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Comment les États-Unis peuvent-ils aider la Tunisie à faire face à sa crise des migrants?

Les réfugiés et les demandeurs d’asile  sont de plus nombreux à arriver en Tunisie, laquelle, pourtant,  ne dispose pas encore d’un cadre juridique national pour régir les questions d’asile et de réfugiés. Aussi,  la détermination du statut de réfugié est effectuée uniquement par le HCR dans le cadre de son mandat, ce qui permet à l’État de traiter les groupes de réfugiés sur une base ad hoc, régie par des incitations géopolitiques et diplomatiques plutôt que par des considérations humanitaires, estime  le think tank The New Lines Institute for Strategy and Policy, basé à Washington.

En 2020 et au cours de la première moitié de 2021, les conditions en Tunisie étaient suffisamment désastreuses pour que la migration depuis et vers la Tunisie atteigne des niveaux jamais vus depuis les mois qui ont suivi le printemps arabe. L’émigration des Tunisiens a grimpé en flèche au début de 2011, lorsque l’appareil de sécurité et les contrôles frontaliers de la Tunisie se sont effondrés pendant le Printemps arabe. Plus de 28 000 Tunisiens sont arrivés sur les côtes italiennes au cours du premier semestre 2011, contre seulement 1 700 par an de 2000 à 2010. Au cours de cette période, un exode de plus de 50 000 réfugiés de Libye a traversé la région sud-est de la Tunisie en raison de la guerre civile, une dynamique qui a persisté à une échelle moindre jusqu’à ce jour. 

La plupart des personnes qui ont quitté la Tunisie dans les mois précédant la crise politique actuelle étaient des migrants irréguliers motivés par l’interaction de trois crises en cours : la pandémie de COVID-19, une rapide récession économique et le pessimisme à l’égard des dirigeants politiques tunisiens. 

Des difficultés « inutiles »

Il tombe sous le sens que la  démocratisation n’a pas conduit à une expansion des droits des migrants et des réfugiés en Tunisie. Malgré les tentatives initiales de remplacer les politiques restrictives héritées de l’ancien régime, l’Etat  a mis en veilleuse la réforme libérale de la migration, car les demandes des migrants pour plus de droits se heurtaient aux intérêts de la sécurité européenne et à l’agenda politique intérieur de la Tunisie. Suite à l’auto-coup d’Etat de Saied, les réfugiés en Tunisie connaissent des niveaux élevés de pauvreté et de mécontentement envers le gouvernement tunisien et le HCR, note le groupe de réflexion.

De fait, les  réfugiés et les demandeurs d’asile en Tunisie sont confrontés à des difficultés inutiles lorsqu’ils tentent d’accéder à des protections telles que le logement et l’assurance maladie, qui devraient leur être accordées en raison de leur statut. Les réfugiés en Tunisie n’ont pas les droits qui seraient normalement accordés aux réfugiés dans la plupart des autres pays, et toute aide financière est souvent administrée après de longs délais. En outre, les réfugiés peinent à acquérir une stabilité économique en trouvant un emploi en Tunisie, car ils ne sont pas autorisés à travailler, hormis ce que le HCR appelle le « travail informel. » 

La cause de la migration de transit des personnes par la Tunisie peut être liée aux menaces de sécurité régionale associées aux routes de transit dans d’autres pays d’Afrique du Nord comme la Libye et l’Algérie. Depuis le début de l’année 2022, 87 % des migrants qui ont déclaré être passés par la Libye affirment avoir subi des formes graves de violence pendant leur détention. Un  afflux de réfugiés et de demandeurs d’asile en provenance de Libye et d’Afrique subsaharienne ayant l’intention d’embarquer pour l’Europe est acheminé via la Tunisie. 

Une fois que les migrants entrent en Tunisie, leurs perspectives sont limitées. Les demandeurs d’asile ne bénéficient d’aucune protection, et nombre d’entre eux ne sont pas en mesure d’enregistrer leur statut en raison des longs délais de traitement. Cette situation contribue à son tour à des problèmes tels que le chômage et le manque de logements et de soins de santé. Le gouvernement tunisien inflige également des amendes aux réfugiés en fonction de la durée de leur séjour irrégulier dans le pays.

En raison des retards de traitement du HCR, certains réfugiés sont bloqués en Tunisie dans l’attente d’être évacués depuis cinq à sept ans. Le chômage des jeunes a grimpé en flèche pour atteindre 40 %, ce qui pousse les gens à vouloir partir. Le voyage de la Tunisie vers l’Europe est plein de risques.

 Le rôle des Américains

Alors que l’Europe est aux prises avec ses conflits internes sur la migration, les Etats-Unis doivent concentrer leur attention sur la réduction des risques auxquels sont confrontés les migrants en Tunisie et en Afrique du Nord, recommande le News Line Institute. Les États-Unis devraient continuer à soutenir la Tunisie alors qu’elle jette les bases de la stabilité politique et de la prospérité économique, notamment en s’efforçant de renforcer la société civile et d’autonomiser les jeunes – le principal groupe démographique qui tente de partir en raison des niveaux élevés de chômage. Les migrants en Tunisie sont soumis à une variété de risques, y compris l’expulsion et l’accès limité aux services, principalement en raison de l’absence d’un système d’asile national formel. En soutenant la réforme économique qui peut créer des emplois, les États-Unis peuvent aider les réfugiés et les demandeurs d’asile en Tunisie à envisager un avenir durable pour eux là-bas.

Les personnes bloquées en Tunisie devraient recevoir une aide d’urgence, y compris les produits de première nécessité, et leurs droits inaliénables devraient être respectés sans tenir compte de toute autre considération. Nombre de ces réfugiés ont connu un voyage traumatisant. Une augmentation des services de santé mentale en Tunisie est nécessaire, et les États-Unis et les organisations humanitaires devraient soutenir des politiques inclusives qui permettent à tous les réfugiés d’accéder au marché du travail, au système de santé et à un chemin vers la résidence légale. 

L’amélioration de la situation des réfugiés et des demandeurs d’asile en Tunisie profite aux partenaires européens des Etats-Unis en diminuant le nombre de réfugiés qui y fuient. Alors que l’UE continue à faire face à des pressions migratoires croissantes, il est nécessaire que les États-Unis agissent comme un multiplicateur de force pour faire face à cette crise endémique et aux défis politiques et socio-économiques durables qui l’accompagnent. Une approche centrée sur les principes humanitaires ne profite pas seulement aux réfugiés et aux personnes déplacées vulnérables en Tunisie, mais elle renforcera également le dispositif de sécurité américano-européen en s’attaquant en partenariat au défi croissant de l’augmentation de la migration vers l’Europe, souligne le think tank.

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