Les appels d’offres récurrents pour le blé tendre lancés par la Tunisie ne sont pas seulement une affaire locale : ils constituent un indicateur pour les marchés agricoles mondiaux. Alors que la Tunisie s’efforce de sécuriser son approvisionnement en blé dans un contexte de sécheresse, de déficit de production nationale et de bouleversements géopolitiques, les investisseurs se voient offrir une occasion unique de capitaliser sur les tendances structurelles de la demande mondiale de matières premières.
Les importations de blé tunisiennes ont fortement augmenté ces dernières années, la campagne 2024/25 prévoyant un volume impressionnant de 1,8 million de tonnes pour répondre à une consommation nationale de 2,89 millions de tonnes. Cette dépendance n’est pas une solution temporaire, mais une évolution structurelle due à trois facteurs clés, explique le site céréalier de dimension internationale ukragroconsult.
D’abord, les contraintes de la production nationale en ce sens que la production de blé tunisienne reste obstinément faible, avec une moyenne de 1,25 million de tonnes par an. Les sécheresses et les problèmes de salinité des sols dans des régions productrices clés comme Kairouan et Sousse ont fait de l’autosuffisance un rêve lointain.
Vien ensuite le réalignement géopolitique. L’UE, autrefois fournisseur dominant, a vu sa part de marché en Afrique du Nord se réduire à 25 % en raison de mauvaises récoltes en France. La Russie et l’Ukraine ont pris le relais, les exportations de blé russe vers la Tunisie ayant augmenté de 50 % en 2024/25, et l’Ukraine ayant rebondi avec une augmentation de 50 % des expéditions.
Enfin, la modernisation des infrastructures. Sur ce registre, la Tunisie investit massivement dans le stockage et la logistique, notamment dans de nouveaux silos à Radès, Sousse et Sfax, pour gérer ses volumes d’importation croissants. Ces projets, soutenus par 110 millions de dollars de prêts internationaux, témoignent d’une résilience de la demande à long terme.
Effet d’entraînement sur les marchés mondiaux
La stratégie tunisienne centrée sur le blé ne se limite pas à remplir les silos, mais vise à créer un effet d’entraînement sur les marchés agricoles mondiaux. Dans cet ordre d’idées, l’orge est le joyau caché du portefeuille céréalier tunisien, estime Ukragroconsult Avec une consommation prévue de 1,08 million de tonnes en 2024/25 et des importations qui devraient grimper à 500 000 tonnes, la demande est tirée par deux secteurs , l’alimentation animale dès lors que le secteur de l’élevage tunisienne est en plein essor, portée par une consommation croissante de protéines et une classe moyenne en pleine expansion, et la brasserie , avec un marché de la bière en pleine expansion.
La décision du gouvernement de libéraliser les importations d’orge a ouvert la voie aux acteurs du secteur privé, créant un environnement concurrentiel propice à l’innovation.
L’extension du stockage de céréales en Tunisie, d’un montant de 110 millions de dollars, est un coup de maître pour les investisseurs. D’ici 2027, le pays ajoutera 120 000 tonnes de nouvelles capacités de stockage, parallèlement à la rénovation d’installations vieillissantes. Cette infrastructure n’est pas seulement une façade : elle constitue un élément essentiel de l’ambition de la Tunisie de devenir une plaque tournante régionale du transbordement des céréales.
Les entreprises de logistique et de stockage opérant en Tunisie ou dans la région méditerranéenne devraient en bénéficier. Il est entendu par ceci les opérateurs portuaires, les entreprises de transport ferroviaire et les fournisseurs d’infrastructures agroalimentaires.
Diversifier les chaînes d’approvisionnement
Le virage de la Tunisie vers les fournisseurs russes et ukrainiens est le microcosme d’une tendance plus large : la fragmentation des marchés mondiaux des céréales. Alors que les exportateurs traditionnels comme la France et l’Allemagne sont confrontés à des difficultés de production, la stratégie d’approvisionnement de la Tunisie souligne l’importance de diversifier les chaînes d’approvisionnement, souligne le site céréalier. Pour les investisseurs, cela signifie que, pour les exportateurs de céréales en Russie et en Ukraine , ces pays sont désormais essentiels aux importations tunisiennes. Il faut surveiller les entreprises comme Rusal Agro (Russie) ou UkrAgroCompany (Ukraine) pour connaître leur exposition à cette demande croissante.
Et alors que les exportations de l’UE vers la Tunisie ont diminué, la reprise de l’Union en 2025/26 pourrait entraîner une reprise des expéditions. Il faut surveiller l’adaptation des négociants en céréales basés dans l’UE aux besoins d’approvisionnement de la Tunisie, recommande-t-on.
Le secteur agricole tunisien est toujours confronté à des problèmes hydrauliques, mais, le programme d’achat de céréales de 760 millions de dollars du gouvernement pour 2024-2025 et son soutien aux cultures tolérantes au sel atténuent ces difficultés. Le prêt de 300 millions de dollars de la Banque mondiale pour le Projet d’intervention d’urgence en matière de sécurité alimentaire constitue un autre filet de sécurité, permettant à la Tunisie de maintenir ses importations même pendant les années de vaches maigres.
Les importations de blé de la Tunisie sont plus qu’une nécessité : elles sont un catalyseur d’innovation dans l’agriculture mondiale. Pour les investisseurs, le message est clair : il faut se positionner tôt dans le secteur de l’orge, des infrastructures et des fournisseurs de céréales diversifiés. La situation stratégique du pays, combinée à ses réformes politiques proactives, en fait un cas d’école convaincant sur la manière dont les marchés émergents peuvent influencer les flux mondiaux de matières premières.
Alors que le monde entier suit les appels d’offres céréaliers tunisiens, il est temps de se demander : d’où viendra la prochaine vague de croissance agricole ? La réponse pourrait bien se trouver en Méditerranée, estime Ukragroconsult.








