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La Tunisie peut se passer du prêt du FMI, mais uniquement à court terme

Silence radio sur le prêt du Fonds monétaire international dont le SLA (Staff Level Agreement) a été conclu  avec la Tunisie il y a un an. Mais s’il advient quand même que le dossier soit exhumé, c’est sans doute pour tester la capacité de l’Etat tunisien de s’en passer. Les analystes ont une position bien arrêtée  là-dessus, car s’ils estiment que la Tunisie peut tirer un trait  sur le soutien du FMI à brève échéance, ils sont beaucoup moins confiants quant à ses perspectives pour les années à venir.

Malgré les reproches hostiles et le rejet de certaines conditions par le président tunisien Kais Saied, ainsi que les troubles politiques internes, le pays n’a toujours pas obtenu l’approbation de l’accord par le conseil d’administration du FMI – une étape clé pour débloquer les fonds.

Ce délai d’un an est un record entre un accord

préliminaire et l’approbation finale, selon les données publiques compilées par Reuters sur plus de 80 cas. Ce délai est à comparer aux 55 jours médians qu’il a fallu aux pays à revenu faible ou intermédiaire entre les deux étapes, et dépasse même les longues attentes de pays comme le Tchad, la Zambie et le Sri Lanka. Une « performance » mise en relief dans une analyse livrée par Reuters et relayée par le non moins influent Nasdaq.
« Le manque de volonté politique du gouvernement tunisien de s’attaquer à une longue liste de réformes nécessaires est le principal point d’achoppement », a déclaré à Reuters James Swanston, économiste principal chez Capital Economics à Londres.

La réduction du déficit budgétaire, la réforme des grandes entreprises publiques et la dévaluation de la monnaie afin d’empêcher la banque centrale d’utiliser ses réserves pour soutenir le dinar figurent parmi les principales tâches auxquelles le gouvernement doit s’atteler, a déclaré  Swanston, qui affirme que « tant qu’il n’y aura pas de preuve réelle que la Tunisie s’attaquera à ces réformes, aucun accord ne sera conclu ».

Une éphémère bouée de sauvetage

La Banque mondiale a récemment réduit ses prévisions de croissance économique pour la Tunisie de 2,3 % à 1,2 % pour 2023, invoquant des « perspectives très incertaines » sur le financement de la dette et des conditions difficiles suite à une sécheresse de trois ans qui a poussé le gouvernement à augmenter les prix de l’eau potable et a menacé la sécurité alimentaire.

Malgré les défis, l’économie malmenée pourrait continuer sans programme du FMI à court terme car « l’augmentation des réserves et la consolidation fiscale marginale ont donné à la Tunisie une certaine marge de manœuvre supplémentaire » grâce à la reprise du tourisme, a déclaré Patrick Curran, analyste chez Tellimer.

La Tunisie a également reçu 500 millions de dollars de nouveaux fonds de l’Arabie Saoudite en juillet. L’Union européenne s’est engagée à apporter un soutien d’un milliard de dollars à la Tunisie à condition qu’elle bénéficie d’un programme du FMI.

Le pays, berceau du printemps arabe, doit rembourser une obligation de 500 millions d’euros  arrivant à échéance en octobre et  850 millions d’euros sont l’échéance tombe en février.


« La Tunisie peut couvrir la prochaine échéance grâce à ses réserves après une bonne saison touristique », a déclaré Charlie Robertson, responsable de la stratégie macroéconomique chez FIM Partners, basé à Londres.
Alors que ces obligations se négocient entre 87 et 97 cents le dollar, celles arrivant à échéance entre 2025 et 2027 se négocient entre 58,7 et 66,7 cents – bien en deçà du seuil à partir duquel la dette est généralement considérée comme en difficulté, et indiquant des inquiétudes quant à la moindre capacité de remboursement du pays à l’avenir.

De « graves difficultés » à l’horizon !

Selon les analystes citées par Reuters et Nasdaq, la Tunisie peut néanmoins compter sur le soutien de certains autres pays sous pression grâce à son importance géopolitique et géographique.
La première ministre italienne, Giorgia Meloni, entretient des relations étroites avec la Tunisie. Un nombre record de migrants partis de ce pays ont débarqué sur l’île italienne de Lampedusa, à l’extrême sud du pays.


« Meloni est une fervente partisane de la Tunisie en raison de la question de l’immigration, ce qui lui donne plus d’espace pour retarder les choses », a déclaré Kaan Nazli, gestionnaire de portefeuille chez le gestionnaire d’actifs Neuberger Berman.

 Meloni s’est rendue en personne en Tunisie pour promouvoir l’avancement du programme du FMI pour le pays.

L’agence de crédit Fitch suppose que le programme sera bientôt approuvé, alors que les investisseurs internationaux se demandent comment le pays peut éviter un défaut de paiement à moyen terme sans ce programme.

« En fin de compte, la Tunisie devra respecter le programme du FMI, faute de quoi elle rencontrera de graves difficultés en ce qui concerne sa situation financière », a déclaré  Nazli.

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