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Les importations débordent sur la souveraineté

Enjambant la sphère de l’économie, les importations en Tunisie débordent sur la sphère de la souveraineté, à en juger par une étude intitulée « Cartographie des dépendances stratégiques de la Tunisie », réalisée par un collectif de spécialistes dont l’expert connu Abdelkader Boudrigua, professeur à l’Institut des Hautes Etudes Commerciales (HEC) de Carthage et présentée dernièrement  lors de la 36ème session des Journées de l’Entreprise.

Sur environ 5000 produits importés par la Tunisie, 361 représentant 24,3% de la valeur totale des importations tunisiennes en 2021 ont été identifiés par l’étude comme étant « des produits sensibles », c’est-à-dire des produits dont les sources d’importation sont concentrés sur un nombre réduit de pays. L’importation de 90% des besoins de la Tunisie en gaz naturel à partir de l’Algérie est un exemple connu de ces vulnérabilités inhérentes aux importations tunisiennes.

Cependant, l’étude a montré que 50% des importations tunisiennes proviennent d’un nombre réduit de pays dont la Chine, en première position, suivie par la France, l’Italie et la Turquie.

Or, lorsqu’il y a un peu plus d’un mois, les autorités tunisiennes au plus haut niveau avaient voulu endiguer le flot, leur initiative, légitimée par les règlements de l’Organisation mondiale du commerce, a provoqué un tollé général, à l’intérieur chez le patronat et à l’étranger, chez les partenaires européens plus spécialement.

Les autorités tunisiennes avaient même, un jour, décidé la suspension des importations à partir de la Turquie après avoir été constaté qu’elle n’importait rien de la Tunisie, contrairement à la France, par exemple, avec laquelle la balance commerciale tunisienne est excédentaire, c’est-à-dire que la France importe de la Tunisie plus qu’elle n’exporte, grâce aux nombreuses entreprises françaises opérant en Tunisie pour l’exportation.

Produits incontournables

Les autorités tunisiennes  ne peuvent pas ne pas être conscientes du problème,, mais comme pour beaucoup d’autres domaines, elles semblent impuissantes à trouver les solutions adéquates ou à les appliquer.

Aussi, malgré les refus signalés, motivés par la défense d’intérêts particuliers, les mesures de rationalisation des importations décidées en octobre ont été soutenues par plusieurs spécialistes indépendants. 

Justement, outre le gaz naturel qui ne saurait entamer les liens fraternels entre la Tunisie et l’Algérie, les produits qualifiés de « sensibles » concernent aussi les machines, les appareils électriques, mécaniques, ferroviaires parallèlement aux intrants de l’industrie textile, les articles  de l’industrie pétrochimique, l’agroalimentaire, le transport et les automobiles. Des secteurs vitaux, et incontournables et difficiles à s’en passer, à l’inverse des produits dits de luxe et autres produits de moindre importance.. 

 Les conclusions de cette Cartographie des dépendances stratégiques sont d’autant plus fiables et incitent, sérieusement, à la réflexion qu’elle les a fondées sur une analyse d’environ 5000 catégories de produits sur une période de 20 ans couvrant des données d’importation à partir de 197 pays.

Ainsi, parmi les 361 produits dits « sensibles », l’étude a identifié 26 produits dits « critiques », c’est-à-dire des produits sensibles à forte centralité, dépendant de l’offre mondiale monopolisée par quelques pays fournisseurs, tels que gaz naturel, polypropylène, transport. Ils représentent 9,1% de la valeur des importations tunisiennes.

Diversification

Représentant les fournisseurs  de 50% des importations tunisiennes, la Chine, la France, l’Italie et la Turquie sont  donc les principales sources de dépendance critique pour la Tunisie qui a le mérite et le privilège d’avoir choisi depuis l’indépendance  une politique étrangère fondée sur l’établissement des liens d’amitié et de coopération avec les divers pays du monde, ce qui l’a mis jusqu’à présent à l’abri des répercussions de cette vulnérabilité économique au niveau de la souveraineté nationale.

Néanmoins, l’argent n’a pas d’odeur. D’autant que le contexte international se fragilise constamment.

Aussi, pour lutter contre cette dépendance et ses risques sur la souveraineté, Abdelkader Boudrigua a préconisé la diversification des sources d’approvisionnement et d’importation de manière à éviter de se concentrer sur un nombre limité des pays en vue de garantir l’efficacité économique et réduire le coût.

Il a également, proposé d’accentuer la réflexion sur les industries et les technologies alternatives et de miser sur les énergies alternatives.

L’expert économique a souligné l’impératif de mettre en place des stratégies pour alléger les dangers à moyen terme, en vue d’éviter des destructions plausibles dans la chaîne des valeurs, faisant remarquer qu’il est important à long terme de mesurer les dangers avant de gérer toute question.

A cet égard, Boudrigua a recommandé d’utiliser les indicateurs contenus dans cette étude en vue de prévoir des scénarios économiques qui prennent en considération le danger provenant de la dépendance économique.

Il a relevé que ceci ne veut pas dire que la Tunisie se retire de sa stratégie d’ouverture et d’adhésion dans les chaînes de valeur mondiales car c’est une question obligatoire, mais de réfléchir aux dangers découlant de la dépendance économique en Tunisie, laquelle est estimée importante (10%) par rapport à titre d’exemple de celle des pays de l’Europe, où elle ne dépasse pas le 1% .

S.B.H

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