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Le tournis des chiffres de l’emploi par Nasreddine Nsibi qui n’offre pas de poisson…

Profil atypique d’un ministre de Sidi Bouzid qui a vécu toute sa vie à Tunis, qui ne rechigne pas au travail, et qui en fait même des challenges à relever. Son premier boulot, Nasreddine Nsibi l’a eu à force de persévérance, en faisant le pied de grue devant un téléopérateur de la banlieue de Tunis, et où il a exercé pendant 5 ans, pour décider ensuite de terminer ses études universitaires en sciences économiques, malgré l’attrait de l’offre financière de l’employeur.

Quadra, ce ministre est le 2ème plus jeune ministre du gouvernement Bouden, qui maîtrise l’Arabe et parle un Français châtié en roulant bien les « R ». Très bon communicateur, malgré le silence qui a jusque-là caractérisé son ministère de porte-parole. Il est avenant, facile d’approche, et même serviable lorsqu’il est sur son réseau social préféré (Ce n’est pas fb) où il vous renseigne sur les dernières opportunités et offres de travail, malgré son visage fermé d’usage, dans un ministère entouré de chevaux de frise, et à l’entrée sous surveillance vidéo.

Diplômé de l’ENA et enseignant universitaire privé, Il a immigré au Canada (à ses frais par l’argent récolté au boulot à Tunis) où il a connu sa femme, et travaillé dans une banque à Montréal, avant de revenir en Tunisie, juste avant ladite révolution, où il avait fait l’avocat spécialisé dans le droit des affaires, après avoir été magistrat au tribunal administratif, et monté une entreprise dans le conseil juridique en ligne  du domaine des Tics, entre autres activités de ce bourreau de travail qui vous offre le café et des douceurs au bureau.

  • Les SIVP, ces mal-aimés de l’emploi

On est déjà en janvier 2023, et l’INS n’a pas publié ses chiffres du chômage pour le 4ème trimestre 2022. Au troisième trimestre de 2022, la population active s’inscrit en baisse, s’établissant à 4011,7 mille individus, contre 4080,5 mille au deuxième trimestre de l’année en cours, soit une diminution de 68,8 mille individus.  

Au ministre de l’Emploi et de la formation professionnelle et porte-parole du gouvernement, nous avions demandé quel nombre de nouveaux emplois ont été créés au cours de son ministère qui a un an et trois mois d’âge. Nasreddine Nsibi (Regarder la totalité de l’interview sur notre chaîne YouTube) a préféré nous emmener sur le terrain, plus vaste, du taux de chômage de l’INS, pour pouvoir dire que ce taux avait baissé de 3,1 %, passant de 18,2 % lorsqu’il avait pris le ministère, à 15,1 % « stabilisé, selon le dernier chiffre de l’INS » dit-il.

Et lorsque nous le recadrons pour parler des propres réalisations de son ministère, il se gratte la nuque, connue en synergologie pour être siège de la confiance en soi, comme s’il doutait, reprenait un regard plus déterminé, et éludait notre question pour dire que « notre ministère accompagne les entreprises pour recruter, pour former, accompagne les jeunes pour avoir des opportunités de travail ». Croyant avoir ainsi fermé la parenthèse de notre question, plus personnelle et plus directe, il rebondit sur les chiffres, cette fois de l’ANETI, pour affirmer que « on a accompagné 120 mille jeunes qui ont bénéficié de contrats, subventionnés par l’Etat dans le cadre de la politique active de l’emploi. Et cela veut dire un peu plus de 100 mille SIVP, 14 mille dans le contrat « Karama » et quelque 5.000 de contrats civils ».

Nsibi se lance ensuite dans l’étalage des réalisations de la (BTS) Banque tunisienne de solidarité. « Nous avons accordé des financements à 6.000 initiatives de petits entrepreneurs, où on peut parler de trois employés par entreprise, ce qui revient à dire création de 20 mille postes qui ont été créés ». Des entreprises, pourtant, où le taux de mortalité avoisine les 50 %, dit le ministre, ce qui le pousse à nuancer qu’il faudra attendre deux ans pour savoir ce qu’il en reste après dépôts du bilan.

Chez la BTS en plus, le taux de remboursement des crédits était de 78 % jusqu’à fin septembre 2022, de 84 % chez les diplômés du supérieur, et où les femmes sont plus fidèles (83 %) que les hommes (76 %). 

Pour les SIVP, par ailleurs très critiqué par les employés, le ministre estime que ce système « est très efficace, qui réalise 50 % de taux d’insertion en emplois stables, et très demandé par les entreprises et par les jeunes », donnant le chiffre de 100.000 demandes pendant cinq années consécutives, « qu’on pourrait largement dépasser si on avait le budget nécessaire ».

Son ministère n’en démord cependant pas avec les non recrutés. « On va leur offrir une formation supplémentaire, car on travaille beaucoup sur la reconversion, continuer à les subventionner pendant deux années supplémentaires, pour que les entreprises leur donnent une seconde chance ».

  • Les chiffres donnent le tournis, mais le plein-emploi n’y est pas !

Avec le ministre Nsibi, on a presque le tournis à l’entendre débiter les chiffres de l’emploi, réalisé ou à offrir, et on se demanderait presque comment n’est-il pas encore arrivé au total emploi ? En effet, à côté de tout ce qu’il fait en Tunisie, en CDI, BTS, Karama et autres fonds à gauche et à droite, le ministre de l’Emploi et de la FP, évoque le cas de « Calzedonia », groupe de mode italien fondé à Vérone par Sandro Veronesi en 1986, avec plus de 5 000 boutiques dans le monde en 2021.

Selon le ministre, l’investisseur commence avec deux entreprises, l’une à Zaghouan et à Monastir, qui envisage de passer à 4 sites en Tunisie, pour à la fin arriver à embaucher 10.000 nouveaux salariés. Nsibi évoque aussi l’opportunité qui sera offerte après qu’un certain nombre de licences ont été accordées à des opérateurs de l’énergie solaire. « Ces entreprises sont en train de recruter en coopération avec les services du ministère, qui offre 400 heures de formation pour ces recrutés ».

Faisant feu de tout bois, le ministre de l’Emploi nous indique que « en 2022, on a réalisé 9.000 places en placement à l’étranger, un chiffre qui s’est amélioré de 45 %. Et nous avons quelque 20.000 dans le secteur entrepreneurial de la PME. A cela, il faut ajouter les 10.000 emplois à offrir dans les IDE qui se sont installés en Tunisie ».

Nsibi cite aussi une convention signée il y a trois mois avec le syndicat majeur français des professionnels du tourisme et de l’industrie hôtelière, et « nous sommes en train de placer des permanents et des saisonniers pour un quota de 9.000 emplois qu’on a commencé à la fin de l’exercice 2022, et nos demandes ont rempli le quota, mais on attend les chiffres de l’OFI en visas réellement obtenus ».

Mais le ministère de Nsibi, qui pratique l’adage chinois qui dit « ne donnez pas du poisson, apprenez à pêcher », fait aussi dans l’initiation à l’entreprenariat. « Avec l’appui financier de la BM, 9.000 jeunes des 24 gouvernorats, seront initiés à l’entrepreneuriat, avec une subvention avec tous ceux qui réussissent le concours », dit-il à Africanmanager (ar).

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