Analysant la liste des déchets que la Tunisie souhaite importer, Samia Gharbi s’est particulièrement attardée sur les déchets électroniques et électriques (DEE), qui contiennent des retardateurs de flamme bromés et du plastique difficilement recyclable. « Que va-t-on faire du plastique issu de ces déchets ? Entrera-t-il réellement dans le cycle ? » s’interroge-t-elle, rappelant que de nombreuses administrations stockent déjà des millions de déchets électroniques sans solution viable.
D’autres catégories présentes sur la liste posent également problème : textiles, pneus, scories de batterie ou cendres industrielles. D’après l’experte, la Tunisie possède déjà de grandes quantités de ces déchets mais ne dispose ni des infrastructures ni des technologies nécessaires pour les traiter correctement.
Si ces déchets sont classés « non dangereux », cela ne garantit en aucun cas leur innocuité. « Tout déchet reste préoccupant tant que son cycle de vie, sa composition et sa filière de traitement ne sont pas clairement établis », explique-t-elle. La classification « non dangereux » doit rester conditionnée à l’absence de contaminants persistants. Même l’Union européenne exige une gestion rationnelle de ces flux, consciente des risques potentiels.
D’autre part, mentionne-t-elle, la liste inclut des catégories vagues, comme « autres déchets métalliques » ou « autres déchets inorganiques », ce qui soulève de sérieuses interrogations sur la traçabilité et le contrôle.
Pour Samia Gharbi, la priorité doit être de valoriser les déchets déjà présents. Les filières tunisiennes ne sont pas encore suffisamment claires pour assurer une gestion rationnelle, et l’ouverture à de nouveaux flux pourrait accroître les défis environnementaux. Elle rappelle que l’affaire des déchets italiens reste un exemple frappant des risques liés à l’importation sans contrôle rigoureux.
Sachant que les pays éligibles seront autorisés à importer ces déchets après le 21 mai 2027, le compte à rebours est lancé. La Tunisie devra alors démontrer qu’elle dispose des moyens et des infrastructures nécessaires pour encadrer ces flux de manière rigoureuse et transparente. À défaut, ces nouvelles importations pourraient venir s’ajouter aux fragilités environnementales déjà pointées du doigt.








