AccueilLa UNEDécrispation dans la volaille. Pourvu que ça dure

Décrispation dans la volaille. Pourvu que ça dure

Signe d’une certaine décrispation, après les dérives de l’été, le kg de la viande de poulet « pac » (poulet entier prêt à la consommation) est proposé, jeudi 10 novembre, dans les supermarchés de la capitale Tunis, à 7 dinars 800, soit le prix convenu, au mois de septembre entre l’administration et la profession.

L’escalope de dinde reste néanmoins chère, avec 18 dinars 200, tandis que les cuisses de dinde sont vendues à 9 dinars environ. L’accord fixait le kg de l’escalope à 15 dinars 950. Cet article avait frôlé les 20 dinars, au moment où les prix des viandes rouges (bovine et ovine) avaient grimpé à des niveaux prohibitifs, atteignant plus de 32 dinars le kg. Actuellement, les viandes rouges sont vendues à 35 dinars le kg.

Au mois de janvier 2022, le prix du kg de poulet s’élevait à 6 dinars 125 tandis que le kg d’escalope s’élevait à 11 dinars 800, contre 7 dinars 350 pour les cuisses de dinde.

Justement, depuis longtemps, face au renchérissement exorbitant des prix des poissons et devant les hausses continues des prix des viandes rouges, la viande de poulet et de dinde, dites « viandes blanches », sont devenues le seul recours des tunisiens pour manger de la viande, principale base d’alimentation des hommes depuis leur apparition sur terre.

Réduits, ainsi, à leurs dernières extrémités, les tunisiens ont été outrés par les dérives enregistrées en été par les prix des viandes blanches, ce qui a décidé l’administration à intervenir afin de calmer le jeu.

  • Bataille rangée

Toutefois, la décrispation semble n’être qu’une accalmie. Les divers intervenants dans la chaîne de production et de consommation ne cessent de s’accuser mutuellement, à coup de communiqués, de la hausse des prix.

Les aviculteurs, petits éleveurs et grandes sociétés industrialisées, imputent les problèmes aux fabricants des aliments pour bétail et pour volailles alors que ces derniers récusent toute responsabilité. Selon les producteurs, les prix élevés et sans cesse en augmentation des aliments pour bétail sont à l‘origine de l’augmentation des coûts de production et par voie de conséquence des prix.

De leur côté, les fabricants des aliments pour bétail rappellent que les prix sont gelés depuis le mois de mai et revendiquent, au contraire, leur majoration, vu que les aliments pour bétail sont composés de matières premières importées, dont le maïs qui ont vu leurs cours mondiaux augmenter considérablement, cette année. Pourtant, l’orge tunisien aurait pu très bien remplacer le maïs.

 Brahim Nefzaoui, président de la Chambre nationale du commerce en détail de volailles, a accusé, au mois d’août dernier, les grandes sociétés de production d’être à l’origine des hausses, soulignant que ces sociétés ont procédé à une augmentation de trois dinars par kilogramme vendu aux commerçants du détail de sorte que les prix de vente au détail ont augmenté de 25%, du jour au lendemain.

Nefzaoui a indiqué que les grandes sociétés de production ont baissé en outre les quantités du poulet prêt à la consommation de 12 à 8 mille tonnes, ce qui signifie l’existence d’une manœuvre de spéculation, selon ses dires. Il a même parlé de gens qui veulent affamer les citoyens.

Les services administratifs ont reconnu, d’ailleurs, officiellement l’existence de spéculateurs signalant que des dossiers dans ce sens ont été transmis à la justice.

  • Redressement

Quoiqu’il en soit, des voix se sont élevées pour déplorer l’état de crise grave dans laquelle se trouve réduit, de nos jours, le secteur de l’aviculture et de l’élevage des volailles, autrefois un fleuron de l’économie tunisienne.

Le secteur avicole représente 33% de la production animale, 12% de la production agricole, 59% de la production de viande et offre 15000 emplois. Or, la grande menace est de voir la Tunisie, passer de grand producteur en importateur, dans ce domaine, et connaitre le sort de plusieurs autres pays africains.

Un récent rapport de presse écrit à ce sujet que la viande de volaille congelée importée d’Europe, du Brésil ou des États-Unis inonde les marchés africains depuis une dizaine d’années. Près de 2 millions de tonnes de ces bas morceaux sont vendus chaque année sur les étals du continent à des prix bradés, entre deux et quatre fois moins élevés que ceux de la volaille fraîche locale. Dans certains pays, les produits importés ont quasiment tué la production nationale.

Avec le nouvel intérêt prêté par le gouvernement tunisien actuel au marché africain, la demande africaine en viandes de volailles, en accroissement continu, devrait constituer une incitation à œuvrer sérieusement au redressement de l’aviculture tunisienne.

S.B.H

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