AccueilLa UNELa Chinoise Jereh licencie ses employés tunisiens pour faire pression sur l'ETAP

La Chinoise Jereh licencie ses employés tunisiens pour faire pression sur l’ETAP

L’affaire concerne un géant chinois, dans un pays, la Tunisie, qui lui a ouvert ses bras d’investissement. Devenue affaire d’opinion publique, lorsqu’une multinationale chinoise utilise ses propres salariés comme variable d’ajustement dans un bras de fer contractuel, et fait mine de « tomber des nues » lorsque sa lettre de licenciement se retrouve sur les réseaux sociaux. Il est vrai que la Chine n’a pas la même conception des réseaux sociaux qu’en Tunisie.

  • Un géant industriel chinois face à ses responsabilités en Tunisie

La société Jereh Oil & Gas Engineering Corporation n’est pas un sous-traitant de second rang. Elle est la filiale d’un groupe industriel chinois coté en bourse, pesant entre un et cinq milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel et employant entre 5 000 et 10 000 personnes à travers le monde. Elle se présente comme un acteur de référence dans l’ingénierie pétrolière et gazière de haute technologie, affichant dans ses communications une ambition affirmée sur tout le pourtour méditerranéen.

C’est à cette société que l’Entreprise Tunisienne d’Activités Pétrolières (ETAP) a fait confiance en octobre 2019, en lui confiant un contrat de plus de 70 millions de dollars, soit environ 5 milliards de yuans, pour la construction d’une station de traitement de gaz à Tataouine. Un projet stratégique : le premier développement gazier qu’ETAP mène de façon totalement indépendante, avec une capacité de traitement de 21 millions de pieds cubes par jour, destinée à produire du gaz sec, du GPL et du condensat à partir du gaz associé du bassin du sud tunisien.

Six ans plus tard, ce partenariat industriel se termine en eau de boudin — et les premiers à en payer le prix ne sont ni Jereh ni ETAP, mais des salariés tunisiens dont les contrats ont été brutalement rompus le 24 avril 2026.

  • La lettre du 24 avril : une rupture express aux allures d’expédient

Ce jour-là, Zhen Liu, représentant légal de Jereh, adresse à ses employés tunisiens une notification de licenciement aux formules policées mais au contenu brutal. La rupture de contrat prend effet au 10 mai 2026, soit seize jours après la date de la lettre. Le solde de tout compte est promis pour le 30 mai.

La cause invoquée ? Non pas une faute du salarié, non pas une restructuration planifiée, mais un supposé défaut de paiement d’ETAP depuis plus de neuf mois, présenté comme ayant engendré une grave crise de trésorerie pour l’entreprise. Jereh se positionne ainsi en victime d’un mauvais payeur, et ses salariés tunisiens en dommages collatéraux de ce différend.

Cette construction narrative appelle d’emblée plusieurs observations juridiques. Le préavis de seize jours est manifestement insuffisant au regard du droit tunisien du travail, qui prévoit des délais nettement plus longs selon l’ancienneté des salariés. Plus grave : le licenciement économique en Tunisie requiert en principe l’accord préalable de l’Inspection du Travail, procédure dont la lettre ne fait nulle mention. Enfin, imputer unilatéralement un licenciement au comportement d’un tiers, fusse- t-il le donneur d’ordre, sans que ce motif ait été formellement établi et validé constitue une irrégularité de procédure significative. Les salariés concernés auraient tout intérêt à faire vérifier la régularité de cette rupture par un conseil juridique compétent avant d’accepter leur solde de tout compte.

  • La manœuvre sociale : des employés pris en otage d’un bras de fer commercial

Mais la stratégie de Jereh ne se limite pas à la lettre de licenciement. Parallèlement à ces notifications individuelles, des documents et témoignages ont circulé sur des forums et réseaux sociaux tunisiens, relayant la version chinoise de l’affaire : ETAP serait un mauvais payeur, responsable de la détresse des salariés tunisiens désormais sans emploi.

