« Le taux de participation des femmes au marché du travail (FLFP) en Tunisie reste faible malgré les améliorations en matière d’éducation et la réglementation favorable, ce qui entrave les perspectives de croissance économique. Malgré des améliorations significatives du PIB par habitant, du niveau d’éducation et des réglementations, le FLFP n’a augmenté que de 22,3 % à 27,0 % entre 1991 et 2023 ». C’est ce qu’affirme, en encadré, le dernier bulletin de conjoncture économique » de la Banque Mondiale.
– Un FPLP de 27 % pour les Tunisiennes
Et la même source d’ajouter, à titre d’exemple, que le score de la Tunisie à l’indice Femmes, Entreprise et Droit (WBL), qui évalue dans quelle mesure le cadre juridique d’un pays crée des opportunités économiques égales pour les femmes, s’est amélioré, passant de 53,1 en 1991 à 64,4 en 2023. Cependant, le FLFP de la Tunisie reste inférieur au taux de la plupart des pays ayant un niveau de développement économique similaire. Cela est important non seulement pour l’équité de la société, mais aussi pour l’économie, qui bénéficierait d’une augmentation de la main-d’œuvre et de ses compétences. Un récent exercice de modélisation suggère que l’augmentation du FLFP de la Tunisie au niveau moyen des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure d’ici 2030 pourrait améliorer la croissance potentielle annuelle de 0,52 point de pourcentage, ce qui entraînerait une croissance cumulée du PIB de 24 % sur la période 2024–2030.
Le mariage et la parentalité sont des facteurs clés qui diminuent significativement la participation au marché du travail, suggérant des orientations politiques pour faciliter ces transitions. Le taux d’activité des femmes sans enfants atteint près de 70 % avant 30 ans et se maintient autour de 60 % jusqu’à 40 ans, tandis que celui des femmes avec enfants diverge vers 20 ans et ne dépasse jamais 40 % . À l’inverse, la participation au marché du travail est plus élevée pour les pères que pour les non-pères. Si le niveau d’éducation améliore généralement la participation au marché du travail, la présence de jeunes enfants est négativement corrélée à la participation au marché du travail à tous les niveaux d’éducation, avec un effet plus prononcé chez les femmes très instruites. Les politiques visant à faciliter cette transition entre le mariage et la maternité peuvent considérablement améliorer la productivité et la qualité de vie des femmes, notamment en renforçant les options de garde d’enfants, dont l’absence est perçue comme le principal obstacle à l’entrée des femmes sur le marché du travail en Tunisie. En effet, seulement 1 % des enfants tunisiens de moins de 3 ans et 50 % des enfants de 3 à 6 ans fréquentent une crèche formelle. Dans ce contexte, les initiatives gouvernementales visant à élargir l’accès à des services de garde de qualité semblent importantes, même si les réglementations clés sont encore en attente d’adoption.
– De bonnes opportunité de jobs, à encourager par l’Etat, dans le domaine des crèches
Le ministère tunisien de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées (MdF) a lancé des initiatives pour améliorer les services de garde d’enfants. Cependant, des réglementations clés sont toujours en attente d’adoption et les structures d’accueil actuelles sont insuffisantes, avec seulement 461 crèches disponibles pour les enfants de moins de 3 ans.
Accélérer la mise en œuvre des programmes existants, investir dans des crèches situées dans les pôles d’emploi et les zones mal desservies, et encourager les partenariats public-privé restent des actions essentielles. Des chèques de subvention pourraient alléger le coût de la garde d’enfants pour les familles à faibles revenus. Améliorer les programmes de formation des prestataires de services de garde d’enfants est également essentiel pour garantir une éducation préscolaire de qualité, un défi majeur dans la garde d’enfants en Tunisie. Une adoption efficace nécessite des services qui surmontent les obstacles tels que la localisation, les horaires, le coût et les normes culturelles, et doivent être adaptés aux spécificités régionales. De plus, l’harmonisation du congé parental pour les deux parents, notamment en étendant ce congé parental aux pères, contribuerait également à accroître le taux de garde d’enfants. Bien qu’un projet de réforme existe depuis 2017, le congé paternel actuel reste limité à deux jours pour les secteurs privé et public, avec peu de clarté sur le calendrier et l’application de ces réformes.
– Plus elles étudient, moins elles trouvent du travail ?
Bizarrement, « La probabilité d’entrer sur le marché du travail diminue de 3,3 % pour les femmes non instruites, de 6,7 % pour celles ayant suivi un enseignement primaire, de 6,9 % pour celles ayant suivi un enseignement secondaire et de 8,9 % pour celles ayant suivi un enseignement supérieur ».
Selon les résultats d’une étude, publiée sur le site officiel de Moncef Mzabi, « les femmes s’imposent de manière significative dans le domaine de la santé humaine et de l’action sociale, considéré comme un pilier fondamental de la société. Sur 44 527 salariés, elles représentent 29 922 personnes, témoignant de leur engagement dans des secteurs essentiels au bien-être et à la cohésion sociale. Leur rôle est tout aussi crucial dans l’éducation, où elles forment 15 630 des 24 897 salariés, démontrant ainsi leur influence dans la transmission du savoir et la préparation des générations futures.
Le secteur du commerce et de la réparation d’automobiles et de motocycles illustre également la montée en puissance des femmes. Parmi 115 166 employés, 38 377 sont des femmes, ce qui souligne leur capacité à s’imposer dans un domaine en perpétuelle transformation, où leur contribution est de plus en plus reconnue.
Dans l’industrie manufacturière, les femmes jouent un rôle déterminant. Sur un total de 547 945 salariés, 310 653 sont des femmes, prouvant leur influence majeure dans un secteur clé de l’économie. Leur capacité à s’épanouir dans ce domaine traditionnellement dominé par les hommes démontre leur savoir-faire et leur persévérance.
Enfin, dans les activités spécialisées, scientifiques et techniques, qui nécessitent des compétences pointues, les femmes apportent une contribution essentielle. Sur 30 532 salariés, elles en représentent 14 258, soulignant leur expertise dans ces domaines hautement qualifiés, renforçant ainsi leur rôle dans l’innovation et les avancées technologiques.








