Malgré les précipitations de ces derniers mois, qui ont réduit la dépendance des éleveurs à l’alimentation animale et encouragé le pâturage naturel, les prix des moutons restent élevés en Tunisie. Les prix des moutons de sacrifice varient entre 700 et 2 000 dinars tunisiens (environ 233 à 667 dollars). Le gouvernement a fixé un prix de référence pour les moutons vivants à 21,9 dinars le kilogramme.
Le 20 mai, l’Office national de l’élevage et des produits laitiers a annoncé l’adoption d’un prix de référence de 21,9 dinars/kg dans les points de vente organisés, à compter du 29 mai. Ces prix s’appliquent aux points de vente supervisés, en coordination avec le ministère de l’Agriculture et les organismes concernés. Les éleveurs ont été invités à participer activement à ces ventes surveillées et les citoyens ont été encouragés à y acheter leurs bêtes de sacrifice. Bien que le prix fixé reste inchangé par rapport à l’année dernière, ceux pratiqués sur la plupart des marchés sont nettement plus élevés, note-t-on.
Une saison excédentaire, mais coûteuse
« Nous disposons de 1,2 million de moutons, alors que la demande est d’environ 900 000 », souligne pourtant, le membre de l’Union tunisiennes de l’agriculture et la pêche (UTAP), Mohamed Rjaybi, cité par la plateforme Watan.
Il a reconnu que les années passées de sécheresse et de rareté de la végétation avaient réduit la taille des troupeaux, mais a souligné que 2024 était une saison exceptionnelle, avec une végétation améliorée et des prix des aliments pour bétail en baisse. Cependant, les coûts de production et les difficultés accumulées par les agriculteurs doivent être pris en compte dans les prix.
Le président de l’Organisation tunisienne pour informer le consommateur (OTIC), Lotfi Riahi, a , pour sa part, critiqué le prix de référence fixé par l’État. « Il n’est pas contraignant et n’a pas été respecté.»
Cité par la même source, il a ajouté que les bouchers vendant de la viande d’agneau à 55-60 dinars/kg empêchent les agriculteurs de vendre des moutons vivants à 21,9 dinars/kg.
« Tant que le gouvernement ne fixera pas un prix de détail fixe pour la viande rouge, les prix du marché resteront élevés », a-t-il dit, notant que la société Ellouhoum vendait de l’agneau à 43 dinars/kg, tandis que les détaillants en facturaient 50 ou plus, même s’ils s’approvisionnaient auprès des mêmes agriculteurs.
« Avec un salaire minimum de 450 dinars (150 dollars), les moutons vendus entre 700 et 2 000 dinars sont tout simplement inabordables. »
Il a également remis en question le décalage entre la baisse des coûts des aliments pour bétail et la stagnation ou la hausse des prix des moutons. Par exemple, le prix du fourrage sec est passé de 18 dinars en 2023 à 6 dinars cette année, et celui de la paille de 10 à seulement 2 dinars. Pourtant, les prix de détail de l’agneau restent élevés.
Les agriculteurs défendent les prix
« Nos prix sont équitables pour le consommateur moyen. Un gros mouton coûte environ 1 300 à 1 400 dinars», soutient un éleveur de Béja, niant les baisses de prix des aliments pour bétail, et expliquant que les aliments composés coûtent 73 dinars les 50 kg et l’orge 150 dinars les 100 kg. Affirmé que les prix actuels des moutons reflètent ceux de l’année dernière et que les agriculteurs visent le seuil de rentabilité et non le profit.
Entre ces deux bouts de la chaîne, prend place un modèle de vente alternatif, à travers l’entreprise « Al-Imtiaz » opérant à Béja, dont le directeur précise que « nous avons proposé 300 moutons à 20 dinars/kg, soit moins que les 21,9 dinars du gouvernement, et nous avons tout vendu en deux jours.»
Il a expliqué que les moutons plus jeunes ou plus légers (moins de 20 kg) ne peuvent pas être vendus au même prix que les plus gros sans que les éleveurs essuient des pertes financières.
Il a également souligné que de nombreux moutons sur le marché proviennent de l’élevage de l’année précédente, et non des agneaux de cette année, qui sont encore trop jeunes pour l’abattage de l’Aïd.
« Nous espérons que le gouvernement nous accordera des terres pour de futurs investissements afin que nous puissions fournir 1 000 à 1 500 moutons et contribuer à la baisse des prix du marché », a-t-il dit, cité par Watan.







