AccueilLa UNEGeely en Tunisie : La poussée silencieuse qui bouscule la hiérarchie

Geely en Tunisie : La poussée silencieuse qui bouscule la hiérarchie

Vous regardez les chiffres des ventes auto pour janvier-février 2026, et une chose saute aux yeux : les marques chinoises sont en train de grignoter sérieusement le marché tunisien. Dans ce mouvement d’ensemble, une enseigne en particulier attire l’attention : Geely.

En deux mois, la marque a écoulé 130 véhicules. C’est presque trois fois plus qu’à la même période l’an dernier (45 unités). La progression ? 188%. Pas mal pour un constructeur, encore peu connu du grand public il y a quelques années.

Geely ne fait pas de bruit. Elle s’installe. Portée par le géant chinois Zhejiang Geely Holding, la marque est désormais une option qui compte pour les acheteurs tunisiens. Sans encore rivaliser avec les ténors du marché, elle prouve qu’elle peut exister durablement.

–          130 ventes en deux mois : Geely double la mise

Le chiffre mérite que l’on s’y arrête. En janvier-février 2025, Geely avait écoulé 45 véhicules, pour une part de marché (PdM), certes dérisoire de 0,54%. Un an plus tard, la marque totalise 130 immatriculations et porte sa PdM à 1,46%. La progression de 188% la place ainsi parmi les constructeurs qui gagnent le plus de terrain sur cette période.

Dans le détail, le mois de février 2026 est particulièrement encourageant : 101 ventes sur les 130 du cumul, soit plus des trois quarts du total. La cadence s’accélère nettement par rapport à janvier (29 ventes), signe que les modèles commencent à trouver leur public et que le réseau de distribution monte en puissance.

–          Un positionnement dans le peloton des challengers chinois

Avec 1,46% du PdM, Geely n’est évidemment pas encore dans la cour des poids lourds. Hyundai (12,57%), Isuzu (10%) et Kia (7,84%) dominent toujours très largement les débats. Mais la marque se fraye un chemin dans le groupe très dense des constructeurs qui se disputent les places entre la 8ème et la 25ème position.

Dans ce peloton, Geely occupe une position intermédiaire intéressante. Chery (5,40%) et MG (3,07%) sont devant, installés depuis plus longtemps et avec des gammes plus larges. BYD (1,70%) talonne Geely, avec une progression de 57% qui montre que le chinois spécialiste de l’électrique monte aussi en puissance. Dongfeng (1,41%) est juste derrière, avec une progression de 135%.

Derrière, Omoda&Jaecoo (1,14%) et Jetour (0,88%) viennent de débarquer et grignotent déjà des parts. Geely se situe donc dans le ventre mou de ce peloton chinois, mais avec un atout , sa progression de 188% qui est la plus forte du groupe derrière Chery. La dynamique est clairement positive.

–          Que vend Geely en Tunisie ?

Pour comprendre cette progression, il faut regarder ce que la marque propose sur le marché tunisien. Distribuée par Sotudis, filiale du Groupe Zouari, Geely a structuré son offre autour de trois modèles récents.

D’abord la Geely X2 , une citadine 100% électrique, 325 km d’autonomie, positionnée sur l’entrée de gamme de l’électrique. Son carnet de commandes bien rempli annonce des livraisons qui devraient alimenter les statistiques des prochains mois.

Ensuite, le Geely EX5 électrique , un SUV compact, 430 km d’autonomie, vendu 92.000 dinars. Les premières livraisons ont déjà eu lieu, et les chiffres de février pourraient en partie refléter cette montée en puissance.

Et enfin, le Geely EX5 EM-i , une version hybride rechargeable du même SUV, 260 chevaux, plus de 80 km en mode électrique, autonomie combinée dépassant les 1.000 km, vendu 86.800 dinars. C’est le modèle sur lequel la marque communique le plus, avec une garantie 7 ans et un design primé (Red Dot Award 2025).

Cette gamme, articulée autour de l’électrification, colle à une tendance lourde du marché tunisien : la fiscalité avantage les motorisations alternatives, et les acheteurs commencent à s’y intéresser sérieusement.

–          Le réseau, atout caché de Geely

Si Geely progresse, c’est aussi parce qu’elle s’appuie sur un distributeur solide. Le Groupe Zouari, via Sotudis, a pignon sur rue et connaît le marché tunisien mieux que personne. Les showrooms de Ben Arous, Sousse, Sfax et Gabès offrent une visibilité que les toutes nouvelles marques chinoises n’ont pas toujours.

Dans un marché où la confiance dans le service après-vente et la disponibilité des pièces détachées reste cruciale, être adossé à un groupe connu rassure les acheteurs. C’est un avantage concurrentiel que Geely exploite sans en faire nécessairement la publicité.

–          Comparaisons qui tuent

Pour mesurer la performance de Geely, il suffit de regarder ce qui se passe ailleurs dans le classement. Pendant que Geely gagne 188%, Suzuki par exemple s’effondre de 78,3% et disparaît presque du radar et se retrouve à la 22ème place du classement de février 2026, tout comme Renault (-25,2%), qui voit sa position historique s’éroder.

Certes, Geely part de très bas. Mais la tendance est là : les marques qui montent sont chinoises, celles qui descendent sont européennes ou japonaises. Geely incarne parfaitement ce mouvement, sans être la plus spectaculaire (Chery fait mieux) mais avec une régularité qui impressionne.

–          Les défis qui restent à relever

Geely n’est pas encore tirée d’affaire. Avec 1,46% de parts de marché, elle reste vulnérable. Plusieurs obstacles se dressent sur sa route. D’abord la notoriété, car dans un pays où Hyundai et Renault sont des noms familiers depuis des décennies, Geely doit encore se faire connaître du grand public. Ses prix attractifs et ses équipements généreux ne suffisent pas si le client ne pousse pas la porte du showroom.

Ensuite, les infrastructures de recharge. Les ventes de modèles électriques et hybrides dépendent en effet et en grande partie de la disponibilité des bornes. La Tunisie avance lentement sur ce sujet, ce qui peut freiner l’adoption massive.

La Sotudis doit enfin garder un œil sur la concurrence entre chinoises : Chery, MG, BYD, Dongfeng, Omoda&Jaecoo, Jetour… le marché tunisien compte désormais une bonne dizaine de marques venues de Chine. Toutes se disputent les mêmes clients, avec des positionnements souvent proches.

–          La guerre des prix n’est pas exclue

Un dernier détail mérite d’être souligné. En février 2026, Geely a vendu 101 véhicules, contre 22 en février 2025. C’est plus que Dongfeng (92), GreatWall (73) ou JAC (38) sur le même mois. C’est presque autant que Volkswagen (178 sur le cumul des deux mois, mais 178 seulement en février).

Si la cadence de février se maintient, Geely pourrait dépasser les 600 ventes sur l’année 2026, et franchir la barre des 2% de parts de marché. Ce serait une étape importante pour une marque encore jeune sur le marché tunisien.

Reste une inconnue : l’impact de la nouvelle mesure autorisant les familles à importer des véhicules en franchise de droits de douane. Si elle entre vraiment en vigueur, elle pourrait créer un marché parallèle et brouiller les statistiques des concessionnaires officiels. Pour Geely comme pour les autres, le combat ne se jouera pas seulement sur les prix affichés en showroom.

En attendant, les chiffres sont là : Geely a doublé ses ventes en un an, gagné près d’un point de part de marché, et s’installe solidement dans le top 20. Sans faire de bruit, la marque chinoise est en train de se faire une place au soleil.

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