La Tunisie est en proie à la sécheresse depuis cinq ans. Des études semblent confirmer la persistance de ce phénomène et une réduction sensible de la pluviométrie. Cette aridité prolongée a bien sûr une incidence sur les disponibilités hydriques aussi bien pour l’eau potable que celle destinée à l’irrigation.
Le gouvernement estime ainsi que l’une des priorités de la prochaine étape est de « rationaliser la consommation de l’eau et de faire pression sur la demande dans tous les secteurs, en plus de l’utilisation de ressource non traditionnelles », y compris le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées traitées.
Selon le dernier rapport de l’Observatoire national de l’agriculture (Onagri), les dernières précipitations n’ont pas fondamentalement changé la donne. Le taux de remplissage des barrages monte péniblement à 37,7%.
La même source a expliqué que les réserves d’eau dans les barrages sont en net repli, -131,189 millions de m3 (-13,07%) en comparaison avec la moyenne des 3 dernières années. Elles s’établissent présentement à 872,16 millions de m3 contre 1003,34 millions de m3 les années précédentes.
Le volume de perte en eau potable au niveau national est de 120 millions m3
L’expert en développement et ressources hydriques, Houcine Rhili, a affirmé que le volume de perte en eau potable au niveau national est de 120 millions m3, soit le quart du besoin par an.
Il a estimé, au micro d’Express fm, ce mercredi 31 juillet 2024, qu’il faut abandonner l’idée de construire de nouveaux barrages traditionnels, précisant qu’ils perdent de l’eau quotidiennement à cause de l’évaporation.
Il a suggéré l’implémentation de solutions innovantes et moins coûteuses telles que les barrages souterrains qui alimenteront les nappes phréatiques.
Dans ce cadre, Rhili a fait savoir que le dessalement d’eau de mer devra être le dernier recours, parce qu’il s’agit d’une technologie extrêmement coûteuse.
« Il vaut mieux utiliser les ressources financières pour entretenir et remplacer les canalisations usées de distribution d’eau », a-t-il ajouté, expliquant que « le taux de perte d’eau est de 50% à Gabès et Gafsa et de 70% dans d’autres gouvernorats ».
Il a appelé à créer une structure spéciale pour la gestion des eaux urbaines pluviales, ainsi qu’un ministère de l’eau et de l’irrigation qui rassemble les différentes parties prenantes et à promulguer un code des eaux pour mettre en place une stratégie nationale à ce niveau.
Une batterie de mesures urgentes pour échapper à la sécheresse
Face à cette situation alarmante, le ministère de l’Agriculture, des ressources hydrauliques et de la pêche a pris, pour la première fois, au cours du mois de mars 2023, des mesures concernant la distribution échelonnée de l’eau potable et a commencé à couper l’eau de nuit dans de nombreuses zones, dans le cadre d’un système conçu pour programmer la distribution de l’eau et assurer sa consommation dans diverses parties du pays, ainsi que pour « empêcher son utilisation dans l’agriculture et l’irrigation ».
S’y ajoutent les espaces verts, le nettoyage des rues et le lavage des voitures, en raison de la grave vague de sécheresse, qui a laissé les barrages presque vides.
D’ailleurs, le département en question a approuvé des sanctions financières et des peines de prison, pouvant aller jusqu’à six mois, pour les contrevenants.
On rappelle que la Tunisie est classée au 18e rang mondial en termes de sécheresse et au 20e rang pour la sécheresse hydrique, selon les données publiées par l’Institut des ressources mondiales.
Ces données sont contenues dans un rapport sur « l’inflation climatique: défis et opportunités face au changement climatique », élaboré par l’Institut arabe des chefs d’entreprise.
Il met en lumière les défis majeurs auxquels la Tunisie est confrontée, notamment l’augmentation des températures, la diminution des précipitations, ainsi que la rareté de l’eau et la sécheresse.








