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Ancien ministre mélomane, il est désormais «Vega» et investit à Zarzis, en attendant Sbikha

On avait découvert cet économiste tunisien de Khniss (Gouvernorat de Monastir), désormais septuagénaire, banquier et mélomane, premier des ministres des Finances (MF) dans le gouvernement de l’après 2011.

Le piano qui trônait de son temps dans la salle d’audience du ministère, et qu’il avait même vainement essayé d’accorder, a disparu avec lui. On ne sait pas dans quel débarras public ce bien de l’Etat a fini sa vie, mais on sait que celui qui avait tenté de mettre en valeur ce patrimoine n’a pas baissé les bras pour le reste des idées qu’il avait essayé de promouvoir au MF.

On croyait qu’une fois parti du ministère des Finances, l’homme allait se consacrer à ses symphonies ou replonger dans ses dossiers de banquier au Maroc. C’était mal connaître ce précurseur du concept du « Business Angel » en Tunisie, ancien président de « Carthage Business Angel », ou de « Wiki-Startup » qui est un des premiers incubateurs privés tunisiens.

« En 2012, je me suis dit que tout cela, c’est bien beau, mais ce serait bien de commencer à aider les jeunes de ma famille à lancer leur propre Start-up », explique l’ancien ministre Jalloul Ayed dans une déclaration à Africanmanager. Et c’est ainsi qu’en 2013, Jalloul Ayed passe de la profession de sermon à l’acte et du rêve à la réalité, par la création de la 1ère Start-up technologique à Sousse avec Chawki Fria qui est un sien cousin et son frère Kamel qui s’occupe du Software. Et c’est sous la férule de l’oncle financier endurci que la Start-up grandira et passe en PME qui crée même une marque propre, « Vega, marque 100 % tunisienne » insiste-t-il avec fierté, et finit en groupe d’entreprises intégrées à Tunis. Jalloul Ayed fait, en fait, toujours de la musique, mais en projets industriels carrément !

  • Un « Family Business » à 40 MDT de CA

Le groupe Vega, qui veut dire, selon les origines, victoire pour les Anglais et vallée fertile pour les Espagnols, un nom bien choisi pour une entreprise industrielle qui traduit au concret l’idée d’une Tunisie plateforme pour l’export. Il conçoit et fabrique des produits technologiques comprenant des tablettes, des smartphones, des ordinateurs portables, des téléviseurs et une grande variété d’accessoires informatiques et qui lorgne sérieusement l’export. Il comprend une demi-douzaine d’entreprises, et reste pour l’instant un groupe familial, avec Malik Ben Ayed en charge du développement international,  Ramzi, le jumeau, qui s’occupe du partenariat avec Samsung, et les neveux Kamel et Chawki (DG du groupe) tous deux, fils d’un ancien général de l’armée de l’air en Tunisie.  

Le Groupe, industriel dans le High-tech et qui réalise déjà un chiffre d’affaires de 35 à 40 MDT, dont le fondateur n’oublie pas ses premiers pas en politique, se donne comme enseigne « la démocratisation de la technologie à travers des produits de bonne qualité mais à des prix accessibles et abordables ». Il développe également une large gamme de logiciels informatiques et d’outils de gestions (ERP, CRM…) en plus des applications mobiles, avec la filiale « Vega-Net ». Le Groupe a mis en place une filiale entièrement dédiée à l’innovation dans les domaines de la sécurité, des dispositifs de repérage GPS et de la téléphonie mobile. « Notre ambition est d’être présents aussi bien en Tunisie qu’à l’échelle internationale, ce qui traduit la volonté d’étendre son savoir-faire au-delà des frontières en offrant des produits et services innovants et compétitifs », pouvait-on apprendre sur son site Internet.

  • Des produits Samsung, à Zarzis, pour l’export

    Cela marchait bien, mais il manquait la scalabilité, mot qui veut dire la capacité d’une entreprise à produire plus et à générer des économie d’échelle. Ancien financier et donc fin négociateur, Jalloul Ayed prend contact avec les Makni de Maxwell, pour sous-traiter leur usine à Tunis, et lancer, un an plus tard, son premier produit en TV. Suivent ensuite les climatiseurs et les machines à laver pour la construction desquels l’ancien ministre devenu promoteur et qui y réussit, prévoit une usine propre à la Sbikha de Kairouan.

    C’est dans ce cadre qu’il faut interpréter l’accord signé il y a moins d’une semaine à Zarzis pour la création d’une unité de montage de produits Samsung en Tunisie dédiés à l’export vers les marchés libyen et africain à travers le parc d’activités économique de la région.

    Chawki Fria, DG du groupe, nous explique  que « Bayda-Tech », filiale du groupe Vega qui fabrique déjà les TV Samsung en Tunisie, est « un investissement de 6 MDT dans une première phase, qui devrait s’agrandir, si tout va bien, à 150 MDT, et qui entrera en production au mois de mai 2023 » avec des produits certifiés Google.

    Le groupe fait du montage, notamment pour la « Dalle » qui est en fait l’écran LCD importé de Chine, avec un taux d’intégration de 40 %, mais les cartes-mères qui sont des pièces maîtresses, sont entièrement fabriquées en Tunisie, en partenariat avec le groupe tunisien Sellami. Le groupe prépare par ailleurs le projet, dit de « la salle grise » pour l’assemblage de la Dalle, un investissement assez lourd (5 M €) pour le moment et non encore justifié par le marché, et qui le deviendra avec l’expansion à partir de Zarzis. 

    • Il garde pourtant le béguin de la politique, mais juste pour l’écrire, non plus la faire

    L’appétit de l’investisseur aiguisé par la réussite (lui il parle plutôt de l’exiguïté du marché local), le groupe qui a été sollicité par Samsung (Jalloul Ayed insiste pour préciser que c’est le groupe sud-coréen qui l’a fait et même préféré à la simple exécution d’une commande du groupe tunisien) après étude du marché, compliance et due-diligence pour un partenariat, pense désormais à l’export pour tirer le meilleur profit des infrastructures existantes, comme la zone franche de Zarzis où sera implantée la nouvelle usine du groupe, et d’évènement comme la Transsaharienne qui traverse la Tunisie. Et c’est dans ce cadre qu’il faut interpréter l’accord de partenariat stratégique et commercial avec Samsung qui saisit l’opportunité qu’offre la Tunisie en tant que plateforme pour l’Afrique et un pays en reconstruction comme la Libye.

    Le « Chairman » Ayed, comme on le disait plus haut, s’occupe des choses stratégiques certes, mais reste « infecté » par le virus de la politique et nous dit plancher depuis trois ans sur une nouvelle vision pour le pays dont il fera livre à publier. Il n’en dira pas plus, sauf que ce n’est pas dans un objectif politique, « car je l’ai quittée depuis longtemps et n’en suis plus attiré », mais « simplement histoire d’avoir bonne conscience, et pour répondre à ceux qui disent que l’élite prend ses distances et ne participe plus à la réflexion, et qu’on a des idées et des solutions aussi » !

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