AccueilLa UNEPlumée, la Tunisie sonde le Forum économique de Davos

Plumée, la Tunisie sonde le Forum économique de Davos

Une délégation tunisienne de très haut niveau, conduite par la cheffe du gouvernement, Najla Bouden, participe du 16 au 20 janvier, à la 53ème rencontre annuelle du Forum économique mondial à la station de ski de Davos, en Suisse, dans un contexte national et international « délétère », comme souligné par les médias.

Outre la cheffe du gouvernement, la délégation tunisienne  comprend la ministre des Finances, Sihem Boughdiri Nemsia et le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Marouane al-Abbassi.

Fidèles de ce rendez-vous des décideurs mondiaux, les Tunisiens ont vu leurs chances d’en tirer le meilleur parti se volatiliser au fil des ans, en particulier leur apport historique à la défense de la démocratie et de la justice économique et sociale, à travers la révolution de janvier 2011.

A cet égard, les commentateurs ont souligné que cet atout longtemps monnayé par les Tunisiens avec succès de semblables conclaves a été systématiquement dévalué durant les 13 dernières années, autant par les dérapages des islamistes que par l’incurie des gouvernements tunisiens successifs qui ont présidé aux destinées du pays au cours de ces années.

Même les adversaires du système économique mondial actuel, les altermondistes,  qui ont organisé, en Tunisie, en 2015, leur Forum social mondial, sorte d’anti Forum de Davos, ont perdu espoir dans la contribution tunisienne au changement du modèle économique mondial en faveur de plus d’équité économique et sociale.

Pourtant, cette année, le Forum de Davos a inscrit la question des inégalités économiques et sociales en tête des questions  de son ordre du jour, sous le titre de « crise du coût de la vie », conformément aux conclusions de son dernier rapport annuel,  relatif à 2022.

Cette enquête sonde, tous les ans, près de 1200 experts et décideurs économiques, politiques et de la société civile, pour savoir ce qu’ils estiment être les principaux risques qui menacent les sociétés, à court terme (deux ans) et à long terme (dix ans). Depuis plusieurs années, les dangers qui arrivaient en tête de leurs préoccupations concernaient l’environnement et le changement climatique.

Pour la première fois cette année, le premier risque de court terme mis en avant par les experts est celui que le rapport appelle « la crise du coût de la vie ».

Cercle vicieux

Comme l’écrit le quotidien Le Monde,  « la fin du mois s’impose à la fin du monde ». Désormais, ce qui préoccupe, partout, les gens, c’est la difficulté de boucler leur fin du mois, tant leurs moyens se sont effrités.

Dans cet esprit, des analystes ont rapporté les déclarations de la directrice générale du Forum, Saadia Zahidi, selon lesquelles « le monde est entré dans un cercle vicieux où risquent de se conjuguer les difficultés économiques, politiques et sociales. L’inflation détruit le pouvoir d’achat. Pour atténuer son effet, les Etats dépensent et s’endettent, dégradant leurs finances publiques.

« La crise devient alors politique, quand l’argent manque pour financer la santé, l’éducation ou la sécurité, puis sociale, avec une aggravation des inégalités et une polarisation extrême entre riches et pauvres. Ce cocktail maléfique devient plus délétère encore quand ces difficultés se conjuguent avec des tensions géopolitiques, voire des guerres. La montée des budgets militaires affaiblit encore les moyens des pouvoirs publics, et donc la capacité à atténuer les chocs ».

Dangereuse concentration

Cependant, dans un autre monde, la Tunisie aurait été honorée dans cette rencontre de Davos pour avoir institué dans le cadre de sa loi de finances pour 2023, un impôt sur la fortune immobilière.

En effet, quoique critique et  alarmiste, le  rapport du Forum économique  mondial de Davos pour 2022 ne sort pas du cadre général mondialement convenu pour la conduite de l’activité économique fondée sur les règles du marché et de la rentabilité.

Un autre rapport élaboré par l’ONG internationale connue Oxfam, de tendance plus ou  moins, altermondiste, à l’occasion de cette 53ème rencontre annuelle du Forum économique mondial de Davos, souligne en substance que « les inégalités économiques ont atteint un niveau extrême et dangereux » ajoutant que « pour faire face à ces inégalités une seule solution : la taxation », préconisant dans le sillage l’institution d’un impôt exceptionnel sur la fortune.

« Portées par la flambée des cours de Bourse, note le rapport d’Oxfam, les grandes fortunes se sont envolées au cours des dix dernières années: sur 100 dollars de richesse créée, 54,4 dollars sont allés dans les poches des 1% le plus aisés, tandis que 70 centimes ont profité aux 50% les moins fortunés ».

« Les milliardaires ont doublé leur fortune, tout en étant de plus en plus nombreux, affirme Oxfam, « la concentration extrême des richesses mine la croissance économique, corrompt les politiciens et les médias, corrode la démocratie et augmente la polarisation ».

Selon l’ONG, les inégalités sont devenues « une menace existentielle pour nos sociétés, paralysant notre capacité à endiguer la pauvreté » et mettent « l’avenir de la planète (…) en péril ».

S.B.H

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