La construction est habile. En rendant publiques les difficultés de ses employés, en instrumentalisant leur situation précaire, Jereh chercherait visiblement à créer une pression sociale et médiatique sur ETAP, établissement public tunisien comptable devant l’opinion nationale. C’est une technique de négociation agressive, la prise en otage symbolique des salariés pour forcer la main d’un client, qui révèle plus sur les méthodes d’une multinationale que sur la réalité contractuelle du litige.

Car un groupe réalisant plusieurs milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel ne se retrouve pas en « grave crise de liquidités » parce qu’un seul contrat de 70 millions de dollars connaît des retards de paiement. La détresse financière invoquée n’est pas une réalité opérationnelle. C’est juste un argument de négociation.

  • La vérité contractuelle : c’est Jereh qui n’a pas respecté ses engagements

La position d’ETAP, sobrement mais clairement documentée, renverse entièrement la narration chinoise.La suspension des paiements n’est pas un défaut de paiement. Elle n’est pas le fait d’une entreprise publique en difficulté financière. L’ETAP terminait d’ailleurs l’exercice 2025 avec un bénéfice de presque 207 MDT pour un chiffre d’affaires de plus de 1,8 Milliard DT.

Elle résulte directement et formellement du non-respect par Jereh de ses obligations contractuelles, conformément aux dispositions de l’accord liant les deux parties. ETAP a donc agi dans le strict respect des procédures légales et réglementaires applicables.

Les manquements reprochés à Jereh sont précis et documentés. Selon nos informations, et elles sont officielles, la société chinoise n’a pas effectué les opérations de vérification et d’inspection des travaux par un bureau de contrôle agréé, selon les spécifications techniques contractuelles. Elle n’a pas présenté à ETAP les certificats nécessaires. Elle n’a pas respecté la certification des différentes phases du projet.

Ces obligations ne sont pas des formalités administratives accessoires. Dans un projet de construction d’une station de traitement de gaz, les inspections et certifications par des organismes agréés sont des garanties fondamentales de sécurité industrielle, de conformité technique et de protection des intérêts du maître d’ouvrage. Un contractant EPC de la réputation affichée de Jereh ne peut prétendre les ignorer. ETAP avait non seulement le droit de suspendre les paiements, elle en avait l’obligation contractuelle et la responsabilité morale.

  • Ce que cette affaire révèle

Le projet GTP-T de Tataouine cristallise une réalité que la Tunisie connaît trop bien dans ses relations avec certains contractants étrangers : la dissymétrie entre la puissance financière et médiatique du prestataire international et la vulnérabilité perçue du maître d’ouvrage public.

Jereh a choisi de porter le débat sur le terrain social et médiatique plutôt que sur le terrain contractuel et technique, précisément parce que c’est sur ce dernier terrain qu’elle est en défaut. Ses salariés tunisiens, licenciés avec seize jours de préavis et sans que les procédures légales semblent avoir été respectées, sont les victimes de cette stratégie, pas ses instruments légitimes.

L’ETAP, elle, a agi selon ses droits et ses obligations. Payer un contractant qui n’a pas rempli ses obligations de certification et d’inspection sur un chantier industriel sensible aurait été une faute de gestion, pas une vertu commerciale.

Le message envoyé par cette affaire à tout contractant étranger opérant en Tunisie est simple : les marchés publics tunisiens ont des cahiers des charges, et ils s’appliquent.

- Publicité-

2 Commentaires

  1. Le contrat avec les chinois aùrait dû mentionner les droits de nos concitoyens mais puisque l ETAP et probablement d autres entreprises ne respectent pas nos concitoyens et ne font que penser a leurs profits et aubaines ils n ont qu a assumer

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Réseaux Sociaux

108,654FansJ'aime
480,852SuiveursSuivre
5,135SuiveursSuivre
624AbonnésS'abonner
- Publicité -