Mettant fin à un épisode casanier qui n’aura que trop duré, le président de la République, Kais Saied, enchaîne, en ce mois de décembre, les déplacements utiles voire indispensables, lui permettant au moins de se faire connaître auprès des ses homologues du monde arabe et d’Afrique. Il sera du 13 au 15 de ce mois à Washington où il rejoint plus de 45 chefs d’Etat et de gouvernement et des délégations africaines de haut niveau pour discuter des moyens permettant de revitaliser les relations américaines avec le continent.
Mais il ne doit pas s’attendre à une rencontre en tête-à-tête avec le président Joe Biden, qui l’a invité à cette grand-messe, pas plus d’ailleurs que tous les autres hôtes, les responsables américains ayant déclaré qu’il n’était pas prévu pour l’instant que le Chef de la Maison blanche tienne une séance bilatérale avec un seul dirigeant africain. Pourtant, beaucoup parmi la cinquantaine de dirigeants invités souhaitent montrer à leurs peuples qu’ils sont dans les bonnes grâces du chef de l’Exécutif américain.
Bien que de telles rencontres puissent être organisées dans les jours à venir, notamment dans le cadre de discussions moins formelles appelées « pull-asides », l’absence de plans concrets contraste fortement avec la manière dont l’administration Biden a organisé d’autres réunions, selon d’anciens responsables américains. Cela pourrait également amener les dirigeants africains qui parcourent des milliers de kilomètres à conclure que les États-Unis ne se soucient pas de leurs pays autant que la Chine, et qu’ils préfèrent les traiter comme un bloc plutôt que comme des gouvernements individuels.
Un déclin à inverser
Donc point ou peu de place pour les relations strictement bilatérales, s’agissant surtout de Kais Saied dont les propos, faits et gestes ont rarement eu l’heur de lui valoir les aménités de l’Administration Biden, ni, du reste, de certains ténors du Capitole, comme en témoignent les remontrances, tantôt brutes, tantôt à fleurets mouchetés qui lui sont faites à propos des décisions qu’il se fait fort de prendre depuis le 25 juillet 2011.
Le fait est que cet épisode sera sans aucun doute mis sous le boisseau, pour que l’essentiel soit axé les objectifs que Joe Biden a assignés à grand rassemblement qui vient dans la foulée du Sommet sino-arabe et beaucoup plus de la guerre russo-ukrainienne.
C’est que la course internationale aux intérêts militaires, commerciaux et diplomatiques en Afrique, longtemps dominée par la Chine, s’est étendue ces dernières années à d’autres puissances comme la Russie, la Turquie et les Émirats arabes unis. Dans cette compétition intense, les États-Unis sont souvent restés à la traîne, selon les analystes – un déclin que l’administration Biden espère inverser avec ce sommet des leaders américano-africains qui débute mardi.
Selon les responsables de la Maison Blanche, cités par Bloomberg, cette rencontre comprendra de nouvelles initiatives et des accords commerciaux, mais les dirigeants africains ont pris l’habitude d’être courtisés par des prétendants étrangers, et Washington est une étape de ce qui est devenu un circuit mondial de sommets africains organisés par la Chine, la Russie, la Turquie, la France, le Japon et l’Union européenne.
« Les États-Unis ont traditionnellement considéré l’Afrique comme un problème à résoudre », a déclaré Murithi Mutiga, directeur Afrique à l’International Crisis Group. « Mais ses concurrents voient l’Afrique comme un lieu d’opportunités, ce qui explique leur avance ». On ne sait pas si cette conférence va changer cela. »
Las Africains veulent être entendus
« Quand nous parlons, nous ne sommes souvent pas écoutés, ou en tout cas, pas avec assez d’intérêt », a déclaré le président sénégalais Macky Sall, qui préside l’Union africaine, dans une interview à Dakar jeudi dernier. « C’est cela que nous voulons changer. Et que personne ne nous dise non, ne travaillez pas avec untel ou untel, mais travaillez avec nous. Nous voulons travailler et commercer avec tout le monde. »
Beaucoup de choses ont changé depuis le premier sommet États-Unis-Afrique, organisé par le président Barack Obama en 2014. Le commerce chinois avec l’Afrique n’a cessé de croître – atteignant l’an dernier le chiffre record de 261 milliards de dollars – tout comme les dettes des pays africains envers la Chine. En revanche, le commerce américain avec l’Afrique s’est réduit à 64 milliards de dollars, soit à peine 1,1 % du commerce mondial des États-Unis.
La détermination des États-Unis à regagner l’influence perdue en Afrique sera mise à l’épreuve cette semaine lorsque des dizaines de dirigeants et de responsables du continent se réuniront pour trois jours de discussions avec leurs homologues américains à Washington.
L’une des principales priorités du sommet États-Unis-Afrique organisé par le président Joe Biden, qui vise à renforcer la coopération sur certains des problèmes les plus urgents du monde, sera de définir l’avenir de l’accès aux marchés.
La loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique, qui expire en 2025 et donne à une trentaine de pays africains un accès en franchise de droits à la première économie mondiale pour près de 7 000 produits, sera examinée lors du sommet de mardi et lors d’une réunion ultérieure avec les législateurs.








