AccueilLa UNELa énième tentative de réparer les circuits de distribution réussira-t-elle?

La énième tentative de réparer les circuits de distribution réussira-t-elle?

Plaie incurable et imbroglio insoluble des marchés et du commerce intérieurs tunisiens, à l’origine des flambées incessantes des prix, depuis des décades, la déficience des circuits de distribution des produits agricoles et des denrées de consommation de base, en Tunisie, est revenue avec force, ces derniers jours, au devant de la scène.

Elle a été  imputée à l’installation dans le pays d’un véritable système d’autorégulation pervers, quasi indépendant de la volonté humaine, favorisant la perpétuation des mêmes carences et des mêmes déficiences.

Pas plus tard que ce lundi 20 février, le président de la République Kais Saied, pour qui cette question est l’une de ses principales bêtes noires, l’a soulevée en s’entretenant avec le ministre de l’Intérieur et le directeur général de la sûreté nationale, appelant à cette occasion à l’intensification de la lutte contre tous ceux qui cherchent à affamer le peuple.

Le mardi 21 février, le maire de Sousse a déclaré  avoir appelé, officiellement, à l’aide et au secours de la Cour des comptes pour la réalisation d’une mission de contrôle au marché du gros des fruits et légumes de Sousse, rongé, selon lui, par les abus et les dépassements de la part de certains intervenants, après avoir tenté, lui-même  en vain de les combattre.

D’ailleurs, lors de ses dernières visites d’inspection dans le marché de gros de Bir el Kassâa de Tunis, fin janvier et 12 février, la nouvelle ministre du Commerce et du développement des exportations, Kalthoum Ben Rejeb, a admis l’existence d’un relâchement des prix préjudiciable au pouvoir d’achat des citoyens et au ravitaillement régulier du marché.

Elle a pu enregistrer « des augmentations injustifiées des prix de certains produits disponibles en quantités suffisantes, prouvant l’existence de pratiques d’intérêts étroits ».

Entreposage instrumentalisé

Pourtant, les opérations de contrôle économique ont été renforcées au point que dans leurs déclarations aux médias, les agriculteurs ne manquent pas d’invoquer le resserrement du contrôle pour expliquer leur préférence de vendre leur production sur place aux intermédiaires plutôt que de risquer d’être interpellés sur la route par les contrôleurs économiques et suspectés de détournement de marchandises, en allant l’écouler sur les circuits réguliers dans les marchés de gros ou les marchés de production.

C’est ce qui expliquerait en partie le fait invoqué par le président de la République, à savoir que   seulement  une part de 5% de la production agricole est écoulée à travers les circuits réguliers et organisés tandis que 95% passent par les circuits informels et irréguliers avec tout ce que ceci comporte comme détournement de la production à des fins de spéculation, à travers l’entreposage (placement des marchandises dans des entrepôts de stockage ordinaires ou frigorifiques).

Conçu comme un outil de régulation et de ravitaillement continu des points de vente en toutes sortes de produits dont notamment les produits agricoles et de la pêche, l’entreposage est devenu en Tunisie un outil de spéculation, selon le chef de l’Etat et beaucoup d’autres analystes et commentateurs.

Cette instrumentalisation de l’entreposage aurait dû , en principe cesser, au vu du décret loi numéro 2022 du 4 juillet 2022  relatif aux circuits de distribution des produits agricoles et de la pêche qui a aggravé les sanctions encourues par les concessionnaires des marchés de production, de gros et des marchés hebdomadaires et autres intervenants coupables d’infractions aux dispositions de ce texte, plus particulièrement l’usage des entrepôts pour le détournement des marchandises à des fins de spéculation.

Aussi, le journal Alchourouk, du mardi 21 février, a rapporté que le ministère du Commerce et du développement des exportations, sous la conduite de la nouvelle ministre, Kalthoum Ben Rejeb, a engagé une action concertée de réformes des circuits de distribution propres à accroître le rendement des marchés et des circuits organisés et leur capacité à attirer de plus grandes quantités de produits, et ce à travers les décrets d’application du décret loi du 4 juillet 2022.

Gros poissons

Cependant, comme l’a constaté le même journal, à la lumière d’appréciations de divers analystes, le contrôle économique est resté inefficace et n’a pas donné les résultats attendus parce qu’il s’est centré sur les petits commerçants et les petits maillons de la chaîne, épargnant « les requins et les gros poissons ».

En effet, plus de 100 mille procès verbaux sont dressés annuellement par les agents du contrôle économique  pour des infractions économiques, avec de grandes saisies de marchandises, mais en vain, les prix ne cessent pas de flamber, aggravés par l’apparition, ces derniers mois, de pénuries de plus en plus récurrentes et étendues et dont certaines suscitent vraiment des interrogations.

Actuellement, de sérieuses perturbations sont enregistrées au niveau du ravitaillement en tomates fraîches et pommes de terre, au point que le prix du kg des tomates fraîches a atteint 2 dinars 800.

Pourtant, les agriculteurs dans les centres de production, comme à Sidi Bouzid ont parlé de surproduction et de destruction de grandes quantités de tomates en raison des désaccords avec les transformateurs et industriels sur les prix de vente de leurs tomates industrielles. Les industriels ont proposé le prix de 180 millimes le kilo, ce que les agriculteurs ont refusé.

La même situation a été observée dans d’autres centres de production, à Kairouan, Nabeul, entre autres.

Ce conflit entre agriculteurs et transformateurs, ou entres agriculteurs et commerçants est également un très vieux conflit et affecte la filière de tomates et autres filières agricoles, comme les dattes.

Il s’agit d’étendre le contrôle verticalement et horizontalement de manière à n’épargner aucun intervenant dans les circuits de distribution, producteurs agricoles, industriels, et commerçants.

D’ailleurs, l’Union tunisienne d’agriculture et de pêche estime que le ministère du Commerce n’est pas seul concerné, car, ce département n’intervient pas dans la production et les stocks régulateurs qui sont du ressort du ministère de l’agriculture.

Pour les responsables de l’UTAP, la lutte contre les déficiences des circuits de distribution et la flambée des prix exige la conjugaison des efforts de tous et une coordination efficace entre quatre ministères, savoir les départements du commerce, de l’agriculture, de l’industrie et des finances.

S.B.H

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