétrole.
Un engagement vieux de bientôt une décennie
L’engagement du gouvernement à procéder au relèvement progressif des prix des carburants précédait le conflit russo-ukrainien et remontait à 2013 et il avait été pris de concert avec le FMI, a dit l’expert Abderrahamane Lahqua, ajoutant que le rapport de présentation de la loi de finances 2022 stipulait, néanmoins, que le taux maximum de chaque augmentation ne devrait pas dépasser 3% tandis que le gouvernement a relevé les prix de 5% en avril dernier2022.
Au nombre des carburants concernés par la suppression des subventions figure le fuel ou gazoil, le carburant le plus utilisé en Tunisie (59%). Selon le rapport de l’Observatoire, en cas d’application de l’augmentation automatique, le prix du gazoil aurait grimpé à 2153 millimes en décembre 2022.
Un dirigeant de l’Organisation de défense du consommateur, Mohamed Zarrouk, a demandé au gouvernement de dévoiler, dans le détail, le programme qu’il compte suivre concernant la suppression progressive des subventions sur les carburants, mettant l’accent sur la nécessité d’orienter la subvention à ceux qui la méritent, en raison de leurs revenus faibles.
Charge lourde
Les dépenses consenties à titre de subventions à travers la Caisse générale de compensation ont augmenté, en effet, de 51% au cours du premier semestre de 2022 par rapport à la même période de 2021, atteignant 2,1 milliards dinars. La charge est très lourde. Les subventions des carburants accaparent 67% du volume global des subventions supportées par le budget de l’Etat.
Toutefois, Mohamed Zarrouk a mis l’accent sur la nécessité de prendre en considération les répercussions de la suppression des subventions des carburants sur les secteurs de production et des services rappelant que 90% des produits vendus sur le marché tunisien sont libres et n’obéissent pas à la procédure de la fixation des prix.
Des révisions des prix des produits pétroliers et de la bonbonne de gaz ont été opérées au mois de septembre 2022 au motif que les cours mondiaux du pétrole ont augmenté, dans le sillage du confit russo-ukrainien et les perturbations vécues par les marchés de l’énergie.
Les nouveaux prix ont été fixés à 2400 millimes pour le litre de l’essence super sans plomb, soit une augmentation de 70 millimes, et à 2080 millimes pour le litre du gazoil sans soufre, soit un relèvement de l’ordre de 70 millimes.
Le prix de la bouteille de gaz GPL à usage domestique est passé à 8800 millimes, sachant que ce prix était inchangé depuis 2010.
S.B.H








