S&P Global Ratings vient d’annoncer avoir relevé les notes de crédit émetteur à long et à court terme de l’Arab Tunisian Bank (ATB) de «CCC+/C » à « B-/B ». Dans le même temps, l’agence de notation a confirmé les notes à long terme et à court terme de la Banque de Tunisie et des Emirats (BTE) à ‘CCC+/C’. Les perspectives des deux banques sont stables.
Abordant l’environnement dans lequel opèrent les deux banques en Tunisie, S&P souligne que le pays a assuré le service des échéances de ses euro-obligations pour un montant total de 2,4 milliards de dollars (4 % du PIB) sur la période 2024-2025, « dans des conditions de liquidité externe désastreuses ». Cela a été fait malgré des besoins de financement élevés, l’absence d’un programme du FMI et, principalement, grâce à des réserves de devises étrangères plus élevées provenant des envois de fonds des expatriés tunisiens et de l’activité touristique. L’agence de rating note que ces remboursements ont également été soutenus par des emprunts directs auprès de la Banque centrale de Tunisie (BCT), « ce qui pourrait nuire à la stabilité monétaire du pays si ces emprunts augmentaient de manière significative », prévient-elle.
En 2024, rappelle-t-elle, le Parlement a approuvé deux prêts sans intérêt de la BCT au gouvernement pour un montant total de 14,0 milliards de dinars tunisiens (8% du PIB) sur 10 à 15 ans avec une
période de grâce de trois ans. « Nous nous attendons à ce que le gouvernement continue d’emprunter auprès de la BCT pour faire face à certaines obligations extérieures en cas de besoin, et à ce qu’il s’appuie de plus en plus sur le financement intérieur, compte tenu de la faiblesse des finances publiques et du nombre limité d’options de soutien budgétaire direct disponibles », indique S&P.
Pas de soucis pour le remboursement de la prochaine euro-obligation Et de prévoir que la dette commerciale libellée en devises devrait diminuer au cours des deux prochaines années, estimant que la Tunisie dispose désormais d’un niveau plus confortable de réserves de change (28,4 milliards de dinars, soit 17 % du PIB prévu pour 2025). Cela atténue les inquiétudes concernant la capacité du pays à faire face à son prochain paiement d’euro-obligations de 805 millions de dollars US (1,3 % du PIB) dû en juillet 2026, sans recours supplémentaire à la BCT. Nous pensons également que les tensions commerciales actuelles affecteront modestement la Tunisie par le biais d’effets secondaires si la croissance économique en Europe, son principal partenaire commercial, devait stagner. Un scénario baissier pourrait découler d’une réduction significative des envois de fonds qui ne serait pas compensée par une reprise des exportations.
S&P prévoit que l’amélioration des performances du secteur agricole soutiendra une croissance du PIB réel d’environ 1 % en 2025, avant d’augmenter modérément jusqu’à 1,5 % en 2026. Cela fait suite à une augmentation de 1,4 % en 2024. L’activité industrielle devrait également se redresser (augmentation de 3,3 % contre une baisse de 2,7 % en 2024), principalement grâce à une reprise de l’industrie manufacturière orientée vers l’exportation, assure l’agence de notation.
ATB : Le risque opérationnel sous contrôle
Le relèvement de la note de l’ATB reflète la diminution des risques liés à l’environnement macroéconomique de la banque. Nous prévoyons que le ratio de prêts non performants de la banque se stabilisera à environ 12,5 % sur 2025-2026, contre environ 12,9 %. Bien que nous nous attendions à ce que la rentabilité de la banque s’améliore progressivement, sa capitalisation restera faible, avec son ratio de capital ajusté au risque (RAC) qui restera inférieur à 3 %. La banque a besoin d’un soutien continu de la part de sa société mère, Arab Bank Group.
L’exposition directe de l’ATB au gouvernement tunisien reste significative, à notre avis, à environ 620 millions TND (7,4% du total des actifs). En outre, environ 11% de ses prêts ont été accordés à des entreprises publiques. Les notes reflètent également la solidité de la clientèle de la banque, sa base de dépôts importante et stable, et sa dépendance réduite au financement de gros à court terme, qui
comprend principalement le refinancement auprès de la BCT, a représenté environ 3,3% de la base de financement de la banque à la fin de 2024, en baisse par rapport à 11,8% à la mi-année 2023.
Les perspectives stables reflètent notre opinion selon laquelle les risques dans l’environnement macroéconomique et opérationnel de l’ATB resteront sous contrôle tandis que la qualité de ses actifs et sa capitalisation se stabilisent.
BTE : Pas de crise de crédit à l’horizon
S’agissant de la Banque de Tunisie et des Emirats, l’agence S&P explique que le confirmation des notes de la BTE « tient compte de la position extrêmement vulnérable de la banque en matière de capital – avec son ratio réglementaire de capital de catégorie 1 tombant à 0,29 % à la fin de l’année 2024 – ainsi que de l’incertitude liée à sa future restructuration ». En ce qui concerne la violation du ratio de capital minimum, ajoute-t-elle, « nous nous attendons à ce que l’abstention réglementaire se poursuive », notant que les deux principaux actionnaires ont injecté 18,7 millions TND de capital supplémentaire dans la banque en 2014. « Nous nous attendons également à ce qu’ils décident de l’orientation future de la BTE dans les 12 prochains mois.
Dans l’intervalle, nous nous attendons à ce que la BCT fournisse un soutien en liquidités si nécessaire pour que la banque reste à jour dans ses obligations financières ».
En conclusion, S&P indique que « les perspectives stables reflètent notre opinion que la BTE reste vulnérable, bien que nous ne nous attendions pas à une crise de crédit ou de paiement dans les 12
prochains mois ».








