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Le vol des médicaments saigne à blanc le budget de l’Etat alloué aux hôpitaux publics

Le vol de médicaments dans les hôpitaux publics est estimé à environ 100 millions de dinars, mis à part la contrebande qui cause des pertes d’environ 600 millions de dinars. De nombreux réseaux et gangs spécialisés dans le vol de médicaments ont été démasqués ces dernières années, dont certains sont dirigés par des médecins et des employés du ministère de la Santé.

Le manque de médicaments est devenu un problème auquel les patients sont quotidiennement confrontés, alors que le gouvernement alloue des fonds énormes pour fournir au marché ce dont il a besoin, sachant que le coût des médicaments consommés en Tunisie au cours de l’année 2021 était estimé à 2,9 milliards de dinars.

Concernant ce sujet, le directeur du département de pharmacie et des médicaments au sein du ministère de la Santé Abderrazak Hedhili, a déclaré à « African Manager » que plusieurs mesures seront adoptées pour enrayer un phénomène qui s’est largement répandu dans les établissements de santé publique, tel que la numérisation de tous les services de santé, notamment  celle de la distribution des médicaments, notant que ce dossier figure parmi les priorités du ministère.

Il a précisé les actes de subtilisation  enregistrés visent notamment les drogues et les médicaments classés comme « substances psychotropes » auxquels l’Etat alloue annuellement des fonds énormes, sachant que les dettes des hôpitaux publics envers la pharmacie centrale atteignent 1,2 milliards de dinars.

Il a estimé que le « monopole » de la pharmacie centrale dans  l’approvisionnement en médicaments a évité le phénomène du « marché noir », puisque la PCTe a l’exclusivité de l’approvisionnement en médicaments, et l’approvisionnement régulier en médicaments importés  au niveau du marché tunisien, ainsi que la distribution du matériels nécessaires dans le domaine de la médecine humaine et vétérinaire aux différentes autorités sanitaires publiques et parapubliques publiques et privées.

L’instance nationale de lutte contre la corruption INLUCC affirme que les solutions aux problèmes du secteur de la santé ne consistent pas dans l’injection de fonds, mais dans la bonne gouvernance du secteur et dans le renforcement de la surveillance pour éviter l’impunité.

Chiffres alarmants

La Cour des comptes a révélé dans son trentième rapport un nombre alarmant d’inconduites dans le système du médicament dans les établissements publics, où la prise en charge des  patients inéligibles  aux soins dans les deux cliniques de la Caisse nationale de sécurité sociale (Al Omrane et cité khadhra)  a induit des dépenses indues estimées à 640 mille dinars environ durant la période 2010-2015.

En effet, ces deux cliniques prennent en charge un certain nombre de patients (29 % à la clinique d’Al-Omran et 26 % à la clinique d’Al-Khadra) en utilisant des identifiants des assurés sociaux qui ne figurent pas dans les dossiers de la caisse, en plus de débourser 183 millions de dinars pour leurs médicaments entre 2010 et 2015.

Pour ce qui de la valeur de la distribution de médicaments en utilisant des identifiants des assurés sociaux décédés, elle  s’ est élevée  à environ 11,3 millions de dinars.

Le 30ème  rapport de la Cour des comptes a relevé  des irrégularités  dans les procédures d’exécution des prescriptions médicales, ce qui a engendré un risque élevé de délivrance illégale de médicaments.

La solution réside dans la numérisation

Globalement, le responsable estime que « nous n’avons pas d’autres choix que la numérisation pour sévir contre  les vols ».

Il a, également, indiqué que la Tunisie couvre actuellement 54 % de ses besoins en médicaments grâce à l’industrie locale et s’emploie à porter ce taux à 80 % d’ici 2030, soulignant que l’industrie pharmaceutique s’est considérablement développée ces dernières années, sachant que le secteur comprend aujourd’hui 47 unités industrielles,  employant environ 9 000 emplois contre 6 000  en 2013.

L’industrie pharmaceutique  constitue un  grand acquis pour la Tunisie, qui exporte des médicaments vers 19 pays, dont des pays européens, et nous avons 5 laboratoires tunisiens qui sont au même niveau des laboratoires étrangers, selon les dires de Abderrazak Hedhili.

S’agissant de la valeur des exportations pharmaceutiques, elle a été estimée à 280 millions de dinars au cours de l’année 2021, et des efforts  sont en cours pour porter ce chiffre à un milliard de dinars.

Parallèlement, l’objectif est de développer le taux de production de 15 % par an, et d’augmenter le nombre du chiffre d’affaires à 3000 millions de dinars d’ici 2030.

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